Un aéroplane allemand est signalé, l’après-midi, par un coup de clairon donné à l’usine des Longaux. De différents côtés, on lui fait la chasse à coups de 75. Les enfants qui jouaient dans le jardin ont entendu le signal ; eux aussi se hâtent de rentrer à l’abri.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Dimanche 15 – Nuit du 14-15 assez tranquille. Bombes assez loin. Lecture de la lettre de Benoît XV à la Chapelle du Couchant. Assisté à la grand’messe. Bourgeons de neige à 10 h, fondante. Dans la nuit canonnade de très gros canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

15-11 Usant de l’installation préparée hier, c’est à la cave et cette fois dans un lit de fer garni en conséquence que j’ai passé la nuit écoulée ; pour couvertures, j’ai emprunté au magasin celles en consigne qui ont servi à notre fabricant d’Orléans pour emballer son dernier envoi, et ayant bien chaud j’ai pu reposer mieux que je ne l’aurais fait au premier étage, puisque des passages de troupes ont réveillé Père, alors que dans mon trou je n‘ai rien entendu.

Autrement, la nuit a été assez calme.

La matinée est sombre et glaciale, et à 11H apparaissent les premiers flocons de neige, auxquels succède bientôt une abondante et froide pluie qui fait de ce dimanche un jour de mortel ennui.

Mme Jacquesson elle-même était toute morose, et n’apportait qu’une attention distraite au pourtant délicieux lapin qui, pour la première fois depuis la dispersion de la famille, variait si agréablement notre ordinaire.

Une lettre de Marie-Thérèse l’attendait (13 9bre) ; pour moi, le courrier n’a apporté que d’affectueuses condoléances de Marguerite Heitz, réfugiée à Prefailles.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Dimanche 15 Novembre 1914.

Pas de changement, toujours la tristesse et pas de nouvelles. Le bombardement continue toujours. Je m’ennuie, vois-tu, de ne pas être chez nous. J’avais descendu tes effets à la cave en cas d’accident, mais j’ai été forcée de les remonter car ils commencent à avoir des taches d’humidité. C’est long pour tout.

J’ai écrit ces jours-ci à la femme du parrain. Je lui ai annoncé le bébé à venir et j’attends une réponse. Nous sommes allées au magasin tous ces jours-ci avec Marguerite et hier ça bombardait tellement que nous avons du rester une demi-heure appuyées au mur du coin de la rue de Beine et du boulevard Saint-Marceau. Ensuite nous avons fait le grand tour par l’esplanade et le Barbâtre. Que veux-tu, tout autour de Walbaum il y a plein de batteries ; c’est pour cela que le quartier est si dangereux. Je ne prendrai plus Marguerite avec moi, je ne veux pas l’exposer ; j’irai seule. Elle est courageuse et plus tard je saurai la récompenser.

Je ne suis plus si pressée non plus pour aller chez nous car ton parrain me dit toujours que je suis trop hardie et qu’il ne faut pas m’aventurer dans la rue. Enfin, tu vois, je n’y pense pas.

J’arrête encore pour aujourd’hui. Tout mon cœur à toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

 

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