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Jeudi 21 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 21 mars 1918                                                       

1287ème et 1285ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Le Printemps aujourd’hui. Journée de Printemps très chaude mais peu ensoleillée. Le temps a l’air de se mettre au beau. Du courrier passablement auquel j’ai répondu : lettre de Marguerite Grenier, de Nancy. Pauvre fille. Souvenirs du siège de Paris (Louis Guédet a vécu le siège de Paris avec ses parents en 1870 – 1871). Que c’est vieux, que c’est loin. C’était la Guerre à l’eau de roses ! Elle me félicite de mon ruban. Eté à Vitry-la-Ville chercher de la salade à planter, cette fois, et attendre Jean qui rentrait de Paris. J’ai à travailler, quoique je n’y ai guère le goût !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – + 5°. Nuit tout entière très active et très bruyante des deux côtés. Visite aux ouvriers qui établissent un passage de notre cave à celle du voisin. 3 obus sur la Cathédrale au chevet. 4 h. 30 nouveaux coups sur la Cathédrale : 4 obus ont atteint l’édifice. Visite du Capitaine Luizeler. Bombardement terrible toute la nuit, surtout vers 11 h. à 12 h. 1/2. Bombes tout autour de nous. A 2 h., 2 sur maison Miltat ; 1 sur maison Lefort, 1 cour de la maison n° 8, 4 au bon Pasteur, 1 dans notre jardin, juste au milieu ; les éclats sont projetés dans l’angle de mon Cabinet et de la maison voisine Miltat ; percent mes persiennes, abattent la moulure de ma table de travail, transpercent le dos d’un fauteuil, du canapé (pied), le parquet. Un petit éclat s’incruste dans un de mes candélabres en bronze. Il y en a dans la chambre de Mgr Neveux, qui percent la cloison. Ce fut terrible. Il y eut des gaz dans la cave où couchaient les Sœurs, qui pleuraient, se mouchaient, bavaient ; dans le réduit d’Ephrem. Nous avons mis nos masques. Recouchés vers 1 heure. Porte…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 mars… Deuxième bataille de Picardie

Assez grande activité de l’artillerie ennemie en Champagne, sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre.
Après de vifs bombardements, l’ennemi a engagé, sur plusieurs points du front, des actions d’infanterie qui n’ont pas obtenu de résultat.
Au Nord-est de Reims, un coup de main allemand a été aisément arrêté.
Dans le secteur de Souain, l’ennemi a, par trois fois, tenté d’aborder nos ligues et a dû se replier sous la violence de nos feux, après avoir subi des pertes sérieuses.
En Woëvre, dans la région du bois Brûlé, les Allemands ont lancé une forte attaque. Après un vif combat, nos troupes ont rejeté les fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied dans quelques-uns de nos éléments avancés.
En Lorraine, une forte attaque ennemie sur nos positions au sud d’Arracourt a donné lieu à un violent combat corps à corps. Nos troupes ont partout gardé l’avantage et repoussé l’ennemi en faisant des prisonniers.
Nous avons effectué des incursions dans les lignes allemandes à l’est de la Suippe.
Nos bombardiers ont lancé 13.000 kilos de projectiles sur les établissements, terrains d’aviation, cantonnements, et gares de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du lac Doiran, dans la région de Dobropolié et antour de Monastir.
Sur le front britannique, les Portugais ont repoussé des coups de main ennemis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Vendredi 15 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 15 mars 1918                                               

1281ème et 1279ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique, froid avec vent d’Est. Eté à Vitry-la-Vile retirer mes malheureux bagages qui sont arrivés à bon port. Travaillé toute la matinée à les reconnaitre. Courrier assez court. Lettre de Madame Georges Herment, veuve de mon ancien clerc, notaire à Doullens (Somme), tué en novembre 1915 (Lieutenant au 5e RIT, tué le 10 octobre 1914 à Beaucamp (59)), qui m’annonce son projet de remariage avec le Capitaine Baquet, du 122e d’Infanterie, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, 50 ans (Raymond Léandre Baquet, né en 1868, mariage le 9 juillet 1918), et me demande la marche à suivre pour son fils de son premier mariage (Raymond Herment (1903-1965)), et si je consentirais à être son subrogé tuteur, comme je l’avais déjà accepté. La pauvre petite femme a, je crois, raison. Elle n’aurait jamais pu élever seule son fils, le fils de mon malheureux clerc, Herment, que j’avais en profonde estime. Je lui réponds que j’accepte en souvenir du père. Cette lettre m’a néanmoins laissé songeur et mélancolique toute la journée. Je ne pouvais distraire ma pensée de ce pauvre Herment mort si courageusement, lui homme de tout devoir ! Tout cela vous attriste et vous endeuille. Que de souvenirs soulevés et remués en mon âme par cette lettre ! Que tout passe ! même le souvenir des disparus !! Pauvre Georges Herment !! Brave et honnête garçon, caractère assez singulier, un peu paradoxal, mais sérieux, sûr et de devoir – surtout – Je suis certain qu’il s’est fait tuer par devoir. Pauvre Herment ! Il est certes plus heureux que ceux qui restent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Paris, 15 mars 1918 – Le bel immeuble devant abriter provisoirement la mairie de Reims est situé 19, avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Py­ramides. Sans transition, du jour au lendemain, nous nous trouvons ainsi transplantés au milieu d’un cadre somptueux, dans l’une des plus jolies perspectives de Paris, après avoir vécu si misérablement dans les ruines de Reims.

A 9 h, sont réunis en cet endroit, dans les superbes apparte­ments du premier étage, où fonctionnait, avant la guerre, une ban­que autrichienne, M. Émile Charbonneaux, adjoint au maire, MM. Perotin, directeur du service de l’architecture de la ville de Reims, Cullier, chef du bureau de la comptabilité, Coûtant conducteur à la voirie, rattaché depuis peu à la « comptabilité » et moi-même.

Em. Charbonneaux fait reconnaître les locaux et prend les dispositions avec M. Perotin pour les aménagements du cabinet de l’administration municipale, du secrétariat, où pourront être grou­pés différents bureaux annexes, du bureau de la comptabilité et de la recette municipale, dont les emplacements sont choisis et dé­terminés.

A la suite de démarches qu’il a faites, M. Em. Charbonneaux est à même de nous apprendre que les archives, qui sont parties de Reims derrière nous, pourront être placées dans le sous-sol de l’Office colonial, au Palais Royal.

Em. Charbonneaux nous annonce en outre qu’il serait en mesure de faciliter le logement, à Paris, d’une partie du personnel évacué et à venir — car les camarades restés à Reims ne tarderont pas à suivre.

Nous nous rendons avec lui, 281 rue Lecourbe, afin de visiter une maison nouvellement construite, dont les installations intérieu­res sont sur le point de se terminer et nous sommes très heureux qu’il veuille bien nous guider, et même venir avec nous en voir le propriétaire, en vue de résoudre, au plus tôt cette importante question. Les conditions de la location des logements de cet im­meuble sont examinées et arrêtées séance tenante. Cullier retient immédiatement un appartement, avec chambre indépendante au troisième étage du bâtiment sur cour et il est entendu qu’il me sous-louera la chambre.

Cette matinée si utilement employée, le groupe, avant de se séparer de M. Em. Charbonneaux, tient à le remercier de l’aménité avec laquelle il s’est préoccupé aussi bien des intérêts particuliers, que de l’organisation complète des services.

Les collègues nous quittent à une station du nord-sud et nous décidons, Cullier et moi, de déjeuner dans les environs. Nous esti­mons avoir lieu d’être satisfaits de ce qu’aient été résolues si rapi­dement, les différentes choses essentielles concernant notre nou­veau genre d’existence, puis nous projetons de nous rendre dès cet après-midi à la maison Walbaum, transférée à Paris, afin d’y de­mander le déchargement, en gare de la Villette, du wagon qui y est arrivé avec nos archives, ainsi que leur transport, pour partie avenue de l’Opéra 19 et pour la plus forte charge, rue de Valois, au Palais Royal.

