Journée assez tranquille mais le soir, vers 20 h des obus arrivent tout-à-coup qui sont dirigés principalement vers de quartier de Courlancy, semble-t-il.

Nous sommes déjà bien habitués aux divers sifflements des projectiles de tous calibres, du 77 au 210, que nous reconnaissons sans erreur les uns des autres, mais aujourd’hui, certains de ceux qui passent doivent être de taille, à en juger par le ronflement très accentué qu’ils produisent en traversant l’espace ; il est ni plus ni moins comparable, pour l’intensité du bruit, au roulement d’un express sur ses rails et c’est absolument effrayant. Ceci a été remarqué à une ou deux séances précédentes de bombardement et on se demande s’il s’agirait du fameux 305 autrichien, puisqu’il a déjà été parlé d’obusiers sur tracteurs automobiles vendant tirer sur notre ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Un canon autrichien de 305 : [photographie de presse] / Agence Meurisse - source Gallica-BNF

Un canon autrichien de 305 : [photographie de presse] / Agence Meurisse – source Gallica-BNF

Nuit du 26-27 tranquille. Coups de canon sourds et lointains. On apprend que l’Abbé Rome, a été blessé, le 1er septembre, en entraînant les hommes, au combat ; puis fait prisonnier et interné à Mersburg.

Hier des forces allemandes ont réussi à passer l’Yser.

Quelques coups de canon lointains et lourds. Quelques bombes le soir dans le quartier de Saint-André, à Courlancy, disent ces messieurs du Petit Séminaire. Bombes ce soir à 8 heures.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Lettre du 25 de M. Legros qui a quitté l’hôtel pour aller chez son cousin, M. Georges Debonnaire, 32 boulevard de la Villette.

Avec Madame, il ne se rendrait à Limoges qu’autant que les évènements forceraient Henri à y prolonger son séjour ; il attend donc à Paris l’indication directrice de ses mouvements.

Journée ni plus, ni moins agitée que les précédentes.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Mardi 27 Octobre 1914.

Ah mon Charles ! Quelle journée ! Figure-toi, ce matin comme je l’avais promis chez vous, j’ai pris André avec moi en allant au magasin pour le conduire chez vous. Marguerite nous accompagnait. Il était heureux, vois-tu, de se retrouver chez nous, de revoir Black et de retoucher ses petites affaires. Même les 75 qui tapaient durs près de chez nous le laissaient indifférent.

A 11 heures ton papa est venu le chercher pour aller dîner chez vous et à 2 heures il me le ramenait, tout content. Tout s’était bien passé et les boches n’avaient pas tiré. Nous nous apprêtons à partir. Bon, un sifflement. Marguerite referme vivement la porte. « Descends vite à la cave avec André, dit-elle, ça tombe par ici ». En effet ça avait l’air de continuer et cela dura jusqu’à 5 heures. Te dire par quelles transes nous avons passé, et avec cela la nuit venait et pas de lumière. Profitant d’une accalmie, nous nous sommes décidées à nous mettre en route et en un quart d’heure nous étions rentrées aux caves.

Te dire quel soupir de soulagement ! Mais maintenant tant que les Prussiens seront là, je ne le sortirai plus. Je veux qu’en revenant, pauvre Lou, ta joie soit complète.

Je vais essayer de dormir car je ne dors plus. Toujours avec toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Mardi 27 octobre

Les Allemands qui avaient franchi la ligne de l’Yser (en Flandre belge), entre Nieuport et Dixmude n’ont pu profiter de cet avantage. Ils ont été sévèrement contenus par nos troupes et ont subi des pertes colossales. Partout, d’ailleurs, où ils ont attaqué, ils ont été repoussés.
La victoire russe se manifeste de plus en plus entre la Vistule et la frontière prussienne. Sur tous les fronts qu’ils avaient occupés, les corps de von Hindenburg ont été rejetés avec violence. Les troupes du grand-duc Nicolas ont usé de la baïonnette avec succès en plusieurs localités.
Le général de Moltke, chef d’état-major général de l’armée allemande, qui est très malade, et qui, du reste, avait mal réussi dans ses combinaisons, a été remplacé par le général de Falkenhayn, ancien ministre de la Guerre.
Le général Douglas, chef d’état-major de l’armée britannique est mort à Londres.
Le prince Oscar de Prusse, cinquième fils de Guillaume II, a été frappé de paralysie.
Des émeutes sérieuses ont éclaté sur plusieurs points de l’empire allemand, et spécialement à Brunswick, en raison de la cherté des vivres.
La disette se fait aussi sentir en Autriche, où l’on ne trouve plus de charbon.
Le Breslau et le Goeben, les deux croiseurs allemands soi-disant achetés par la Turquie, auraient reçu l’ordre de rentrer dans le Bosphore après avoir quitté la mer Noire. Les ambassadeurs de Russie et d’Angleterre avaient vivement protesté auprès de la Porte contre leur sortie du détroit.
Une crise ministérielle semble imminente en Italie, le ministre des Finances, M. Rubini, se déclarant incapable de faire face, avec les ressources actuelles, aux suppléments de crédits demandés pour la défense nationale.
Un monitor autrichien a coulé sur une mine dans le Danube.

 

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