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Dimanche 4 mars 1917

Saint-Thierry en 1907

Louis Guédet

Dimanche 4 mars 1917

904ème et 902ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Gelée forte. Il fait froid avec une vraie bise. Est-ce que nous allons recommencer une série de froids sibériens !! Messe de 8h1/2 de paroisse. Rentré travailler « d’arrache-pied » pour déblayer pour le mercredi 7. Écrit au Président Hù que j’acceptais de déjeuner avec lui, au Procureur de la République que j’avais l’intention de m’absenter 8 jours et que je passerai à Épernay le 7 pour me tenir à sa disposition, à mon cher ancien Procureur Bossu pour lui dire que je le saluais avec toute ma joie. Retenu chambre à L’Europe (cet hôtel était situé au 21, rue Porte-Lucas à Épernay, il est fermé et ce sont aujourd’hui des commerces, mais le fronton de l’entrée porte toujours le nom « L’Europe »). Prévenu Manon (Étude Jolivet) et M. Archambault (Étude Lefebvre d’Aÿ) que je venais à Épernay s’ils avaient à me dire quelque chose.

Sur ces entrefaites mon courrier arrive. Lettres nombreuses, de ma chère femme qui me rassure un peu sur le départ de Robert, et une lettre de Jean (réduite), carte de visite de M. Bossu m’annonçant qu’Herbaux a transmis sa proposition pour mon ruban, et il me conseille de me faire « pousser » !! Je lui réponds à mon cher Procureur que n’ayant jamais fait de politique je ne connais personne qui puisse me recommander, et que du reste cela me répugne ! Recommander les autres et les faire pistonner, çà va, mais pour moi ? Je ne pourrais pas, je ne saurais, je n’oserais pas. En tout cas nous causerons de tout cela ensemble mercredi après-midi. Il m’ajoute qu’il a vu son successeur M. de Courtisigny, à qui il a dit que j’étais un « Héros »…  Pauvre héros ! bien désemparé et puis qu’a-t-il fait…  son devoir ! alors je ne vois pas où est l’Héroïsme ! du citoyen Infernal Tabellion en Infernal Juge de Paix de Guerre de Reims !!

Lettre du Vice-Président Bouvier me  chargeant comme juge de Paix de « laver la tête » à ce pauvre Minet, huissier, qui a fait une gaffe, en menaçant une femme émigrée de Reims pour son loyer !! Le pauvre garçon est bien courageux, mais il est maladroit. Enfin j’arrangerai cela.

Après-midi porté mes lettres à la Poste et poussé jusqu’à St Remy voir le brave doyen Goblet qui avait à me parler, assisté aux Vêpres. En entrant à St Remy, attrapé un photographe militaire amateur qui cependant avait une autorisation de prendre des photographies, et dans la conversation il me dit : « J’ai même le droit de verbaliser contre ceux qui photographient sans permis !! » J’attrape la balle au bond et lui réplique : « Eh ! bien, vous ne risquez rien de verbaliser contre tous vos « Pierrot » d’officiers qui photographient à Kodak que veux-tu à notre nez !! mais vous vous en gardez bien !! Nous en avons assez de vous et de vos abus !! » Il est resté figé !!

En revenant à la maison, rencontré rue Chanzy le R.P. (rayé) ancien professeur (rayé), il me parla du faire-part de la mort de M. Benoiston, ou les princes de sang étaient énumérés : M. Marcel Bataille, officier gestionnaire, au front, M. André Benoiston, automobiliste militaire, au front, etc…  etc…  et avec son fin sourire il m’ajouta : « C’est grotesque ! Vous, vous n’auriez pas fait cette énormité… !…  Mais hélas lui et son Père sont grisés de leur fortune et croient qu’ils sont des êtres supérieurs (rayé) il avait senti le (rayé) envers (rayé) si je ne me trompais pas en flagellant et en méprisant cette prétention d’être exposé au feu…  à 40 kilomètres du vrai front !!

Il me disait qu’au moment du (rayé) il lui avait dit franchement ce qu’il pensait de lui, qu’il avait disséqué et qu’il lui avait montré le danger qu’il courait (rayé) qu’ils n’ont pas (rayé) mais (rayé) largement (rayé).

