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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 15 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 15 avril 1917

946ème et 944ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, nuageux, vent froid, un temps de 1er novembre. Toute la nuit combats, batailles, tirs de barrages dont les obus nous empêchent de dormir. Je suis assommé de sommeil. Toujours des avions tourbillonnant au-dessus de nous. On en est obsédé. Messe à 7h dite par l’abbé Camu, pour le repos de l’âme de mon pauvre Jacques. Il n’y a plus de messe chantée à 8h1/2 faute de chantres et d’organiste. La messe paroissiale est remplacée par une messe basse, où on chante juste le Credo. Jusqu’à présent nous sommes au calme, mais je désespère presque de voir cette grande offensive dont on nous a tant…  gargarisé depuis 15 jours. L’assaut devrait même être donné aujourd’hui au plus tard… !!! Ah ! là ! là ! nos officiers d’état-major aiment mieux se tenir à l’abri et boire notre Champagne pillé par leurs embusqués de secrétaires et autres.

6h soir  J’apprends la mort par gaz asphyxiants de Valicourt (Léon Valicourt, décédé par asphyxie au commissariat de la place Suzanne), sa femme et sa fille. Je l’avais connu dès les débuts de mon arrivée à Reims en 1887 – 88 par la Mère St Jean et Charles Decès. Il avait commis des détournements aux Hospices, fait de la prison. Il avait remboursé et vivait de quelques leçons, et de sa place de chantre à St Remy. Il s’était bien racheté. Une vieille physionomie rémoise encore disparue, le type du vieux professeur de français et de latin d’il y a 60 ans !! On me remet des fonds d’une autre victime des gaz, Delaitre, dit Noëllet, 6 rue du Réservoir. Bref tout le quartier St Remy a été fortement atteint par ces gaz. Une bombe de ce genre est tombée place Subé (place d’Erlon), on dirait la place peinte au minium (pigment de couleur rouge orangé indiquant la présence de gaz suffocants).

Le bombardement n’a pas cessé depuis 10h du matin, et la rue Courmeaux est entièrement détruite cette nuit. Nous sommes toujours séparés du monde, peu de lettres, pas ou point de journaux. Vu Féron, marchand de vins, rue Boulard, qui me disait qu’un soldat du 7ème Génie, cantonné à Dieu-Lumière lui avait avoué, à l’instant vers 9h, que ses camarades pilaient les caves de ce quartier, vins en bouteilles et même en cercle qu’ils revendaient à leurs camarades de cantonnement à 1 F le litre ou la bouteille !!

Été porter lettre à Landréat. Vu à maisons Jacques et Gambart. Tout va bien, mes gardiens font bonne garde. Repassé rue de Talleyrand quand j’aperçois des soldats russes du régiment n°2 sortant de mon ancienne maison au n°37. Ils se sauvent, j’entre et me heurte à un qui n’avait pas eu le temps de filer. Je fais le geste de tirer mon revolver, il me met la main sur la mienne en disant : « Niet ! Niet ! » et faisant signe qu’il n’a rien pris, et pour assurer sa déclaration fait force de signes de croix !! Je le laisse partir et il prend ses jambes à son cou. Je crois que celui-là regardera à deux fois avant d’entrer dans une maison abandonnée. Je revisite ma pauvre demeure, c’est lamentable. C’est une ruine. Je tombe à genoux dans le jardin et je prie, demandant à Dieu de faire cesser mon martyr et d’être bientôt sain et sauf délivré des allemands, qui nous bombardent avec rage. J’y cueille une violette et quelques primevères que j’enverrai à ma pauvre femme.

Remis mon pli Delaitre au Commissaire de Police du 1er canton pour être remis à un automobiliste qui le déposera au Receveur des Finances de Reims à Épernay.

Je suis fatigué, fourbu, et très exténué…  abattu. Il parait que mon commissaire de police du 3ème canton Speneux a été incommodé par les gaz ce matin en procédant au sauvetage des victimes, et qu’il vient de partir à Épernay.

