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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 28 mars 1917

Louis Guédet

Au mercredi 28 mars 1917 928ème et 926ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nous sommes tout de même partis à 8h avec une voiture de la Cie, par un soleil splendide. A partir de Montchenot, route au pas jusqu’à Épernay à cause de l’artillerie de toute sorte que nous avons côtoyée et croisée (crapouillots, 75, 105, 150, 370, tracteurs et autres), à Épernay, déjeuné au buffet, et ensuite attendu le train. 2 – 3 passent, combles ! enfin le 4ème nous est permis, c’est celui qui aurait dû passer à Épernay à 10h ! Il était 4h1/2 du soir !! Une brouette qui nous dépose enfin à Paris à 8h1/2. Plus de voitures, métro heureusement.

Le lendemain dimanche, messe à St Sulpice, et à Passy 22 boulevard Flandrin, chez M. et Mme Boulingre (Paul Boulingre (1868-1921) et son épouse Laure Minelle (1866-1929), leur fille Suzanne épousera en 1923 Robert Guédet), où je trouve tout mon monde : Mme Minelle et Pierre et Jacques Simon. (J’avais rencontré à la gare d’Épernay Maurice Simon qui rentrait à Aÿ où il est son cantonnement). Causé toute la matinée, déjeuné chez Narcisse Thomas où je trouve son fils, lieutenant au 36ème d’Infanterie mitrailleur. D’après ce que celui-ci me dit il doit revenir vers Reims fin avril pour le grand coup. Nous verrons…  Du reste il doit me prévenir. Dîné le soir avec Mt Jolivet qui m’apprend que (rayé) quand on lui (rayé) ?? Enfin il y a (rayé) qui arrive (rayé)! Vu cet après-midi de dimanche 100, rue des Martyrs, Madame Lorquin-Gillot, une vieille cliente, retour du Thurel (Aisne), où elle avait été surprise par l’Invasion allemande. Tout ce qu’elle m’a dit confirme tout ce qu’on a pu écrire sur les agissements des allemands : pillages organisés, sévérité, dureté, sévices, menaces, fusillades, etc…

Elle me disait des choses assez surprenantes que je me réserve de communiquer au Procureur de la République…  sur la mentalité de ces allemands, notamment :

On a affiché dès les premiers jours de l’occupation, et à titre permanent aux 4 coins du village, (elle en sait quelque chose, puisqu’on l’a obligé à coller en remplacement une de ces affiches) cet avertissement : « Le droit de propriété n’existe plus dans les régions envahies !! »

Dans une de ses conversations avec la « Kommandantur » et un médecin supérieur : « Vous serez enfin gouvernés, et vous serez heureux d’être avec nous et sous notre gouvernement du reste. » – « Nous avons besoin de vous pour exploiter et mettre en pratique ce que votre intelligence de latins découvre, crée et imagine ! »

Toujours la même chanson. C’est comme un « leitmotive » incrusté dans ces cervelles de brutes teutonnes ! Ils parlaient de la même façon durant l’occupation de Reims, nous en avions les oreilles battues et rabattues !…

Lundi passé la matinée en courses, rendez-vous avec les Simon, après-midi déjeuné chez les Boulingre-Minelle. Où j’apprends (rayé), mais le (rayé). Vu ensuite Mme Mareschal (née Jeanne Cousin (1873-1929)) que j’avais déjà vu la veille à l’Hôtel avec son fils René et les Paul Cousin. Le soir, dîné chez les Français. Manqué une correspondance nord-sud de la rue St Didier 30, Boissière à Pantin, filé à Raspail, et à pied parcouru tout le boulevard pour rentrer à l’Hôtel, 49, boulevard Raspail, fourbu (Hôtel Lutetia). Le lendemain matin levé à 5h, parti au train de 6h55. Retard, bref, manqué la correspondance du C.B.R. à Dormans de 20 minutes. L’autorité militaire ayant décidé de ne pas attendre le 1er train de Paris, et de faire partir le train de 11h49 sur Pargny-Reims à peu près vide. Enfin, après démarches de ma part pour les Rémois en panne auprès de nos Dieux Militaires, on daigne faire un train bis qui nous amène à Pargny à 7h1/2 soir. Pas de voiture, si une seule où nous nous encaquons à 7 !! A chaque instant j’avais la sensation que notre guimbarde allait crever et nous semer sur la route. Enfin j’arrive moulu, rompu, fourbu à 8h3/4 du soir. Trouvé un monceau de lettres, ouvertes avant de me coucher…

