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Samedi 2 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 2 mars 1918

1268ème et 1266ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier comme je terminais ma note le Procureur est arrivé pour les coffres de la Nancéienne et de Chapuis. Tout a été fait l’après-midi. J’étais exténué et à 4h1/2 et le Procureur m’a forcé à aller me reposer. A partir de 3h la canonnade a été formidable devant nous, avec des nuages artificiels qui sont venus jusqu’à la rue des Capucins, on ne voyait pas dans le jardin, des gaz asphyxiants, 150 intoxiqués, quelques morts.

Toute la nuit bombardement. Ce matin neiges terribles jusqu’à midi. Couru dans cette neige pour trouver un voiturier qui veuille bien condescendre à enlever les 15 colis que j’ai encore ici pour Épernay. J’ai trouvé de braves gens à l’Hôtel de la Couronne qui m’ont promis de les faire enlever ce soir ou demain par le voiturier de Rondeau qui doit enlever le reste de leur mobilier à eux. Il y a de la place, me disent-ils… Je reviens exténué. Après-midi à l’Hôtel de Ville où c’est toujours le calme et la pagaye. Dépêche du Procureur qui me conseille d’aller me reposer quelques jours. C’est ce que je ferai lundi, pour quelques jours, j’en ai besoin.

Demain je dois déjeuner avec Houlon. J’ai appris par lui seulement l’incendie d’un corps de bâtiment de l’Hôpital Général. Beaucoup de dégâts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1918 – Le bombardement de la nuit du 28 février au 1er mars, a at­teint une très grande violence.

L’Éclaireur de l’Est d’aujourd’hui le mentionne ainsi :

Plus de 5 000 obus, dont un grand nombre à gaz, dans la journée du 28 février et la nuit suivante : 55, entre 10 et 13 h — environ 5 000 obus entre 23 h et 5 h du matin.

Les effets des obus à gaz ont été ressentis jusqu’en ville et les victimes sont nombreuses, paraît-il, qui se présentent à l’hôpital, atteintes à la figure, aux yeux, ou avec des brûlures sur le corps.

Deux personnes y sont mortes et beaucoup de malades ou blessés sont obligés d’attendre leur tour pour se faire soigner, des centaines de ces projectiles étant tombés sur le quartier Dieu-Lumière et vers les établissements Pommery, où la plupart des ouvriers et ouvrières ont été pris. A l’usine des eaux, également, le personnel a été atteint.

Nous apprenons encore que M. Monbrun, employé auxiliaire dans les bureaux de la mairie, intoxiqué par un obus tombé chez lui, rue des Capucins 227, a dû être transporté ainsi que sa femme, atteinte aussi, à l’hospice Roederer-Boisseaux.

Bombardement encore très serré, surtout au cours de l’après-midi. Il est, à plusieurs reprises, dirigé sur le faubourg de Laon. 2 500 à 3 000 obus pour la journée.

Nous avons quelques nouvelles de l’attaque d’hier ; elle aurait été déclenchée par les Boches, sur Courcy, principalement.

L’Éclaireur d’aujourd’hui, ajoute ceci, après l’indication des boucheries ouvertes, dans sa communication relative au ravi­taillement déjà insérée :

Charcuteries : Maisons Dor et Foureur,
Lait : le lait sera mis en vente dans les cinq maisons qui vendent l’épicerie et le pain.

On pourra prendre les adresses de ces établissements au commissariat central ou à L’Éclaireur de l’Est.

Le journal dit encore :

Attention aux Gaz.
Il est instamment recommandé de ne pas sortir sans être muni de son masque contre les gaz.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 – 0°. Neige sur la terre ; nouvelle chute dans la matinée. Dîné à midi chez le Général Petit, Commandant la 134e Division. Visite de M. Abelé ; discussion de ses projets. Visite de M. Loriquet, Archiviste. Journée relativement tranquille. Matinée calme. Plus d’offices à la Chapelle du Couchant ! De 2 h. à…, canon français, très sec, tire un coup toutes les 3 ou 4 minutes. A 3 h. 3 0,10 coups par minute. Visite à 6 h. soir de M. Sainsaulieu, annonçant sa décoration et la venue du Ministre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 mars

