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Mardi 22 janvier 1918

Paul Hess

22 janvier 1918 – Bombardement. Arrivées en ville. Obus rue de Vesle et au-delà du canal.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 22 – + 9°. Nuit tranquille. Visite du Capitaine Davoust duc d’Auerstadt (sic). Carte de visite avec écrit et un billet de 100 f. du Ministre de la Guerre d’Italie, Général Vittorio Alfieri. Visite du Général de Mondésir ; du lieutenant Colonel Henry et adjoint. Bénédiction de la Croix d’Officier de la Légion d’Honneur. Visite du Capitaine des transports militaires automobiles, avec M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(sic) : Capitaine Davout,duc d’Auerstaedt descendant du Maréchal d’Empire Louis-Nicolas Davout

Mardi 22 janvier

En Argonne, un coup de main effectué dans les lignes ennemies, au Four-de-Paris, nous a permis de ramener une quinzaine de prisonniers et trois mitrailleuses.
Activité des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse et, en Alsace, dans la région du Sudel et de l’Hartmannswillerkopf.
Dans la journée du 20, trois avions allemands ont été abattus, dont deux par le tir de nos canons spéciaux. En outre, quatre appareils ennemis sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats avec nos pilotes.
Les Belges ont repoussé une patrouille ennemie qui s’avançait en radeau vers un de leurs postes avancés de la région de Ramscapelle. Rencontres de patrouilles allemandes et belges dans la région à l’ouest de la forêt d’Houthulst.
Un avion allemand de bombardement revenant de Dunkerque a dû atterrir près de Bulstamp. Les quatre passagers, dont un officier, ont été fait prisonniers.
En Macédoine, l’ennemi, après une violente préparation d’artillerie, a prononcé sur nos positions, à l’ouest du Vardar, une série d’attaques qui ont échoué complètement.
Sur un seul point, l’ennemi avait pu pénétré dans nos tranchées bouleversées. Il en a été chassé aussitôt par une vigoureuse contre-attaque des troupes helléniques.
Combat de patrouilles sur le front italien.

 

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Vendredi 8 juin 1917

Louis Guédet

Vendredi 8 juin 1917

1000ème et 998ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Mille jours de bombardement, c’est formidable et on reste atterré devant ce chiffre !! Et ce n’est pas fini. Nuit tranquille. Temps lourd, orageux. Orage du reste vers 5h. Vu le matin à la Poste Beauvais. Causé du Maire, du Cardinal, de leur rapprochement, et comme c’est un intime du Maire, j’ai su que le Dr Langlet attend une visite du Cardinal à l’occasion de l’incendie de l’Hôtel de Ville. On sent que cela lui fait plaisir. Comme à 2h j’ai reçu la visite de l’abbé Compant, vicaire Général, je lui ai dit mon impression. Il a été absolument de mon avis que le cardinal, après sa tentative du 3 (jour même de l’incendie) ou le commandant de Police l’a prié de ne pas passer le barrage, aurait dû renouveler sa visite quelques jours après. Il doit en parler à Mgr Neveux et au cardinal. J’ai surtout insisté pour que le cardinal affecte de ne pas compter les visites et de montrer qu’il tient à continuer les relations. Le Maire y sera très, très sensible comme je le connais. M. Compant m’a parfaitement compris.