Ce matin déblayé, répondu à la majeure partie. Reçu lettre de mon pauvre enfant Robert qui était il y a quelques jours au Mesnil-sur-Oger où il me réclamait. Je joue de malheur avec cet enfant, je ne puis le voir avant son départ au front. Jean m’écrit aussi, et il compte sortir dans les 150 premiers…  de Fontainebleau. Il est 6ème de sa brigade sur 30. Le verrai-je avant son départ au front qui aura lieu milieu avril ?? Après-midi première séance de Commission d’appel d’allocations militaires de l’arrondissement, avec M. Benoist, M. Georget étant souffrant ?…  du bombardement ??…  à Paris !!! Jamais M. Benoist n’avait vu autant de monde ! 30 intéressés, déblayés facilement les premiers et ensuite les 40 dossiers restant. J’ai la main forte. Çà va bien…  et çà ira. J’ai pris le dessus de suite. Albert Benoist était surpris de ma maîtrise et de ma mise…  au point…  me voilà à jour avec ces affaires, çà va bien. Bref, peu de travail et surtout moins de séances. Une tous les mois devrait suffire…  Demain matin je mettrai au point ces dossiers qui seront remis à la Sous-Préfecture le soir même.

Demain Réquisitions militaires à 2h1/2. Madame Lorquin me disait qu’elle n’avait pas mangé de viande depuis 16 mois, et que la première côtelette que sa sœur Mme Gentil lui avait servie lui avait semblée délicieuse… !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1917 – Journée fortement mouvementée.

Dans la matinée, des obus tombent encore à la Haubette. Deux soldats y sont tués, ainsi qu’un charretier et son cheval, chez M. Fievet. Ce malheureux charretier procédait au chargement de trois stères de bois pour lesquels j’avais eu à délivrer un bon de livraison, la veille, à son patron, M. H. rue Carnot.

Le troisième canton, surtout, est cruellement éprouvé ce jour ; la rue Goïot, ses alentours, les environs de la brasserie Veith offrent, paraît-il, un spectacle lamentable. L’asile de nuit est en partie détruit. Il est tombé plusieurs centaines d’obus de ce côté de la ville.

— Le soir, en revenant du bureau, place Amélie-Doublié, je puis compter, tout en montant la rue Lesage, cinq saucisses bo­ches, encore occupées à observer.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La brasserie Veith


Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Nuit bruyante entre les deux artilleries, mais non sur la ville. 0°. Beau soleil, vent nord. Matinée aéroplane : tir contre eux. Duel assez actif entre batteries ; bombes sifflantes sur les nôtres. Des éclats nom­breux sont tombés dans le jardin ; j’en ai entendu un siffler à mes oreilles et tomber dans le jardin (obus autrichiens éclatant dans l’air, fusant (1)), très violent bombardement dans l’après-midi. Brasserie Veith détruite, Asile de nuit dévasté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Mortier autrichien de 305 mm Skoda

Mercredi 28 mars

Entre Somme et Oise, l’artillerie ennemie violemment contrebattue par la nôtre a bombardé nos positions sur le front Roupy-Essigny-Benay. Toutes les tentatives d’attaques des Allemands ont été arrêtées net par nos feux.

Au sud de l’Oise, nos troupes ont poursuivi leur progression. Elles ont d’abord enlevé au cours d’une brillante opération Coucy-le-Château, puis toute la basse forêt de Coucy, ainsi que les villages de Petit-Parisis, de Verneuil, de Coucy-la-Ville ont été occupés par elles. Nos éléments avancés ont atteint, en quelques points, les lisières ouest de la forêt de Saint-Gobain et la haute forêt de Coucy. Nos pertes ont été légères dans l’ensemble.

