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Jeudi 4 octobre 2017

Louis Guédet

Jeudi 4 octobre 1917

1119ème et 1117ème jours de bataille et de bombardement

2h après-midi  Seconde lettre de Jean nous annonçant qu’il va bien et qu’il s’est rétabli plus vite qu’il n’osait l’espérer. Il a vu Robert et se sont expliqués tout cet imbroglio. Robert ne savait rien non plus et était bien tranquille sur le sort de Jean. Jean nous explique son intoxication du 24, et le 25, ne voyant plus clair, son obligation de se faire évacuer à l’échelon fut décidée. Il va bien et nous annonce que toute cette aventure lui vaut une 2ème citation, et il nous confirme la citation de Robert avec Croix de Guerre qui est officielle. Ils partent au repos. Dieu soit loué !!

En même temps lettre du Commandant Barot qui a téléphoné au Corps de Jean et nous apprend ce que nous savons. Je lui écris pour le remercier encore, ainsi que je l’avais déjà fait hier.

Bref les Gosses marchent bien, trop bien ! Jean 2 citations en un mois de temps, la première faits de Guerre du 19 – 20 août, et la 2ème du 24 septembre 1917. Et Robert, 1ère citation et la Croix de Guerre !! Ce qu’ils doivent être heureux, les chers Petits !! Et Robert surtout, il ne doit pas tenir en place !! Et leur cri du cœur, Jean : 2 jours + 2 jours de plus de permission (2 jours par citation) et Robert a 2 jours de plus : « Chouette alors ! » s’écrie-t-il ! Les chers petits ne voient que cela, ils ne pensent pas à leur Gloire, à leurs Lauriers si chèrement cueillis.

Leurs batteries ont perdues plus des 2/3 de leurs effectifs. Jean dit qu’on a été obligé de lui envoyer 12 Chasseurs à cheval avec chevaux pour leur permettre de pouvoir enlever leur matériel, tellement ils étaient décimés.

Causé hier avec le Capitaine Bruyère, du 6ème Chasseur à cheval au début de la Guerre, actuellement affecté à la Cie d’élite du 166ème d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici. Il me disait que le 12 septembre 1914 au soir il avait traversé Reims et avait poussé avec ses cavaliers jusqu’aux bords de la Suippe vers Orainville, Condé-sur-Suippe, Guignicourt, etc…  et que si les allemands étaient revenus sur leurs pas jusqu’aux portes de Reims, c’était de la faute de Franchet d’Espèrey, leur commandant de la Vème Armée, qui n’avait pas voulu pousser ses troupes au-delà de Reims, voulant faire son entrée triomphale (?) à Reims le 13 au matin…  mais il était trop tard, les allemands s’étaient ressaisis et ils sont encore à nos portes ! Franchet d’Espèrey devrait être fusillé. Et ce que me disait ce capitaine Bruyère me confirme bien ce que nous savions déjà à Reims, c’est que Reims aurait pu être dégagé dès le 12 septembre 1914. Des généraux comme cela sont des criminels ! Pantins galonnés ! rien de plus. J’espère bien que la Guerre finie on mettra ce galonnard en jugement !!… C’est pour cela que tous ces oiseaux le clament toujours : « Reims n’est pas intéressant !! » J’te crois, comme les assassins, ils voudraient bien que le cadavre disparaisse !! Mais nous vivons et nous sommes là pour les clouer au pilori.

J’étais heureux d’avoir la confirmation de ce point d’Histoire, par une bouche étrangère et impartiale. C’est un témoignage précieux.

Ce capitaine me confirmait l’état d’esprit de la troupe, il est convaincu qu’il y aura une ruée socialiste terrible après les hostilités. Il me confirmait que les soldats étaient très excités contre la riche bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et il est convaincu que les représailles contre ces froussards seront terrible…  Ce sera justice !

Il croit la paix prochaine, sans que nous allions en Allemagne, qui avec cette conjecture nous accordera tout ce que nous lui demandons, c’est-à-dire la Rive gauche du Rhin avec l’Alsace et la Loraine, et les réparations !… Sauf à elle à chercher à nous dominer par la suite sur le terrain économique… Ce serait bien malheureux en tout cas. J’espère mieux que cela, et un miracle est toujours possible !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1917 – Démonstration d’artillerie commencée à 19 h 1/12 qui se prolonge jusqu’à 21 h 1/2. Riposte boche, sous la forme de quel­ques obus asphyxiants.

— Depuis l’offensive manquée d’avril dernier, les déména­gements avaient repris, avec une activité qui se continue encore.

Afin de les faciliter, l’autorité militaire a créé un service d’éva­cuation spécial, sous les ordres du sous-lieutenant Migny, dont les bureaux installés précédemment 3, rue de Courlancy, se trouvent actuellement, 70 rue Libergier.

En suivant l’ordre des inscriptions, les équipes de se service, qui compte de 60 à 70 soldats-déménageurs, vont à domicile, en­lever les mobiliers préalablement préparés et emballés, pour les transporter gratuitement par camions automobiles, à la gare de Saint-Charles, où il est formé, chaque nuit, un train de vingt-cinq à trente wagons.

Les fourgons affectés aux déménagements, sont presque les seules voitures que l’on voit circuler dans les rues depuis long­temps, et il est infiniment triste de voir se vider ainsi une ville de l’importance de Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – + 14°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. du matin. A 4 h. combat pendant 30 ou 45 minutes. Visite à l’Ambulance du Chalet de Chigny, où l’on me fait voir cinq grands blessés qui reviennent du combat de ce matin. C’était une attaque allemande à La Pompelle. De notre côté, 2 tués et plu­sieurs blessés parmi lesquels le Capitaine de Montfrey qui a la colonne vertébrale brisée (c’est le neveu d’une Ursuline de Trévoux). On n’espère presque pas le sauver. Déjeuner aux Rozais, chez Mme Pommery. Visite à l’ouvroir de Rilly. De 2 h. à 3 h ; bombardement en règle du boulevard de la Paix, au Port sec Saint-André et Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 4 octobre

A l’est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l’artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l’ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d’artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d’Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d’Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d’assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d’attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 17 mai 1917

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – + 10°. Nuit tranquille. 9 h. bombes sifflantes (sur batteries ?). Visite au Capitaine des Pompiers de Paris, à l’École professionnelle, rue Libergier. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 17 mai

Les Allemands ont poursuivi leurs attaques sur la région au nord et au nord-ouest du moulin de Laffaux jusqu’à la voie ferrée de Soissons à Laon. Ma1gré l’importance des effectifs engagés par l’ennemi et la violence des assauts, nos troupes ont infligé un sanglant échec à l’adversaire. Sur quelques points où notre ligne avait momentanément fléchi, nous avons exécuté de brillantes contre-attaques, qui nous ont rendu tout le terrain perdu. Les Allemands ont subi des pertes élevées en essayant d’arrêter notre progression par de nouvelles tentatives qui ont été brisées par nos barrages et nos feux de mitrailleuses. Une centaine de prisonniers valides sont restés entre nos mains, ainsi que de nombreux blessés allemands, qui ont été dirigés sur nos ambulances.
Violente lutte d’artillerie sur tout le front d’attaque. Canonnade dans le secteur de Craonne.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Sur le front de Macédoine, progrès des Anglais et des Serbes. Les Bulgares ont subi de lourdes pertes.
Le cabinet russe s’est reconstitué par l’introduction d’un certain nombre de délégués du comité de Tauride. M. Milioukof a abandonné le ministère des Affaires étrangères.
Les Italiens ont remporté des succès signalés sur l’Isonzo. Ils ont déjà fait 3375 prisonniers, dont 98 officiers.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Dimanche 22 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : ciel et plein air

22 avril 1917

Cette division, chargée d’attaquer les positions ennemies entre
les Cavaliers de Courcy et la redoute de Loivre, se heurta à une puissante contre-attaque allemande, fut mise en complète déroute et ses soldats se dispersèrent à l’arrière des lignes, jusque dans les bois d’Hermonville et de Merfy.
Ce fut la division française voisine chargée d’attaquer le fort de Brimont (photo ci-dessous) qui dut se déplacer rapidement pour boucher le trou et rétablir le front. Par la suite les Russes furent regroupés au camp de La Courtine, dans la Creuse, où après un long repos, ils revinrent sur le front en avant de Mourmelon et s’y comportèrent courageusement. Un petit cimetière en témoigne entre Mourmelon et Saint-Hilaire.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 22 avril 1917

953ème et 951ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps assez élevé, mais nuageux clair. Il fait bon. Toute la nuit bataille, bombardement, on ne peut dormir que vaincu par la fatigue, on dort comme dans un cauchemar. Cela vous affaiblit beaucoup. Et parfois je me demande si je ne tomberais par manque de forces. Cette vie de cave la nuit et souvent dans la journée vous anémie extraordinairement. On n’ose même pas sortir en ville, on fait juste les courses dont on ne peut se dispenser : Poste, nourriture, c’est tout.

Ce matin été messe de paroisse à 8h1/2 du matin, rue du Couchant. Nous étions peu de monde (40), y compris les 2 chantres et l’organiste maitre de chapelle, vicaire de la Cathédrale. Le Cardinal est arrivé en camail, assisté de l’abbé Compant et l’abbé Camu Vicaire Généraux et le 2ème vicaire (le petit). L’abbé Camu, curé de la Cathédrale, tend l’aspersoir au cardinal qui asperge les fidèles. L’abbé Divoir avec un seul enfant de chœur dit la messe basse. Boudin et le valet de chambre de S.E. le Cardinal Luçon, accompagné de l’orgue tenu par le vicaire maître de chapelle chantent juste le Kyrie, le Credo, l’O Salutaris et le Salve Regina. Monseigneur Luçon donne la bénédiction pontificale à l’Ite Missa est. Voilà sous le bombardement une messe de la Cathédrale de Reims. Au prône l’abbé Divoir annonce que désormais les messes du dimanche basses (il n’y a plus de grand-messe faute de chantres et à cause des bombardements) seront dites à 6h, 6h1/2 et 7h, celle-ci paroissiale comme celle de tout à l’heure.

De la rue du Couchant je vais à la Poste porter mes lettres et écrire un mot à ma pauvre femme, bien seule, bien isolée maintenant ! Ses 2 ainés partis, moi absent. Quel martyre pour elle.

Je descends la rue Brûlée, remonte la rue Hincmar, et de là rue Chanzy, vers le Palais de Justice où est la Poste. Le café St Denis, au coin de la rue Libergier et Chanzy est réduit en miettes, littéralement. C’est la première bombe d’hier à 7h du soir qui nous avait tant effrayés qui a fait ce beau travail. Un trou énorme barrant toute le rue Robert de Coucy. Toujours le tir sur la Cathédrale pour la démolir ! Vandales !! Au Palais rien de nouveau, je prends une des lances de la barrière de fer qui entoure le square devant l’entrée principale. Ce sera un souvenir, un obus est tombé hier bers 11h50 du matin, brisant quelques barreaux de la grille et abattant 3 des lances qui surmontaient ceux-ci, à droite en entrant, à quelques mètres de la porte d’entrée de la susdite grille. Ce n’était pas un gros obus. Je monte dans mon cabinet où j’écris quelques lignes à ma chère Madeleine !!! Je poste mes lettres à la Poste et redescends la rue de Vesle jusqu’à la rue des Capucins. Là, chez Brunet, le ferblantier, une bombe qui a rasé la maison, en face de l’épicerie Robert, commissariat de Police du 1er canton. Il parait qu’il en est tombé aussi une sur la rue Clovis, qui a fait un trou énorme. Toujours le même tir, absolument dans l’axe de la Cathédrale, ou trop court ou trop long. La basilique en aurait encore reçu cette nuit et hier soir 3 ou 4. Dieu permettra-t-il cette destruction ?!! Qu’il fasse donc un miracle et nous délivre bientôt, tout de suite de ces Sauvages. Ce sont des bêtes enragées, ce ne sont plus des hommes. Qu’on détruise donc la Race pour toujours…  Le bombardement recommence, il est 10h1/2 du matin.

11h20  Les obus rapprochent. Je descends à la cave, c’est extraordinaire ce que je deviens craintif. Est-ce affaiblissement ? ou manque de courage ?