Assez nombreuses lettes, dont une de Mandron, Père, pour me demander un service sur place, et qu’en même temps il me disait que rendant visite au Procureur Général M. Herbaux il y a environ 3 semaines, celui-ci m’avait proposé pour la Légion d’Honneur, qu’il était surpris de n’avoir pas encore cette nomination, et qu’il se proposait de revenir à la charge près du Ministre de la Justice. Mandron m’en félicitait. Ceci concorde avec tout ce que je savais par ailleurs. Fais des courses l’après-midi, rencontré Lesage et Houlon, bavardé rue Libergier au coin de la rue des Capucins avec eux, de Guichard, des rancunes qu’il suscite contre lui pour toutes ces citations et rubans dont il semble le grand dispensateur. Après le Dr Simon qui claque les portes en s’en allant, Malicet, l’économe des Hospices, fait paraitre une tartine sous la signature de son fils pour crier au favoritisme dans le Petit Rémois. Bref voilà bien de l’encre gâchée pour des rubans et des boutonnières qui ne demandent qu’à s’ouvrir. Et j’avoue que j’en ris sous cape, car Houlon et moi (qui sommes aussi les victimes de ces mesquineries) avons pris le bon, le vrai moyen, nous gardons le sourire !! Et…  le beau rôle !… On sent que les autres sont assez épatés de cela. Mais Dieu sait si ma promotion par le Ministère de la Justice réussissait bientôt… (Rayé) tous ces gens-là !! C’est moi qui pourrait me payer leurs…  figures…  Je n’aurais qu’un regret, c’est que Houlon ne soit pas promu aussi de la même façon. Malheureusement ce n’est pas possible…  Je le regrette sincèrement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 8 – + 18°. Nuit tranquille. Via Crucis in Cathedrali vastata. Orage. Visite du Général de Mondésir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Vendredi 8 juin

Dans la région au nord-ouest de Saint-Quentin, un fort parti d’Allemands a tenté vers minuit l’attaque de nos lignes sur un front de 600 mètres. Nos feux, déclenchés avec violence et précision, ont arrêté net cette tentative. Les assaillants, fortement éprouvés, sont immédiatement rentrés dans leurs tranchées de départ.

Au nord du chemin des Dames, l’activité des deux artilleries se maintient très vive sur le front, au sud de Filain.

En Haute-Alsace, un coup de main ennemi, à l’ouest de Bisel, a été aisément repoussé.

Les troupes britanniques ont attaqué les positions allemandes de la crête Messines-Wytschaete, sur un front de plus de 15 kilomètres. Elles ont enlevé partout les premiers objectifs ; elles continuent à progresser sur tout le front.

De très nombreux prisonniers ont été annoncés dans les centres de rassemblement.

Les Italiens ont encore maîtrisé une succession d’assauts autrichiens sur le front du Carso.

Un sous-marin allemand a été coulé par un navire de commerce américain.

La situation est devenue très critique en Espagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 8 novembre 1915

Louis Guédet

Lundi 8 novembre 1915

422ème et 420ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Calme, grand calme, journée grise humide de brouillard tombant. Quelque rendez-vous. Journée fastidieuse. Fait mon courrier,  dont je ne vois jamais la fin. Demain après-midi mon audience de simple Police, à quelle heure rentrerai-je ? J’en ai pour longtemps.

Les journaux ne donnent rien, ne disent rien et surtout ne sont guère encourageants pour l‘avenir. C’est à se demander si on arrivera à une solution heureuse ou si nous n’en n’avons pas encore pour de longs mois. On me disait tout à l’heure qu’on venait encore de démonter la cavalerie et de l’envoyer dans les tranchées, c’est l’abandon de tous les espoirs d’offensive pour tout l’hiver ou le printemps. Tout cela est fort triste. En résumé, c’est l’écrasement de cet héroïque petit peuple. Notre diplomatie a été en-dessous de tout et nos armées ont l’air de prendre le même chemin. De quelque côté que l’on se retourne, c’est l’abîme, l’impasse sans une lueur d’espoir.

Les pages suivantes ont été supprimées. Les journées des 9, 11 et partiellement le 12 novembre ont été recopiées sur un feuillet de format 20cm x 15 cm, très vraisemblablement par son épouse Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tout à fait tranquille. Visite aux Caves Georges Goulet et de Bary, aux 750 soldats y cantonnés. Distribution de médailles.Visite de M. Serge Bosset, rédacteur au Figaro ; Envoyé Spécial du Petit Parisien qui à genoux a baisé mon anneau et nous avait photographiés hier en pas­sant sur la place du Parvis.