Avant de nous remettre en route pour ce déplacement, nous faisons une courte promenade dans le quartier de notre futur do­micile. A cette heure et par une belle journée déjà printanière, il nous est très agréable de circuler librement. Nous avançons en échangeant nos impressions nouvelles ; au coin des rues Dombasle et de la Convention, nous nous arrêtons pour nous reposer un instant dans un bar — il est 13 h 3/4.

Il n’y a pas longtemps que nous sommes entrés — cinq mi­nutes à peu près — lorsqu’une très violente et formidable explo­sion, qui a fait vibrer tout dans l’établissement, se produit soudai­nement ; elle est suivie de deux ou trois autres plus sourdes, tandis qu’un énorme nuage blanc apparaît au loin, se détachant dans le ciel bleu. On court de tous côtés, dans les rues, pour chercher un refuge : Les Gothas ! a-t-on entendu crier ; patron et patronne sont disparus dans la cave — et nous nous apercevons que nous som­mes restés seuls dans le bar, devant nos tasses de café. Il nous semble que cela s’est passé dans la direction nord-est, à l’extrémité de Paris probablement, et nous sommes d’accord pour conclure qu’une importante usine vient sans doute de sauter.

En nous rendant alors à la maison Walbaum, rue de Tanger, précisément dans le sens de l’explosion, il nous est donné de voir, de moins loin, de fortes colonnes de fumée, remarquées dès la sortie du métro, et paraissant annoncer un incendie immense — puis, en allant toujours, d’apercevoir la foule au milieu de laquelle passent, se suivant de près, bon nombre de taxis transportant des blessés.

Nous apprenons enfin qu’une épouvantable catastrophe s’est produite. Un dépôt considérable de munitions, composé principa­lement de grenades, a été détruit à La Courneuve. Il y a quantité de victimes — les journaux, le lendemain parlent d’une trentaine de morts — et les dégâts qui se sont étendus, rasant, ravageant tout jusque dans un rayon éloigné, sont des plus sérieux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 15-0°. Nuit à peu près tranquille, sauf quelques obus de temps en temps jusqu’à 4 h. A 4 h. 15, heure solaire, violente canonnade aux Cavaliers de Courcy. Via Crucis in Cathedrali, 7 h. 30 à 8 h. 30, mugiente canone. A 6 heures, des éclats d’un obus contre avions viennent frapper nombreux dans l’angle de mon cabinet avec la maison Miltat. 6 h. Visite du Capitaine Luizeler, de l’architecte et de M. de Bruignac au sujet du 2e radio-télégramme de l’ennemi relatif au poste d’observation optique qu’il prétend avoir aperçu sur la Cathédrale. On me remet les clefs des serrures de l’enclos et des portes de la Cathédrale pour que je les gardé. Ma Note paraît dans l’Écho de Paris auquel elle a été transmise par le Ministère ou la Commission de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 mars

Légère activité d’artillerie de part et d’autre en Champagne, dans les régions des Monts, dans les Vosges, à l’est de Saint-Dié et dans la région de l’Hartmannswillerkopf.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Neuf mille huit cent kilos de projectiles ont été lancés sur les gares, usines et terrains d’aviation de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et au nord-ouest de Monastir.
Nombreux bombardements exécutés par les aviations alliées sur la ligne Sérès, Drama, sur les dépôts ennemis de la vallée du Vardar et sur la gare de Berauci, au nord de Monastir.
Sur le front britannique, nos alliés ont exécuté des coups de main sur les tranchées allemandes, au sud-est d’Epehy et ont ramené des prisonniers.
Des tentatives de raids ennemis, au nord de la voie ferrée d’Ypres à Staden, ont complètement échoué.
Activité des deux artilleries au sud-ouest de Cambrai.
Recrudescence de l’activité de l’artillerie allemande, dans les secteurs de Neuve-Chapelle et de Fauquessart.
Combats de patrouilles et d’artillerie sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 13 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 13 mars 1918                                               