11h1/2  Ce n’est qu’une alerte. Tout à l’heure j’ai été faire le tour du jardin, mais je n’ai pas le courage d’aller jusqu’au bout. Trop inquiet que je suis à chaque sifflement. Cueilli quelques violettes. Et rentré pour descendre ici, où mes braves Parques m’ont installé une table ou je puis écrire plus facilement. Juge de Paix de Reims et notaire de Reims travaillant dans sa cave, ce serait une photographie à faire !

4h1/2 soir  A 1h20 je n’y tenais plus et je suis sorti. Où aller ? L’idée me vient d’aller voir mon vieux clerc le papa Millet. Je passe rue Clovis où je vois le trou formidable fait par l’obus tombé devant chez Senot (André Senot, quincaillier (1884-1976)). Un ancien clerc de Valentin, notaire, qui travaille maintenant chez Redout sort de chez lui, en face de ce trou, et me dit qu’il a eu une belle peur : il me conte qu’il a 8 ou 10 pavés de la rue qui ont été projetés sur son toit, tellement l’explosion a eu de force.

Je descends la rue de Vesle, rue Polonceau et le petit chemin de toue qui tombe rue Dallier. Là je rencontre le Général Cadoux, nous causons de choses et d’autres, il me parait pas très rassuré sur le résultat de notre Grrrrande offensive ! Ah ! non ! il n’est pas encourageant ni réconfortant. Il est resté toujours chez Neuville avec Lallier et Cornet. Je passe rue Souyn où je trouve M. Millet et sa femme, il est un peu enrhumé et las de la vie qu’il mène. Tous deux couchent aux caves Brissart, ils passent la journée chez eux. Comme je sortais de chez eux, une première bombe arrive vers la Porte de Paris. J’en profite pour filer rue de Courlancy et voir la Supérieure des Religieuses à l’Hôtel-Dieu de Reims, à Roederer. J’attends là en causant avec elle la fin du bombardement. Elle aussi est comme moi et nous tous, elle est lasse. Du moins leur quartier est fort tranquille, ce n’est pas comme ici. Je la quitte à 3h1/4 et revient par la rue du Pont-Neuf, et l’allée des beaux ormes et tilleuls entre Vesle et canal, dite l’allée des Tilleuls. Il fait assez vif, le vent est tourné à l’Est. A 4h j’étais à la maison, pour descendre à la cave où je suis encore.

3 ou 4 obus tombent très près. Et comme toujours Lise ne descend pas. Elle est à battre cette vieille entêtée. Quel mulet ! Je ressens toujours beaucoup de lassitude, pourvu que je ne succombe pas à la fatigue, à l’émotion de cette vie et l’affaissement moral. Mon Dieu ! faites donc que notre délivrance arrive de suite. Nous n’en pouvons plus !… Je n’en puis plus. Nous avons suffisamment assez soufferts pour que nous ayons enfin la tranquillité et le bonheur de reprendre une vie normale.

4h40  Nous remontons, encore un orage de passé, il était bien près.

8h1/2 soir  Le calme à partir de 6h, mais dire quel tintamarre depuis hier soir. Canonnade, fusillade, mitrailleuses, obus sifflant continuellement, éclatant, aéroplanes, etc…  On en est assourdi, assommé, abruti. On est dans un cauchemar habituel. Et puis c’est à peine si on peut sortir, on devient enragé de sortir à la fin. Tout cela vous use, vous éreinte, on ne désire qu’une chose, c’est de voir la fin de cet enfer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 22 avril 1917 – le vicaire général Compant, notre compagnon d’abri, célèbre la messe dans la cave de mon beau-frère, à 6 h 3/4. Nous sommes cinq assistants, voisinant là en réfugiés, y compris le fils Pailloux, qui fait office de servant.

Aussitôt, je me rends à l’hôtel de ville, où je pourrai au moins avoir de l’eau pour ma toilette, à laquelle il me faut procéder en me hâtant, dans le bureau que nous avons abandonné hier, car le bombardement pour ainsi dire ininterrompu maintenant, nuit et jour, se rapproche de plus en plus jusqu’au moment où il m’oblige à déguerpir pour filer à la cave, un premier obus bientôt suivi d’autres, venant de faire explosion sur la place.

—  Au cours de l’après-midi, fort bombardement et toujours 305 sur la cathédrale qui, depuis deux jours encore, a subi de nouveaux dégâts très importants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille autour de nous. De 2 à 3 h. bombarde­ment de la ville (nuit). + 4°. A 2 h. après-midi, bombardement (de 2 h. à 3 h.) sur la ville ; + 4°. A 2 h. 15, bombardement de la Cathédrale par obus de gros calibre. A 9 h. soir, bombardement (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 22 avril

Entre Somme et Oise, actions violentes des deux artilleries, notamment dans la région au sud de Saint-Quentin.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons poursuivi nos progrès sur le plateau au nord de Sancy. Une lutte à la grenade nous a permis de gagner du terrain dans le secteur de Hurtebise. Par quatre fois, nos tirs de barrage ont brisé des tentatives faites par l’ennemi pour déboucher des tranchées au nord de Braye-en-Laonnois.

Canonnades assez vives dans la région de Reims et en Champagne.

Du 9 au 20 avril, le chiffre des prisonniers allemands faits par les troupes franco-britanniques dépasse 33000. Le nombre des canons capturés est de 330.

Les Anglais se sont emparés de Gonnelieu, à l’alignement des positions qu’ils tiennent plus au sud. Un parti ennemi, qui tentait de pénétrer dans leurs tranchées près de Fauquissart, a été repoussé.

Les armées britanniques ont également remporté des succès en Mésopotamie, près de Samarra, où le général Maude a fait plus de 1200 prisonniers, et aux abords de Gaza.

Le cabinet portugais, présidé par M. d’Almeida, a démissionné.

Les grèves se multiplient en Allemagne dans les usines de munitions, à Berlin, Essen, Nuremberg, Magdebourg, etc.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 29 août 1916

Louis Guédet

Mardi 29 août 1916

717ème et 715ème jours de bataille et de bombardement

6H soir  Beau temps, lourd, nuageux, de l’orage en ce moment. Été voir le Président du Tribunal Hù ce matin pour savoir ce qui avait été dit au ministère de la Justice et au Parquet Général à propos de mes greffiers. C’est conforme à la communication d’une lettre du Procureur Général qui demande un rapport, ce que je vais faire. En allant à La Haubette où demeure le Président un obus allemand lancé sur un de nos avions est venu tomber près de l’Hôtel des Trois-Poissons (L’auberge des Trois-Poissons se trouvait le long du canal, entre le Palais des Congrès et le pont de Vesle) tandis que je traversais le Pont Neuf au bout de la rue Libergier. Vraiment c’est à désespérer de rester dans les rues et de vaquer à ses occupations. Président toujours nerveux, braillard, etc…  Quel type ! (rayé).

Cet après-midi audiences pour les réquisitions militaires, beaucoup de conciliations. Rentré pour travailler un peu vers 5h du soir.

La Roumanie a déclaré la Guerre à l’Autriche. L’Allemagne vient de la déclarer à la Roumanie !! La Raquette quoi !! Cela nous donnera-t-il un résultat ? Je n’ose plus rien espérer ni supposer, nous sommes ici si malheureux ! Trente et une déclarations de Guerre, treize états d’Europe en Guerre et un en Asie, le Japon ! En Europe il ne reste plus que la Suisse, l’Espagne, la Hollande, la Suède et la Norvège en état de Paix. C’est formidable. Que sortira-t-il de tout cela. Je ne sais, mais on est bien las…  las…  découragé…  2 ans sous les bombes, c’est trop long, jamais je ne me remettrais de cela…  quelle mort lente, quel martyr.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 août 1916 – Bombardement à 7 h 1/2 du matin.

Les communiqués parlent encore un peu d’attaques ou de bombardements autour de Verdun, mais les efforts des Allemands paraissent avoir diminué considérablement d’intensité.

L’action commencée sur cette place vers le 20 février, a déjà duré plus de six mois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille. + 15°. 8 h. bombes sifflantes tombant pas loin d’ici ; tir des gros canons français. Orage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 29 août

La Roumanie a déclaré la guerre à l’Autriche-Hongrie, et les premiers combats sont engagés à la frontière.
Sur le front de la Somme, vive activité d’artillerie dans la région d’Estrées, de Belloy-en-Santerre et de Lihons.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont dirigé sur nos positions à l’est de Fleury, une attaque qui n’a obtenu aucun résultat. L’artillerie allemande, contrebattue par la nôtre, a bombardé nos tranchées du bois de Vaux-Chapitre.
L’artillerie anglaise à longue portée a pris sous son feu les troupes et les convois allemands entre Bapeaume et Miréavucourt. Elle s’est montrée également très active en face de Calonne et de Neufchâtel, entre Auchy et la redoute de Hohenzollern. Nos alliés ont fait 137 prisonniers.
Sur le front d’Orient, combat d’artillerie de la Strouma à Lionnica. A l’est de la Cerna, les Serbes ont réalisé de sérieux progrès du côté de Vetrenik.
Trois attaques bulgares sur la route de Banica à Ostrovo ont été repoussées avec des pertes importantes pour l’ennemi.
L’Allemagne a déclaré la guerre à la Roumanie où le roi a proclamé la mobilisation générale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 17 juin 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite. Départ à 10 h 1/2 pour Fourneau Économique, rue des Moulins brûlés ; mais le bombardement qui s’abattait sur ce quartier nous a empêché d’y aller. Nous sommes allés, Mgr Neveux et moi, jusqu’à l’École professionnelle seulement, rue Libergier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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A droite, l’École professionnelle, actuel Lycée Libergier


Juliette Breyer

Jeudi 17 Juin 1915. Ton papa est venu nous voir. Les photographies ne sont pas réussies ; ce sera pour une autre fois. Mais je serais si heureuse si je pouvais te les envoyer. J’aurai peut-être ce bonheur là. Nous serions si heureux nous quatre. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Le 17 j’entends par téléphone que le général de division invite le commandant de BAUCOURT à dîner avec lui plus de doute, il va sans doute passer colonel.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Jeudi 17 juin 1915. Nuit tranquille

Jeudi 17 juin

Les troupes britanniques se sont emparées d’une ligne de tranchées au nord d’Ypres, mais n’ont pu garder les tranchées qu’elles avaient prises à l’ouest de la Bassée. Nous avons gagné du terrain et fait 300 Prisonniers près de Souchez; les Allemands ont bombardé la région de la ferme Toutvent. Près d’Hébuterne, nous avons étendu nos gains et fait 100 prisonniers. Reims a été à nouveau criblé d’obus : dix d’entre eux sont tombés sur la cathédrale. Dans les Vosges, nous avons progressé sur les deux rives de la Fecht. Nous avons pris 340 hommes et 500.000 cartouches. Des avions allemands ont opéré au-dessus de Nancy, Saint-Dié et Lunéville. Les Italiens ont remporté un sérieux succès sur les Autrichiens dans les Alpes de Carinthie. Les Austro-Allemands ont repris l’offensive en Galicie sur toute la ligne du San. Les Russes qui manœuvraient en Bukovine se sont repliés sur la Bessarabie. Un zeppelin a jeté des bombes sur la côte orientale de l’Angleterre, faisant une quinzaine de morts. Toute une série d’incendies suspects ont éclaté dans la Grande-Bretagne et aussi au Canada. Des mesures sont prises à Londres pour hâter l’internement des sujets autrichiens et allemands.

 

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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Jeudi 5 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

5  NOVEMBRE ; jeudi –

8  heures 3/4 ; Vive canonnade ; des obus perdus viennent siffler et éclater dans nos parages Quelle horreur que ces éclats sauvages en pleine nuit. J’entends dans la rue les gens descendus en hâte des étages s’interpellant, se pressant de gagner la cave la plus proche…

Dieu, sauvez la France !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 5 novembre 1914

54ème et 52ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tout a été calme, les journaux ont l’air (?) de dire qu’ils reculent. On ne s’en aperçoit guère ici !

