• Tag Archives: Général Franchet d’Esperey

Mercredi 2 janvier 1918

Louis Guédet

Mercredi 2 janvier 1918                                              St Martin

1209ème et 1207ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps froid et couvert, et ici encore de la neige. Fait quelques visites ici, tué le temps et reposé, tout en faisant mon courrier qui est chargé, mais du moins j’ai le repos d’esprit et la sécurité ici. Pas de nouvelles des Grands. Espérons qu’il ne leur est rien arrivé… Ma pauvre femme souffre toujours de ses engelures… Voilà ma journée, toute de repos. Reçu lettre fort aimable de mon vice-Président du Tribunal M. Bouvier. Il a du cœur et des pensées très élevées. Lettre de l’ami Jolivet, qui met les pieds dans le plat comme toujours. Il me raconte qu’il n’a pas manqué un de ces derniers jours à Paris où il dinait chez les Mignot (rayé) avec les filles et gendres de Vallé et Deville !! Ma fois il n’a pas eu tort avec (rayé)!! Carte de Forzy, mon ancien clerc, notaire à Fismes, capitaine de Territorial, très allant. Il m’est toujours resté très fidèle ! Pas de nouvelles de mes autres clercs depuis fort longtemps, souhaitons qu’il ne leur soit rien arrivé. Lettre charmante et pleine d’humour du bon Père Desbuquois. Dieu !! que mon ruban lui tient à cœur. Il est plus impatient que moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 janvier 1918 – Le général Franchet d’Esperey vient à la mairie, accompagné d’un général et de deux autres officiers, pour faire visite au maire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 2 – + 2°. Nuit tranquille. Visite du Général Franchet d’Esperey et du Capitaine.

Nous avons caché nos couverts.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 2 janvier

Action d’artillerie assez vive en Champagne, dans la région de la Butte-du-Mesnil.
Un coup de main sur nos petits postes au sud-est de Beaumont, n’a obtenu aucun résultat. Nous avons fait des prisonniers.
Sur le front britannique, l’ennemi a renouvelé ses attaques contre la crête Welsh, sur une largeur d’environ 1200 mètres au sud de la Scarpe.
Dans la partie sud du secteur attaqué, il est parvenu, grâce à ses jets de liquides enflammés, à prendre pied un moment dans une des tranchées anglaises. Une contre-attaque l’a rejeté de cette position et la totalité de la tranchée est actuellement entre les mains de nos alliés. Partout ailleurs l’assaut a été arrêté.
Activité des deux artilleries en un certain nombre de points, au sud de la Scarpe.
L’artillerie allemande a également montré de l’activité dans le secteur d’Ypres.
Les Anglais ont, à nouveau, avancé leur ligne ,vers le nord de Jerusalem. Ils ont fait 759 prisonniers, dont 39 officiers et relevé plus de 1000 cadavres ennemis.
Les Italiens ont forcé l’adversaire à abandonner, avec de graves pertes, la tête de pont de Zenson, sur la Piave et à passer sur la rive gauche du fleuve. Ils ont repris possession de toute la boucle.
Sur le reste du front, actions d’artillerie modérées.
Des aviateurs ennemis ont attaqué le champ d’aviation d’Istrana et bombardé Vicence, Bassano, Castelfranco et Trévise. On compte en tout 13 morts et 44 blessés.

La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Mardi 22 février 1916

Paul Hess

22 février 1916 – Démonstration d’artillerie de notre part. De 16 à 17 h, les pièces de tous  calibres crachent dans la direction de Brimont et de Courcy.

Nous sommes au bureau quand le calme se rétablit, mais nous estimons prudent d’attendre la riposte avant de le quitter, car l’année dernière, à la suite d’une séance semblable elle a été terrifiante, dans la nuit du 21 au 22 février.

