Abbé Rémi Thinot

21 SEPTEMBRE : J’ai dit ma messe ce matin au Grand Séminaire. Je ne suis pas très reposé encore ; du reste, le canon a tonné toute la nuit. Hier soir, J’ai donné le dîner à 3 soldats du 71eme qui, cachés trois Jours dans le grenier d’une ferme au-dessus de Bétheny, au milieu d’allemands qui allaient, venaient, avaient réussi à s’échapper.

Rencontré le P. Etienne chez moi, ce matin, pour déjeuner. Il n’avait pas perdu la clef de sa maison, mais « la maison de sa clef » me dit-il. En effet, sa chapelle, son chez lui, avec tous ses papiers (35 ans de vie de travail !) la flamme avait tout dévoré.« La pilule a été dure à avaler », me dit-il, « mais elle y est » 11 n’y faut pas trop penser tout de même, car sans cela ! »

Des hauteurs de la Haubette, le P. Etienne a suivi le drame de la cathédrale. Il a vu tomber une bombe sur le toit côté nord, pendant que les échafaudages brûlaient. Les monstres ont donc tire en plein sur le vaisseau alors que le feu le dévorait déjà ! Sauvages !

A un instant donné, la cathédrale paraissait surmontée d’une immense charpente petite en rouge et non couverte… Et tous ceux que J’ai rencontrés aujourd’hui essaient de dire quel spectacle cruellement grandiose ça à été que cet incendie de la cathédrale pour ceux qui l’observaient.

Je suis monté dans la cathédrale avec des correspondants du « Daily Mail », du « Daily Chronicle » et deux américains, dont M. Richard Harding Davis. Ils m’ont passé le numéro du « Journal » d’aujourd’hui. C’est un mondial tollé qui s’élève dans le monde contre l’abominable race qui a osé perpétrer ce crime ; brûler la cathédrale de Reims !

A propos des blessés, je n’ai pas du noter que de la coopérative, on les avait fait passer dans la cour du musée, d’où on les a fait prendre le lendemain un à un pour une destination que j’ignore encore. Je sais seulement que quelques-uns ont été tués, l’effroi qui les agitait de­vant une foule ardente d’hostilité ayant donné à croire qu’ils voulaient fuir. Dans la cathédrale, trois seulement ont été brûlés, dont un déjà sur le brancard qui le devait transporter. Mais, dans le chantier, dont la porte leur était ouverte, dix au moins ont été brûlés. Les outils des ouvriers, le bureau des architectes ont été plus ou moins atteints par les flammes après l’avoir été par les obus.

Je crois aussi que des énergumènes sont venus en brûler au moins deux. Et c’est regrettable à tous points de vue ; la populace est vraiment basse d’instinct.

Je reviens à la cathédrale. Chose curieuse, les bourdons n’ont été atteints en rien ; les poutraisons, les abats-son de la tour flambée n’ont pas été atteints.

Mais les cloches… fondues pour la plupart ! Je n’aurais jamais cru qu’un tel degré de chaleur put être réalisé !

Je comprends que les pierres soient calcinées à ce point… Et c’est ce qui m’effraie le plus quand j’envisage l’hypothèse d’une restauration ; toutes les pierres du pourtour réduites en charpie, fendillées. Les voûtes, alors ? Combien leur force de résistance va-t-elle s’en trouver diminuée ?

Jadart, rencontré à midi, disait avec ardeur qu’il fallait nourrir en soi et répandre autour de soi des paroles de confiance et d’espérance. Nous nous rêverons ! Il faut s’occuper de suite de faire couvrir les voûtes pour que l’eau ne les détériore pas ; elles sont plus délicates, calcinées, et surtout pour que l’hiver n’exerce pas sur elles son action néfaste.

Ainsi St. Nicaise exhortait son peuple à la confiance quand les Barbares le massacrèrent… Le gros œuvre est intact ; bien des choses sont conservées ; il ne faut pas se décourager.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 21 septembre 1914

10ème et 8ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2matin  Nuit absolument calme, la première depuis longtemps et surtout depuis dix jours.

