• Tag Archives: M. Mennesson-Dupont

Samedi 2 février 1918

Louis Guédet

Samedi 2 février 1918

1240ème et 1238ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La Chandeleur !! Que de charmants souvenirs d’enfance pour moi. On fêtait naguère ce jour chez moi, on assistait à la messe et l’on rapportait son cierge bénit. Tout cela est passé. Cela me semble d’une telle fraîcheur. On ne reverra jamais plus cela avec cette époque d’incroyance et d’indifférence. La Chandeleur !! souvenirs de ma première jeunesse. Adieu ! Je suis sous les bombes par ce soleil magnifique. Il fait froid.

Rien de saillant depuis hier soir, calme relatif. Ce soir je paie mon pari avec Beauvais, dans le « Condreux-club » à L’Homme d’osier, 72 rue de Vesle, où se réunit ce singulier petit clan…  de purs ! et où se décident bien des rubans. Lenoir et Guichard y seront avec les habitués, Happillon, Dor, lieutenant Migny, Condreux le propriétaire de céans, Beauvais.

Demain je déjeune chez Houlon qui est heureux, à ne pas décevoir de la certitude de son ruban.

On doit prendre des Hospices quelques uns de mes cartons d’archives à mettre en consigne à la Gare d’Épernay d’où je les ferai suivre avec moi mercredi. Pourvu que le service de l’Évacuation de Migny me prenne le reste !! À la Grâce de Dieu !

Temps magnifique ! Trop beau ! Hélas ! car par ce soleil radieux, gare les bombes, etc…  etc… Pour nous, pauvres Rémois, nous préférons la pluie, les temps maussades. Nous sommes moins bombardés.

5h soir  Rien de nouveau. Avions, bombardement après-midi par salves. Lettre de ma chère femme souffrant toujours de douleurs, la malheureuse. J’organise mon départ pour le 6. J’ai hâte de partir. Ce soir, réunion avec Beauvais, Condreux. Demain je noterai ce qu’il en est et aura été.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 février 1918 – L’Eclaireur de l’Est donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui a eu lieu le 30 janvier.

A cette réunion, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, dans le local actuel de la mairie, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints ; Chezel, Demaison, Charles Heid- sieck, Gustave Houlon, Jallade, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont.

Dans l’ordre du jour, figurait l’examen du compte administratif communal de l’exercice 1916. Le rapporteur était M. Demaison.

Le journal dit :

Mennesson-Dupont qui préside à ce moment la séance, fait part au maire de l’approbation de ce compte par le conseil et rend hommage au zèle et à la compétence du maire et de ses adjoints, ainsi qu’au dévouement du personnel resté fidèle à son poste.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 février – Purification. – 2°. Beau temps. Visite du Colonel Coignard du 108e, et du Docteur du régiment. Après-midi rendu visite. Visite à M. Houlon. Visite du Capitaine de Beaumont de Brie ? Breton, connaissant les Colbert, les Chabot, les La Bretèche, les De Nonas (?). Avions, tir contre eux. 5 bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 février

Nos détachements on réussi divers coups de main dans la région de Nieuport et au nord-ouest de Reims. Nous avons fait des prisonniers et ramené une mitrailleuse.
Dans la région nord-est de Flirey, un fort parti ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes a été dispersé par nos feux.
Les Anglais ont brisé sur leur front, une tentative de coup de main effectuée par l’ennemi, à l’ouest d’Arleux-en-Gohelle. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande vers Lens et Gouzeaucourt.
Sur le front italien, après de nombreuses et vaines tentatives pour enlever à nos alliés les gains obtenus dans la région de Sasso Rosso, l’ennemi a commencé une action plus intense sur le mont Val Bella.
Les assaillants, par un feu de barrage foudroyant et rapide, ont été obligés de se replier sur leurs positions de départ avant d’avoir pu prendre contact avec la ligne italienne.
Tirs d’artillerie sur le reste du front. Echec d’un groupe autrichien dans le val Giudicarie.
Activité de patrouilles entre Posina et l’Astico.
L’ennemi a jeté des bombes sur Bassano où l’on signale quelques blessés.
Le bilan rectifié du raid des gothas sur Paris est de quarante-neuf morts et deux cent sept blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

Share Button

Jeudi 11 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 11 mai 1916

607ème et 605ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps couvert mais beau. Réglé la situation de la pauvre Lise qui ne veut toujours pas comprendre qu’elle est Lorraine annexée et non allemande, elle répond invariablement : « Je suis Prusse ! » On ne peut la sortir de là. En tout cas je l’ai sortie du guêpier où elle s’était mise par son ignorance, son entêtement et sa…  bêtise. La voilà en règle comme étrangère. Cet après-midi levée de scellés et descriptions de mobiliers de pensionnaires décédés à la Maison de Retraite. J’en ai saisi 6 avec inventaire du mobilier, moi, mes 2 greffiers et Jonval, tout ce monde-là a travaillé ferme. Il ne me reste plus que 3 descriptions et une levée de scellés. J’espère en avoir fini avant quinze jours. Voilà ma journée. Je suis très fatigué. Vu au Commissariat central ce matin notre député Camille Lenoir. Il était venu à cause de la visite de Malvy, ministre de l’Intérieur (Louis Malvy, 1875-1949) qui venait s’entendre avec notre…

Absence du feuillet 321, le feuillet 322 se résume en un morceau de feuillet d’une dizaine de lignes recopiées ci-après par Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mai 1916 – Le Courrier de la Champagne donne le compte-rendu d’une importante réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier mardi, sous la présidence du Dr Langlet, maire.