Mon petit clerc Malet vient de passer pour me donner sa nouvelle adresse, attendu qu’une des bombes de l’aéroplane d’avant-hier est tombée sur sa maison 49, rue de Courcelles et l’a démolie. Leur appartement  n’a pas été trop abîmé ainsi que le mobilier, mais il a fallu déloger. Pas d’accident de personnes heureusement.

10h3/4 soir  Journée tranquille. Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux qui cherche à se faire enrôler comme aumônier militaire. Ecris pas mal de lettres. Dîné, puis monté dans ma chambre pour écrire à Marie-Louise et à ma chère femme. Il est 8h. Comme j’écrivais cette dernière, j’entendis une canonnade et une fusillade terrible vers 8h1/2. A 8h3/4 j’interromps ma lettre…  par un mais…   Je disais à ma pauvre femme : « J’entends du canon, j’arrête un instant, il est 8h3/4, mais… » Je vais voir à ma fenêtre d’où cela vient et ce que c’est, mais, à mon mais…  Un sifflement et un boum formidable à 10 mètres !! Je laisse ma lettre en plan, je prends mes clefs de cave, mon pardessus, j’allume une bougie, j’éteins l’électricité et je descends à la cave, à l’entrée de laquelle m’attend ma fidèle…   Adèle ! A 8h40 nous étions dans notre tanière. Le bombardement a duré de 8h3/4 à 9h3/4, 4 à 5 obus ont dû tomber fort près. Nous saurons cela demain. Nous remontons à 10h1/4. Je regarde dans la rue en fermant la porte d’entrée. Clair de lune ! Pas de décombres dans la rue, donc c’est plus loin, mais c’est une alerte qui a compté.

Je vais tâcher de dormir ! si les…  barbares le veulent…  le permettent !! Dieu quand verrons-nous la fin de cette vie misérable ?!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Il nous a fallu encore nous relever cette nuit à cause d’une canonnade toute proche, des nombreux sifflements et de l’arrivée, assez près, d’obus de différents calibres.

Ce matin, en allant au bureau, j’ai tenu à faire une tournée pour me rendre compte des dégâts causés au cours de la nuit. Il paraît évident que la cathédrale a été visée de nouveau ; de gros projectiles sont tombés rue du Cardinal-de-Lorraine, rue de l’École de Médecine (maison Abelé) ; sur la pharmacie de la place du Parvis, rue Libergier, rue Colbert et rue du Cadran-Saint-Pierre.

Dans Le Courrier de ce jour, on lit cet article :

Le crime de Reims – l’État de la cathédrale.

En réponse au chapitre métropolitain de Notre-Dame de Paris, M. L’abbé Landieux, curé de la cathédrale de Reims, donne les renseignements qui voici sur l’état de la cathédrale.

Il y a eu trois foyers d’incendie : l’échafaudage du portail, les combles de la grande nef et l’abside.

Au point de vue artistique, il y a des ruines irréparables. L’édifice a mieux résisté qu’on ne l’a cru. Notre cathédrale, avec ses deux trous, garde sa grande allure. Elle domine, fière et majestueuse, le monceau de ruines qu’est, de ce côté, le cintre de la ville ; des quartiers incendiés, avec le vieil archevêché et le palais des rois, dont il ne reste rien, que la chapelle.

Les pierres, cependant, sont assez profondément calcinées. Les toits et les charpentes n’existent plus : les voûtes ont résisté. Les clochez sont fondues. La tour sud n’a pas été atteinte ; les bourdons sont intacts : ils sonneront le Te Deum quand même à l’heure de la victoire.

La plupart des verrières sont détruites, soit pas les bombes, soit par le feu.

L’intérieur a relativement peu souffert ; nous avons pu sauver le Trésor.

Et maintenant, quand rentrerons-nous dans notre chère cathédrale ?

Si le bombardement sauvage qui nous accable depuis plus de trois semaines, même la nuit, cessait, on commencerait de suite les travaux de protection et nous pourrions, dans quelques mois peut-être, reprendre possession de l’abside. Mais quand serons-nous délivrée de cette infernale batterie de Berru, que rien ne peut réduire ? Il ne semble pas que ce soit demain.

Ces sacrifices, du moins, compteront devant Dieu, avec les larmes des mères et le sang de nos soldats, pour la rançon de la France.

A la suite des renseignements donnés sur l’origine de l’incendie, par M. l’Archiprêtre de Notre-Dame, on peut noter aujourd’hui, que parmi les divers documents photographiques très intéressants connus depuis le désastre, un instantané 9 x12, pris de la rue Libergier par M. l’abbé Dage, le 19 septembre 1914, fait voir nettement des foyers incendiaires à deux endroits, vers les 5e et 9e ou 10e étages de l’énorme échafaudage qui flanquait la tour nord de la cathédrale, en montant du sol jusqu’au dessus de la galerie des rois.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Nuit tranquille : matinée tranquille. Visite à M. le Curé de S. Maurice. J’irai le lundi 9 dire la messe de clôture de la Neuvaine, à 7 heures. Matinée tranquille. Réception de la lettre de M. Hertzog datée du 30 octobre.

de 9 à 10 h du soir, terrible bombardement, le plus effrayant de tous. Il atteint la maison Henri Abelé, Baucourt, une autre à gauche de la rue du Cardinal de Lorraine, jusqu’en face des Sœurs de l’Adoration Réparatrice. On visait sans doute la Cathédrale ; c’est peut-être la vérification de la menace de M. O. Bethmann Hollweg. Un obus dévaste notre Fourneau Économique, 15 rue Brûlée.

Écrit au Cardinal Gasquet et au Cardinal Gasparri par occasion. Réponse à l’Agence Havas, Bethmann Hollweg. Lettre du Grand Rabbin de Lille sur la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La bataille a tenu éveillés, dans la nuit du 4 ou 5, les habitants des faubourgs, alors que le Centre de la ville n’a presque rien entendu.

C’est ainsi que nous avons pu reposer sans nous douter de rien.

En fin du déjeuner pris en compagnie de Mme Jacquesson, sont distribuées : 1° Lettre Henri (3 9bre) parlant des instructions qu’il se propose de passer à Jeanne concernant la somme (et l’emploi à en faire) dont elle aura à donner décharge à M. Delaigle, directeur de l’usine de Bétheniville, actuellement réfugié à Épernay.

Il dit aussi que sa santé ne le satisfait qu’à moitié, ce dont je prends tout de suite contrariété.

2° Lettre Jeanne (1er 9bre) sans nouvelle marquante.

À 16H je rencontre Arthur Pérard qui rentre de l’Yonne où il était parti le 31 août avec ses parents : son frère Jules est dans le Centre.

20H1/2 jusque 22H3/4 descente et séjour en cave imposés par le violent bombardement subi ; les obus font rage dans le quartier, ce que ne laissait que trop prévoir la reconnaissance aérienne faite dans l’après-midi par un avion allemand, et au cours de laquelle il avait plusieurs fois tracé le même cercle dans l’espace compris entre la gare et le théâtre.

À 23H nous montons coucher, sans espoir de repos tranquille.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Octave Forsant

Jeudi 5 novembre. — Je viens de faire une promenade noc­turne dans la ville. Le spectacle de Reims le soir vaut d’être décrit. Depuis les bombardements de septembre, il n’y a plus ni gaz ni électricité : on s’éclaire au pétrole. Mais comme nous sommes sur le front, l’autorité militaire a interdit depuis quelques jours tout éclairage des rues et même toute filtration de lumière par les portes ou les fenêtres des appartenons. Il parait qu’il y aurait encore des espions qui la nuit font des signaux optiques à l’ennemi. Si bien que cette ville, autrefois ruisselante de lumière le soir, est maintenant, à la chute du jour, plongée dans la plus noire obscurité. La circulation devient difficile, inquié­tante même. On marche à tâtons, se heurtant parfois les uns les autres ou buttant contre les poteaux du trolley des tramways. Cependant, de distance en distance, s’allument de petites lampes électriques qui brillent quelques secondes puis s’éteignent pour se rallumer un peu plus loin. On dirait une procession d’étoiles; c’est très pittoresque, mais beaucoup moins pratique, parce que ces lampes aveuglent le passant qui vient se heurter contre vous. La nuit, on s’enferme chez soi : défense de sortir de huit heures du soir à six heures du matin. On n’a pas idée combien cet isolement, cette claustra­tion forcée, douze heures sur vingt-quatre, est pénible, ni de quelle interminable longueur semblent les nuits !

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles tuées ce jour :


Jeudi 5 novembre

Les Allemands, qui voulaient franchir l’Yser, battent réellement en retraite, malgré leur grand nombre : ils étaient, paraît-il, 500.000, mais auraient perdu 100.000 hommes… Sur les pentes au nord de l’Aisne, vers Vailly, nous avons regagné à peu près tout le terrain cédé.

Les troupes russes, qui poursuivaient à gauche de la Vistule, les Austro-Allemands vaincus ont repris Kielce et un grand nombre de localités en arrière, dans la direction de la frontière silésienne. Le quartier général allemand a été transporté à Gentoschau, près de cette frontière. Von Hindenburg n’est pas plus heureux en Prusse orientale, où se dessinne progressivement l’offensive de nos alliés.
La flotte allemande a fait son apparition sur la côte orientale anglaise, à Yarmouth, mais elle a dû se retirer devant l’arrivée de l’escadre anglaise, après avoir, il est vrai, coulé un sous-marin.
Les forces navales franco-anglaises ont bombardé l’entrée du détroit des Dardanelles où l’on croit qu’un fort aurait sauté. De leur côté, les troupes russes de Transcaucasie ont franchi la frontière de l’Arménie ottomane. Le cabinet de Constantinople est d’ailleurs loin d’être uni, et plusieurs ministres, dont le ministre des Finances Djavid bey, ont démissionné pour ne point se solidariser avec la politique insensée d’Enver bey.
La forteresse allemande de Kiao-Tcheou, sur le littoral chinois, est sur le point d’être anéantie par le bombardement qu’opèrent les Japonais. Un croiseur allemand a coulé dans le port.
Le cabinet italien est complètement formé. C’est M. Sonnino, déjà deux fois président du Conseil, qui prend le portefeuille des Affaires étrangères.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 16 octobre 1914

Louis Guédet

Vendredi 16 octobre 1914

35ème et 33ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu une partie de la nuit, ce matin calme général. Est-ce que nous allons rester ainsi tout l’hiver ?!! On les dit retranchés sur les hauteurs de Brimont, Berru et Nogent de telle sorte que leurs positions sont imprenables !! Alors !!… ?? !!

10h1/2  L’autre jour M. (rayé) nous a lu l’odyssée de son fils prétendant que c’était une lettre qu’il avait écris à sa sœur, mais…  malheureusement…  le style était trop reconnaissable et trop particulier…  c’était du Père !! Et voilà comme on écrit l’histoire. J’ai donné des ordres pour que l’on abritât les pièces de notre Chambre des Notaires défoncées. Bompas s’est chargé d’en causer à l’architecte M. Gennesseaux et le prie de faire le strict nécessaire.

1h1/2  Reçu une lettre de M. Duval me faisant diverses recommandations. J’y verrai et ferai pour le mieux et dans la mesure du possible ! Les nouvelles des combats de cette nuit (Cernay et Berru) sont satisfaisantes, nous aurions, du côté de Courcy (cavaliers de Courcy) gagné 1000 à 1500 mètres ! Espérons qu’ils seront bientôt délogés ! Que c’est long !

6h soir  M. Archambault, domestique de Madame Rogelet vient me dire que demain matin il aurait une occasion de faire mettre des lettres à la Poste à Paris. J’en profite pour écrire à ma pauvre femme et à mon Grand Jean qui est rentré à Versailles.

J’ai reçu tout à l’heure une lettre du Chef de gare de Barbentane !! P.L.M. du 13 septembre 1914 n°5057 qui m’annonce qu’il a trouvé dans un wagon abandonné sans destination une bicyclette à mon nom, et qu’il l’a dirigée vers le Magasin Central de la Cie P.L.M. à Paris. Je viens d’écrire à cette compagnie pour qu’on la mette de côté jusqu’à ce que je puisse aller la chercher. Comment Diable ! ma malheureuse bécane a-t-elle pu aller échouer à Barbentane, pays de Mme Charles de Granrut !! Je n’y comprends rien !! Enfin, nous verrons.

