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Mercredi 21 novembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 novembre 1917

1167ème et 1165ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante, brouillard tombant toute la journée, on se serait cru à Londres. Bataille la nuit. Bataille toute la journée vers Cormicy, Berry-au-Bac, Corbeny. Roulement formidable. Quelques obus dans la journée. Journée triste, humide, lourde, déprimante !

Vu le sous-préfet ce matin, assez monté contre le Procureur de la République qui aurait délivré un casier judiciaire n°2 au Maire de Mareuil-sur-Aÿ pour un garde sans passer par lui !! Rigoureusement M. de Courtisigny n’aurait pas dû le faire, mais c’est dans l’usage à la condition que la demande du Maire soit appuyée de la signature de l’Intérieur. La loi de 1910 n’autorise pas les Maires à se faire délivrer ces casiers n°2 qui du reste, outre les condamnations, contiennent aussi des renseignements confidentiels sur les personnes. Mais il s’apaise vite. Il est très vif, mais 1h après il n’y parait plus…

Reçu la lettre pastorale du Cardinal Luçon pour faire appel aux fidèles pour l’Emprunt. Lettre plutôt terne. S.E. a subi l’influence de ses 2 Éminences grises, Mgr Neveux et le chanoine Compant ! J’ai envoyé un exemplaire de cette lettre (ci-jointe) à M. Gilbrin et M. Dubosc de la Banque de France.

Après-midi après mon courrier été jusqu’à l’Hôtel de Ville, causé avec Raïssac et de Bruignac, puis rentré chez moi, triste, les larmes aux yeux, ma vie est d’une telle tristesse ici. Rencontré en route le bon R.P. Desbuquois toujours affectueux, charmant.

Appel du Cardinal Luçon en pièce jointe.

En entête les armes du Cardinal, avec sa devise : « In fide et lenitate » (Dans la foi et la douceur »)
Lettre répertoriée n°103

Nos Très Chers Frères,

La France fait un nouvel emprunt de guerre.

Je ne songe point à vous exposer les avantages qu’il présente aux souscripteurs : il n’est pas dans notre rôle de conseiller des placements d’argent. Je viens seulement vous dire : La France fait appel à ses enfants ; cet appel doit être entendu.

Jamais guerre n’a mobilisé tant d’hommes, exigé tant d’armes, dépensé tant de munitions. Personne ne peut s’étonner qu’elle coûte cher ; nul de ceux qui possèdent ne saurait refuser à l’Etat les ressources dont il a besoin.

La guerre nous a été imposée : il faut bien que nous la soutenions. Nous ne pouvons pas déposer les armes tant que l’ennemi foule le sol de la Patrie, tant que nos frères des Ardennes et des départements envahis ne sont pas libérés, tant que le chemin du retour n’est pas rouvert à ceux que l’émigration forcée, l’évacuation d’office, ou la déportation ont dispersés loin de leurs foyers.

Actuellement, les conditions de paix que nous ferait l’ennemi ne seraient ni honorables, ni justes pour nous. Si, au contraire, nous tenons jusqu’à la victoire, nous pourrons exiger la réparation des pertes qu’il nous a injustement causées ; il sera mis dans l’impossibilité de recommencer la lutte ; les pères éviteront à leurs enfants les horreurs de la guerre et leur assureront un long avenir de paix.

Sur tout le front de nos armées, nos soldats sont admirables d’énergie, d’ardeur, d’endurance, ils ne nous ménagent pas leur sang : comment à l’arrière un français hésiterait-il à donner à la Patrie un peu de son argent ?

Les Catholiques ont fait noblement leur devoir durant la guerre : il n’est personne qui ne le reconnaisse. D’innombrables traits d’héroïsme de la part des soldats chrétiens enrichiront nos annales ; à l’intérieur nous avons loyalement pratiqué l’Union sacrée ; nous avons jusqu’ici généreusement répondu aux appels de l’Etat. Les Catholiques seront fidèles au devoir jusqu’au bout.

Que Dieu bénisse nos sacrifices, et les récompense par une paix honorable, réparatrice et durable !

Reims, le 19 Novembre 1917

† Louis-Joseph. Card. LUÇON
Archevêque de Reims

Imprimerie de l’Archevêché, 6 – 8, rue du Préau, 10 – 12, rue Robert-de-Coucy, Reims.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – Attaque allemande du côté de Bétheny ; nous entendons les explosions des torpilles sur les tranchées.

Bombardement à 21 h 1/2 et riposte sérieuse de notre ar­tillerie, pendant trois quarts d’heure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 21 – + 11°. Pluie. Rénovation des Promesses cléricales à 3 h. Allocution de Mgr Neveux. A 9 h. violente canonnade française, éclairs (de canons) magnifiques. On dit que toute la nuit on a entendu la canonnade au loin, vers Berry-au-Bac et au-delà.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Berry-au-Bac


Mercredi 21 novembre

Au nord de Saint-Quentin, nous avons aisément repoussé un coup de main ennemi sur la rive gauche du Fayet.
Sur la rive droite de la Meuse, après un intense bombardement du front Bezonvaux-bois Le Chaume, les Allemands ont attaqué nos positions au nord du bois des Caurières, sur une étendue d’un kilomètre environ. L’attaque brisée par nos feux, n’a pu aborder notre ligne avancée que sur un très faible espace. Les fractions ennemies qui avaient pu y prendre pied ont été rejetées pour la plupart par notre contre-attaque immédiate.
Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main heureux à l’est d’Ampoux.
Elles ont effectué avec des résultats satisfaisants, une série d’opérations entre Saint-Quentin et la Scarpe. Une grande quantité de matériel et un certain nombre de prisonniers sont tombés entre leurs mains. Les opérations aériennes ont été rendues très difficiles par le temps, devenu brumeux et orageux.
Les Italiens ont repoussé quatre violentes attaques austro-allemandes et fait 300 prisonniers. Ils ont également arrêté un coup de main en Albanie.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du Vardar, dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir.
Les troupes russes ont repoussé une reconnaissance ennemie dans la région des lacs.
La cavalerie anglo-égyptienne est arrivée à 19 kilomètres de Jérusalem.
L’infanterie, d’autre part, a atteint une ligne située à 24 kilomètres de la ville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 1 octobre 1917

Louis Guédet

Lundi 1er octobre 1917

1116ème et 1114ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 matin  Nuit calme jusqu’à 3h du matin. A 3h1/2 alerte de nos canons, quelques minutes, puis à 4h1/4 une vraie tempête jusqu’à 5h1/2, impossible de dormir. Bref je me suis levé à 6h1/2, fini ma valise et je vais aller à la messe de 7h. C’est la St Remy.

9h  Arrivé à Épernay. Trouvé Minelle, Dondaine, Landréat, causé, donné des signatures et ensuite été à la Banque de France pour voir à des valeurs de clients. Déjeuné avec Texier juge au buffet de la gare. En montant au train à 2h trouvé Parant, notre ancien garde-chasse de Nauroy, sous-lieutenant au 2ème d’Infanterie, 2ème Bataillon, Croix de Guerre 3 étoiles, fait voyage avec lui jusqu’à Châlons. Il me confirmait ce que je savais du moral des troupes. Rancœur contre la riche Bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et esprit des troupes très excitées contre eux. Nous allons aux socialistes à grand pas.

Arrivé à St Martin à 5h, je trouve les enfants en larmes à la gare (André et Marie-Louise). Pas de nouvelles de Jean depuis le 24 septembre ! Que lui est-il arrivé, mon Dieu ! Ma femme est dans un état indescriptible. Pour elle il est tué !! La contagion me prend, quelle nuit !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er octobre 1917

Canonnade très forte, à 4 h, pour la préparation d’un coup de main sur Bétheny qui, paraît-il ne donne aucun résultat.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 1er – Saint-Remi: + 9°. Nuit bruyante et agitée autour de Reims. Activité de nos batteries à 4 h. du matin. Petite attaque pour avoir des pri­sonniers ; pas fait de prisonniers. Visite des jeunes photographes du 152e qui ont voulu me photographier pour le régiment avec la Fourragère et la Croix. Visite du Colonel de Combarieu et du Capitaine de Viril-Castel qui m’ont fait apporter un appareil Tissot contre les gaz. Vers 6 h. soir, coups de canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 1er octobre

Sur le front de l’Aisne, après une préparation d’artillerie, trois détachements ennemis ont tenté d’aborder nos tranchées au nord de Berry-au-Bac. Une fraction allemande, qui avait réussi à pénétrer dans un élément avancé de nos lignes, en a été chassée aussitôt. Sur les autres points, nos feux ont arrêté les assaillants, qui ont subi des pertes sensibles.
La lutte d’artillerie s’est maintenue très vive sur les deux rives de la Meuse, notamment au nord de la cote 344 et vers le bois de la Chaume.
Des avions allemands ont bombardé la région de Dunkerque. Il y a plusieurs victimes dans la population civile.
Nous avons abattu deux appareils.
Nos avions ont opéré sur la gare de Colmar et sur les établissements ennemis au nord de Soissons.
Sur le front de Macédoine, entre les lacs de Prespa et d’Okrida, l’ennemi a effectué deux attaques qui ont été vigoureusement repoussées.
A l’extrême gauche, les contingents albanais, refoulant les postes autrichiens, se sont emparés du village de Cesme, dans la haute vallée du Skouch.
Les Italiens ont fait environ 1800 prisonniers à l’est de Gorizia.
Quatre escadres d’avions ont survolé l’Angleterre jusqu’aux abords de Londres. Il y a 11 morts et 82 blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 1 septembre 1917

Paul Hess

l2 septembre 1917 – Sifflements le soir et bombardement, comme les jours précé­dents.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 1er – + 11°. Nuit tranquille à partir de minuit. Visite de l’aumô­nier militaire. Proposition de visite aux soldats à Merfy acceptée ; Aéro­planes : tir contre eux. Visite du Colonel C. d’artillerie, Commandant les batteries du secteur de Bétheny à La Pompelle exclusivement…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 1er septembre

A l’est de Cerny, une patrouille allemande, qui tentait d’aborder nos lignes, a été repoussée par nos feux.
Activité réciproque de l’artillerie sur les deux rives de la Meuse.
En Alsace, un coup de main ennemi au sud de l’Hartmannwillerskopf, a complètement échoué.
Sur le front britannique, les Allemands ont violemment bombardé les positions avancées au nord-ouest d’Arleux-en-Gohelle, et tenté un coup de main qui a entièrement échoué.
Les Italiens ont enlevé une partie de San Gabriele et fait 627 prisonniers.
Les Russes ont encore reculé sur deux points, mais ce fléchissement, à raison des mesures prises, semble ne devoir comporter aucune conséquence grave.
Sur le front de Macédoine, vifs combats à la Serka di Legen et à l’ouest de Oronte. Sur la Serka di Legen, après une violente préparation d’artillerie, deux fortes attaques bulgares, qui avaient pris pied, de nuit, dans quelques unes de nos tranchées avancées, ont été presque complètement chassées de ces éléments par des contre-attaques prononcées à l’aube. L’ennemi a renouvelé ses attaques, il a été repoussé. A l’ouest de Monte, les Serbes, pénétrant dans les premières positions de l’ennemi, lui ont fait des prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Des pillards au 409ème

A lire sur le blog du 409e R.I. de Christophe Lagrange, un épisode de pillage à Reims perpétré par des soldats français : Extrait « Ces pillards avaient profité de la destruction partielle des Docks lors des bombardements allemands ».

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La Ferme Pierquin

Située à la sortie de Reims en direction de la route de Neufchâtel-sur-Aisne et limitrophe de la commune de Bétheny, cette ferme va se retrouver, dès fin septembre 1914, au cœur les combats de la ligne de front.

Après la Première Bataille de la Marne, les Allemands se retranchent sur les forts de la ceinture fortifiée de Reims, dont le fort de Brimont et comme beaucoup de fermes isolées, la ferme Pierquin devient un lieu à défendre et à conserver par les Français pour mieux progresser vers l’ennemi.