A 6h1/2 un coup de canon vers Bétheny, Cérès, de temps à autre jusqu’à maintenant, mais on entend plus aucun bruit de bataille. Est-ce qu’ils seraient définitivement partis ? battus ? Mais quel grand calme après la tempête !! et quelle tempête !! Depuis le 19 nous n’avons ni électricité, ni gaz à cause des incendies. L’eau a faiblie hier dans l’après-midi, mais ce matin la pression est bonne. On a tellement consommé d’eau pour tâcher d’éteindre cette mer de flammes qui consumait notre pauvre cité. Quant aux moyens de vivre, ils diminuent problématiquement. Après la bataille, la tuerie, le bombardement, l’incendie, est-ce que la famine se mettrait de la partie ?

Je vais faire un tour.

  1. de Bruignac est venu me demander de faire parvenir une dépêche à sa mère qui est à Orléans par Price, mais celui-ci reviendra-t-il ? Il m’a fait faux bond hier. Il me faudra chercher un autre moyen !

9h1/4  Je suis sorti pour porter un mot à l’abbé Thinot, rue Vauthier le Noir, 8, en passant par la rue du Cloître je vois que la chapelle de l’archevêché, la salle des rois et tous les appartements royaux sont brûlés. Notre Pauvre académie peut faire son deuil de sa salle et de sa bibliothèque !!

L’étude de Montaudon, 36 rue de l’Université est brûlée. J’apprends que ses minutes sont dans sa cave.

Un sifflement, je rebrousse chemin, malgré moi je muse, je vois, je regarde ! et, « l’herbe tendre me tentant », je redescends la rue de Vesle, St Jacques, place d’Erlon, la Gare, les Promenades, le Boulingrin : tous cela est désert. Le nouvel Hôtel Français crevé par un obus, les Changeurs rien. Et le diable me tentant toujours, je continue boulevard Lundy, et rue Coquebert je passe devant chez Mme Laval au n°51, une étiquette me renvoie au 49. J’y trouve Madame Laval et son fils en effet, et notre directeur de la Banque de France M. Gilbrin qui est là avec Mme Gilbrin et la famille de son aïeule Mme Feldmann. Ils sont réfugiés là, campés depuis le 19 au soir. On cause, M. Gilbrin se décide, sur mon avis, à faire un tour vers la Banque de France. Nous redescendons la rue Coquebert, la rue Linguet, je lui montre la maison de mon vieil ami Charles Heidsieck crevée éventrée, et place de l’Hôtel de Ville nous nous quittons à sa porte. Je vois Charles Heidsieck, Givelet, M. Bataille aux nouvelles ! peu ou point, mais dans l’air c’est toujours l’encerclement et la bataille définitive sinon la 2ème en attendant la 3ème finale en Belgique ou au Luxembourg.

Est-ce que ?? …mon « bois des Bouleaux ?? » deviendrait réalité ? Ma foi j’aimerais mieux que de fut un « bois des Bouleaux » de Champagne, ce serait plus vite fait !!

Je dirige mes pas vers la rue de Pouilly quand un groupe en débusque avec un homme barbu qui n’en mène pas large entre 2 soldats baïonnette au canon, et un gendarme dont le casque romain à crinière est couvert d’un manchon de toile kaki le suit à l’œil. Je m’enquière. C’est mon espion de la rue du Cadran St Pierre qui faisait ses signaux lumineux la nuit, non de chez Lallement mais de chez Henrot dont il était gardien de la maison. C’est complet.

Mon cher ! Ton affaire est claire ! Je crois !! Encore cette nuit il faisait des signaux ! C’est Degermann qui, n’y tenant plus, est allé insister pour qu’on l’arrête ! Je redescends la rue de Pouilly, la rue du Carouge, du Cadran St Pierre. Je retombe sur un retors groupe d’ouvriers criards. 2 soldats encadrent un homme avec une veste de travail qui aurait crié : « Oui, c’est bien juste : les français ne l’ont pas volé !! ». Encore un d’assuré sur son existence !

Je rentre, trouve lettres et dépêches pour mon citoyen Price ! qui n’est pas encore passé.

Je vois M. Horny qui me narre les désastres de ses immeubles et de ceux de son gendre. Nous bavardons en pleine confiance que l’on parait être sûr de la déroute, de la retraite allemande de ce que nous avons vu.

J’en fini avec nos misères.

Je lui dis que des troupes considérables sont massées à l’ouest de Reims qui n’attendent que le moment de marcher en avant pour broyer les allemands. On dit que le général Pau est ici.

