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Mercredi 28 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 28 février 1917

900ème et 898ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps nuageux, brumeux. Ce matin allocations militaires. J’ai fait mes adieux aux membres de la commission cantonale, et M. Chézel, Président qui me remplace, m’a dit quelques mots fort aimables en disant notamment qu’il m’avait toujours considéré comme un ami et qu’il contait bien que je serai toujours à leur disposition le cas échéant. (Rayé) faisait une (rayé). Comment (rayé). Et son (rayé) qui n’est pas (rayé) !! J’ai déjà examiné plusieurs dossiers, le travail sera facile. Une fois le retard rattrapé, ce sera un jeu.

Rentré travailler. Courrier assez volumineux, après-midi fait des courses. Lettres toujours plutôt lasses et résignées de ma pauvre chère femme. Je lui narrais qu’Adèle paraissait vouloir s’en aller, cela va encore la tourmenter. Cette brave Adèle est une molasse qui ne sait ce qu’elle veut. Je suis assez dans l’embarras qu’elle me laisse vivre, qu’elle m’ennuie avec ses incertitudes. Ce soir elle s’est levée et ma foi elle va bien. Qu’elle fasse ce qu’elle veut : si elle reste elle restera, si elle s’en va elle s’en ira !!

Reçu visite de M. Lhotelain, maréchal des logis au 25ème d’artillerie, qui a connu Jean à Rennes. Il me disait qu’il avait apprécié Jean mais il lui reprochait sa timidité. Il m’a avoué que là-bas on ne lui avait rien fait faire, lui-même en était scandalisé. Il se félicite qu’il ait pu entrer à Fontainebleau. Si mon pauvre Robert avait pu faire la même chose !! Le pauvre petit qui va partir au front !! Cela me tue. Comme si je n’avais pas encore assez d’épreuves depuis 2 ans 1/2 !! Ce Lhotelain a été très gentil, et il me disait être heureux si Jean revenait au 25ème. Il a la même idée que nous et les enfants, c’est que l’artillerie lourde est considérée comme un nid à embusqués.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, dans le haut de l’avenue de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

p-freville-avenue de Laon


Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Nuit tranquille. + 4°. Visite à M. le Docteur Simon et à la Maison Jeanne d’Arc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 28 février

Au sud-est de Vailly, nous avons fait une incursion dans les lignes allemandes et ramené des prisonniers. Rencontre de patrouilles dans la région de Bezonvaux et dans les Vosges.

Canonnades dans les secteurs de l’Echelle-Saint-Aurin et de Beuvraignes (sud de l’Avre), ainsi que dans 1’Argonne, vers Vauquois.

Nous avons effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes du bois de Malancourt et du secteur de la cote 304.

Au sud de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons fait des prisonniers.

Les Anglais ont pris le Barque, Ligny et plusieurs défenses de Puisieux.

Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie se sont avancées jusqu’à 25 kilomètres au nord de Kut-el-Amara.

Discours de M. de Bethmann-Hollweg au Reichstag : l’Allemagne ira jusqu’au bout de la guerre sous-marine; c’est une réponse au message de M. Wilson demandant de pleins pouvoirs.

Le transatlantique Laconia, qui revenait d’Amérique a été coulé près des côtes d’Angleterre par un sous-marin. Deux Américaines ont péri.

La Hollande a adressé une note énergique au cabinet de Berlin pour le rendre responsable de la destruction de ses navires près de Falmouth.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 27 février 1917

Louis Guédet

Mardi 27 février 1917

899ème et 897ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps couvert avec brume, plutôt froid. Bataille toute la nuit, et de plus j’ai eu de terribles insomnies. Ce matin réveillé à 5h éreinté. J’ai tâché de dormir pour me remettre mais impossible. Ma bonne ne va pas plus mal, plutôt mieux mais affaiblie, cela se conçoit. Travaillé toute la matinée, fait deux ou 3 courses, Courrier de la Champagne pour une circulaire à l’imprimerie pour la Chambre des notaires. Chapuis pour cours de Bourses, partage partiel Lepitre et Billy, Greffe civil pour législations, rentré pour mon courrier peu chargé. Après-midi porté mon courrier, et passé par la Mairie où M. Martin me remet la notification de ma nomination de Président de la Commission d’appel des allocations militaires pour l’arrondissement de Reims. C’est Chézel qui me remplacera comme Président des 4 commissions des Cantonales de Reims. En sorte que l’autre jour, quand Régnier le sous-Préfet m’a dit que je restais Président des 4 cantons et que Chézel était nommé Président d’appel, il a bafouillé ou il a signé sans savoir ce qu’il signait, cela ne m’étonne nullement.

Bref, comme j’avais dit à Houlon cela, et que celui-ci me soutenait que c’était bien moi qui devait être Président d’appel en remplacement de M. Bossu Procureur de la République, je lui avais déclaré comme conclusion : ou c’est lui qui est saoul ou c’est moi ? Nous verrons. Heureusement et ce m’est un soulagement : c’est Régnier qui était saoul !! selon son habitude…  On m’a remis les dossiers en retard, il y en a 69 depuis le 27 octobre 1916, dernière séance de M. Bossu et ses archives. Je vais étudier cela, c’est classé et cela ira bien. Un ou 2 coups de collier à donner et ensuite je n’aurai plus que des séances tous les mois. Cela me tiendra moins que la Présidence des commissions cantonales qui me tenaient tous les mercredis. Demain j’assisterai à la réunion pour mes adieux et remettre mes fonctions à M. Chézel. L’arrêté préfectoral qui me nomme est daté de Châlons du 19 février 1917 et m’a été signifié le 26.

Reçu lettre de l’abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins qui me remerciait des compliments que je lui avais fait de sa Légion d’Honneur. Il me contait une aventure arrivée à Chappe, avocat, adjoint de Reims, qui s’est sauvé le 2 septembre comme un poltron qu’il est. A l’enterrement du docteur Doyen (chirurgien de renommée internationale, inventeur de nombreux instruments chirurgicaux (né en 1859 et décédé le 21 novembre 1916 à Paris)) il plastronnait avec la famille pour recevoir les invités, quand survint l’abbé Tribidez, ancien aumônier militaire. Le sourire aux lèvres, mon Chappe lui tend la main, l’abbé retient la sienne ostensiblement en s’écriant : « Ah ! çà ! non ! Je ne serre pas la main d’un lâche !! » Tête du Chappe !

Comme je contais cette histoire tout à l’heure à Houlon, je lui disais que nous devrions nous grouper pour traiter de la même manière les pleutres qui reviendraient ici la bouche en cœur après la délivrance de Reims. Il me répondit : « J’y ai essayé et aussi j’avais déjà eu quelques adhésions, Charbonneaux, de Bruignac, et j’avais demandé au Maire d’être Président, mais celui-ci s’y refusa ! Toujours le même et aussi sectaire. Je le regrette pour lui qui s’est taillé une si belle page dans l’histoire de notre Ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 27 – + 4°. Nuit tranquille, sauf – Invitation du Général de Bazelaires par les aumôniers, à aller prêcher les soldats à Hermonville et dîner avec lui (mercredi 28). Lettre aux Évêques de la Province pour présentations épiscopales.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hermonville


Mardi 27 février

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes en Belgique, dans la région des Dunes et à l’est du bois de Malancourt.

Nous avons réussi un coup de main sur un saillant ennemi, au nord de Tahure et ramené des prisonniers.

Sur le front belge, lutte d’artillerie d’intensité moyenne spécialement vers Nordschoote et Steenstraete, où les engins de tranchées ont été actifs.

Les Anglais ont progressé dans la vallée de l’Ancre. Leur avance s’étend sur un front de 17 kilomètres 600, de l’est de Gueudecourt au sud de Gommecourt et a atteint une profondeur de 3 kilomètres 200. Outre Serre, ils ont occupé le point d’appui de la butte de Warlencourt, le village de ce nom, Eaucourt, Pys et Miraumont, et atteint les abords de le Barque, Irles et Puisieux-au-Mont.

Ils ont rejeté une attaque sur l’un de leurs postes au sud de la Somme.

Un coup de main au nord d’Arras leur a valu 24 prisonniers. Leurs détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies à l’ouest de Monchy-au-Bois et à l’ouest de Lens, ramenant des prisonniers.

Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie ont occupé le point stratégique de Kut-el-Amara, au sud de Bagdad. 1730 Turcs ont été capturés et, en outre, 4 colonels allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 26 février 1917

Louis Guédet

Lundi 26 février 1917

898ème et 896ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris, brumeux, nuageux, moins froid qu’hier. Le calme et le silence. Il m’a été confirmé qu’un avion allemand avait été abattu hier dans nos lignes vers Champigny. Ce matin fort affairé et dérangé continuellement, vu le médecin qui me dit qu’Adèle serait remise dans 3/4 jours. En attendant elle est au lit. Après-midi 2h levée de scellés place Drouet d’Erlon, fait des courses, été chez l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, pour lui remettre diverses sommes pour nourrir sa fondation, culte, etc…  de la part de Madame Mareschal. Causé un instant avec Pierre Lelarge qui sortait de chez l’abbé, il me disait qu’il trouvait que j’avais vraiment de la vertu d’avoir pris la charge de juge de Paix. Je lui ai répondu que bien que peu courue il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour prendre la corvée. De là passé aux Galeries Rémoises pour des bas pour ma chère femme et rentré chez moi travailler. Journée monotone comme tant d’autres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille ; + 9°. Échange de coups de canons dans la journée. Visite de M. Favre pour fixer la messe de la Croix-Rouge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 26 février

Nos reconnaissances ont effectué avec succès deux coups de main sur des postes ennemis en forêt d’Apremont et au nord de . Notre artillerie s’est montrée active dans la région du Mort-Homme. Nos tirs de destruction ont donné de bons résultats. Canonnades intermittentes sur quelques points du front de Lorraine et des Vosges.

