Paul Hess

Nos grosses pièces ont tonné encore dès ce matin. L’ennemi riposte aussi avec du gros calibre.

Cet après-midi, j’avais quitté la rue du Jard vers 13 h ¾, pour me rendre à mon travail, à l’hôtel de ville. Alors que venant de traverser la place royale, j’étais engagé dans la rue Colbert, un obus s’annonçant soudain, passait au-dessus de moi avec le hululement de plus en plus accentué du projectile terminant sa course rapide. Il n’allait plus loin, en effet. Faisant entendre une explosion formidable, il écrasait la Maison de la mutualité, impasse des Deux-Anges, Aussitôt, un nouveau projectile allait tuer deux passants et en blesser quatre autres, en éclatant devant la pharmacie, sur la place du Palais de Justice, que je venais de longer quelques minutes auparavant, venant de la rue Trousson-Ducoudray, pour prendre la rue Carnot. Je presse le pas, pour trouver un abri à la mairie et j’entends encore l’arrivée dans le centre, d’une vingtaine d’obus, dont l’un démolit une partie de la haute galerie du chevet de la cathédrale, sur la rue Robert-de-Coucy.

Une très forte brèche marque cette blessure, venue s’ajoute aux autres, et l’on se rend parfaitement compte qu’en outre, la même galerie est descellée sur une assez grande longueur, le coup ayant été directement porté. Des parties massives de ses arcades ont été brisées et dispersées ; l’une d’elles, gros bloc, est restée suspendue dans le vide, retenue vraisemblablement par les tiges de fer reliant et maintenant l’une à l’autre les pierres assemblées dans la construction – et elle menace de faire encore d’autres dégâts, par son volume et son poids, lorsqu’elle tombera sur les combles inférieurs.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade le matin et toute la marinée.

2 h 1/2, deux bombes ; en tout 18 bombes dont une tombe sur la Cathédrale, endommageant la voûte, dont les pierres sont tombées sur le pavé qu’on venait de balayer. Vers 5 h 1/2, une bombe renverse plusieurs mètres de la galerie autour de l’abside, descelle ou ébranle 4 ou 5 mètres de la même galerie qui paraissent près de bomber. Soir, canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
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Paul Dupuy

Au calme relatif de ces derniers jours succède une mauvaise période, car des bombes sifflent de tous côtés, et l’après-midi il nous faut nous terrer pendant 5/4 d’heures.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette Breyer

Lundi 12 Octobre 1914.

Ma bonne chipette, J’ai dit ce matin à maman que j’étais encore embarrassée. Je pleurais, vois-tu, en lui disant. Que veux-tu, c’était plus fort que moi. Mais elle m’a bien consolée et relevé mon courage. « Il ne faut pas pleurer. Regarde, moi j’en ai eu sept. Eh bien aujourd’hui je suis contente de vous avoir tous les quatre ». Pauvre maman, elle est si bonne. Enfin, que veux-tu, ce sera encore un coco à gâter.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Lundi 12 octobre

Tout notre front riposte victorieusement à l’ennemi. Même nous avons encore avancé au nord-ouest de Soissons, et nous avons pris un drapeau à Lassigny.
Deux Taubes ont survolé Paris, lançant des bombes qui ont tué et blessé dix-sept personnes: un engin incendiaire est venu s’abattre sur la toiture de Notre-Dame.
L’armée belge d’occupation a quitté tout entière Anvers, accompagnée par deux brigades anglaises qui ont rejoint les forces alliées importantes, dit-on, qui sont cantonnées à Gand.
Les Autrichiens ont perdu une bataille sous Sarajevo, et les Serbo-Monténégrins ont forcé la défense mobile à se retirer dans la montagne.
Les troupes russes, au dire même des journaux viennois, ont remporté une victoire importante au nord de la plaine hongroise, au sud des Carpates, à Marmaros-Sziget. Elles tiennent maintenant les têtes de toutes les lignes ferrées dui convergent de ce côté vers Debreczin et Budapest.
Le général Zupelli a remplacé au ministère de la guerre italien, le général Grandi, démissionnaire.
En France, le général Bernand, directeur de l’aéronautique militaire, est remplacé par le général Hirschauer.
La Turquie poursuit de nouvelles négociations secrètes avec l’Allemagne : mais jusqu’à présent, elle demeure immobile.

 

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