Mon Dieu faites que je sorte indemne de cet enfer bientôt, avec mes 3 malheureuses qui ne veulent pas me quitter ni m’abandonner. Mon Dieu, faites que Reims soit bientôt délivré !! Il a déjà suffisamment payé sa part aux malheurs et aux sévices.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Quasimodo -15 avril 1917 – Après une nuit épouvantable de bombardement avec obus asphyxiants sur le faubourg de Laon, le quartier de Saint-Marceaux, Gerbert et du Barbâtre, obus à gaz encore dans la matinée, même dans le centre. On signale une trentaine de victimes, intoxiquées, de tous côtés.

Dans la journée, bombardement ininterrompu en pleine ville ; les rues Courmeaux et Notre-Dame de l’Épine, notamment, sont fort éprouvées, comme dégâts.

Nous avons dû passer la journée entière dans les caves de l’hôtel de ville. Le soir, à 20 h en regagnant la cour du Chapitre, je m’arrête un court instant auprès de quelques personnes qui, de la place des Marchés, regardent le clocher de l’église Saint-André. Au quart de sa hauteur, à peu près, le trou d’entrée d’un obus laisse voir, au milieu des ardoises, un disque rouge décelant seul un incendie intérieur en train de dévorer la charpente.

Lorsque je repasse au même endroit, le lendemain matin, le clocher a totalement disparu.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Dimanche 15 Quasimodo – Nuit terrible, surpassant toutes les précé­dentes. Toute la nuit, canonnades et bombes, surtout de 6 h. à 11 h. et de 3 heures à 6 heures, par rafales. Dès le matin, avions en l’air. A 10 h., une quinzaine d’avions français paraissent à la fois en même temps dans l’air. Toute la journée, mais non par rafales, des obus tombent ici ou là, pendant que les avions français et allemands évoluent dans les airs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 15 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, nos batteries ont poursuivi leurs tirs de destruction. Nos troupes se sont organisées sur le terrain conquis.

L’ennemi a réagi, par son artillerie, sur nos premières lignes, notamment aux abords de la vallée de la Somme.

Au sud de l’Oise, nons avons réalisé des progrès sur le plateau au nord-est de Quincy-Basse. Notre artillerie s’est montrée particulièrement active sur les organisations allemandes de la forêt de Saint-Gobain et de la haute forêt de Coucy.

Au nord de 1’Aisne et dans la région de Reims, activité réciproque des deux artilleries.

En Champagne et dans les Vosges, canonnade assez violente dans divers secteurs. Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes au nord-est de Ville-sur-Tourbe a échoué.

Les Anglais ont enlevé le village de Fayet, au nord de Saint-Quentin, ainsi que les positions de la ferme de l’Ascension et de la ferme du Grand-Parel. Au nord de la Scarpe, après avoir occupé Angres, Givenchy-en-Gohelle, Vimy, ils se sont emparés de la fosse n° 6 et de la gare de Vimy. Le chiffre des pièces de canon prises par eux monte à 170. Le terrain conquis rejoint les positions saisies lors de la bataille de Loos.

Un navire hôpital anglais a coulé sur une mine; il y a 52 manquants. Un autre a été torpillé.

Le Brésil a saisi les navires allemands internés. La Bolivie a rompu avec le cabinet de Berlin.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 14 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 14 avril 1917

945ème et 943ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps splendide. Bombardement toute la nuit. Je suis éreinté, affaissé toute la matinée, on dort si mal et c’est si long. J’admire chaque jour le courage de tous nos agents de police qui se multiplient. Quelle différence avec la couardise des gendarmes. Il parait que notre nouveau Commandant de Place, le Colonel (en blanc, non cité) est un froussard de la plus belle eau, çà ne nous change pas avec Colas et Girardot. Lors du bombardement du 6 courant il s’est sauvé à Épernay !!! C’est pour cela que l’autre jour qu’on déchargeait des cintres d’acier et des rondins de bois pour faire une casemate blindée pour ce lâche-là. A 2h je vais chercher mon courrier.