Jamais, dit-il, nos conseillers ne furent si nombreux depuis les hostilités. Assistaient à la séance : MM. Bataille, Em. Charbonneaux, Chezel, Chevrier, de Bruignac, Demaison, Drancourt, Gougelet, Guernier, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, Jallade, Lapchin, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Tixier.

Et pour la première fois, depuis 21 mois, le public a pu s’in­téresser aux débats.

Après avoir mentionné quelques dons à la ville annoncés par M. le maire et donné l’énumération des pensions de retraite liqui­dées par le Conseil, le journal dit :

Enfin, arrive le clou de la séance.

M. le maire ayant exposé la situation déficitaire des budgets de 1914, 1915 et 1916 de la ville, qui se traduisent par six millions pour les deux premiers et quatre millions pré­vus pour celui actuel, informe ses collègues que de ses démar­ches auprès du ministère, il résulte que le gouvernement ac­cepte de participer pour moitié dans le déficit de l’année pré­sente, mais que pour les pertes passées, il ne peut intervenir davantage qu’il ne l’a fait par ses diverses subventions, se montant à 2 196 000 F jusqu’ici.

Et une lettre qui arrive, comme par hasard, à ce mo­ment, annonce qu’une dernière subvention de 500 000 F sera accordée pour solde, si une délibération municipale accepte cette solution.

Comme la ville a besoin d’un fonds de roulement et comme certaines dettes deviennent impérieuses, M. le maire propose au Conseil d’émettre un emprunt de deux millions, au taux de 5,73 %, que la Société des prévoyants de l’avenir s’en­gage à souscrire sous certaines conditions.

M. Rohart s’élève, avec sa vigueur accoutumée, contre l’abandon par l’Etat de ses devoirs dans la circonstance : il n’accepte pour le moment aucun emprunt municipal et de­mande que ce refus soit notifié à l’Etat pour lui rappeler son rôle impartial. Il ne faut pas, dit-il, qu’il y ait deux France, l’une qui souffre, qui pleure et qui brûle, l’autre qui travaille au ravitaillement, aux munitions et qui s’enrichit.

MM. Mennesson-Dupont, G. Houlon et Jallade appuient énergiquement la thèse de M. Rohart.

Le vote de l’emprunt proposé serait une acceptation de la décharge de l’Etat et créerait un grave précédent de son irres­ponsabilité pour les dommages financiers et autres préjudices causés par la guerre. Si une pareille soumission était acceptée, Reims, qui a tenu tête depuis vingt et un mois au bombarde­ment quotidien en maintenant sa vie municipale ne serait plus la plus courageuse des villes martyres, ce serait la plus grande des villes sacrifiées.

MM. Drancourt et de Bruignac essaient d’adoucir la dis­cussion en arguant que le trésor municipal a besoin d’argent, que des réserves peuvent être faites, qui seront transmises au gouvernement pour lui exposer l’état d’esprit du conseil. Celui- ci estime qu’une fois l’opération faite, les discussions n’auront pas de point d’appui, et M. le maire propose une suspension de séance pendant laquelle les idées sont échangées.

Finalement, à la reprise de la séance, la motion suivante est votée, dans laquelle il n’est plus question d’emprunt :

Le Conseil municipal de Reims,

Considérant que les déficits constatés dans les budgets de communes victimes de leur situation sur la ligne de feu doi­vent être supportés par l’ensemble de la nation, au même titre que toutes les autres dépenses inhérentes à la guerre, ne peut accepter les sommes proposées par l’Etat que comme à-compte sur le paiement complet de ces déficits.

Passe à l’ordre du jour…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

857_001


Cardinal Luçon

Jeudi 11 mai – Obsèques du Cardinal Sevin. Discours à table. Visite de Ch. Givelet (de Courcy) et de M. Veith et de M. le Curé de Cernay lès Reims, réfugié à Lyon

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 mai

Entre Oise et Aisne, un coup de main sur une de nos tranchées de Moulin-sous-Touvent a complètement échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos positions aux abords de la cote 287. L’attaque a été complètement repoussée, nous avons fait des prisonniers. Une action offensive menée par nos troupes sur les pentes ouest du Mort-Homme nous a permis d’occuper quelques éléments d’une tranchée allemande. Nous avons fait 62 prisonniers et pris des mitrailleuses.
En Haute-Alsace, une reconnaissance ennemi qui tentait d’enlever un de nos petits postes près de Hirzbach, au sud d’Altlkirch, a été repoussée avec des pertes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Un sous-marin français a coulé dans l’Adriatique un transport autrichien chargé de matériel.
L’Allemagne a reconnu que le Sussex avait été torpillé par un sous-marin. Le capitaine du sous-marin a été puni.
On annonce qu’à la suite des troubles de ces derniers jours, causé par la cherté des vivres, le ministre de l’Intérieur, M. Delbruck a démissionné à Berlin. Certains journaux disent tout simplement que M. Delbruck se retire pour raison de santé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 18 février 1916

Louis Guédet

Vendredi 18 février 1916

524ème et 522ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit calme. Journée de même, mais triste, sombre, froide et glaciale. Pluie, vent, de vraie journée de glace. Triste et lugubre et Dieu sait combien avec la tristesse, le morne et le lugubre de la ville. Aussi ai-je eu une après-midi plus que pénible à passer. J’ai souffert !!!…  Je ne puis le dire ni l’exprimer. C’était de l’angoisse…  et je ne sais pourquoi ! mais que c’est pénible…  et quelle vie misérable. J’avais beau m’acharner au travail, malgré moi je pleurais, en songeant à ma femme, à mes enfants. Non, c’est trop, et je crois vraiment que je tomberai.