Une de nos escadrilles a bombardé efficacement les gares de Grandpré et de Romagne-sous-Montfaucon.

Sur le front belge, lutte à coups de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas. Actions d’artillerie sur divers points.

Les Turcs avouent un échec en Mésopotamie, à Fellahié.

Sur le front italien, activité d’artillerie dans la vallée de l’Astico, dans le val Travignolo, à la tête du Cordevole, dans la région de But, à l’est de Gorizia. Echecs autrichiens sur le haut plateau d’Asiago, au Pal Grande et à Studena Bassa, sur le torrent de Pontebbana.

Sur le front russe, dans la région de Semenki-Letscheniaty (sud du lac Wichnawski), les Allemands ont émis des gaz que le vent a retournés contre eux.

Un sous-marin allemand a torpillé sept navires hollandais au large de Falmouth, et alors que ces navires, par suite des négociations intervenues, se croyaient en sécurité. La colère est grande aux Pays-Bas.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

badonviller

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Dimanche 25 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 25 février 1917

897ème et 895ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps, gare la gelée de nouveau pour un mois, en tout cas pas de neige. Bataille et canonnade toute la nuit ! mal dormi. Messe paroissiale de 8h1/2 quoique levé à 6h1/2. Répondu à mes lettres et vu Charles Heidsieck qui est venu s’excuser d’avoir oublié de m’offrir l’autre jour du café dont la cafetière était près de lui, je suis parti laissant ma tasse vierge de tout café. Il en a d’autant plus ri que ni l’un ni l’autre ne nous sommes aperçu de cet oubli. Notre entretien était certainement intéressant pour en oublier et cafetière et café etc…  etc…

Reçu nombre de lettres, ma chère femme est inquiète de Jean qui est fatigué et saigne du nez. Je lui confirme ce que demande Mme Becker, le nom de son capitaine et lui conseille d’écrire ses recommandations pour Jean à Madame Becker elle-même. Robert pense partir bientôt au front. Ma chère aimée me parait très désemparée…  et moi…  aussi. Sorti à 2h, porté mon courrier à la Poste, une 15aine (quinzaine) de lettres. Vu Porte de Paris aux trains pour Châlons, pas commodes du tout : il me faut coucher à Épernay si je veux voir mes Juges et Procureur. Poussé jusqu’à la Gare de la Haubette et redescendu, bavardé de droite et de gauche avec de braves gens qui aiment bien leur juge de Paix.

Recogné dans M. Heidsieck qui trotte comme un cerf maintenant et voulait m’entrainer à St Charles voir le Chef de gare. J’ai refusé énergiquement, ayant encore à finir mes lettres et à travailler. Il m’invite à déjeuner au Cercle mardi avec d’autres amis. J’ai accepté. Passé par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) après l’avoir quitté au Pont de Vesle et rentré chez moi. En chemin rencontré Braudel (à vérifier), fondé de pouvoir de Charles Heidsieck. Causé un instant, il a perdu 2 fils tués : « Surtout ne conseillez pas à vos fils d’entrer dans l’artillerie de tranchées, où on est sacrifié !! » me dit-il, et surtout on expose les aspirants !… J’en ferai mon profit. Entretemps, canonnade sur des avions allemands, et en route on m’apprit qu’un de ceux-ci est tombé vers St Brice. C’est M. Floquet, mon voisin d’ici (au n°61) qui me dit cela au moment de rentrer, et il était accompagné de son dernier fils qui est actuellement devant Vailly (Vailly-sur-Aisne), pays natal de ma belle-mère. Il est au sud du canal et l’Aisne seule sépare français et allemands du village de Vailly. Comme je lui demandais si l’usine de caoutchouterie (usine de pneus de bicyclette Wolber depuis 1904) était encore là, il me répondit affirmativement, me disant qu’il était justement en face, et il me disait que les bâtiments de cette usine et ceux adjacents ne paraissaient pas avoir beaucoup souffert. C’est la demeure des grands-parents maternels de ma chère Madeleine, les Dopsent. (Rayé) environ (rayé), quelle brute que cet (rayé) là !! Rentré enfin travailler, fini mes lettres et étudié pour mon brave Dondaine une dévolution de succession entre neveux et petits-neveux germain et consanguins. Ces questions de dévolutions en matières collatérales sont toujours difficiles à bien saisir. Enfin j’ai mis l’affaire au point.

8h3/4  Il est temps de se coucher. Calme absolu, il fera encore froid cette nuit. Je suis fatigué, mais dormirai-je, ou bien mes insomnies persisteront-elles ??…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Violente canonnade jusqu’à minuit. Reste de la nuit tranquille. 0° ; beau soleil. Un officier qui commandait à la Pompelle, hier jusqu’à minuit, me dit qu’un Polonais(1) avait réussi à passer dans nos lignes. Il indique aux chefs qu’une relève de division devait avoir lieu et fait connaitre l’heure exacte et le lieu précis avec tous les détails : c’est pour contrarier la relève de cette division qu’a eu lieu la canonnade de samedi à dimanche.

Mgr Neveux va à ma place à la messe des soldats aux Caves Pommery.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les malheureux Polonais, privés de patrie, servaient malgré eux dans l’Armée russe, l’Armée allemande et l’Armée austro-hongroise. Ils désertaient lorsqu’ils en avait l’occasion et les différents adversaires tentèrent de créer des unités avec les réfugiés politiques. Les travailleurs émigrés, les prisonniers de guerre et les déserteurs. Toutes ce fractions disparates qui, comme les Tchèques, changèrent parfois de camp sans préavis, finirent cependant, après 1918 par former les bases d’une Armée polonaise qui connût pas mal de soubresauts.

Ets Pommery-P-Freville


Dimanche 25 février

Dans les Vosges, un de nos détachements a pénétré dans les lignes ennemies, au nord de Senones. Après un bombardement violent, les Allemands ont tenté sans succès un coup de main sur nos tranchées de Wissembach. Ils ont fait deux autres tentatives infructueuses sur nos tranchées du Nolu (Alsace).

Activité d’artillerie soutenue sur tout le front belge. Violente lutte de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas.

Un de nos dirigeables a bombardé les usines en activité dans la région de Briey et est rentré sans incident à son port d’attache. Quatre cents kilos de projectiles ont été lancés par nos avions sur les bivouacs allemands dans la forêt de Spincourt.

Engagement sur tout le front roumain.

Les Anglais ont réalisé une forte avance dans la région de l’Ancre et se sont rendus maîtres du Petit-Miraumont. Ils ont progressé également, et sur un front de 2400 mètres, dans la région de Serre.

Ils ont accentué leur cheminement dans les alentours de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.

Deux navires brésiliens sont arrivés, malgré le blocus des sous-marins, au Havre.

Le gouvernement anglais publie une liste de marchandises dont l’importation sera provisoirement interdite. Il veut réserver sa marine de commerce aux besoins immédiats de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 24 février 1917

Louis Guédet

Samedi 24 février 1917

896ème et 894ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 soir  Temps brumeux sans pluie. Le calme jusqu’à maintenant, mais depuis 7 heures moins 20 de vraies marmites de 5 minutes en 5 minutes, assez proches, en avant de nous vers le quartier du Barbâtre. Gare cette nuit, il y avait trop longtemps que nous étions tranquilles. Je souhaite que ce ne soit qu’une alerte car ma fidèle domestique est toujours souffrante, mais rien de grave, le médecin l’a vue ce matin (Dr Hoël (dont la fille Elisabeth avait épousé Jean-Louis Langlet, le fils du Maire de Reims)) et il a pensé que lundi elle pourra être sur pied, mais en attendant j’aimerais mieux que nous ne soyons pas obligés de descendre à la cave, pour elle et…  aussi un peu pour moi.

C’est extraordinaire l’impression pénible qu’on ressent dès qu’on entend siffler tout proche un obus, surtout la nuit, on est comme anéanti, annihilé. On attend la mort et on l’entend siffler. C’est douloureux et dans ces secondes on ne sait le monde de pensées qui vous assaillent nettement, clairement !

Les nôtres répondent, gare la mauvaise nuit.

8h05  Voilà les salves des nôtres qui commencent. Pourvu que la réponse ne soit pas de notre côté. J’ai donc perdu toute ma matinée avec cette pauvre Adèle. Enfin elle va mieux c’est le principal. J’ai déjà assez de soucis sans ajouter celui de mon service. J’ai déjà aussi si peu de temps pour arriver à ma tâche. Il est vrai que j’ai deux braves et bons secours de plus dans Jacques et Lise, mais ils ne sont pas à ma solde, mais à celui de Mme Mareschal qui me fait déjà l’aumône de son toit.