Passant devant l’usine d’Edouard Benoist j’interpelle un vieux trainard et lui dit de filer, et qu’il ferait mieux de partir de Reims. Un sergent (Sergent Basly, de la 22ème section G.B.D. (trèfle à quatre feuilles)(Groupe de Brancardiers Divisionnaires)) de la formation sanitaire qui cantonne dans cette usine au 35 de la rue Hincmar, m’interpelle en me disant que je n’ai pas le droit de dire cela et que je ne puis pas le faire, et m’injurie. Je l’envoie carrément en lui disant qu’il se taise et que s’il défend ce vieux trainard, c’est sans doute qu’il lui indique les caves à piller. Pris mes lettres, écrit dans mon cabinet au Palais, et porté mes lettres à Mazoyer. Je rencontre Landréat qui est resté courageusement ici, je l’en félicite. Comme nous sortions du Palais un automobiliste, conduisant la voiture 117 015 nous interpelle d’un ton insolent pour nous demander où se trouve un bureau de tabac. Comme nous lui répondons que nous ne savions pas, et comme il insistait en disant que des sales civils comme nous ne savions jamais rien, que de là nous étions une sale ville, etc…  etc…  Je pars en haussant les épaules, il veut nous suivre !… Je continue mon chemin, en constatant l’aménité de ces gens-là…  Voilà le peuple avec lequel nous nous rencontrons chaque jour.

J’écris ces lignes dans mon cabinet au 1er étage, près de ma chambre. J’en suis tout joyeux et c’est si triste d’écrire à la cuisine ou dans la cave. Toutes les fois qu’on sera un peu tranquille je ferai cela, car je n’y tiens plus, et je pourrais peut-être faire quelque chose d’utile, tout en laissant de quoi écrire à la cuisine et à la cave. Quand pourrais-je enfin reprendre mes habitudes et coucher dans un lit…  déshabillé. Mon Dieu pourvu que ce soit bientôt. Je suis si las, et puis je crains de tomber malade à coucher aussi à la cave !

6h20 soir  Vu tout à l’heure Monbrun qui travaillait et travaille au Bureau Militaire de l’Hôtel de Ville, pour me demander l’adresse de Faupin, l’avoué, et je lui demandais ce qu’il faisait maintenant. Il me répondit qu’il travaillait toujours à la Ville où tous ces jours-ci il avait mis en sûreté les registres d’État-civil et les dossiers de réquisitions militaires. Comme je lui demandais ce qu’était devenu son collègue François, employé au même bureau, il me répondit qu’il s’était sauvé sans crier gare le 6 comme Cachot de l’État-civil (dont l’absence ne sera que très provisoire) et autres. Bref ce sont tous ceux qui crânent et se posent en casseurs d’assiettes qui ont été les plus lâches. Comme ce Bruge, sergent rue Martin Peller, dont on n’a pas eu de nouvelles pendant 3 jours !! un sergent ! insolent, comme tous les embusqués du reste.

8h3/4 soir  En causant avec Houlon je lui demandais combien restaient de municipaux. Les voici officiellement du 1er avril 1917 : le Maire Docteur Langlet, les 2 adjoints : Émile Charbonneaux, de Bruignac, et 3 conseillers : Houlon, Pierre Lelarge et Guernier. C’est maigre, les autres ont « foutu le camp ». Été après dîner voir Melles Payart et Colin (40, rue des Capucins) causé un instant. Les rues sont désertes, on ne voit plus de soldatesque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 avril 1917 – Bombardement toute la journée vers le faubourg Cérès et tir, du matin au soir, sur aéros.
Toutes les saucisses observent.
Canonnades espacées de nos grosses pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – + 3° ; Nuit continuellement agitée. Canon français, bombes allemandes tombées du côté de Sainte-Geneviève, à l’abattoir, autour de l’ambulance rue Cazin. On pense qu’elles faisaient un tir de barrage sur la route d’Épernay et de Pargny, contre mouvements de troupes, ravitaille­ment, batteries recherchées. Visite à Sainte-Geneviève, Orphelinat, bles­sés. 5 blessés par un obus, Chaussée Bocquaine et rue Polonceau à 9 h. 1/2. Violente canonnade toute l’après-midi ; bombes sifflantes sans interrup­tion sur batteries, et sur la ville aussi sans doute. Un obus est tombé dans les ruines de la Salle des Rois. Aéroplanes. Écrit au Pape pour M. le Cha­noine Brincourt. De 9 h. à 11 h. terrible bombardement autour de nous. Obus dans le chantier de la Cathédrale, contre un pinacle, côté sud, cour Chapitre, devant M. Payot. Obus asphyxiant sur le Barbâtre : Les Sœurs de l’Enfant Jésus sont obligées de mettre leurs masques et de monter à l’étage supérieur, au Mont d’Arène, où elles étaient réfugiées dans les ca­ves. Soldats asphyxiés. Nuit la plus terrible jusqu’ici. Il y a eu émission de gaz asphyxiants. Parmi les asphyxiés morts : M. Vaticourt, chantre de Saint- Remi, sa femme et ses deux filles. Il était aller chercher des remèdes chez le pharmacien ; en revenant, il est obligé de s’asseoir sur un banc où il meurt. Sa femme et ses deux filles moururent aussi. Madame Lépargneur meurt aussi asphyxiée. En tout : 15 personnes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 14 avril