Si des cartes postales de cet endroit sont éditées dès octobre 1914, il y a beaucoup moins d’écrits concernant cette ferme. Néanmoins il existe des récits de soldats y ayant combattu et qui nous sont parvenus par l’intermédiaire de leur carnet de guerre. Pour exemple voir le lien ci-dessous :
Blog du 409e R.I. de Christophe Lagrange

Et il n’est pas improbable de retrouver des mentions de cette ferme dans les journaux de marche des régiments qui s’y sont battus, où qui sont passés dans la région. (Si vous avez des informations, nous les rajouterons à cet article).

Bétheny 14-18

La ferme Pierquin sera définitivement détruite vers la fin des années 1990. Elle se trouvait approximativement à cet endroit :

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N’hésitez pas à « cliquer » sur les photos pour les agrandir.

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Dimanche 4 octobre

Abbé Rémi Thinot

4 OCTOBRE – dimanche –

Rencontré M. Deneux, architecte du Gouvernement, .Quel homme intéressant sur la cathédrale !

Il a été là des années, élève de M. Thiérot[1] ; il voudrait être intéressé à la réfection du monument. Il a la compétence, en tous cas ! Il convient que Margotin est un ignorant en l’espèce, doublé d’une moule…

Et ! Et ! décidément, il faudra que j’aille me présenter à la Mairie ; je n’avais pas compris jusqu’ici que l’avis publié concernant les réformés me touchait. Voilà que je vais connaître la capote pour la première fois et la guerre sous l’uniforme après l’avoir connue sous la soutane… et vue de bien près « dans le civil ». Attendons !

[1] Édouard Thierot, l’architecte diocésain chargé de la cathédrale et professeur à l’École régionale des Arts industriels

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 4 octobre 1914

23ème et 21ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Vers 2h du matin, comme d’habitude canonnade et fusillade. Ce matin rien, temps chaud, de la pluie probablement.

Je suis toujours aussi abattu, découragé. Voilà déjà un mois que nous sommes sous les bombes ennemies et sous leurs canons. Il n’y a pas de raison pour que cela cesse. Alors, à quoi bon espérer la délivrance, espérer à revoir les siens ! sans nouvelles de qui que ce soit on ne peut que s’éteindre de chagrin et de douleur. Mon courage est brisé, je n’ai plus de ressorts, mes nerfs sont en coton. Je n’ai même plus la force de vouloir, d’entreprendre, de faire quelque chose. C’est de trop, on n’en peut plus, ma tête… Chagrin, tortures morales, inquiétudes, tout, tout m’accable. Souffrir continuellement, et voilà 20 ans que cela dure ! Non. Je n’en puis plus, ma tête se vide !

9h soir  On m’apprend que René Tricot a été récemment blessé sous Verdun, mais légèrement, ainsi que l’abbé Borne. Le capitaine Gelly (Jean Gelly, officier, 1888-1970, époux de Marguerite Soullié 1891-1967), gendre de M. Soullié (Alexandre Soullié 1858-1924), a reçu un éclat d’obus à la poitrine, on ignore si c’est grave. Lucien Masson est ici depuis quelques jours et a dit à M. Bataille que St Martin n’aurait nullement souffert, on ne s’y est pas battu, et il n’a vu aucun toit déformé. Il n’a malheureusement pas songé à voir mon pauvre Père. Pourvu qu’il vive encore.

4h1/2  En portant  des lettres à la Poste de la rue Libergier j’apprends par le fils Francis Lefort (1880-1950, notaire) que Montaudon (Albert Montaudon, 1880-1916, notaire, mort au champ d’honneur le 27 janvier 1916 à Neuville St Vaast) a été blessé au bras à Pontavert. Le fils d’Henri Collet (1861-1945), Robert (né en 1893), est blessé depuis un mois et est à Saumur.  Ses parents viennent de l’apprendre seulement, ils vont aller le rejoindre. L’abbé Camu que je rencontre me prie de tâcher de l’informer de la santé de son neveu André Charpentier, soldat au 106ème de ligne, blessé à Longuyon le 29 août 1914 (André Charpentier, né en 1885, est mort aux Éparges(55) le 5 avril 1915). Je m’en occuperai. Visite de M. et Mme Fréville que je reçois dans ma chambre, ils venaient me remercier de leur avoir fourni l’hospitalité le 24 septembre pendant le bombardement de ce jour. On papote et ensuite M. Fréville me parle d’un article de M. Albert de Mun, paru dans l’Écho de Paris du vendredi 2 octobre 1914, dans lequel celui-ci disait qu’on avait trouvé dans la tour Nord de la Cathédrale de Reims, après le départ des allemands, des bidons de pétrole dont les allemands avaient l’intention de se servir pour mettre le feu à cette tour et à la Cathédrale. Et comme il savait que j’étais monté le 13 septembre à 8h du matin avec l’abbé Dage et Ronné, peintre, 87, rue de Merfy, sauveteur envoyé par le Maire de Reims pour arborer le drapeau tricolore en haut de cette tour Nord, il me demandait ce que j’avais vu et trouvé là-haut : Je suis répondis ce que j’avais écrit le 19 septembre dans ces notes et vu là-haut.

En arrivant seul et le premier sur la dernière plateforme de cette tour, à laquelle on accède par l’escalier à jour qui y conduit, je vis :

1° l’échelle qui permet d’accéder, de grimper à la plateforme en bois qui dépasse les rebords en pierre de la tour, en sorte que la plateforme de la tour proprement dite est comme dans un puisard.

2° à droite de cette échelle, fixé à un des montants (des pieds), qui soutiennent la plateforme en bois une espèce de cadre en bois qui m’a semblé avoir servi à fixer un appareil téléphonique. Un fil descendait extérieurement le long de la tour, on le voit encore côté Est, et 2 fils jaunes montaient le long de ce montant en bois jusqu’à la balustrade sud de la plateforme en bois, et quand je fus monté en haut de celle-ci, je vis, attaché à une douille en cuivre, une lampe avec une ampoule électrique Mazda 2.H-16Bg 220v que je détachais et mis dans ma poche. Je l’ai ici.

3° et derrière l’échelle, sous la plateforme 3 bidons (carrés et longs) de pétrole (2 gros de 10 litres et 1 petit de 5 litres), ils étaient tous trois pleins et l’autre à demi-plein. Je montais seul le premier sur la dernière plateforme, et mes 2 compagnons vinrent me rejoindre quelques instants après. Nous enlevâmes le drapeau blanc et le drapeau de la Croix-Rouge, et fixâmes notre Drapeau tricolore. Sur cette plateforme il y avait 2 mortiers (planches épaisses de 3 centimètres), une caisse de Chocolat Menier vide, couchée sur le côté, dans laquelle les allemands avaient mis des cailloux pour la rendre plus stable et pouvoir monter dessus pour faire leurs signaux de veille, et une chaise paillée, prise sans doute dans la nef de la Cathédrale.

Quand nous eûmes fini notre travail, nous redescendîmes par l’échelle sur la plateforme de pierre. Je rédigeais là mon procès-verbal constatant l’heure du déploiement de nos couleurs et le fit signer par Ronné et l’abbé Dage, puis je le signais moi-même. Nous nous disposâmes ensuite à descendre définitivement. Je pris mon ballot de drapeaux et la chaise que j’avais descendue de la plateforme en bois. Ronné pris les 2 grands bidons de pétrole et l’abbé Dage le troisième bidon. Ronné a du déposer ces bidons à la Mairie. Nous laissons le balai en forme de tête de loup brisée qui avait servi de hampe au drapeau blanc, hissé sur l’ordre des saxons qui étaient à l’Hôtel de Ville le 4 septembre pour faire cesser le bombardement par les Prussiens (Garde Royale prussienne) qui tiraient surtout des Mesneux.

J’abandonnais ma chaise sur la plateforme où on retrouve la voute cimentée qui surplombe la Grande Rose et raccorde les 2 tours de la façade Nord et Sud.

Voilà ce qu’il y a de vrai au sujet de cette histoire de pétrole. Les Allemands avaient-ils prémédité l’incendie de la Cathédrale ? N’avaient-ils pas eu le temps d’apporter plus de pétrole ? mais s’ils avaient eu cette pensée, les 3 (trois) bidons auraient largement suffis. Ce point restant toujours obscur, car les allemands auront intérêt à nier cette pensée, et ce dépôt de 3 bidons pleins abandonnés là sans raison plausible si ce n’est une, or un obus pouvait très bien mettre le feu aux bidons, le pétrole enflammer la plateforme en bois et couler par le trou de la clef de voute de la dernière plateforme en pierre. De là il coulait enflammé, et embrasait le plancher de la première plateforme et de là allait lécher l’échafaudage qui communiquait le feu à la toiture. C’est ce qui est arrivé, d’une autre manière, par les bombes incendiaires lancées le 19.

En tout cas, ils ont contre eux le fait de ces 3 bidons de pétrole abandonnés par eux dans la tour Nord de la Cathédrale, et que nous avons retrouvés le 13 septembre à 8h du matin. Ceci c’est de l’Histoire. Pourquoi aussi tiraient-ils surtout sur la tour Nord le 19, qui est la plus flagellée ? Celle du Sud n’a rien, et c’est surtout le côté Nord de la Cathédrale et ses alentours nord qui ont reçu le plus d’obus. Il y avait là l’échafaudage que flanquait la tour Nord, et…  … les fameux bidons de pétrole trouvés par moi, singulières coïncidences ! Singuliers rapprochements ! Singulières constatations ! Qui me laissent fort rêveur ! et…  fort sceptique sur l’innocence de Messieurs les allemands et sur leur préméditation.

5h1/2 soir  Le canon a tonné très fort, au loin vers Berry-au-Bac et plus loin.

7h50  Calme complet. La journée a été fort tranquille. Les habitants se promenaient comme au bon temps de dimanche après-midi. Il ne manquait plus que la musique au kiosque des promenades. Non aujourd’hui la foule se portait vers le quartier de La Haubette, et comme depuis nombre de jours (3 semaines), l’avenue de Paris était noire de monde. On descend le matin là (je l’ai déjà dit) et le soir on remonte se coucher dans les quartiers exposés. Ce flux et reflux de peuple est fort curieux, et me rappelle, dans un autre ordre d’idée, le départ par le train du matin des pêcheurs pour Guignicourt et leur retour le soir. On s’en va tranquillement avec son ouvrage, ses provisions et aussi tranquillement le soir on remonte chez soi en bavardant. Marée descendante, marée montante humaine et grouillante !!

9h soir  Calme plat !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Canonnade au cours de la nuit et dans la matinée.

Le Courrier de la Champagne parle de ce qui s’est passé dans la journée d’hier, en ces termes :

Le bombardement de Reims continue.

Hier samedi, depuis dix heures et demie du matin, à intervalles assez rapprochés, les Allemands ont lancé sur notre ville, une cinquantaine de projectiles.

Ce sont encore les quartiers de Bétheny, Cérès, Cernay et Saint-Remi qui, déjà tant éprouvés, ont encore souffert.

On signale des victimes sur divers points de ces quartiers. En raisons des nécessités que nous crée le nouveau régime du journal, nous n’avons pas eu le temps matériel de coordonner des renseignements précis et officiels que nous publierons demain.

Après enquête, disons toutefois que ce bombardement venant après une journée d’accalmie et les bruits qui avaient couru de l’éloignement des Allemands, a jeté un effroi bien compréhensible dans notre population.

La conclusion du journal donne exactement l’état d’esprit de la population à ce jour.

– D’autre part, il mentionne que le Tribunal civil a tenu son audience de rentrée, vendredi 2 octobre, à 14 heures.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mitraillades et fusillades au loin ; calme jusque vers 8 h 1/2, quelques coups de canon de temps en temps. Itou toute la journée.

Visite à l’Ambulance de Courlancy. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Gaston Dorigny

Comme les dimanches précédents la journée semble devoir être dure. Le canon gronde toute la journée. La nuit un nouveau combat d’infanterie recommence. On peut dormir assez bien, réveillés seulement de temps à autre par les coups des grosses pièces.

Encore des obus en ville.