12h1/2  Nous nous quittons. Je commence mon maigre déjeuner quand vers 1 heure canonnade qui continue jusque vers 1h3/4, mais…  posément, en gens pas pressés. Non vraiment nos Prussiens n’ont plus l’entrain d’il y a 9 jours quand c’était si amusant de tirer sur la Cathédrale et nos demeures. Enfonceurs de portes ouvertes ! Va !

Je vais tâcher de faire un tour, le soleil est beau et je ne tiens pas en place.

2h10  Il se confirme que des masses de troupes énormes sont massées de Villers-Allerand à Muizon et Fismes, et surtout des masses de cavaleries qui se reposent et se renforcent en se préparant à lancer la Curée finale ! Ce sera une belle chevauchée ! Que ne puis-je en être pour voir et muser !!

2h1/2  Je fais un tour. L’Hoste est saccagé. Je pousse jusque chez le docteur Luton, rue des Augustins, qui me donne une dépêche pour sa femme. Je passe rue Berton (rue Louis Berton depuis 1925). Une bombe siffle, rentrons. A peine arrivé chez moi à 3h1/2 tapant, nos 2 anglais sonnent, ils viennent chercher nos lettres qu’ils n’ont pas pu prendre hier, n’ayant plus assez d’essence pour repasser par Reims.

Mais en vrais anglais ils sont revenus exécuter leur promesse entre 3h et 4h comme ils me l’avaient promis pour la veille. Cela les dépeint bien. Toujours aussi cordiaux ils prennent mes lettres et dépêches d’un peu tout le monde : M. de Bruignac, Tricot, le Docteur Luton, Potoine. Ils me promettent de revenir me porter les réponses et de reprendre nos lettres ou dépêches. Je tiens encore mon fil, mes aimés vont avoir de mes nouvelles. Ils ont déjà envoyé hier ma dépêche en réponse à celle de ma chère femme. Nous nous quittons sur un affectueux shake-hand. Le compagnon de Price, qui a encore couché avec son monocle – on l’enterrera avec – se nomme Gerald Wallis  14, avenue Charles Floquet à Paris. Merci encore à vous qui me reliez à mes adorés.

Sur ces entrefaites Marcel Lorin, caporal au 291ème de ligne, arrive. Il est ici au Collège St-Joseph avec son régiment. Il a bonne mine et s’est tiré sain et sauf de 20 combats. Il me conte qu’à Sedan on était victorieux, mais que les mitrailleuses allemandes les ont obligé à reculer. Les allemands montent même ces mitrailleuses sur des arbres pour mieux se dissimuler. Il ajoute qu’on ne peut rien contre ces engins, que n’en n’avions-nous autant qu’eux !

Lors de la reprise de la marche en avant à la grande bataille de Champaubert il a combattu à Fère-Champenoise qui a été pris et repris. Là ils ont fait des hécatombes de prussiens. Ceux-ci comme les nôtres font des tranchées à hauteur d’homme avec parapet de terre où l’on fait juste un petit créneau pour tirer.

En sorte que l’on se bat à mille ou 1500 mètres sans se voir. Il me signale la visibilité de notre uniforme, tandis que celui des allemands est invisible. Durant le combat leurs meilleurs tireurs, munis d’une lorgnette (j’en ai vus) visent surtout nos officiers, de sorte que des compagnies entières sont commandées maintenant par un simple sergent, un bataillon par un capitaine de réserve, ce qui enlève leur coup (capacité) de confiance à nos soldats. Notre section s’est très bien battue, mais on ne peut en dire autant de la réserve. Marcel Lorin m’ajoutait que c’était les cadres qui faisaient défaut chez nous. « Oh ! la loi des 2 ans, quel tort nous-a-t-elle fait !!! » s’écriait-il ! C’est malheureusement trop vrai. Quand la ligne des Tirailleurs ennemis fait un bon en avant, les hommes sont sur deux lignes et tiennent leurs fusils appuyés sur leurs gibecières comme pour charger à la baïonnette, mais le canon dirigé plutôt vers le bas, et tout en courant ils tirent ainsi avec leurs chargeurs automatiques. En avançant ils produisent ainsi une sorte de tir de mitrailleuse.

Il m’a conté qu’à Fère-Champenoise il avait vu des tranchées entières comblées de soldats allemands morts et tellement serrés qu’ils étaient restés debout dans la position de tireurs accolés l’un à l’autre.