Au sud de Saint-Quentin, nos troupes ont attaqué et enlevé, malgré une résistance acharnée de l’ennemi, plusieurs lignes de tranchées entre la Somme et la route de la Fère à Saint-Quentin. Nous avons ramené des prisonniers et de nombreuses mitrailleuses. Notre artillerie a violemment bombardé les organisations allemandes entre la Somme et l’Oise.

Au sud de l’Oise, nos éléments avancés ont progressé à l’est de Coucy-la-Ville et capturé des prisonniers et du matériel.

Lutte d’artillerie dans la région de l’Aisne et en Champagne.

Dans la région de Verdun, deux coups de main de l’ennemi ont échoué sons nos feux.

Les Anglais ont attaqué entre Saint-Quentin et Cambrai. Ils ont pris les positions ennemies sur un large front entre Hargicourt et Metz-en-Couture. Ils ont occupé la ferme le Sart, le village et le bois de Gouzancourt. Ils ont effectué avec succès un coup de main sur Loos.

Canonnade sur le front belge, au sud de la Maison-du-Passeur.

En Macédoine, les Serbes ont repoussé une attaque ennemie dans la région de Budimnica.

Les Russes ont repoussé les Austro-Allemands près de SoKal. Ils ont infligé un autre échec à l’ennemi sur 1a Bistritsa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 13 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 13 avril 1917

944ème et 942ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2  Assez beau temps nuageux. La nuit assez calme. On a tout de même bombardé un peu partout. Près du Palais de Justice, une bombe a fait un trou énorme au coin des rues Tronsson-Ducoudray et Robert de Coucy, au coin de l’ancienne prison. Incendies, place de Bétheny et boulevard de la république, près du Cirque. Les soldats cyclistes près du Cirque se sont refusé à prévenir les pompiers quand l’incendie s’est déclaré. Je suis à bout de nerfs avec tout ce qu’on me raconte des pillages épouvantables faits par la troupe. Ajoutez à la liste des régiments qui se sont livrés à ces pillages les 293ème et 403ème d’Infanterie. Un G.V.C. (Garde des Voies de Communication) qui travaille à la sous-préfecture me contait un fait qui s’était passé rue de Courcy : une femme entend du bruit dans une maison voisine une nuit. Elle y va et trouve 8 soldats qui pillaient, elle crie, ils se sauvent par la porte de la maison, elle les suit et elle les trouve en train de boire debout autour d’une table. Elle les interpelle et à l’un : « Je vous reconnais, vous pilliez tout à l’heure chez Mme X… » L’autre de dire : « Je n’ai rien pris moi !! » Elle discute, alors un lieutenant qui se trouvait avec eux de crier à ses hommes : « Allons, allez tout de suite rapporter ce que vous avez pris !! » Et on nous dira que les officiers empêchent les pillages.

Hier on a trouvé un merle sur la pelouse du jardin du fond qui avait été tué par l’éclat de l’obus tombé dans la fosse à fumier et qui a démoli le mur mitoyen avec la Cie de Vichy, il avait une aile cassé. On l’a plumé et je l’ai mangé, il était délicieux. J’aurais vu des choses plus drôles. Les obus allemands me fournissant du gibier !!