1279ème et 1277ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps magnifique. Rien de saillant. Les journaux insignifiants, néanmoins ils ont l’air de dire que le Japon va intervenir. Puissent-ils dire vrai et éviter le grand choc sur notre front. Cette pensée m’obsède et me tue. Peu de courrier. Travaillé à mettre au point quelques actes ! Je m’acharne au travail pour ne pas penser. Eté à Songy porter des lettres, revenu par la prairie, je suis éreinté ! Il faisait pourtant un temps idéal, mais mes tristes pensées m’obsèdent et me rendent tout amer.

Jean s’ennuie ici, le pauvre grand, et je ne sais quelle distraction lui donner. Pas de nouvelles de Reims. Et c’est aussi une obsession, plus je reste ici plus je désire ne plus retourner là-bas. Et puis, qu’irai-je faire ?! Reims étant réduit à 1 000 habitants environ. A quoi servirais-je ? Je voudrais bien que ma situation à ce sujet s’éclaircisse et se précise nettement. Je ne regretterai nullement de n’y plus retourner. J’ai comme un sentiment d’horreur. J’y ai tellement souffert ! C’est un cauchemar épouvantable pour moi. Mon Dieu ! éclairez-moi ?! Faites que cette situation  cesse bientôt et que je sache au moins à quoi m’en tenir pour entreprendre quelque chose de stable et suivre une ligne de conduite. Car je suis las de cette vie sans suite, interrompue à chaque instant par maints incidents. Verrais-je une fin à tout cela. Aurais-je des jours heureux et prospères. J’en doute ? Je n’ose plus l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 mars 1918 – Bombardement vers la gare.

Ce matin, nous venons d’apprendre que nous allons par­tir. M. Em. Charbonneaux, adjoint au maire, nous a donné, à Cul­lier, chef du bureau de la « comptabilité » et à moi, rendez-vous pour après-demain vendredi 15 — 9 h, à Paris, avenue de l’Opéra 19, où il est projeté d’installer, dans les locaux séquestrés d’une banque autrichienne, les services de la mairie désignés pour y être évacués.

Pas de temps à perdre pour les derniers préparatifs, car il s’agit encore, au bureau, de régler certaines choses aujourd’hui même.

Dans l’après-midi, je trouve le temps de courir rue du Cloî­tre 10, boucler en vitesse mon bagage personnel et de faire ame­ner mon lit-cage dans la cour de l’hôtel de ville. Je le recommande aux bons soins de M. Bertin qui a été chargé par le service de l’architecture, de veiller sur le stock des archives et d’en assurer le chargement dans les fourgons militaires qui viendront ces jours-ci.

« Si cela vous est possible, lui dis-je, faites-le partir aussi dans le wagon, vous me rendriez service.

Vous pouvez compter sur moi », me répond-il simple­ment.

Nous demandons à la police les ordres de départ devant nous permettre de monter dans l’une des autos d’évacuation et il est entendu que nous prendrons la voiture devant quitter la place d’Erlon demain matin, 14 mars, à 7 h, afin d’avoir, à Epemay, l’ex­press de midi 4, sur Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – On vient chercher ma lettre au Pape, et ma note pour la presse et le Ministre, ainsi que mon télégramme pour le Vatican, demandés par l’envoyé du Capitaine Luizeler à 6 h. soir. Nuit tranquille.