Page suivante découpée entièrement.

… Cet après-midi je suis allé faire un tour vers Courlancy. J’ai vu Mareschal qui est toujours aussi noir d’idées. J’ai tâché de lui remonter le moral. De là je suis allé à Roederer voir la supérieure des Religieuses de l’Hôtel-Dieu…  qui sont toujours aussi résignées. Puis chez les Frères à leur maison de retraire pour voir l’abbé Abelé pour un renseignement. El l’attendant, j’ai causé avec les soldats du bureau, et l’un d’entre eux, ancien clerc chez Lapegier (à vérifier) l’avoué, me disait que nos troupes étaient à Prouvais et avaient coupé les communications de Guignicourt à Laon. Gros point et gros avantage, car Guignicourt formait tête …

La demi-page suivante a été découpée.

En rentrant je trouve une lettre de ma chère femme, datée du 30 septembre, redatée à la fin du 6 octobre, avec une lettre de Marie-Louise, la première que je reçois de mes enfants. Cette lettre m’a été remise par un bicycliste avec un brassard de la Croix-Rouge quelconque, il m’a réclamé 0,20 pour les frais de transport. La lettre était timbrée à 10 centimes, et le timbre n’étant pas oblitéré, cela fait égalité ! Je répondrai demain quand même à ma pauvre fillette. Pauvre petite ! la reverrai-je ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement d’après-midi, par pièces sur tracteurs automobiles, paraît-il.

Le Courrier de ce jour, nous apprend que le Ministre des Travaux publics, M. Marcel Sembat, est venu hier, visiter la cathédrale.

– Dans sa chronique locale, intitulée Dans Reims, le journal donne aujourd’hui, ce petit aperçu très exact :

« Six heures et demie du soir, en style administratif 18 h 30. La nuit sur Reims étend ses voiles. Une nuit noire, profondément noire, « nox atra » suivant l’expression d’un poète latin. Les dernières caravanes des réfugiés journaliers sur les hauteurs de la Haubette et des environs réintègrent les logis désertés ; on marche silencieux, préoccupés, et l’obscurité où ils se trouvent plongés semble se conformer à leurs tristes pensées.

Et cette obscurité, que coupe ça et là la lueur blafarde projetée par quelques lampe d’une petite boutique dont la porte est à demi-ouverte, laisse comme une impression de froid qui vous étreint et donne un malaise d’ennui et de peut pour quelques-uns.

Vers huit heures, Reims présente l’aspect d’un désert. »

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Tranquille

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Réception d’une lettre d’Agnès (Épernay 13 8bre) disant la visite reçue de Mr et Mme Charles Coche qui ignoraient tout des infortunes des nôtres ; ces bons amis partagent notre peine et pleurent avec nous celui qui avait su si pleinement conquérir leurs sympathies.

Il n’y aurait rien autre de marquant à l’actif de cette journée si je n’avais pas eu de courrier à jeter à la Poste, provisoirement transférée à l’École communale de la rue Libergier.

Père avait bien voulu se charger de la commission, ne se doutant pas qu’un sifflement trop accentué l’empêcherait de l’accomplir jusqu’au bout. Une bombe passait, en effet, au-dessus de lui pour aller tomber dans le bas de la rue Libergier et y faire deux victimes, et c’est tout émotionné qu’il rétrograda, remettant au lendemain le départ de mes lettres.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette Breyer

Vendredi 16 Octobre 1914.

Hélas mon Charles, cela est bien vrai. J’ai vu M. Dreyer ; il était en colère après la vieille fille parce que comme il dit :

« Je vous l’aurais dit moi-même si j’avais pu vous donner les renseignements voulus. Et comme je ne pouvais rien affirmer, c’est pour cela que je me suis tu. Tout ce que je peux vous dire, c’est ce que vous alliez au café en face rue Gerbault ; c’est de là que cela est venu. Je cours donc jusque là et voici ce que j’apprends. Il y a 3 ou 4 jours, des soldats du 354e sont passés chez nous et disaient entre eux que le caporal Breyer, succursaliste rue de Beine, aurait été blessé légèrement à Dinan, je crois ».

« Mais il n’y a pas été, lui dis-je, puisque les dernières nouvelles datent de Soissons ».

« Ils se seront trompés, me dit-il ».

Je m’en vais chez tes parents. Je leur raconte et ton papa me dit : « Je vais y aller ». Pendant qu’il était parti, je racontai à ta maman qu’elle serait encore une fois grand-mère. Elle aussi m’a consolée. « Prenez courage ma pauvre Juliette. Si Charles n’est pas encore revenu pour ce moment là, nous serons tous là. Et puis je vous conseille une chose : votre maison est grande, votre maman n’en a plus. Quand les Allemands seront partis, que vos parents viennent demeurer avec vous en attendant le retour de Charles. Vous ne serez pas seule et votre mère sera là pour le moment, puisque moi je ne peux rien faire. Je vous offre déjà le lit-cage et tout ce qu’ils auront besoin, c’est d’un bon cœur que nous leur offrirons ». Tu as des bons parents, mon Charles, aussi je les aime bien.

Voilà ton papa qui revient. Il n’a pas eu les mêmes nouvelles que moi. Il aurait dit que tu étais blessé à la tête à Beaumont sur Meuse, mais je vois que ton papa me cache quelque chose. Mon cauchemar de l’autre nuit se serait donc réalisé. Tu serais blessé et soigné loin de moi. Pauvre Lou, que tu dois te trouver malheureux. Si seulement je savais où tu es. Mais rien.

Je veux quand même garder mon courage car dans tout cela s’il y a du vrai, il y a du faux aussi puisque rien ne concorde. En attendant, ma pauvre chipette, ta petite femme est bien malheureuse.

Si seulement les Allemands étaient partis d’autour de Reims ! Les nouvelles nous arriveraient peut-être plus vites. Mais ils n’ont pas l’air de reculer puisque tous les jours ils continuent à nous bombarder et ils font de nouvelles victimes. M. Frérot de la rue de Beine a été tué. Pauvre femme, elle est aussi bien éprouvée ; elle n’a plus de nouvelles de son premier fils et son deuxième vient de s’engager. Tout le monde, je le vois, a sa peine plus ou moins grande. Mais si seulement j’étais chez nous. Je m’ennuie après ma maison. Je suis désespérée.

A toi toutes mes pensées. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Vendredi 16 octobre

Progression de l’armée française sur toute la ligne.
L’ennemi a évacué la rive gauche de la Lys. Nous avons pris Estaires. Nous avons avancé notablement entre Arras et Albert et dans la région de Lens. Aucun changement entre la Somme et l’Oise, les Allemands s’étant bornés à une simple canonnade.
Entre l’Oise et la Meuse, nous avons avancé vers Craonne, au nord-est de la route de Berry-au-Bac à Reims et au nord de Prunay. Plusieurs kilomètres sont gagnés aux alentours de Reims. Progrès aussi en Woëvre et sur les Hauts-de-Meuse.
En Belgique, les troupes allemandes venant d’Anvers se sont mises en marche vers l’Ouest, et ont atteint les régions de Bruges et de Thielt.
Les Russes ont battu les Autrichiens en leur faisant de nombreux prisonniers, au sud de Przemysl – qui, de toute évidence, et à l’encontre des bulletins officiels lancés par le gouvernement de Berlin, ne tardera plus à se rendre.
  Aucunchangement sur la Vistule moyenne. On sait seulement que Varsovie, qui sera le centre de l’action russe de ce côté, se défendra à outrance.
Les correspondants militaires des journaux berlinois reconnaissent maintenant les difficultés de la campagne engagée contre la Russie.
Le Japon vient de donner à l’Allemagne une leçon d’humanité. Il a décidé, en effet, que le bombardement suprême de Tsing-Tao, en Chine, ne commencerait que lorsque la population civile aurait évacué la ville.
Le colonel boer Maritz s’est révolté contre le gouvernement de l’Union sud-africaine. Chargé d’organiser la défense de la frontière Nord-Est contre les Allemands de la colonie voisine, il a trahi et est passé de leur côté. Il a même pris le commandement des forces germaniques dans la région. La loi martiale a été proclamée dans la colonie du Cap, où d’ailleurs les Boers manifestent un loyalisme sincère.
Le gouvernement belge a exprimé ses remerciements à la Hollande, pour les bons traitements qu’elle a assurés aux réfugiés belges après l’évacuation d’Anvers.
Les Monténégrins ont infligé une nouvelle défaite aux troupes austro-hongroises, près de Sarajevo.

 

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Mardi 6 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

6 OCTOBRE – mardi –

Minuit 1/4 ; Je ne me couche pas. J’achevais, vers 11 heures 3/4 , de préparer un petit envoi à Abondance quand m’arrive le sifflement des bombes ; l’une tombe en avant, l’autre, à minuit tapant, promène son sifflement ondulé au-dessus de ma tête et va éclater rue de Vesle. A minuit ! horreur !

Je vais dormir un peu dans mon fauteuil, là, en bas.

6 heures du matin ; Je viens de remettre toutes mes commissions à F. Barré, qui part par la voie actuellement libre – Dormans-Paris – par le petit train, puis de là, Lyon-Thonon. Mon Dieu… vous savez ma prière pour ceux de là-bas… d’Abondance. Ecoutez la leur pleine d’affection.

8 heures ; Ce n’est pas 2 ou 3 bombes, mais 12 à 15, au bas mot, qui ont sifflé sur la ville cette nuit. L’Eclaireur d’aujourd’hui mentionne les projectiles d’hier, mais la censure a empêché de mettre le nom des rues. Il y a bien des victimes encore.

3 heures ; Depuis 2 heures, le quartier subit un bombardement analogue à celui des mauvais jours. Sorti de chez moi et adossé à la maison Simon avec des gens du quartier, je les entends tomber autour de nous. Chaque fois, des éclats pleuvent alentour. Que visent-ils? La caserne ne Colbert? Les convois supposés sur le boulevard?

Pendant la fin de ma messe ce matin, j’ai entendu un éclatement ; un éclat est entré dans la chapelle par le toit. Personne n’a été blessé. Et j’ai appris ce matin encore quels dégâts les projectiles avaient faits hier… Misère !

Le peuple est las. On n’a pas travaillé la grandeur d’âme non plus que les raisons solides du courage et de la constance toutes ces années… le peuple, qui n’a pas eu la mesure, pendant la présence de l’envahisseur dans nos murailles, qui a tellement manqué de dignité, ne saurait en avoir bien longtemps dans l’épreuve.

9  heures 1/2 soir ; Quelques bombes arrivent encore. Je couche sur un matelas salle-à-manger, en attendant la suite. Je crois agir plus prudemment. Puis, par besoin de dormir.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

André Guédet

Mardi 6 octobre 1914

25ème et 23ème jours de bataille et de bombardement

2h matin  A minuit tapant un coup formidable me réveille en sursaut. C’est un obus qui est venu éclater près de chez mon beau-frère ou chez lui-même. Adèle toute effarée vient me trouver, elle s’habille en claquant des dents, puis je la fais descendre à la cave. J’ouvre mes fenêtres pour voir où elle a éclatée. Quand Auguste et sa femme et une autre qui est avec eux me demandent de venir se réfugier chez moi, je vais leur ouvrir et la mère Auguste, toujours aussi bête, crie à 2 personnes, un homme et une femme qui tient un roquet dans ses bras !! que je ne connais nullement et qui sont déjà réfugiés chez M. Lefèvre, près de l’Indépendant Rémois, de venir chez moi !! Elle nous ramènerait l’Arche de Noé  si on l’écoutait. Je subis cette augmentation de population, à la guerre comme à la guerre, mais le cher Auguste cette vieille peau ne l’emportera pas au Paradis !!

