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Mardi 1 septembre 1915

Paul Hess

1 septembre – Du bureau, nous entendons siffler les obus, à 11 heures, et jusqu’à midi, le bombardement continue.

Il reprend à 13 heures. A ce moment, la maison de retraite est atteinte par un obus qui éclate dans une chambre au 2e étage, dans laquelle se trouvaient réunis, après le déjeuner : MM. Leleux et Peudepièce ainsi que Mme Pothé et sœur Philomène. Les deux sont tués sur le coup et Mme Pothé grièvement blessée, sœur Philomène en est quitte avec la très forte commotion reçue.

Le frère de mon beau-père, M. Pierre Simon, qui venait rejoindre les autres pensionnaires, ouvrait la porte de la dite chambre à l’instant de l’explosion. Mais heureusement il n’a ressenti qu’une épouvantable frayeur ; de nombreux éclats du projectile l’ont sérieusement meurtri, lui aussi, aux deux jambes.

– Dans Le Courrier de ce jour, nous lisons que le comman­dant Sableyrolles, officier de la Légion d’Honneur, ancien combat­tant de 1870, a été nommé commandant de l’ensemble des forma­tions de G.V.C. de la région de Reims, en remplacement du com­mandant Magnaud, qui a quitté Reims pour raisons de santé.

Nous avions appris à connaître, à la mairie, le commandant Magnaud qui, avant la guerre avait été surnommé le « bon juge », comme président du tribunal de Château-Thierry, parce que, lors de ses visites à l’hôtel de ville, le poste de garde était toujours alerté. Il n’en fallait pas plus pour éveiller la curiosité du person­nel, qui, chaque fois, vidait en partie les bureaux, au rez-de- chaussée, pour aller voir la « prise d’armes », dans le hall d’entrée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 1er – Nuit tranquille. Matinée item. À 11 h. canonnade française, bombes allemandes. Bombardement violent de 12 h. 1/2 à 1 h. 1/2. Un arbre coupé rue Libergier devant la maison Buy, à peu près. On dit 3 per­sonnes tuées à la Maison de retraite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 1er Septembre 1915. Encore un mois qui commence. C’est un mois maudit pour moi, où je n’ai eu que des malheurs. Si seulement il m’était plus favorable. Déjà on a l’air autour de nous de se préparer pour attaquer. Ce ne sont que travaux sur travaux. La butte Saint Nicaise ne forme plus que des tranchées. Il y en a qui ont peur mais moi je demande du fond du cœur ce grand coup là. Cela me rendra peut-être un peu d’espoir.

J’ai vu une cartomancienne qui m’a dit que j’allais avoir un voyage à faire et que ce serait pour te voir. Je crois que si cela arrivait je serais folle de joie. Aujourd’hui mon Charles je pensais à notre petite fille. Je me dis que je devrais, en reconnaissance de ce que ton parrain a fait pour nous, prendre quelqu’un de chez eux pour être parrain de notre fillette. On prendrait en même temps Paul ou Charlotte ; tout le monde serait content. Je ne sais pas comment faire, vois-tu, de ne pas t’avoir là. Je ne sais plus me diriger.

Je t’aime tant et je voudrais tant te revoir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Mercredi 1er septembre

