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Vendredi 28 février 1919

Louis Guédet

Vendredi 28 février 1919

1631ème et 1629ème jours

7h soir  Temps gris maussade, un peu de pluie, lourds nuages, froid. Journée monotone et combien triste. Pas de nouvelles des miens ! Mais quelle lugubre journée ! Je crois que cette vie de misère me rendra fou !! Si encore j’étais sûr du lendemain ! que je gagne de quoi faire vivre les miens ! mais non ! C’est l’inconnue ! et des dépenses de frais généraux pour mon Étude fantastiques ! sans avoir même l’ombre de la certitude de n’avoir pas travaillé pour rien ! Je vais à la ruine comme un noyé qui se sent couler par le fond. Peu sorti, du reste le temps était loin d’y engager ! Vu personne !! Voilà ma journée de solitude !

Ma femme de ménage Mme Michel vient de m’apprendre que…  j’étais… Mort ! oui ! Mort et enterré comme Marlborough ! De braves commères qu’elle a rencontrées ce matin et qui lui demandait où elle allait ainsi ce matin, et en réponse qu’elle allait rue des Capucins 52 chez M. Guédet notaire, juge de Paix, etc…  etc… (elle a la langue bien pendue !! Celui qui lui a coupé le « filet » n’a pas volé ses 5 sous !)

  • Comment ? M. Guédet ? mais il est mort. J’ai vu çà dans la Tribune de Troyes ! quand j’étais à Troyes !
  • Mort ? mais je vais chez lui ! Y n’est pas mort je le vous certifie !!
  • Si il est mort, à preuve que j’lai vu dans l’journal et que Marie elle m’a dit qu’elle l’avait vu aussi !!
  • J’vous dis qu’non ! J’l’ai vu encore aujourd’hui !
  • J’vous dis qu’si !

Bref elle n’a pu les convaincre et la mère Michel a rengainé sa langue !!

Elle était furieuse !!

Soit ! Je veux bien être mort hélas !! je serais certainement moins malheureux !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 28 – Visite de M. Muneaux, curé de S. Loup-Terrier ; M. Bouzard rapporte la couronne de N. D. de l’Usine trouvée en son écrin dans la cave de M. le Curé de S. Remi, pillée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Vendredi 28 février

La réunion quotidienne des Dix a délibéré sur un certain nombre de questions.
Les premiers échanges de vues ont porté sur la distribution entre commissions existantes et commissions nouvelles de l’étude des différentes questions des frontières des Etats ennemis. Les conditions d’examen des revendications belges et des problèmes qui s’y rattachent ont été ensuite précisées. Les représentants du conseil supérieur de guerre de Versailles ont été alors introduits pour exposer leurs décisions sur la fixation d’une zone intermédiaire en Transylvanie entre les troupes roumaines et hongroises. Ces conclusions ont été adoptées à la Conférence. On a entendu enfin l’exposé des revendications arméniennes par le président de la délégation de la République arménienne du Caucase, M. Ahrounian, et par Boglios Nubar pacha, pour la question générale arménienne.
M. Wilson est arrivé à Washington.
La Chine a donné communication à la Conférence de la Paix, des accords qu’elle a passés avec le Japon, de 1915 à 1918, et qui ont trait principalement aux chemins de fer du Chantoung.
M. Daniels, secrétaire d’État de la Marine des États-Unis, a prononcé un discours sur la Société des Nations.
Les navires de guerre allemands ne doivent servir à aucune nation, a dit lord Lytton à la Chambre Haute britannique.
Le gouvernement de Weimar prend nettement position contre celui de Munich.
M. Hugh Wallace est nommé officiellement ambassadeur des États-Unis à Paris.
Le frère de l’émir d’Afghanistan, récemment assassiné, a usurpé le pouvoir.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 27 février 1919

Louis Guédet

Jeudi 27 février 1919

1630ème et 1628ème jours

7h 1/2 soir  Temps pluvieux, giboulées glaciales. Rien de saillant. Courrier, lettre de ma pauvre femme qui se tourmente de la maison. Visite de Jolivet !

Porté mes lettres, vu un jeune homme pour ma caisse, mais…  impossible, Hannoteaux son ancien patron m’a donné de mauvais renseignements sur lui. Je n’ai pas moins écrit à Heckel pour le mettre au pied du mur ! Vu pas mal de monde. Visite de Cailteaux, notaire à Witry-les-Reims qui est revenu ici sauver les débris de ses archives ! Tant que Lacoisne son beau-père a été vivant ses archives ont été sauvées, mais lui disparu tout a été livré aux hasards des caprices des allemands. Il en a retrouvé dans les décombres à Charleville et à Rethel. Dans cette dernière localité surtout ses testaments. Heureusement. Comme nous tous il est bien désemparé et ne sait où nous allons ! En résumé toutes nos Études du front et des pays envahis n’existent plus ! C’est bien simple… Alors que faire ? quel parti prendre ! Lâcher tout ou se cramponner ?!…  C’est bien décourageant !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 27 –Visite d’une mission suisse ; de M. Letourneau,M. Compant.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 27 février

Les ministres des puissances alliées et associées ont siégé an quai d’Orsay.
M. Crespi, au nom de la commission financière interalliée, a exposé les mesures à prendre pour éviter que les coupons à échéance du ler mars des dettes austro-hongroises ne fussent pas payés faute d’accord entre les différents États de l’ancienne Autriche-Hongrie. Les propositions de la commission ont été adoptées.
La question du transport en Pologne des divisions polonaises formées en France et en Italie a été ensuite étudiée avec le concours du maréchal Foch. Des instructions à cet effet ont été envoyées par la conférence à la commission interalliée de Varsovie.
L’étude d’une révision de la question marocaine conditionnée par le traité d’Algésiras, a été confiée à la Conférence. M. de Peretti, sous-directeur d’ Afrique, a exposé les demandes françaises tendant à la suppression de l’acte d’Algésiras et à l’imposition à l’Allemagne des garanties nécessaires pour qu’elle ne puisse renouveler au Maroc l’action hostile qu’elle a poursuivie coutre la France.
Les pourparlers qui avaient été entamés à Spa pour le ravitaillement de l’Allemagne, ont été ajournés. Ils ne doivent pas commencer avant une quinzaine.
Un cabinet comprenant des majoritaires et des minoritaires s’est constitué à Munich où le calme semble rétabli. L’Assemblée de Weimar a commencé le débat sur la Constitution. M. Preuss, au nom du gouvernement, a expliqué pourquoi il voulait maintenir le mot empire, symbole de l’unité.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 26 février 1919

Rue Buirette

Louis Guédet

Mercredi 26 février 1919

1629ème et 1627ème jours

12h  Temps pluvieux et froid, giboulées de mars !! Mars, déjà mars ! Il va bientôt y avoir 1 an qu’à pareille époque nous quittions Reims ! Mars, mois fatal et singulier pour moi durant cette Guerre ! Mars 1915 le 1/2 c’était la nuit tragique de mon incendie, l’année dernière c’était le 4 mars que je quittais cette maison ! Quelle fatalité s’enchaine donc dans ma vie sous l’égide de ce mois !!

Toute la nuit j’ai eu des insomnies et des cauchemars ! je me demande si je n’ai pas eu de la fièvre. Mais quelle triste et terrible nuit !! Douloureuse, angoissante ! torturante, oh ! que l’avenir m’effraie et Dieu sait comme la mort me serait une délivrance, on ne peut être plus malheureux, plus misérable que je ne le suis ! Et mes pauvres chers miens, Femme, Enfants !! Tout cela m’effraie, me glace ! Et quand je songe qu’il y a des gens qui sont heureux, qui ne souffrent pas, qui n’ont aucun souci que celui de mener une vie agréable ! oh ! c’est épouvantable ! Je ne les envie ni ne les jalouse, mais j’aimerais cependant être un peu plus heureux et moins souffrir !