Remis une lettre à Camboulive pour ma chère femme, il la remettra à un automobiliste comme d’ordinaire. Je suis exténué, et à bout. Vais-je tomber. Est-ce que la Justice que je représente va céder, fléchir ou tomber devant les Vandales ??? Sans les voir partir ??!

12h10  Nous commençons à déjeuner à 11h3/4 car le bombardement s’accélère depuis 10h du matin. A midi tapant un obus tout proche, on descend son assiette à la main à la cave, 2 – 3 obus tout près, est-ce que nous allons avoir la même séance que vendredi dernier ??!

J’oubliais de dire qu’un autre obus était tombé sur le pignon de la salle des Rois de l’archevêché. En sorte qu’avec celui du coin de la rue Robert de Coucy la Cathédrale était encadrée. Donc visée.

12h25  Lise remonte, j’ai fini de déjeuner un peu malgré moi, mes 2 autres Parques ne se risquent pas. Encore 2 bombes qui tombent dans la terre sans éclater. Où ? Je ne sais ! Nous verrons cela si nous pouvons.

12h35  Je fais dire à Lise de descendre et je la rabroue en lui disant que j’ai assez de morts comme cela autour de moi !! Elle ne pipe pas. La 3ème Parque est muselée !! et m’obéit. En tout cas je crois que tous ces obus ne sont que de vulgaires 77. Ce n’est pas le sifflement des 150 ou 210 ou 380. De plus en plus ces gens. J’ai de plus en plus la conviction que ces gens-là f…  chent le camp.

1h  Je crois que c’est fini. Allons voir si nous pouvons terminer notre déjeuner.

1h10  Non. J’ai attendu jusque là, et ai bien fait, car en voilà un gros pas très loin.

1h1/2  Plus grand-chose. Remontons. Finir de déjeuner. J’ai faim.

4h1/2 soir  Vers deux heures parti chercher mon courrier au Tribunal, en route je ramasse quantité de morceaux d’obus reçus tout à l’heure. 3 lettres seulement, dont une de ma chère femme qui se tourmente atrocement. Je lui réponds de mon cabinet de justice de Paix et vais porter ma lettre à Mazoyer, place d’Erlon 76. Vu sous le péristyle du Palais l’abbé Camu, Risbourg…  on se rencontre là maintenant, mais, mais gare les bombes. Il y a trop de monde qui circule autour de ce vieux Palais de Justice.

En repassant sous les loges et sous les bombes qui sifflent au-dessus de ma tête « en veux-tu ? en voilà ! » je vois 2 voitures militaires qui attendent les évacués, ils ont tout juste 2 clients !! Je cause avec les automobilistes qui se chargent de mettre à Épernay une carte pour ma chère femme, elle sera mise à la Poste ce soir. Je reviens chez moi, je m’arrête à St Jacques quelques minutes, je suis fatigué…  Rentré vers 4h. Les obus sifflent continuellement, sans discontinuer, quand donc n’entendrai-je plus ces oiseaux de malheur. Les avions sillonnent les cieux, 2 saucisses survolent la Ville tout proche. On a la tête cassée de ces bombardements et sifflements qui ne cessent pas de la journée. En causant rue de Vesle avec M. Beauvais, Directeur de l’École Professionnelle, nous apercevons un incendie vers l’esplanade Cérès. Il me dit être monté aux combles de l’École où il a vu toute la côte de Brimont fort bouleversée par notre artillerie.

5h1/2  Je ne tiens pas en place, vais-je sortir ? on est comme un prisonnier fou de liberté, c’est une vraie rage.

6h soir  Je suis sorti 1/2 heure, mais vu personne, les rues désertes vous coupent les jambes, et de plus le bombardement qui ne cesse pas, et cela a duré depuis ce matin 10h et toute la nuit dernière. Heureusement que ce n’est pas trop dans notre quartier, si cela continuait encore plusieurs jours je crois que je tomberais malade, mes 3 Parques en ont aussi plus qu’assez.