Au nord de Soissons, nous avons enlevé une ferme au nord-ouest de Margival, puis réalisé des progrès au delà de Neuville-sur-Margival et de Leuilly.

En Argonne, nous avons réussi deux coups de main dans les secteurs du Four-de-Paris et de Bolante.

Canonnade violente sur les deux rives de la Meuse au nord de Verdun.

Les Anglais ont occupé les villages de Longavesnes, Liéramont et Equancourt; ils ont fait des prisonniers. Ils ont infligé un échec à l’ennemi près de Beaumetz-lès-Cambrai.

Les Russes ont reculé sur la Chava au sud-est de Baranovitchi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 28 janvier 1917

Louis Guédet

Dimanche 28 janvier 1917

869ème et 867ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid, la bise glaciale qui avait soufflée une partie de la nuit en tempête s’était un peu apaisée le matin, mais elle a repris l’après-midi et était réellement « coupante ». Pas très entrain ce matin, avec la perspective d’une journée de désœuvrement, et puis j’ai été angoissé toute la journée. Je suis tellement triste et las ! Été à la messe de 11h1/4 à St Jacques où l’on gelait littéralement, il est vrai que l’église est à claire-voie. Vu là Dargent avoué qui est venu pour quelques jours ici. Son beau-père (Jules Rome, ancien avoué (1842-1919)) se traîne de vieillesse. Il a des nouvelles de son beau-frère l’abbé Rome (Étienne Rome (1884-1967)) toujours prisonnier, il a le bras gauche presque entièrement ankylosé. Rentré pour déjeuner. Je suis tout démonté. Le canon gronde sans cesse de notre côté, peu d’avions qu’on entend, mais qu’on ne peut distinguer tellement ils sont haut et le soleil si brillant. C’est une journée radieuse, mais quel froid. Vers 2h je me décide à faire un tour. On m’a dit qu’hier le quartier de St Remy avait été très bombardé vers la Brasserie Veith et l’asile de nuit. Si j’y allais, si j’y allais voir le fils Veith qui a failli être tué hier, m’a dit M. Dufay architecte (Émile Dufay-Lamy, cet architecte participera de façon très active à la reconstruction de Reims (1868-1953)) que j’ai rencontré en sortant de la messe. Plus de courrier à répondre, allons-y.

8h soir  Je reprends ma journée, m’étant attardé à lire avant dîner et durant mon repas un livre sur les « Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des Peuples », fort intéressant ! Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces quelques mots à la mémoire de l’auteur le Dr Gustave Le Bon (médecin, psychologue, philosophe, historien(1841-1931)), qui m’a été révélé l’an dernier en revenant de Suisse, puisqu’à pareille époque où dans le train j’avais fait connaissance avec M. Gall, Président de l’association des Ingénieurs de France, ami de M. Albert Benoist, pendant que nous étions en panne en raison de la neige vers Tonnerre. Ce pauvre M. Gall qui actuellement est sous le coup de toutes les fonctions judiciaires avec cette histoire des Carbures (Entente commerciale entre les fabricants de carbure en avril 1916 et dénoncée comme étant un scandale). Quand on connait les dessous !! ce n’est que du chantage et le Procureur Général Herbaux l’indique bien. Bref Coutant le juge qui tranchera est une fripouille ou un âne, et l’acquittement est tout indiqué pour ce pauvre Gall (Malgré le zèle de Coutant et de Viviani, les carburiers furent tous acquittés).

