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Mercredi 27 février 1918

Louis Guédet

Mercredi 27 février 1918

1265ème et 1263ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps pluvieux, je suis exténué, je ne dors plus. Ces insomnies me tuent. J’ai hâte d’aller me reposer à St Martin.

8h soir  …Couru… Reims. Je suis nerveux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

février 1918 -Suite du défilé, à la mairie, d’habitants de Reims à qui ont été remis des ordres de départ et qui viennent demander un sursis de quelques jours à leur évacuation.

Les capitaines Linzeler et La Montagne, auxquels est venu se joindre aujourd’hui M. Pizot, secrétaire général de la préfecture, se tiennent toujours là, en permanence, pour recevoir les doléances et accorder ou refuser le répit sollicité.

Quelques lignes complémentaires sont venues s’ajouter – aujourd’hui à l’avertissement officiel déjà publié hier dans L’Éclaireur et signé : La commission mixte. Les voici :

Les habitants qui désirent que les camions aillent les prendre à domicile, sont priés de se faire inscrire à la mairie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 27 – Nuit tranquille. + 6°. Visite de Mlle Mahieu. Visite du Général Petit qui nous invite à dîner samedi ; aux Colonels Bonnery et Coignard, aux Sœurs de St-Vincent de Paul. Expédié lettre aux Évêques de la Province pour retarder l’assemblée annuelle. A 9 h. soir, pendant 5-10 minutes, bordées de bombes (sur batteries ?). L’Évacuation continue.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 27 février

Lutte d’artillerie assez vive sur la rive droite de la Meuse (région de Beaumont).
Sur le front britannique, un détachement ennemi qui tentait un coup de main sur un poste de la région de Saint-Quentin, a été rejeté par les feux d’artillerie de nos alliés et leurs jets de grenades, avant d’avoir pu aborder les réseaux.
Un autre détachement qui attaquait un poste au nord de Passchendaele a été également repoussé.
Nos alliés ont fait un certain nombre de prisonniers dans la partie nord du front.
Activité de l’artillerie allemande au sud-ouest de Cambrai, dans la vallée de la Scarpe, au sud d’Armentières et au nord-est d’Ypres.
L’artillerie britannique a attaqué et dispersé des groupes de travailleurs ennemis dans la région de la Bassée.
Les aviateurs anglais ont fait du réglage et des reconnaissances. Ils ont jeté des bombes sur divers objectifs, cantonnements, convois, etc. Les pilotes britanniques ont jeté plus de deux cents bombes sur des champs d’aviation ennemis vers Courtrai et sur des cantonnements au nord-est de Saint-Quentin. Ils sont tous rentrés indemnes.
Hertling et Payer ont parlé au Reichstag, l’un sur la situation internationale, l’autre sur la politique intérieure.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 2 février 1918

Louis Guédet

Samedi 2 février 1918

1240ème et 1238ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La Chandeleur !! Que de charmants souvenirs d’enfance pour moi. On fêtait naguère ce jour chez moi, on assistait à la messe et l’on rapportait son cierge bénit. Tout cela est passé. Cela me semble d’une telle fraîcheur. On ne reverra jamais plus cela avec cette époque d’incroyance et d’indifférence. La Chandeleur !! souvenirs de ma première jeunesse. Adieu ! Je suis sous les bombes par ce soleil magnifique. Il fait froid.

Rien de saillant depuis hier soir, calme relatif. Ce soir je paie mon pari avec Beauvais, dans le « Condreux-club » à L’Homme d’osier, 72 rue de Vesle, où se réunit ce singulier petit clan…  de purs ! et où se décident bien des rubans. Lenoir et Guichard y seront avec les habitués, Happillon, Dor, lieutenant Migny, Condreux le propriétaire de céans, Beauvais.

Demain je déjeune chez Houlon qui est heureux, à ne pas décevoir de la certitude de son ruban.