Gaston Dorigny

 Paul Dupuy

Dans les mêmes conditions que la veille et avec pareil insuccès s’effectue un 1e
essai de retour.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


 

Dimanche 4 octobre

Les attaques allemandes quotidiennes ont été repoussées dans la région de Roye. Dans l’Argonne, l’armée du kronprinz (16eme corps allemand) a été refoulée au nord de Varennes et de Vienne-la-Ville. Nette progression continue sur les Hauts-de-Meuse et en Woëvre. La situation apparaît dans l’ensemble favorable.
En Belgique, les Allemands n’ont obtenu aucun avantage sérieux dans leur attaque d’artillerie contre les forts d’Anvers. Leurs attaques d’infanterie ont toutes été brisées.
Une note officielle confirme l’échec total de l’entreprise allemande dans les gouvernements de la Russie occidentale. Les Russes ont pris Augustovo, forcé les troupes du kaiser à abandonner le siége d’Ossowietz. En Galicie les arrière-gardes autrichiennes ont reculé, derrière la Vistule, en pleine déroute.
Deux croiseurs allemands, le Scharnhorst et le Gneisenau ont bombardé Papeete, ville ouverte, capitale de Tahiti dans le Pacifique, et coulé une canonnière désarmée qui se trouvait dans le port.
M. Asquith, dans son discours de Cardiff, a fait de curieuses révélations sur les tentatives multipliées à Londres depuis 1913, par la diplomatie teutonne, en vue de neutraliser le Royaume-Uni.
On reparle de l’abdication du roi Carol de Roumanie.

 

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Lundi 21 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

21 SEPTEMBRE : J’ai dit ma messe ce matin au Grand Séminaire. Je ne suis pas très reposé encore ; du reste, le canon a tonné toute la nuit. Hier soir, J’ai donné le dîner à 3 soldats du 71eme qui, cachés trois Jours dans le grenier d’une ferme au-dessus de Bétheny, au milieu d’allemands qui allaient, venaient, avaient réussi à s’échapper.

Rencontré le P. Etienne chez moi, ce matin, pour déjeuner. Il n’avait pas perdu la clef de sa maison, mais « la maison de sa clef » me dit-il. En effet, sa chapelle, son chez lui, avec tous ses papiers (35 ans de vie de travail !) la flamme avait tout dévoré.« La pilule a été dure à avaler », me dit-il, « mais elle y est » 11 n’y faut pas trop penser tout de même, car sans cela ! »

Des hauteurs de la Haubette, le P. Etienne a suivi le drame de la cathédrale. Il a vu tomber une bombe sur le toit côté nord, pendant que les échafaudages brûlaient. Les monstres ont donc tire en plein sur le vaisseau alors que le feu le dévorait déjà ! Sauvages !

A un instant donné, la cathédrale paraissait surmontée d’une immense charpente petite en rouge et non couverte… Et tous ceux que J’ai rencontrés aujourd’hui essaient de dire quel spectacle cruellement grandiose ça à été que cet incendie de la cathédrale pour ceux qui l’observaient.

Je suis monté dans la cathédrale avec des correspondants du « Daily Mail », du « Daily Chronicle » et deux américains, dont M. Richard Harding Davis. Ils m’ont passé le numéro du « Journal » d’aujourd’hui. C’est un mondial tollé qui s’élève dans le monde contre l’abominable race qui a osé perpétrer ce crime ; brûler la cathédrale de Reims !

A propos des blessés, je n’ai pas du noter que de la coopérative, on les avait fait passer dans la cour du musée, d’où on les a fait prendre le lendemain un à un pour une destination que j’ignore encore. Je sais seulement que quelques-uns ont été tués, l’effroi qui les agitait de­vant une foule ardente d’hostilité ayant donné à croire qu’ils voulaient fuir. Dans la cathédrale, trois seulement ont été brûlés, dont un déjà sur le brancard qui le devait transporter. Mais, dans le chantier, dont la porte leur était ouverte, dix au moins ont été brûlés. Les outils des ouvriers, le bureau des architectes ont été plus ou moins atteints par les flammes après l’avoir été par les obus.

Je crois aussi que des énergumènes sont venus en brûler au moins deux. Et c’est regrettable à tous points de vue ; la populace est vraiment basse d’instinct.

Je reviens à la cathédrale. Chose curieuse, les bourdons n’ont été atteints en rien ; les poutraisons, les abats-son de la tour flambée n’ont pas été atteints.

Mais les cloches… fondues pour la plupart ! Je n’aurais jamais cru qu’un tel degré de chaleur put être réalisé !

Je comprends que les pierres soient calcinées à ce point… Et c’est ce qui m’effraie le plus quand j’envisage l’hypothèse d’une restauration ; toutes les pierres du pourtour réduites en charpie, fendillées. Les voûtes, alors ? Combien leur force de résistance va-t-elle s’en trouver diminuée ?

Jadart, rencontré à midi, disait avec ardeur qu’il fallait nourrir en soi et répandre autour de soi des paroles de confiance et d’espérance. Nous nous rêverons ! Il faut s’occuper de suite de faire couvrir les voûtes pour que l’eau ne les détériore pas ; elles sont plus délicates, calcinées, et surtout pour que l’hiver n’exerce pas sur elles son action néfaste.

Ainsi St. Nicaise exhortait son peuple à la confiance quand les Barbares le massacrèrent… Le gros œuvre est intact ; bien des choses sont conservées ; il ne faut pas se décourager.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 21 septembre 1914

10ème et 8ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2matin  Nuit absolument calme, la première depuis longtemps et surtout depuis dix jours.

A 6h1/2 un coup de canon vers Bétheny, Cérès, de temps à autre jusqu’à maintenant, mais on entend plus aucun bruit de bataille. Est-ce qu’ils seraient définitivement partis ? battus ? Mais quel grand calme après la tempête !! et quelle tempête !! Depuis le 19 nous n’avons ni électricité, ni gaz à cause des incendies. L’eau a faiblie hier dans l’après-midi, mais ce matin la pression est bonne. On a tellement consommé d’eau pour tâcher d’éteindre cette mer de flammes qui consumait notre pauvre cité. Quant aux moyens de vivre, ils diminuent problématiquement. Après la bataille, la tuerie, le bombardement, l’incendie, est-ce que la famine se mettrait de la partie ?

Je vais faire un tour.