Bref je reviens à l’emploi de ma journée, donc à 2h je m’emmitoufle, m’arme car maintenant cela peut être utile avec tous nos pillards et embusqués, et je pars. Par la rue des Capucins, rue du Jard, rue Petit-Roland, rue de Venise, rue Gambetta, des Orphelins, du Barbâtre, Montlaurent et boulevard Victor Hugo (comme quoi la ligne droite n’est pas toujours par le temps qui court la plus prudente, et j’ai pris les « lacets » en cas d’alerte, d’autant que nos canons grognent continuellement et hurlent à pleine gueule, et ma foi que la riposte du côté du quartier où je dirige mes pas, pas mal « amochés » hier, et j’approche des batteries Pommery – St Nicaise, etc…  etc…  je ne les compte plus). Là tout en chavirant, pataugeant dans la neige, le verglas, l’eau des maisons (on ne déglace plus, savez-vous ?) J’arrive donc boulevard Victor Hugo, et là, sur la place formée par la fourche des boulevards Vasnier et Victor Hugo, je vois au beau soleil, sous l’œil paterne de Drouet d’Erlon, émigré là comme vous le savez pour céder la place aux Nymphes (qui ne doivent pas avoir chaud par ce temps sibérien) de la Fontaine Subé, tenant toujours sur les hanches son bâton de Maréchal près d’un obusier. Là j’aperçois, dis-je, sous le radieux soleil des soldats jouant au football, pendant que tonne les canons et que les obus sifflent à proximité. La conversation continuant à gueules de canon que veux-tu depuis que je suis parti. Je file le boulevard Victor Hugo pour arriver à la Brasserie Veith par la rue Goïot. Des gosses font du bridge dans la descente sans s’inquiéter des obus. J’approche de la Brasserie et vers la rue des Créneaux je commence à « barboter », c’est le mot, dans des débris de toutes sortes. Toits crevés, murs effondrés, etc…  la lyre et le spectacle habituel. Plus j’approche plus je ressens cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que l’on entre dans la zone dangereuse et qu’un obus vous guette à chaque seconde. Tout en vous se développe, s’exacerbe, se tend, vibre, et perçoit le moindre bruit, je crois que dans ces moments on entendrait le silence même !! Impression singulière, on est multiplié pour ressentir toutes les sensations et pour percevoir tous les bruits, les murmures, les souffles !!

Je tourne la rue Goïot et je traverse un tas de décombres, je franchis la porte de la Brasserie 13, rue Goïot. Personne. Je traverse la cour. J’entre dans la machinerie. A tout hasard j’ouvre une porte qui donne sur un escalier éclairé par une lampe électrique qui descend aux germoirs. Je me reconnais au 2ème étage en dessous. Toujours personne. Enfin surgit une femme à qui j’expose le motif de mon irruption, voir le fils Veith et voir les dégâts d’hier. Elle me reconnait et m’apprend que M. Maurice Veith est allé déjeuner chez l’abbé Mailfait. J’exprime mes regrets et me dispose à repartir quand survient la bonne de la maison qui me dit : « Ah ! Monsieur Guédet, venez voir le désastre dans le germoir, ou M. et Mme Veith vous recevaient. Je remonte un étage et j’entre dans ce germoir où M. et Mme Veith avaient accumulé leur mobilier et où ils vivaient en commun depuis des mois. Impossible de décrire ce que j’ai vu. Figurez-vous une pièce immense (en représentant 3 – 4 remises) où meubles, linges, mobilier, etc…  étaient accumulés, et où l’on vivait depuis des mois (les ouvriers de la Brasserie vivent en commun dans un germoir à la suite) eh bien ! il n’y a plus rien !! Tout est rasé et ne forme plus qu’un amas de débris brisés, broyés, pulvérisés, réduits à quelques centimètres d’épaisseur et couverts de la couche grisâtre habituelle de cendres quelconques, on dirait qu’un volcan est passé par là…  et chose singulière, pas une muraille, pas une porte de défoncée…  l’obus à éclatement à retard a traversé 3 étages et a éclaté dans ce germoir à mon avis avant de toucher le sol, et a volatilisé tout ce qui se trouvait là !! C’est effrayant ! c’est le broiement, la pulvérisation, l’atomisation dans un compartiment étanche !! Les vêtements mêmes, les étoffes hachées, lacérées et ne formant que des débris de quelques centimètres, quand, à côté de cela, un verre ou une coupe en cristal mince comme une feuille de papier est intacte…  La brave bonne se lamente et me montre les peignoirs de Madame réduits à l’état de lanières et d’époussettes, ainsi que les pendules. Ces belles pendules (rayé) que Madame aimait tant… Je cause à tous ces braves gens si courageux et si stoïques sous la rafale et les encourage du mieux que je puis. Ils ont reçu hier 13 obus, et des gros ! L’asile de nuit à peu près autant, bref dans le quartier il y en a bien eu une centaine. Je remonte et refuse qu’on me reconduise car on ne sait jamais ! Malgré tout et malgré moi 2 ou trois m’accompagnent jusqu’à la cour.

