Louis Guédet

Lundi 9 août 1915

331ème et 329ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit de bombardement. Des victimes, peu de repos, journée lourde, orageuse, température de plomb. A-t-on bombardé ou non ? Je ne sais ayant été fort occupé ! Révisions et examens de mes 164 dossiers de simple police pour demain, visite de mes justiciables, actes à faire signer, correspondance, etc…  En résumé j’étais bien fatigué et bien découragé à 5h du soir. Reposé un peu et après-midi repris ma place à l’écritoire. Répondu à M. Delaunay juge d’instruction, me recommandant comme gardien des scellés son greffier, que je serais heureux de répondre à sa charitable sollicitation. Dans sa lettre il me donne du : « Juge de Paix et cher Collègue ! »  :)-

J’avoue que je ne suis guère habitué, accoutumé à cette musique là, surtout de la part d’un juge d’instruction et parce que notaire quoique juge de Paix intérimaire pour la durée de la Guerre ! Eh ! quoi ? Je deviendrais quelqu’un ? Quelque chose ? Je me garde de le croire, de le penser même, je faisais bien tranquillement ce que je crois être mon Devoir, rien de plus. Et ma foi ! que Reims soit dégagé tout de suite et je retournerai…  comme Scipion (?) (Il s’agit en fait du dictateur romain Cincinnatus)…  à mes bœufs.

Oh ! oui ! me retrouver avec les miens, mes amis, et enfin jouir d’eux loin de tout luxe, de toute vie mondaine fiévreuse et…  continuer à faire mon devoir pour les autres et pour moi-même.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Couché au sous-sol, canonnade et bombes en ville, mais loin de nous de 2 h. à 3 h.

Voyage à Trigny avec M. Camu. Service à 10 h. 1/2, quatre généraux présents, pour les soldats. Belle assistance militaire.

Visite du Général Guillaumat(1) qui seul est venu me voir au presbytère.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

200px-Adolphe_Guillaumat_1921(1) Général Guillaumat, commande en 1915 le 1er Corps d’Armée (Ve Armée) au Nord de Reims. Il est à Verdun en 1916 puis sur la Somme. En 1917 il remplace le général Sarrail à l’armée d’Orient. En juin 1918 il est gouverneur militaire de Paris, en octobre il libère Charleville à la tête de la Ve Armée.


 


Lundi 9 août

Actions d’artillerie en Belgique, près de Steenstraete, en Artois, sur le front de Santerre, dans la vallée de l’Aisne, où Soissons est bombardée.
En Argonne, les Allemands avaient réussi à pénétrer dans un de nos saillants, près de Fontaine-Houyette. Ils en ont été chassés et ne se sont maintenus que dans un poste d’écoute en avant de notre première ligne. A la Fille-Morte, ils ont pris pied dans une de nos tranchées, mais n’en ont pu garder que trente mètres. Activité d’artillerie en Woëvre, dans la région de Flirey et du bois Le Prêtre.
Dans les Vosges, plusieurs attaques ennemies ont été brisées au Lingekopf, au Schratzmaennele et au col qui sépare ces deux sommets. Les Allemands ont subi là de lourdes pertes.
Les Italiens ont bombardé Rovereto, entre Ala et Trente. Ils ont, une fois de plus constaté la présence de troupes allemandes dans le Tyrol.
Hindenburg se livre à des attaques furieuses contre Kovno et Ossovietz. Les Russes résistent toujours en vigueur.
La Roumanie a mobilisé de nouvelles classes de réserve.
On reparle d’une dissolution de la Chambre grecque.
L’Amérique a remis à l’Allemagne de nouvelles protestations contre sa politique n
avale.

Source : La guerre au jour le jour


 

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Collection : Patrick Nerisson

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