La lutte d’artillerie a pris un caractère d’assez grande intensité dans la région au nord et au nord-ouest de Reims, ainsi qu’en Champagne, principalement dans la région des Monts, vers Tahure et de part et d’autre de la Suippe.
Au sud-ouest de la Butte du Mesnil, les Allemands, qui avaient pris des tranchées avancées et qui en avaient été ensuite chassés, sont revenus à l’assaut. Après plusieurs tentatives infructueuses, qui leur ont valu de lourdes pertes, ils sont parvenus à prendre pied dans une partie des positions que nous avions conquises le 13 février.
Sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre, l’ennemi a bombardé violemment nos premières lignes sur le front Beaumont-bois Le Chaume, ainsi que dans la région de Seichepray, où un fort coup de main a été repoussé.
Sur deux des points qu’ils ont attaqués, les Allemands se sont heurtés à des éléments d’infanterie américaine. Nos alliés ont partout maintenu leur ligne intacte.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie ennemie entre Ribécourt et la Scarpe.
Les aviateurs anglais ont bombardé un important champ d’aviation entre tournai et Mons.
Sur le front italien, canonnade et combats d’artillerie. Des patrouilles ont enlevé un important matériel sur le plateau d’Asiago. Un avion autrichien a été abattu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 18 novembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 18 novembre 1917

1164ème et 1162ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps nuageux, brumeux et lourd. Le calme, quelques obus. Messe à 7h1/2. Fait en sortant de la chapelle du Couchant un tour avec Gustave Houlon, causé d’un tas de choses, et l‘ai un peu remonté au sujet de son ruban. Rentré chez moi travailler. Courrier, peu de choses. Bonnes nouvelles de mes 2 soldats par ma pauvre chère femme.

Porté mon courrier à 2h, remis clefs de la maison Houbart 18-20, rue Boulard au capitaine des pompiers de Paris qui désire mettre une de ses machines là. J’ai accepté, c’est une sécurité et une garde à proximité. Été voir mon vieil expéditionnaire le Papa Millet rue Souyn, 13. Il va mieux et m’a demandé du travail, et je n’en suis pas fâché car j’allais être débordé. Passé à Roederer voir la Supérieure des Religieuses de l’Hôtel-Dieu. Causé 1h ensemble de tout et de rien. Elle a comme pensionnaire le fameux Guernier, conseiller municipal, rouge populaire, un poivrot dont le nez rutilant rendrait des points au ruban rouge dont il a été récemment gratifié. Il parait qu’il reviendrait à résipiscence…  religieuse ??! Hum !! Le Diable se faisant ermite ?! Je n’y crois guère de sa part, il aime trop Bacchus !! Néanmoins il a fait son devoir ici, et il l’a payé d’une jambe…  mais la Légion d’Honneur à un type pareil !! Ne retrouvera-t-on pas un de ses jours sa Croix dans un ruisseau le long d’un trottoir, mélangeant son rouge écarlate avec la rutilance de son nez !! Triste.

En rentrant rencontré Camboulive, brigadier de Police, causé ensemble et comme nous parlions pillages, officiers froussards, etc… Il me dit : « Oh ! M. Guédet, autant j’étais cocardier avant la guerre, autant je suis…  je crois…  antimilitariste et surtout anti-galonnard. Je suis honteux de ce que j’ai vu, je vois, et entendu !! »

Il me contait avec colère ce fait que deux officiers avaient demandé à loger chez une brave femme de la rue de Courlancy, et qu’ils avaient exigé que cette malheureuse leur abandonne sa chambre et sa salle à manger sur rue (ouest) pour s’y installer et y coucher, et l’avaient reléguée sur le côté jardin (est) et pourquoi ? Parce que les obus arrivant du côté est, en se logeant du côté ouest sur rue il y aurait au moins 2 murs pour les protéger !! Et la pauvre femme ? Elle ? Peu leur chaut si elle était tuée !!… Et voilà nos officiers.

