Louis Guédet

Vendredi 11 juin 1915 

272ème et 270ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme et matinée de même. Je renonce à l’écrire tous les jours maintenant cela étant sous-entendu. Le temps est couvert et orageux, que la pluie et l’inondation de nos pauvres ruines. Le calme est tel que je n’entends uniquement en ce moment que le chant d’un merle qui a du faire son nid dans le lierre du fond du jardin. Pauvre jardin !! il eût été si beau en ce moment, mais il est de la couleur du bois de décembre brûlé, le gazon est moitié mort et en fleurs. Les rosiers grimpants sont en fleurs mais grimpent follement en gourmands. C’est la révolution, l’inculte dans toute sa laideur, sa profonde tristesse. Quand donc quitterai-je tout cela, ou j’ai tant souffert, où j’ai vécu depuis déjà 10 mois des heures tragiques, angoissantes, poignantes de douleur. Mon martyr n’a-t-il déjà pas assez duré ?? Mais après où aller ? Je n’ai plus de toit pour m’abriter avec les miens. Je suis sans foyer. Où aller ? où me réfugier ? Dieu m’éclairera-t-il bientôt mon horizon, mon avenir en tout petit peu, une lueur, qui me donne un peu de courage, confiance et espoir en des jours meilleurs…

Le quart de page suivant a été découpé, le feuillet 233 a disparu. (12 juin 1915)

…J’ai enfin une photographie du docteur Langlet notre Maire, que je vais pouvoir envoyer à mon jeune ami E. Lequeux (Émile Lequeux (1871-1935) artiste, créateur d’affiches et d’eau-fortes) pour qu’il le grave et en fasse une eau forte. Je suis certain qu’il le réussira. J’ai également écris à M.G. Hochet, actuellement brigadier RAC (Régiment d’Artillerie de Campagne) 6ème escadron train, 41ème Cie, 3ème peloton à Fougères (Ille-et-Vilaine) qui a servi d’interprète au Maire et à la municipalité lors de l’occupation prussienne pour lui demander des détails sur l’incident des 2 parlementaires et que la phrase des « Cent mille têtes de cochons de rémois » (ihre hundert Schweinkopt de Rémois) avec les noms, grades, qualités des témoins de cette scène (allemands et français).

8h20 soir  Quelques coups de canon des nôtres, et c’est tout, à moins qu’on ne nous réserve des surprises. Peu importe ! à quoi bon !! Quoiqu’il arrive ! on est si las !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le Courrier publie l’information suivante :

Avis.

Les personnes habitant les zones évacuées, qui sont rentrées chez elles par des voies non gardées à certains moments, sont prévenues que rien n’a changé dans la situation de ces zones et que par conséquent elles pourront être obligées de sortir à tout instant, sur injonction des représentants de l’autorité militaire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 11 – Nuit tranquille ; Ordination d’un Diacre du diocèse de Cambrai dans notre oratoire. Journée tranquille. Salut à Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

11 – 12 – 13 – messe près du pont du canal

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne

Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne (« Louis Delozanne, infirmier, 106e Régiment d’Infanterie, 12e compagnie »)


Vendredi 11 juin

Toujours la lutte d’artillerie dans la région de Lorette. L’ennemi attaque vainement pour reprendre la sucrerie de Souchez. Il bombarde Neuville-Saint-Vaast. Nous progressons dans le Labyrinthe. Les rapports indiquent qu’en prenant Neuville-Saint-Vaast nous avons trouvé 1000 cadavres allemands, et qu’à Hébuterne, du 7 au 9, nous avons capturé six mitrailleuses. A Beauséjour, une force ennemie supérieure à un bataillon a attaqué nos tranchées : elle a été repoussée avec de grosses pertes. Sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, combat d’artillerie. Les batteries ennemies ont été réduites au silence par les nôtres. Deux torpilleurs anglais ont été coulés en mer du Nord par un sous-marin allemand. Un incendie détruit à Londres 300 autos militaires. Les Italiens, dans le Trentin, sont arrivés au col de Falzarego et à la frontière de Carinthie se sont emparés de la position de Preitkofel. Dans le pays de Goritz, ils ont occupé Monfalcone, à 35 kilomètres de Trieste. En Russie, les combats continuent autour de Chavli. En Galicie, les Russes ont repoussé les Austro-allemands vers le Dniester, faisant 800 prisonniers, mais une bataille ardente se poursuit à jouravno, où nos ennemis ont franchi le fleuve. L’escadre de la mer Noire a bombardé Zoungouldak. Des navires allemands ont été coulés ou endommagés dans la Baltique par un sous-marin russe et par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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