Après-midi sorti faire des courses, porter mon courrier et en passant rue de l’Étape devant le Casino j’aperçois une bande d’officiers plus guindés les uns que les autres, plus pommadés aussi et sur le seuil 2 soldats du 118ème Territorial, baïonnette au canon. Je puis à peine franchir cette foule galonnée qui est chez elle, et non moi, citoyen libre de Reims martyr. Je m’enquière et j’apprends que ces Messieurs donnent une après-midi de gala pour eux et leurs…  femelles ! actrices de choix, électricité à profusion, moi que ne connait plus ici cette lumière-là !! Bref, c’est choquant, c’est honteux ! et tous ceux à qui j’en ai parlé, ainsi qu’à l’Hôtel de Ville en sont outrés. Nous souffleter ainsi de cette veulerie, de cette fête de mauvais aloi, nous qui sommes dans les ruines, le sang, les larmes, le feu, le fer, les angoisses des bombardements comme en ce moment. Venir faire la fête, la noce, l’orgie en centre de la Ville ! C’est ignoble. Oh ! Messieurs les officiers, vous ne savez pas les rancunes et les rancœurs que vous accumulez dans le cœur de nos ouvriers, de nos habitants qui souffrent le martyr depuis 2 ans1/2 ! Ce sera terrible le retour après la Guerre et même la délivrance de Reims. Je crois que vous ferez bien de ne plus montrer vos galons !! Néanmoins, j’en avais les larmes aux yeux et la rage au cœur en voyant cela, je sentais le soufflet lancé à la face de tous les Rémois… (Rayé) que pendant (rayé) faire tâche pour cette (rayé) là. Comment avec ces gens-là pouvons-nous, après la victoire…  la délivrance ! même !

8h20  Allons ! bon ! voilà les torpilles qui s’en mêlent. En tout cas pour une marmite que nous envoie les allemands, les nôtres répondent par une salve de 8/10…  Qu’est-ce que tout cela peut bien préparer. Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! douze en salve, et allez-y donc !! Les nôtres y vont de bon cœur !! De l’autre côté on parait ne vouloir plus répondre, ni continuer la conversation ! Nous verrons cela ! Je crois que notre nuit va être fort compromise. Et cependant je dormirais si bien ! Après ma journée qui a été plutôt fatigante !… Ce sont des torpilles maintenant ! Il me faut pourtant essayer de me reposer, je suis fatigué, exténué. Quelle misérable vie que la mienne ! et toujours seul, abandonné de tous, loin de tous ceux que j’aime et qui ne s’en doutent pas ! Ils ne sauront jamais ce que j’ai souffert pour eux.

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit qu’ils retourneraient à Fontainebleau vers le 15 mars et qu’ils verraient mon Jean. On me demandait tout à l’heure qui visait l’article du Courrier de la Champagne d’il y a quelques jours « Suspect ». C’est de Chapuis fils qui va tous les mois voir sa femme malade à Leysin (Suisse). Tout de suite nos galonnards et embusqués qui nous gouvernent ont trouvé là une affaire d’espionnage. Bref on a filé mon Chapuis et on l’a même appelé ici à la Division. Ces gens-là, à force de ridicule deviennent grotesques. Bien entendu Girardot et Lallier étaient à la tête du mouvement ! Il ne manquait plus que Colas cet âne pour faire le brelan ! de cuistres ! avec Delautel en serre-file ! il parait que Chapuis l’a…  en…  enguirlandé dans les grands prix !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 24 – Idem. Soir : de 7 h. 1/2 à 8 h. 1/2 violente canonnade française et riposte allemande (pas bombes sifflantes) jusqu’à minuit. Je n’ai entendu siffler les bombes allemandes qu’entre 7 h. et 8 h. S’il y en a eu après, elles allaient tomber au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 24 février

Lutte d’artillerie en Lorraine et en Alsace.

En Champagne, nos tirs d’artillerie ont allumé un important incendie dans les lignes allemandes, près de la Butte-du-Mesnil. Nous avons repoussé deux coups de mains de l’ennemi, l’un à l’est de Soissons, l’autre près de Bezonvaux. Nous avons réussi deux coups de main sur la Meuse.

Les Anglais ont amélioré leur position, au nord de Gueudecourt, en s’emparant d’un élément de tranchée, d’un mortier de tranchée et de plus de 30 prisonniers. Une avance a été également réalisée au sud du Petit-Miraumont, où un poste ennemi a été occupé.

Nos alliés ont exécuté avec succès un coup de main au sud-est de Souchez. Les Allemands ont eu des morts. Des raids ennemis ont été repoussés au sud d’Armentières et vers le bois de Ploegstaert. Ceux des assaillants qui avaient réussi à atteindre les tranchées britanniques ont été tués ou capturés. Activité de l’artillerie allemande vers la Somme au sud d’Arras.

Sur le front italien comme sur le front russe, simples opérations de détail.

Un paquebot, l’Athos, a été coulé en Méditerranée. 1450 passagers ont été sauvés.

M. Lloyd George annonce aux Communes anglaises d’importantes restrictions aux entrées de marchandises.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Gueudecourt

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Vendredi 23 février 1917

Louis Guédet

Vendredi 23 février 1917

895ème et 893ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de brouillard et de brume. Audience civile ce matin, peu de choses. En rentrant je trouve ma fidèle Adèle toute décomposée se trouvant mal. La pauvre fille est à bout de forces et en a comme nous tous assez. Je lui conseille d’aller se reposer quelques jours, et si cela n’allait pas mieux de rester dans sa famille, mais elle ne veut rien entendre, elle nous est vraiment attachée. Cela n’a pas été sans me bouleverser. Il ne me manquerait plus qu’elle, je ne sais comment je ferais sans domestique, moi qui suffit à peine à ma tâche, m’occuper de mon intérieur serait le comble. Déjeuner chez Marcel Heidsieck, causé d’un tas de choses, mais rien de saillant ! On est ans l’attente. Ce qui est fort énervant et désagréable ! Rentré à 2h pour voir ma dévouée domestique qui va mieux. Je crois qu’avec un peu de ménagement elle pourra rester, mais comme elle me disait : c’est si lent et puis tout ce que nous avons passé avec Monsieur depuis 30 mois il faut bien que cela se paye !! Elle a raison ! Mon tour viendra aussi où je serai usé, et je tomberai ! sans force, heureux encore si je n’y reste pas ! Enfin il faut que tous les ennuis, soucis, peines, douleurs, misères, etc… nous arrivent.

Ma pauvre chère femme est aussi à bout ! Et puis Robert vient de lui écrire qu’on allait bientôt envoyer les récupérés au front. Vous jugez d’ici les angoisses de la Mère !… Rien ne nous aura été épargné !… Tandis que d’autres… !! Je bondis, je suis outré quand je songe à cela !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 23 – Idem.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 23 février

En Belgique, des patrouilles allemandes qui tentaient d’aborder nos lignes près de Roode-Port (nord-est de Nieuport), ont été dispersées par nos feux. L’ennemi a subi des pertes.

Lutte d’artillerie assez vive sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur de la côte du Poivre. Notre artillerie a pris sous son feu et dispersé un détachement allemand qui sortait de Béthincourt (rive gauche de la Meuse).

Activité d’artillerie sur tout le front de Macédoine. Action de patrouilles près de Serés et sur le front de Makukowo. Un raid sur Brest, près du lac Doiran, a permis de faire des prisonniers. Deux contre-attaques ennemies sur le même point ont été repoussées.

L’aviation a été très active. Elle a livré plusieurs combats heureux et réussi des bombardements sur les colonnes ennemies, près de Melnik.

Les Anglais ont repoussé des tentatives de raids effectuées par les Allemands à l’est de Vermelles et au sud de Neuve-Chapelle. L’ennemi a subi de nombreuses pertes et laissé des prisonniers entre nos mains. L’artillerie a montré de part et d’autre son activité habituelle, notamment au nord de la Somme et au sud d’Ypres.

Les Russes ont arrêté de fortes colonnes ennemies qui les attaquaient dans le secteur de Dorna-Vatra.

Echec autrichien sur le plateau d’Asiago (front italien).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Nieuport

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Jeudi 22 février 1917

Louis Guédet

Jeudi 22 février 1917

894ème et 892ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense avec brume et pluie de brouillard. Silence absolu, que se prépare-t-il ? Voilà la question que je me pose maintes fois. Ce silence m’effraie, plus que le canon. Pourvu que nous ne soyons pas trop bombardés durant cette attaque…  et dès les beaux jours. Enfin, à la Grâce de Dieu !…  mais je me sens si peu courageux maintenant. Pas sorti ce matin. Cet après-midi réquisitions militaires, où nous avons eu affaire à des bourriques notables et notamment cette fripouille d’ordure d’entrepreneur, qui à un moment donné devenait insolent envers le sous-Intendant Payen. Je l’ai rappelé vertement à l’ordre et l’ai calmé illico en lui lisant les articles 10 et 11 du Code de Procédure Civile. Çà été une douche pour lui.

Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville pour une signature et rentré chez moi faire mes lettres, répondu à M. Bossu mon cher Procureur Général pour le remercier de tout ce qu’il fait pour moi… Vraiment c’est charmant à lui d’avoir voulu que son dernier acte de Procureur de la République de Reims soit ma proposition au ruban, on ne peut être plus délicat.

Bouvier en me le disant hier, l’avait bien senti. Ce sera pour moi, si cela réussit, et surtout pour ma chère femme et nos chers enfants, un titre de fierté de plus, car une proposition dans ces conditions sort de l’ordinaire. C’est en un mot le complément d’une œuvre, de l’œuvre de mon aimable Procureur, qui dit ainsi : « Voilà le seul homme digne de mon attention durant le temps que j’ai été Procureur de la République à Reims, et pendant la Guerre… » Mais je ne l’ai pas encore, et puis en suis-je digne ?!! si je l’ai que Dieu me soutienne et m’éclaire, et me garde pour que je ne la ternisse jamais, au contraire !!… Et que surtout mon pauvre cher vieux Père le voie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – Nuit tranquille ; + 5°. Malade ; pas dit messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 22 février

Activité des deux artilleries dans la région de la Butte-du-Mesnil et sur la rive droite de la Meuse, vers le bois des Caurières et vers. Nos tirs d’artillerie ont allumé un incendie dans les lignes adverses, à la lisière du Grand-Chenais.

Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes du secteur de la ferme des Chambrettes a échoué sous nos feux.

Les Anglais ont exécuté avec succès plusieurs opérations en différents points du front.

Sur la Somme, ils ont occupé des éléments de tranchées au nord-est de Gueudecourt, en faisant 21 prisonniers.

Un détachement est entré fort avant dans les lignes allemandes, au sud d’Armentières, sur un front d’environ 600 mètres, infligeant de nombreuses pertes à l’ennemi et ramenant 44 prisonniers. Un autre coup de main a permis à nos alliés de pénétrer dans les positions allemandes sur un front de 450 mètres. L’ennemi a subi de fortes pertes. 114 prisonniers, dont un officier, et 4 mitrailleuses ont été capturés.

Activité d’artillerie au nord de la Somme et en divers points entre Armentières et Ypres.

Par un ordre en Conseil, le gouvernement anglais a encore renforcé le blocus.

M. Wilson a reçu du Sénat de Washington des pouvoirs élargis.

Avance britannique en Mésopotamie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux-1916

 

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Mercredi 21 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 février 1917

893ème et 891ème jours de bataille et de bombardement

8h10 soir  Ce matin brouillard intense, le silence. Je m’éveille à 6h, il faut se hâter la voiture vient à 7h. On charge la couronne de la Chambre des notaires pour ce pauvre Lefebvre et je prends Mt Dondaine notaire à Beine en passant, et nous courons sur Aÿ par Montchenot, Champillon, Dizy. 3h de voiture avec ces routes défoncées par les camions et voitures militaires. Cela me ramène à l’époque napoléonienne avec notre coupé à 2 chevaux. Arrivés chez Lefebvre je vois la famille, son maitre clerc, et on me renseigne sur le suppléant désigné par le Président, en vertu du Décret du 17 août 1912, qui permet de nommer suppléants le clerc même pour un notaire décédé. Je tiens un coin du drap (honneur de marcher à côté du cercueil), et je dois débiter mon laïus au cimetière. On porte ma couronne sur la tombe, car on ne veut pas de fleurs sur le char funèbre. Comme notaires nous étions peu !! Dondaine, Lepetit notaire à Avenay, Dufour à Châtillon et moi.

C’était plutôt maigre pour un Président. Les confrères de Paris et ceux des cantons limitrophes ou leurs suppléants auraient pu faire un…  léger effort. Ce sont des mufles. Je ne parle pas de Thiénot, lui qui vient tous les  jours à Épernay, il n’est pas venu celui-là, j’en arrive à l’ignorer !!

Obsèques très solennelles, beaucoup de monde. Je vois là de Ayala qui donne son caveau de famille à mon confrère en attendant qu’on puisse le transporter à St Léger des Aubées (Eure et Loir) son pays natal, Bollinger, et ce brave Blondeau, beau-frère d’Émile Charbonneaux, qui n’était pas encore remis de ses émotions de la mort de notre pauvre ami qui causait avec lui dans l’étude de la succession de son Père quand il est tombé dans ses bras. Embolie ou angine de Poitrine. Lefebvre avait eu déjà une légère syncope 15 jours avant.

Après l’enterrement, au sortir du cimetière je cause avec mon brave et charmant Président Hù (toujours le même) et Vice-Président Bouvier qui m’a dit que Lépinois lui avait communiqué la lettre du Procureur de la République M. Bossu au Procureur Général à mon sujet (il n’a pas prononcé le mot de ruban) ou il faisait mon éloge et disait qu’il tenait à dire ce que j’étais et ce que j’avais fait depuis 30 mois avant de partir à Bastia et de se résigner à ses fonctions. Bouvier, qui est droit, à mon sens, me dit comme préambule : « Mon cher M. Guédet, je tiens à vous dire, et ceci à l’éloge de Bossu que Lépinois m’a communiqué, à l’insu de celui-ci, sa lettre à votre sujet, etc… » Pour qui connait la rancœur de M. Bouvier envers M. Bossu, cela prouve une réelle droiture de sentiments, qui malgré tout rend justice à quelqu’un qu’il considère comme son ennemi mortel… Quant au Président, l’un le traite de timoré comme toujours, et que je n’avais rien à foutre de tous les galonnés de France et de Navarre, toujours aussi bon, et il m’a ordonné d’attendre qu’il m’écrivit pour me présenter au nouveau procureur qui n’arrivera que vers le 2 ou 3 mars. J’en profiterai pour aller à St Martin.

Je m’étais mis en habit chez le clerc d’Harel, qui est là avec les minutes du confrère dans une maison en communauté avec le juge de Paix de Bourgogne.

Après la cérémonie, déjeuner chez Lefebvre avec la famille, les 2 charmantes et vraiment gracieuses filles de Lefebvre, son fils ainé en Tunisie, lieutenant d’artillerie n’a pas pu venir, son 2ème fils était là, ayant déjà eu dans les tranchées une congestion pulmonaire, fort délicat. Le Général Gallet son beau-frère, Mt Lefebvre notaire à Chartres son frère, avec son gendre et successeur et Mt Bigard commissaire-priseur à Paris son beau-frère. Déjeuner d’enterrement, tout intime malgré tout. Vu après Mme Lefebvre, très courageuse et très résignée, nous causons, je fais mes condoléances au nom de la Compagnie, et je lui dis que je suis à son entière disposition pour quoi que ce soit. Elle a paru très touchée de mes paroles et m’a réclamé les quelques mots que j’avais dit sur la tombe de son mari.

A 4h nous partons et rentrons à Reims à 7h du soir. Je suis éreinté et fort émotionné de cette journée qui me montre de plus en plus les vides qui se font autour de moi des amis sur lesquels je pouvais espérer compter après la Guerre. Je resterais donc toujours seul ?!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 février 1917 – L’inscription qui avait été ordonnée, pour la préparation des cartes de sucre, indique une population actuelle de 17 100 habitants à Reims.

De nouvelles mesures sont prises au sujet du ravitaillement.

Il y a seulement quinze jours, on pouvait obtenir facilement 500 k de charbon au dépôt, sur le canal, en payant comptant. Depuis que l' »office départemental » est chargé de la répartition des stocks, les demandes autorisées ont d’abord été limitées à 100 kilos ; actuellement, elles ne peuvent excéder 50 kilos, qui sont accordés sur production de pièces d’identité.

L’essence fait défaut, pour la population civile, depuis un mois environ et le pétrole est délivré avec un commencement de restriction, à la mairie.

A partir du 25 février, les boulangers ne pourront plus vendre que du pain rassis.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 21 – Nuit tranquille ; brouillard ; + 4° ; malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 21 février

Actions d’artillerie assez vives entre l’Oise et l’Aisne et dans le secteur d’Avocourt.

Sous la protection d’un violent bombardement qui détruisit entièrement une tranchée, de forts détachements ennemis, soutenus par des lance-flammes, se sont précipités à l’assaut d’un petit poste anglais au sud du Transloy.

Nos alliés ont pénétré dans les lignes allemandes à l’est d’Armentières et à l’est d’Ypres, occasionnant de graves dégâts.

Échec allemand sur le front russe près de Porgaitze.

Échec autrichien sur le plateau d’Asiago. Les Italiens bombardent la gare de Tarvis.

L’Amérique somme l’Autriche de préciser ses vues sur la conduite de la guerre sous-marine.