Cette fois, rien, absolument rien, pour aujourd’hui du moins.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 22 – Nuit tranquille, sauf canonnade entre batteries — Aéroplanes matinée et après-midi. Expédié lettre à Lyon et à Bordeaux. Reçu lettre Philippe. Grosse canonnade. Lu : Camus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 


 

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d'Esperey commandant la 5ème armée

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d’Esperey commandant la 5ème armée en visite à Reims


Mardi 22 février

En Artois, l’ennemi a fait sauter une mine (nord de la route de Lille).
Canonnade près de Givenchy. Au sud de la Somme (Lihons), après avoir dirigé sur nos lignes un intense bombardement et des émissions de gaz sur un front de 7 kilomètres, l’ennemi a tenté de sortir de ses tranchées. Il a été partout repoussé.
En Champagne, nous avons exécuté des tirs à l’ouest de la route de Saint-Hilaire à Saint-Souplet.
En Argonne, nous avons démoli plusieurs observatoires aux abords du bois de Cheppey.
Canonnade active dans toute la région de Verdun. Nous bombardons le bois d’Ailly au sud-est de Saint-Mihiel.
Les Allemands ont jeté des obus sur Saint-Dié. Nous avons abattu un fokker près d’Altkirch, un albatros près d’Épinal, un avion encore près de Parroy, deux autres près de Revigny. Un zeppelin a été détruit par nos obus aux environs de Brabant-le-Roi. 17 de nos appareils de bombardement ont opéré sur le champ d’aviation d’Habsheim et sur la gare aux marchandises de Mulhouse; 28 autres ont lancé des projectiles sur la fabrique de munitions de Pagny-sur-Moselle.
Des avions autrichiens ont survolé la plaine lombarde. Il y a eu plusieurs morts dans la population civile.
Le général Sarrail a été reçu à Athènes par le roi de Grèce.
Share Button

Samedi 25 septembre 1915

Louis Guédet

Samedi 25 septembre 1915

378ème et 376ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  La nuit a été fort calme, sauf quantité de voitures et d’équipages qui n’ont cessé de rouler jusqu’à minuit. Il a plu presque toute la nuit, aussi la matinée est-elle maussade. Je suis fort las ce matin. Je dois aller à la Caisse d’Épargne de 9h à 11h comme administrateur, il y a toujours du monde, du reste elle n’est ouverte que les mercredis et samedis. Et, chose curieuse, on recommence à refaire des versements d’argent. L’idée d’épargne en France est bien tenace !

Ce matin en rêvassant je me demandais pourquoi enfin j’étais resté et je restais loin de tous ceux que j’aime à vivre ainsi seul, seul depuis plus d’un an, et le mot Devoir ! me revenait à chaque question  Oui, on ne connait, on ne sait pas la force de cette demi-douzaine de lettres : Devoir !…

Il est quelque fois, pour ne pas dire souvent, trop souvent bien dur à mettre en pratique, à exécution…  Et parfois aussi il est bien long, trop long à accomplir, comme pour moi en ce moment. On dit que la satisfaction du devoir accompli ne se paie jamais assez cher, soit ! mais il faudrait qu’il y ait la récompense quand ce ne serait que le repos, le calme, la tranquillité, le bonheur et l’absence de tout souci…  après le Devoir accompli ! Et je n’aurais jamais cela. Je ne suis que ce que je suis. Et peut-être encore et au contraire serai-je bafoué, honni, méprisé, écrasé, repoussé de tous, attaqué, injurié, comme déjà,…  C’est beau le Devoir,…  le Devoir accompli…  mais aussi c’est bien dur…  parfois…  surtout quand on n’en n’est même pas récompensé…  et que l’avenir ne s’éclaircit pas pour vous…  au contraire !!…  quelle vie misérable ! Quel martyre… !  oh ! en récompense de ce Devoir accompli depuis plus d’un an ! Un peu de bonheur, de paix, de chance, de jouissance de ceux qu’on aime, de leur bonheur, de les voir heureux, d’une vie facile…  ce serait si bon !…  si bon !…  quand ce ne serait que pour eux !…  La Providence m’accordera-t-elle cela ?…  Que sais-je ??… !!…

9h1/2 soir  Ce matin vu M. Albert Benoist pour lui remettre un pli fermé de Mme Cabanis, cliente de Jolivet, décédée. Il est très mécontent contre le Général Franchet d’Espèrey, commandant la 5ème Armée, par suite de l’autorité militaire qui lui a refusé hier son laissez-passer pour leur secrétaire de la Chambre de Commerce, qui ainsi n’a pu aller à Épernay pour assister à la réunion des Chambres de Commerce de la Marne, je crois. M. Benoist me disait que l’autorité militaire faisait tout ce qu’elle pouvait pour être désagréable. J’en sais aussi quelque chose. Il a fait constater ce refus dans le procès-verbal de la séance d’hier en disant que c’était le général Franchet d’Espèrey lui-même qui avait refusé…  M. Benoist ajoutait : « On reparlera de cela après que Reims sera dégagé ! » mais, ajoutait-il, je crains bien qu’après la guerre il y ait une forte réaction contre le militarisme idiot, mesquin, lâche que nous subissons ! nous sommes sous la Botte !! »