En le quittant je songeais à ce que (rayé) et me demandais avec (rayé) de tous ces (rayé) peureux et lâches si nous ne reverrions pas une réédition de la « Terreur Blanche » (troubles et massacres par les royalistes après la seconde abdication de Napoléon 1er, le Maréchal Brune en fut l’une des victimes) si magistralement dépeinte par Henry Houssaye (écrivain, journaliste, historien, auteur de « 1815, La seconde abdication. La terreur blanche », éditée en 1905 (1848-1911)). Dans ces embusqués là, et ces trembleurs du « Front » de « l’arrière-derrière » ne chercheraient pas à faire cette « Terreur Blanche » contre ceux qui ont été se faire tuer pour eux et ont fait leur devoir, comme l’ont fait tous les « musqués » royalistes qui vivaient aux crocs de Louis XVIII et sa « traîne », c’est possible ! Ce serait malheureux, et surtout injuste et nécessairement nous reverrions la réaction d’une nouvelle dictature qui balaierait tous ces pantins comme poussières et feuilles mortes en novembre !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – 0°. Nuit assez tranquille entre batteries jusque vers 11 h. Mitrailleuses du 3e zouaves (1); Général Duplessy, Colonel Philippe. Reçu visite du Colonel du 60e (qui va avec le 44e7). Canon 287 Faubourg de Laon ; Colonel de Piré, parent de Mgr Bonfïls, avec son aumônier que j’ai vu à Courcelles. Aéroplanes allemands : tir contre eux ; 5 h. bombes sif­flantes. Mgr Neveux est allé à Thil, a visité le gourbi du Colonel, les tran­chées, vers le bois du Chauffour, a aperçu Loivre, et est venu à Saint-Thierry, invité par le Colonel. Retraite du mois. Les Allemands ont voulu prendre un petit poste ; l’ont pris ; mais n’ont pu le garder. Canons de Beth­léem ont tiré. Le soldat qui tirait était de Maulevrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 3e Régiment des zouaves est le régiment de Constantine. Son drapeau sera décoré de la Légion d’Honneur et de la Médaille militaire et, entre les deux guerres, il sera commandé par le Colonel Juin, futur Maréchal de France

Saint-Thierry en 1907

Saint-Thierry en 1907


Dimanche 4 mars

Lutte d’artillerie assez active entre Oise et Aisne dans la région sud de Nouvron et en Alsace dans le secteur de Burnhaupt.

Faible canonnade sur le front belge. Les Anglais ont accompli une nouvelle progression au nord de Puisieux, au nord et à l’est de Gommécourt. En dépit de la résistance opiniâtre de l’ennemi, ils ont avancé leur ligne de 400 mètres en moyenne sur un front de 8 kilomètres environ.

Ils ont enrayé par leurs tirs de barrage et leurs feux d’infanterie une contre-attaque sur leurs positions avancées au nord-est de Gommécourt. Ils ont réoccupé intégralement une tranchée qui avait été d’abord évacuée par leurs troupes. Deux de leurs postes ont été attaqués au nord-ouest de Roye. Quelques hommes ont disparu. Une forte patrouille qui tentait d’aborder les lignes à l’est de Givenchy-les-la Bassée a été arrêtée par les feux d’infanterie de nos alliés.

L’Allemagne a avoué, dans une note officieuse, ses intrigues au Mexique.

Le président Wilson a reçu des assurances d’un certain nombre de républiques sud-américaines.

Le maréchal Conrad de Hoetzennorf, chef d’état-major général de l’armée austro-hongroise, a été remplacé en sa fonction par le général Von Arz.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 21 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 21 octobre 1916

770ème et 768ème jours de bataille et de bombardement

6h45 soir  Très beau temps, il a gelé et il fait froid. Le matin couru à l’Enregistrement, à la Recette des Finances, au Crédit Lyonnais pour l’ouverture d’un coffre. Après-midi été à l’Hôtel de Ville où on m’a remis le dossier de simple police pour le mardi 24 octobre. Que les temps ont changés, en dehors des 25 anciennes affaires il n’y a que 24 nouvelles !! 24 nouveaux procès !!! Que nous sommes loin des audiences de 100 et 150 procès !!!!

Ils ont compris la leçon ! Il n’est que temps. Bref Colas et Girardot se sont mis une muselière !! Vu le Président Hù et Texier pour un envoi en possession (procédure autorisant certaines personnes désignées par la loi pour leur permettre d’entrer en possession de biens issus de la succession d’un défunt). Causé longuement. Le Président part à Paris mardi et il causera de toute cette affaire mémorable à la Chancellerie. Ils sont convaincus que Colas, Girardot et toute la clique militaire vont rentrer leurs grands sabres…  de bois ! C’est ce qu’ils auraient dû faire dès le début !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 octobre 1916 – Bombardement vers le cimetière du Sud.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Samedi 21 – Nuit un peu bruyante. Coups de fusil et mitrailleuse toute la nuit. A 6 h. 0 degré. A 9 h. grosses bombes allemandes sur les batteries. Violent duel entre les deux artilleries adverses. A 2 h. aéroplanes français ; tir contre eux. Bombes sifflantes ; très violent bombardement… on ne sait sur quoi. Aéroplane français de 4 à 5 h. Un obus contre aéro blesse à la tête la fille du chantre de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 octobre

