Paul Hess

29 février 1916 – Bombardement vers la Maison-Blanche et la route de Louvois.

Une courte démonstration d’artillerie a lieu sur la fin de l’après-midi. A 18 heures, exactement, nos pièces de 120 et 155 tirent, en rafales, une centaine de coups de canon ; c’est l’affaire de dix minutes, à peine.

La lutte continue toujours furieuse, au nord de Verdun ; on attend anxieusement, matin et soir, le communiqué. Jusqu’à présent, les nouvelles qu’il nous donne paraissent satisfaisantes. On serait porté à croire que l’attaque brusquée, déclenchée le 21 par les Allemands qui cherchent encore, avec un véritable acharnement à entamer notre front, peut être considérée comme ratée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

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Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille pour la ville, sauf quelques bordées de canon ou bombes de temps en temps. Température + 4. Violente canonnade entre batteries. Rafales de gros canons français vers 6 h. du soir. Pluie continuelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 29 Février 1916.

La femme du parrain n’a plus de nouvelles. J’ai rencontré Maria ce matin. « Croyez-vous, me dit-elle, Juliette ne vit plus ». Je la rassure en lui disant que les correspondances étaient arrêtées pour Verdun, qu’elle ne se désole pas et que j’avais appris que Verdun était évacué, que le parrain sans doute bientôt fera connaître son lieu de résidence. « Vous croyez ? me répond-elle. On voit bien que ce n’est pas vous. Le parrain, qui aime tant ses enfants, et à qui on a envoyé deux paquets, il ne les aura pas ». Je n’ai rien répondu car cette parole « on voit bien que ce n’est pas vous » m’a fait de la peine. Quand depuis 18 mois je pleure, on s’est habitué à ma peine ; c’est naturel, ce n’est donc rien pour eux. J’étais déjà renfermée, je le serai encore plus.

Il y a déjà un moment que je ne suis pas allée chez eux, c’est vrai, mais le bombardement est de plus en plus violent. Juliette elle-même n’ose pas sortir. Enfin mon Charles, reviens moi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 29 février

En Champagne, l’ennemi a tenté un coup de main sur nos tranchées avancées.
En Argonne, nos batteries lourdes et de campagne ont exécuté des tirs sur les voies d’accès de l’ennemi, en particulier vers le bois de Cheppy. Nous avons fait sauter à la cote 285 une mine dont nous avons occupé l’entonnoir.
L’activité de l’artillerie est toujours très vive au nord de Verdun; elle ne s’est ralentie qu’à l’ouest de la Meuse. La côte du Poivre n’a pas été assaillie; le fort de Douaumont a été étroitement encerclé. Les attaques partielles entreprises de ce côté par les Allemands ont toutes été refoulées par nos feux d’artillerie et par nos contre-attaques. A l’ouest du fort de Douaumont, nos troupes ont engagé un combat corps à corps avec l’adversaire, qui a été rejeté d’une petite redoute où il s’était installé.
Toute une série d’attaques en Woëvre, à Eix, à Fresnes, à Manheulles, à la cote 255, ont échoué. Notre artillerie se montre active en Lorraine.
Les Anglais ont remporté un succès à la frontière d’Égypte.
M. Take Jonesco révèle que les empires du Centre ont offert la Bessarabie à la Roumanie.
La Gazette de l’Allemagne du Nord déclare que la guerre sous-marine, en dépit des protestations de M. Wilson, redoublera d’intensité à dater du 1er mars.

 

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