Nouvelles démarches des alliés à Athènes : l’exécution du dernier ultimatum étant incomplète.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

avocourt

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Mardi 20 février 1917

Louis Guédet

Mardi 20 février 1917

892ème et 890ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie battante toute la journée, et pas un coup de canon, journée fade et fastidieuse. Fait mon topo pour demain si on me demande de prendre la parole sur la tombe de ce pauvre Lefebvre, qui est mort d’une embolie au cœur dans les bras de Blondeau (Jules Fernand Blondeau, négociant en vins de Champagne (1864-1934)), de la Maison Irroy, de Reims, beau-frère d’Émile Charbonneaux qui me le contait !…

Reçu lettre toujours cordiale du Vice-Président Bouvier qui insiste pour que j’aille les voir, et une du Procureur de la République, M. Bossu, qui me remerciait d’avoir abrité son argenterie qu’il a reçu et que j’avais en garde depuis 1914. Il me termine sa lettre en m’annonçant qu’il cesse ses fonctions le 19 courant, et qu’il a prêté serment par écrit à Bastia le même jour comme Procureur Général. Il ajoute qu’il ne m’oublie pas, et qu’il a voulu que son dernier acte comme Procureur de la République de Reims fût ma proposition à la Chancellerie pour le Ruban Rouge, et que sa lettre partait le soir même, et qu’il suivrait l’affaire de Bastia. Il m’aimait et m’estimait.

D’autre part Bouvier me disait que le Président voulait me présenter lui-même au nouveau Procureur qui arrivera commencement mars. Dieu veuille que tout cela réussisse et se passe bien et vite, car je suis bien las et fatigué et si je suis pour obtenir un Ruban qu’il m’arrive avant que je meure. Je suis si épuisé, si à-bout. Cela me remettrait peut-être et m’encouragerait surtout.

Demain je pars à 6h1/2 du matin pour Aÿ. Encore une journée fatigante et émotionnante. Je n’ai cependant pas besoin de cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille ; + 4° ; plaques d’enduit et jointures se détachent de la voûte de la Cathédrale (suite du dégel).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cathédrale


Mardi 20 février

Assez grande activité des deux artilleries dans les secteurs d’Avocourt, de la côte du Poivre et de Bezonvaux. Nos batteries ont exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes au nord de Damloup.

En Alsace, un coup de main sur les lignes adverses, au Barenkopf (nord de Munster), nous a permis de faire une dizaine de prisonniers.

Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais au cours des opérations sur l’Ancre s’est élevé à 773, dont 12 officiers. Ils ont capturé également un certain nombre de mitrailleuses et de mortiers de tranchées. L’ennemi a lancé une forte attaque contre les nouvelles positions de nos alliés sur l’éperon dominant la ferme de Baillescourt. Trois vagues successives, appuyées par des troupes de soutien, se sont portées à l’attaque des lignes britanniques : elles ont été rejetées avec de fortes pertes sans avoir pu atteindre les tranchées en un seul point.

Nos alliés ont effectué des raids heureux au sud-ouest et au nord-ouest d’Arras, au sud de Fauquissart et au nord d’Ypres. Au nord de Souchez, ils ont détruit un puit de mines ainsi que plusieurs abris garnis de troupes. Ils ont capturé un certain nombre de prisonniers.

Sur le front russe, au sud de Wichneuskoie, les Allemands ont lancé quatre nappes de gaz.

Sur le front italien, action d’artillerie et petites rencontres de reconnaissances.

Le gouvernement américain a fait mettre des mines devant plusieurs de ses ports.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 19 février1917

Louis Guédet

Lundi 19 février 1917

891ème et 889ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Temps brumeux de dégel, mais avec déjà des velléités printanières. Pas un coup de canon, un coup de fusil. C’est étrange. Je me croirais à St Martin…  Occupé dès la première heure de ma voiture pour l’enterrement de ce pauvre et cher ami Lefebvre, d’une couronne et de ma valise. Recherché dans la cave de la Chambre des notaires les registres des déclarations pour une documentation pour les quelques mots à dire sur la tombe au nom de la Chambre et de la Cie. Topo que je prépare à tout hasard. Préparé ledit laïus cet après-midi et mis au point…  Je suis éreinté de fatigue et d’émotion de cette mort. Je n’ai peu ou pas dormi de la nuit… Dondaine m’accompagnera et nous partirons en voiture d’ici à 6h1/2 du matin pour arriver à 10h. J’aurai le temps de me restaurer et de savoir ce qui est décidé pour les obsèques. J’espère pouvoir rentrer le soir, à tout hasard je prendrai de quoi coucher… Ce sera une diversion pour moi et une certaine poésie de revoir les lieux et paysages que je n’ai pas revus depuis bientôt 2 ans. A que je serai heureux de prendre des notes et de chanter ma joie amoureuse de la plaine et la campagne champenoises, si languissante et si prenante, crispante même comme lorsqu’on chatoie la robe de soie de la femme aimée ! adorée !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, + 3°. Journée paisible ; rendu visite au Général Duplessy à Courlancy, à Sainte-Clotilde, au dispensaire. Reçu visite du Capitaine Saclier et de 2 ou 3 aumôniers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Sainte-genevieve


Lundi 19 février

Rencontres de patrouilles sur plusieurs points du front, notamment dans les secteurs de Troyon, des Chambrettes et au nord-ouest de Badonviller.

Au bois Le Prêtre, un de nos détachements a pénétré dans la tranchée ennemie et détruit les ouvrages et les abris de l’adversaire. Un coup de main ennemi a échoué sur une de nos tranchées, au nord de Saint-Mihiel.

Les Anglais, grâce à des opérations heureuses, ont réalisé une nouvelle et importante progression sur les deux rives de l’Ancre. Au sud de la rivière, ils ont enlevé les positions allemandes en face de Miraumont et de Petit-Miraumont, sur un front de 2400 mètres. Ils ont pénétré jusqu’à plus de 1000 mètres en profondeur dans les organisations adverses.

Au nord de la rivière, ils ont conquis une importante position sur les pentes supérieures de l’éperon, au nord de la ferme de Baillescourt. Une contre-attaque a été rejetée. Les prisonniers recensés chiffrent par 268, dont 6 officiers.

Nos alliés ont atteint les deuxièmes lignes allemandes au sud de Neuve-Chapelle et au nord-est de Ploospeerte, faisant à l’ennemi un grand nombre de morts, détruisant de nombreux abris et une mitrailleuse.

Succès russe en Roumanie; échec allemand près de Dwinsk.

Le Brésil a avisé l’Allemagne qu’il la rendrait responsable si l’un de ses trois navires, partis pour l’Europe, était torpillé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 18 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 18 février 1917

890ème et 888ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Temps de dégel supportable, pas de pluie, pas ou peu de soleil. Ce matin Grand-messe à 8h1/2 à la rue du Couchant, notre église métropolitaine maintenant !! Cardinal absent, lecture du mandement (notification publiée par un évêque dans son diocèse) de Carême. Rentré à la maison 9h1/2. Je muse, je lis le roman de Pol Neveux jusqu’à midi, « La douce enfance de Thierry Seneuse ». Depuis hier soir je suis empoigné, c’est bien notre Champagne, ma Champagne ! qu’il décrit, oui, il a l’éther de notre belle Province, il l’a comprise, et certaines pages me transportent dans mon cher village natal au bord de la Guenelle et de la Marne, avec le loisir de jeter un regard amoureux sur la vallée langoureuse de la Coole, soit au Printemps et surtout à l’Automnale saison, si douce, si langoureuse, si aimante, si prenante qu’on n’en peut s’en détacher par ces après-midis crépusculaires, où couché sur un « terme (à vérifier)» au sommet d’une colline on se réchauffe aux doux rayons du soleil couchant, à travers ces lumineux horizons qui ont pour base les guérets et les chaumes crayeux de nos plaines surlignées des fils de la Vierge qui s’accrochent aux « éteules » (chaumes laissés sur place après la moisson), en patois aux « étoulles » argentant de neige les plaines alourdies et endormies. Avec quelle joie je rentrais à la nuit tombante aux derniers rayons, fusil en mains, chien fidèle dans mes pas, chargé de grives ou de merles (nous sommes en octobre, la vraie chasse du vrai chasseur), un perdreau ou 2 à la clef, rarement un lièvre, traversant ces chaumes en fauchant ces fils de la Vierge dont nos guêtres étaient enlacées. L’angélus sonne ! et sa plainte m’accompagnait jusqu’au seuil de la maison Paternelle… Oui Pol Neveux vous comprenez, vous avez compris la Champagne, la Champagne des champenois, du « champenot ! » comme on dit chez moi, et plus vulgairement des « Gourlus ! » C’est si bon de sentir son pays comme il le sent et moi aussi…  Quelle saveur ! quelles délices ! Toutes les scènes qu’il dépeint, je les ai vécues avec les mêmes frissons de jouissances, de « moursance » si je puis ainsi m’exprimer…  de tendresse, d’amoureuse tendresse de la terre qui nous a vus naître. Je me détache difficilement de ma lecture, il faut bien que je distille ma jouissance, que je la ménage durant ces dures heures de Guerre. Comme un avare. J’en compte les pages qui restent à lire. Je les supporte, les soupèse…  et elles seraient, seront trop vite dévorées. Je revis La fontaine, de Chevigné, tous champenois et avec quel renouveau de sensations, tendres, douces et voluptueuses…  La Fontaine était un de mes aïeux. Je ressens doublement l’atavisme aussitôt déjeuné. Je lis mon courrier arrivé en retard et dans lequel je trouve le fameux « Victoire » qui me donne enfin le mot de l’énigme des éloges d’un confrère…  inconnu aux tranchées…  Laissons cela, ce sont les broutilles de la Gloire !!…

Je sors faire quelques courses, et je vaque à travers nos rues désertes. Je rentre, assez tard, je finis un travail de séquestre quand une automobile s’arrête…  Qu’est-ce encore ? Il repart et on m’apporte une lettre. J’ouvre. C’est le principal clerc de mon pauvre ami Lefebvre, notaire à Aÿ, notre président de chambre (Louis Lefebvre, né en 1859, décédé le 17 février 1917), qui m’annonce sa mort subite hier à 6h1/2 du soir. Ce fut un coup pour moi, car c’était un ami qui comme Labitte, avait su reconnaitre les abus dont j’avais été victime de la part de certains confrères malhonnêtes.