8h 1/2 soir  Assez beau temps l’après-midi. Pas de nouvelles de St Martin. Courrier plutôt lourd. Répondu. Circulaire sur l’augmentation de nos honoraires avec projet de tarif, je crois que cela peut aller. Je vais voir ce que les confrères diront.

Été avec M. Michaud pour visiter des terrains pour l’Hôtel Pollack. Nous avons 3 emplacements en vue. Le terrain Luzzani, boulevard de la Paix (ce terrain deviendra le Tennis Club de Reims), les terrains démolis place de la République, entre la rue de Mars et la rue Henri IV. Et un terrain rue Buirette – Drouet d’Erlon – Thillois. En rentrant rencontré l’abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins, Légion d’Honneur, Croix de Guerre, qui était de retour de Russie où il avait été envoyé en mission pour visiter les Popes et le clergé Russe en vue de travailler pour la France et les intéresser à notre cause. Il a eu maille à partir avec les Bolchéviques et a failli y laisser sa peau !! Il et enfin revenu par Arkhangelsk, Terre Neuve, Suède, Norvège, Finlande, etc…  un vrai voyage… Il va être démobilisé et revenir ici à Reims.

Rien d’autre de saillant. Visite ce soir de Jolivet, toujours le même et aussi paradoxal !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Rue Buirette

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Mercredi 26 – Visite de M. Paulot, de M. le Curé de S. Benoit d’Hauviné. Visite remise du Maréchal Pétain.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 26 février

Le Comité des Dix a entendu les représentants albanais. Turkhan pacha a exposé les revendications de l’Albanie. L’examen de la question a été confié à la commission des affaires grecques.
La commission polonaise interalliée a fait connaître ensuite les informations et propositions reçues de la commission interalliée de Varsovie. Le maréchal Foch assistait à la réunion.
M Wilson a débarqué à Boston et prononcé un discours où il a exprimé sa confiance en l’issue de la Conférence de la paix.
L’émir d’Afghanistan, Habib Oullah khan, a été tué d’un coup de feu dans son camp de Laghman.
Le comte Romanones, président du Conseil d’Espagne, qui avait donné sa démission, l’a retirée sur la demande du roi. Mais il va solliciter des Cortès un ordre du jour de confiance. Le conseil municipal de Madrid a démissionné.
M. Lloyd George a prononcé un grand discours à la Chambre des Communes pour motiver le Projet qu’il a déposé sur l’enquête de l’industrie minière. Il vise à écarter la grève imminente. Le projet a été adopté par 248 voix contre 43.
A Munich, le calme semble rétabli, mais on s’attend à de nouveaux conflits entre les deux comités socialistes, qui se disputent le pouvoir. L’état de Siège a été levé dans l’ancien grand-duché de Bade. La grève est terminée dans la Ruhr. Le ministre allemand de la Marine a démissionné.
Le président Bernardino Machado a été autorisé à rentrer au Portugal.
Les mineurs anglais ont voté le principe de la grève générale aux six septièmes des voix exprimées, mais on espère encore qu’ils reviendront sur cette décision et les négociations continuent.
Le prince Charles de Hohenzollern, beau-frère du roi des Belges, est mort.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 25 février 1919

Louis Guédet

6h soir  Temps triste, pluie fine comme tombant à regret. Sorti à 2h, passé à la Ville. Vu aux Réquisitions et aux accidents du travail. Passé un mot au Maire qui était en séance pour lui annoncer que j’étais enfin redésigné à Reims comme juge de Paix, le Décret serait du 20 et aurait paru le 21 à l’Officiel. De là été voir Robiolle au Pont-Neuf près des Tilleuls pour ma houille.

Rencontré D’Hesse, le boulanger, qui me fera les 4 000 Francs de Lecomte pour la maison qu’il a achetée. Prévenu ce dernier au 70 rue de Vesle à la Chefferie du Génie.

Passé chez Dor acheter un peu de jambon pour manger avec ma salade ce soir et ce sera tout mon dîner avec peut-être un œuf à la coque.

Rentré chez moi, je suis ressorti pour rendre visite au Cardinal Luçon, avec lequel je me suis entretenu 1/2 heure. Il est réfugié à la Maison Pommery, rue Vauthier le Noir, n°7. Reçu dans un petit salon de l’aile gauche où dans la muraille, au-dessus d’un dessin à la plume de la Cathédrale de Reims en ruines est incrusté, très nettement et très proprement, un éclat d’obus gros comme le poing. Vu un instant Mgr Neveux qui revenait de voyage. Entré chez l’abbé Camu, curé de la Cathédrale une minute. Il est campé dans la loge du concierge de la maison d’Henri Lucas, l’ancien archevêché brûlé depuis mars 1918. Puis rentré chez moi, oh ! combien triste !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 25 – Visite de M. le Curé de Arcy-le-Ponsart, de M. le curé de Rethel ; de M. Guédet ; retour de Mgr Neveux ; de M. Louis Demaison.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 25 février

On tient M. Clemenceau pour hors de danger.
Le Comité des Dix a discuté les questions albanaises, polonaises et marocaines. Il s’agit de savoir comment, l’acte d’Algésiras étant aboli, le Maroc français sera libéré des servitudes qui pesaient sur lui.
Le conseil des ouvriers et soldats a pris le pouvoir à Munich et a confié l’exécutif à onze personnes désignées par lui. Ce sont les éléments extrémistes qui l’emportent. Des troubles graves ont eu lieu également dans d’autres parties de la Bavière, à Nuremberg et à Augsbourg. Ebert a pris des mesures pour maîtriser ce mouvement spartacien, et il a renvoyé tous les députés bavarois à la Constituante dans leurs circonscriptions. L’état de siège a été proclamé dans le grand duché de Bade, où des séditions se sont produites, particulièrement dans la ville de Mannheim.
Lenine annonce qu’il a triomphé d’un coup de force des socialistes révolutionnaires de gauche dirigé contre son autorité.
Le président Bernardino Machado, qui avait été banni du Portugal et privé par force de son mandat, a résigné à se dernier.
Quatorze bateaux autrichiens qui se trouvaient en Espagne, ont été remis à notre ministère de la Marine et vont être utilisés par lui.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 24 février 1919

Louis Guédet

Lundi 24 février 1919

1627ème et 1625ème jours

6h soir  La pluie, de la brume, c’est bien Brumaire !! Triste journée ! Toute la matinée beaucoup de monde ! Un certificat de vie, et une procuration. Pas mal de lettres, mais je suis las d’y répondre. Toujours profonde tristesse dans mon isolement !! Et cependant je reçois souvent des marques de sympathie de gens que je ne connais à peine. Je n’en suis pas plus fier, mais cela me touche néanmoins ! M. Hervaux m’a envoyé un architecte de Paris qui cherche pour le fameux marchand de diamants de l’avenue de l’Opéra, Polack, un hectare de terrain dans Reims, plutôt « extra-muros », pour construire un Palace de 200 chambres ! Je lui ai désigné les terrains Luzzani et Morel à côté, ou les terrains Leduc-Carnot et le terrain des maisons détruites entre les rues Cérès, Ponsardin, Eugène Desteuque et l’esplanade Cérès, avec les assurances de…

La feuille suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Esplanade Cérès (actuelle place Aristide Briand) Collection : Eric Brunessaux


Cardinal Luçon

Lundi 24 – Visite de M. Court, de M. Paulot, curé de Juniville ; de M. l’Abbé Syrieix, de M. René Bazin et 2 officiers américains.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 24 février