Nous descendons donc à la cave et y restons jusqu’à 2h. A 1h50, n’y tenant plus, je remonte me coucher dans mon lit. Quelques minutes après toute la bande s’en va retrouver ses pénates, Adèle me dit en passant remonter dans sa chambre. Il est tombé au moins 10 obus dans le quartier. Maintenant si non seulement ils nous arrosent le jour mais encore la nuit, ce sera à devenir fou !! Mon Dieu, quand cela sera-t-il fini !! Mais c’est honteux que le Haut Commandement laisse saccager ainsi notre Ville de gaité de cœur : on peut le dire !!

10h matin  Réveillé vers 6h1 /2 du matin, on n’entend plus d’obus, si, un par hasard. Mais je suis rompu, désemparé, découragé de cette nuit. Nous voilà revenus à nos plus mauvais jours ! Mon Dieu !! Quand cela sera-t-il fini ? Et notre artillerie qui ne bouge pas, qui ne répond même pas. Elle ne s’emploie nullement à détruire la pièce qui nous fait tant de mal. C’est inouï !! Oui, nous sommes bien sacrifiés ! C’est une honte ! C’est un assassinat perpétré froidement !! C’est indigne !!

La bombe qui nous a fait tant peur est tombée chez Madame Collet-Lefort, 52, rue de Talleyrand. Dans son jardin, heureusement. Dégâts importants ainsi que chez le P. Colanéri, relatifs chez mon Beau-frère, des carreaux de cassés !! Pas d’accidents de personnes !

9h1/2  Voilà un obus qui éclate assez près, nous descendons à la cave…  mais rien ! Nous remontons ! Ces allemands ont du sang de bourreaux charriés dans les veines, ainsi maintenant ils envoient un obus de temps à autre pour nous tenir…  en haleine et nous faire sentir leur étreinte ! Sauvages !!

Voilà les petits marchands de la rue qui reprennent leurs tournées et leurs cris habituels. Il en est ainsi chaque fois qu’on bombarde. Tout le monde se sauve au premier sifflement et va se terrer. Les rues se vident en un clin d’œil !! Puis la rafale passée, 1/2 heure à 3/4 d’heure après les rues reprennent leurs physionomies accoutumées ! Mais quelle vie ! Quelles tortures ! Quel martyre ! et nous pauvres innocents impuissants nous attendons le coup de la Mort qui peut nous arriver à chaque instant !! Nos Généraux, en nous laissant ainsi sous le feu de l’Ennemi et n’envisageant pas de le refouler un peu de quelques centaines de mètres environ afin que nous ne recevions plus d’obus. Je ne le répéterai jamais assez. C’est indigne. (La fin du paragraphe a été rayée).

Mousselet, le caissier de ce pauvre ami Jolivet vient de me confier un paquet de vieux papiers et d’objets qui se trouvaient dans le coffre-fort de sa caisse. Les charpentiers doivent venir ce matin faire le nécessaire pour retirer les 3 autres coffres-forts qui se trouvent fixés, ou restés accrochés aux murs du premier étage, dans le cabinet de Jolivet, la chambre à coucher et dans une autre pièce en sorte qu’il y avait 4 coffres-forts et non trois comme on me l’avait dit auparavant, et comme du reste je l’avais constaté moi-même. On verra ! De plus celui-ci vient de me déclarer qu’il allait quitter Reims parce que sa femme (?!) avait trop peur !!

Bon voyage ! J’ai donné l’ordre qu’on dépose ces coffres-forts à la Chambre des Notaires et sur lesquels j’apposerai des scellés.

1h1/2  Un rossignol des murailles est venu pendant que je déjeunais gazouiller dans le jardin ! Que c’était bon ! Que c’était reposant après la nuit passée !! Pauvre petit, est-ce que lui venait nous dire que c’était fini, et que nous n’entendrions plus les obus siffler, ronfler, éclater !!??

Je le souhaite, je le désire ! Car on n’en peut plus ! je vois M. Ravaud qui m’annonce la fuite éperdue de cette pauvre Mme Collet ma voisine qui a reçu un obus dans son jardin ! Je la comprends à son âge ! Nous nous sommes entendus, nous avons causé et pris les mesures nécessaires pour ne pas laisser cette pauvre dame sans ressource… ! Nous ferons pour le mieux : c’est un acte d’Humanité, de Charité à faire. Elle est partie avec le Docteur Colanéri pour Paris. Dieu la protège, la guide et la soutienne !! Pauvre Dame !!

En ce moment nous sommes au calme ! Mais ?? Enfin je vais tâcher d’aller à la Chambre de Notaires pour Jolivet et apposer les scellés sur ses coffres s’il y a lieu, car les ouvriers charpentiers sont-ils venus ce matin faire leur travail de décèlement ?

5h09 soir  Il me semble avoir vu passer devant mes fenêtres à l’instant l’ancien gardien de Hanrot qui a été arrêté ces jours-ci comme espion. Il venait de la rue Noël et est allé jusqu’au coin des Lapchin (Chapellerie Lapchin, à l’angle de la rue de Talleyrand et de la rue du Cadran Saint-Pierre), il a regardé et ensuite il est revenu sur ses pas et tourné le coin de la rue Noël et vers les Promenades !!

Mon Dieu ! pourvu qu’il ne nous fasse pas bombarder cette nuit !! J’en tremble d’avance, que Dieu nous protège !! Faites que je me trompe !!

La demi-page suivante a été coupée aux ciseaux.

…toute chaude bien préparée. Un taudis sera toujours assez bon pour Elle et ses enfants !! mais moi, mon petit moi ! Je m’installe… !!! Misérable !!…  Enfin nous verrons le règlement des comptes !!…  si j’en reviens !

8h1/2  Calme absolu ! Gare à la sarabande la nuit comme hier à minuit !! Dieu nous…  préserve !! Car je ne pourrai y résister !! J’écrirai demain à ma chère femme et lui joindrai les lettres de Julia !

Tâchons de dormir et espérons que nous n’aurons pas les alertes, les terreurs de la nuit dernière !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 octobre – Au cours de la nuit dernière, le bombardement a continué et ce matin, vers 7 h 1/2, nous entendions soudain, de la maison de mon beau-père, rue du Jard 57, où nous visons en réfugiés, l’explosion formidable d’un obus tombé à courte distance, dans la direction de la cathédrale.

Peut de temps après, nous apprenions que ce projectile, annoncé par son sifflement comme un gros calibre, était arrivé sur la maison habitée par M. H. Jadart, rue du Couchant 15. L’immeuble en pierres de taille a été complètement saccagé jusqu’au Rez-de-chaussée. Un bloc de maçonnerie violemment lancé, à la suite de la déflagration, est venu crever le toit de la chapelle de Saint-Vincent-de-Paul, située 15, rue Brûlée et après en avoir troué le plafond, est tombé pieds de notre fillette Madeleine, qui se trouvait à la messe en cet endroit. Elle en a heureusement été quitte avec la frayeur ; seul un ricochet de brique chaude l’a atteinte à la joue droite, lui causant une petite brûlure superficielle, mais son retour à la maison, avec un pansement sommaire, alors que l’on commençait à avoir quelques craintes, nous mit dans un réel émoi ; son grand-père en resta longtemps impressionné.

Henri Jadart - Source : L'Union

Henri Jadart – Source : L’Union

Monsieur Henri Jadart, conservateur de la bibliothèque, décidé à quitter Reims pour se rendre à Paris, venait, paraît-il, de sortir de sa maison, en compagnie de Mme Jadart, une demi-heure avant l’arrivée de l’obus, pour aller prendre le CBR pouvant, depuis hier seulement, reprendre un service provisoire sur Dormans.

Connu pour son érudition profonde, M. Jadart aimait documenter ses concitoyens. Le Courrier de la Champagne du 2 octobre 1914, avait donné de lui un long article intitulé : « Les bombardements de Reims« , dans lequel il s’étendait sur le bombardement subi par notre ville le 19 mars 1814, lors de sa reprise par les Alliés, pendant la campagne de France.

Pour ma part, j’avais lu avec curiosité ce récit ; il m’avait intéressé d’autant plus qu’étant tout jeune, j’ai eu souvent l’occasion de voir plusieurs de boulets incrustés, ainsi que le précisait M. Jadart, au sommet des pignons ou dans les murs de quelques maisons – l’un fixé en haut d’un immeuble qui existait à l’angle gauche de la rue des Fusiliers et de la place du parvis et d’autres, à moitié entrés dans les murs des maisons sises rue de Vesle n° 163 et 183 ; on avait eu soin d’inscrire, sur des petits panneaux de bois, la date de leur arrivée à ces différente places – et M. Jadart écrivait, pour finir sa relation : Mais, nous devons dire, en terminant , que le bombardement d’alors fut un jeu d’enfants en comparaison de ceux qui viennent cette fois d’ébranler nos monuments, de saccager nos rues et nos maisons et surtout de tuer de de blesser tant de nos concitoyens. L’histoire lamentable de ces faits actuels sera écrite un jour, avec le développement nécessaire, pour en conserver la mémoire à nos descendants.

Il faut convenir que le progrès (!) dont on nous a vanté beaucoup les beautés, depuis une trentaine d’années, a fait aussi un grand pas dans ses applications aux engins meurtriers ou de destruction, qui ne se contentent plus de se placer dans les murs en moellons de craie, à la manière des boulets russes d’il y a un siècle. C’est l’évidence même, et à Reims surtout, nous devons le reconnaître…

Actuellement, lorsqu’un 210 tombe sur une maison, l’explosion de cet engin, pesant une centaine de kilos et envoyé d’une distance de 13 à 14 kilomètres, disloque et détruit tout plus ou moins scientifiquement, comme le cas s’est malheureusement produit chez M. Jadart, où l’on peut voir, dans les quatre murs aux pierres disjointes mais restés tout de même debout, l’enchevêtrement et le mélange indescriptibles de ce qui a été brisé sur place et n’a pas été projeté au dehors, c’est-à-dire, parties de toiture, mobilier, cloisons, planchers de tous les étages, etc.

Il est heureux pour M. et Mme Jadart qu’ils aient quitté leur maison ce matin, à 7 h. Ils sont été bien inspirés en prenant leur décision et ont lieu de s’en féliciter.

Le Courrier publie aujourd’hui un long récit de « l’incendie de Bouilly », les 11 et 12 septembre, par M. Demoulin, maire de la commune.

– Nous lisons encore ceci, dans le même journal d’aujourd’hui :

Et la Légion d’Honneur pour Reims ? Près de 600 Rémois tués.

Dernièrement, nous demandions aux représentants locaux du pouvoir central de solliciter du Gouvernement de la République, la croix de la Légion d’Honneur pour Reims.
Nous ignorons si la démarche a été faite et dans l’affirmative quelle réponse a été donnée.
A ce momnet-là pourtant, Reims avait déjà bien mérité de la Patrie !
Mais aujourd’hui, alors que près de six cents Rémois ont été tués au cours des divers bombardements, auxquels il faut ajouter de très nombreux blessés, nous insistons pour que notre courageuse population reçoive cette récompense, que Liège a obtenu pour des mérites moins évidents.

(Elle ne sera accordée que le 4 juillet 1919 : note VV)

La question ne passionne pas l’opinion. Certains verraient là une consolation ; d’autres trouvent que ce serait une mince satisfaction. Cet article est à peine commencé, car si on est blasé à Reims, sur les émotions, on paraît l’être encore davantage sur ce genre de manifestation. Les dures épreuves subies ont généralement émoussé la sensibilité de ceux qui courent les mêmes risques que les malheureux dont il et fait été pour demander une récompense. La population demeurée en ville n’en reconnaîtrait pas l’importance, qui serait probablement mieux appréciée des Rémois habitant actuellement au dehors.

– Nous apprenons, ce jour, que le bombardement d’hier a fait, avec d’autres victimes, un terrible massacre dans la famille Barré, demeurant rue de Cernay 291, dont cinq personnes ont été tuées :

  • le père, Louis Alfred Barré, 41 ans
  • la mère, Mme Barré-Labouret, 31 ans
  • Gabriel Étienne Barré, 14 ans
  • Suzanne Barré, 7 ans
  • Émilienne Barré, 4 ans

et trois autres enfants de la même famille auraient été blessés grièvement.