Ce matin audience de conseil de famille, de conciliations, etc…  En ce moment j’ai une coterie d’agents d’affaires véreux qui veulent absolument me berner. Je suis décidé à les briser pour m’en débarrasser une fois pour toutes. C’est odieux, honteux. C’est la coalition pour ne pas payer ses loyers coûte que coûte et certains gagnent plus que jamais ils n’ont gagné avant la Guerre. Bref il faut que je brise cet obstacle et je vais voir le Président pour qu’il abonde dans mon sens, et ce ne sera que juste et en même temps le monde sera averti qu’il y a encore des juges à Reims pour condamner les gens de mauvaise foi. Leur idée : Employer tous les moyens pour ne pas payer jusqu’à la fin de la Guerre et au juge auquel nous dirons que nous ne devons rien !…  Et le tour sera joué. Tout une bande est organisée dans ce sens et même en va presque jusqu’à me faire sentir qu’on me le fera…  payer. Ils se trompent à mon endroit s’ils croient ainsi me faire reculer, ce sera tout le contraire.

Absence des feuillets 295 à 297.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 février 1916Le Courrier donne le compte-rendu de la réunion du Conseil municipal, qui s’est tenue le mercredi 16, à 15 h. sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle étaient présente : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Drancourt, Houlon Gustave, Jallade, Lapchin, Pierre Lelarge, Mennesson-Dupont.

Nous y lisons ceci :

…M. le maire donne lecture des divers chapitres de recettes et de dépenses du budget communal proposé pour 1916. Par suite de l’état actuel de notre ville, quelques-uns de ces articles ne figurent que pour ordre. On conçoit que le résultat présente un déficit considérable, soit .-

— Total des recettes

ordinaires et extraordinaires 1 066 272,06 F
— Total des dépenses
ordinaires et extraordinaires 5 061 258, 40 F

Déficit prévu 3 974 896,34 F

pour lequel des pourparlers avec l’Etat permettent d ’escompter qu’une partie sera prise en charge par lui.

M. Demaison demande des félicitations pour le personnel du Service des eaux qui, par son zèle et son dévouement, a pu assurer une distribution constante malgré le danger.

Le Conseil adopte.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Nuit tranquille sauf gros coups de canon ou bombes au loin. Vers midi lourde canonnade au loin. Visite du Colonel cantonné à Chamfleury, parent de Mgr Soubiranne, marié avec la nièce de Mgr, sœur de M. Louis Soubiranne, mort il y a un an ou 2, à 52 ans, – M. Do mort il y a trois ans à 60 ans.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

896_001


Vendredi 18 février

Tirs de destruction en Belgique sur les organisations allemandes vers Steenstraete et en face de Boesinghe.
En Artois, aux abords de la route de Lille, l’ennemi a fait exploser une mine dont nous avons occupé l’entonnoir.
Entre Soissons et Reims, nous avons canonné des troupes en mouvement vers Condé-sur-Aisne et bombardé des ouvrages au nord de Soissons. L’activité d’artillerie est, en général, plus faible.
L’artillerie belge a pris sous son feu une colonne d’infanterie à Schoore.
Le président de la République et le tsar ont échangé des télégrammes à propos de la prise d’Erzeroum.
Les combats sont moins violents sur le front russe, de la Courlande à la Galicie.
Le général Sarrail a prescrit un raid d’avions de représailles au-dessus des campements bulgares de Stroumitza-ville, qui ont été bombardés.
La chambre grecque a entendu un débat passionné au sujet de l’intervention italienne dans les Balkans.
Les pro-germains ont fait sauter le club américain de Toronto (Canada).
Tout est remis en question à propos de la politique navale entre l’Allemagne et les États-Unis, et l’opinion dans l’Union se montre plus ferme que jamais à l’encontre de l’empire germanique.

Share Button

Mardi 13 décembre 1915

Massige

Louis Guédet

Lundi 13 décembre 1915

457ème et 455ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rentré hier soir de Paris fort fatigué. Aujourd’hui très occupé par courrier en retard, repris une vie monotone. Vu à Paris nombre de personnes toutes fort affectueuses. Réunion de l’Académie de Reims vendredi 10, nous étions 11. Demaison président, Jadart secrétaire général, Docteur Pol Gosset secrétaire, Guédet trésorier, Krafft, Docteur Guelliot, Henrot, Mennesson-Dupont, Docteur Bagneris, Chavalliaud, Eugène Gosset au Pavillon de Marsan. (La réunion a eu lieu dans ce pavillon situé à l’Union centrale des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli à Paris, le vendredi 10 décembre1915, à partir de 2 heures et demie).

Mon rapport a été chaleureusement applaudi. Cela m’a émotionné, le succès m’émeut toujours !!… (Voir le livret « Travaux de l’Académie de Reims, Annexe année 1914-1915.  Séance tenue à Paris le 10 décembre 1915, imprimée en 1916 par Léon Michaud, libraire de l’Académie et Monce et Cie, imprimeurs de l’Académie ».)

A peine rentré, il me faut songer à mon voyage à St Martin pour Noël et le nouvel an ! Ensuite il me faudra songer à un voyage à Bâle et Genève pour des valeurs, et puis encore être au sacre de Mgr Landrieux à Dijon !!…  Avec tout cela ma vie est toujours fort triste et découragée…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 13 – Nuit tranquille. 11 h. 1/2 du matin, coups de canons français. Visite à l’ambulance Sainte-Geneviève et à l’ambulance Mencière. Quel­ques gros coups de canons l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume

Lundi 13 décembre

En Belgique, activité de nos canons de tranchées, qui ont imposé silence aux lance-bombes de l’ennemi.
Trois hydravions allemands ont tenté de couler un cargo-boat britannique, qui s’était échoué près de la côte belge. Des avions alliés les ont mis en fuite, pendant que des torpilleurs français renflouaient le cargo.
Canonnade en Champagne dans le secteur de Massiges. Nous avons bombardé les tranchées allemandes dans le secteur de la cote 193.
Canonnade aussi dans les Vosges, où la tempête de neige gêne les opérations.
Seize aéroplanes anglais ont bombardé un dépôt d’approvisionnement allemand à Miraumont; tous sont rentrés.
Les troupes britanniques ont pénétré dans les tranchées allemandes à Neuve-Chapelle.