Violente canonnade sur l’ensemble du front, où nos batteries opèrent efficacement contre les tranchées ennemies.
Ces actions d’artillerie sont particulièrement vives en Belgique (Hetsas), en Artois (Neuville), en Woëvre septentrionale, en forêt d’Apremont et au nord de Flirey.
L’ennemi a lancé encore, sur Arras, quelques obus de gros calibre.
Les Allemands, au front oriental, livrent de violents combats sur les positions à l’ouest de Friedrichstadt, et vers Dwinsk, où les Russes, en plusieurs points, sont passés à l’offensive. Dans l’ensemble, l’armée russe continue à battre en retraite régulièrement couverte par de fortes arrière-gardes. Celles-ci ont arrêté une grande offensive sur le front Proujany-Gorodetz.
Les Italiens ont occupé, après un brillant assaut, la Cima Cista, dans le Val Sugana. Ils ont repoussé, en Carnie, une attaque autrichienne contre le val Piccolo: dans le bassin de Plezzo, ils ont dépassé cette localité, ils ont progressé dans le secteur de Tolmino, et enlevé des tranchées dans le Carso. Leurs avions ont bombardé plusieurs gares et campements.
Un aviateur a détruit le grand hangar de Gand.
Les Italiens qui n’avaient pu encore s’échapper de Turquie sont retenus comme otages.
Le Vorwaerts, journal socialiste de Berlin, dit que l’Allemagne court à une guerre civile.
L’aviateur Pégoud est mort au champ d’
honneur.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 21 juillet 1915

Louis Guédet

Du mercredi 21 juillet 1915 312ème et 310ème jours de bataille et de bombardement au mercredi 4 août 1915 326ème et 324me jours de bataille et de bombardement :

Voyage à Paris et repos auprès de mes chers aimés à St Martin. J’en reviens plus triste, plus endolori, mais plus déterminé à faire mon devoir jusqu’au bout, quoique bien découragé.

Ne sachant que faire que décider pour mon déménagement d’ici. Dois-je le faire et quitter enfin mes Ruines qui m’accablent et m’attristent à chaque jour, à chaque instant. Je ne sais quelle résolution prendre. En avons-nous pour quelques semaines avant d’être délivrés et respirer, ou dois-je envisager un second hivernage…  sur le front ?? Quelle angoisse ? Que faire ? Que décider ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’Éclaireur de l’Est, parlant du bombardement d’hier, dit qu’il a été envoyé en ville, de 500 à 600 obus.

Au cours de la tournée que j’ai l’habitude de faire, en pareil cas, on m’apprend, rue du Cloître, qu’un projectile, le cinquième, est tombé hier chez mon beau-frère P. Simon-Concé ; j’en vois en effet les dégâts dans le vestibule d’entrée du n° 10, où il a éclaté après avoir traversé une fenêtre et le plancher d’un appartement au 1er étage.

Il est tombé un obus, – ce n’est pas le premier non plus – sur la maison 96 rue Ponsardin, appartenant à mon beau-père et habitée, avant la guerre, par M. Gossiôme, commissaire-priseur.

Toute la rue du Barbâtre a été fort éprouvée. La boulangerie Cocain-Courty, au 41 a reçu, elle aussi, un obus, le second, qui y a fait de nouveaux dégâts. En face, la maison de vins de Champagne Quenardel, où est installé un cantonnement du 291e d’Infanterie, a eu son toit entièrement défoncé, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mercredi 21 – Nuit tranquille. Écrit (fait écrire) à la machine la Lettre aux Cardinaux, pour Prière publique n°80.

Visite à M. le Lieutenant-Colonel Colas. Dans l’après-midi, 4 aéroplanes français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

21 rien le 21 le poulain est …(?) vive discussion avec ceux du moulin

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mercredi 21 juillet

Violent bombardement, en Artois, autour de Souchez et de Neuville-Saint-Vaast. Combat à la grenade à proximité du château de Carleul.
Canonnade dans la vallée de l’Aisne. Soissons a été bombardée. Reims a subi le même sort et plusieurs victimes sont tombées, dans la population civile.
Sur les Hauts-de-Meuse, deux attaques allemandes ont été repoussées aux Eparges. Canonnade à Fay-en-Haye et au bois Le Prêtre.
Quatre de nos avions ont jeté en tout quarante-huit obus sur la gare de Challerange, au sud de Vouziers. Six avions ont bombardé la gare de Colmar, atteignant les bâtiments, les voies et les trains. La ville n’a pas été touchée. Nos appareils sont rentrés indemnes; un dirigeable français a lancé 23 obus sur la gare militaire et le dépôt de munitions de Vigneulles-les-Hattonchâtel.
Les Allemands avancent en Courlande, dans le secteur Riga-Chavli. Les Russes ont pris une nouvelle ligne de défense sur la Narew, tout en faisant de brillantes contre-attaques. Ils ont cédé à l’ennemi certains passages entre Wieprz et Bug, et repoussé de furieux assauts à Grabovietz. On calcule que les Austro-Allemands ont maintenant quatorze corps d’armée près de Lublin et disposent de forces beaucoup plus grandes encore dans la Pologne septentriona
le.