  1. de Bruignac est venu me demander de faire parvenir une dépêche à sa mère qui est à Orléans par Price, mais celui-ci reviendra-t-il ? Il m’a fait faux bond hier. Il me faudra chercher un autre moyen !

9h1/4  Je suis sorti pour porter un mot à l’abbé Thinot, rue Vauthier le Noir, 8, en passant par la rue du Cloître je vois que la chapelle de l’archevêché, la salle des rois et tous les appartements royaux sont brûlés. Notre Pauvre académie peut faire son deuil de sa salle et de sa bibliothèque !!

L’étude de Montaudon, 36 rue de l’Université est brûlée. J’apprends que ses minutes sont dans sa cave.

Un sifflement, je rebrousse chemin, malgré moi je muse, je vois, je regarde ! et, « l’herbe tendre me tentant », je redescends la rue de Vesle, St Jacques, place d’Erlon, la Gare, les Promenades, le Boulingrin : tous cela est désert. Le nouvel Hôtel Français crevé par un obus, les Changeurs rien. Et le diable me tentant toujours, je continue boulevard Lundy, et rue Coquebert je passe devant chez Mme Laval au n°51, une étiquette me renvoie au 49. J’y trouve Madame Laval et son fils en effet, et notre directeur de la Banque de France M. Gilbrin qui est là avec Mme Gilbrin et la famille de son aïeule Mme Feldmann. Ils sont réfugiés là, campés depuis le 19 au soir. On cause, M. Gilbrin se décide, sur mon avis, à faire un tour vers la Banque de France. Nous redescendons la rue Coquebert, la rue Linguet, je lui montre la maison de mon vieil ami Charles Heidsieck crevée éventrée, et place de l’Hôtel de Ville nous nous quittons à sa porte. Je vois Charles Heidsieck, Givelet, M. Bataille aux nouvelles ! peu ou point, mais dans l’air c’est toujours l’encerclement et la bataille définitive sinon la 2ème en attendant la 3ème finale en Belgique ou au Luxembourg.

Est-ce que ?? …mon « bois des Bouleaux ?? » deviendrait réalité ? Ma foi j’aimerais mieux que de fut un « bois des Bouleaux » de Champagne, ce serait plus vite fait !!

Je dirige mes pas vers la rue de Pouilly quand un groupe en débusque avec un homme barbu qui n’en mène pas large entre 2 soldats baïonnette au canon, et un gendarme dont le casque romain à crinière est couvert d’un manchon de toile kaki le suit à l’œil. Je m’enquière. C’est mon espion de la rue du Cadran St Pierre qui faisait ses signaux lumineux la nuit, non de chez Lallement mais de chez Henrot dont il était gardien de la maison. C’est complet.

Mon cher ! Ton affaire est claire ! Je crois !! Encore cette nuit il faisait des signaux ! C’est Degermann qui, n’y tenant plus, est allé insister pour qu’on l’arrête ! Je redescends la rue de Pouilly, la rue du Carouge, du Cadran St Pierre. Je retombe sur un retors groupe d’ouvriers criards. 2 soldats encadrent un homme avec une veste de travail qui aurait crié : « Oui, c’est bien juste : les français ne l’ont pas volé !! ». Encore un d’assuré sur son existence !

Je rentre, trouve lettres et dépêches pour mon citoyen Price ! qui n’est pas encore passé.

Je vois M. Horny qui me narre les désastres de ses immeubles et de ceux de son gendre. Nous bavardons en pleine confiance que l’on parait être sûr de la déroute, de la retraite allemande de ce que nous avons vu.

J’en fini avec nos misères.

Je lui dis que des troupes considérables sont massées à l’ouest de Reims qui n’attendent que le moment de marcher en avant pour broyer les allemands. On dit que le général Pau est ici.

12h1/2  Nous nous quittons. Je commence mon maigre déjeuner quand vers 1 heure canonnade qui continue jusque vers 1h3/4, mais…  posément, en gens pas pressés. Non vraiment nos Prussiens n’ont plus l’entrain d’il y a 9 jours quand c’était si amusant de tirer sur la Cathédrale et nos demeures. Enfonceurs de portes ouvertes ! Va !

Je vais tâcher de faire un tour, le soleil est beau et je ne tiens pas en place.

2h10  Il se confirme que des masses de troupes énormes sont massées de Villers-Allerand à Muizon et Fismes, et surtout des masses de cavaleries qui se reposent et se renforcent en se préparant à lancer la Curée finale ! Ce sera une belle chevauchée ! Que ne puis-je en être pour voir et muser !!

2h1/2  Je fais un tour. L’Hoste est saccagé. Je pousse jusque chez le docteur Luton, rue des Augustins, qui me donne une dépêche pour sa femme. Je passe rue Berton (rue Louis Berton depuis 1925). Une bombe siffle, rentrons. A peine arrivé chez moi à 3h1/2 tapant, nos 2 anglais sonnent, ils viennent chercher nos lettres qu’ils n’ont pas pu prendre hier, n’ayant plus assez d’essence pour repasser par Reims.

Mais en vrais anglais ils sont revenus exécuter leur promesse entre 3h et 4h comme ils me l’avaient promis pour la veille. Cela les dépeint bien. Toujours aussi cordiaux ils prennent mes lettres et dépêches d’un peu tout le monde : M. de Bruignac, Tricot, le Docteur Luton, Potoine. Ils me promettent de revenir me porter les réponses et de reprendre nos lettres ou dépêches. Je tiens encore mon fil, mes aimés vont avoir de mes nouvelles. Ils ont déjà envoyé hier ma dépêche en réponse à celle de ma chère femme. Nous nous quittons sur un affectueux shake-hand. Le compagnon de Price, qui a encore couché avec son monocle – on l’enterrera avec – se nomme Gerald Wallis  14, avenue Charles Floquet à Paris. Merci encore à vous qui me reliez à mes adorés.

Sur ces entrefaites Marcel Lorin, caporal au 291ème de ligne, arrive. Il est ici au Collège St-Joseph avec son régiment. Il a bonne mine et s’est tiré sain et sauf de 20 combats. Il me conte qu’à Sedan on était victorieux, mais que les mitrailleuses allemandes les ont obligé à reculer. Les allemands montent même ces mitrailleuses sur des arbres pour mieux se dissimuler. Il ajoute qu’on ne peut rien contre ces engins, que n’en n’avions-nous autant qu’eux !

