Pierre Loti (1850 – 1923) est venu à Reims quatre fois pendant la guerre, en mission et pour retrouver son fils Samuel mobilisé sur le front près de Suippes. On le sait par ses articles dans L’Illustration mais surtout par un journal de guerre publié en 1998 à La Table Ronde : Pierre Loti, Soldats bleus, journal intime (1914-1919), édition établie, présentée et annoté par Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier.

ob_7a8d50_soldat-bleuCet ouvrage a été publié avec le concours de l’Historial de la Grande Guerre à Peronne. Le titre Soldats bleus, a été choisi par les éditeurs voir, parce que Loti mentionne souvent la couleur bleu horizon du nouvel uniforme de 1915, dont cette mention minimaliste, le 9 mai 1917, arrivant à Vic-sur-Aisne où il résidera : « le village, déserté et saccagé, n’est plus habité que par nos soldats bleus« . Pour l’adaptation de l’uniforme aux impératifs du camouflage en supprimant le rouge garance, dès fin 14 : voir des croquis de cette évolution sur le site « Les Français à Verdun« . Voir aussi la couleur du célèbre autochrome du soldat assis place Royale à Reims (par Castelnau, le 1/4/1917) article de B. Keller ; et la conférence de François Cochet le 6/12/2013 : L’état-major et la guerre : pour en finir avec le mythe du pantalon rouge.
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En janvier de cette année 2014, le 23, les éditions de La Table Ronde rééditent ce journal de guerre de Loti en édition de poche, collection La petite vermillon. Merci à La Table Ronde pour l’autorisation de mettre en ligne les extraits de cette édition concernant Reims. Sur la nouvelle couverture, on voit le portrait de Loti en uniforme d’officier de l’armée de terre avec un manteau de fourrure d’aviateur… Pour la chronologie des carrières navale et littéraire de Julien Viaud (Pierre Loti à partir de 1881), pour celle de ses voyages et de sa vie familiale, voir l’article de Wikipédia et la très complète préface de l’édition de son Journal de guerre : de 1867-1871 (reçu à l’École Navale, aspirant pendant la guerre contre la Prusse) à 1910 (mis définitivement à la retraite après 42 ans de service dont 12 en mer), en passant par 1891, nommé commandant de vaisseau et élu à l’Académie Française…
A partir du 25 septembre 14, Loti a réussi à se faire admettre dans l’Armée de Terre, comme officier de liaison sans solde et rattaché à l’État-major du général Gallieni. Il va participer à l’effort de guerre culturel et au bourrage de crâne mais avec une réelle expérience du métier de militaire ; situation exceptionnelle, à la fois à l’arrière et sur le front ; voir l’analyse, nuançable, du CRID 14-18, dans son dictionnaire biographique.

1 – Pierre Loti à Reims le 18 octobre 1914 : premier extrait de son journal et son article dans L’Illustration

Ce premier passage à Reims est un bon exemple des innombrables voyages automobiles de Loti qui mériteraient d’être cartographiés en détail ; Romigny est le village près de Ville-en-Tardenois mais « la Ferté-Hurder » reste un lieu non localisable en l’état [Perthes et Hurlus, villages du front au-delà de Suippes…?] La cathédrale et le Palais du Tau ont été incendiés depuis un mois quand Loti y vient…

copyright Éditions de La Table Ronde, 2014

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Article dans L’Illustration du samedi 21 novembre 14, n° 3742

(BMReims-Carnegie cote : PER X G 27)

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Pour l’état de solidité de la cathédrale « …lui dire adieu avant sa chute… » « …qui tient encore sa place comme par miracle…« , pour le démenti de Joffre au sujet des explications allemandes du bombardement de la cathédrale « …prétextes niaisement absurdes… », pour le début de l’organisation de la vie quotidienne sous les bombes : voir le journal de Paul Hess du 13 octobre (p. 175) au 21 octobre (p. 186). Le dimanche 18 octobre, Paul Hess détaille le prix des viandes dans un arrêté du maire J-B Langlet. « Le prêtre » qui reçoit Loti à l’archevêché pourrait être le curé L. Camus ou l’archiprêtre d’alors M. Landrieux ; prêtre qui aurait rapporté une rumeur, que Loti cite, d’un sacrilège « …préparé de longue main… », de toits arrosés d’avance d’une « …substance diabolique… » ! Loti semble bien avoir, ensuite, briévement rencontré le cardinal Luçon qui lui donne un guide pour aller à l’intérieur de la cathédrale. Il n’y a rien à cette date dans le journal du cardinal (publié dans Travaux de l’Académie de Reims TAR 1998, 173e volume, en accès libre dans la salle de lecture de Carnegie cote : PER CH IV 4) si ce n’est le quotidien des bombardements. Ce premier article de Pierre Loti publié le 21 novembre serait connu de Viviani et Léon Bourgeois en visite à la cathédrale le 8 novembre 1914… (cf. Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale dans Reims 14-18, pp.79-81). En réalité, le premier article dans L’Illustration sur l’incendie de la cathédrale est d’un journaliste anglais alors présent à Reims, il est publié le 26 septembre, n° 3734 avec des photos. Suivent dans le n° 3735 un postscriptum d’Henri Lavedan et dans le n° 3736 un courrier du lecteur illustré de l’abbé Thinot, témoin direct de l’incendie.

Officier de Marine, Pierre Loti est sensible à l’équipement des Allemands en jumelles et il le mentionne souvent, d’une façon détournée, dans cet article : « … sous les jumelles féroces… des sauvages embusqués… » « … au bout de leurs lorgnettes, c’est la cathédrale, toujours la cathédrale… ». Le 23 octobre 1914, Pierre Loti note qu’il s’achète à Paris « …un de ces uniformes gris-bleu qui se voit de moins loin dans les jumelles allemandes… »

J-J Valette

Voir l’article n° 2 sur Loti à Reims les 25 et 26 août 1915

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