Je file vers la rue des Créneaux et par la place St Thimothée et la rue St Julien, j’entre dans St Remy, où on dit les Vêpres. J’y assiste, avec une 40aine (quarantaine) de fidèles, 2 chantres dont Valicourt, toujours courageux, se répondent et l’abbé (en blanc, non cité) vicaire les accompagne avec l’harmonium, le grand orgue ne joue plus. C’est le brave curé Goblet qui officie, St Remy est à tous vents et l’on y gèle. Je relève le col de ma pelisse. Que cette cérémonie est triste et impressionnante !! Ponctuée par les détonations de nos canons et les éclatements des réponses des allemands, et cela à quelques 2 ou 300 mètres de la Basilique, et les fidèles, chantres, Prêtres, sont impassibles. Je vie une singulière minute de ma vie à ce spectacle ayant pour cadre cette admirable église de St Remy qui m’a toujours « empoignée » chaque fois que j’y suis entré… L’écho est tel avec le bruit de la mitraille que les chants de ces 2 uniques chantres et l’harmonium remplissent toute la nef comme si 50 voix chantaient, clamaient la Gloire de Dieu !! Je voudrais que tous les absents assistent une seule fois à une telle cérémonie dans ces conditions !! C’est tragique, c’est grandiose, c’est Magnifique, et nous n’étions qu’une 50aine (cinquantaine) avec les officiants et les fidèles. On ne voit ces choses-là qu’une fois dans sa vie, pour s’en rappeler toujours. Je ne puis le dépeindre complètement. L’autel à peine éclairé, la pénombre du temple, les mysticiens, les chants, le recueillement de ces quelques fidèles groupés autour du Pasteur. Le soleil couchant éclairant cette scène à travers les vitraux brisés, broyés, crevés, jetant sa clarté crue par les baies brisées par la mitraille, au milieu des jeux de lumières de toutes nuances, projette dans ses rayons par les lambeaux des vitraux ancestraux. Il faut voir, nul peintre, nul poète, nul chroniqueur ne peut rendre ce spectacle, cette scène, ponctuée par le grondement du canon et le tonnerre des bombes et obus éclatant tout proche.

Je vais à la sacristie serrer la main à mon brave et charmant chanoine Goblet, toujours vaillant. Nous causons quelques minutes des événements de nos temps fabuleux… et entre autres choses il m’apprend que pour la St Remi de janvier on avait demandé au Maire de faire une procession de supplications autour de la Basilique, mais que le Dr Langlet l’avait refusé. Cela ne m’étonne pas ! et comme je le disais au bon chanoine : Cet homme est héroïque, humanitaire, bon, etc…  mais dès qu’il voit une soutane il voit tout rouge…

Je lui contais de mon côté que lors de la visite du ministre Scharp américain (William Graves Sharp, alors Ambassadeur des États-Unis en France (1859-1922)) et d’une colonie de diplomates étrangers, ceux-ci ayant voulu rendre visite au Cardinal Luçon après avoir visité la Cathédrale, seul le Maire n’avait pas voulu entrer à l’archevêché et était resté seul dans son automobile devant la porte !!….. Ces choses ne s’inventent pas. Le Brave Docteur Langlet, Maire de Reims, est resté malgré tout « Vieille barbe de 1848 » (vieux de la révolution de 1848, désigne un vétéran de la démocratie, et de façon moqueuse un vieux con). Je le regrette pour lui, ce sera une ombre à sa Gloire et à l’auréole de son héroïsme durant cette Guerre et le martyre de Reims. Le bon abbé me rappelait aussi que c’était un miracle que St Remy ne fut pas brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, et comme moi il considérait la pluie diluvienne qui tombât au moment où ces flammes léchaient la toiture de son église comme providentielle, ainsi que l’intervention de Speneux et Lesage pour arrêter le commencement d’incendie par l’oculus du transept nord. On ne saura jamais assez de reconnaissance à ces 2 citoyens qui ont vu juste.