Il faut que j’avise et c’est ce que je fais immédiatement. Je commande une voiture pour ce mercredi 21 courant afin d’arriver vers 10h à Aÿ, les obsèques ayant lieu à 11h. Heureusement je n’ai aucun rendez-vous mercredi. Je commande une couronne et me voilà condamné à préparer un discours, une oraison funèbre, car de tous les membres de la Chambre des notaires je serai le seul présent, les autres sont mobilisés, sauf Jules Peltereau-Villeneuve qui est à Paris.

(Rayé)!! Comme secrétaire je crois qu’il faut que je me dévoue et puis ce sera moi qui écoperai encore la corvée de la suppléance de la Présidence que du reste je remplissais déjà depuis la Guerre. Pauvre ami, qui laisse une femme d’une santé physique délicate, 2 belles jeunes filles et 2 fils au front. Quelle triste fin et quelle triste destinée. Je verrais donc tout disparaître autour de moi. Je suis fort impressionné, et demain il me va falloir travailler, préparer et aviser et puis mercredi faire un voyage en voiture et Dieu sait dans quelles conditions… !! Une voiture à travers une armée !…  quelle expédition et par le dégel. Il le faut et du reste je le fais avec facilité et plus que volontiers, car j’aimais Lefebvre qui avait appris à m’estimer et sur le tard m’avait, ainsi que Labitte rendu justice. Je ne sais si je pourrais rentrer le soir à Reims, car peut-être serais-je obligé d’aller coucher à Épernay pour conférer avec le Président et le Procureur de la République. Je m’arrête, je suis brisé d’émotions…  Que n’aurais-je vu ???? Que n’aurais-je vécu ??!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – Nuit tranquille, pluie, brouillard. + 9°. Assisté aux Messes militaires : premièrement à Champigny. Colonel Marc-Antoine ; l’aumônier est parent de M. Farelicq ; à 9 h. 1/2 – 11 h. 1/2, deuxièmement à Courcelles ; Colonel Niéger, aumônier bisontin. Dîner avec le Colonel et les officiers. Photographies. Les rues sont des ruisseaux de boue (dégel).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 février

En Champagne, activité des deux artilleries, dans le secteur de Maisons-de-Champagne. Dans la région de Verdun (Bezonvaux), un coup de main ennemi a échoué sous nos feux. Un autre coup de main ennemi a échoué aux Eparges. En Alsace, après un vif bombardement, un de nos détachements a pénétré dans le saillant allemand d’Amertzwiller, complètement bouleversé, et a constaté que l’ennemi avait subi des pertes sensibles. Nous avons ramené des prisonniers.

Sur le front russe, fusillade et reconnaissances d’éclaireurs. Bourrasques de neige dans les Carpates. Fusillade et combats d’avant-postes sur le front roumain. Tempête de neige dans le Caucase.

Sur la côte d’Anatolie, les navires russes ont détruit 16 goélettes à voiles.

L’emprunt anglais, d’après les dernières évaluations, donnerait plus de 25 milliards de francs.

Le commerce américain est presque complètement paralysé par le blocus allemand.

Une canonnière américaine a été coulée devant Constantinople.

Le gouvernement helvétique a demandé des éclaircissements à son ministre à Washington, M. Ritter, sur le rôle que celui-ci a tenu entre les Etats-Unis et l’Allemagne.

De violents combats ont eu lieu à Cuba entre les troupes gouvernementales et les insurgés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

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« Les Villes d’Art Mutilées » dans la revue « Je sais tout »

Dans son numéro 118 du 15 septembre 1915, la revue « Je sais tout » est consacrée à quelques célèbres villes Martyres. Voici le sommaire de ce numéro spécial :

  • Le martyre de Reims, par Pierre Lalo
  • Le crime de Louvain, par Emile Verhaeren
  • Soissons sous les obus, par Ernest Gaubert
  • Ypres la désolée, par Paul Fuchs
  • Le bombardement d’Arras, par Dominique Sylvaire
  • Le sac de Malines, par Roland de Marès
  • Senlis, le Louvain français, par Albert Houlgard
  • Dixmude mire ses ruines dans l’Yser ensanglanté, par Pierre Maes

Et voici les pages concernant Reims (qui fait aussi la couverture). Bonne lecture :

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Samedi 17 février 1917

Louis Guédet

Samedi 17 février 1917

889ème et 887ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Le dégel définitif, temps doux et jusque là sans pluie. Hier c’était la cohue des Marocains, aujourd’hui c’est le désert, on n’en voit pas un et le silence est absolu. C’est même impressionnant. Déjeuné aux Galeries Rémoises, hôtes habituels, plus M. Chaumont qui ne dit pas un mot du reste. Toujours bon déjeuner : saucisson-beurre, saucisse purée de pomme de terre, poulet rôti, fromages, mandarines, liqueurs. J’avais apporté une bouteille de Villers Marmery 1906. Je sais que cela leur fait plaisir…  Tout en me gourmandant de l’avoir apportée, M. Lorin a eu des nouvelles de Marcel, il va bien, toujours au même camp de prisonniers. Il lui envoie des boites en fer blanc ad hoc dans lesquelles il met tout simplement des choses faites et cuites chez lui, et cela arrive très bien et en bon état, et leur fils retrouve un peu de la Maison paternelle. Fait deux ou 3 courses, acheté « La douce enfance de Thierry Seneuse », un roman rémois fait par Pol Neveux, un rémois, (Académicien Goncourt (1865-1939), cette œuvre est autobiographique, ce roman est paru en 1916) fils d’un de mes anciens confrères Neveux, prédécesseur de Thiénot, notaire. Je n’ai jamais rien lu de lui, je vais voir et apprécier sa manière. En tout cas cela a l’attrait de se passer à Reims. Nous verrons et je donnerai ma pensée sur cet ouvrage.

Rentré pour écrire des lettres et des lettres. Toujours cet effrayant silence, pas un coup de canon de la journée.

Demain dimanche, c’est toujours une longue, dure et pénible journée à passer pour moi, si seul, si seul.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. A 7 h. + 9°. A 22 + 16°. Dégel, sans pluie.

Visite de congé du Général Lanquetot. Visite du Lieutenant-colonel Nierger. Visite du Général Duplessy, et du Commandant de Montmarin, d’Orléans, annonçant notre prochaine délivrance comme certaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 février

Au nord de l’Avre, un coup de main ennemi sur un de nos postes, vers Fouquescourt, a complètement échoué.

En Champagne, le bombardement dirigé par l’ennemi sur notre front Butte-du-Mesnil-Maisons-de-Champagne, a pris une intensité particulière à la faveur de l’explosion de plusieurs mines, les Allemands ont réussi à pénétrer dans un saillant situé à l’ouest de Maisons-de-Champagne, au nord de la route qui va de ce point à la Butte-du-Mesnil. Nos tirs de barrage et nos feux de flanc, partis de la région nord de la Main-de-Massiges, ont infligé aux assaillants des pertes élevées.

Nous avons réussi plusieurs coups de main dans la région de Berry-au-Bac et en Argonne, en ramenant une trentaine de prisonniers. Un tir de nos batteries lourdes a provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions à Maure (nord de Tahure). Une reconnaissance a été dispersée par notre feu près de Nomény. Lutte d’artillerie dans la région de Louvemont et au sud du col de Sainte-Marie (Vosges). Une pièce à longue portée a tiré plusieurs obus dans la direction de Nancy.

Les Anglais ont pénétré dans les tranchées allemandes au sud de Souchez. Ils ont rejeté un détachement ennemi an nord-est d’Armentières. Canonnade vers Saillisel et au sud-ouest d’Arras.

Le gouvernement allemand a libéré les 12 marins américains du Yarrowdale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 16 février 1917

Louis Guédet

Vendredi 16 février 1917

888ème et 886ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Le dégel avec ce soleil en tout cas, on commence à revivre un peu ! Le calme en tout cas. Inondation de troupes Marocaines dans notre quartier, gare les pillages !! Tout cela, cette fripouille a remué toute la journée comme des sauterelles !! La population en a assez !!