Sur le front de la Somme, aucune action d’infanterie.
Lutte d’artillerie intense dans la région du secteur de Sailly-Saillisel et du secteur Belloy-Berny.
En Lorraine, nous avons repoussé facilement des coups de main sur un de nos petits postes près de Bezanges.
Sur le front belge, activité d’artillerie, particulièrement dans le secteur au nord de Dixmude et vers Hetsas.
Les Italiens ont été attaqués sur le mont Pasubio par de gros contingents autrichiens. Ils ont infligé à l’ennemi de lourdes pertes et lui ont fait 107 prisonniers.
Les Roumains ont résisté à de nouvelles attaques des troupes de Falkenhayn, dont les pertes ont été considérables. Ils tiennent tête en Dobroudja, à une nouvelle offensive bulgare.
Succès serbe au nord de Brod dans la direction de Monastir. Nos alliés prennent 4 canons.
Un grand transatlantique anglais, de la ligne Cunard, l’Alaunia, a été coulé par un sous-marin.
Une conférence a eu lieu au grand quartier général allemand entre l’empereur et le chancelier, M. de Jagow et M. Burian, le ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Mont Pasubio

Mont Pasubio

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Mardi 17 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 17 octobre 1916

766ème et 764ème jours de bataille et de bombardement

6h soir Journée grise, froide. Pour la première fois j’ai été obligé de faire du feu. Je vais dîner ce soir dans ma chambre aussi pour la première fois. Reçu lettre de Madeleine me disant que Jean et Robert sont très fatigués !! Il faut que tout s’en mêle. Mes épreuves ne cesseront donc pas. Vu le président Hù qui prétend que si la Chancellerie me faisait la moindre observation que je devrais leur jeter ma démission à la figure. A la Ville Raïssac, Houlon et le Maire sont d’un avis contraire : « Les habitants de Reims, disent-ils, vous font confiance et vous sont tous reconnaissants d’avoir élevé la voix pour les défendre. Si vous donnez votre démission, ils vous reprocheraient de déserter et de les abandonner ! » C’est un peu mon avis. Enfin attendons et Dieu veuille que le Procureur Général envoie promener toutes ces brutes galonnées qui n’admettent pas qu’on leur résiste. Ce sont des brutes ! Le substitut Mathieu est arrivé quand j’étais avec le Président pour lui communiquer une lettre du Général qui renvoyait mon jugement Simon sous prétexte que les considérants n’étaient pas les mêmes que ceux publiés dans les journaux. Le Président lui a dit d’envoyer coucher le Général en lui disant qu’il n’avait qu’à se rapporter aux considérants du jugement qui est l’acte authentique, et non au texte des journaux qui ne le regardent pas…  Pan !! attrape ! (rayé)…foiré ! encore une bûche !

Parti à 2h, rentré à 5h1/2. Je suis éreinté. Mon Dieu pourvu que je sorte avec honneur de tout cela. C’est tout ce que je demande. Du reste ce que j’ai fait, c’est pour l’honneur que je l’ai fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit tranquille. + 5°. Huit bombes (sur batteries ?). Visite à l’Ambulance, à M. le Doyen de Saint-Remi, au Lieutenant Colonel Colas. Rentrée en France et visite de M. l’Abbé Poreau, prisonnier en Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 17 octobre

Nous avons pénétré dans le village de Sailly-Saillisel et occupé les maisons en bordure de la route de Bapaume jusqu’au carrefour central. L’ennemi a réagi très violemment. Nous nous sommes néanmoins consolidés dans la partie conquise.
Au sud de la Somme, nous avons repoussé une violente contre-attaque à l’est de Berny-en-Santerre; nous avons enlevé un petit bois et pris deux pièces de 210 et une de 77 entre Genermont et Ablaincourt. Au cours de ces actions, nous avons fait 110 prisonniers dont 4 officiers. Dans le secteur de Lassigny, un avion allemand atteint par notre artillerie est tombé en flammes dans ses lignes.
Sur le front belge, duel d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Steenstraete.
Les Anglais signalent un violent bombardement ennemi au sud de l’Ancre. Au nord de Courcelette, une attaque à la grenade a été aisément rejetée, une autre plus considérable a été repoussée à la redoute Schwaben. Nos alliés ont exécuté avec succès des coups de main au nord-est d’Ypres, au sud-est de Saint-Eloi et à l’est de Ploegsteert. Ils ont ramené des prisonniers.
Les Russes ont fait 1200 prisonniers en Galicie.
Les Roumains ont brisé de nouvelles offensives austro-allemandes tout le long de la chaîne des Alpes transylvaines.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 14 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 14 octobre 1916