Rentré chez moi travailler à mes dossiers d’appel (allocations militaires) ayant appris qu’Albert Benoist était à Reims. Je vais en profiter pour solutionner tout cela.

Je suis fatigué, mais nous avons le calme, le grand calme.

Aujourd’hui ma première souscription à l’emprunt 1917 pour la Banque de France. 54 F de rentré contre 1011,85 encaissé. C’est le premier, le Père Pierre Caron, contremaitre chez Albert Benoist, 2, rue Piper, qui m’a bien recommandé de n’en rien dire à ce dernier !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

18 novembre 1917 – Bombardement sur le quartier Dieu-Lumière, à 15 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 18 – + 6°. Brouillard. Visite à Ay ; allocution. Visite à l’Am­bulance du Château de Aiala. Rentré à 4 h. 45, étant parti à 3 h. 30. C’était la Saint-Brice, fête patronale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 novembre

Activité des deux artilleries au nord de Courtecon; nous avons repoussé, en lui infligeant des pertes, un détachement ennemi qui tentait d’aborder nos lignes dans cette région.
Les Anglais ont exécuté une opération avec succès vers Passchendaele. De nouveaux éléments de défense ennemis sur la crête principale, y compris une ferme, fortement organisée, sont tombés aux mains de nos alliés avec un certain nombre de prisonniers.
Les Italiens ont repoussé des détachements austro-allemands, qui, sous la protection de l’artillerie, tentaient de franchir la Piave inférieure. Ils ont anéanti une partie de ces troupes et capturé plusieurs dizaines d’officiers et plusieurs centaines de soldats.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 19 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 19 mars 1917

919ème et 917ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Temps moyen qui tourne à l’aigre ce soir, bise violente et glaciale. La nuit toujours du canon. Canon dans le lointain durant la journée vers Berry au Bac, avions sur lesquels les allemands ont tirés furieusement. Été le matin rue Dieu-Lumière pour la continuation de l’inventaire Gardeux. Personne. Est-ce que Landréat cuve encore son Champagne de samedi. Rentré en musant le long de la rue du Barbâtre, passé chez Chapuis pour un versement à l’Enregistrement. Greffe civil, ensuite rentré chez moi. Courrier, pas de lettre des miens. Après déjeuner signature d’une procuration. Causé avec M. l’abbé Compant, vicaire Général, été me faire couper les cheveux, pris un journal chez Michaud. Nous avons repris Chaulnes, Péronne, Noyon, etc…  Cela va-t-il continuer ? Devant chez Michaud, interpellé un motocycliste qui faisait claquer depuis 1/2 heure son moteur pour nous casser les oreilles. Reçu grossièrement bien entendu, par le voyou qui, comme je redescendais la rue du Cadran St Pierre, n’a trouvé rien de mieux que de me frôler et bousculer en passant près de moi à toute vapeur. Je lui ai allongé un de ces coups de canne dont on garde mémoire longtemps. Le pierrot n’était pas content, mais il a filé devant mon attitude décidée !! Et voilà comme nous sommes arrangés tous les jours par cette clique d’embusqués !! Quand donc serons-nous débarrassés de cette plaie !! Vu Mme Gaube et sa fille gracieuse au possible, causé de Jean et Robert très gentiment. Rentré chez moi. Je vais répondre à une longue lettre de mon ancien clerc Forzy, notaire à Fismes, actuellement capitaine au 289ème d’Infanterie, 4ème Compagnie, secteur 181. Un brave garçon très cocardier et un peu Tartarin.

Je suis fatigué et je sens mes forces m’abandonner par instants. Je suis si las et si découragé. Reçu mot de Bossu mon ami Procureur qui est convaincu que j’aurai mon ruban bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 mars 1917 – Les communiqués et les journaux nous annoncent, depuis deux jours, le recul des Allemands entre l’Avre et l’Oise.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, + 1°. De 8 h. 1/2 à 9 h., bombes sifflantes : 180 de 9 à 10 h. On dit que ce sont des obus sifflants sur Parc Pommery. Sifflements constants. Visite à la Maison des Petites Sœurs des Pauvres. Reçu visite du Colonel de Piré. Prise de Noyon, Crouy, Péronne(1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ces « prises » n’ont aucun caractère de victoire. Nous occupons le terrain volontairement abandonné par la Allemands pour raccourcir leur front et faire d’importantes économies de personnel. Tout ce terrain « reconquis » a été sauvagement détruit, miné, défiguré par l’ennemi qui a coupé tous les arbres, fait sauter les habitations, empoisonné les puits, etc.


