Louis Guédet

Samedi 13 juillet 1918

1401ème et 1399ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps couvert mais beau. Peu de courrier. Renseignements reçus de M. Montagné, notaire à Bordeaux, sur une affaire Verdelot (Pierre) dans une succession Binet-Copigneaux (suite au décès d’Aglaé Copigneaux (1834-1913), veuve de Jean-Baptiste Binet (1826-1876)) que j’étais chargé de liquider au seuil de la Guerre actuelle en juillet 1914, et dans laquelle ce Verdelot nous a cherché un tas de misères à moi et à Armand Walfard ((1854-1944) mari de Thérèse Binet (1861-1949), tante de Pierre Verdelot) négociant en vins de Champagne à Reims. Or ce Verdelot est tout simplement un déserteur, et dès septembre 1914, pour mettre son avoir à l’abri, il a fait un partage s.s.p. (sous-seing privé) non seulement des biens de la succession de sa mère, mais encore des biens encore non partagés chez moi de la succession de sa grand-mère Mme Binet !! C’est aller un peu vite, et ayant appris sa situation irrégulière au point de vue militaire je n’ai pas hésité, comme la loi m’y oblige, de signaler cela au Parquet de Reims. Çà apprendra à ce pierrot-là et à ce lâche-là de nous avoir tant embêtés en 1914. S’il avait réglé sans chercher des « poux à la tête » il aurait eu sa part liquidée et ne se la verrait pas mise sous séquestre aujourd’hui. Il y a quelque fois une justice immanente ! Si c’était seulement toujours comme cela ! J’irais sans doute cette semaine à Épernay pour mettre cette affaire au point.

Été à Vitry-la-Ville porter mes lettres. Rien appris.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils