Louis Guédet

Lundi 7 janvier 1918

1214ème et 1212ème jours de bataille et de bombardement

10h3/4 matin  St Martin  Pluie toute la nuit, dégel général. 4 degrés au-dessus. Nos troupes du 91ème viennent de partir par ce temps et ce verglas !! Impossible de tenir debout sur les routes par ce verglas. Les routes sont comme glacées et cirées. Ils vont travailler à des 3èmes lignes de tranchées vers Boissy-le-Repos. Le Commandant Petin, du 91ème, est venu nous faire ses adieux. Lui aussi estime que les menaces allemandes comme grande attaque est un bluff. Mais il m’a dit que leurs troupes (allemandes) étaient parfaitement nourries et approvisionnées encore ! Néanmoins il estime par contre que la population civile doit mourir de faim. Quant aux Russes il est de mon avis que c’est le gâchis… Il fait froid…  mais un froid supportable. Je prépare mon départ pour mercredi, 5h du matin.

1h  Le Docteur Tollin, de Cheppes, sort d’ici. Il était venu très gentiment annoncer à ma chère femme et à mon Père qu’il avait vu ce matin dans le Petit Journal d’aujourd’hui ma nomination comme Chevalier de la Légion d’Honneur au titre du Ministère de la Justice, avec 2 ou 3 autres juges de Nancy. Je suis enchanté que ce soit du Ministère de la Justice et non du Ministère de l’Intérieur. Ce sera moins banal et du moins on ne pourra pas dire que c’est dû à des influences politiques. J’écris de suite pour l’annoncer à mon vieil ami Bossu à qui je dois ce ruban, et au R.P. Desbuquois qui était certes plus impatient que moi. Il me disait même un jour qu’il donnerait bien son petit doigt pour que ce fût tout de suite !… Ma pauvre chère femme est enchantée, et… Dieu ! quelle agitation… !! C’est elle qui l’a mérité plus que moi cette décoration la pauvre chère aimée. Enfin j’en suis surtout heureux pour elle et mes chers enfants.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 7 – + 6°. Neige fond. Nuit tranquille. Visite de l’aumônier du 108e avec un autre et plusieurs officiers jeunes. 4 h. nouvelle chute de neige abondante.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 7 janvier


Canonnade intermittente sur quelques parties du front.
Des coups de main ennemis sur nos petits postes au nord du Chemin-des-Dames sont restés sans succès.
Sur le front belge, légère activité d’artillerie dans les régions de Ramscapelle, Dixmude et Mercken.
En Macédoine, activité de l’artillerie ennemie dans la région de Monastir.
L’aviation française a bombardé les cantonnements et convois ennemis au nord du lac Presba.
La neige rend les communications difficiles dans les montagnes.
Sur le front anglais, l’ennemi a dirigé une forte attaque contre les positions de la ligne Hindenburg, à l’est de Bullecourt. Un petit détachement a réussi à prendre pied dans une sape en avant des tranchées de première ligne. Cette sape a été ensuite reprise. Sur le reste du front l’attaque allemande a été rejetée avec pertes avant que l’assaillant ait pu aborder nos positions.
Quelque activité de l’artillerie au nord-est d’Ypres.
Nos alliés ont déployé une grande activité aérienne. Ils ont jeté plus de 250 bombes sur les gares de Ledeghem, Denain, Menin et Roulers. Plusieurs milliers de cartouches de mitrailleuses ont été tirées de faible hauteur. Huit avions allemands ont été abattus et cinq autres obligés d’atterrir, désemparés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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