On doit prendre des Hospices quelques uns de mes cartons d’archives à mettre en consigne à la Gare d’Épernay d’où je les ferai suivre avec moi mercredi. Pourvu que le service de l’Évacuation de Migny me prenne le reste !! À la Grâce de Dieu !

Temps magnifique ! Trop beau ! Hélas ! car par ce soleil radieux, gare les bombes, etc…  etc… Pour nous, pauvres Rémois, nous préférons la pluie, les temps maussades. Nous sommes moins bombardés.

5h soir  Rien de nouveau. Avions, bombardement après-midi par salves. Lettre de ma chère femme souffrant toujours de douleurs, la malheureuse. J’organise mon départ pour le 6. J’ai hâte de partir. Ce soir, réunion avec Beauvais, Condreux. Demain je noterai ce qu’il en est et aura été.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 février 1918 – L’Eclaireur de l’Est donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui a eu lieu le 30 janvier.

A cette réunion, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, dans le local actuel de la mairie, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints ; Chezel, Demaison, Charles Heid- sieck, Gustave Houlon, Jallade, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont.

Dans l’ordre du jour, figurait l’examen du compte administratif communal de l’exercice 1916. Le rapporteur était M. Demaison.

Le journal dit :

Mennesson-Dupont qui préside à ce moment la séance, fait part au maire de l’approbation de ce compte par le conseil et rend hommage au zèle et à la compétence du maire et de ses adjoints, ainsi qu’au dévouement du personnel resté fidèle à son poste.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 février – Purification. – 2°. Beau temps. Visite du Colonel Coignard du 108e, et du Docteur du régiment. Après-midi rendu visite. Visite à M. Houlon. Visite du Capitaine de Beaumont de Brie ? Breton, connaissant les Colbert, les Chabot, les La Bretèche, les De Nonas (?). Avions, tir contre eux. 5 bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 février

Nos détachements on réussi divers coups de main dans la région de Nieuport et au nord-ouest de Reims. Nous avons fait des prisonniers et ramené une mitrailleuse.
Dans la région nord-est de Flirey, un fort parti ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes a été dispersé par nos feux.
Les Anglais ont brisé sur leur front, une tentative de coup de main effectuée par l’ennemi, à l’ouest d’Arleux-en-Gohelle. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande vers Lens et Gouzeaucourt.
Sur le front italien, après de nombreuses et vaines tentatives pour enlever à nos alliés les gains obtenus dans la région de Sasso Rosso, l’ennemi a commencé une action plus intense sur le mont Val Bella.
Les assaillants, par un feu de barrage foudroyant et rapide, ont été obligés de se replier sur leurs positions de départ avant d’avoir pu prendre contact avec la ligne italienne.
Tirs d’artillerie sur le reste du front. Echec d’un groupe autrichien dans le val Giudicarie.
Activité de patrouilles entre Posina et l’Astico.
L’ennemi a jeté des bombes sur Bassano où l’on signale quelques blessés.
Le bilan rectifié du raid des gothas sur Paris est de quarante-neuf morts et deux cent sept blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Vendredi 18 janvier 1918

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – + 12°. Via Crucis in Cathedrali à 8 h. Bombardement de 1 h. à 3 h. repris un peu plus tard, assez actif, pas loin de nous. Visite du Colonel Coignard et d’un capitaine du 108e.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 18 janvier