Sortant de St Remy j’entre à l’Hôtel-Dieu, l’Hospice civil. Je visite les ruines. Heureusement on pare au soutènement des voutes du cloître, du grand escalier qui menaçaient de s’effondrer. Car dans ces constructions le parement (l’extérieur) est en pierre de taille, mais tout l’intérieur, le remplissage est en craie, par conséquent très sensible aux pluies et aux gelées que nous avons subies et subissons, et que sera le dégel. Je contemple tout cela au bruit du canon…  seul…  c’est impressionnant…  on a presque peur. Je visite la chapelle, où tragique, calciné, couvert de neige l’autel seul subsiste au milieu des décombres. Quelle impression !! Au milieu de ce silence. Là ! J’ai prié souvent ! J‘avais alors toutes les espérances de la jeunesse et de ce cadre si doux si charmant des religieuses Augustines chantant les offices dans cette ancienne bibliothèque des Bénédictines de St Remy, dont les psalmodies étaient atténuées, ouatées par les boiseries de Blondel que j’ai tant admiré et que nul ne reverra plus. Qui ne sont plus que des cendres que je foule en ce moment sous mes pieds. Quelle solitude, quel silence dans ces ruines éclairées par le soleil cru, et rendues encore plus tragiques par l’ombre gigantesque que St Remy projette sur le tout !…  Un coup d’œil au musée lapidaire après avoir recueilli comme relique quelques fragments de cet autel qui semble protester contre les Vandales ainsi que naguère les autels de Byzance, de Rome, des catacombes protestaient contre les Barbares. Ah ! cet autel seul sous la neige, entre les murs calcinés, à ciel ouvert, quelques poutres branlantes, le tout éclairé par un soleil d’hiver radieux. Quel spectacle ! Quel « tragisme » !! Je ne l’oublierai jamais. Il faut le voir pour le sentir, le comprendre. Je rentre tout endeuillé…  et je ne puis encore me remettre de tout ce que j’ai vu, ressenti, senti, souffert !! J’ai vu des ruines. J’ai vu des pierres pleurer !

10h1/4  Il est temps de se coucher, mais depuis 8 heures toujours le canon fait rage, et des éclatements sont venus tout proche, toujours de la même batterie, je connais sa tonalité. Quand ne l’entendrai-je plus jamais !!…  Hélas ! verrai-je la fin de ce martyre, de cette tragédie, de Drame ! Je n’ose y croire…  et me demande même si cela est possible. Je crois que je ne saurais comment vivre…  eux partis…  non je ne vois pas cela. Revivre une vie normale, avec les siens, ses aimés, avoir un chez soi, n’entendre plus le tonnerre des canons, non, je ne sais plus, je ne comprends pas, je ne perçois pas cela. Comment cela sera-t-il ?? Cela me donne le vertige…  comme au bord d’un précipice. Ne plus souffrir, ne plus être angoissé, être au milieu de ceux qu’on aime, avoir un toit, être chez soi, sans la crainte d’être démoli, incendié, non je ne me figure pas cela…  Non, non !…  Ce bonheur me fait peur et je ne le conçois pas, je ne le comprends plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

La brasserie Veith


Paul Hess

28 janvier 1917 – Très forte canonnade, le soir, à partir de 20 h. Les pièces du quartier, 75, 95 et 120, tirent les unes après les autres pendant un assez long espace de temps. Ensuite, quelques sifflements se perçoivent, des obus arrivant rue de Bétheny, rue Cérès, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


 Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille en ville. Duel d’artillerie jusque vers minuit. – 7°. Toute la matinée duel entre artilleries adverses. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de la cote 304.
Aux Eparges, lutte d’artillerie assez active. Un coup de main ennemi dans cette région a échoué sous nos feux.
Une autre tentative sur un de nos petits postes à la Main-de-Massiges (Champagne) a également échoué.
En Lorraine, nos batteries ont effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la forêt de Parroy.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Canonnade sur divers points du front italien.
Sur la frontière occidentale de la Moldavie jusqu’à la vallée de l’Oïtuz, actions de patrouilles d’infanterie.
Dans la vallée de Gachin, les troupes roumaines ont attaqué l’ennemi et ont réussi, après onze heures de combats acharnés, malgré le temps très froid et la neige épaisse, à le rejeter vers le sud.
Le général Iliesco, chef d’état-major roumain, est arrivé à Paris.
Le vicomte Motono, ministre des Affaires étrangères du Japon, a prononcé un grand discours à la Chambre de Tokio.
Les Anglais ont remporté de nouveaux succès au sud-ouest de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.
L’Australasie marque son désir de garder après la guerre les possessions allemandes du Pacifique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 23 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 décembre 1916 