Reçu le XVème volume du Dalloz, « Décrets et lois de Guerre ». En voyant cela, je songe aux Arrêtés du Comité de Salut Public. Bref nos conventionnels ne nous en auraient pondus des semblables…  oui !! nous sommes à une époque semblable à 1793. Nous sommes à un tournant de l’Histoire. Tout tremble, tout craque, tout frémit, tout est lambeausé (en lambeaux). Nous avons en ce moment un nouveau monde, une nouvelle France !! En songeant à cela, je suis pris de vertige comme au bord d’un précipice !! Tout sera à réécrire dans ce Chaos !

Une bien bonne qui m’arrive !! Vers 2h je rencontre Régnier, le sous-préfet, devant le Grand Hôtel, un de ses domiciles, il en a 4, je pourrais dire 5 ou 6. Nous causons et il me parle de la nomination du Président d’appel des allocations militaires et du Président de la Commission Cantonale dont je suis le Président pour le moment. Il bafouille si bien que d’après lui je reste à la Commission Cantonale et ce serait Chézel (conseiller d’arrondissement) qui serait nommé Président d’appel et non moi. Et puis il se met à me parler de Bordeaux, des embusqués, etc…  etc…  Je le quitte car je lui trouve du « vague à l’âme ! » Je file à l’Hôtel de Ville et je raconte cela à Houlon pour le prévenir de ne pas gaffer, puisqu’il paraissait entendre que ce serait moi qui remplacerait M. Bossu, Procureur de la République, comme Président d’appel, et que lui, Houlon, ou un autre, me remplacerait à la présidence aux Commissions Cantonales… « Mais pas du tout, me réplique-t-il, c’est vous qui devez être nommé Président d’appel et à votre place Chézel !! » – « Mais non ! » lui répliquai-je ? « Mais si !! » Bref nous causons et il me dit qu’il est dans le vrai, car Chézel lui a avoué qu’il pensait quitter Reims faute de ressources, un conseiller d’arrondissement !! et que nécessairement il ne pouvait être nommé Président d’appel !!…  Bref nous concluons tous deux que le sous-Préfet devait être un peu…  « blindé ». Il est vrai que par ces temps de bombardements c’est…  prudent et de…  mode !!

Enfin attendons !! l’arrêté préfectoral qui tranchera la question !! Mais je rirais bien avec Houlon si je suis nommé Président d’appel et Chézel Président cantonal !! Le sous-Préfet aura bafouillé avec moi et il aura signé l’arrêté préfectoral sans…  savoir, ou plutôt sans se souvenir de ce qu’il m’a dit !! Et dire que c’est comme cela depuis le bas jusqu’au haut de l’échelle !!! en ce moment !!!! et toujours !!!!

8h3/4  Les brancardiers marocains arrivent et s’installent chez Houbart, près d’ici rue Boulard. Les braves concierges de la Maison sont enchantés de cela, car ils ont failli avoir un dépôt de munitions ! Grâce à moi, j’ai conjuré le mal !! Par contre des beaux galonnés se sont installés de force et par menaces chez Ducancel, mon voisin de la rue Boulard, demandant un petit coin, mais dès le soir ils avaient accaparé toute la maison !! Pillez, cassez, brisez tout, Messieurs. Vous ne savez faire que cela !! (Rayé) !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 16 – Pas fait le Via Crucis, malade. – 0°, glace ; le temps, course de nuages venant du Sud.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 16 février

Entre Oise et Aisne, nous avons exécuté un coup de main sur les tranchées ennemies de la région de Puisaleine. Nos détachements, poussant jusqu’à la deuxième ligne allemande, ont bouleversé les ouvrages et les abris et infligé des pertes sensibles à l’ennemi.

En Champagne, deux coups de main exécutés sur les tranchées allemandes, l’un au sud de Sainte-Marie-à-Py, l’autre à 1’ouest de la Butte-du-Mesnil, nous ont permis de ramener 26 prisonniers, dont un officier. L’artillerie ennemie, contrebattue énergiquement par la nôtre, a violemment bombardé, au cours de l’après-midi, nos positions du secteur de Maisons-de-Champagne.

Grande activité de patrouilles dans les régions de Vailly (est de Soissons), du bois des

et du sud-ouest de Chauvoncourt. Nous avons fait des prisonniers.

Canonnade sur la rive droite de la Meuse, vers Hardaumont et Vaux. Une tentative allemande sur un de nos postes avancés de Bezonvaux a échoué sous nos feux.

En Lorraine, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies de Louvigny, Coincourt et Bezange. Nos canons spéciaux ont abattu un avion vers Beaumont (Meuse).

Combat de patrouilles au front belge, sur l’Yser.

Canonnade sur le front du Trentin. Coups de main italien réussis à la Forcella de Coldone et à Va1maggiore. L’artillerie autrichienne tonne sur la ligne de Giulie : les Italiens ont repoussé une attaque.

Violents combats sur le front russe au sud-est de Glotchow.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bois de Caurières

Bois de Caurières

 

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Jeudi 15 février 1917

Louis Guédet

Jeudi 15 février 1917

887ème et 885ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours même température, avec dégel progressif lent. Beau temps, beau soleil. Il gèle encore cependant toutes les nuits. Rien de bien saillant, le calme…  Testament à faire à l’Hôpital Noël-Caqué rue Chanzy, 88, (ancien St Marcoul) vers le début de l’après-midi. La malheureuse testataire en a pour peu de jours. Cela vous embrume toujours l’âme ces séances. En sortant de là pour secouer ma mélancolie couru un peu les rues, causé avec l’un ou l’autre puis rentré à ma tâche. Bref journée falote.

7h25 soir  Comme je finissais de dîner, un sifflement bref, le coup de départ et l’éclatement !!  tout près. Je sursaute, tout tremble. Est-ce que c’est le commencement d’une séance !! Personne de la maison ne bouge. Ni Jacques, ni Adèle ne montent ou crient, donc ce n’est pas « chez nous ». Ceci n’empêche que je me tiens sur mes gardes ! Mais à quoi bon ? quoique je fasse, si un obus arrivait ici, ce serait la mort !! Quelle impression immédiate, on revit en un éclair les angoisses, les affres, déjà vécues et passées ! Une foule de pensées et de scènes se développent dans un éclair de l’intelligence. Tout y passe, souffrances, douleurs, larmes, angoisses, tortures, anéantissement, impuissance contre le fait brutal, indifférence maladive presque…  peu d’éclaircies gaies ou drôles… hélas nous ne cessons de vivre dans les ruines, les larmes et le sang !! Comment trouver sur le chemin de notre calvaire de 30 mois un rayon de joie, de bonheur, de quiétude même ?

Et cependant tout à l’heure aussitôt le coup, je revis en pensée une scène drôle de ma jeune enfance en 1875 ou 1876, que c’est loin ! pourquoi ceci, celle-ci plutôt que cela, celle-là ? Je ne puis le dire, mystère de l’Intelligence et de l’âme humaine, psychie ou télépathie, je ne sais. Bref je revis cette scène dans la cour de mon vieux collège de St Étienne à Châlons-sur-Marne où est en ce moment mon André en 3ème latine, qui venait d’être fondé (car notre cour de récréation était un jardin) dans les anciens locaux de la maison Jacquesson et Fils Champagne. Dans la cour, dis-je, se trouvait un très vieil acacia quasi-centenaire, encore vigoureux mais fendu de-ci de-là à sa base…  fentes et crevasses augmentées par nous à coups de canifs ou de couteaux. Or c’était la fête de notre vénérable Supérieur, l’abbé Eugène Patoux. Donc la mémoire se précise, 13 juillet 1875, on nous avait permis de tirer des pétards, des fusées et des grenades. Oh ! grenades bien innocentes à 10 centimes la douzaine !! et pour que nos pétards…  « pètent » plus fort, nous les fixions dans les fentes ancestrales du fameux tilleul, çà claquait plus fort, mais d’autres…  « vexaient », et la charge, au lieu de partir dehors, se développait dans les fentes de l’arbre dont l’intérieur n’était que bois vétuste, amadou…  A force de…  ratés…  un incendie se déclara dans le fameux acacia qui avait bien 1m50 de diamètre !! Affolement…  on mobilise seaux et brocs, on arrose le pied de l’arbre, mais il fumait toujours par la cime. Après une grande conférence la Supérieure décida de conjurer le fléau à l’intérieur, et Sœur Marie, qui existe toujours et est toujours dans le collège, arriva gravement accompagnée du « Surpin » (Surveillant Principal) avec un clysopompe (pompe à lavements)…  introduisit la…  canule au bon endroit et lâcha tout…  mais le clystère (le lavement) fut impuissant…  enfin on recouru aux pompiers et arriva la pompe (sérieuse celle-là) et les pompiers, mais on manquait de bras, vous pensez si les volontaires ne manquèrent pas, c’était une joie pour nous de…  pomper, mais l’un de nous, Lagnier, ne se trouvant sans doute pas harnaché suffisamment, s’était éclipsé, nous revenait quelques minutes après, éperons aux talons et cravache au poing !!! Vous dire l’hilarité qu’il provoqua je ne puis vous la décrire, mais la Mère Supérieure en lâcha son clysopompe ! Et voilà ce qu’une bombe envoyée par les Vandales du XXème siècle en l’an de grâce 1917, 15 février à 7h35 du soir vers la rue du Jard, vient de remémorer et de cinématographier dans mon esprit !!…  dans l’esprit d’un juge de Paix de Guerre !!… Conclusion pratique, le temps que je viens d’écrire a vu s’écouler presqu’une heure, il est 8h35…  que faire, sinon se coucher…  car la fameuse bombe n’aura été qu’une…  alerte…