– Dans L’Eclaireur de l’Est d’hier, on pouvait lire ces communications, à côté de renseignements donnés sur la correspondance, à Dormans, des trains de la Compagnie de l’Est avec le CBR, qui a rétabli son service depuis le 5 courant :

Il est interdit de s’approcher des batteries. Le maire de Reims rappelle aux civils qu’il est absolument interdit de s’approcher des formations militaires et des batteries.
Ceux qui contreviendront à cet ordre seront immédiatement arrêtés et passibles des rigueurs militaires.

puis, l’arrêté ci-après, reproduit textuellement :

A Bétheny.
L’arrêté suivant a été pris par M. Marcelet, conseiller municipal délégué, en vue de prévenir toutes tentative de pillage :
Vu l’état de défense prise par l’armée française sur la commune de Bétheny ;
Vu la prise pour son usage, par la troupe, de quantité de planches, portes, brouettes, outillage divers, mobiliers, matelas, pelles et objets les plus variés ;
Vu le pillage éhonté fait dans beaucoup de maisons ;
La municipalité prévient que personne ne doit s’approprier quoi que ce soit.
Un appel sera fait ultérieurement et un endroit désigné pour les déposer et être remis entre les mains de leurs propriétaires.
Si des écarts étaient reconnus, des perquisitions pourront être faites à domicile.
Toute personne qui sur la commune, s’approprierait un de ces objets n’étant pas sa propriété, sera remise entre les mains de l’autorité militaire.
Bétheny, le 3 octobre 2014
Le conseiller municipal délégué : A. Marcelet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Bombardements dès 7 heures. Bombes tous les quarts d’heure, dit-on, pendant la nuit (5-6). Bombes fréquentes toute la journée. C’est peut-être bien alors qu’on a descendu mon lit de ma chambre dans mon bureau (angle ouest) de 7 h 1/2 à 8 h du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

A 6 heures du matin nous allons faire un tour chez nous et portons à manger au chien de Thierry. A 7 heures un obus siffle au-dessus de nous,

Nous nous dépêchons de rentrer chez mon père.

La situation n’est plus tenable à Reims où on bombarde maintenant nuit et jour. Nous sommes décidés à quitter Reims. Nous allons à l’hôtel de Ville chercher des laissez passer que nous faisons viser par l’autorité militaire et décidons de partir pour Paris dès le lendemain matin.

A 3 heures de l’après midi je vais à la S.G. (1) chercher du courrier pour porter au siège(2). Arrivé dans la rue de la clef (3), un obus passe sur ma tête et va atteindre la gare. La journée se passe sous une pluie d’obus dont plusieurs tombent encore sur le 4em canton. Une femme est touchée dans la rue des Romains Jamais donc cela ne finira.

Gaston Dorigny
  1. S.G. Il s’agit de la Société générale. En effet, après avoir été buraliste aux 6 cadrans mon grand père a fait le reste de sa carrière dans la profession bancaire (Comme moi, son petit-fils Claude). (Claude Balais)
  2. Il faut comprendre qu’il s’agit du siège social de la Société générale à Paris. A l’époque le personnel de confiance savait aussi se transformer en messager, Les convoyeurs professionnels n’existaient pas et… c’était la guerre !
  3. La rue de la clé était à l’emplacement du cours Langlet, côté Palais de Justice

Paul Dupuy

6-10 Arrivée de Mélanie qui vient à l’approvisionnement en même temps que pour se faire enlever deux dents.

Elle tombe mal, car il lui faut presque aussitôt user avec nous de l’abri habituel contre les bombes qui pleuvent encore ; de plus, il lui faut, le lendemain, repartir sans qu’aucun soulagement ait été apporté à son mal, n’ayant trouvé aucun dentiste chez lui.

Paul Dupuy Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Juliette Breyer

Mardi 6 Octobre 1914.

Toujours pas de lettre. C’est vrai que la Poste ne travaille pas beaucoup, tout au plus 4 heures par jour. Nous y étions encore allées avec Charlotte. En tournant le coin rue Libergier, un sifflement : en voici une boche qui arrive. Tout le monde s’appuie sur le mur, mais à quoi bon, il y a autant de danger ; et aussitôt pan ! La voilà qui tombe place du Parvis, une deuxième au Théâtre. C’est là qu’ont été tués le fils Gaston Hulo et plusieurs soldats.

Toujours pas de lettre. Ton père en a eu une de Gaston qui est à Dunkerque. Ma pauvre chipette, je m’ennuie. Où es-tu ? Enfin demain je serai peut-être plus heureuse.

Nous repartons, les obus sifflent toujours. Ton papa nous accompagne moitié chemin et nous rentrons sans accident.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Mardi 6 octobre

La bataille bat son plein à l’aile gauche, au nord de l’Oise. Nous avons dû, sur plusieurs points céder du terrain. Nous avons repoussé des attaques dans l’Argonne.
Les détails qui parviennent sur la défaite allemande dans la Russie occidentale sont extrêmement importants. I1s attestent que les quatre corps d’armée du kaiser ont du faire une retraite très précipitée.
Le tsar est arrivé sur le front pour prendre le commandement général de ses forces, tandis que Guillaume II se rendait à Thorn. Mais c’est en Silésie prussienne, à proximité de Cracovie, que selon toute apparence se déploieront las grandes opérations.
Des engagements se sont produits à Kiao-Tcheou entre Allemands et japonais.
La situation à Anvers est qualifiée de stationnaire.

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Samedi 3 octobre

Abbé Rémi Thinot

3 OCTOBRE – samedi –

1  heure ; quelques bombes ce matin, quartier Cérès. En ce moment, les obus pleuvent depuis une demi-heure tout à fait à proximité.

7  heures soir ; Ce bombardement nouveau style, à l’aveuglette, sur la ville, a produit un affolement considérable.

Ce matin, à 3 heures et demie, vient sonner chez moi un photographe de « L’Illustration » m’apportant le numéro où il est question de l’Abbé Chinot. Je suis désolé de cet article inexact, incomplet, faux sur tous les points et je prépare une note rectificative…

Il est 8 heures ; depuis 6 heures 1/2, le canon tonne. Je pense à cette réflexion d’un officier d’état- major aujourd’hui ; « Ou bien dans 2 ou 3 jours Reims sera délivrée, ou bien nous en avons pour 2 ou 3 mois à soutenir ce siège.

Stengel, le sonneur, a été enterré ce matin.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 3 octobre 1914

22ème et 20ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit relativement calme, fusillade mais rien de plus. Ce matin vers 6h1/2, la même, on n’entend plus de canon à proximité de la Ville, à quelques exceptions près.

11h  Toujours le calme et le canon lointain. Tout à l’heure mon…  La suite est illisible, elle a soigneusement été rayée.

11h1/2  Je vais chez Tricot aux Galeries Rémoises porter ma lettre à Armand Tricot de sa fille Yvonne (qui épousera en janvier 1920 Marcel Lorin), lettre qui vient de m’être remise avec d’autres pour Madame Potoine, M. Dargent, M. de Granrut, voir pour moi, de la part de Price du « Daily Mail », qui a été arrêté à Sermiers par les autorités militaires qui ne lui ont pas permis de pousser jusqu’à Reims.

En revenant, en face des Sœurs de la Charité, j’aperçois un jeune officier, un lieutenant, dont le numéro de régiment me semble être le 208ème d’infanterie. Je l’aborde et je lui demande s’il est bien du 208ème. « Oui Monsieur », me répond-il. Puis nous nous regardons. C’était René Magnier, de Boulogne-sur-Mer, dont la sœur Henriette a été mariée à ce pauvre Félix Duquesnel (1873-1909, époux d’Henriette Magnier, née en 1882), cousin des Bataille ! Surprise ! et moi de lui dire : « Je cherchais depuis hier où pouvait être votre régiment, car j’ai reçu hier une lettre de votre sœur me disant que vous deviez être dans les environs de Reims et me priait de vous remettre une lettre que j’ai chez moi. » – « Venez ! et vous déjeunerez avec moi, cela vous permettra de répondre à cette lettre et nous causerons ! »

C’était une lettre de sa femme, à laquelle il répondit aussitôt. Et tout en déjeunant il me raconte qu’il est en cantonnement à Pargny, et ses aventures depuis Dinant où il a fait le coup de feu, la retraite précipitée jusqu’à Vervins, aux environs duquel il a reçu un shrapnell dans le mollet, qui lui a permis cependant de suivre son bataillon. La refuite jusqu’à Champaubert  où on a fait des hécatombes. Dans une tranchée allemande d’un kilomètre de longueur prise en enfilade par une de nos mitrailleuses il a compté plus de 300 cadavres allemands restés dans la position du tireur debout ! C’était un vrai carnage. Il se plaint du manque d’officiers ! et de cadres !! mais il a bon espoir. Il me confirme que Reims est le pivot des tenailles qui cherchent à enserrer les allemands dans leurs pinces. La grosse partie se joue du côté de Roye et de St Quentin.

Quand serons nous enfin débarrassés de cette angoisse de sentir l’Ennemi si près de nous, à nos portes, et quand n’entendrons nous plus ces coups de canon, cette fusillade !! qui nous obsède depuis 22 jours ! Quelle vie ! Quel Martyr !

Journée triste et de découragement absolu pour moi.

Si cela continue je n’y résisterai pas. Je n’ai même plus le courage d’écrire ces quelques mots. A quoi bon ! les écrire. Je ne reverrai sans doute plus mes chers aimés, mon pauvre cher Père ! L’épreuve est trop forte. Je n’y puis résister. Mes épaules ne plient pas sous son poids, non ! elles se brisent, elles sont écrasées.

En allant au Courrier de Champagne vers 5h à la Haubette où il s’est réfugié chez Bienaimé, j’ai vu, avenue de Paris, les maisons incendiées, numéros 24 et 26, la nuit où j’étais otage. En les contemplant je pensais : « Et dire que ces 2 bicoques pouvaient être le prétexte de me faire loger 12 balles dans le corps le 12 septembre au matin !! » – « Vraiment, c’eut été cher payé !! »

  1. Dargent que je viens de voir me dit que son beau-frère l’abbé Borne, lieutenant d’infanterie, serait blessé, prisonnier, ou mort ou disparu. Il en est fort inquiet. Et combien d’autres seront dans le même cas et ne reviendrons pas au bercail familial !! Dans nos contrées de l’Est ce sera le désert !! La dépopulation complète !!

8h10 soir  Le canon retonne, cela devient un refrain, mais vraiment on est… à bout de patience ! on est réduit à l’état inconscient, je n’ai même plus le courage d’écrire à ma femme, à mon Père. A quoi bon ! Je ne puis dire de revenir de son exil à la première et au second je n’ai et ne puis avoir aucune nouvelle ! A quoi bon !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 octobre – La nuit passée a été très calme ; on a pu, cette fois se reposer. Cependant, dans la matinée, de nombreux projectiles sont encore arrivés aux extrémités de la ville, en réponse au tir de nos batteries

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. 9 h coups de canon, bombes. Bombes nombreuses dans la matinée et dans l’après-midi, de 2 h à 2 h 1/2.

Nuit assez calme ; combats au loin

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

Hélas non, l’ennemi est toujours là, le canon tonne encore toute la journée. A neuf heures ½ du matin un obus tombe aux environs de la poste provisoire rue Libergier. On aperçoit au dessus de nous deux aéroplanes, un allemand et un français. Ils paraissent se faire la chasse. En effet ils se combattent là-haut et après peu de temps, le nôtre abat l’avion ennemi qui tombe en feu.

Gaston Dorigny
Taube

Taube

Paul Dupuy

3 octobre 10H Départ de M. Hénin allant aider la caravane dans son retour.

Il évite Bezannes, occupé par un État-major qui rend le passage particulièrement difficile en lui montrant la presque impossibilité qu’il y aura pour le groupe de fléchir la consigne.