Nos troupes ont continué leur mouvement de repli sur le Vardar et dans la région du lac Doiran : elles ont repoussé plusieurs fois l’ennemi.
Les corps grecs auraient reçu l’ordre de se retirer devant les Bulgares, dans le cas où ceux-ci passeraient la frontière.
Les commissions du Reichstag discutent âprement la question des vivres sans arriver à se mettre d’accord.
L’Autriche et la Bulgarie réclament respectivement la possession de Monastir.

Share Button

Mardi 30 mars 1915

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne du 26 mars, nous trouvons le compte-rendu d’une séance du conseil municipal, suivi de quelques détails complémentaires dans le journal du 27 :

Conseil municipal

Le conseil municipal s’est réuni avant-hier soir, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire.

Étaient présents : MM. Em. Charboneaux, de Bruignac, Perot, Bataille, Drancourt, Guernier, Gustave houlon, P. Lelarge, Jallade, Chezel, Rohart et Gougelet. MM. Lemaison, Ch. Heidsieck et Mennesson-Dupont s’étaient fait excuser.

Après avoir examiné et liquidé les pensions des veuves de quelques employés municipaux tués au feu ou à Reims, le conseil examine la situation des ouvriers et employés qui ont quitté leur poste au moment de l’invasion.

Sur le rapport de M. P. Lelarge et après une très longue discussion à laquelle prennent part MM. Langlet, Jallade, Rohard, Guernier, Chezel, le conseil décide que, d’une façon générale, ces ouvriers et employés, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient, seront mis en disponibilité. Ils pourront, le cas échéant, être réembauchés, mais dans les emplois qui se trouveront vacants à ce moment et sans qu’il soit tenu compte, pour fixer leurs appointements, qu’il auront passé auparavant au service de la mairie.

Communication avait été faire au conseil de la liste des employés municipaux tués à l’ennemi ou pendant leur service à Reims. Ce sont : MM. Villain Achille, géomètre au service de la voirie ; Brenon, agent de la sûreté ; Demitra-Beuvelet, cantonnier-terrassier ; Ferry, employé du Mont-de-piété ; Lasseron, conservateur du cimetière du Nord ; Caron E., cantonnier-terrassier ; Renaudin, chef de brigade paveur ; Lonoir, gardien du musée.

Le conseil décide en outre de « mettre en sommeil » (l’expression est du Dr Langlet), le théâtre, la musique municipale, l’école de musique, c’est-à-dire d’en supprimer les budgets.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille pour la ville, sauf coups de canons, fusillades.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mardi 30 Mars 1915.

Ce matin en me réveillant je suis allée rue de Beine, mais rien de nouveau. J’ai enlevé ma garniture de cheminée. Cet après-midi je suis revenue chez ton parrain et là une lettre m’attendait, du soldat Henri Lande. Il me disait comme les autres que tu avais été blessé et sans doute soigné par les Allemands. Il ajoutait que c’était un jeune homme de Crugny qui le lui avait dit et il ajoutait qu’il me remerciait beaucoup pour la petite pièce que j’avais ajoutée à sa lettre. Dix sous de timbres, ce n’est pas une affaire. Pauvre diable.

Mon coco, bonne nuit et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 30 mai

Dans la région au nord d’Arras, la nuit du 28 au 29 avait été marquée par une lutte d’artillerie très violente, l’ennemi ayant spécialement bombardé les pentes de Lorette. Au jour, nous repoussons d’abord une attaque sur Ablain-Saint-Nazaire, puis nous prenons l’offensive et enlevons les dernières maisons de ce village encore occupées par nos adversaires. C’était une affaire très chaude, au cours de laquelle nous anéantissions et mettions en fuite trois compagnies. A Neuville-Saint-Vaast, de même, nous conquérions un nouveau groupe de maisons. Près de Thiescourt, aux abords de Lassigny, nous avons abattu un aviatik, qui a pris feu en tombant en avant de nos lignes. Les Italiens, par leur feu d’artillerie, ont endommagé plusieurs forts autrichiens du côté du col de Torsala. Ils ont enlevé la ville d’Ala, à la frontière du Tyrol, entre Vérone et Trente, continué leur pénétration en Carniole et en Frioul. Ils ont capturé un hydravion autrichien. M. de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours d’une extrême violence au Reichstag, discours dirigé surtout contre l’Italie. L’Allemagne a remis sa réponse à la note américaine au sujet du Lusitania. Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Éthiopie. Les marins du Léon-Gambetta, internés en Italie et libérés par cette puissance, vont rentrer en France. L’armée russe, maîtresse de Van, a occupé aussi Ourmia, en Arménie. 

 

Share Button

Vendredi 12 février 1915

Abbé Rémi Thinot

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La journée d’hier s’est passée en canonnades de notre part. Aujourd’hui, les détonations de l’artillerie m’ont éveillé brusquement à 7 h, après une bonne nuit, ce qui devient rare.

Le Courrier donne le compte-rendu succinct d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle assistaient : MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac, Bataille, Drancout, Perot, Guernier, Gve Houlon, Jallade, Chezel, Gougelent, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Demaison.