J’oubliais de dire la fin du drame !! tragi-comique. Le pauvre acacia fut tellement arrosé qu’il en mourut. Les mauvaises langues vous diront que ce fut de vieillesse plutôt que du fait des joyeux collégiens de l’an 1875. En tout cas nous avions longtemps des morceaux de son écorce dans nos poches, nos pupitres où à nos moments…  perdus !! nous taillions dans cette matière tendre barques, galères et trirèmes qu’enfantait nos jeunes imaginations Virgiliennes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

15 février 1917 – Arrivée dans notre ville, de la 37e Division d’infanterie (troupes d’Afrique — zouaves et tirailleurs). Une autre Division, la 14e, occupe déjà Reims où elle a relevé la 151e, celle-ci avait succédé aux 67e, 30e et 52e, qui s’étaient remplacées l’une l’autre. (La 52e Division, après avoir séjourné à Reims, une première fois pendant seize mois, était revenue en 1916).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – – 3°. Nuit assez tranquille en ville ; canonnade au loin. Aéroplanes : tirs contre eux. Forte canonnade à l’Est vers 3 h. Note du F. Ricard, réponse. Quelques bombes sifflantes, à 6 h tombent pas loin de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 février

A l’est de Reims, nous avons réussi un coup de main dans le secteur de Prosnes. Activité des deux artilleries dans les régions de Maisons-de-Champagne et de Saint-Hilaire, ainsi que sur la rive gauche de la Meuse, dans le secteur cote 304-Mort-Homme.

En Woëvre, nos batteries ont exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies au nord de Flirey.

Des avions allemands ont jeté des bombes dans la région de Dunkerque. Il y a plusieurs tués et blessés. Nancy a été également bombardée par avions. Pas de victimes. Nos escadrilles ont jeté des bombes sur les terrains d’aviation d’Etreillers (Aisne) et de Saucourt (Somme), sur les gares d’Athies, Hombleux, Voyennes, Curchy, Saint-Quentin, Ham et sur les usines à l’est de Tergnier.

Échec d’une attaque allemande sur le front belge (Pervyse).

Les Anglais ont pris un point d’appui au sud-est de Grandcourt. Un autre raid a été exécuté avec succès au nord-est d’Arras ; 40 prisonniers ont été faits. Autres raids encore au nord de la Somme et au nord-est d’Ypres. Échec d’attaques allemandes à l’est d’Armentières et au sud de Messines. Nos alliés ont fait exploser trois dépôts de munitions près d’Armentières.

En Macédoine, les Allemands ont donné assaut, avec des forces importantes, à la cote 1050, à l’est de Pavlovo. Ils ont d’abord pris pied dans des tranchées de première ligne, mais une contre-attaque italienne les a refoulés.

La flotte anglaise a bombardé Nechori.

Brillante contre-offensive russe en Bukovine.

Échec autrichien au nord de Gorizia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Prosnes

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Mercredi 14 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 14 février 1917

886ème et 884ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Toujours des températures aussi rigoureuses, mais avec propension au dégel. A 11h du soir la nuit dernière la bataille recommence la « bacchanale » de la soirée, et à 2h la danse commence sur la ville. Les représailles obligatoires, sifflements, éclatements, tonitruances, etc…  Il fait un froid terrible. J’ouvre un œil, puis 2, car le bruit de ferraille se corse, et il faut être prêt à toute éventualité et aux aguets…  je somnole…  réveillé par un sifflement ou un éclatement trop indiscret, bref je me rendors vers 4h1/2…

Je vais à 9h aux allocations militaires à l’Hôtel de Ville, et là j’apprends que le boulevard Lundy, la maison de Mme Boisseau (au numéro 18), M. Walbaum, rue de Bétheny Georget, Rozey ou proche, ont été pas mal flagellés, on compte 144 bombes lancées sur la Ville pour la punir de l’attaque des nôtres vers le Linguet, où avec cette débauche de projectiles amis et ennemis on a capturé 18 prisonniers !!…  Je ne confierai jamais nos finances à nos illustres galonnards des États-majors qui nous gouvernent ici, car la livre de prisonniers boches à cette profusion de projectiles dépensés reviendrait chère !! Et demain les communiqués vanteront nos succès devant Reims !!…  mais surtout se taisent sur les nouvelles ruines accumulées !! mais nous sommes si peu intéressants !! Témoins les affiches apposées ces jours-ci où on nous menace d’expulsion si dans notre correspondance nous révélons les secrets des opérations militaires à Reims ou dans les environs !!  Du reste nos galonnards sont très inquiets de cette loi interdisant les pâtisseries les mardis et mercredis. Aussi ont-ils demandé à Madame Degermann s’ils pourraient cependant boire un léger verre de Malaga à défaut de petits gâteaux !! Bref, j’ai répondu à la susdite Madame Degermann que si on donnait procès je condamnerais, car dans la coulisse une assiette de gâteaux serait probablement dissimulée…  Donc…

Mais une autre bien bonne qui a énormément amusé Grandremy (Paul Grandremy (1862-1938)), du Courrier de la Champagne, à qui je la faisais remarquer cet après-midi en causant justement de la réflexion casuiste de Mme Degermann. C’était l’affiche à la main apposée sur la devanture rigidement fermée du pâtissier Olza, rue de Vesle, en face du Théâtre :

Mardi et Mercredi fermeture   (!!!)
__________

Pour les renseignements on peut entrer   (!!!)
__________

Que dites-vous de celle-là ??…  Oui nous sommes fermés, mais vous pouvez entrer tout de même !! et on vous trouvera des petits gâteaux !!

C’est la réflexion que je m’étais faite ce matin à 9h en allant à l’Hôtel de Ville, quand justement je voyais s’engouffrer (après avoir exploré du regard les environs pour voir s’il y avait un gendarme ou un agent de police qui le regardait) un vieux Monsieur qui…  venait…  demander des…  renseignements !! On sait ce que parler veut dire.

Eh bien Messieurs les Pâtissiers…  ne venez jamais devant ma barre, car votre juge de Paix sera impitoyable pour vous, puisqu’il ne pourra sévir contre les consommateurs (erreur de la loi qui aurait dû également sévir des mêmes pénalités contre ceux-ci !), et « vous n’y couperez pas », au maximum à la première contravention, et en cas de récidive la Prison !…  comme c’est mon droit et mon devoir.

Été faire 1, rue de Contrai une sommation respectueuse (??) (consentement parental pour le mariage des enfants du moins de 25 ans, loi abolie en 1933) pour un mariage par procuration, reçu un seau d’eau et injures à la clef !! En voilà encore une institution due à nos Gouvernements idiots, ces mariages par procuration, ou mariages à terme… comme les essais de 3/6/9… années ( ?) Oh ! non, mois seulement et si ce n’est pas en semaines !!

Ce soir en rentrant écrit pas mal de lettres, de Vroïl, Schoen, Schulz, Duval, etc…  etc…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 février 1917 – Le communiqué de ce jour, nous apprend que l’artillerie aurait envoyé hier, environ vingt mille projectiles, pour l’exécution du coup de main devant Reims.

Cela faisait du bruit, en effet. Oui, pour un tintamarre, c’était un beau tintamarre.

Au bureau, une réflexion drôle de Guérin, nous fait rire, car il ne manque pas cette occasion de blaguer, à propos des vingt-trois prisonniers, en exprimant gravement l’avis que, dans ces conditions, « le Boche sur pied » doit revenir cher, la livre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Nuit extraordinairement agitée. Violents combats surtout jusqu’à 2 h. On dit qu’il y aurait eu 100 Allemands tués ; 23 prisonniers. Église Saint-André très endommagée. Commence la Messe sans avoir besoin de bougies. – 4° de froid.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-André


Mercredi 14 février

Canonnade entre Oise et Aisne. Une forte patrouille allemande, dispersée par notre feu, a subi des pertes dans le secteur d’Aspach (Alsace).

Les Anglais ont rejeté un raid au sud de Pys. Au cours d’un coup de main opéré avec succès à l’est de Souchez, nos alliés se sont avancés de plusieurs centaines de mètres dans les lignes allemandes. Les défenses ennemies ont subi d’importants dégâts. Deux détachements anglais ont également pénétré dans les tranchées allemandes au nord-est de Neuville-Saint-Vaast, au nord de Loos et à l’est d’Ypres.

La situation des Turcs est devenue très critique à Kut-el-Amara.

Les opérations sont devenues plus actives en Macédoine, spécialement sur la Strouma et dans la région de Dorian.

Wilson a déjoué une dernière tentative du chancelier. Celui-ci essayait d’une suprême négociation : M. Wilson a demandé qu’avant tout, les dernières instructions données aux sous-marins fussent retirées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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