Lundi 19 mars

La progression des troupes françaises a continué sur un front de 60 kilomètres, de l’Avre à l’Aisne. Au nord de l’Avre, la cavalerie est entrée dans Nesle. Nos patrouilles, lancées vers la Somme, ont livré des engagements aux arrière-gardes ennemies, qui ont faiblement résisté. Au nord-est de Lassigny, nous avons avancé de 20 kilomètres vers Ham. Plus au sud, notre cavalerie et nos détachements légers ont occupé Noyon.

Entre l’Oise et Soissons, la première ligne allemande, avec Carlepont, Morsain, Nouvron, Vingré est en notre pouvoir. Au nord de Soissons, nous sommes à Crouy.

Nous avons rejeté une attaque à la Pompelle, près de Reims. Canonnade en Champagne, à la butte du Mesnil et à Massiges; violent bombardement de nos positions sur la rive gauche de la Meuse, du bois d’Avocourt au Mort-Homme.

Echec d’une tentative allemande sur la rive droite de la Meuse, aux Chambrettes.

Deux avions ont été abattus par nos canons spéciaux.

M. Milioukof, au nom du gouvernement provisoire, a lancé une circulaire aux agents diplomatiques russes pour préciser les vues du nouveau régime.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 1 novembre 1916

Paul Hess

1er novembre 1916 – Ce jour de la Toussaint, la matinée ayant été calme, nous supposons, ma sœur et moi, pouvoir nous rendre au cimetière du Sud, en partant à 13 heures. Deux voisines de la place Amélie-Doublié se décident à nous accompagner.
Au cours du trajet, nous n’avons pas été sans remarquer les évolutions de deux aéros et lorsqu’après avoir suivi les boulevards Lundy, de la Paix et Gerbert, nous parvenons à hauteur du champ de Grève, nos pièces qui y sont en batterie commencent à tirer. La riposte pouvant ne pas se faire attendre, nous accélérons l’allure pour arriver… dès les premiers sifflements.
Dans ces conditions, nous ne prolongeons pas la visite aux tombes ; elle est très courte, d’autant encore que les 155 de la « Villageoise » se mettent, à leur tour, à tonner. Cette fois, nous n’attendons pas davantage la réponse qui va probablement être faite à notre artillerie, de ce côté également ; nous jugeons prudent de nous replier au plus vite, en biaisant par les rues Féry, Simon et du Ruisselet, pour gagner la rue des Capucins.
Peu après en effet, tandis que nous nous éloignons rapidement, des obus tombent sur le quartier Dieu-Lumière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue-ruisselet


 111

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Toussaint. + 8°. Nuit absolument tranquille. Matinée item. A 2 h. nous partons pour les Vêpres à Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent. A 1 h. deux aéroplanes français, tir des Allemands contre eux. Départ pour Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent ; d’autres aussi pendant l’office. 5 h. quelques obus allemands sifflent, 5 h. 1/2 les canons français tirent des bordées. Mitrailleuses jouent. Bombes dans le jardin de M. le Doyen, me dit-il.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1er novembre