+ 2°. Beau temps. Avions dans l’air. Visite d’adieu de M. le Curé de Saint-Remi. Visite de M. Henry Bordeaux, l’académicien, et de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 mars

Au cours du raid qui a eu lieu sur Paris, dans la nuit du 11 au 12, neuf escadrilles allemandes se sont dirigées vers la capitale. Près de soixante avions ont réussi à franchir nos lignes. Il y a eu à Paris des dégâts et des victimes. 29 personnes ont péri sous les bombes et 66 sont mortes étouffées dans une panique à une station du métropolitain.
Les Allemands ont éprouvé des pertes sérieuses. Quatre de leurs appareils, dont trois gothas quadruplaces et un appareil biplace ont été abattus ou contraints d’atterrir dans l’intérieur de nos lignes.
Pendant le raid, nos avions de bombardement ont exécuté une contre-offensive extrêmement vigoureuse sur les aérodromes de départ ennemis qui ont reçu 5.800 kilos de bombes. On a observé de nombreux éclatements ayant atteint leur but.
Bombardement assez vif sur la rive droite de la Meuse, en Lorraine, dans la région du Reillon et d’Ancerviller.
Sur le front britannique, les Australiens ont effectué avec succès des coups de main sur les postes allemands, à l’est et au nord-est de Messines. Ils ont tué un certain nombre d’ennemis et ramené des prisonniers. Leurs pertes ont été légères.
Activité des deux artilleries au sud-est d’Armentières et au nord-est et à l’est d’Ypres.
Les aviateurs anglais, ont jeté plus de 490 bombes sur les gares de Reims, Roulers, Ledeghem et Solesmes. Ils ont également bombardé, en plein jour, Coblentz.
Ils ont abattu trois ballons ennemis et cinq aéroplanes.
Un raid de dirigeables allemands a eu lieu en Angleterre sur le Yorkshire.
Le président Wilson a exprimé à la nation russe sa sympathie en lui disant qu’il ne laisserait pas toucher à l’indépendance de sa politique intérieure.
Le statthalter d’Alsace-Lorraine lance une proclamation pour affirmer que le pays d’empire restera allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Vendredi 1er mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 1er mars 1918

1267ème et 1265ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bombardement, rien ici, mais je n’ai pas dormi de la nuit. Je suis exténué. Le Procureur de la République vient d’arriver pour les coffres-forts. C’est l’affolement, je lui ai dit ma fatigue, il m’a conseillé de partir, du reste il ajoute que je ne resterai pas longtemps ici. Il a des ordres pour cela que ce soit le plus tôt possible, je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er mars 1918 – La nuit dernière a été épouvantable, les Allemands ayant diri­gé une attaque du nord-ouest au sud-est de Reims.

A partir de 22 h, se déclenchait un bombardement violent, ininterrompu, qui durait jusqu’à ce matin 4 h. Le tir des pièces boches, que j’entendais de mon lit, rue du Cloître, produisait l’effet de roulements de tambour au loin, tant étaient précipités les dé­parts.

Les sifflements, les explosions des arrivées, par trois et quatre à la fois se suivaient sans arrêt et je me rendais parfaitement compte que si quelques rafales d’obus s’étaient rapprochées da­vantage du quartier, il m’eût été absolument impossible de gagner la cave — je n’en aurais pas eu le temps — mais les projectiles ne tombant pas trop près, je ne jugeai pas à propos, en raison du froid, d’y descendre à l’avance. Je me contentai d’allumer ma lampe Pigeon, ce qui m’eût évité la perte de quelques secondes en cas de plus grande alerte brusquée et de relevée forcément rapide, puis, la fatigue surpassant le tout, malgré moi, au milieu du va­carme de la canonnade, des sifflements et des éclatements… je me suis rendormi.

Ce matin, en arrivant au bureau, j’ai appris qu’une partie de l’hôpital général (bâtiments sur la rue Eugène-Wiet) est brûlée et que, d’autre part, on a retrouvé deux vieillards pris par les gaz, rue Rivart-Prophétie.

Il y aurait eu beaucoup d’obus à gaz ; des batteries auraient, paraît-il été fortement éprouvées.