Ordination d’un diacre : Raphaël K. de Lille. Visite d’un Major et d’un aumônier militaire. Visite du Général de Mondésir. 100 soldats condam­nés par mois au Conseil de Guerre, pour ivresse et inconduite avec les fem­mes(1). Tous les Colonels et lui sont contents de partir. Il y a longtemps qu’il jugeait les choses malsaines. C’est de Castelnau qui l’a prescrit (?). Quand les soldats restent trop longtemps dans la même ville, ils connaissent tous les lieux où l’on vend en contrebande de l’absinthe, et où il y a des femmes perdues. Le bruit a couru parmi les soldats que c’était moi qui les faisais partir : je n’y étais pour rien.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) La situation particulière de Reims, ville habitée dans la zone des combats, où se côtoient civils et militaires, où les débits de boissons plus ou moins clandestins et les prostituées plus ou moins officielles devaient être très nombreux, posait au Commandement des problèmes quotidiens de maintien de la discipline. L’ivresse et l’inconduite étaient par ailleurs des désordres beaucoup moins graves que les pillages et la diffusion de fausses nouvelles, sans parler de l’espionnage.

Lutte d’engins de tranchée particulièrement active en Belgique (Hetsas, Boesinghe).
En Artois, entre Somme et Oise, et en Champagne, de violents combats d’artillerie ont eu lieu, spécialement dans les secteurs de Givenchy, de Beuvraignes et de Tahure.
Une attaque à la grenade tentée par les Allemands contre nos positions à l’est de la butte de Mesnil a été repoussée.
Une de nos mines à détruit, à la cote 235, en Argonne, une sape allemande dans laquelle l’ennemi était en plein travail.
Combats dans les Vosges, à la Chapelotte. Tir très efficace de notre artillerie.
Des taubes ont jeté huit bombes sur la région de Dunkerque. Un enfant a été blessé.
Sur le front de Macédoine et de Bulgarie nous avons progressé du côté de Rabrovo puis consolidé nos positions. De nouvelles attaques ont été repoussées à Krivolak.
Les Russes ont capturé 8500 Austro-Allemands en Galicie (Strypa) et 700 autres en Volhynie.
Le roi Constantin de Grèce a constitué son cabinet. Le nouveau président du Conseil, M. Skouloudis, groupe autour de lui les anciens collègues de M. Zaïmis. Le roi renonce à dissoudre la Chambre, pourvu que M. Skouloudis y trouv
e une majorité.

Il est possible de commander le livre en ligne


 

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Mardi 22 juin 1915

Louis Guédet

Mardi 22 juin 1915 

283ème et 281ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Canonnade la nuit de 2h à 4h. Puis calme plat. Temps lourd et orageux. Dans l’Echo de Paris (voir aussi Louis Latapie du journal « La Liberté » (Article de louis Latapie (1891-1972) dans La Liberté du 21 juin 1915)) je vois dans une interview du Pape Benoit XV, qui ose ajouter foi à ce que les allemands affirment que s’ils ont bombardé la Cathédrale de Reims c’est parce qu’il y avait un observatoire. C’est faux – archifaux – Il est parfaitement regrettable que Benoit XV accorde crédit à ce mensonge. Attendons ! Quand nous pourrons causer écrire et nous défendre librement.

5h  Terminé mon audience de simple police. Les 70 affaires sont réglées, rien de saillant. Je suis rentré vers 4h fatigué, las, et de plus en plus triste. Vais-je tomber malade !! Je n’en puis plus.

7h  Voici la pluie. Quelle tristesse de plus pour moi. Ne verrai-je donc pas la fin de cette vie de prisonnier, d’emmuré dans mes ruines, devant nos ruines toujours, toujours !!

L’audience a eu lieu comme la dernière fois dans la crypte du Palais de Justice ! Il y faisait juste chaud, je ne vois pas pourquoi on ne l’a pas tenue dans la salle ordinaire, nous aurions été mieux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit troublée par fusillade continue, et par bombes. Vers 2 heures, jusqu’à 3 h 1/2. Visite du Général de Mondésir et de M. Abelé. Visite de M. de Marcheville ; projet de visite à Louvois. Visite de M. Malbois, vicaire de Saint-Sulpice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 22 juin 1915, projet de visite à Louvois