Activité d’artillerie au sud de Saint-Quentin, dans le secteur de Maisons-de-Champagne ainsi que dans la région à l’ouest des Monts.
Sur la rive droite de la Meuse, une patrouille allemande qui tentait d’aborder nos petits postes dans la région de Samogneux a été dispersée par nos feux.
Nous avons, à l’est de la tranchée de Calonne (secteur des Eparges), exécuté un coup de main qui nous a permis de pénétrer profondément dans les positions allemande. Leur incursion faite, nos troupes sont rentrées indemnes dans leurs lignes.
Sur le front britannique, incursion des troupes ennemies au nord-ouest de Saint-Quentin. Succès d’un coup de main de nos alliés dans la même région.
L’artillerie belge a contrebattu efficacement plusieurs batteries ennemies active dans les régions de Ramscapelle et de Dixmude. Nos alliés ont canonné les tranchées ennemies ainsi que des fermes occupées par l’ennemi en bordure de l’Yser.
Sur le front macédonien, activité d’artillerie dans la boucle de la Cerna.
Les Italiens ont résisté victorieusement à une nouvelle poussée autrichienne. Ils ont fait subir de lourdes pertes à l’ennemi et ont capturé des prisonniers.
On commente un article du Fremdenblatt, journal officiel du gouvernement austro-hongrois, qui prend à partie Bülow et les pangermanistes et soutient Kuhlmann, menacé par le parti militaire allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Vendredi 4 janvier 1918

Louis Guédet

Vendredi 4 janvier 1918

1211ème et 1209ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Gelée très forte. 18 degrés au-dessous de zéro. Nous sommes glacés. On n’a l’idée de rien faire. Peu ou pas de courrier. Visite au curé de Cheppes par ce froid, mais il fait un soleil magnifique. Rentré à l’instant, la nuit tombe déjà. Robert nous dit qu’il va bientôt rentrer en ligne. Pauvres enfants ! André repart lundi à St Étienne de Châlons et moi-même il me faut songer aussi au retour, plus désespéré que jamais, surtout avec toutes ces craintes et menaces d’attaques !! Que Dieu nous garde, hélas !! Le fera-t-il ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 4 – 8°. Beau temps, très froid. Via Crucis in Cathedrali de 8 h. à 8 h. 1/2. Visite à M. Biaise ; à l’Enfant-Jésus, à Rœderer, au Général Leroux, au Capitaine du Génie 177 rue de Courlancy, aux Frères, au Major de la Garnison, au Colonel Cognard. Reçu visite de M. Sainsaulieu et du Général Baudemoulin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 janvier

Actions d’artillerie assez vives, notamment sur le front de l’Aisne, dans les régions de Landricourt et des Cavaliers-de-Courcy, ainsi que dans le secteur de Maisons-de-Champagne et sur la rive droite de la Meuse.
Deux coups de main ennemis, l’un au sud de l’Oise, l’autre au Cornillet, ont complètement échoué.
Au nord-est de la Pompelle, nous avons exécuté un raid et ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, l’ennemi a exécuté des coups de main dans la région d’Oppy, au sud et au sud-est de la Bassée. Ces coups de main ont échoué et nos alliés ont fait des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande à l’est d’Epéhy.
L’aviation britannique a jeté 200 bombes sur divers objectifs, notamment sur le champ d’aviation d’Ongelsmunster et un dépôt de munitions de la région de Courtray. Deux appareils allemands ont été abattus en combat aérien et deux autres, contraints d’atterrir, désemparés.
Sur le front britannique de Macédoine, activité d’artillerie réciproque.
Sur le front portugais, quelques actions d’artillerie. Une tentative ennemie sur la première ligne a aussitôt échoué.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 19 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 19 décembre 1917

1195ème et 1193ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ. Parti dimanche matin, arrivé à Épernay vers 10h1/2, couru aussitôt à la Banque de France d’Épernay qui était heureusement ouverte, pour me débarrasser de mes 62 000 F d’or et billets. Ensuite couru à la Mairie de Magenta pour recevoir le contrat de mariage pour Montaudon. Nous attendons 1/2 heure et les futurs mariés manquent à l’appel. Je refixe rendez-vous 30, rue François-Lanier (rue Jean-Moulin actuellement) à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay, ancienne dépendance d’Aÿ, et rattaché à Épernay en 1965) où je dois faire mon adjudication pour Jolivet, et puis retourner rejoindre Dondaine, Landréat et Jonval mes aides pour la vente, et nous déjeunons rapidement dans un restaurant de la Place de la Gare. Puis filons rue François-Lanier et commençons aussitôt l’adjudication. Tout se vend hors de prix, surtout literie et linge, des matelas 129 à 136 F à une seule personne, de petits draps pour lit seul 50 à 60 F, plus 10% !! et tout à l’avenant. Il y avait foule. La vente jusqu’à ce jour marche admirablement, et je compte avoir fini demain. J’atteindrai facilement 20 000 F, j’en suis heureux pour Jolivet. A 4h1/2 nous sommes arrêtés par la nuit. Je vendais devant la porte et on me passait les objets par la fenêtre de la maison où était accumulé ce mobilier.