Les ministres des puissances alliées et associées ont tenu séance au quai d’Orsay. La réunion a examiné la méthode de travail des commissions auxquelles a été confiée l’étude des différents problèmes territoriaux, économiques, financiers et juridiques. Elle a arrêté les conditions propres à accélérer dans toute la mesure du possible les travaux de la Conférence.
La commission pour l’étude des questions territoriales roumaines a entendu MM. Bratiano et Vaida.
L’état général de M. Clemenceau demeure satisfaisant.
Le haut commandement germanique aurait protesté contre les nouvelles conditions d’armistice.
Les Alliés ont annulé deux décrets d’Ebert, au sujet de l’organisation du travail dans la région occupée. Ils ont également interdit les élections municipales dans cette zone.
L’assassinat d’Eisner serait le résultat d’un complot fomenté par l’ancienne cour de Bavière, d’accord avec les partis réactionnaires. Un comité central a été formé à Munich pour lutter contre la réaction.
L’Assemblée de Weimar a voté à l’unanimité le rattachement de l’Autriche allemande à l’Allemagne.
Une grande manifestation en l’honneur des Alliés a eu lieu à la Diète polonaise, après quoi Paderewski a exposé le programme du nouveau gouvernement.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 23 février 1919

Louis Guédet

Dimanche 23 février 1919

1626ème et 1624ème jours

7h soir  Beau temps quoique couvert. Messe rue du Couchant à 7h. J’étais émotionné en revenant prier dans cette petite chapelle de St Antoine de Padoue qui est intacte ! Une 30aine (trentaine) de fidèles, peu de monde de connaissance ! Du reste tous ceux qui rentrent sont plutôt de la classe ouvrière, alors je n’y connais que peu de personnes. Rentré après avoir causé avec Sainsaulieu et lui avoir demandé l’autorisation d’entrer à la Cathédrale à volonté pour Jonas, le dessinateur bien connu (Lucien Jonas, peintre officiel de l’Armée française (1880-1947)), 9bis cour de Rohan à Paris 6ème. Porté mon courrier, été déjeuner 14 rue Petit-Roland chez Gustave Houlon (rue Paul-Adam depuis 1924), je l’ai quitté à 2h et après être passé chez moi pour voir mon courrier, été me promener dans Reims. Fait tout le faubourg Cérès, visité le cimetière de l’Est, un désastre, bouleversé par les obus et sillonné de tranchées. La tombe du Père Jenner est indemne. Prié et pleuré sur cette tombe pour et sur ma vie misérable !! Poussé au-delà de la ligne de chemin de fer de Reims à Châlons à voie unique, été jusqu’au Linguet, c’est un désert haché de tranchées ! Revenu par le boulevard Pommery et la rue des Augustins. Quel désastre.

Entré rue des Augustins dans l’ancien petit séminaire ou avec Guernier, conseiller municipal, j’ai visité les salles de l’ancien tribunal civil, salle de correctionnelle, du tribunal de commerce, des Prudhommes et des assises (ancienne chapelle) ! seule la salle de commerce serait peut-être arrangeable pour mes audiences (le bâtiment a été démoli, à la place a été construit l’annexe et l’internat du Lycée Libergier qui a ouvert en 1963) ! aussi d’accord avec Guernier, je dois renoncer à m’y installer et je prendrai une salle à l’École Professionnelle !

Guernier m’a demandé quand je pensais reprendre mes fonctions. Je lui ai répondu : « Dès que mon Décret de réintégration serait paru !! » Il a insisté surtout sur les accidents du travail qui sont assez nombreux. Je l’ai quitté d’accord en tout. Il qualifié vertement les juges du Tribunal Civil qui ne veulent pas rentrer !…  à Reims !!

Rentré chez moi par les rues de Contrai et du Jard. J’avais le cœur broyé et saignant de tout ce que j’ai vu !!

Écrit quelques lettres, je vais dîner et me coucher, je suis fatigué !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 23 – Mgr Neveux prêche à Saint-Sulpice. Visite d’un officier Suédois en mission et d’un Français ; de M. Couty curé d’Olizy ; de M. Godin curé de Merfy qui retourne à Tagnon en attendant que sa maison soit prête à Merfy, ainsi que l’église

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 23 février

Le Comité des Dix, réuni sous la présidence de M. Pichon et M. Tardieu, remplaçant M. Clemenceau a examiné toute une série de questions:
La création d’une zone intermédiaire entre Hongrois et Roumains en Transylvanie a été renvoyée au conseil supérieur de guerre de Versailles.
La reconnaissance du gouvernement polonais par les alliés a été décidée à la suite de la séance de la Diète polonaise, où les ministres polonais ont vu consacrer leur pouvoir et où M. Paderewski a été acclamé.
M. Clémentel a présenté les conclusions de la commission chargée d’établir un plan de travail pour l’étude des questions économiques.
On a décidé de renvoyer les mesures d’ordre transitoire au conseil économique créé par la Conférence, sur la proposition du président Wilson.
Les dispositions devant avoir un caractère permanent seront examinées par une commission spéciale qui sera créée à une séance prochaine de la Conférence. Les cinq délégués des puissances qui ont préparé le plan de travail de la commision sont chargés de préparer une méthode de travail avec division en sous-commissions et proposeront une composition de la commission en tenant compte des observations faites par lord Milner, relativement à la représentation des Dominions anglais.
Le ministre du Danemark a ensuite exposé le point de vue du Danemark relativement au Slesvig. L’examen de cette question a été renvoyé à la commission des affaires belges.
Kurt Eisner, le président de la République bavaroise, a été tué dans la rue, à Munich, au moment où il sortait du ministère des Affaires étrangères. L’assassin, le comte Arco Valle, lieutenant de la garde, a été mortellement frappé par un matelot.
Une bataille à coup de revolver a eu lieu au Landtag. Le ministre Auer a été grièvement blessé et le député Oertel, tué. L’agitation est très grande à Munich.
Une séance tumultueuse a eu lieu à l’Assemblée de Weimar. La force armée a expulsé un député.
Guilbeaux et Hartmann ont été condamnés à mort par contumace.
La reine d’Italie a quitté Paris.
L’arrivée de M. Wilson à Boston est retardée par la tempête.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 22 février 1919

Louis Guédet

Samedi 22 février 1919

1625ème et 1623ème jours

11h matin  Pluie et vent en tempête toute la nuit. Ce matin vent et ondées. Vu pas mal de monde. Toujours pas de maison ! Un client, M. Lecomte est venu pour me charger de dresser l’acte de vente d’une maison, rue du Couchant, 59, qu’il a achetée à Mme Deneux 12 000  Francs comptant. Alors se pose la question de savoir si je puis ou non réaliser l’acte, en raison du projet de loi qui interdirait toutes transactions avant constatation des dommages. Je pose la question au Président du Tribunal M. Bouvier, afin de savoir si je puis marcher.

Vu Houlon qui m’a invité à déjeuner pour demain. Causé et il me disait, comme le Maire du reste me l’avait déjà dit, qu’il y avait plus de 2 millions de mètres cubes de décombres à enlever à Reims !! Au Ministère des Contrées Envahies et Ravagées, M. Lebrun (Albert Lebrun, Ministre des Régions libérées du 23 novembre 1917 au 6 novembre 1919 et futur Président de la République (1871-1950)) avait traité avec des entrepreneurs et 30 000 ouvriers allaient venir ici, quand contrordre ! Pourquoi ? Houlon m’a fait part de 3 raisons différentes (avis) qu’on lui avait donné :

  1. Il fallait d’abord donner des bras et des travailleurs à la culture pour produire des blés, de la viande et reconstituer notre cheptel.
  2. Le syndicat des ouvriers révolutionnaires protestant contre l’emploi de prisonniers allemands tant qu’il y aurait des ouvriers français au chômage.
  3. Impossibilité de contrôler toutes les régions détruites du front du nord au sud-est, et par conséquent fatiguer les populations, les lasser afin qu’elles s’adressent aux grandes sociétés de reconstructions dans lesquelles nos hommes politiques ont de gros intérêts !!

Alors Lebrun a collé !