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Mardi 15 juin 1915

Paul Hess

Violent bombardement, commencé à 23 heures ; il dure environ une demi-heure. Une centaine d’obus sont envoyés en ville. La cathédrale est touchée plusieurs fois ; sa tour nord est de nouveau fortement ébréchée.

– un quatrième obus a pénétré par la façade, dans une chambre du deuxième étage chez mon beau-frère, P. Simon, rue du Cloître 10 et causé encore des dégâts dans la maison .

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mardi 15 – Nuit tranquille. 10 h matin, aéroplane français. Les Allemands tirent dessus. Les éclats tombent avec bruit sur les toits des maisons Miltat et voisine. 11 h soir, Bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

– le 15 arrivent les cuisines du commandant et du capitaine

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mardi 15 juin

Nous avons repoussé plusieurs attaques contre nos tranchées de la route Aix-Noulette-Souchez. Nous avons de plus consolidé les positions conquises à l’est de Lorette, gagné à droite de ces positions et progressé dans le Labyrinthe. Le feu d’artillerie est ici incessant.
L’ennemi a subi un grave échec au sud d’Hébuterne, où il a pris l’offensive.
Près de la ferme Quennevières, nous avons gagné du terrain et décimé des reconnaissances allemandes.
En Lorraine, notre ligne s’est portée en avant dans la région d’Emberménil et de la forêt de Parroy.
Sur le front oriental, les Allemands renonçant, semble-t-il, à viser la reprise de Lemberg, attaquent à nouveau sur la Bzoura, en Pologne. Von Mackensen a perdu 2o.ooo hommes dans l’affaire de jouravno. Sur le Dniester, à la frontière de Bessarabie, les Russes ont sabré les Autrichiens.
L’armée italienne bombarde Malborghetto, forteresse importante qui domine la voie ferrée de Pontebba au col de Tarvis. Elle a réalisé aussi quelques succès dans le Cadore.
Le gouvernement britannique a demandé 6.250.000.000 de crédits supplémentaires aux Communes.

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Lundi 28 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

28 SEPTEMBRE :

Bonnes nouvelles ce matin. Et de très officielles. Les allemands, qui avaient pris l’offensive générale ont été repoussés sur toute la ligne. On leur a même pris plusieurs canons et un drapeau.

10 heures 1/2 ; Vive fusillade avec mitrailleuses et canon du côté du faubourg de Laon ; les choses ont eu l’allure d’une alerte, d’une excursion teutonne allégrement repoussée par nos armes. Je saurai demain…

Je viens de mettre les pieds dehors ! Mon Dieu, les feuilles tombent ; déjà, elles choient dans la nuit avec un triste frifillis le long des branches et des feuilles encore solides sur leurs attaches.

Effectivement, c’est Octobre demain ; c’est l’automne. L’harmonie des choses est deux fois admirable dans le désordre fabuleux parmi lequel le vieux monde se débat en ce moment… L’Automne doit être grave à Abondance, ô ma chère montagne, mes rochers, les sapins, ma petite maison de bois… !

Encore cet après-midi, des obus sont tombés sur le faubourg Cérès, vers 4 heures. Il y a eu des morts et des blessés.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 28 septembre 1914

17ème et 15ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Près de Reims la nuit a été calme, mais vers 1h du matin on bataillait fort vers le nord, vers Berry-au-Bac m’a-t-il semblé. Ce matin vers les 6h quelques coups de canons jusqu’à maintenant sur notre front Est, mais des coups qui ne semblent pas très près. Que se passe-t-il ? On ne sait, on ne peut le savoir. C’est ce qui est le plus décourageant, le plus déprimant.