6h1/4  Je ne sais si j’ai consigné (on ne sait comment on vit, c’est à perdre la tête) que les voitures d’évacuation étaient aussi reparties. Pour le premier canton, rue des Capucins, en face du commissariat, pour les 2ème et 4ème cantons, place d’Erlon, au coin de la pharmacie Charlier, et pour le 3ème canton, place St Maurice (place Museux), près de l’Hôpital Général.

Helluy, directeur du Courrier de la Champagne, est parti sans prévenir qui que ce soit le soir du 7. C’est regrettable et Grandremy me disait qu’il était outré de cela, et surtout sans prévenir ses lecteurs. Il lui aurait été si simple de faire paraitre le jour de son départ un petit Courrier, comme l’Éclaireur actuel, pour dire qu’il suspendait la publication du journal pour ne pas exposer ses ouvriers, etc…  etc…  Le prétexte était beau à développer…  mais non, rien : du soir au matin il avait disparu sans prévenir Grandremy, ni personne. 24h après son magasin était cambriolé par la troupe du 410ème d’Infanterie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 avril 1917 – Le bombardement n’a pas cessé au cours de la nuit que j’ai passée, après celle d’hier déjà, rue du Cloître 10, dans la vaste cave de la maison de l’un de mes beaux-frères, Simon-Concé.

Cette belle cave voûtée a sa principale entrée sous le chartil en angle, place du Chapitre, par où viennent se réfugier chaque soir : M. le vicaire général Compant, M. l’abbé Divoir, prêtre- sacristain et vicaire à la cathédrale, avec leurs gouvernantes, Me Pailloux et son fils, ainsi que Mme Martin, gardienne de la mai­son, tous habitants de la cour du Chapitre. Des lits s’y trouvent installés à demeure depuis septembre 1914 ; ils sont plus nom­breux que les occupants actuels et je savais, qu’au besoin, une place pouvait facilement être mise à ma disposition. La proximité relative de l’hôtel de ville, où je prends maintenant mes repas, que je ne quitterai même que lorsque cela me sera possible, m’a fait choisir, sans attendre, ce lieu de refuge — et j’ai été fort bien ac­cueilli par le petit cénacle qui s’y réunit régulièrement toutes les nuits.

Aujourd’hui, la journée nous a été très pénible. Depuis hier, le bombardement, souvent par rafales de quatre, ne s’est pas interrompu et reste très serré. Nous l’avons jugé trop dangereux pour continuer à prendre nos repas dans le bureau. La popote de la « comptabilité » est donc descendue dans le sous-sol de l’hôtel de ville et le cuistot Guérin y a installé son fourneau à pétrole, à côté de ceux de M. Lion, inspecteur des sergents de ville, Turquin et Champenois, également de la police, sous le bâtiment principal dans lequel nous travaillons. Il nous a fallu y passer tout le long après-midi dans l’inaction, à causer de la triste situation de Reims.

— L’église Saint-André et le quartier environnant ont été massacrés ce jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Porte du Chapitre

Porte du Chapitre


Cardinal Luçon

Vendredi 13 – + 2°. Nuit très mauvaise. Via Crucis in cathedrali de 7 h. 45 à 8 h. 45. A 11 h., bombes sifflent sans interruption jusqu’à 2 h. 1/2. Quelques-unes tombent tout près de nous ; nous voyons la fumée de l’écla­tement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 13 avril

Entre Somme et Oise, la lutte d’artillerie a continué pendant la nuit avec une certaine violence, notamment dans la région d’Urvillers.

Au sud de l’Oise, nos troupes, après une préparation d’artillerie, ont attaqué les positions allemandes a l’est de la ligne Coucy-la-Ville-Quincy-Basse. Après un vif combat, nous avons repoussé l’ennemi jusqu’aux lisières sud-ouest de la haute forêt de Coucy. Plusieurs points d’appui importants sont tombés entre nos mains malgré la résistance de l’ennemi qui a laissé de nombreux cadavres sur le terrain et des prisonniers. Au nord-est de Soissons (secteur de Laffaux), canonnade. Au nord de l’Aisne, nos patrouilles ont fait une quarantaine de prisonniers.

A l’est de Sapigneul, nous avons chassé l’ennemi de quelques éléments de tranchées qu’il occupait encore. En Champagne, nous avons arrêté deux coups de main.