Là-bas cela a été une véritable moisson d’allemands à certains moments, leurs officiers paraissaient vouloir faire tuer leurs hommes à plaisir. Où on s’est battu il ne laissent rien. Pauvre St Martin ! mon pauvre Père a-t-il encore un abri seulement ?! Je suis assuré de la sauvegarde de ma chère femme et de mes petits. Il faut qu’il me reste le souci et l’inquiétude du sort de mon pauvre vieux Père !!

8h1/2  Toujours le calme, et cependant en prêtant bien l’ouïe on entend le grondement du canon dans le lointain, vers Moronvilliers, le Mont-Haut, Nauroy et avec assez d’insistance.

On parle de l’encerclement des allemands et que dans ce cas la bataille de Reims serait la dernière. D’autres disent que s’ils échappent à cet encerclement il n’y aura plus qu’une grande bataille dans le Luxembourg. Que croire ? J’aimerais mieux que ce fut fait tout de suite et que le Sedan de 1870 soit remplacé par le Sedan de Reims 1914.

Je reviens sur cet incendie du 19. Quand vers 4 heures (? à voir) je vis la toiture de la Cathédrale prendre feu vers les grandes tours, les flammes filaient aussitôt vers l’est et coururent d’une façon échevelée le long de la toiture centrale puis gagnèrent le Carillon central et enfin le clocher à l’Ange.

Le vent du reste venait de l’ouest. Alors une colonne de fumée formidable s’élevait, blanchie, sertie d’étincelles de feu au-dessus du noble vaisseau et se dirigeait, éclairée par un soleil pâle d’automne sur un beau ciel bleu, vers l’Est. Lentement, majestueusement, telle la grande fumée d’un volcan, obscurcissant le ciel vers le quartier Cérès, place Godinot, c’était, je le répèterai jamais assez, grandiose, titanesque, et magnifiquement horrible. Il n’y a que la plume d’un Dante, d’un Victor Hugo, d’un sieur Kiernig (à vérifier) qui puisse décrire pareil tableau, scène, spectacle.

Guillaume II a dû avoir les mêmes jouissances que Néron quand il incendiait Rome, s’il a assisté à ce spectacle, cette scène du haut de Berru, il était aux premières loges et il a dû avoir un plaisir satanique en contemplant ce spectacle digne de l’Enfer.

Et je comprends parfaitement l’embrasement de tout le quartier Cérès (à gauche) jusqu’à la place Godinot provoqué par les étincelles, tisons et charbons qui s’envolaient, poussés vers l’est par le vent assez fort, et aidé par quelques obus incendiaires jetés bien innocemment par ces amours d’allemands de-ci de-là rue Cérès, rue St Symphorien, rue Eugène Desteuque, etc… Il fallait bien s’amuser aux dépens de ces…  cochons de rémois (signé de Bulow), le mot est de lui ou de l’un de ses sbires, et surtout leur faire payer l’infamie qu’ils avaient commis en oubliant de leur donner leur bon à caution d’un million, que dans leur départ (?) plutôt précipité ils ont oublié de réclamer à la Municipalité, et que quelques heures après ou un jour après M. Émile Charbonneaux a retrouvé par hasard (cette fois) et à sa grande surprise dans le fond du tiroir de son bureau de la salle du Maire et de ses adjoints.

Je l’ai entendu de la bouche même d’Émile Charbonneaux, le lendemain ou le surlendemain de leur fuite, c’est-à-dire le 13 ou le 14.

Et voilà comment une diversion d’idée me fait oublier le spectacle de l’incendie du 19, et cependant il faudrait y revenir. La flamme, la fumée, les charbons poussés sur le quartier Cérès. L’incendie poussé vers le quartier Cérès s’étendit vers 5 heures sur tout le carré d’immeuble, Cérès, Université, Godinot, Levant, Ponsardin et le boulevard de la Paix qui est dans les flammes, la fumée et les étincelles au milieu des crépitements, des éclatements, détonations, écroulements poussés par le vent d’ouest, formaient comme une vaste forêt de feu dont les langues furieuses tourbillonnantes se penchaient vers l’est comme les chênes centenaires se couchent sous la tempête, la rafale et l’ouragan.

Oh ! Quel spectacle inoubliable !!

Que l’homme est petit devant ce déchainement de cataclysmes.

Ma plume est impuissante à décrire, il faudrait être Satan lui-même pour pouvoir le faire.