Entre autres choses, le Conseil a décidé, sur le rapport de M. Mennesson-Dupont, que les veuves et orphelins des employés et travailleurs municipaux, toucheront la moitié des traitement ou salaire de ces employés et travailleurs tués au feu ou par suite du bombardement ; et sur la proposition de M. Guernier, il est ajouté au rapport que les veuves ou orphelins des ouvrier s, même employés temporairement, jouiront de la même faveur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps.

Le matin, 7 h 1/2, coups de canons de gros calibre. Envoyé réponse à Cantorbéry. Écrit à Mgr Touchet, Évêque d’Orléans (Recueil, p. 31)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12/2 – vendredi.

Il neige très fort et dès 7 h du matin une très violente canonnade se fait entendre de notre part à Reims et ses abords. A 8 h, un peu de repos. Une centaine de bombes sur les 2e et 4e cantons. Dégâts matériels, pas de victimes. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 12 Février 1915.

Ton parrain est revenu. Je suis allée le voir à son bureau et sa première parole a été de me dire : « Vous ne resterez pas ici. Vous reviendrez à la maison. Vous prendrez André avec vous, et voilà tout ».

Il est bon ton parrain, un vrai cœur d’or. Mais je ne sais ; de savoir que je prendrai André, j’ai peur.

Tout mon cœur à toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Nicaise1


vendredi 12 février

Les Allemands bombardent Nieuport, sans grand résultat, tandis que notre artillerie leur répond efficacement. L’ennemi, dans le Nord, fait sortir des avions qui opèrent sans effet aucun au-dessus de nos lignes. Il attaque vainement, en Champagne, nos positions près de Mesnil-les-Hurlus: il envoie une brigade contre l’ouvrage Marie-Thérèse dans l’Argonne, mais cette brigade est décimée par le feu de notre artillerie et de notre infanterie et laisse de très nombreux cadavres sur le terrain.
L’affaire qui s’était engagée au Ban-de-Sapt(Vosges) s’est terminée à notre avantage, nos troupes ayant finalement repris ce qu’elles avaient d’abord perdu. Au nord du col de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons enlevé une tranchée.
Le conclave des jésuites a élu général le père Ledochowski, Polonais germanisant, dont le frère est un général autrichien. Il remplace un Allemand, le père Wernz.
Les États-Unis ont envoyé une note à l’Angleterre pour faire des observations sur l’emploi par la marine marchande britannique, du pavillon neutre. Ils ont envoyé une autre note à l’Allemagne en disant que l’attaque d’un navire américain par un sous-marin allemand pourrait entrainer de graves complications.
M. Asquith, Premier Ministre du Royaume-Uni, déclare aux Communes qu’il étudie l’application de mesures plus sévères contre le commerce allemand, l’ennemi violent systématiquement toutes les lois de la guerre.
Le ministre de Bulgarie à Rome, M.Risof, prétend que le cabinet de Sofia, en contractant un emprunt à Berlin et à Vienne, n’a nullement aliéné sa liberté politique.

 

Share Button

Vendredi 5 février 1915

Paul Hess

Hier, le bombardement a sévi toute la journée, après une nuit calme.

Depuis ce matin, les obus tombent encore de tous côtés ; il en est qui vont éclater dans la direction de Bezannes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_6cc85c_bezannes

Cardinal Luçon

Vendredi 5 – Nuit tranquille. Gros coups de canons français.

Messe à 7 h 1/2, Chapelle du Couchant pour 1er vendredi du mois. Allocution?

Visite de MM. de Brimont, de Bruignac, Mennesson.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

5/2 – Vendredi – Beau temps.

Dès le matin, nos grosses pièces font rage. Les maisons tremblent. Bombardement dans tous les 4 cantons. La nuit fut un peu calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 5 février

Combat d’artillerie dans la région de Nieuport. Attaque allemande repoussée à Notre-Dame-de-Lorette; tranchées enlevées par nos troupes à l’ouest de la route Arras-Lille; blockhaus ennemis détruits dans la région d’Albert et du Quesnoy-en-Santerre; combat d’artillerie sur l’Aisne, où nous dispersons des rassemblements ennemis; succès d’avant-postes pour nous en Woëvre et sur la Seille; attaque allemande refoulée en Haute-Alsace (Uffholtz).
M. Roosevelt publie une brochure aussi intéressante que catégorique, où il montre que les États-Unis devraient se joindre aux alliés, à raison des violations du droit international commises par les Allemands.
Les ministres des Finances de la Triple Entente : MM. Ribot, Bark et Lloyd George se sont mis d’accord sur une série de questions économiques et financières qui intéressent les trois pays.
Les Turcs ont subi un échec grave en voulant franchir le canal de Suez. Ils ont été arrêtés par les troupes anglo-égyptiennes.

 

Share Button

Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


ob_1554c6_treve-noel-soldats

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

Share Button

Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Samedi 17 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 OCTOBRE – samedi –

Rien de particulier. Journée calme – on nettoie les rues et on se prépare à faire circuler de nouveau les tramways ; on relève les fils, on approprie les rails… mais les lendemains ?…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Le Courrier donne ainsi aujourd’hui, le compte-rendu d’une séance du Conseil municipal qui a eu lieu le mardi 13 octobre courant :

Conseil municipal de Reims

Le Conseil Municipal a tenu séance mardi après-midi, sous la présidence de M. Le Dr Langlet, maire.

Tous les conseillers municipaux non mobilisés étaient présents, sauf MM. Chappe, Lesourd, Tixier et Lecat, non excusés.