Mardi 22 juin 1915, projet de visite à Louvois


Mardi 22 juin

La situation n’a pas changé au nord d’Arras, il n’y a eu que des actions locales. Nos escadrilles bombardant les parcs d’aviation de l’ennemi, ont détruit quatre hangars, deux avions et un ballon captif. Attaque allemande à l’ouest de l’Argonne, sur la route de Binarville à Vienne-le-Château. Après avoir fléchi, nous reprenons la presque totalité de nos positions initiales. Sur les Hauts-de-Meuse, dans la région de Calonne, nous avons occupé et conservé de nouvelles tranchées. En Lorraine, l’ennemi, évacuant les ouvrages à l’ouest de Gondrexon, s’est replié au sud de Leintrey. Ses pertes ont été sensibles dans la région de Reillon. En Alsace, nous avons pris le cimetière, puis la gare, puis le village de MetzeraL. L’ennemi a été repoussé au Reichakerkopf. Nous avons atteint, plus au nord, le village du Bonhomme. Les Russes ont reculé dans les secteurs nord et ouest de Lemberg, mais ils gardent l’avantage sur le Dniester, où ils infligent de grosses pertes aux Austro-allemands. Guillaume II est venu prendre le commandement en chef des troupes de Galicie. Un nouveau projet d’emprunt a été soumis au Parlement anglais. Le gouvernement autrichien ne pouvant obtenir l’argent voulu des souscriptions libres, va recourir à l’emprunt forcé. Les Italiens ont élargi les positions conquises par eux sur le haut Isonzo.

 

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Mercredi 9 juin

Louis Guédet

Mercredi 9 juin 1915 

270ème et 268ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Calme complet…  pluie chaude et lourde ce matin.

Séance ce matin à 9h1/2 pour les allocations aux…

Le bas de page a été découpé.

…enfants me firent remarquer un arc-en-ciel. Ce n’était pas un arc-en-ciel mais un cercle rond aux couleurs de l’arc-en-ciel qu’il entourait entièrement le soleil couchant, c’était très beau en même temps que singulier. Je n’ai jamais vu cela. Est-ce un signe des temps ? Que sais-je ? Eté voir Mlle Marie Monce vers 5h pour diriger et conseiller le sauvetage des vieilles choses de valeur de sa maison. Encore toute émotionnée elle m’a conté les tentatives malpropres et audacieuses du commandant, officier d’État-major du général Cassagnade, associé de la Maison Deutz et Geldermann d’Ay. Un joli Monsieur ! ma foi ! Je lui ai conseillé de se barricader chez elle avec son frère et je dois aller la revoir demain à 5h, heure à laquelle ce saligaud là lui a dit qu’il reviendrait pour voir si elle serait mieux disposée à satisfaire son sadisme !…  Et dire que tous ces galonnés là embusqués sont tous les mêmes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit très tranquille ; journée calme. Aéroplanes allemands ; les Français tirent sur eux.
Visite au Général de Mondésir, maison Erhard et au Lieutenant-Colonel Colas, maison Mathieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Renée Muller

9 – 10 je vais à Taissy – 11 – 12 – 13 – messe près du pont du canal

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mercredi 9 juin

Très vives actions d’artillerie dans la région de Notre-Dame-de-Lorette. Plusieurs attaques d’infanterie ennemie ont été repoussées : après quoi, nous avons réalisé de nouvelles avances.
A Neuville-Saint-Vaast, nous avons enlevé des maisons dans la rue principale et la totalité de l’îlot ouest du village.
Dans le Labyrinthe, après avoir refoulé une offensive, nous avons accompli de légers progrès.
A Hébuterne, les tentatives faites par les Allemands pour ressaisir leurs positions ont échoué. Nous leur avons enlevé plusieurs lignes de tranchées sur un front de 1200 mètres en capturant environ 150 hommes. Un combat d’artillerie s’est développé au nord de l’Aisne.
Les Russes ont reculé en arrière de Przemysl, mais ont affirmé leur supériorité dans la région du San inférieur.
Les Italiens se sont fortement cantonnés sur les deux rives de l’Isonzo, où leurs effectifs augmentent de jour en jour.
Le bruit de la mobilisation générale court à Sofia.
La presse allemande marque des craintes au sujet de l’attitude de la Roumanie.
M Bryan, secrétaire d’État de l’Union, a donné sa démission.

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