De là j’ai été à la Caisse d’Épargne présider le service des remboursements et des encaissements. Les bombes se mirent à siffler vers 9h3/4, alors toute la clientèle a filée, par suite peu d’opérations. Ai quitté ces braves employés, Baudoin, contrôleur, Grandsart, commis…

(Il faut descendre à la cave, il est 9h35, à 9h3/4 plus rien, je remonte…  je continue donc…) et Bonnet…  vers 12h pour aller déjeuner aux avec M. Lorin, Mlles Chalonnat, Claire, Lemoine, M.M. Curt et Bourelle. Causé de choses et d’autres mais tous sont fatigués de ce bombardement intermittent.

Rentré à la maison à 7h. Les bombes resifflent de plus belle, première descente à la cuisine seulement. Et enfin 2 descentes à la cave, d’où je remonte. Le canon tonne au loin, à droite et à gauche de Reims. Quand tout cela finira-t-il ?

6h soir  Calme relatif depuis tout à l’heure, quelques coups de canon, quelques gros obus. Triste journée, bien pénible à tous points de vue ! Journée de souffrance. Et puis on n’est plus guère résistant. Pas de nouvelles, on est comme dans un cachot sans lumière, sans rien. Est-ce que cette misérable vie que nous trainons ainsi va durer encore longtemps ? Je n’en puis plus. Et de plus pas un encouragement, un mot de Pitié, d’affection, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement serré qui commence dans la matinée, à 9 h 1/4.

Dans le courant de l’après-midi, quelques minutes après 15 heures, nous causions, à la « comptabilité », où se trouvaient avec MM. Cullier, Vivogne, Joly, Guérin et Hess, du bureau, MM. Landat, chef du 2e bureau du secrétariat et Lamotte fils, de la recette muni­cipale. Ces derniers s’entretenaient debout et nous suivions, de nos places, le sujet de leur conversation ; il s’agissait, pour eux, de situer exactement l’emplacement de la ferme Prévôt-Demolin où, d’après les derniers « tuyaux », une nouvelle pièce d’artillerie de fort calibre, venait d’être placée.

À ce moment, une explosion formidable, produite par les éclatements simultanés de quatre obus, tombés en rafale sur l’hôtel de ville et alentour, nous immobilise subitement dans la frayeur. Les détonations effroyables, en se confondant et se prolongeant, ne nous ont pas permis de bouger ; nous nous sommes seulement courbés ou accroupis lestement.

Le premier instant de stupeur, d’effarement passé, nous nous regardons quelque peu hébétés, surpris presque de nous retrouver tous indemnes. La cour est remplie de fumée. De petits éclats sont entrés dans notre bureau par une de ses fenêtres, et, ricochant derrière M. Cullier, sont venus atteindre l’œil-de-bœuf accroché à droite, au-dessus de mon pupitre attenant à la cloison ; des mor­ceaux me sont tombés sur le bras et c’est à cela que se réduisent les dommages : un verre et un cadran cassés.

Il eût pu en être tout autrement.

Nous quittons le bureau afin d’aller rejoindre, dans la grande salle, des collègues qui ne sont pas descendus dans les sous-sols, où d’autres préfèrent se réfugier en pareil cas. On cause, mainte­nant que le danger est passé, on fume en échangeant ses impres­sions ; la consternation se lit malgré cela sur bien des visages. Tous s’accordent à reconnaître que ces bombardements tout-à-fait im­prévus — que nous subissons depuis quelque temps — sont ex­cessivement dangereux et déprimants, dans leur intermittence.

Le maire, M. le Dr Langlet et quelques conseillers municipaux viennent également se grouper là et on se rend compte alors que deux projectiles ont fait explosion sur la mairie, l’un après avoir traversé la toiture du bâtiment principal, derrière le beffroi, l’autre dans la cour ; un troisième a éclaté sur le trottoir, devant les salons de la rue de la Grosse-Ecritoire et le quatrième, sur le haut de la Caisse d’Épargne. Heureusement, il n’y a peu eu de victimes.

— A partir de 21 h 1/4, une pièce de très gros calibre, dont les détonations surpassent encore, en vacarme, celles de la grosse Julie, s’est mise à tonner de temps en temps, la nuit, et a réveillé chaque fois toute la ville en sursaut.