En remettant ma lettre à M. Price j’ai oublié avant de la clore de souhaiter sa fête à mon cher Momo, Mimi, qui m’a coûté tant de larmes ces jours derniers quand je le voyais en pensée mourant de faim, criant sa faim, ou perdu dans la foule de fuyards ou encore égorgé par un Vandale.

Oh ! qu’il m’a fait souffrir ce chéri-là. J’ai oublié de t’écrire mon Momo, mais par delà la ligne de feu qui nous sépare je te souhaite une bonne fête de St Maurice, et qu’à cet instant (9h17 soir) tu sois bien heureux, oh bien heureux, niché contre ta chère petite Maman, et que demain jour de ta fête ce soit un jour de fête pour toi, ta Mère et tes frères et sœur !! Je vous embrasse tous en pensée, je suis si seul !

Je ne puis t’offrir quelques fleurs ni t’embrasser en te taquinant, mais je t’offre tout ce que j’ai souffert depuis 21 jours pour ton bonheur, celui de ta Mère et celui de ton Jeannette, ton Roby, ta Mareu-Louise et ton Dédé ! Dors bien mon mignon, et que le bruit des grandes vagues de Granville te berce et te fasse faire de jolis rêves.

Ce bruit est plus agréable, crois m’en, que celui du grondement des canons, le sifflement et l’éclatement des obus de 100 kilos, de l’écroulement des maisons, du crissement des vitres, des glaces qui se brisent et du rugissement des flammes qui vous entourent, vous encerclent. C’est l’Enfer et pour toi et tous mes aimés qui sont près de toi cette nuit ce sera le bercement doux-doux de la vague, qui mollement va, revient et s’endort et meurt sur le sable humide de la plage.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le courant de la matinée, je me rends à l’hôtel de ville, afin d’informer le maire, président-né du conseil d’administration du mont-de-piété, du désastre qui a anéanti cet établissement. M. le Dr Langlet est dans son cabinet ; il me reçoit immédiatement, en présence de M. Lenoir, député, qui déjà, s’entretient avec lui des tristesses qui se sont abattues sur notre ville. En peu de mots, je mets M. le maire au courant de l’étendue du sinistre, concernant l’administration. Il me pose quelques questions d’un air accablé je me rends compte combien sa charge doit être lourde actuellement – et je me retire, après lui avoir déclaré, lorsqu’il m’a tendu la main, que je me tiens à sa disposition, puis je rentre préparer le rapport que je désire remettre au plus tôt à l’administrateur de service, à la suite de cette démarche que j’estimais urgente et que je tenais à faire au préalable.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918
Le Mont-de-Piété (autochrome de Paul Castelnau, mars 1917)

Le Mont-de-Piété (autochrome de Paul Castelnau, mars 1917)

Gaston Dorigny

La matinée se passe dans un calme relatif. Nous en profitons pour enter chez mon père.

Vers quatre heures du soir, la canonnade recommence, quelques obus tombent encore sur la ville puis la nuit ramène le silence.

Gaston Dorigny

Mardi 21 septembre

Grande activité sur l’ensemble du front. En Artois, nos batteries ont exécuté des tirs nourris sur les organisations allemandes. L’ennemi a riposté en bombardant les faubourgs d’Arras avec des obus de gros calibre.
Guerre de mines entre Fay et Dompierre, au sud-ouest de Péronne. Lutte de bombes autour de Roye. Tir utile de nos batteries en Champagne; l’ennemi, de son côté, bombarde nos cantonnements. Au nord de Perthes, un dépot de munitions a fait explosion dans ses lignes.
Entre Aisne et Argonne, la canonnade s’est ralentie. En Argonne orientale, à la cote 285, l’ennemi a fait sauter une mine à proximité de nos tranchées.
En Woevre et en Lorraine, nous avons pu contrôler les résultats de notre tir. Une colonne d’infanterie allemande et son train ont été dispersés au pied des côtes de Meuse. Les ouvrages ennemis ont été gravement endommagés dans la région de Calonne et près de Flirey. Notre artillerie a atteint la gare de Thiaucourt et a détruit, d’autre part, un morceau de la ligne Metz-Château-Salins.
Les journaux anglais annoncent la prise de Wilna par les Allemands, mais l’armée russe, dans le secteur sud du front oriental, poursuit ses succès.
Les Italiens ont réussi à occuper un bois important sur le Carso.
L’opposition bulgare réclame la convocation de la Chambre.

 

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