En ouvrant la séance, M. le Dr. Langlet a rappelé les circonstances dans lesquelles son collaborateur, M. le Dr Jacquin avait trouvé la mort, et fait son éloge.

Le Conseil décide que le discours prononcé par M. le Maire, sur la tombe du Dr Jacquin, sera inséré en tête du procès-verbal de la séance du jour.

M. Rohart, se faisant l’interprète de tous ses collègues, félicite M. le maire de sa courageuse attitude pendant les pénibles moments que nous traversons. Il dit que la cité tout entière est fière d’avoir un homme d’un courage si digne et si magnifique.

M. le Dr Langlet répond en ces termes :

« Tous ceux qui sont ici à mes côtés, dit-il, ont fait simplement leur devoir. La période la plus difficile n’est peut-être as encore passée. Nous resterons debout à notre poste. On a parlé d’évacuation de la ville. Nul ici ne nous fera l’injure de croire que nous y avons songé, ne fût-ce qu’un instant. C’est d’abord une opération impossible, ensuite, nous devons rester à la disposition de la population, celle indigente surtout, que nous devons aider et secourir. Nous ne faillirons pas à notre devoir » (Marques d’assentiments unanimes).

Le Conseil vote ensuite plusieurs crédits :

  1. 500000 F en surplus de celui de 300000 F déjà voté, pour secours aux familles des soldats sous les drapeaux ;

  2. 600000 F pour les dépenses d’approvisionnement de la ville ;

  3. 20000 F pour dépenses diverses occasionnées par la guerre

  4. 30000 F pour réparation des vitres aux établissements communaux.

Le Conseil nomme ensuite une commission pour la répartition d’une somme de 500000 F allouée par l’État pour secours immédiats aux victimes et sinistrés du bombardement.?

Font partie de cette commission : MM. Langlet, Chezel, Jallade, Rohart, Drancourt, Lelarge, Ch. Heidsieck, Bataille et Mennesson-Dupont.

M. Ch. Jallade dépose une motion tendant à l’envoi d’une adresse de respectueuses condoléances à la famille de M. le Comte Albert de Mun, pour la perte douloureuse qu’elle vient d’éprouver en la personne du grand orateur, défenseur passionné de laPatrie.

M. le maire répond qu’il a renvoyé à M. Bertrand de Mun, dès qu’il eut appris la mort de son vénéré père, les regrets attristés de la municipalité et des membres du conseil. (approation unanimes).

La séance a pris fin à 4 heures.

– Le pillage sévit couramment dans Reims ; il y a des plaintes tous les jours. Voici ce que dit le journal :

Le pillage. Des plaintes continuent à être portées contre des individus inconnus, qui dévalisent les maisons momentanément abandonnées, à la suite des derniers bombardements.

La police et la gendarmerie font d’actives recherches pour découvrir les coupables, qui seront punis très rigoureusement.

– Nous voyons, aujourd’hui encore, un long article du « lecteur assidu » du Courrier, à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis.

– La journée a été calme ; on a entendu la fusillade, au cours de la nuit.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente, peu violente.

Cérémonie de réparation en union avec Montmartre et prédication à S. Geneviève, pour la fête de la B. Marguerite Marie. Des hommes peu accoutumés à venir à l’église y assistent, même un (ou plusieurs) du conseil municipal qui après la cérémonie s’approche de moi et me dit ses impressions sur les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

17 et 18 : Se passent dans l’habituel branle-bas, mais sans incident notable.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

 

Samedi 17 octobre

Les forces franco-anglo-belges, pour déjouer le mouvement d’enveloppement que von Kluck avait esquissé dans le nord de la France et à la frontière belge, du côté de Dunkerque et de Furnes, ont occupé tout le territoire compris entre Ypres et la mer.
Plus bas, refoulant l’ennemi avec vigueur, nous avons occupé Laventie, à l’est d’Estaires (région de la Lys), dans la direction de Lille.
Enfin, les attaques des Allemands sur les Hauts-de-Meuse ont été une fois de plus brisées. Leur échec a été surtout significatif à Malancourt.
Les Russes ont infligé une première défaite aux troupes allemandes, d’ailleurs très nombreuses qui se sont avancées sur la Vistule, vers Varsovie et Ivangorod. Quant au bombardement de Przemysl, il n’a pas cessé un seul instant, en dépit des nouvelles fausses que les T. S. F. Marconi lancés chaque soir des stations allemandes ont essayé d’accréditer dans le monde.
Les Serbo-Monténégrins annoncent qu’ils ont mis en déroute 150.000 Autrichiens aux approches de Sarajevo.
Le croiseur anglais Hawke, de 7.300 tonnes et de 420 hommes d’équipage – une unité lancée en 1889 – a été coulé par le sous-marin allemand 49, dans la mer du Nord.
M. di San Giuliano, ministre des Affaires étrangères d’Italie, est mort des suites de la crise cardiaque qui l’étreignait depuis plusieurs jours. M.Salandra, président du Conseil, a gardé l’intérim de ce ministère qu’il avait déjà pris depuis plusieurs jours. On parle d’un remaniement dans le cabinet italien.
Le Goeben et le Breslau, les croiseurs allemands qui s’étaient réfugiés à Constantinople au début des hostilités, ont réellement pénétré dans la mer Noire. La flotte russe s’est portée à leur rencontre. Il est possible que de ce côté des événements se produisent à bref délai.
Le nombre des réfugiés belges en Angleterre est de plus en plus considérable. Il ne serait pas inférieur à 200.000.
M. de Jagow, ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, a donné une interview au Giornale d’Italia. Il essaie de faire peser sur la Russie les responsabilités de la guerre. Mais la presse italienne réfute ces arguments avec vigueur.
Share Button

Dimanche 11 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 OCTOBRE – dimanche –

6 heures matin ; Pour sonner le révei1, un joli coup de canon. La journée va être splendide encore ; les quelques nuées humides d’hier sont chassées.