11h1/4  Comme je sortais et fermais ma porte pour aller aux nouvelles à l’Hôtel de Ville, M. Émile Charbonneaux passait à bicyclette devant ma porte, il me crie : « Les nouvelles sont très bonnes sur toute la ligne et nous avançons. Reims qui est toujours sur le pivot sera délivré d’ici 1 jour ou 2. » – « Merci ! » lui dis-je, il est exactement 9h1/4.

Je filai à la Mairie, personne, chez Charles Heidsieck, personne, chez le docteur Guelliot, où je voie que l’on nettoie et exécute mes ordres. Je pousse sur le boulevard Lundy, entre chez M. Lorin. Madame Lorin m’annonce que Marcel son fils est ici et qu’il est aux tranchées Holden (aux Nouveaux Anglais), et que Fernand Laval est de passage et qu’il se charge des lettres. Elle me donne du papier et j’écris un mot au crayon pour ma chère femme. Cette lettre sera remise à la Poste à Langres (Haute-Marne).

Je continue ma promenade à travers les ruines du quartier Cérès. M. Soullié, qui regarde les ruines de la Maison Lelarge et Cie me confirme ce que m’a dit M. Émile Charbonneaux. Je rentre pour consigner ces quelques lignes et toujours aussi impressionné des désastres que j’ai vus, et revus déjà 10 fois.

Si nous allions en Prusse, nous devrions non pas détruire leurs monuments, leurs musées, leurs œuvres d’Art comme ils savent si bien le faire, mais les leurs enlever, choisir celles qui nous conviendraient pour remplacer ce qu’ils ont brûlé, bombardé, et le reste le vendre aux enchères aux milliardaires américains et employer le produit à restaurer nos monuments et nos maisons.

Pour mon compte je réclamerais les vitraux de notre Cathédrale, enlevés et vendus sur l’ordre du chanoine Godinot, et qui ornent maintenant soit la Cathédrale de Mayence, de Cologne, d’Aix-la-Chapelle ou de Nuremberg, je ne sais au juste laquelle, et ces vitraux viendraient reprendre leur place d’origine qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

5h soir  Journée calme. Toutefois le canon recommence à tonner un peu. Les nouvelles sont rassurantes, et je crois que l’on peut espérer voir bientôt la fin de nos misères, c’est-à-dire l’éloignement de l’ennemi. Quel soulagement ce sera.

Hier, je ne puis m’empêcher de noter cela, quand M. Charles Heidsieck et moi étions à causer avec Maurice Mareschal devant la clinique Mencière, ce dernier, chaque fois qu’il entendait un coup de canon rapproché ne pouvait s’empêcher de nous dire : « Mais vous n’entendez pas, on tire sur nous ! » Nous de sourire et de lui répondre : « Mais non ! mais non ! c’est loin cela !! » Il n’était qu’à moitié convaincu ! Cela m’a amusé il y a quelques jours de voir un officier s’inquiéter du canon quand nous, simples pékins, nous n’y prêtions aucune attention…  Tellement il est vrai qu’on s’habitue à tout ! C’était la première fois qu’il l’entendait, tandis que nous connaissions ce cantique et bien d’autres depuis 25 jours.

8h05 soir  Nous n’avons pas eu de bombardement de la journée, à moins que ce soir ?? !!

A 7h1/2 vient de commencer une canonnade et une fusillade intense, semblables aux plus fortes que j’ai entendues depuis 15 jours ! Remonté dans ma chambre. Je regarde, toutes lumières éteintes, vers le fracas de la lutte. Le combat a lieu dans le prolongement de la rue de Talleyrand, vers le nord. C’est donc vers le faubourg de Laon, La Neuvillette, la ferme Pierquin, le Champ d’aviation. Les éclairs de la canonnade fulgurent à l’horizon comme pendant un orage des plus violents. C’est un roulement continu.