Lors de la reprise de la marche en avant à la grande bataille de Champaubert il a combattu à Fère-Champenoise qui a été pris et repris. Là ils ont fait des hécatombes de prussiens. Ceux-ci comme les nôtres font des tranchées à hauteur d’homme avec parapet de terre où l’on fait juste un petit créneau pour tirer.

En sorte que l’on se bat à mille ou 1500 mètres sans se voir. Il me signale la visibilité de notre uniforme, tandis que celui des allemands est invisible. Durant le combat leurs meilleurs tireurs, munis d’une lorgnette (j’en ai vus) visent surtout nos officiers, de sorte que des compagnies entières sont commandées maintenant par un simple sergent, un bataillon par un capitaine de réserve, ce qui enlève leur coup (capacité) de confiance à nos soldats. Notre section s’est très bien battue, mais on ne peut en dire autant de la réserve. Marcel Lorin m’ajoutait que c’était les cadres qui faisaient défaut chez nous. « Oh ! la loi des 2 ans, quel tort nous-a-t-elle fait !!! » s’écriait-il ! C’est malheureusement trop vrai. Quand la ligne des Tirailleurs ennemis fait un bon en avant, les hommes sont sur deux lignes et tiennent leurs fusils appuyés sur leurs gibecières comme pour charger à la baïonnette, mais le canon dirigé plutôt vers le bas, et tout en courant ils tirent ainsi avec leurs chargeurs automatiques. En avançant ils produisent ainsi une sorte de tir de mitrailleuse.

Il m’a conté qu’à Fère-Champenoise il avait vu des tranchées entières comblées de soldats allemands morts et tellement serrés qu’ils étaient restés debout dans la position de tireurs accolés l’un à l’autre.

Là-bas cela a été une véritable moisson d’allemands à certains moments, leurs officiers paraissaient vouloir faire tuer leurs hommes à plaisir. Où on s’est battu il ne laissent rien. Pauvre St Martin ! mon pauvre Père a-t-il encore un abri seulement ?! Je suis assuré de la sauvegarde de ma chère femme et de mes petits. Il faut qu’il me reste le souci et l’inquiétude du sort de mon pauvre vieux Père !!

8h1/2  Toujours le calme, et cependant en prêtant bien l’ouïe on entend le grondement du canon dans le lointain, vers Moronvilliers, le Mont-Haut, Nauroy et avec assez d’insistance.

On parle de l’encerclement des allemands et que dans ce cas la bataille de Reims serait la dernière. D’autres disent que s’ils échappent à cet encerclement il n’y aura plus qu’une grande bataille dans le Luxembourg. Que croire ? J’aimerais mieux que ce fut fait tout de suite et que le Sedan de 1870 soit remplacé par le Sedan de Reims 1914.

Je reviens sur cet incendie du 19. Quand vers 4 heures (? à voir) je vis la toiture de la Cathédrale prendre feu vers les grandes tours, les flammes filaient aussitôt vers l’est et coururent d’une façon échevelée le long de la toiture centrale puis gagnèrent le Carillon central et enfin le clocher à l’Ange.

Le vent du reste venait de l’ouest. Alors une colonne de fumée formidable s’élevait, blanchie, sertie d’étincelles de feu au-dessus du noble vaisseau et se dirigeait, éclairée par un soleil pâle d’automne sur un beau ciel bleu, vers l’Est. Lentement, majestueusement, telle la grande fumée d’un volcan, obscurcissant le ciel vers le quartier Cérès, place Godinot, c’était, je le répèterai jamais assez, grandiose, titanesque, et magnifiquement horrible. Il n’y a que la plume d’un Dante, d’un Victor Hugo, d’un sieur Kiernig (à vérifier) qui puisse décrire pareil tableau, scène, spectacle.

Guillaume II a dû avoir les mêmes jouissances que Néron quand il incendiait Rome, s’il a assisté à ce spectacle, cette scène du haut de Berru, il était aux premières loges et il a dû avoir un plaisir satanique en contemplant ce spectacle digne de l’Enfer.

Et je comprends parfaitement l’embrasement de tout le quartier Cérès (à gauche) jusqu’à la place Godinot provoqué par les étincelles, tisons et charbons qui s’envolaient, poussés vers l’est par le vent assez fort, et aidé par quelques obus incendiaires jetés bien innocemment par ces amours d’allemands de-ci de-là rue Cérès, rue St Symphorien, rue Eugène Desteuque, etc… Il fallait bien s’amuser aux dépens de ces…  cochons de rémois (signé de Bulow), le mot est de lui ou de l’un de ses sbires, et surtout leur faire payer l’infamie qu’ils avaient commis en oubliant de leur donner leur bon à caution d’un million, que dans leur départ (?) plutôt précipité ils ont oublié de réclamer à la Municipalité, et que quelques heures après ou un jour après M. Émile Charbonneaux a retrouvé par hasard (cette fois) et à sa grande surprise dans le fond du tiroir de son bureau de la salle du Maire et de ses adjoints.

Je l’ai entendu de la bouche même d’Émile Charbonneaux, le lendemain ou le surlendemain de leur fuite, c’est-à-dire le 13 ou le 14.

Et voilà comment une diversion d’idée me fait oublier le spectacle de l’incendie du 19, et cependant il faudrait y revenir. La flamme, la fumée, les charbons poussés sur le quartier Cérès. L’incendie poussé vers le quartier Cérès s’étendit vers 5 heures sur tout le carré d’immeuble, Cérès, Université, Godinot, Levant, Ponsardin et le boulevard de la Paix qui est dans les flammes, la fumée et les étincelles au milieu des crépitements, des éclatements, détonations, écroulements poussés par le vent d’ouest, formaient comme une vaste forêt de feu dont les langues furieuses tourbillonnantes se penchaient vers l’est comme les chênes centenaires se couchent sous la tempête, la rafale et l’ouragan.

Oh ! Quel spectacle inoubliable !!

Que l’homme est petit devant ce déchainement de cataclysmes.