Anvers est aux mains des allemands. Alors ! Où vont aller les armées et les batteries qui l’assiégeaient ? Vers nous, probablement ; nous sommes loin de la fin.

3 heures 10 ; Dans la tour nord de la cathédrale … Mais, c’est affreux ! C’est la cathédrale qui est visée encore.. ! En voici un certain nombre, car le bombardement continue, qui éclatent immédiatement au-dessus, sinon dessus. Je ne puis me hasarder en ce moment, mais allons-nous recommencer à vivre les horreurs des 17, 18 et 19 Septembre ? Encore ! Apparemment, c’est toutes les 2 minutes.

8 heures soir ; De mes observations, il résulte qu’à 3 heures moins 1/4, un obus de gros calibre est tombé sur la cathédrale. Il a démoli, au chevet vers le nord, une partie importante de la galerie de pierres, une chimère et une gargouille… C’est là un des dégâts les plus importants qui aient été causés à la cathédrale.

Il y a des victimes cet après-midi. Un obus devant le Palais de Justice a fait deux morts et quelques blesses Et dire que beaucoup de gens se croyaient tranquilles après deux Jours de silence des allemands !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Hier soir, après une journée de bombardement, nous avions entendu, vers 22 h, une violente canonnade avec fusillade. Ce matin, à 5 h ½, c’es le roulement effrayant des départs de nos 120 qui nous a réveillés. L’ampleur du son de ces détonations ne ressemble en rien aux claquements de 75. On pourrait comparer le bruit de ces dernières pièces, au déchirement sec produit par l’arrivée soudaine de la foudre, au cours d’un orage, et celui occasionné parles autres avec le grondement de tonnerre précédant la décharge électrique.

– Hier, nous avons vu dans Le Courrier, l’appel suivant, s’adressant aux catholiques rémois :

Appel aux catholiques rémois. L’épreuve se prolonge pour notre ville de Reims. Beaucoup de familles sont déjà frappées dans leurs membres et dans leurs intérêts ; toutes ont passé par de cruelles angoisses, les dangers présents et l’inquiétude du lendemain.

La ville aussi est atteinte au vif, dans les souvenirs de son passé, dans ses fondations religieuses et communales, dans ses richesses artistiques, dans son industrie.

Il convient que la population catholique demeurée nombreuse, réveillée parla douleur, se tourne vers DIEU, maître des événements, trop souvent offensé ou délaissé, et le prie avec instance de ne pas prolonge la peine déjà lourde pour nos épaules.

De toutes nos forces, demandons à Saint-Remi et à Jeanne d’Arc d’intercéder pour notre cité, pour sa prompte délivrance et pour le salut de notre Patrie.

J. de Bruignac, A. Benoist, H. Bataille, Ch. Demaison, Ch. Heidsieck, Gve Houlon, L. Mennesson-Dupont, H. Abelé, Pol Charbonneaux, R. Dargent, Félix Michel

– dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons d’abord ceci, en caractères gras :

Les ravages du bombardement. D’après de nouvelles instructions de l’autorité militaire, défense nous est faite de continuer cette rubrique.

Nous exprimons donc aux personnes qui nous avaient adressé des renseignements à y insérer, le regret de ne pouvoir leur donner satisfaction.

Les journaux ne nous donnaient déjà pas beaucoup d’indications sur les événements malheureux accablant notre pauvre ville de Reims. Désormais, nous ne serons probablement plus informés de rien ; l’autorité militaire en a décidé ainsi. Cela m’incite à continuer de prendre mes notes, à les tenir exactement au courant et à observer.

– Le journal parle ensuite du cours des denrées :

Sur les marchés. Le marché du samedi était assez bien approvisionné ; voici lecoursmoyen des denrées :

Pommes de erre longues, de 0.25 à 0.30 le kilo ; oignons 0.30 à 0.35 ke kilo, échalotes, 0.40 le kilo ; haricots, 0.25 le ½ kilo, beurre, de 2 F à 2.40 le kilo ; maroilles, de .50 à 1.60 la pièce.

Le lapin et la volaille, peu abondante, – prix variable.

À la criée municipale, le bœuf est vendu de 1.60 à 2.0 le kilo.

– Enfin, sous la rubrique « Dans Reims », nous lisons encore :

Depuis que le CBR a repris le service sur Fismes et Dormans, le nombre de nos concitoyens qui en ont profité pour évacuer notre ville, se chiffre par près de 6000.

Des trains supplémentaires durent être formés dans les premiers jours où ce service fut organisé, tant l’affluence était grande.

Depuis les trains réguliers seuls fonctionnent.

– Et faisant suite à l’information précédente, ce qui suit :

Dans les rues et les avenues pouvant être fréquentées sans danger, on ne peut guère poser les pieds sans écraser du verre pilé.

N’y aurait-il pas moyen de remédier à un tel état de choses.

En effet, depuis six semaines, les trottoirs de la plupart des rues passagères sont littéralement couverts de verre cassé provenant des glaces des devantures, ou des très nombreuses vitres brisées par le choc d’éclats ou la violence des déplacements d’air, produits lors des explosions d’obus.

– L’autorité militaire a fait insérer cet avis :

Avis de l’autorité militaire. Les habitants sont invités à recueillir les objets d’armement, équipement et harnachement trouvés sur les champs de bataille et à les remettre aux commandants d’Étapes d’Ay, Épernay, Oiry et Chalons.

