Paul Hess

28 avril 1917 – Quelques fusants, vers 13 h 1/2. Du perron de l’hôtel de ville, où nous sommes réunis à quelques collègues, nous les voyons éclater à gauche de la place, au-dessus des toits. A 16 h 15, nouveaux sifflements ; une douzaine d’obus viennent éclater à proximité de l’hôtel de ville.

Dans la matinée, le chauffeur de l’auto à la disposition de la recette municipale, Maurice Lamort, nous avait annoncé, en venant déposer des pièces au bureau de la « comptabilité », ainsi qu’il le fait chaque jour, qu’il devait, au cours de l’après-midi, dévisser un obus de 305 tombé dans la cathédrale et non éclaté. Nous lui avions souhaité bonne chance.

Son Éminence le Cardinal s’était opposée d’abord, paraît-il, à ce dangereux travail, ne voulant pas qu’un homme risquât sa vie en des conditions aussi périlleuses.

Mgr Luçon ne s’était laissé convaincre que parce qu’on lui avait représenté que ce grand jeune homme de 18 ans n’en était pas — loin de là — à son coup d’essai.

Ce sont en effet des centaines d’obus, de tous calibres, qu’il a manipulés et vidés de leurs charges d’explosifs. Sa sûreté de main nous avait étonnés dernièrement, lorsqu’il nous avait montré le mécanisme d’une torpille d’avion, délicat et compliqué comme celui d’une horloge, qu’il avait réussi — en courant quels risques — à démonter de l’engin, rendu ainsi inoffensif.

Nous avons revu ce chauffeur sur la fin de l’après-midi et lui avons demandé :

« Alors ! votre opération a réussi ? »
« Ho ! très bien » a-t-il répondu en souriant, ajoutant simplement :
« Comme le projectile était enfoncé dans le dallage, les pompiers sont venus dégager un peu ses alentours, avec précaution, et puis, ils sont partis et on m’a laissé seul dans la cathédrale ; dix minutes après, c’était fini. »

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 28 – + 9°. Nuit tranquille en ville. Combats autour de Reims. Matinée tranquille en ville ; combats au nord. Visite à Courlancy et à Rœderer. Bombes sur la ville de 1 h. à Un éclat est tombé sur la salle des Archives : le toit est percé en deux endroits. Visité la Cathédrale et vu l’obus de 305 non-explosé. Visite de M. Sainsaulieu m’apportant la nouvelle que la fusée de l’obus a été extraite par le jeune Lamort et que M. le Dr Langlet, Maire de Reims, veut venir me faire visite de condoléances pour le désastre de la Cathédrale. Précédemment, le 19 déc. 1916, il m’avait amené une délégation américaine dont faisait partie M. Sharp, ambassadeur des Etats-Unis, et avait refusé d’entrer avec eux ; il explique que c’est parce qu’il n’estimait pas « digne de faire visite au Cardinal par ricochet ». Il demande le jour et l’heure. Arrivée des hirondelles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 28 avril

Activité marquée des deux artilleries dans la région au nord-ouest de Reims et en Champagne.

Aucune action d’infanterie.

Au cours de la journée du 26, 3 avions allemands ont été abattus par nos pilotes, 6 autres appareils ennemis sérieusement endommagés, ont été contraints d’atterrir ou sont tombés dans leurs lignes. Dans la nuit du 26 au 27 avril, un de nos groupes de bombardement a lancé de nombreux projectiles sur les gares et bivouacs dans la région de Ribemont-Crecy-sur-Serre (Aisne).

Sur le front britannique, l’ennemi a tenté sans succès une petite attaque dans les environs de Fayet, au nord-ouest de Saint-Quentin. Après un combat acharné, ses troupes ont été rejetées avec des pertes. L’ennemi a laissé un certain nombre de prisonniers entre les mains de nos alliés. Les soldats britanniques se sont emparés des carrières qui se trouvent aux lisières est d’Hargicourt, où l’ennemi a abandonné des fusils et du matériel d’équipement.

Une attaque de destroyers allemands a été mise en échec devant Ramsgate.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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