8h12  Cela se ralentit. La fusillade continue, crépite mais semble s’éloigner, il y a 10 minutes elle paraissait si près !! Le canon tonne, mais ce n’est plus le roulement, le tonnerre, la grêle de tout à l’heure. A peine une demi-heure de combat mais quel affect les allemands ont du faire pour arriver à se faire fusiller, canonner de si près. Ils me paraissent lutter en désespérés, du reste cela me confirme ce que l’on m’avait dit hier d’un radiotélégramme intercepté qui ordonnait à toutes les forces allemandes de vaincre ou de mourir ! Attaque générale sur toute la ligne…

On se bat furieusement vers La Neuvillette, Bétheny, à Nogent et à Brimont. Les bruits des combats sont trop rapprochés de Reims…  Berru et Nogent se taisent.

Mais quelle journée calme aujourd’hui ! pas de bombardement, pas de sifflement d’obus au-dessus de nos têtes. On pouvait aller et venir sans entendre siffler ces fifres de la Mort. On vivait au calme. Et, faut-il l’avouer ?…  il me manquait quelque chose…  le bruit du canon !!

Pardonnez-moi ! mais je commençais à m’y habituer ! Il est vrai qu’en ce moment ils ont l’air de se rattraper, mais combien peu. Le canon se meurt en ce moment, par contre (il est 8h25), la mousqueterie fait rage. Ils veulent des corps à corps, mais nos troupes ne les craignent pas, et vraiment ils luttent en désespérés ! en fous !

Allons ! Messieurs les Prussiens ! Bon voyage et je vous donne rendez-vous à Berlin ! cette fois !!…  Le Dieu de la Justice, Saint Michel, l’archange de France, est devant vous avec son épée justicière…  Il est temps que vous expiez vos crimes, vos massacres, vos incendies, vos vandalismes. Finis Germanicae !! il le faut !! ou ce serait la Fin du Monde !!

8h35  Voilà nos grosses pièces qui se mêlent à la…  conversation !! On distingue du reste très facilement les détonations de nos pièces d’avec celles des allemands, ainsi que le sifflement des obus, leur éclatement et leur fumée. Le coup de nos pièces est sec, net, franc ! Le leur est lourd, sourd. De même l’éclatement, le sifflement du nôtre est comme celui d’une pièce d’artifice plutôt aigu, celui des allemand plus frou-sourd, quant à la fumée, la nôtre est blanche, légère. La leur noire jaunâtre, on croirait la fumée d’une locomotive, d’une cheminée d’usine pendant qu’on la recharge. C’est sale ! noirâtre !! jaunâtre !!

8h50  La fusillade cesse, par contre notre artillerie a l’air d’y aller de bon cœur, c’est une large éolienne continue produite par nos obus qui chantent, qui chantent à plaisir.

Une colonne d’artillerie et leurs caissons arrive du Théâtre et tourne vers la rue de l’Étape et la place Drouet d’Erlon.

C’est une vraie bataille, mais plus un coup de fusil.

Le combat s’éloigne…  Attention à la contre-attaque, mais le canon allemand ne me parait pas très causeur, très fourni. C’est nous qui tenons…  le crachoir en ce moment, et j’espère bien que cela continuera…

Une auto. Vraiment, çà chauffe vers le faubourg de Laon.

Ces animaux-là (les Prussiens) vont-ils me laisser dormir tranquille ? si cela ne m’intéressait pas : oui ! Je me coucherais et dormirais sans plus m’inquiéter de leur tapage, mais j’aimerais voir !