C’est certainement de celle-là qu’il était question cet après- midi, au bureau, lorsque la conversation du camarade qui nous parlait de son installation a été violemment coupée, tandis que nous tous qui l’écoutions avons été, comme lui, si rudement se­coués.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit tranquille à la cave. 9 h. matin, bombes sur la ville. Bombardement violent pendant environ 1 h. Vers 9 h, bombes. À 10 h, un soldat tué devant « L’Éclaireur de l’Est ». À 8 h. du matin fait Chemin de Croix à la Cathédrale, remis d’hier à cause du bombardement. Le Front allemand est enfoncé (Courrier du 27 septembre) sur 25 kilomètres de Front, et de 1 à 4 kilomètres de profondeur.

C’est la lère Bataille de Champagne(1). Reçu envoi de 100 petits paquets du Soldat. Lettres de remerciement (Recueil, p. 69 et 79).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) En réalité c’est la seconde bataille de Champagne (après celle de mars) qui se déclenche le 25 septembre et enfonce effectivment la première position allemande


Juliette Breyer

Samedi 25 Septembre 1915. Cette fois-ci je crois que ça va être le grand coup. Nos canons n’arrêtent pas de tirer mais malheureusement les boches répondent sur la ville. Ils y allument encore des incendies et font beaucoup de victimes. Si tu voyais Pommery, c’est une vraie forteresse. Dans les tunnels près de nous ils ont établi un poste de commandement, un observatoire et un poste de secours. Comme l’électricité ne marchait plus, ils l’ont rétablie et en outre ils ont percé les murs des caves pour entrer librement chez Ruinart et chez Roederer. Quand la bataille va commencer et que l’ouragan de feu se déchaînera je crois que les caves auront leur part. Enfin nous sommes à l’abri.

Ton coco n’a pas l’air de se douter de l’instant tragique que nous vivons. Il s’intéresse à tout. Il sait distinguer quand ce sont les boches qui bombardent ou quand ce sont les nôtres. Pauvres tout petits, ils auront passé une dure année.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


assautE

L’ennemi a bombardé nos tranchées près de Boesinghe. Nous avons riposté. Grande activité d’artillerie en Artois. Nous provoquons l’explosion d’un dépôt de munitions près de Thélus. Entre Somme et Oise (Canny-sur-Matz, Beuvraignes), nous canonnons les positions ennemies, en détruisant des abris de mitrailleuses. Violent bombardement réciproque sur le front de l’Aisne et en Champagne. Entre Meuse et Moselle, nous atteignons des rassemblements ennemis à Nonsard et à Pannes.
En Lorraine, nous endommageons des organisations allemandes sur le Remabois et la Vezouse, ainsi que dans les Vosges (Linge et Braunkopf).
Les Russes ont accentué leurs progrès en Volhynie et en Galicie. Au nord-ouest de Doubno, ils ont fait 1400 prisonniers; ils ont sabré de gros effectifs autrichiens sur le Dniester.
La Bulgarie a officiellement mobilisé vingt-huit classes et envoyé quatre divisions à la frontière serbe. La Grèce a riposté en mobilisant vingt-quatre classes, outre les quatre qui sont sous les drapeaux. On estime que la Roumanie ne se désinteressera pas de cette nouvelle guerre, si elle éclate. Les Serbes ont pris des mesures pour défendre leur frontière.
Un croiseur allemand aurait été torpillé dans les eaux danoises; le croiseur turc Hamidich a été mis hors de combat, en mer Noire, par des torpilleurs russes.
Deux taubes ont essayé vainement d’opérer au-dessus d’A
bbeville.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 25 juillet 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Jonchery ; aux prêtres à qui je parle au presbytère, aux paroissiens à l’église.

Visite au Général Franchet d’Esperey.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Le général Franchet d'Esperay passe en revue la 5 armée greque en Macédoine en 1918

Le général Franchet d’Esperay passe en revue la 5 armée grecque en Macédoine en 1918