Le calme règne sur l’ensemble du front où l’on ne signale que des luttes d’artillerie intermittentes assez vives dans la région de Sailly et du bois de Saint-Pierre-Vaast. Les troupes russes, dans la direction de Loutsk, ont détruit l’organisation de fils barbelés de l’ennemi ; elles se sont emparées de ses tranchées avancées et s’y sont établies. L’ennemi, qui contre-attaquait, a été repoussé. Au sud de Brzezany, les Austro-Allemands ont lancé une série d’attaques qui ont échoué. Ils ont perdu de nombreux prisonniers. Dans les Carpathes boisées, les éclaireurs russes ont effectué des reconnaissances. Nos alliés ont obtenu un succès sur le front du Caucase et un autre en Perse. Les Roumains dans les Alpes transylvaines, ont surpris les Austro-allemands. Ils ont occupé le mont Rosca. Dans la vallée de Prahova et dans la région de Dragoslavele, ils ont brisé plusieurs attaques. Le combat continue à l’est de la vallée de l’Olt. Dans la vallée du Jiul, la poursuite de l’ennemi est ininterrompue. Le bombardement s’est ralenti à Orsova. Violent combat d’artillerie sur le front italien (val Sugana). M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a donné sa démission pour raison de santé. il a été nommé ministre d’État.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 27 mars 1916

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 27 mars 1916

562ème et 560ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bataille. J’ai cependant dormi. Vent, temps nuageux et froid. Vers 9h des bombes dans les environs, comme mon vieil expéditionnaire M. Millet arrivait. Le temps de descendre quelques papiers et à la…  cave…  Les ouvriers qui refont le mur du jardin sur la rue descendent aussi avec Jacques. Lise est allée faire son marché. Cela m’inquiète, mais dix minutes après voilà Kiki, son toutou qui arrive tout essoufflé, (il n’aime pas cette musique là le brave Kiki, il est toujours descendu le 1er et Lise derrière lui.

Elle nous dit qu’il est tombé des obus au bas de la rue du Jard. Peu après Jacques nous dit que les Déchets, rue du Jard et rue Petit-Roland (rue Paul-Adam depuis 1924), brûlent. La maison au coin de la rue de Venise et de la rue des Capucins, en face de la Chapelle du collège des enfants St Joseph est effondrée par une bombe. Nous esquissons une tentative de remontée au jour vers 10h, mais il faut immédiatement redescendre. Cela tombe dru, de plus on se bat devant Reims. Bref nous remontons définitivement à 11h et je tâche de travailler, je n’y ai guère le cœur ni mon brave papa Millet ! Quelle triste vie. Cet après-dîner je tâcherai de savoir par Jacques ce qu’il y a comme dégâts et malheureusement de victimes, car il doit y en avoir après un arrosage pareil ! J’écris quelques mots à ma chère femme pour la tranquilliser, car le journal « Le Courrier de la Champagne » qu’elle reçoit annonçant chaque fois les bombardements sans indiquer où…  si elle n’avait pas de lettre de moi le lendemain elle s’inquiéterait. Elle a déjà bien assez de tourments, de soucis, de souffrances. Je m’attriste de plus en plus, est-ce mon excès de goutte qui m’affaiblit, mais si je m’écoutais je pleurerais à chaque instant. Je suis à bout de courage, mais…  je dois rester !

6h3/4 soir  Adèle est rentrée et me demande de rester, elle me dit qu’elle a trouvé à caser ses neveux et que du reste son beau-frère ne veut pas qu’elle nous quitte. Elle reste donc. J’aime tout autant cela. Nous sommes habitués à elle, c’est tout dire. Calme cet après-midi. On dit que les vieillards infirmes des Hospices de la Ville viennent d’être évacués. On dit que ce sera aussi notre tour, on dit…  on dit bien des choses…  mais la situation n’en n’est pas moins pénible. Pourvu que tous ces on-dit soient des racontars et que lors de l’avance générale, nous n’ayons pas trop à souffrir et que nous soyons toujours restés là. C’est mon plus grand désir. Car ce serait bien dur de partir après être resté là à souffrir pendant 19 longs mois, pour laisser tout à l’abandon, livré au pillage de nos troupes qui ne s’en font pas faute ! C’est même honteux ! J’espère bien que cette nouvelle épreuve ne me sera pas imposée.

Je viens d’écrire quelques lignes à ce pauvre M. de Granrut qui m’a annoncé par une carte la mort de son fils Louis ce matin. Je comprends bien sa grande douleur. Quel coup pour eux.