9h10  Toujours rien du côté de Berru et de Nogent !! Cela parait se ralentir. Allons nous coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous sortons au cours de la matinée, mon fils Jean et moi et, tandis que nous sommes dehors, nous allons jusque dans le champ de Grève où nous voyons toujours en position, à gauche de l’avenue de la Suippe et un peu en contre-bas, deux batteries d’artillerie dont les pièces – des 75 – sont dissimulées avec des branchages. Pour le moment, elles ne tirent pas ; les hommes se divertissent entre eux

Notre attention est attirée, de loin, par une quantité d terrassiers, occupés à creuser des tranchées dans un champ longeant le haut de la rue de Sillery. A distance, nous voyons un grand nombre d’animaux étalés l’un auprès de l’autre, sur le talus limitant les propriétés où avait lieu, en juillet, le concours international de gymnastique. Nous nous approchons et nous pouvons compter soixante chevaux et un bœuf, dont on prépare l’enfouissement.

Ces animaux ont tous été tués par les obus, en ville, ces jours derniers.

Partout où l’ennemi avait repéré de la troupe, on avait eu, dans Reims, à côté des dégâts effrayants du bombardement et de l’incendie, de tristes visions de champ de bataille. C’est ainsi qu’en dehors des nombreux cadavres d’animaux restés sur les boulevards de la Paix et Gerbert, aperçus le 20, au petit jour, j’avais vu, le 21 en allant annoncer notre malheur chez mon beau-frère Montier, un groupe de sept à huit chevaux morts, rue Duquenelle, après en avoir vu déjà rue Lesage.

L’administration municipale avait dû aviser rapidement et un organisme, spécialement mis sur pied, fonctionnait pour l’enlèvement de ces cadavres d’animaux, sous la surveillance de M. Lepage Julien, inspecteur au Bureau d’Hygiène. Son important service provisoire était à l’œuvre, ce matin, en cet endroit.

– L’après-midi s’annonçant calme, nous croyons pouvoir profiter du beau temps, vers 16 h, pour faire une promenade en deux groupes devant se rejoindre chez ma belle-sœur, Mlle Simon-Concé, rue du Cloître. Toute la famille s’y est à peine rencontrée, que les obus recommencent à pleuvoir et nous obligent à renter précipitamment rue du Jard.

– Le soir, une violente canonnade, entendue de tout près, nous contraint à retarder l’heure du coucher.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Un cheval mort, place Godinot

Un cheval mort, place Godinot


Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente et pas très rapprochée ; matinée assez tranquille. Après-midi, comme le matin. On parle de bombes lancées sur la ville, quartier Saint André, et Petit Séminaire. Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption ; aux Pères Jésuites et aux Petites sœurs des Pauvres, au Collège St Joseph, visite aux Chanoines rue Libergier. Vive canonnade et à 8 heures mais pas très longue. Coucher au sous-sol. Nuit assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

La journée a été assez calme bien que l’on ait entendu le canon sans arrêt. Vers le soir on met en batterie les grosses pièces vers Saint Brice. A sept heures ¾ du soir nos troupes se livrent à une attaque dans les parages de Courey à la Neuvillette. Les mitrailleuses et les fusils crépitent pendant environ une heure ½ dans les environs de chez mon père, puis s’éloignent soutenus par les canons. Le combat dure toute la nuit et au petit jour on entend encore les canons. Nos troupes on repris leur position.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Je quitte Sacy à 7H du matin, après avoir fait mes adieux aux 2 familles Perardel qui vont partir dans l’inconnu, et à celles qui, sans homme, pour les guider, décident de rester encore dans les environs de Reims.

Au moment de la séparation, l’émotion me gagne, et c’est sans mot dire, mais le cœur saignant et les yeux pleins de larmes que s’échangent les dernières effusions.

A peine rentré, j’accueille le Capitaine de Marcel et son Maréchal des logis Chef venus en ravitaillement ; on me donne l’assurance qu’à la première sortie mon cher fils sera du voyage.