Dimanche 25 juillet

Journée relativement calme, hormis quelques canonnades sur notre front. Dans les Vosges, toutefois, l’ennemi prononce plusieurs attaques au Reichakerkopf et à l’est de Metzeral : il est partout repoussé.
Les Allemands, sur le front oriental, poursuivent leur progression en Courlande et le gouvernement russe décide de transférer de Riga vers l’intérieur les industries qui travaillent pour l’Etat. Sur la Narew, violentes attaques de la tête de pont de Rojany.
Sur la rive gauche de la Vistule, l’ennemi donne assaut aux ouvrages avancés d’Ivangorod, mais cet assaut est brisé avec de grandes pertes pour lui. Les troupes austro-allemandes, qui ont Lublin pour objectif, ont essuyé de lourdes pertes sur le front Khmiel-Miasky. Les Russes ont fait 500 prisonniers. Ils ont également remporté un nouveau succès près de Sokal; plus au sud-est, ils ont fait quelques centaines de prisonniers.
Les Turcs ont attaqué aux Dardanelles les tranchées britanniques. Ils ont été repoussés. L’affaire a été chaude et courte.
La presse américaine approuve unanimement la note très énergique que le président Wilson a adressée au gouvernement allemand.
Un steamer américain a été capturé par les Allemands dans la mer Balti
que.

Source : la guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 9 avril 1915

L'Archevêché

Louis Guédet

Vendredi 9 avril 1915 

209ème et 207ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit affreuse ! à 9h1/2 comme je venais de me coucher le bombardement intense a commencé et n’a fini que vers 4h du matin. Descendu à la cave où j’ai pu dormir. Vers 10h une bombe est tombée près de la maison, où ? nous ne savions. Ce matin, comme nous remontions vers 6h1/2 un coup de sonnette ! C’est Archambault qui venait nous demander les clefs de chez Monsieur Martinet au 50 de ma rue en face de notre maison. Une bombe traversant la maison du n°52 de mon beau-frère est venue éclater dans le vestibule du n°50 où devait coucher un cousin de M. Martinet arrivé de Paris hier soir. Le vestibule n’existe plus, les lits sont au fond de la cave et on ne voit pas le malheureux. Est-il tué ? ou fou de peur s’est-il évadé par un soupirail de la rue qui a été trouvé ouvert. Je fais prévenir Police et Pompiers.

Tout un quartier du faubourg de Laon vers la rue Danton est incendié, des maisons rue Gambetta et rue Chanzy depuis la rue de Venise jusqu’à l’ancien Grand Séminaire en face du Grand Hôtel, tout ce quartier serait incendié, démoli. Un partout. Du reste les obus ne cessaient de siffler et d’éclater. Quand notre martyr finira-t-il ?

10h1/2 matin  On vient de retrouver, en face de notre maison, le malheureux Henri Martinet, broyé, haché, dans le fond de la cave ou il a été projeté par la force de l’explosion de la bombe. Dès 8h du matin j’avais eu l’idée d’employer les 3 chiens de M. Martinet que je soigne pour les faire rechercher, mais les pompiers comme tous les hommes sûrs de leur supériorité m’avait envoyé promener, mais quand le capitaine des pompiers est arrivé je n’en fis qu’à ma tête et lâchait les chiens en les excitant un peu à chercher. Ils découvrirent les restes de ce malheureux affreusement broyé, sans tête. Cela n’avait pas duré 3 minutes ! Je ne m’étais pas trompé en me fiant sur l’instinct et le flair de ces pauvres bêtes. Je fais le nécessaire pour la mise en bière, et l’inhumation qui aura probablement lieu dimanche matin. J’ai prévenu par dépêche M. Martinet-Devraine du décès de son cousin en lui demandant des instructions s’il y avait lieu.

Nuit tragique, douloureuse, sans sommeil et matinée plus lugubre encore. Dieu ne m’aura rien épargné. En sortirai-je ? Y survivrai-je ? quel martyr !

5h1/2  l’enterrement de ce malheureux aura lieu demain samedi à 11h. Encore une journée triste pour moi.

Quand donc serai-je avec les miens et que le long martyr aura cessé !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’hôtel de ville offre, dans son ensemble, un aspect lamentable, à l’intérieur. Quand j’arrive, à 9 heures, fatigué de n’avoir pas dormi un instant, les hommes préposés au nettoyage travaillent activement à tout remettre en ordre, dans la mesure du possible, ainsi qu’après chaque explosion.