833ème et 831ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Tempête de vent toute la nuit et la journée, mais il fait chaud, c’est si bon. Je vais bien. Travaillé d’arrache-pied toute la matinée. Sorti après-midi, vu Albert Benoist dans son lit, dans sa cuisine, toujours très confiant. Il recevrait la Cathédrale sur la tête il trouverait que c’est encore très bien ! Passé à la Ville. Vu Houlon toujours gentil, Martin, on s’aime bien. Tout ce monde-là prend mon vent…  puisque je suis à la Hausse !…  C’est bien humain. Raïssac, c’est plus sûr. Entré dans le cabinet du Maire, causé avec lui et M. Charles Demaison (polytechnicien, naturaliste distingué (1854-1937)) qui est très changé, hélas 2 fils tués (en fait un seul, Alain, tué le 15 décembre 1916), un prisonnier en Pologne (Jacques, décédé en 1924) et pour comble de malheur sa fille Mme de Kerillis (Anne, décédée en 1954) qui vient d’avoir un bébé (Alain Calloc’h de Kerillis, dit Richard Skinner, parachutiste des Forces Françaises Libres, arrêté et fusillé par l’Abwehr le 18 juillet 1944) et a failli y rester. Heureusement elle va mieux. Comme j’étais installé à un bureau d’un adjoint pour donner une signature, voilà le brave Docteur Langlet qui survient. Alors, s’adressant avec son fin sourire à moi : « Tiens, un nouvel adjoint !!… » – « Ah ! non Docteur !! in partibus si vous voulez, mais ex cathedra jamais !… » – « Qu’en sait-on ? m’ajouta-t-il », puis nous nous mettons à causer. Il me dit voir le docteur Lévêque demain, qui a un anthrax ! Je l’ai prié de me rappeler à lui et lui ai dit que moi, ayant prévu d’aller à St Martin mardi ou mercredi, j’irai le voir (Tony-aux-Bœufs est à 5 kilomètres de distance de St Martin). Comme je lui disais que j’avais été assez souffrant et que j’étais à moitié mort, alors de sourire : « Allons !! vous n’en prenez pas le chemin d’après ce que je sais, vous êtes encore bien vivant et surtout vigoureux. La vigueur que nous vous connaissons et sur laquelle nous comptons ! En tout cas, en attendant que vous soyez mort, il faudra voir à notre commission d’enquête des dommages de Guerre, et nous comptons sur vous…  Nous avons bien besoin de vous ».

Je ne sais ce que diable je lui ai fait à ce brave Docteur Langlet, mais il est vraiment charmant avec moi. Jamais il ne m’accueille sans un sourire et un mot aimable. Attendons ! J’en saurais peut-être plus tard la raison. On parle de la Gaffe Wilson (note du Président américain Woodrow Wilson du 12 décembre 1916 à tous les belligérants, rédigée de façon plutôt impartiale et mal ressentie en France. Rejetée par les allemands, elle entrainera l’engagement des États-Unis auprès de la France peu de temps après). Sale Prussien, j’espère que les alliés vont leur foutre une tape pour qu’il n’y revienne plus. Si c’était moi elle serait pommée !!…  Sale américain, Boche. Demain je vais préparer mes malles, et nous verrons à partir…  Fais en rentrant une procuration, les gens sont inénarrables, mes types ne doutaient pas une seconde que tout partirait demain matin première heure, que je me « carapatais », c’est tout ce qu’ils voyaient là-dedans, tous des imbéciles, si on voulait on leur cirerait encore leurs chaussures !…  Non, j’sais !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 décembre 1916 – Les journaux annoncent que le président Wilson demande aux belligérants de définir leurs buts de guerre, en faisant savoir que ce n’est ni une proposition de paix, ni une médiation.