Dans la nuit du 28 au 29, la bataille s’engage avec une violence extrême, les Allemands s’obstinant à essayer de rentrer en ville. On ne dort pas, le bruit des mitrailleuses et des fusils se faisant entendre de trop près pour qu’il soit possible de reposer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Mardi 28 septembre

La situation ne s’est guère modifiée, au nord d’Arras, où l’ennemi ne réagit que peu contre les positions nouvelles occupées par nos troupes. Nous avons fait 1500 prisonniers.
Le chiffre des prisonniers capturés par les Anglais dans le secteur au sud de la Bassée est de 2600.
En Champagne, la lutte continue. Nous sommes devant le front de seconde ligne allemand jalonné par la cote 185, à l’ouest de Navarrin, la butte de Souain, la cote 193, le village de Tahure.
Le nombre des canons de campagne et d’artillerie lourde pris à l’ennemi est de 80, dont 23 enlevés par l’armée britannique.
Une offensive allemande en Argonne, à la Fille-Morte, a été quatre fois enrayée. Nos adversaires ont subi de très lourdes pertes.
Des avions alliés ont bombardé Bruges.
Les Russes ont livré toute une série de combats au cours desquels ils ont fait de nombreux prisonniers. Leur offensive se poursuit en Galicie et dans la région de Pinsk. Ils ont reconquis depuis quinze jours environ 110 kilomètres.Le roi de Grèce s’est mis d’accord avec son premier ministre M. Venizelos, sur la politique à suivre vis-à-vis de la Bulgarie.
La Roumanie a pris des précautions sur sa frontière du sud.

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Lundi 17 août 1914

Paul Hess

P. Simon-Concé, mon beau-frère, que je n’ai pas rencontré la veille à son hôpital, passe le soir à la maison et nous dit avoir été réveillé, au cours de la nuit précédente, pour recevoir 16 blessés de l’affaire de Dinant ; ce sont des hommes des 33e et 148e d’infanterie.

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé 
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Lundi 17 août

Continuation de nos succès dans la vallée des Vosges. Les Allemands se replient en grand désordre vers Strasbourg, laissant entre nos mains une quantité énorme de matériel.

En Lorraine et en Alsace nos troupes ont dépassé en moyenne de 10 à 20 km la ligne frontière.
Dans l’adriatique, la flotte franco-anglaise par l’amiral Boué de Lapeyrère, a coulé un croiseur austro-hongrois devant Antivari.
Les Serbes ont repoussé victorieusement les Autrichiens, à Chabatz, sur la Save. Ils ont pris quatorze canons.

On confirme la nouvelle que le Kronprinz a été grièvement blessé. Est-ce à la suite d’un attentat ? Est-ce sur le champ de bataille ?
La Turquie désarme les croiseurs allemands.

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Dimanche 16 août 1914

Paul Hess

…La curiosité me pousse à profiter de la liberté de ce dimanche pour connaître l’aménagement de l’Hôpital militaire installé à la clinique du Dr Lardennois (angle de la rue Coquebert et de la rue de Savoye) où mon beau-frère, P. Simon-Concé, est gestionnaire. Dans cet établissement sont soignés actuellement 17 malades ; il ne s’y trouve pas encore de blessés quoique Reims, où il existe plusieurs hôpitaux temporaires de territoire et de nombreux hôpitaux auxiliaires, en reçoive journellement.

A ce propos, il est à noter que le drapeau de la Croix-Rouge flotte à l’École ménagère, place Belle-Tour, à la Bourse du Travail, boulevard de la Paix, au Lycée de garçons, rue de l’Université, à l’École des Arts, rue du Barbâtre et à la Communauté de l’Enfant-Jésus un peu plus loin ; on le voit encore à l’ancien lycée de jeunes-filles, également rue de l’Université, sur les différentes cliniques et sur nombre d’autres établissements divers ou maisons particulières. (Albert Duchenoy est planton – civil en raison de son jeune âge – à la clinique Lardennois ; de même, mon fils Lucien est de service continuellement à l’Hôpital auxiliaire installé à l’angle de la rue des Trois-Raisinets et de la rue de Mâcon, dans l’immeuble à la disposition des religieux franciscains).