A l’appui de cette opinion vient s’ajouter, à Sacy l’affirmation, donnée par un gendarme, qu’on ne laissera certainement pas franchir le village en question on renonce donc à tenter l’aventure, et Hénin revient seul en prenant des chemins de terre un peu exposés.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Samedi 3 octobre

Le combat de la Somme se déploie de plus en plus vers le Nord. Nous avons légèrement reculé au nord d’Arras, mais nous progressons au sud de cette ville et dans l’Argonne.
Le succès des Russes sur les Allemands dans le gouvernement de Suwalki apparaît maintenant foudroyant. La forteresse d’Ossowietz a mis ses agresseurs en fuite.
Les Austro-Allemands ont concentré des forces considérables autour de Cracovie et la bataille serait même engagée devant cette ville. Les forces russes sont là plus nombreuses peut-être que celles de leurs adversaires.
L’avance des troupes du tsar dans les districts hongrois au sud des Carpates ne semble pas s’être ralentie.
Les nouvelles qui arrivent de Belgique continuent à être satisfaisantes. Les forts de la première ligne retranchée d’Anvers tiennent très bien contre les attaques allemandes. Le roi Albert Ier a prononcé une harangue très réconfortante pour ses troupes. Les Belges ont d’ailleurs réussi, par un stratagème habile, à obstruer la voie ferrée entre Mons et Bruxelles.
On publie un propos méprisant que Guillaume II a tenu sur la valeur de l’armée anglaise et les journaux britanniques le relèvent comme il convient.
L’Italie a réclamé des indemnités à l’Autriche pour ceux de ses bâtiments de pêche qui ont été coulés par des mines dans la mer Adriatique.

 

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vendredi 2 octobre 2014

Abbé Rémi Thinot

2 OCTOBRE – Vendredi –

Le Cardinal est venu dire la messe à 8 heures à la Mission ce matin et a donné l’instruction.

Dans une première partie, il a expliqué qu’étant à Rome, les journaux lui apportaient – ainsi les envoyées au saint-homme Job – tous les jours la nouvelle d’un malheur plus grand dans son diocèse et sa ville épiscopale ; comme Jérémie, il est rentré pour pleurer sur des ruines, partager les épreuves de son peuple. Comme David, il faut dire le Miserere, le Miserere de la France qui devra réintégrer Dieu partout avant de mériter la victoire.

Dans une deuxième partie, le Cardinal a raconté l’élection de Benoit XV.

Quelques obus de campagne à 5 heures 1/4 ; par séries de 4, pour répondre à des batteries. Je continue à croire que le rideau qui demeure cache une retraite à quelques kilomètres en arrière, où ils se retranchent à nouveau. Nous ne sommes pas à la fin.

Hier, un aéroplane allemand a jeté plusieurs bombes ; une est tombée sur les Promenades, l’autre rue du Marc. Pas de victimes.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Gilles Guédet

Vendredi 2 octobre 1914

21ème et 19ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Cette nuit a été relativement calme, et contrairement à mes espoirs de la soirée il y a eu un combat vers 1h1/2 du matin, et ensuite un aéroplane est venu survoler la ville, poursuivi par la fusillade de nos troupes.

Depuis ce matin pas un coup de canon, pas un coup de fusil.

J’ai préparé le projet de convention demandé par M. Charles Heidsieck et M. Raoul de Bary pour s’engager solidairement (les 8 négociants en vins de Champagne) entre eux à rembourser et se porter caution des 800 000 Francs que les banques locales leur font pour faire des avances aux vignerons, leur verser des acomptes sur le prix de leurs vins et payer leurs ouvriers, et ensuite la porter chez M. Charles Heidsieck rue St Hilaire 8. Hier soir vers 5h, au coin de cette rue et de la rue de l’Échauderie (rue disparue en 1924 à la création de la place Léon-Bourgeois) est tombé un obus lancé par un aéroplane, dégâts insignifiants. Il en a été lancé une rue de Vesle également.

Vu Heckel qui est installé chez M. Georgin. Il me dit qu’on lui aurait appris que Louis Leclerc, mon clerc liquidateur, soldat au 151ème de ligne aurait été blessé à Verdun. Pourvu que ce ne soit pas grave, car c’est un bien brave garçon si dévoué ! De tous mes clercs partis combien m’en reviendra-t-il !!??

Depuis le 4 septembre on estime de 600 à 700 les victimes civiles des bombardements. Je reçois à l’instant de M. le Procureur de la République une invitation à me rendre à la salle d’audience du Tribunal (Augustins) aujourd’hui à 2h de l’après-midi : « Audience de rentrée ». « Discours » porte la lettre. J’irai, mais c’est la première fois que je reçois semblable invitation.

1h1/2  Toujours rien, pas un bruit, pas un coup de fusil ni un coup de canon ! C’est singulier ! Allons au tribunal. Nous trouverons peut-être à glaner quelque chose et à avoir des nouvelles !!

3h  Je rentre de l’Audience de Rentrée, présidée par M. le Procureur de la République Bossu qui a prononcé le discours d’usage devant les 3 sièges vides du Président et de ses 2 assesseurs. Villain, greffier du tribunal civil était à son siège.

Étaient en outre présents :

  1. Mennesson-Dupont, avocat, bâtonnier sortant
  2. Huc, avocat
  3. Dargent, avoué, le seul restant à Reims comme moi comme notaire.
  4. Lottin, juge de Paix des 1er et 3ème cantons de Reims
  5. Guédet, notaire à Reims, seul resté à Reims.

M.M. Mathieu, Jonval, Charpentier, greffiers auxiliaires du tribunal.
M.M. Poterlot et Lepage, anciens huissiers.
Et Touillard (à vérifier), concierge du Tribunal

En tout treize présents.

La séance est levée après le discours du Procureur et quelques mots de remerciements de M. Mennesson-Dupont et M. Dargent.

Procès-verbal de l’Audience de Rentrée du Tribunal de 1ère instance de Reims

2 octobre 1914

Reims Typographie et Lithographie de l’Imprimerie Nouvelle  11, rue du Cloître, 11  –  1914

L’an mil neuf cent quatorze, le vendredi deux Octobre, à deux heures de relevée :

  1. le Procureur de la République a fait son entrée dans l’auditoire et a déclaré ouverte l’audience solennelle de rentrée,

Étaient présents :

  1. Louis Bossu, Procureur de la République, chevalier de la Légion d’Honneur ;
  2. Gustave Villain, greffier ;

Mathieu, Jonval et Charpentier, commis greffiers.

Absents à l’armée :

  1. Lyon-Caen, substitut ;

Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, juges suppléants ;

Laurent et Mayot, commis greffiers.

Absents et empêchés par les événements de rejoindre leur poste :

  1. Hù, président, chevalier de la Légion d’honneur ;

Bouvier, vice-président ;

Delaunay et Baudoin-Bugnet, juges d’instruction ;

Creté, Texier et Hautefeuille, juges.

Absent comme délégué à un autre tribunal :

  1. de Cardaillac, substitut.
  2. le Procureur de la République a déclaré l’audience solennellement ouverte et a prononcé le discours suivant :

« Nous sommes bien peu nombreux, Messieurs, pour solenniser aujourd’hui une audience de rentrée.

» Cinq d’entre nous, et c’est à eux que doit aller notre première pensée, sont à ce moment devant l’ennemi : M. le substitut Lyon-Caen, MM. Les juges suppléants Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, sans compter nos deux commis greffiers MM. Laurent et Mayot, font bravement leur devoir de Français à la frontière et nous les connaissons assez pour être sûr qu’ils le font tout entier.

» Nos autres collègues attendent, pour la plupart, depuis huit jours, dans la ville voisine, que les communications avec Reims soient autorisées et qu’il leur soit permis de reprendre leur poste.

» Pourquoi avons-nous pensé cependant qu’il convenait de ne point laisser passer la rentrée des Cours et Tribunaux sans solenniser cette audience ? C’est, Messieurs, pour un double motif.

» Tout d’abord, parce que nous avons jugé indispensable que la réunion, si tronquée puisse-telle être, d’une compagnie judiciaire française, vienne purifier l’air de notre Palais de Justice éventré par les obus allemands et effacer la souillure que lui avait infligée une occupation de dix longs jours par l’ennemi national.

» Et en outre aussi, parce qu’au moment où le droit international comme le droit privé sont odieusement violés par un peuple qui a la prétention – ô ironie, – de se croire à l’avant-garde de la civilisation ; au moment où une ville ouverte râle bouleversée par les obus, détruite par les bombes incendiaires, mutilée dans ses monuments les plus chers et les plus sacrés, frappée dans ses habitants, femmes, enfants, vieillards, innocentes victimes de la guerre sauvage qui lui est faite, il est nécessaire de rappeler à tous qu’au-dessus de la force brutale, au-dessus de l’ultima ratio du canon qui tonne encore à nos portes à l’instant même où nous parlons, il existe l’idée intangible de la Justice et du Droit qui eux auront un jour leur revanche, et je l’espère dans un avenir prochain.

» Sous les obus de l’ennemi, il convient de crier bien haut que la justice immanente aura son heure et que le moment est proche où, grâce à notre valeureuse armée et à celles de nos alliés, grâce à la force que nous donne la sainteté de notre cause et des grandes idées que nous défendons, idées d’indépendance nationale, de liberté et de justice, le droit, à son tour, viendra primer la force brutale et reprendre dans le monde la place prépondérante qui doit être la sienne.

» Et je ne parle pas seulement ici du droit privé et des luttes paisibles de nos prétoires, mais aussi du droit des gens outrageusement violé, de ce jus gentium défini déjà il y a vingt siècles par les Romains et foulé aux pieds aujourd’hui comme autrefois par les armées de la Germanie, – de ce droit qui impose un frein aux brutalités de la guerre, qui police les armées, leur impose la loyauté et le respect des innocents et des faibles et qui est le frein indispensable aux sauvageries des combats et aux débordements de la soldatesque, – de ce droit enfin que notre cher pays de France a toujours proclamé et hautement pratiqué depuis des siècles sur tous les champs de bataille du monde entier.

» Et je veux parler aussi, Messieurs, de ce droit plus nouveau qu’ont les peuples de ne plus être traités comme un vil troupeau et de n’appartenir qu’au pays auquel va leur piété filiale, ce droit né au milieu du siècle dernier, éclipsé sur sa fin et qui, j’en ai la conviction, à notre aurore du XXème siècle, refleurira de nouveau en rendant à notre France nos malheureuses provinces mutilées.

» Voilà, Messieurs, pourquoi nous estimions indispensable que cette audience fut tenue.

« Aussi, au bruit du sifflement des obus allemands, du fracas de la bataille qui se livre depuis dix jours à nos portes et jusque dans nos faubourgs, du grondement de nos batteries installées sur nos boulevards même et sur nos places publiques, est-ce avec fierté devant vous tous qui avez bravement supporté ces dix-huit jours de bombardement sans précédent dans l’histoire d’une ville non fortifiée, je déclare ouverts les travaux de l’année judiciaire 1914-1915, espérant que cette fiction va devenir à un très prochain jour une réalité.

» Et vous, Monsieur et cher Bâtonnier sortant, vous avez noblement représenté le barreau dans les jours sombres qui viennent de s’écouler : votre présence à cette barre est pour nous une joie et il nous est doux de saluer en vous le Français patriote et l’avocat scrupuleux et délicat que vous fûtes toute votre vie.

» Nous saluons avec vous, Messieurs les Juges de Paix, Avocats, Officiers publics et ministériels présent qui, eux aussi, ont fait vaillamment leur devoir et bien mérité de la Patrie. »

Maitre Mennesson-Dupont, bâtonnier sortant de charge, s’est alors levé et s’est associé en quelques paroles élevées au discours de M. le Procureur de la République.

  1. le Procureur de la République a ensuite levé l’audience solennelle.

Assistaient à l’audience sur convocation :

  1. Lottin, juge de paix des 1er et 3ème cantons ;

Huc, suppléant, faisant fonction de juge de Paix des  2ème et 4ème cantons ;
Mennesson-Dupont, avocat, ancien bâtonnier ;
Dargent, avoué ;
Guédet, notaire ;
Lepage et Poterlot, huissiers suppléants ;

Seuls magistrats cantonaux, avocats et officiers publics ou ministériels présents à Reims à ce jour.

De tout quoi il a été fait et dressé le présent procès-verbal qu’ont signé le Procureur de la République et le Greffier du Tribunal.

Signé : Louis Bossu, G. Villain

Comme j’allais rue des Augustins pour cette audience, on entendait le canon très, très loin, vers Sommepy.