De plus celui-ci parait pour nos villes vouloir plutôt prendre une région et la reconstituer de suite pour ensuite en reprendre une autre, de tranche en tranche. Faisant ce raisonnement si je fais travailler sur toute la ligne je ne contenterais personne et mécontenterais tous. Tandis que si je satisfais 1/10 de ce front, je n’aurais que 9/10 de mécontents au lieu de tous !

Et voilà comment on piétine sur place et qu’on ne fait rien.

Au sujet des prisonniers allemands, lultimatum du syndicat Général (2) c’est un faux raisonnement car il serait plus simple de prendre nos ouvriers qu’on paierait le double, le triple au besoin et qui dirigeraient les prisonniers allemands qui travailleraient pour rien, ce qui serait beaucoup plus pratique, mais allez faire comprendre cela à nos socialistes de Berne, Prinkipo (Conférence proposée sur une île de Turquie à la Russie par le Président américain Wilson), etc…

En attendant on ne fait rien.

Réunion du Conseil municipal mardi. Houlon doit protester contre la nomination d’Halbardier et Allerange (à vérifier), l’un Belge et l’autre allemand comme membres de la Commission des Dommages de Guerre, qui sont filés de Reims et qui ont été enchantés de n’être pas français pour ne pas être mobilisés. En cela il a raison. Il a prévenu le Maire de cette interpellation… Ce sera amusant, je regrette de ne pouvoir être là !

6h soir  Journée douloureuse ! Quelle vie ! Je crois que je deviendrai fou ! Non ! c’est trop souffrir. Rien de saillant. Je me suis efforcé de travailler pour atténuer et oublier ma misère mais en vain ! C’est une agonie !! Et nul espoir de la voir cesser ! Juste été porter mes lettres à la Poste et acheté du pain ! puis rentré m’acharner à tâcher de travailler et d’oublier… !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 22 – Départ de Mgr Neveux pour Paris avec M. Camu. Visite de M. Laluyaux. Confirmation d’un protestant converti.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 février

L’état de M. Clemenceau est présenté comme très satisfaisant.
Aucune réunion du Comité des Dix n’a eu lieu, mais plusieurs commissions ont siégé.
Le président Wilson a envoyé un télégramme très chaleureux à M. Clemenceau. Le pape a fait transmettre également au président du Conseil ses souhaits de guérison.
Un coup de force tenté à Munich par les majoritaires contre Kurt Eisner a totalement échoué. Le bruit court que le prince Joachim de Prusse y aurait participé et aurait été arrêté. Une autre version dit simplement qu’il aurait été expulsé de Prusse. Un débat a eu lieu à l’Assemblée nationale de Weimar sur l’armistice. La situation est toujours très grave dans le bassin de la Ruhr, où le nombre des grévistes a augmenté, et où des collisions sanglantes ont eu lieu sur plusieurs points. Une émeute s’est produite également à Brunswick.
M. Lloyd George continue à négocier avec les mineurs anglais afin d’éviter la grève. C’est surtout dans le pays de Galles qu’un chômage généralisé est à redouter.
Le comte Romanones a fait d’importantes déclarations sur la condition de Tanger.
Des troupes britanniques ont été envoyées en Dobroudja.
Le cabinet norvégien est reconstitué avec le même président du Conseil.
On annonce que Frédéric Adler aurait été proclamé, à la suite d’une émeute de la garnison de Vienne, président de la République de l’Autriche allemande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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L’abbé Rémi Thinot au front (4) : semaine du 17 au 22 février 1915, secteur de Suippes

17 FEVRIER – mercredi –

Je suis monté vers 9 heures au poste de secours. Là, j’ai pu assister quelques blessés, dire un mot à tous.

Je vois des blessures plus horribles qu’hier ; ce malheureux fracassé ; jambes, bras, tète, poitrine, qui vit encore, appelle ses camarades en agitant des moignons sanglants qu’on n’a pas réussi à fixer avec des lanières sur le brancard. Et ce boche qui ne voulait pas se rendre, un type énergique, solide, qui, après avoir tué encore trois français, est percé à son tour d’un coup de baïonnette, percé de part en part. Et on le fait revenir à pied depuis Maison forestière ; c’est un cadavre qui déambule, sans se plaindre… derrière quatre autres prisonniers à qui on fait porter une civière avec un blessé.

Un autre blessé allemand allait sortir des tranchées, emporté par les brancardiers français, quand un obus allemand arrive, le fracasse et tue un des nôtres.

Aujourd’hui, je puis assister d’une façon vraiment efficace quelques malheureux couchés dans le sang.

Tournée assez longue en somme. 200 prisonniers hier ; 200 aujourd’hui. La 34ème division a bien marché. On est bien moins content de la 33ème . Qu’est-ce alors que demain nous réserve ?

C’est d’ailleurs tout le front entre Soissons et Verdun, paraît-il, qui donne l’effort en avant. Quant à l’artillerie, elle a fait un travail incomparable, balayant avec une méthode et une précision merveilleuse.

Des régiments encombrent les routes ; un gros effort est donné là ; de la cavalerie est prête, en nombre, ce qui donne à penser qu’on veut faire un saut sérieux en avant…

18 FEVRIER – jeudi –

6 heures matin ; Je vais repartir. Il pleut ; le canon tonne, tonne.

11 heures 1/2 soir ; J’arrive ce matin au 83. Une voiture a versé ; plus loin, du sang dans la boue ; un attirail de troupiers ; un obus vient de tomber là, en pleine colonne du 209 et a tué deux hommes… Je passe par la batterie du capitaine Lasses ; au poste d’observation, je vois descendre des renforts allemands ; des cadavres, caissons démolis, ragions bouleversées ; c’est terrible.

A Maison forestière, je vois quelques blessés, puis pars pour les tranchées. Les hommes sont étonnés de me voir. De la boue, les sacs de terre, des armes, des cadavres ; des corps dans les champs, les mitrailleuses, le grand entonnoir (70 à 80 mètres de diamètre) rempli d’hommes maintenant, creusé il y a 3 jours par l’explosion de 3000 kilos de poudre noire.

Je dis une prière près de 15 cadavres qui sont là. Emotion. Un autre entonnoir à moitié rempli par la terre sortie d’une mine creusée par une perforatrice…

Un commandant a été tué ce matin dans la tranchée…

Ah ! je pense encore à ce bouleversement des tranchées, dans les tronçons de boyaux sens dessus-dessous, des corps entassés, péniblement, dans les plus atroces positions, sur le parapet les fils de fer en forêt chaotique, plus loin le bols fameux qu’on veut enlever, c’est-à-dire une maigre plantation de manches à balai… c’est la désolation. Que restera-t-il de toutes les constructions dans ces villages qui sont sur le front, sur la ligne même du feu ?

Que d’horreurs ! Ce malheureux, qui avait le bas de la figure emportée, plus de mâchoire, de langue, de menton ! Il ne peut rester couché ; son sang l’étouffe et il ne peut l’avaler, n’ayant plus de langue !…

Très gracieux, le médecin-chef m’a offert hier de me racheter une croix d’aumônier, puisque j’avais perdu la mienne.

20 FEVRIER – samedi –

J’ai été souffrant la nuit. Je crois qu’il ne faut jamais boire l’eau de ces pays ; elle renferme toutes les maladies.. !

Je suis resté à Nantivet, désolé…

21 FEVRIER – dimanche –

Je monte à « 204 »[1], puis à Maison forestière, aujourd’hui, J’irai faire dimanche avec les troupiers.

Je vois les nouveaux cimetières que le 4ème Corps vient d’ouvrir, sur la gauche, dans le ravin. Il y a plusieurs corps qui attendent. Un troupier vient me demander, les larmes aux yeux, si je veux dire la prière des morts pour leur camarade. Je dis un De profondis.