Heureusement que Dondaine avait pu trouver ce local chez des réfugiés de Beine, M. Bouquant, boulanger (Paul-Anatole Bouquant (1868-1940)), qui avait été surpris avec sa femme et sa fille à Beine par les allemands. Ils y étaient restés 4 mois, puis on les avait expédiés vers Poix-Terron. Enfin, au bout de 8 mois les allemands les autorisèrent à rentrer en France, où ils sont venus se réfugier à la Villa d’Aÿ où je procède et où ils tiennent une épicerie et le soir une boulangerie.

De 4h1/2 à 7h du soir nous tuons le temps dans un café voisin tenu par un ancien G.V.C. (Garde des Voies de Communication, Service de Sécurité sous l’autorité militaire jusqu’au 2 février 1919) que j’ai pris dans ma voiture (un jour que je rentrais à Reims) pour le déposer à La Haubette. Dondaine, Landréat et Jonval avec un revendeur émigré de Reims, M. Beuzeville, rue des Créneaux à Reims, boivent de la tisane de Champagne à 6 F la bouteille ! et quelle tisane ! comme des éponges, moi je les regarde, enfin le C.B.R. (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) arrive et nous y montons pour aller à Aÿ où Dondaine me donne l’hospitalité dans le local où nos archives sont réfugiées !! Nous dînons et nous couchons tôt. Le lendemain je pars à 9h à Épernay à pied, 3 kilomètres. Il a neigé la nuit, mais la route est bonne. Je vois à la Banque de France  quelques papiers dans mon coffre-fort. J’en remets, puis je vais au Tribunal où je vois le Procureur de la République de Reims, toujours aussi affable. Causons de choses et d’autres, et notamment de cette histoire de transfert de mes justices de Paix dans un village de mes cantons des environs de Reims. M. de Courtisigny me dit très gentiment que nous ne nous sommes pas compris, attendu que ce n’était qu’une question discutable. Bref il a interprété ma réponse comme il croyait le faire pour le mieux, car il est entièrement opposé à mon déplacement. Et il me conte que Lenoir lui avait écrit une lettre assez vive où il prétendait que c’était Merlin, conseiller général d’Épernay qui se serait mêlé de cette affaire, et il demandait au pauvre Procureur s’ils étaient l’un et l’autre chacun d’un côté de la manicorde !! (Instrument de musique avec une seule corde pincée)

Bref mon pauvre Procureur lui a répondu que non, et a donné toutes explications désirables à Lenoir qui lui a répondu par une lettre fort aimable, et conclusion tout s’est bien passé. Le Procureur m’a ajouté qu’il considérait cette question de transfert comme complètement enterrée. Je le souhaite, car cela passait à l’état de scie. M. Osmont de Courtisigny n’a pas voulu me dire comment il s’est couché auprès de la Chancellerie, mais il m’a laissé entendre qu’il conclurait comme je le désirais. Il paraissait s’amuser beaucoup de cette histoire, mais je crois que la charge à fond de Lenoir a été une très bonne chose, car le Tribunal saura que je suis soutenu de ce côté. Le Procureur comme le Président et les autres juges de Reims paraissent très montés contre le Docteur Langlet, le maire de Reims, et contre de Bruignac.