Au soir, passant par la gare, je vois transporter quelques blessés sur des brancards, à la descente d’un train et, en m’en revenant, je m’arrête sur la place de l’hôtel de ville, pour essayer de lire le communiqué; l’affluence est telle, devant la dépêche, que les gens qui se pressent ne peuvent pas en prendre connaissance. La teneur de ce communiqué est donnée par un concitoyen placé au premier rang, qui a la bonne idée de le lire à haute et intelligible voix, pour tous. Il y est dit que l’on envisage l’imminence d’une action considérable, susceptible de se développer sur un front de 400 kilomètres, de Bâle à Maëstrich. Cette dépêche recommande la confiance ; cependant, elle me semble préparer en quelque sorte l’opinion, pour le cas où, sur un point ou un autre, il surviendrait un revers. Mon impression, en retournant à la maison, sans avoir écouté les conversations animées, est que la grande bataille dont on parle comme pouvant durer une huitaine de jours est déjà commencée – et je rentre tout rêveur.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé 

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Juliette Breyer

Encore une semaine de passée. J’ai reçu une lettre de toi. Tu penses si je me suis pressée d’acheter le journal tous les jours. On nous y annonce des victoires, tant mieux.

A Reims la troupe commence à arriver. A la ferme Demaison, il y en a beaucoup. Ils se fournissent chez nous pour le vin et la bière. Mme Millet, rue de Nogent, avait été leur faire ses offres mais elle leur a vendu trop cher et le chef leur a défendu d’y aller.

Il y a aussi des soldats avec les autos qui sont sur le boulevard depuis chez maman jusque route de Cernay. Ils viennent beaucoup chez nous. Il y a entre autre un gros épicier de Paris avec un camarade qui m’a demandé si je voulais leur faire le café matin et soir. Il  m’a donné quelques renseignements sur le commerce. D’abord sur les pâtes Rivoire il y a un bon tiers à gagner et il m’a dit qu’il avait commencé sans un sou et qu’aujourd’hui il avait « amassé ». Aussitôt la guerre, il se mettra en correspondance avec toi.  Et tu sais, de tous ceux qui viennent, jamais un soldat ne m’a manqué de respect. L’inspecteur comme je t’ai dit sur les lettres vient tous les deux jours. Il s’intéresse à tout et il est très gentil.

Tiens, M. Sauviron est venu, croyant te voir encore pour te faire ses adieux. Il ne va pas au feu. Il a de la chance. Il s’est marié la semaine dernière avec Mlle Bocquillon.

Enfin, encore une semaine … Bons baisers mon Charles et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 16 août

Le ministère de la Guerre communique d’intéressants détails sur nos succès de la veille. Nos forces de Lorraine ont battu le corps d’armée bavarois en plaine d’abord, sur les hauteurs ensuite et les pertes de l’ennemi sont déclarées très sérieuses. Nos blessés se sont montrés admirables.
Nouvelle avance de ce côté : nous poussons jusqu’à Lorquin, à quelques kilomètres de Sarrebourg.
Dans le massif du Donon, qui vient d’être occupé et qui est la dernière sommité des Vosges vers le nord, très importante par sa situation. Plus bas, nous occupons encore Sainte-Marie-aux-Mines et St-Blaise, dans la vallée de la Bruche.
On annonce un grand combat à Dinant, sur la Meuse, entre Namur et Givet, nos troupes y ont eu l’avantage sur les Allemands. Notre cavalerie a fait merveille et a rejeté l’ennemi avec grosses pertes sur la rive droite de la Meuse.
On confirme des succès des croiseurs anglais sur la côte de l’Afrique orientale allemande.
Le généralissime britannique French, qui était venu passer quelques heures à Paris, où il s’est entretenu avec le Président de la République et avec les ministres, est repartie au début de la matinée. On n’indique pas la direction qu’il a prise.
Le Japon a lancé un ultimatum à l’Allemagne. C’est la guerre immédiate dans les mers de Chine.

 

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