3h1/2  6 lettres. Une de ma femme du 15 septembre, une racontant son exode vers Granville. Quel voyage ! mon Dieu, 5 jours pour y arriver !! Enfin ils sont bien portants, Dieu soit béni ! mais toujours pas de nouvelles de mon Pauvre Père !

8h1/2 soir  Canon très lointain, mais rien près de Reims. Que cela veut-il dire ? Je suis si triste ce soir !! Tout me fait mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’Éclaireur de l’Est, qui avait dû cesser sa publication par suite de dégâts considérables occasionnés par des obus, dans son immeuble, 11, rue du Cloître, reparaît aujourd’hui.

Il parle ainsi de e qui s’est produit au parc d’artillerie, mercredi dernier 30 septembre :

« De la poudre aux moineaux. En guise d’adieu (s’il pouvait être définitif !) les Allemands ont dirigé leur feu, avant-hier soir, sur ce qui fut, avant la guerre, le parc d’artillerie de Reims. Ce parc reçut un nombre très respectable d’obus, qui ne parviennent à détruire que quelques centaines de vieilles cartouches à blanc, qui étaient devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire. Ce piteux exploit n’ajoutera rien à la gloire des soldats de Guillaume. En France, nous appelons cela : « Jeter de la poudre aux moineaux »

Le Courrier de la Champagne, de ce jour, annonce la nouvelle sur un autre ton, disant :

Deux obus tombent sur le parc d’artillerie qui est incendié. Avant-hier soir, vers 6  heures, deux obus allemands venaient tomber sur le parc d’artillerie, route de Neufchâtel, déterminant un incendie dans les locaux de l’Arsenal. Il n’y avait là que de vieilles munitions et un lot de cartouchez servant au tirs d’instruction.Le bruit intense produit par l’éclatement de ces munitions a provoqué la fuite des habitants du quartier, qui d’ailleurs sont rentrés en grande majorité la nuit à leurs domiciles respectifs.

M. le général Cassagnade et les officiers organisèrent les secours avec l’aide des soldats et de pompiers et le feu put être circonscrit, à l’arsenal, dans un bâtiment qui est complètement en ruines.

Il n’y a, heureusement aucun accident de personnes à déplorer.

Ainsi, le rédacteur de l’Éclaireur nous parle, d’un air détaché, de la destruction de « quelques centaines de vieilles cartouches devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire ».

Pour admettre cela, il faudrait n’avoir pas été assourdi, pendant une demi-heure au moins, par le roulement des détonations qui a épouvanté les voisins et précipité leur fuite et n’avoir pas entendu parler du sauve-qui-peut qu’il a provoqué dans tout le quartier.

Nous ne désirons certes pas que l’on dramatise des événements ; les faits parlent d’eux-mêmes, depuis deux mois et des dramatisent suffisamment, mais nous aimerions être plus exactement renseignés, afin de pouvoir accorder quelque confiance aux journaux.

Reconnaissons toutefois que leur rôle n’est pas facile dans Reims, car il ne nous faut pas perdre de vue qu’ils ont, certainement d’abord, le souci d’éviter de fournir des renseignements à l’ennemi.

– De nouvelles précisions sur le fonctionnement du Service des Postes sont données par Le Courrier de la Champagne ; les voici :

Le Directeur des Postes et Télégraphes de la Marne, a l’honneur d’informer le public, qu’un service postal ne comportant provisoirement que la vente de timbres-poste, l’expédition et la réception des lettres ordinaires, fonctionne à dater du 1er octobre, dans les locaux de l’école maternelle de la rue Libergier n° 32. Le départ des courriers aura lieu chaque jour, au moyen de voitures automobiles spéciales, à 10 heure du matin et à 16 heures ; les dernières levées seront faites au bureau de la rue Libergier, une demi-heure avant les départs. Une distribution sera faite en ville à partir de midi ; toutefois, les quartiers faisant partie de la zone dangereuse ne seront pas visités par les facteurs. Les habitants de ces quartier pourront se présenter au bureau de poste, où les correspondances qui leur sont destinées leur seront remises. Les levées de boîtes, dans ces mêmes quartiers, ne pourront être effectuées, il ne devra donc donc être déposé aucune correspondance. L’organisation de ce service a été réalisée en vue de donner à la population éprouvée de Reims les moyens, même sommaires de correspondre avec l’extérieur. Le Directeur des Postes et des Télégraphes compte donc que le public voudra faciliter la tâche très lourde qu’un personnel dévoué a consenti à assurer, malgré les dangers de l’heure présente.

A. Dorlhac de Borne.
Le même journal publie les avis suivants :

Croix-Rouge Française, Société de secours aux blessés militaires.
A Messieurs les médecins, administrateurs, comptables et à mesdames les infirmières-majors, c’est-à-dire aux chefs de service, le Comité a l’honneur de rappeler qu’il compte toujours sur leur concours qui sera utilisé dès que pourront rouvrir les formations temporairement fermées.
Le président par intérim : M. Farre.

Avis important. Les propriétaires, locataires ou entrepreneurs qui ont besoin de faire des recherches dans les décombres des maisons incendiées ou bombardées, doivent être munis d’une autorisation du commissaire de police de leur canton.
Cette autorisation mentionnera, avec le nom de la personne autorisée, la désignation précise de la maison ou de la partie de la maison ou de l’immeuble à explorer.
Toutes les personnes rencontrées sans autorisation sur les décombres ou dans les maison abandonnées, seront livrées à l’autorité militaire qui leur appliquera les peines les plus rigoureuses.

Paroisse Notre-Dame. Messe du dimanche
A la Mission, rue Cotta, 3 : 5 n 1/2n 6 h 1/2, 7 h 1/2, 8 h et 11 h avec instruction.
A la Chapelle de St Vincent-de-Paul, rue du couchant, 5 : 6 h, 7 h, 8 h, 9 h, messe des enfants ; 10 h grand’messe avec instruction.
Les messes en semaine. Elles seront assurées, dans la mesure du possible, aux heures habituelles.
Avis – M. Le curé de la cathédrale convoque les paroissiens, dimanche 4 octobre, tout particulièrement aux messes de 8 h et de 11 h à la Mission et à la messe de 10 h, rue du Couchant, pour leur faire connaître la nouvelle organisation du service paroissial.
Vendredi 9 octobre – A la chapelle de la Mission, à l’occasion du premier vendredi du mois, la messe sera dite par son Éminence le Cardinal. Instruction, salut du Très-Saint-Sacrement.
Prière instante de se donner rendez-vous à la Mission, à cette messe de 8heures, pour entourer Son Éminence le Cardinal.

Il donne encore les prix sur les denrées, au marché du mercredi 30 septembre :

Sur les marchés.
Le grand marché de mercredi était peu approvisionné, en dehors des légumes apportés par les maraîchers.

Peu de pommes de terre, dont le cours est relativement élevé.
Les rondes sont vendues 0,25 le kilo, les longues jaunes et les blaffs 0,35 le kilo
Les œufs peu abondants, sont livrés à 2,25 et 2,75 la douz.
Volailles et lapins sont rares et à les prix variables, mais sensiblement chers
A la criée municipale, la viande de bœuf est vendu de 1.60 à 2 F le kilo.

Enfin, il a inséré une déclaration particulière, suffisamment caractéristique, en ce qu’elle dénote certaine inquiétude dans laquelle vit actuellement une partie de la population, à Reims.

En voici le texte :

Mme Eug. Bernier, place Luton 79, dont la maison a été en partie détruite par une bombe prussienne, soupçonnée injustement parce qu’elle connaît l’allemand, avertit qu’elle est née à Forbach (Lorraine) ; que son mari, Eug. Bernier, Français, a fait son service militaire en France et que son fils, Gabriel Bernier, soldat au 164e de ligne, est peut-être actuellement tombé au service de la France. Si l’on désire plus amples renseignements, prière de l’adresser à Mme Bernier elle-même.

– Dans la nuit dernière, les coups de canon avaient paru plus éloignés que précédemment ; la journée avait été assez calme, mais, sur le soir, le bombardement a repris ou plutôt continué.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Cardinal Luçon

Messe à 8 h. à la Mission. 1er vendredi du mois ; allocution, calme, sauf quelques coups pendant la nuit ; et dans l’après-midi quelques bombes. à 4 h, Visite aux Aumôniers militaires ‘ils étaient 45) et aux officiers et soldats cantonnés à Thillois : allocution et Salut du St Sacrement à l’église ; prière sur les tombes des soldats tués les derniers jours. Allocution aux prêtres à la Chapelle des Frères de Thillois. Journée calme ; nuit tranquille du 2 au 3.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La journée passe encore une fois dans un silence relatif. Toutefois il est encore tombé quelques obus dans le quartier Cernay. La nuit quelques bruits de mitrailleuse au loin. Le recul de l’ennemi doit s’accentuer.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Réception à 18H d’une lettre confirmant les projets de rapatriement déjà arrêtés la veille, et disant que toute liberté d’allure est maintenant laissée sur route.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 Juliette Breyer

Vendredi 2 Octobre 1914.

Ce matin on nous a prévenus que la Poste reprenait son cours, mais les facteurs ne vont que dans les quartiers qui ne sont pas dangereux. Donc les 2e et 4e cantons doivent aller chercher leurs lettres eux-mêmes. La Poste a été transférée rue Libergier à l’école maternelle.

En partant, nous deux Charlotte à 2 heures de l’après-midi, M. Guerlet nous dit : « Ne sortez pas, ils bombardent sur la ville ». Qu’est-ce que cela peut nous faire, ce que nous voulons, ce sont des lettres. Nous ne craignons rien. Nous arrivons donc sans encombre. C’est triste la ville : on ne voit que des murs noircis. Pour le moment nous ne nous arrêtons pas à regarder. Enfin nous voici à la Poste. Il y a une foule énorme. Nous ne passerons pas de bonne heure, et encore ça ferme à 4 heures. Il faudra pourtant que j’y arrive. On voit quelques femmes qui sortent avec des lettres, mais d’autres ont des figures navrées. Elles n’ont rien eu . Il faut que je passe. Il y a deux entrées, dont une pour les facteurs. Je guette si j’aperçois celui qui venait chez nous et je lui fais signe d’approcher. « Vous venez pour les lettres, me dit-il, mais il est inutile que vous attendiez ; on va fermer les portes, le triage n’est pas fait pour le 2e. Revenez demain ».

Ainsi il nous fait repartir sans rien avoir. Nous étions venues, l’espoir au cœur, et nous repartons la mort dans l’âme. Ton papa est venu aussi et il s’en retourne aussi triste que nous.

Pauvre Charles, que dois-tu penser aussi puisque pendant un mois je n’ai pu t’envoyer aucune lettre. Je suis navrée mais je m’arrête car je n’ai plus de courage.

Bons baisers. Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Vendredi 2 octobre

Progrès des troupes alliées au nord de la Somme, une attaque furieuse des Allemands ayant été écrasée à Roye. Avance marquée de nos troupes dans l’Argonne et dans la Woëvre.
L’offensive allemande a été décidément vaincue sur le Niémen. Guillaume II qui croyait s’emparer facilement des forteresses russes dans la région de Grodno a été déçu. De grandes forces austro-allemandes ont été toutefois concentrées, sous les ordres du général de Hindenburg, dans la région de Cracovie, pour empêcher les Russes de prendre cette place et de s’infiltrer en Silésie. Mais les effectifs russes ne sont pas inférieurs à un million d’unités.
Des Serbes et des Monténégrins, peu de choses à dire, sinon qu’ils cheminent régulièrement vers Sarajevo.
Deux Taubes qui venaient sur Paris ont été arrêtés par nos aviateurs et ont fait demi-tour.
M. Venizelos, président du Conseil grec, a déclaré que son pays serait aux côtés de la Serbie et tiendrait tous ses engagements en cas de guerre balkanique. C’est un avertissement pour la Turquie.
L’Italie a fait relever les mines que l’Autriche-Hongrie avait déposées dans l’Adriatique et qui avaient fait sauter déjà plusieurs navires marchands. La navigation a d’ailleurs été arrêtée dans cette mer.
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