Je quitte le Procureur pour voir le Président Hù qui m’emmène avec M. Texier déjeuner avec lui. Il m’attrape comme de coutume. J’y suis habitué et le laisse dire car je sais qu’il m’aime et m’estime. Nous achetons ensemble mon beefsteak et déjeunons rapidement à cause de mon adjudication que je reprends à 1h. Le Président me fait une charge à fond contre le Maire, et Texier contre de Bruignac qu’ils traitent tous deux d’entêtés ce qui est vrai, et Texier ajoute qu’il ne croit pas que de Bruignac voit juste et soit très intelligent. M. Hù me taquine sur ma décoration et me dit qu’on me pendra non pas le cou mais par la boutonnière avec un ruban rouge. Il a vu Leroux à la Chancellerie il y a 8 jours qui lui a affirmé que ce serait très prochainement. Je quitte mon hôte à 1h et je reprends ma vente, jusqu’à 4h1/2. Dans la boue, mais il ne pleut pas heureusement. Nous stationnons dans notre fameux café où mes lascars Dondaine, Jonval et Landréat épongent, épongent la tisane de l’ex G.V.C. Tramway à 7h, dîner chez Dondaine, et nous nous couchons.

Le lendemain mardi je repars à Épernay à pied. Il a gelé il fait très bon à marcher, beau temps, gris mais beau temps. A la gare je me heurte à Girard qui arrive de Paris avec Lutta, il me donne rendez-vous pour demain ce soir 5h Hôtel de l’Europe, ayant à me causer.

Je vais au Crédit Lyonnais, et de là voir le Vice-président M. Bouvier pour une taxe, où il m’associera plus que je ne le pensais, et surtout exige que je ne partage pas mes honoraires avec un confrère (?) mobilisé d’un des intéressés qui a fait presque du chantage à mon entour pour obtenir ce partage. J’avais cédé par bonté et pour avoir la paix ! Bouvier m’a défendu sous peine de poursuites disciplinaires de lui donner ce que je lui avais promis, sauf une 50aine (cinquantaine) de Francs pour quelque travail que ce fameux Bourcillier, notaire à Givry-en-Argonne, embusqué vaguemestre Hôpital 26 à Bar-le-Duc, avait fait pour aller soi-disant plus vite et m’aider, mais surtout pour me substituer la moitié de mes honoraires quand il avouait lui-même qu’il avait donné 20 F pour ce travail !! Je dois le revoir ce soir à 5h pour en recauser et mettre ma préparation de taxe au point. Je quitte à midi et cours déjeuner au buffet. En passant devant l’autobus j’y vois Charles Heidsieck qui va à Mareuil-sur-Aÿ à ses caves et me donne rendez-vous demain matin ici à Aÿ chez Dondaine pour me causer.

Au buffet vois Fournier de la Maison Werlé et le sous-lieutenant automobiliste du service des déménagements de Reims 70 rue Libergier. J’en profite pour demander à celui-ci de m’envoyer aujourd’hui avant midi le dernier camion de mobiliers Gardeux à vendre. Si je l’ai j’aurais fini demain et pourrai repartir à Reims (jeudi) à 3h. Je cours à mon adjudication jusqu’à 4h1/2. De là au Palais de Justice voir Bouvier qui explique mon affaire de taxe au Procureur. Je crains bien que ce dernier ne tourmente mon Bourcillier à ce sujet s’il veut faire le récalcitrant – à ma taxe – Le Procureur me dit que le Général Commandant la 5e Armée insiste auprès de lui pour qu’on ouvre au plus tôt les 6 coffres-forts trouvés par la troupe dans les décombres des maisons avenue de Laon 3 – 5, et rue Lesage, ouverture à laquelle je dois procéder comme juge de Paix en présence d’une commission militaire et le séquestre Lepage. Nous décidons de procéder à cela samedi 22 courant à 1h sur place. Le Procureur se charge d’en aviser à l’instant l’autorité militaire, Lepage et Monbrun, mon commis greffier, par dépêche. Je les quitte et vais retrouver toujours au même endroit mes éponges, dévouées quand même, chez le même « troquet », mais quels gosiers !! Nous prenons notre tram pour Aÿ, toutes lumières éteintes comme toujours. Nous dinons et nous nous couchons à 9h. Il fait froid toute la nuit, il gèle très fort.