Au bureau, les plancher, les pupitres sont couverts de morceaux de vitres que l’on met en tas pour les ramasser. Dans l’impossibilité où nous nous trouvons, mon collègue cocher et moi de continuer à travailler à nos places, nous prenons le parti d’aller rejoindre à l’annexe de la « comptabilité », déjà installé dans le couloir fermé allant du vestibule d’entrée à la salle des appariteurs, MM. Cullier, Vigogne, Joly et Guérin, travaillant dans cet endroit sombre, depuis le 6 mars et obligés de s’y éclairer à la lampe à pétrole toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 9 – Nuit épouvantable. À 9h soir, commence le bombardement, d’une violence extrême – les plus gros calibres – nous tremblons pour la Cathédrale. Plusieurs obus tombent chez nous, un dans le jardin. On ne sait s’il est éclaté. D’autres dans l’appartement des Sœurs (aile sur la rue de l’École de Médecine) dont la façade sur la rue du Cardinal de Lorraine est éventrée, toutes les vitres de mon cabinet de travail sont brisées, ainsi que celles de l’antichambre où je couche. Les vitres ont été projetées en morceaux sur mon lit. J’étais d’abord allé à la cave, puis j’étais remonté me coucher. À peinte couché, le bombardement recommence ; on vient me prier de redescendre. À peine étais-je descendu, que les vitres furent mises en pièces et projetées sur mon lit et par terre. Bombardement jusqu’à h du matin. On parle de 30 tués. Dans la matinée, bombes ; item dans la soirée. Le Patronage de Saint-Thomas – où se faisaient les offices – est incendié. Le culte se fera dans la Chapelle de l’Orphelinat des Trois-Fontaines.

Visite à 9 h ½ du matin, du Général Franchet d’Esperey qui me demande à voir les éclats d’obus qui avait démoli l’angle de la conciergerie.

Je lui en montre un très gros. Il le regarde, et admire la pureté de l’acier (1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) On peut admirer le point de vue strictement professionnel du général sur la nature de l’acier de l’éclat d’obus. (Note du Colonel Marc Neuville)



Hortense Juliette Breyer

Vendredi 9 Avril 1915.

Mon Charles, hier soir quand je me suis couchée les boches bombardaient, mais tu parles, quelle nuit ! Jusqu’à quatre heures du matin ils ont envoyé tout prêt de 2000 obus sur tous les quartiers. Combien de morts ? Aussi aussitôt levée, je me suis empressée de courir chez vous, voir s’ils avaient eu peur. Ils n’avaient pas dormi ni l’un ni l’autre. Je suis allée jusque la rue de Beine. Chez nous il n’y a rien. Il y en a eu une chez Mme Mitouart mais ils n’étaient pas là heureusement.

L’après-midi cette fois-ci, je suis allée jusqu’aux caves car on ne trouve plus de lait pour faire la bouillie de la sœurette et je savais que maman en avait. Ils étaient contents de me voir ; ils ne vivent pas de me savoir en danger. Maman a pleuré toute la nuit. A six heures, en me reconduisant sur le pas de la porte, il y avait de nouveaux bombardements et on se battait ferme sur Brimont. Elle a voulu me retenir, mais je sais que tes parents ne sont pas contents quand je reste aux caves. Ils ont peur et ne comprennent pas que je cherche à mettre à l’abri ma sœurette. Tant pis, il arrivera ce qui doit arriver.

Je vais me coucher ; je dormirai peut-être mieux. Bonne nuit mon Charles et à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 9 avril

Nouveaux succès pour nous entre Meuse et Moselle. Nouveau bond en avant aux Eparge,où nous repoussons préalablement trois violentes contre-attaques et où nous comptons sur le terrain plus de 1000 cadavres allemands. Au bois de la Morville, plus au sud, nous détruisons complètement une compagnie ennemie. Au bois d’Ailly, nous prenons quelques tranchées. Au bois de Mortmare, nous nous installons dans les organisations défensives de l’ennemi, qui ne peut, malgré ses efforts, parvenir à nous en chasser.
D’après un résumé officiel, nous avons réalisé, au cour des quatre derniers jours, les progrès suivants : à l’est et au nord-est de Verdun, gain de un à trois kilomètres en profondeur sur un front de vingt kilomètres en longueur, occupation des hauteurs qui dominent l’Orne; sur les Hauts-de-Meuse, conquête de la position allemande des Eparges; près de Saint-Mihiel, prise de la partie sud-ouest du bois d’Ailly; dans la Woëvre méridionale, occupation de 3 kilomètres en profondeur sur un front de 7 à 8 kilomètres.
Les Autrichiens ont, une fois de plus, bombardé Belgrade sans résultat.
Le croiseur allemand Eitel Friedrich se fait interner aux États-Unis.
M.Venizelos déclare que, mécontent de l’attitude du roi à son égard, il va se retirer de la vie publique. Ses amis s’efforcent de le faire revenir sur cette décision.
Une violente manifestation interventionniste a eu lieu à Gênes.
Les Turc ont vainement dirigé une attaque contre le canal de Suez.

