Louis Guédet

Mardi 13 avril 1915 

213ème et 211ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Belle journée. Recherché encore les débris du corps de ce malheureux Martinet. A 4h1/2 quelques bombes incendiaires qui ont allumé des incendies à la Société Générale, passage Poterlet, rue Jeanne d’Arc.

Ma propriétaire me menace et m’envoie une vraie lettre comminatoire pour me signifier que je n’aurai rien à attendre d’elle, et que je paie mon loyer, etc…  Je verrai cela à Paris avec Maitre Thomas, avoué, 6, rue des Lavandières, quand j’irai la semaine prochaine. Car ma chère femme restant à Paris jusqu’au mois de mai, d’ici venant je vais aller passer quelques jours près d’elle et de mes petits. Voilà un voyage que je redoute ! Que ce sera pénible !!! Mon Dieu ! quand donc aurez-vous fini de me martyriser, de m’éprouver ? Quand me donnerez-vous enfin la tranquillité auprès de tous les miens et ici. Je n’en puis plus ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 17 heures, six ou sept obus incendiaires arrivent subitement dans les environs de la place Royale ; l’un sur l’immeuble de la Société Générale, d’autres cour du Chapitre, rue Carnot et enfin le dernier, dont je puis avoir une bougie non brûlée, rue de l’Université. Trois ou quatre commencements d’incendie sont rapidement éteints pas les pompiers de la ville et ceux de Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Royale

Cardinal Luçon

Mardi 13 – Nuit tranquille, sauf coups de canons (ou bombes) par intervalles.

Visite à St Thomas au Faubourg de Laon, aux Trois-Fontaines et au Bain-de-pieds, rue Saint-Thierry. J’étais, après midi, accompagné de Mgr Neveux. Au retour, place Royale, on nous fait des signes d’arrêter. Des bombes tombaient sur la « Société Générale » où elles mettent le feu, qui fut rapidement arrêté. Nous descendons la rue du Cloître ; Éloi, notre cocher se met à l’abri dans une cour à droite. Nous entrons dans l’Hôtel Lallemand, où nous descendons dans la cour. Cet hôtel était courageusement gardé par une bonne, qui avait même une fois sauvé la maison de l’incendie en éteignant une bombe incendiaire qui allait y mettre le feu. Nous restons là 15 à 20 minutes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 13 avril

Canonnade en Belgique et sur l’Ancre. Pas d’action d’infanterie.
Les Allemands ont contre-attaqué aux Eparges, mais ont été repoussés. Actions d’artillerie violentes au bois d’Ailly et dans la région de Flirey. Au bois Le Prêtre, les Allemands esquissent une attaque. mais sont facilement repoussés. Un dirigeable ennemi a jeté sept bombes sur Nancy, l’une est tombée près d’un hôpital, l’autre près d’une école.
Les sous-marins allemands ont torpillé les vapeurs anglais Guernesey, Président et Wayfarer, le vapeur français Frédéric-Franck.
Le corsaire germanique Kronprinz Wilhellm, le dernier de la liste, a été interné aux États-Unis.
Un memorandum que le comte Bernstorff, ambassadeur allemand, vient de présenter au cabinet de Washington sur l’attitude de l’Union, soulève là-bas l’indignation générale.
Les Russes ont fait encore 2000 prisonniers dans les Carpates. Guillaume II aurait pris la direction suprême de la défense en Hongrie. Le général bulgare Sarafov s’engage dans l’armée russe.
Les Jeunes-Turcs ont demandé a l’Allemagne de leur envoyer 300000 hommes : faute de quoi, ils feraient la paix avec la Triple Entente. L’ex-sultan Abdul-Hamid a été transféré à Smyrne.

 

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