La note n’est pas favorablement accueillie ; elle suscite des commentaires assez vifs et des protestations.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 10°. Nuit tranquille. Tempête vent et pluie. Visite de M. Farre me demandant Messe de Minuit Caves Mumm. Salut et allocution au 3e Bataillon du 403, École des Arts et Métiers, J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 23 décembre

Au cours de la journée, la lutte d’artillerie a été assez active dans la région de l’ouvrage d’Hardaumont, de Louvemont et des Chambrettes.

Plusieurs coups de main effectués par nous à l’est de Saint-Mihiel, dans le bois de Gerédiante, à la Chapelotte (nord de Celles) et dans la vallée de la Fave, nous ont permis de détruire de petits postes ennemis et de ramener des prisonniers.

Canonnade intermittente sur le reste du front.

Lutte de bombes et d’artillerie dans la partie sud du front belge. Les batteries belges de campagne et de tranchées ont réduit au silence les engins de l’ennemi. Les Allemands ont bombardé le front anglais au sud de l’Ancre. Ils ont échoué dans un coup de main en face de la redoute Hohenzollern. Grande activité d’artillerie dans les régions d’Ypres et de Messines.

Les troupes britanniques ont repris la ville égyptienne d’El-Arisch, occupée en 1914 par les Turcs.

L’infanterie italienne a progressé dans le Carso.

Le président Wilson a adressé une note aux belligérants pour les inviter à définir leurs conditions de paix.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 28 octobre 1916

Louis Guédet

Du samedi 28 octobre 1916 777ème et 776ème jours de bataille et de bombardement

Au dimanche 12 novembre 1916 792ème et 791ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Rentré à l’instant de Paris où je suis allé pour l’enterrement de M. Benoist on, beau-père de Marcel Bataille.

Laissé hier ma pauvre chère femme bien triste, bien désolée. Jean est reçu à Fontainebleau pour son examen d’aspirant d’artillerie, et Robert pour sa 2ème partie d’examen de droit (rayé).

6h1/2  Bompas me quitte, sa douleur fait peine, il est navrant. J’ai tâché de le remonter, mais comment devant un désespoir pareil !

Je n’ai guère le goût d’écrire ce soir. Voir des douleurs pareilles, je ne puis supporter cela ! Je suis aussi fort fatigué de mes allées et venues, et puis…  j’ai un travail formidable…  à rattraper.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 28 – Nuit silencieuse des deux côtés. Via Crucis in cathedrali, empêché hier. Après-midi, tir des canons français. L’ennemi ne répond que par 2 ou 3 obus. Visite à la Visitation. Reçu lettre de Cincinnati.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 28 octobre

Sur le front de la Somme, grande activité des deux artilleries dans les secteurs de Sailly-Saillisel, de Bouchavesnes et de Biaches.
Au nord de Verdun, où nous avons fait encore une centaine de prisonniers au cours d’opérations de détail, l’ennemi a dirigé un bombardement continu et violent sur nos premières lignes, notamment sur les ravins d’Hardaumont, le fort de Douaumont et la batterie de Damloup. Une tentative d’attaque ennemie à l’ouest de Douaumont a été arrêtée net par nos tirs de barrage.
Sur le front britannique, où la pluie est tombée en abondance, violent bombardement entre la Bassée et Hulluch ainsi que dans la région de Beaumont-Hamel par l’artillerie et les mortiers allemands. L’artillerie britannique a canonné les tranchées ennemies au sud d’Armentières.
Activité de l’aviation allemande dans la Somme.
Un raid de destroyers allemands a eu lieu dans le pas de Calais. Un transport vide et un destroyer ont été coulés du côté anglais, deux destroyers, du coté des ennemis.
Les Roumains ont gagné du terrain dans les Carpathes moldaves; ils en ont perdu à Predeal et dans la vallée du Jiul. Les Russo-Roumains ont reculé à une quarantaine de kilomètres au nord de Constantza.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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