Je cherche les dégâts de la veille. Heureusement, l’obus est tombé entre la maison et le puits.

La paroi de bois de la chambre est criblée ; la cervelle entière de l’infirmier a grêlé le plafond…

Dans les tranchées, c’est 30, 40, 50 centimètres d’eau, de boue visqueuse blanchâtre ; c’est inqualifiable… Je repasse par le grand entonnoir ; Je vais au-delà… Je distribue des médailles de la Ste Vierge ; Je cause avec les hommes… ils ne sont pas trop démolis…

Les obus tombent surtout vers la Corne du Bois… mêmes horreurs, cadavres accumulés etc…

Et nos obus passent, rageurs, et les marmites boches éclatent en face, en gerbes énormes.

[1] La cote 204

22 FEVRIER – lundi –

J’apprends aujourd’hui un nouveau et formidable bombardement de Reims. La voûte de la cathédrale est crevée… Mon Dieu, il m’en coûte d’être loin.. !

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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Vendredi 21 février 1919

Louis Guédet

Vendredi 21 février 1919

1624ème et 1622ème jours

11h matin  Beau temps couvert, rayés de soleil, mais pas de pluie. Assez bien dormi. Je suis toujours fort triste, découragé, mes larmes coulent malgré moi à chaque instant. Je crois que je deviendrai fou !

Travaillé toute la matinée, sans goût, sans cœur.

Le bas de la page a été découpé.

C’est aimable à ces braves gens, mais c’est bien assommant et cela me fait perdre un temps précieux.

Vu Bienvenüe (Pierre Bienvenüe) du « Rémois » ! Causé ! Il ne mâche pas sa façon de penser au sujet des prétentions des juges du Tribunal civil de Reims de rester envers et contre tous à Épernay encore 3 ou 4 ans !! Pourvu qu’il ne me mette pas en jeu et me mette pas en opposition ma rentrée ici…  avec…  le mauvais vouloir du Tribunal civil de Reims !! Après tout cela ne me regarde pas !

Je suis désespérément triste ! Je m’acharne au travail, mais dès que je reste une minute désœuvré, de sombres et épouvantables pensées m’assaillent et me ont désespérer de l’avenir et de me voir sortir de ma misère et de ma ruine !! Si encore il n’y avait que moi qui sombre !! mais ma femme et mes enfants ! c’est atroce !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Rentrée à Reims. Visite de la Duchesse de Plaisance et de trois autres personnes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 21 février

Georges Clémenceau, par Nadar

Un attentat a été commis contre M. Clemenceau par un libertaire du nom de Cottin, qui a tiré sept coups de revolver sur le président du Conseil. M. Clemenceau a été blessé à l’épaule. Des manifestations de sympathie pour le chef du gouvernement se sont produites à la Chambre. Des télégrammes sont arrivés, des gouvernements alliés, en particulier du roi George V et de M. Orlando. M. Lansing a fait une démarche personnelle au domicile de M. Clemenceau. Les commissions de la Conférence ont exprimé leurs voeux de prompt rétablissement.
Erzberger a fait sur l’armistice, devant l’Assemblée nationale de Weimar, des déclarations inexactes et que rectifie une note officielle.
L’ambassade d’Italie dément le mariage de la princesse Yolande de Savoie avec le prince de Galles.
M. Winston Churchil, dans un discours qu’il a prononcé à Mansion House, a déclaré que l’Angleterre maintiendrait 900.000 hommes sous les drapeaux. Elle démobilisera les trois quarts de son armée, le dernier quart devant recevoir double paie. Ainsi sera assurée l’exécution des clauses de l’armistice imposé à l’Allemagne.
Un débat a eu lieu à la Chambre sur la démobilisation, et un autre sur le ravitaillement.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 20 février 1919

Louis Guédet

Jeudi 20 février 1919

1623ème et 1621ème jours

8h soir  Assez beau temps, il a plu la nuit mais rien dans la journée. Conduit ma pauvre chère femme au train à 10h1/2. J’ai le cœur brisé saignant mais je ne le lui ai pas fait voir. Courrier formidable auquel je m’attelle, des gens qui viennent me relancer…  depuis 4 jours !! Je n’arrive à rien…  on m’apporte mon déjeuner, c’est la gardienne de Ducancel qui a bien voulu me le faire jusqu’à lundi, matin et à midi. Aujourd’hui beefsteak avec choux, fromage que j’avais, et c’est tout.

Après-midi porté mon courrier rue de Vesle 151 où la Poste a repris son bureau d’avant-guerre, été à la Houille, au pont du canal, causé longuement avec Robiolle qui a repris son poste là où il le tenait durant les bombardements avec un courage héroïque, blessé 2 fois du reste et pas seulement une citation !! C’est honteux, scandaleux ! Repassé rue Libergier rendre visite au sous-préfet qui était absent. (Rayé) aussi (rayé) ! C’est tout dire (rayé) !!

Rendu visite au Maire le Docteur Langlet qui a été plus que charmant et avec qui j’ai causé 2 heures ! Parlé des plans et des projets de la Ville. C’est celui de Bouchette (Paul Bouchette (1869-1952)) et Expert (Roger-Henri Expert (1882-1955)) qui a la chance de réunir tous les suffrages pour le centre de la Ville avec adjonction de divers projets prélevés sur les autres plans des autres concurrents. Je les ai du reste vus mercredi avec ma chère femme, et vraiment celui de Bouchette nous avait le plus frappé. C’est en résumé la continuation du projet de Legendre (Jean-Gabriel Legendre (1714-1770)), mais avec cette variante que les arcades de la rue Colbert et place Royale, au lieu d’être fermées et en magasins sur rue immédiatement, elles seront ouvertes et seront en trottoirs couverts comme la rue de Rivoli et la rue des Pyramides (à Paris), et en plus de cela la façade des Douanes sera conservée comme une porte monumentale et la rue Colbert sera prolongée, toujours dans le même style, jusque vers la rue du Cardinal de Lorraine, afin d’aménager là une place allant jusqu’à la rue Libergier, dégageant la nef de la Cathédrale ! Ce sera très bien, et on voit que les 2 architectes se sont inspirés de la place de la Carrière de Nancy !

Je me suis entendu avec le Docteur Langlet pour ma salle d’audience des justices de Paix. Je dois prendre l’ancienne salle des assises au petit séminaire de la rue des Augustins. Je n’attends plus que mon Décret me réinstallant ici pour faire mon audience d’installation. Et si avant j’ai quelques affaires à tenir ce sera donc dans une salle de l’Ecole Industrielle que la Mairie me cédera.

Le bas de la page a été découpé.

Aucun de ceux qui sont au pouvoir ici ne parait capable, ou par égoïsme ou par médiocrité et intelligence, de prendre en main cette belle et magnifique, grandiose et noble mission du relèvement de Reims !! Et cependant il y aurait une si belle page à écrire dans l’Histoire pour qui pourrait et voudrait se sacrifier à cette tâche !! Rentré et travaillé !! Dîner froid, et je vais me coucher. Je suis fatigué et surtout fort triste !! Douloureusement. Il est 9h du soir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Le Maire, le docteur Langlet


Cardinal Luçon

Jeudi 20 – Visite de Mme la Princesse et de Mme la Marquise de Polignac ; de M. Cumai-Gridaine ; de M. Denys Cochin, non rencontré ; visite de M. Keller ; de M. Letourneau ; Andrieu ; de Mgr Tissier (à Paris).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 20 février