Share Button

Mercredi 17 février 1915

Abbé Rémi Thinot

17 FEVRIER – mercredi –

Je suis monté vers 9 heures au poste de secours. Là, j’ai pu assister quelques blessés, dire un mot à tous.

Je vois des blessures plus horribles qu’hier ; ce malheureux fracassé ; jambes, bras, tète, poitrine, qui vit encore, appelle ses camarades en agitant des moignons sanglants qu’on n’a pas réussi à fixer avec des lanières sur le brancard. Et ce boche qui ne voulait pas se rendre, un type énergique, solide, qui, après avoir tué encore trois français, est percé à son tour d’un coup de baïonnette, percé de part en part. Et on le fait revenir à pied depuis Maison forestière ; c’est un cadavre qui déambule, sans se plaindre… derrière quatre autres prisonniers à qui on fait porter une civière avec un blessé.

Un autre blessé allemand allait sortir des tranchées, emporté par les brancardiers français, quand un obus allemand arrive, le fracasse et tue un des nôtres.

Aujourd’hui, je puis assister d’une façon vraiment efficace quelques malheureux couchés dans le sang.

Tournée assez longue en somme. 200 prisonniers hier ; 200 aujourd’hui. La 34ème division a bien marché. On est bien moins content de la 33ème . Qu’est-ce alors que demain nous réserve ?

C’est d’ailleurs tout le front entre Soissons et Verdun, paraît-il, qui donne l’effort en avant. Quant à l’artillerie, elle a fait un travail incomparable, balayant avec une méthode et une précision merveilleuse.

Des régiments encombrent les routes ; un gros effort est donné là ; de la cavalerie est prête, en nombre, ce qui donne à penser qu’on veut faire un saut sérieux en avant…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

 


Paul Hess

Bombardement à 14 h 1/2. Des éclats viennent tomber dans la cour de l’hôtel de ville et sur la place. Environ une soixantaine d’obus ; un tué, neuf blessés.

– Le bruit ininterrompu de la canonnade se fait entendre dans la même direction qu’hier.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_7a4a64_423-001

Cardinal Luçon

Mercredi 17 – Cendres à l’Archevêché (pour les gens de la maison). Matinée tranquille. Un fils Walford attaché à l’État-major du Général d’Esperey (2) a entendu le Général dire : « Nous aurons les Prussiens quand nous voudrons. Il faut seulement du beau temps. » Bombardement sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(2) Le général F. d’Esperey était plutôt connu pour son mauvais caractère que pour un optimisme sans mesure…


Eugène Chausson

17/2 Mercredi – temps gris. Dès le matin toujours violente canonnade direction de Berry-au-Bac et cela toute la journée, quoique cependant, il semblerait que vers le soir ça diminue d’intensité à 5 h du soir, on entend encore mais beaucoup moins fort bombardement avenue de Laon, faubourg Cérès, rue Coquebert et les abords de la cathédrale. A 8 h du soir, tout parait calme. mais peut-être que le calme ne sera pas de longue durée.

La nuit 2 ou 3 coups de canon seulement. Dépêche bonne.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 17 Février 1915.

Je suis chez ton parrain. André n’est pas du tout dépaysé. Il a pris Maria et Pierre en estime. Alors ça va. Je lui ai fait des petits chaussons ; comme cela il peut courir à son aise. Si tu l’entendais dire « Parrain Charles » ! Tu vois, c’est au moins pour saluer son arrivée.

Rue de Savoie, jusqu’ici il n’y avait rien eu et aujourd’hui ça a bombardé. Ton papa est venu me voir. Ton coco le connaît bien, surtout qu’il lui apporte des gâteaux, et il a déjà fait le tour du jardin ; je l’ai fait grimper sur un vélo. Tu penses qu’il était heureux. Il fait rire ton parrain, il a des répliques. Ton parrain lui fait faire ce qu’il veut, un vrai singe.

