Louis Guédet

Samedi 5 décembre 1914

84ème et 82ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit tranquille, mais une tempête de vent formidable qui continue encore maintenant. Mon Dieu pourvu que les allemands s’en aillent bientôt, tout de suite.

Je vais faire mon dernier jour de service de semaine à la Caisse d’Épargne, je ne suis pas fâché de le voir se terminer, car cela me prenait toute ma matinée.

Journée tranquille dans notre quartier, mais on sent que tout le monde se décourage et si la délivrance n’arrive pas bientôt les courages et bonnes volontés tomberont et s’abandonneront au découragement et au désespoir.

Reçu les clefs de la maison de mon voisin et de sa maison particulière (M. Legrand), me voilà donc sans voisin. J’ai demandé au gardien qui part qu’il me confie ses pics, pinces et leviers en cas de besoin pour la cave ou la maison.

J’ai passé mon après-midi à voir à toutes sortes de choses, été chez Mareschal pour n’arriver à rien ! C’est inouï le temps que l’on perd à courir, voir et agir ! pour n’arriver à aucun résultat…

9h soir  Silence complet. Je devrais écrire et répondre à mon Jean et à Marie-Louise, à Madeleine, mais je n’en n’ai ni le courage ni la force après une journée de fatigues. Il faut me coucher et tâcher de dormir !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Canonnade par les grosses pièces dès le matin. Bombardement l’après-midi.

Le Courrier donne ainsi, le récit suivant paru dans L’Écho de Paris :

Les visites de Mgr Luçon

Nous lisons dans L’Écho de Paris

Il y a cinq ou six jours, le cardinal archevêque de Reims est allé visiter l’ambulance installée au château du X. Il est passé dans les salles et a dit à chacun des malades un petit mot cordial. Tous les médecins de l’ambulance lui ont demandé sa bénédiction, que Mgr Luçon leur a donnée.

Après cette visite, l’archevêque de Reims s’est rendu au château d’Aubilly où sont hospitalisés des orphelinats et les couvents émigrés de Reims.

Après sa visite et pendant qu’il revenait, le verglas tombait, de sorte que l’archevêque de Reims a été obligé de descendre de voiture et de revenir à pied jusqu’à X… où une automobile a pu le ramener à Reims.

A son retour il a constaté que, pendant son absence, trois obus étaient tombés dans… (reproduction interdite aux journaux de Reims).

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Nuit tranquille. Coups au loin? 9 h – 10 h 1/2, visite aux Petites Sœurs de Pauvres, rue de Bétheny. 13 Sœurs et 40-50 vieillards. 50 bombes sont tombées dans leur jardin ; une a défoncé une partie de la voûte de la chapelle. Aucun accident de personnes.

3 h. Visite à M. Compant, à la Maison Balourdet à la maison Amouroux. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


Eugène Chausson

5 Samedi – Grand vent toute la journée, canonnade forte de notre part sans riposte allemande. Vers le soir, il fait un temps abominable, grand vent et forte pluie. A 6 h quand j’écris ces lignes, calme complet. On a retrouvé l’eau qui avait été coupée hier. Nuit calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

Share Button