M. Klotz a fait d’importantes déclarations sur la situation financière. Il a insisté sur les difficultés de la Trésorerie, l’Etat s’étant fortement endetté; mais, d’autre part, la fortune publique s’est accrue; et il faut tenir compte des obligations qui incomberont à l’Allemagne…
Le programme gouvernemental se résume ainsi :
1° Réclamer à l’ennemi l’intégralité de sa dette : obtenir, pour certaines créances, en raison de leur qualité, un rang privilégié: exiger les garanties du paiement; former une section financière de la Société des Nations; pratiquer une politique d’entente interalliée aussi resserrée que possible;
2° Ne réclamer, par contre, au contribuable français que ce qui est indispensable pour équilibrer les budgets de demain; instituer un impôt sur le capital avec paiement échelonné sur un assez grand nombre d’années; poursuivre la fraude ;
3° S’opposer à toutes les dépenses non productives;
4° Continuer les appels au crédit en abaissant progressivement le taux du loyer de l’argent.
Le Comité des Dix a renvoyé à l’examen de la commission qui s’occupe déjà des affaires roumaines l’examen des questions posées par les revendications serbes, exception faite, toutefois de celles qui concernent le littoral de l’Adriatique.
On annonce un projet de mariage entre le prince de Galles et la princesse Yolande de Savoie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 19 février 1919

Louis Guédet

Mercredi 19 février 1919

1622ème et 1620ème jours

Pluie. Nous déjeunons rue Simon avec Mme Jolivet (Mme André Jolivet, née Valentine Gibus (1876-1948)), l’installation est parfaite, très propre, très claire. Vraiment c’est bien au-dessus de la soupe populaire de la rue Libergier. Il est vrai qu’il y a moins de populace et de monde, 70/80 personnes à chaque repas, tandis que rue Libergier il y en a jusqu’à 600 matin et soir. On est obligé d’y faire la queue comme nous l’avons fait lundi, et la cuisine est sale et mauvaise. Tandis que rue Simon c’est propre et bon, organisé. Couru la ville, trouvé enfin une femme qui viendra tous les matins faire ma chambre et mon déjeuner du matin et de midi, le soir je me ferai mon dîner. Elle ne vient que lundi prochain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – Réunion des Cardinaux et des Archevêques.(1)

(1) En savoir plus sur cette assemblée
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 19 février

Le Comité des Dix a entendu un exposé du maréchal Foch sur les conditions dans lesquelles l’armistice avait été conclu. Il n’a pas tranché encore la question russe et a ajourné le débat. Il a entendu l’exposé des desiderata serbes aussi bien du côté de la Carniole et de l’Adriatique que vers la Macédoine.
L’Italie a fait savoir officiellement qu’elle rejetait la procédure arbitrale proposée par le cabinet de Belgrade.

Ulrich von Brockdorff-Rantzau en 1918

Brockdorff-Rantzau, qui avait donné sa démission de ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, l’a retirée sur les instances de ses collègues. Les spartaciens ont procédé à de nouvelles attaques à Gelsenkirchen et à Nuremberg.
Les élections de l’Autriche allemande ont donné des résultats favorables surtout aux chrétiens sociaux et aux social démocrates.
L’armée polonaise occupe Brest-Litowsk. Les bolchevistes ont évacué Windau. On annonce que le tsar serait vivant.
Les troupes britanniques ont occupé plusieurs localités d’Asie Mineure.
Un violent conflit s’est élevé en Allemagne entre les C.O.S. et le gouvernement : Noske ayant annoncé des mesures coercitives. Erzberger a répondu vivement à l’Assemblée de Weimar aux interpellateurs qui lui reprochaient d’avoir souscrit trop facilement à l’armistice. Il a attaqué à son tour les grands métallurgistes et surtout Hugo Stinnes, qui, dit-il, intrigueraient contre lui. L’Allemagne nommerait… plus tard, Théodor Wolff, rédacteur en chef du Berliner Tageblatt, ambassadeur à Paris. Bernstein irait à Londres, Conrad Haussmann à Copenhague.
Une délégation de Chypre est arrivée a Londres pour réclamer la cession de cette île à la Grèce. Cette demande soulève des critiques dans la presse anglaise.
Un attentat a été dirigé contre M. Clemenceau. Le président du Conseil a été atteint à l’épaule.
Les Français de Moscou libérés par les bolchevistes sont arrivés à Paris.
Les Roumains dénoncent de nouvelles atrocités hongroises. Karolyi, dans une déclaration qu’il a faite à Pesth, a promis de maintenir le gouvernement populaire.
Les combats se poursuivent autour de Lemberg.
Les Allemands prétendent de nouveau que les Polonais continuent les opérations en Posnanie malgré la conclusion de l’armistice.
Le gouvernement de l’Ukraine a été remanié mais Petlura demeure à sa tête.
On annonce la dissolution probable du Congrès portugais.
M. Taft s’est prononcé pour le projet de Société des Nations lu par M. Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 18 février 1919

Louis Guédet

Mardi 18 février 1919

1621ème et 1619ème jours

Pluie, nous pataugeons dans les rues pour visiter des maisons à louer, qui sont des ruines. Vu Mme Jolivet qui est à la soupe populaire de la rue Simon, organisée par l’Union des Dames de France. Mmes Walbaum, Labarraque, Copey,

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Mardi 18 – Départ pour Paris. Rencontre de M. de Mun, de M. Barachère.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 18 février

Le Comité des Dix a tenu séance pour discuter la question russe.
La commission du budget a établi la situation financière de la France. Il résulte de ses études que le chiffre de nos dépenses exceptionnelles s’élève à 50 milliards et que le budget annuel serait de 18,5 milliards sur lesquels l’impôt couvrirait seulement 8 milliards.
Le président du Conseil a reçu communication des voeux de la conférence ouvrière de Berne.
Le successeur de M. sharp à Paris serait M. Hugh Wallace.
La République est rétablie officiellement à Porto.
Le ministre des Affaires étrangères de Hollande a fait une réponse aux Etats généraux à une interpellation qui portait sur les revendications territoriales de la Belgique. Il a déclaré qu’il repousserait énergiquement toute demande de cession d’un territoire à la Belgique. Le gouvernement belge, de son côté, a publié une note officielle pour établir la liste de ses desiderata.
La Perse demande à siéger à la Conférence de la Paix.
La mission interalliée en Pologne a envoyé une délégation de quatre membres à Lemberg pour essayer d’obtenir une cessation des hostilités entre Polonais et Ukrainiens.
Haase a attaqué le gouvernement Ebert-Scheidemann dans un discours qu’il a prononcé à Weimar.
Les bolchevistes ont subi une défaite au Caucase.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 17 février 1919

Lundi 17 février 1919 – Retour à Reims

1620ème et 1618ème jours

Assez beau temps, nous partons pour Reims. Arrivé à Reims à 11h. Nous nous installons.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 6 – Visite de M. Tonon (Imécourt) et Nicole aumônier de l’hospice de Sedan

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 17 février

La Conférence des Dix s’est réunie pour entendre la délégation libanaise qui a revendiqué l’unité de la grande Syrie sous le protectorat français. Elle s’est ensuite occupée des affaires russes. Irait-on à Prinkipo, malgré le refus de la plupart des groupements russes? Irait-on ailleurs? ou laisserait-on tomber complètement la proposition faite?
Les pourparlers ont commencé à Trèves entre le maréchal et Erzberger. Les propositions additionnelles des Alliés comportent l’établissement d’une ligne que les Allemands ne devront plus dépasser du côté de la Pologne. L’armistice sera prolongé pour une durée indéterminée avec délai de dénonciation de trois jours.
M. Sharp, ambassadeur des Etats-Unis a démissionné. Sa première lettre de démission était datée du 19 décembre. Le président, Wilson lui a répondu en lui exprimant ses regrets et sa gratitude pour les services rendus.
L’échouage du Mirabeau près de Sébastopol n’a fait aucune victime.
La Serbie a saisi le président Wilson et M. Clemenceau d’une demande d’arbitrage au sujet de son litige avec l’Italie.
Le bureau de la presse roumaine dément qu’il y ait eu une révolution à Bucarest.
La mission interalliée est arrivée à Varsovie. Le secrétaire d’Etat Schiffer a exposé à l’Assemblée nationale de Weimar la situation financière allemande qui est loin d’être brillante.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Prinkipo