Ils recevront immédiatement une prime s’élevant à : ·

  • 10 f pour un fusil ·

  • 8 f pour une selle, ·

  • 6 f pour une bride complète, ·

  • 3 f pour un licol, ·

  • 3 f pour un havre-sac, ·

  • 2 f pour un ceinturon, ·

  • 2 f pour une baïonnette avec fourreau, ·

  • 1 f pour une baïonnette sans fourreau, ·

  • 0.50 f pour une cartouchière,

ces objets étant en état suffisant pour être utilisés.

Au cas où d’autres objets seraient présentés, il serait attribué aux porteurs, une prime proportionnelle à leur valeur, d’après les bases du tarif ci-dessus.

Par contre, tout particulier qui sera trouvé possesseur d’objets appartenant à l’armée au-delà d’un délai de quinzaine, après le départ des commandants d’étapes de champ de bataille, sera passible de poursuites pour vol et recel.

Ceux qui, passé ce délai, découvriraient des objets abandonnés, devraient les déposer immédiatement à la mairie la plus voisine.

– Un lecteur du journal lui a adressé une nouvelle lettre, « à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis ».

– Dans l’Eclaireur de ce jour, nous trouvons un nouvel appel de la Croix-Rouge, ou de son président ; le voici :

La Croix-Rouge française. Société française de secours aux blessés militaires.

Les membres de la commission exécutive, ainsi que le personnel des hôpitaux (médecins, pharmaciens, administrateurs, comptables, infirmières et brancardiers) demeurés à ce jour à Reims et susceptibles de continuer leurs fonctions, sont instamment priés de se faire inscrire rue de Vesle 18, à la permanence, dans la matinée de neuf à onze heures.

Le président : M. Fabre

– Le même journal publie plus loin ceci :

Les « on-dit ». Parmi les « on-dit » qui circulent suivant la fantaisie des uns et des autres, il en est un qu’il nous est permis de démentir officiellement, c’est celui qui vise l’évacuation de la ville, qui n’a d’ailleurs jamais été envisagée par la municipalité.

– Dans les derniers numéros de L’Éclaireur, nous avons trouvé des en-têtes en lettres énormes, pour annoncer :

Le 5 octobre : « La situation est généralement favorable. Notre aile gauche a repoussé un violent effort de l’ennemi. L’armée du Kroprinz a été de nouveau refoulée. »

Le 7 octobre : « …La grande victoire russe sur les allemands. »

Le 8 octobre : « Situation de plus en plus favorable. Les Allemands tentent un mouvement débordant sur notre aile gauche. Nous continuons à gagner du terrain sur Soissons et Berry-au-Bac. »

Le 11 octobre : « La bataille se poursuit à notre avantage, etc. Les Russes et les Serbes continuent à avancer. »

et tout ceci est simplement la reproduction d’extraits du communiqué, dont les journaux, ainsi que leurs lecteurs doivent se contenter.

Comme nous nous souvenons trop bien que « l’informateur de Reims » nous apprenait déjà, en gros caractères, le 1er septembre : « Les Français continuent de supporter le choc des Allemands et leurs infligent des pertes considérables, » alors que les éclaireurs ennemis entraient dans Reims, le surlendemain, nous ne pouvons véritablement pas nous emballer, aussi, préférons-nous attendre pour nous réjouir.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Pas de bombes. Canonnade presque continue des Français. Nuit, pas de bombes sur la ville. Violente canonnade de temps en temps. Prise d’Anvers par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Ce dimanche, en sortant de la grand’messe de St Jacques, Mme Henri Bertrand me présente ses condoléances émues et me dit avoir entendu parler depuis 3 semaines déjà du décès d’André ; elle n’en avait parlé à personne, craignant de se faire l’écho du fausse nouvelle, et c’est seulement à l’église qu’elle y a cru réellement en voyant mon accablement.

Son mari est en bonne santé, mais c’est à peine si elle peut me le dire, tant l’impressionne l’infortune de Marie-Thérèse.

Au déjeuner de midi, nous avons Mme Jacquesson qui vient d’apprendre l’hospitalisation de son fils à St Brieuc : à Dammartin, il a reçu une balle qui, traversant la cuisse gauche, s’est arrêtée dans la droite sans occasionner de fracture.

Il n’a pas beaucoup souffert de sa blessure, et escompte un prompt rétablissement.
– M. Cohen, du petit Paris, m’apprend la mort de son fils, ainsi que celle de Robert Denoncin ; lui aussi connaissait avant moi celle d’André, c’est pour quoi la crainte de me rencontrer l’éloignait depuis quelques temps de la maison.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

183_001

Dimanche 11 octobre

Les Allemands sont entrés dans Anvers, dont quelques forts tiennent encore, mais l’armée belge est sortie de la ville avant l’occupation, et la victoire de l’ennemi s’en trouve d’autant diminuée.
Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c’est là un succès pour nous, eu présence de la violence des attaques germaniques. Autour de Lille, à la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent. Une grande action se déploie au nord, au sud et à l’est d’Arras; nous avons progressé au nord de l’Oise et prés de Saint-Mihiel.
Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essayaient de se défendre à la frontière de la Prusse orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d’Augustovo.
Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d’été, à l’âge de soixante-quinze ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique européenne, car deux partis se heurtaient à Bucarest : un parti populaire, soutenu par l’opinion politique et qui réclamait l’entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente; un parti de cour qui se groupait autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.
Le gouvernement italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d’État, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l’état-major réclamant de grosses dépenses. Il se pourrait que le ministre des Affaires étrangères, M di San Giuliano, rentrât dans la vie privée.

 

Share Button