Je me suis bien amusé hier lors d’une réflexion que m’a fait le concierge du Palais de Justice d’Épernay. Comme je sortais celui-ci, voyant que j’allumais ma lampe électrique de poche pour voir les marches du trottoir et ne pas me casser une jambe ! « Monsieur ! n’ouvrez pas si longtemps votre lampe car on a signalé des avions allemands !! » Sans commentaires. Ces Sparnaciens sont ridicules avec leur frousse. Triste moral. A les entendre ils sont bien plus exposés que nous à Reims !! Comme si les avions pouvaient voir la lumière de ma lampe de poche !! Ils deviennent grotesques. Durant ma vente une fois ou 2 on entendit de forts coups de canons. De suite les curieux prenaient leurs jambes à leur cou pour rentrer dans des maisons !!… Ce que je riais à part moi.

10h  Je vais aller voir Archambault, clerc de l’Étude de Lefebvre, mon confrère d’Aÿ décédé, et si Mme Lefebvre veut me recevoir je lui rendrais visite. Nous devons déjeuner à 11h pour partir à midi reprendre notre vente à la Villa. J’espère avoir mon convoi et débloquer fortement aujourd’hui, pour n’avoir plus rien ou presque demain avant mon départ à Reims à 3h.

Ces 5 jours auront été fort fatigants, (criant seul les enchères) mais d’un autre côté cela m’a été un vrai repos moral. Dondaine vient de recevoir de (bonnes) meilleures nouvelles de sa femme qu’il a été obligé de mettre à la maison de santé de Châlons. J’en suis heureux pour ce pauvre garçon, si dévoué et fort intelligent. C’est une belle intelligence notariale, très doué…

Nous devons avoir à déjeuner notre voisin Lechenet, juge de Paix de Bourgogne, un vieux garçon fort original mais brave homme en soit. Qui paie en ce moment sa vivacité, ayant un jour giflé son greffier. Du coup il fut envoyé en exil à Bourgogne…

Je pars chez Lefebvre, il est temps, à demain soir mes notes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 décembre 1917 – Bombardement la nuit, sur le quartier Saint-Remi. Une tren­taine d’obus, dont seize dans la rue Fléchambault.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – – 4°. Nuit agitée autour de Reims. Activité de nos batte­ries. Mitraillades, fusillades, fortes canonnades contre avions allemands, dit-on, entre 2 et 3 h. Matinée bruyante entre artilleries adverses. Tirs con­tre avions allemands. Vers 2 h. bombes allemandes sifflent. Visite au Com­mandant de l’Epinay et au Colonel Coignard (rue Jeanne d’Arc). Vers 6 h. bombes sifflent de temps en temps, par paquets jusqu’à 9 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Lundi 10 décembre 1917

Paul Hess

10 décembre 1917 – Beau temps. Tir sur aéros.

Les « saucisses » ont fait leur réapparition, de part et d’autre, sur les lignes. Canonnade sérieuse de temps en temps.

Au cours de la nuit, entendu passer et repasser des avions, à plusieurs reprises.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 10 – + 2°. Nuit tranquille. Visite à M. le Doyen de Saint-Jacques et au Colonel Coignard du 108e, rue Jeanne d’Arc. A 8 h., violente canon­nade française. Mademoiselle Jeanne Givelet tuée à Cormontreuil par un obus tiré contre avion. Elle revenait de l’église, où elle était allée remettre l’ordre et nettoyer, lorsque l’obus l’atteignit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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