Je les avais tous les deux ce soir en me couchant. J’ai fait dire une petite prière à André pour son petit papa. Je ne pouvais m’empêcher de repenser au temps où tu étais là. Quel court bonheur, comme on n’en a guère profité …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 17 février

Journée favorable à nos armes. Combat d’artillerie en Belgique; une escadrille anglaise bombarde Ostende et une escadrille française le parc d’aviation allemand de Ghistelles. L’armée britannique prend des tranchées près d’Ypres. Nous dissipons des rassemblements à Bailly, entre Oise et Aisne, progressons à Loivre, près de Reims; enlevons trois kilomètres de tranchées en Champagne, entre Perthes et Beauséjour : plusieurs centaines de prisonniers y tombent entre nos mains; dans l’Argonne, un combat se livre dans de bonnes conditions pour nous depuis le Four-de-Paris jusqu’à Boureuilles. Enfin, dans le bois Le Prêtre, au nord de Pont-à-Mousson, nous nous rendons maîtres de quelques blockhaus.
Un sous-marin allemand a coulé le steamer charbonnier Dulwich, de 2115 tonnes, au large de la côte d’Etretat. L’équipage a pu être en grande partie sauvé.
La Suisse a demandé des excuses au cabinet de Berlin, un avion germanique ayant survolé le territoire helvétique.
Un journal officieux de Vienne, la Nouvelle Presse Libre, fait savoir à l’Italie qu’elle n’a à attendre de l’Autriche aucune concession bénévole.

 

Share Button

Mardi 8 décembre 1914

Louis Guédet

Mardi 8 décembre 1914

87ème et 85ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours même tranquillité relative. Je mets à peu près ma correspondance à jour. Renvoyé les objets réclamés par ma chère femme à Madame Léon de Tassigny qui a bien voulu s’en charger. Je suis toujours las ! et désespérant presque de la délivrance prochaine. On insiste beaucoup pour que j’aille à Paris mais j’hésite toujours, à laisser ma maison à l’abandon. Si seulement on apprenait qu’ils se retirent, je partirais aussitôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Détonations des grosses pièces le matin. L’après-midi et le soir, sifflements et obus.

Le Courrier proteste tous les jours contre la censure. Aujourd’hui, il donne d’abord cet avertissement :

Lecteurs Rémois.

Lorsque vous remarquerez des blancs dans nos articles et que ces articles se rapportent à des questions étrangères aux opérations militaires, sachez bien que ces coupures nous sont imposées par la censure civile, parce que nous défendons trop énergiquement à son gré : Vos droits, Vos intérêts, Vos libertés.

Et plus loin, on peut lire cet article, censuré lui-même :

La Presse au banc des prévenus

C’est à M. le Commissaire spécial de la police qu’est dévolue présentement l’illégale censure des journaux rémois.

……………….(supprimé)…………………

Nous entretenons de bons rapports avec la police rémoise et nous collaborons volontiers avec elle dans la chasse aux malfaiteurs de droit commun.

Par contre, il ne nous convient pas du tout d’être placé sous sa coupe, encore moins d’être déféré à ses chefs en attitude de prévenu.

Second point de vue. Une censure policière est forcément une guillotine sèche. Par métier, un commissaire, si équitable soit-il, est disposé à trouve partout matière à incrimination. Alors il ne peut que s’en donner à coeur joie à caviarder, à tailler, à sabrer dans notre modeste prose, qu’il épluche comme il ferait de pièces à conviction.

Troisième point de vue…

Restons-en là pour aujourd’hui et concluons.

Quels que puissent être les mérites de M. le commissaire, nous récusons absolument ce grand inquisiteur civil. Contraint et forcé, nous devrons continuer à lui soumettre nos morasses. Mais nous protestons hautement contre cette double violation de la loi et des convenances.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 8 – Nuit tranquille; Visite du Commandant de corps d’Armée (la 5e armée), Général Franchet d’Esperey (23).

On m’avait demandé (le Dr d’Halluin, sollicité par deux officiers et des soldats rémois) d’aller visiter les tranchées. Le Général Sibert avait dit que si j’allais dire la messe, il y viendrait. Général Rouquerol permettait (n’osant sans doute refuser), le Général Franchet d’Esperey refusa net ; craignant la responsabilité, en cas d’accident, d’avoir accordé une permission contraire aux règlements.? On n’y est jamais sans danger. Général Rouquerol a insisté près du Général Franchet d’Esperey pour la Croix à décerner au Dr d’Halluin.

Nuit tranquille sauf quelques coups de canons, ou bombe, vers 10 ou 11 h du soir.

Je couche dans l’antichambre ou corridor de mon bureau sur cour d’entrée?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 8 décembre

Victoire navale britannique aux îles Falkland

Source : La grande Guerre au jour le jour

Share Button