 

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Dimanche 16 février 1919

Louis Guédet

Dimanche 16 février 1919

1619ème et 1617ème jours

11h soir  Du brouillard froid pénétrant, de la pluie battante ensuite. Peu de lettres. Je ferme mes malles !! singulière coïncidence ! à 48 ans d’intervalle, le 18 février 1871 je quittais Paris après avoir subi le siège pour revenir à St Martin avec ma Mère retrouver mon pauvre Père, et me voici quittant St Martin pour rentrer à pareille date à Reims après l’avoir quitté depuis un an !! Il y a 48 ans je retrouvais un foyer, mon Père, ma Mère, aujourd’hui je quitte tout pour m’envoler à nouveau et m’enfouir dans des ruines !… Quelle singulière destinée que la mienne !! Misères sur misères !! Souffrances sur souffrances !! Cataclysmes sur cataclysmes !!… Et sans rien savoir du lendemain qui m’est bien sombre !! et douloureux !! Je suis bien délabré ! désespéré !!…

Je ferme ces notes pour St Martin. Je les reprendrai à Reims !! Hélas !! Comment !! Quel calvaire !!

Lettre de Louis Guédet à Honoré Bataille.

L. Guédet Notaire Reims (Marne)
16 février 1919

Cher Monsieur Bataille,

Je suis en retard pour vous remercier de vos sympathies à l’occasion de la mort de mon Père dont je suis encore sous la trop pénible impression, néanmoins je tiens à la faire avant mon départ d’ici pour Reims.

Tous ces derniers temps, du reste, j’ai eu plutôt du surcroit d’occupations en raison de ce douloureux événement au moment même où je prenais mes dispositions pour rentrer à Reims où tout me rappelle impérieusement.

Madeleine me remémore qu’il y a quelques temps vous lui aviez dit que vous désiriez m’entretenir de vos dommages de Guerre, si vous le croyez nécessaire vous pourriez le faire à l’un de vos prochains voyages à Reims.

Madeleine se joint à moi vous offrir nos meilleurs sentiments.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 16 – Visite de M. Mennesson Dupont et de sa fille ; de M. Favre, pour le local de la rue Henri Delacroix, de M. de Mun, pour le « Retour à Reims » très intelligemment organisé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 16 février

Le projet de Ligue des nations qui a été déposé à la séance plénière de la Conférence de la paix, a suscité divers commentaires. On épilogue surtout sur les amendements que M. Léon Bourgeois avait rédigés et qui s’efforçaient d’établir un contact plus étroit entre les puissances et en même temps d’assurer leur contrôle sur les fabrications de guerre et leur collaboration plus rapide contre un agresseur éventuel.
Le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, Brockdorff-Rantzau, a pris la parole à l’assemblée de Weimar. Il s’est élevé contre les exigences de l’Entente, mais s’est déclaré prêt à adhérer à la Ligue des Nations.
Fehrenbach, député du centre, a été élu, président de l’Assemblée nationale en remplacement de David, nommé ministre.

Paiva Couceiro à l’époque de la colonisation de l’Angola (c. 1896)

Le gouvernement portugais annonce que l’insurrection royaliste de Porto a été complètement réprimée et que Paiva Conceiro a été arrêté.
Le Sénat américain a voté 30 milliards de crédits de guerre.
On a de nouveaux indices de la tendance des Allemands a renoncer à une mobilisation contre la Pologne.
M. Wilson s’est embarqué à Brest pour New-York.
On annonce de nouveaux troubles à Berlin.
Le Japon aurait offert son appui au gouvernement d’Omsk.
La conférence des Dix a entendu la délégation libanaise, qui a réclamé l’autonomie du Liban en même temps qu’un élargissement des frontières jusqu’ici assignées à cette contrée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 15 février 1919

Louis Guédet

Samedi 15 février 1919

1618ème et 1616ème jours

9h matin  Le dégel, hier soir pluie battante. Toujours la même détresse et la même désolation ! Je crains de devenir fou !! Que vais-je aller faire à Reims ? Je ne sais trop ? Rien, probablement, sinon achever de mourir moralement, si c’était la Mort seulement ! quelle délivrance !…

Reçu hier une lettre de Mme de Vroïl, qui m’écrit une lettre assez énigmatique. Leur intention était d’aller s’installer à Versailles au printemps, mais elle me dit qu’à la suite d’un heureux hasard très providentiel qui lui a fait connaître des choses qui changent tous leurs projets, ils pensaient venir habiter Reims ! Elle ajoute : je crois que nous sommes à la veille d’événements bien terribles, vous aviez bien raison en déplorant l’armistice du 11 novembre dernier, qu’allons-nous encore voir ?… Les malheurs prédits à La Salette ne vont pas tarder (prédictions de malheurs en 1846 non reconnus par l’Eglise Catholique) !… Que veut-elle dire par là ? je ne sais ? que penser ? que devenir ?

Elle viendrait donc à Reims en raison de ce que notre ville entièrement ruinée ne peut pouvoir être le théâtre de nouvelles catastrophes, et que là, par conséquent, ils trouveraient une sécurité et une tranquillité relative ?? Je serais curieux de savoir le fond de sa pensée à ce sujet !!! Il est vrai qu’avec tout ce qui se passe en Allemagne, qui redresse la tête et redevient menaçante, on se demande comment tout cela se terminera. De plus il y a cette conférence de Berne, l’Internationale veut reprendre son œuvre de destruction.

Les conditions du nouvel armistice ont été bien laborieuses à établir ! Les journaux, avec ce semblant de sécurité, de tranquillité, d’assurance qu’ils proclament laissent cependant entrouvrir leur inquiétude en l’avenir. Alors ? aussi devant cela je me demande si je fais bien de retourner à Reims et de laisser ma femme et mes enfants seuls ici ? Tout cela est bien troublant, bien angoissant ! Et je suis déjà assez misérable comme cela sans avoir ces nouveaux soucis ! Faudra-t-il que je me rejette encore dans la mêlée ? Certes ce n’est pas cela qui me ferait peur ! et puis ce serait peut-être enfin l’occasion de voir la fin de mes misères en disparaissant !! De quelque côté que je me tourne je n’ai plus rien à perdre, rien à craindre ! étant arrivé à la suprême détresse !! Je crois au contraire que je ne puis qu’y gagner, non pas avec l’espoir de pêcher en eaux troubles ? non ! mais quoi qu’il advienne je ne puis être plus malheureux ni plus désespéré que je ne le suis !!! Alors ! quoiqu’il arrive je n’ai plus rien à perdre…  que la vie ! ma vie ? pour ce qu’elle vaut !! j’en fais bien facilement le sacrifice !!

4h soir  Courrier peu important en raison de mon impossibilité de répondre à nombre de lettres, les dossiers étant emballés. Répondu. Puis vers 2h été à Songy rechercher ma paire de bottines que j’avais laissé l’autre jour à mon cordonnier. Causé avec lui et fait mes adieux, c’est un bien brave homme !