Sur le front anglais, le temps continue à être humide et nuageux. Nos alliés ont enlevé deux importantes positions au nord de Vimy, des deux côtés de la rivière Souchez. Ils ont fait des prisonniers. Ils ont brisé deux attaques des Allemands à la pointe nord de la côte de Vimy.

On signale des émeutes sanglantes à Sofia.

Sur le front d’Orient, canonnade autour de Monastir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 13 avril 1915

Place Royale

Louis Guédet

Mardi 13 avril 1915 

213ème et 211ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Belle journée. Recherché encore les débris du corps de ce malheureux Martinet. A 4h1/2 quelques bombes incendiaires qui ont allumé des incendies à la Société Générale, passage Poterlet, rue Jeanne d’Arc.

Ma propriétaire me menace et m’envoie une vraie lettre comminatoire pour me signifier que je n’aurai rien à attendre d’elle, et que je paie mon loyer, etc…  Je verrai cela à Paris avec Maitre Thomas, avoué, 6, rue des Lavandières, quand j’irai la semaine prochaine. Car ma chère femme restant à Paris jusqu’au mois de mai, d’ici venant je vais aller passer quelques jours près d’elle et de mes petits. Voilà un voyage que je redoute ! Que ce sera pénible !!! Mon Dieu ! quand donc aurez-vous fini de me martyriser, de m’éprouver ? Quand me donnerez-vous enfin la tranquillité auprès de tous les miens et ici. Je n’en puis plus ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 17 heures, six ou sept obus incendiaires arrivent subitement dans les environs de la place Royale ; l’un sur l’immeuble de la Société Générale, d’autres cour du Chapitre, rue Carnot et enfin le dernier, dont je puis avoir une bougie non brûlée, rue de l’Université. Trois ou quatre commencements d’incendie sont rapidement éteints pas les pompiers de la ville et ceux de Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Royale

Cardinal Luçon

Mardi 13 – Nuit tranquille, sauf coups de canons (ou bombes) par intervalles.

Visite à St Thomas au Faubourg de Laon, aux Trois-Fontaines et au Bain-de-pieds, rue Saint-Thierry. J’étais, après midi, accompagné de Mgr Neveux. Au retour, place Royale, on nous fait des signes d’arrêter. Des bombes tombaient sur la « Société Générale » où elles mettent le feu, qui fut rapidement arrêté. Nous descendons la rue du Cloître ; Éloi, notre cocher se met à l’abri dans une cour à droite. Nous entrons dans l’Hôtel Lallemand, où nous descendons dans la cour. Cet hôtel était courageusement gardé par une bonne, qui avait même une fois sauvé la maison de l’incendie en éteignant une bombe incendiaire qui allait y mettre le feu. Nous restons là 15 à 20 minutes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 13 avril

Canonnade en Belgique et sur l’Ancre. Pas d’action d’infanterie.
Les Allemands ont contre-attaqué aux Eparges, mais ont été repoussés. Actions d’artillerie violentes au bois d’Ailly et dans la région de Flirey. Au bois Le Prêtre, les Allemands esquissent une attaque. mais sont facilement repoussés. Un dirigeable ennemi a jeté sept bombes sur Nancy, l’une est tombée près d’un hôpital, l’autre près d’une école.
Les sous-marins allemands ont torpillé les vapeurs anglais Guernesey, Président et Wayfarer, le vapeur français Frédéric-Franck.
Le corsaire germanique Kronprinz Wilhellm, le dernier de la liste, a été interné aux États-Unis.
Un memorandum que le comte Bernstorff, ambassadeur allemand, vient de présenter au cabinet de Washington sur l’attitude de l’Union, soulève là-bas l’indignation générale.
Les Russes ont fait encore 2000 prisonniers dans les Carpates. Guillaume II aurait pris la direction suprême de la défense en Hongrie. Le général bulgare Sarafov s’engage dans l’armée russe.
Les Jeunes-Turcs ont demandé a l’Allemagne de leur envoyer 300000 hommes : faute de quoi, ils feraient la paix avec la Triple Entente. L’ex-sultan Abdul-Hamid a été transféré à Smyrne.

 

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