On commence, ce jour, à manger à Reims, des boules de pain fournies par les manutentions militaires, toutes les boulange­ries ayant dû fermer hier, 26 février.

Après-midi, canonnades sérieuses, commencées à 13 h ; elles se prolongent jusqu’au soir. En réponse, bombardement serré également, vers la butte Saint-Nicaise et Pommery.

A 17 h 1/2, la place fait prévenir, par un coup de téléphone à la police, qu’on annonce une nappe de gaz. Cinq minutes après environ, nous entendons passer dans la rue de Mars, une auto des pompiers ; ils actionnent pour la première fois, une sirène spéciale. Dans le cellier où nous sommes groupés, chacun prépare son masque et la plupart se le pendent au cou. Il pleut un peu — on attend les événements en fumant une pipe, puis, à 18 h 1/2, nous pouvons regagner la popote sans plus de risques que d’habitude.

La nuit qui suit est assez agitée encore ; au cours d’un bom­bardement sur le centre, deux obus tombent sur la Banque de France ; un autre rue de Tambour, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Butte Saint-Nicaise

Cardinal Luçon

Vendredi 1er – Nuit de guerre. De 11 h. à 5 h. les batteries allemandes tirent avec acharnement sur les nôtres. + 2°. La terre est saupoudrée de neige par endroits. Gelée blanche. A 6 h. 30, aéroplanes. Via Crucis in Cathedrali à 8 h. Deux vieillards asphyxiés par les gaz. Départ de M. Le comte. M. Camu parti la veille, avec les affaires, papiers, valeurs du Secrétariat. Cette nuit à St-Thomas. Incendie par les obus d’une partie de l’Hôpital de la Charité (St-Maurice). Toute la matinée, toute la journée, aéroplanes et tirs acharnés contre eux. Bombes allemandes et françaises sifflent dans les airs. Visite d’adieu de M. l’Abbé Divoir, sacriste de la Cathédrale. Départ de M. et Mme Billaudel, nos concierges pour Lourdes. Dans l’après- midi, surtout à partir de 4 h., vacarme effroyable : tir contre avions des deux côtés, et combat d’artillerie formidable. Ralentissement de 7 h. et toute la nuit, qui fut moins agitée que la précédente, quoique toute la nuit il y ait eu des obus tombant sur nos batteries ou tranchées. Neige. A 11 h. soir, Capitaine Luizeler, préposé aux Évacuations, vient sonner et nous informer que nos Archives seront reçues aux Archives de Paris – 25.000 obus, estime le Général Petit !

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 1er mars

Nos patrouilles, opérant dans la région de Beaumont et en Lorraine, ont ramené des prisonniers.
Canonnade assez vive au nord de la cote 344 (rive droite de la Meuse).
Nous avons jeté plus d’une demi-tonne d’explosifs sur les casemates et la gare de Trèves. Quatre éclatements ont été constatés sur les fourneaux de l’usine à gaz et huit à la gare.
Dans la même nuit, près d’une tonne et demie de projectiles a été jetée sur les champs d’aviation de la région de Metz et des éclatements ont été constatés dans les hangars et baraquements. Un aéroplane ennemi a été abattu à proximité de l’aérodrome. Tous nos appareils sont rentrés indemnes, en dépit de la violence du tir des canons spéciaux et des mitrailleuses ennemies.
Les troupes anglaises ont exécuté avec succès un coup de main sur les tranchées ennemies du Greenland Hill (nord de la Scarpe). Un autre raid de troupes anglaises et écossaises sur les positions allemandes de la partie sud de la vallée d’Houthulst leur a valu douze prisonniers et trois mitrailleuses.
Sur le front italien, actions d’artillerie intermittentes. Des patrouilles ennemies ont été repoussées à Rapo. Au nord du col del Rosso, une patrouille Italienne a pris deux bombardes de 280 et une vingtaine de mitrailleuses. Un ballon captif autrichien a été abattu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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