Revenu par la route détrempée et dit adieu à toute la campagne environnante, à mon cher territoire de St Martin-aux-Champs, à ces champs que j’ai tant parcouru, à ces buissons des « Terres aux lapins », de la « Bataille » du « Toit d’Etrain », etc… que j’ai tant battus avec mon vieux chien Bock, chose que je ne ferais sans doute jamais plus ! adieu à ces collines languissantes, douces et onduleuses (rayé), si charmantes dans leurs lignes moutonnantes comme une mer au calme ! Mélancolie ! serrements de cœur poignants. J’ai ressenti tout cela à mon retour de Songy et j’ai pleuré !! Je vous aimais tant et tant, collines et vallons de mon cher pays natal, mon berceau ! que j’ai tant admiré, contemplé par tous les temps par toutes les saisons, sous toutes ses formes et ses aspects !! Et toujours avec une mélancolie soit joyeuse, soit douce, soit tendre, soit triste et douloureuse, mais avec toujours un amour nouveau et un charme chatoyant comme si je le contemplais pour la première fois !! Adieu mon doux Pays !! qu’il me serait bon d’y revenir finir mes vieux jours et y mourir !! puis y dormir mon dernier sommeil. Hélas ! cette consolation ne me sera pas donnée sans doute !! Je n’aurais pas le bonheur de dormir ici pour toujours, bercé par la mélancolie, la douceur, le prenant de ma campagne champenoise si rêveuse, si affolante d’amour et de charme dont on a toujours soif et dont on ne se lasse jamais !! Triste et douce ! toujours !! Adieu !! et si ce n’était seulement qu’au revoir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 15 – Visite de M. le Curé Galland de Librecy ; du Prince régnant (sic) de Serbie(1) à la Cath.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 15 février

La Conférence de la paix a tenu une séance plénière pour entendre la lecture par le président Wilson, du projet de la Société des Nations. Le président a voulu, en effet, avant de repartir le soir même pour New-York, mettre cette grande œuvre sur pied.
Des bruits de révolution parviennent de Roumanie, mais ils sont jusqu’à présent tenus pour douteux. Le cuirassé Mirabeau s’est échoué sur la côte de Crimée, ayant dû appareiller à la suite de la rupture de son amarrage, par une violente tempête.

Philipp Scheidemann

Le nouveau cabinet allemand étant définitivement formé, Scheidemann a prononcé un discours en qualité de président du Conseil. Il a parlé des réformes intérieures et de la paix.
Un débat a eu lieu au Sénat sur la reconstitution du Nord. M. Loucheur a montré les difficultés de la situation. Il a établi entre autres, que la restauration des mines coûterait 2 milliards et demanderait dix ans. Aucun des problèmes posés, a-t-il dit, ne peut être résolu rapidement. Le débat sur la vie chère a continué à la Chambre.
Radek a été arrêté à Berlin.
Un attentat, aurait été projeté à Cleveland contre le président Wilson.
Une discussion intéressante sur les revendications ouvrières a eu lieu au Parlement anglais.
Plusieurs espions ont été condamnés en Belgique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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L’abbé Rémi Thinot au front (3) : semaine du 9 au 15 février 1915, secteur de Suippes

9 FEVRIER – mardi

Je rentre de Châlons…

Je vais voir Mgr Tissier[1], très paternel, très bon. Monseigneur est bien d’avis que c’est lamentable la façon dont les officiers se conduisent, s’amusent, dépensent, scandalisent.., Ah ! ce n’est pas un élément de victoire, cela !

J’ai fait la route avec un médecin qui raisonnait de bonne façon. Nous étions d’accord pour dire que si la guerre fait bien des conversions individuelles, le gros demeure dans ses vieux sentiments. Tant et tant qui n’auront pas souffert de la guerre ! Tant qui seront « sur le front », solidement embusqués à l’arrière, bien en sûreté !, qui se gardent pour leurs ambitions, leurs divers égoïsmes !

Ah ! l’humanité n’est pas belle !

Déjà, j’avais causé hier avec le lieutenant Delpret (prêtre) de tous les motifs et mobiles qui sont à la base d’actions pourtant si graves, si solennelles ! Ce colonel Vély, du 59ème [2], qui commande la brigade, qui veut ses deux étoiles et qui ordonne des attaques dans des conditions si lamentables ! Les hommes ne veulent plus marcher. Ils sont las. Ils ne sortent pas des boyaux… ou bien il faut que l’officier les pousse avec son révolver.. !

Mon Dieu, comme c’est grand de confesser quelqu’un qui part à l’attaque ! qui ne sait pas s’il en reviendrai Mon Dieu, élevez mon âme, que je sois moins indigne dans ce ministère très saint, que je sois l’autre Christ qu’il faut auprès de ces âmes.

[1] Joseph-Marie Tissier, évêque de Chalons https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Marie_Tissier
[2] Colonel Vely ou Velly (selon les sources) du 59e RI (68e brigade d’infanterie ; 34e division d’infanterie ; 17e corps d’armée.

11 FEVRIER – jeudi –

Aujourd’hui, je dis ma première messe avec mon calice, ma chapelle de campagne ramenée de Chalons

A ce propos, il est curieux ; que les oraisons de la messe « pro tempore belli », avec elle « pro pace » remontent pour l’ensemble au temps de l’invasion des Vandales. Plus vieux que les Turcs, par conséquent ! Les textes des pièces de chant, des épitres et évangiles, ont été choisis au Moyen-âge, dans l’antiphonaire grégorien, tels qu’ils étaient dans les sacramentaires.

10 heures 1/2 soir ; Grand mouvement cet après-midi ; visiblement, c’est une attaque pour demain… attaque de toute l’armée (IVe) par petits paquets. Les trains marchent ; la troupe arrive ; l’artillerie tient ses positions… A la grâce de Dieu ! [1]

[1] La IVe armée est engagée dans la première bataille de Champagne https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Champagne_(1914-1915)#F%C3%A9vrier_1915

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

15 FEVRIER – samedi –

Sont arrivés aujourd’hui à la formation deux médecins qui avaient été faits prisonniers à Raucourt. Ils nous disent combien innombrables sont encore à Toulouse et ailleurs le nombre des embusqués.

Avec la plus parfaite impudeur, les gros manitous cumulent des traitements mensuels de 500, 800, 1200 francs avec ce qu’ils continuent à gagner dans le civil.

On dira ; « après la guerre, tout cela se paiera… » Moi, je dis ; « Tout cela s’oubliera bien vite ».

De plus, toute cette bande n’aura profité en rien des leçons de la guerre, ne l’ayant point vue… C’est elle qui g… . le plus fort. Ah ! comme tout cela est triste et décevant ! Et comme l’antipatriotisme doit fleurir dans tout ce monde, les pauvres hommes qui, hier encore, là tout près, disaient ;

« Qu’est-ce que nous faisons ici ? nous venons nous faire casser la g… pour défendre ce pays ! Mais, notre Patrie à nous, c’est là où sont notre femme et nos enfants !»

Ces hommes disent sans détour un peu de tout ce que disent les autres dans un langage plus en forme et sophistiqué davantage ! quel honteux fruit de l’abominable travail accompli par l’esprit matérialiste dans notre pauvre pays depuis tant d’années. Plus de ressort ! Plus d’idéal ; tout limité à la vie présente et à la jouissance immédiate. Dieu, la Patrie, la Famille, la Morale ! Hélas ! trois fois hélas.. !

9 heures ; Une canonnade terrible, terrible, terrible, comme jamais on n’en a entendu depuis les débuts de la campagne, déclarent les vieux.

Effectivement, les premiers blessés, que je vois à Maison forestière où je suis monté, déclarent que le terrain était déblayé comme il n’est pas possible de désirer mieux…

Les prisonniers défilent – on en comptera 200 en fin de journée – J’ai des coups d’œil, à Maison forestière, du plus grand intérêt.

L’arrivée des prisonniers par le boyau, 1’em¬pressement autour d’eux, les réflexions des troupiers… depuis celle du loustic qui dit une blague, jusqu’à celle pleine de lâcheté, de découragement, toute baignée au moins de lassitude et d’ennuis ; « Au moins, pour ceux-là, la guerre est finie ».

Il y a aussi les bons cœurs ; « Ce sont des hommes comme nous » On leur donne à manger, à boire. Il y a des blessés. Tableau touchant ; un fantassin français qui porte sur son dos un boche très blessé. Tout d’un coup, les balles sifflent, les marmites tombent ; c’est un sauve-qui-peut général autour de Maison forestière. Rien de grave ; ça passe juste au-dessus.

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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