Tout cela est loin de me donner des idées gaies et m’attriste énormément. Il est temps que nous soyons délivrés, car je crois vraiment que je tomberai et succomberai. C’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 mars 1916 – Un bombardement serré, sur la ville, commence subitement à 9 heures. A ce moment, je suis au bureau ; les collègues arrivent et nous nous demandons ce que cela signifie, — à propos de quoi Reims doit encaisser aujourd’hui.

Les Boches veulent-ils souligner la réunion de la Conférence des Alliés, à Paris ? Ou bien la reprise d’un petit bois vers Berry-au-Bac, dont on a entendu parler hier, leur est-elle trop sensible ? Un incendie considérable se déclare tout de suite à la Société des déchets ; un homme y est carbonisé. Jusque vers 10 h 1/2, trois cents obus environ, tombent sur les quartiers de la rue du Jard, la rue de Venise, le bas de la rue de Vesle, Dieu-Lumière, etc.

ll y a cinq tués et neuf à dix blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(NB : Le « petit bois près de Berry-au-Bac » dont parle Paul Hess, c’est le « Bois des Buttes » près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, où fut blessé Guillaume Apollinaire le 17 mars 1916.)

Rue de Venise

Rue de Venise


 Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille pour la ville. Coups de canons ou de fusils au loin. + 4. Vers 9 h. violent bombardement sur nos batteries ; bombardement sur la ville. Incendie des Déchets. Deux soldats tués à Dieu-Lumière. Un ouvrier brûlé aux Déchets. 7 civils tués. Visite aux Déchets à M. Renard ; au Bon Pasteur, Petites Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 27 Mars 1916 – Quelle matinée ! A 8 heures et demie les boches ont commencé à bombarder et jusqu’à 11 heures et demie sans arrêt. Leur but, c’était le quartier Dieu Lumière. C’est vrai que les canons de la Berthe nous causent des ennuis. Je suis allée au lait à 11 heures et demie. La route était sillonnée d’éclats, j’ai vu du sang et j’ai appris qu’il y avait eu beaucoup de victimes. Je ne suis plus si crâne. Je t’assure que cela m’impressionne ; plus ça vient et plus les nerfs sont faibles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Dès 8h50, bombardement, toujours les mêmes endroits, rue de Strasbourg, Thionville, Gobelins, Grandval, CxStMarc, Bd Carteret, une blessée Ve Lemel 72 ans, au loin des obus tombent un incendie éclate aux déchets. Les soldats abondent dans la ville. Il fait beau, pas d’aéros. A 10h45 petit carillon. Nos gros pères donnent d’une minute à l’autre. Au Linguet 40 mitrailleuses attendent les Boches. Visite du Caporal mitrailleur Hobary Louis de Bazeilles (cultivateur).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 27 mars

En Argonne, concentration de feux sur les nœuds de communication en arrière du front ennemi. Nous bombardons des convois de ravitaillement au nord d’Apremont. A l’ouest de la Meuse, bombardement entre le bois de Malancourt et nos positions de seconde ligne. Pas d’action d’infanterie. A l’est de la Meuse et en Woëvre, canonnade intermittente. Activité de notre artillerie sur tout l’ensemble du front, notamment dans la région de Grimaucourt, où notre tir a provoqué plusieurs explosions et dans la région de Harville, où nous avons dispersé un important convoi. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre canonnade a déterminé l’explosion d’un dépôt de grenades. Nos pièces a longue portée bombardent la gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel. Activité de notre artillerie dans les Vosges (vallée de la Fecht). Un de nos pilotes a abattu un avion allemand dans la région de Douaumont. Le gouvernement américain a prescrit une enquête minutieuse sur les derniers torpillages et en particulier sur celui du Sussex, qui a fait plus de victimes qu’on ne l’avait cru d’abord: 97. Les Bulgares et les Allemands ont pénétré sur le territoire hellénique. La crise social-démocrate s’accentue encore en Allemagne : 14 députés de la majorité ont quitté la salle des séances du Reichstag pour ne pas voter le budget. La conférence des Alliés s’est réunie au quai d’Orsay sous la présidence de M. Aristide Briand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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