Ma plume est impuissante à décrire, il faudrait être Satan lui-même pour pouvoir le faire.

En remettant ma lettre à M. Price j’ai oublié avant de la clore de souhaiter sa fête à mon cher Momo, Mimi, qui m’a coûté tant de larmes ces jours derniers quand je le voyais en pensée mourant de faim, criant sa faim, ou perdu dans la foule de fuyards ou encore égorgé par un Vandale.

Oh ! qu’il m’a fait souffrir ce chéri-là. J’ai oublié de t’écrire mon Momo, mais par delà la ligne de feu qui nous sépare je te souhaite une bonne fête de St Maurice, et qu’à cet instant (9h17 soir) tu sois bien heureux, oh bien heureux, niché contre ta chère petite Maman, et que demain jour de ta fête ce soit un jour de fête pour toi, ta Mère et tes frères et sœur !! Je vous embrasse tous en pensée, je suis si seul !

Je ne puis t’offrir quelques fleurs ni t’embrasser en te taquinant, mais je t’offre tout ce que j’ai souffert depuis 21 jours pour ton bonheur, celui de ta Mère et celui de ton Jeannette, ton Roby, ta Mareu-Louise et ton Dédé ! Dors bien mon mignon, et que le bruit des grandes vagues de Granville te berce et te fasse faire de jolis rêves.

Ce bruit est plus agréable, crois m’en, que celui du grondement des canons, le sifflement et l’éclatement des obus de 100 kilos, de l’écroulement des maisons, du crissement des vitres, des glaces qui se brisent et du rugissement des flammes qui vous entourent, vous encerclent. C’est l’Enfer et pour toi et tous mes aimés qui sont près de toi cette nuit ce sera le bercement doux-doux de la vague, qui mollement va, revient et s’endort et meurt sur le sable humide de la plage.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le courant de la matinée, je me rends à l’hôtel de ville, afin d’informer le maire, président-né du conseil d’administration du mont-de-piété, du désastre qui a anéanti cet établissement. M. le Dr Langlet est dans son cabinet ; il me reçoit immédiatement, en présence de M. Lenoir, député, qui déjà, s’entretient avec lui des tristesses qui se sont abattues sur notre ville. En peu de mots, je mets M. le maire au courant de l’étendue du sinistre, concernant l’administration. Il me pose quelques questions d’un air accablé je me rends compte combien sa charge doit être lourde actuellement – et je me retire, après lui avoir déclaré, lorsqu’il m’a tendu la main, que je me tiens à sa disposition, puis je rentre préparer le rapport que je désire remettre au plus tôt à l’administrateur de service, à la suite de cette démarche que j’estimais urgente et que je tenais à faire au préalable.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918
Le Mont-de-Piété (autochrome de Paul Castelnau, mars 1917)

Le Mont-de-Piété (autochrome de Paul Castelnau, mars 1917)

Gaston Dorigny

La matinée se passe dans un calme relatif. Nous en profitons pour enter chez mon père.

Vers quatre heures du soir, la canonnade recommence, quelques obus tombent encore sur la ville puis la nuit ramène le silence.

Gaston Dorigny

Mardi 21 septembre

Grande activité sur l’ensemble du front. En Artois, nos batteries ont exécuté des tirs nourris sur les organisations allemandes. L’ennemi a riposté en bombardant les faubourgs d’Arras avec des obus de gros calibre.
Guerre de mines entre Fay et Dompierre, au sud-ouest de Péronne. Lutte de bombes autour de Roye. Tir utile de nos batteries en Champagne; l’ennemi, de son côté, bombarde nos cantonnements. Au nord de Perthes, un dépot de munitions a fait explosion dans ses lignes.
Entre Aisne et Argonne, la canonnade s’est ralentie. En Argonne orientale, à la cote 285, l’ennemi a fait sauter une mine à proximité de nos tranchées.
En Woevre et en Lorraine, nous avons pu contrôler les résultats de notre tir. Une colonne d’infanterie allemande et son train ont été dispersés au pied des côtes de Meuse. Les ouvrages ennemis ont été gravement endommagés dans la région de Calonne et près de Flirey. Notre artillerie a atteint la gare de Thiaucourt et a détruit, d’autre part, un morceau de la ligne Metz-Château-Salins.
Les journaux anglais annoncent la prise de Wilna par les Allemands, mais l’armée russe, dans le secteur sud du front oriental, poursuit ses succès.
Les Italiens ont réussi à occuper un bois important sur le Carso.
L’opposition bulgare réclame la convocation de la Chambre.

 

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Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny

Le 61e Régiment d’Infanterie est dans le secteur de Reims entre novembre 1915 et 15 mars 1916.

En 1914, son casernement ou lieu de regroupement est Aix-en-Provence, Privas. Il fait partie de la 60e brigade d’Infanterie, 30e division d’Infanterie, 15e Corps d’Armée. Constitution en 1914 : 3 bataillons.

1914 Lorraine : Moncourt (15/08), combats de Dieuze, Guébestroff (20/08), Trouée des Charmes (fin août) : Mont-sur-Meurthe

Bataille de la Marne (6-13 sept.) Ferme de Maison Blanche, Andernay

Secteur de Verdun : Avocourt, Bois de Cheppy (fin sept.), nord de Béthincourt, cote 281 et Bois des Forges (oct. à déc).

1915 Verdun (janv-avril) : Béthincourt

Champagne : (mai-août) : Massiges, Ville-sur-Tourbe puis secteur de Reims, La Pompelle, Bois des Zouaves, le Calvaire, le Balcon

1916 Secteur de Reims (nov.-15 mars) : route de Cernay, Butte de Tir, puis en avril-juin : Sillery, Bois des Zouaves

Bataille de Verdun (juin-août) : Côte de Froideterre, Côte du Poivre, puis Aisne (sept.-déc.) : Paissy

1917 Embarquement pour Salonique et l’Armée d’Orient jusqu’à la fin de la guerre.

Source : chtimiste.com

Voici quelques consignes écrites lors de son passage dans le secteur de Bétheny :

Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny

Réseau défensif dans le secteur de Bétheny : en rouge, les tranchées françaises, en bleu, les tranchées allemandes.

Article et photos et documents : Vincent Piniarsky

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