763ème et 761ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps, mais toujours couvert. Journée agitée. Vu Honoré, comme il me l’avait promis. Il est chargé de faire des rapports confidentiels au Général de la Ve Armée à l’insu des autorités militaires de Reims, même donc de Colas. Il m’a lu plusieurs de ses rapports parfaitement faits, qui sont fort intéressants et amusants au possible. On voit tous les dessous de ces intrigues, compromissions, le jeu de cette police occulte qui se déchire comme un voile. Il m’a recausé de Colas qui ne décolère pas et qui écrit à qui veut l’entendre que j’ai eu la tête lavée par le Commissaire Central, un peu plus il dirait qu’il m’a donné la fessée comme un bébé pas sage qui a manqué de respect à son papa. Imbécile. C’est entendu qu’Honoré va me donner les noms des personnes à qui il a dit cela, et alors j’écrirai au Général de la Ve Armée une lettre qui ne sera pas dans une musette, et Colas en prendra encore pour son rhume (être réprimandé, recevoir des reproches). Il n’a pas fini avec moi le citoyen.

Honoré m’a lu le rapport qu’il a fait sur « Casque d’or », la maitresse dudit Colas, à qui il donnait tous les soirs le mot d’ordre de la Place !! pour permettre à cette fille de sixième ordre de se promener dans Reims. Elle a été expulsée en 5 sec malgré ses menaces d’en référer au susdit Colonel Colas !! Il m’a lu son rapport fait sur ma fameuse audience du 3 octobre. Il avait vraiment touché juste, et il n’hésitait pas à conclure que si je m’étais élevé ainsi contre les abus des gendarmes, c’était pour en finir une bonne fois, et il concluait à dire que je désignais comme les vrais fautifs Colas et Girardot, ce qui était vrai. Il doit encore faire un rapport sur cette affaire, alors je lui ai donné quelques renseignements et il doit conclure au déplacement simple de ces 2 citoyens. La troupe est aussi exaspérée que la population rémoise.

Vu le maire, Raïssac, de Bruignac et Chézel, à qui j’ai raconté toutes ces histoires. Le brave Docteur Langlet s’amusait beaucoup de ce que je disais, je crois vraiment qu’il m’estime et m’aime. Tous du reste m’approuvent haut la main. Ce n’est (rayé) qui ne sont rien (rayé)!!…  Enfin nous verrons à le (rayé) un de ces jours !

Rentré chez moi. Et après-midi vu le président Hù au Lion d’or où il déjeunait avec le sous-préfet et 2 journalistes. Nous avons mis au point mes considérants généraux, en particulier du procès du Dr Simon que la Place réclame pour être remis au Général de la Ve Armée. En tout cas ils ne peuvent rien faire contre moi et ils ne peuvent même plus aller en cassation. Ils ont ramené une forte bûche déjà. C’est un colonel de Gendarmerie et un officier d’État-major de Châlons qui sont venus voir M. Mathieu, substitut, pour lui demander de me laver la tête, etc…  ce que des galonnards qui n’admettent pas qu’on leur résiste pensent demander et exiger. Ils ont été plutôt reçus fraichement par le brave M. Mathieu qui leur a tout simplement dit, avec son calme imperturbable qu’il n’avait pas d’observations à me faire, et encore bien moins de réprimandes ! Tête des 2 galonnés qui dirent qu’ils allaient alors en référer au Président du Tribunal ! Mathieu bon prince leur a dit qu’ils n’auraient pas plus de succès après du bon papa Hù, et qu’ils feraient mieux de s’abstenir, ce qu’ils ont fait du reste. Le brave Président m’a fait une musique là-dessus ! « Eh bien, je les aurais bien arrangés. J’ai même dit à Mathieu qu’il avait eu tort de les empêcher de venir me voir, ils auraient été bien reçus ! » Bref les pandores et aiguilleteurs ont rentré leurs honneurs dans leurs musettes et sont repartis bredouille à Châlons ! C’était bien la peine de les déranger pour ce joli résultat !!… Mais cela a eu un avantage, c’est qu’ils ont déchargé leur bile et leur colère sur le citoyen capitaine Girardot qui, parait-il, a été arrangé de la belle façon ! C’était déjà cela. En attendant sans doute le reste. Bref, pour une bûche, c’est un vrai bûcher qu’ils ont pris ! Remis à Valot mes attendus, et enfin rentré me reposer un peu. J’en ai besoin. Je suis rompu et fort nerveux. Pourvu que je dorme cette nuit. J’en ai bien besoin. Pas de nouvelles de ma pauvre femme. C’est à peine si j’ai eu le temps de lui écrire 2 mots. Vais-je enfin avoir un peu de bonheur et de réussite ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 14 – Nuit tranquille à Reims ; mais violent combat au loin de 10 h. à minuit. Visite de M. Charlier avec sa fille qui apporte des aquarelles de la Cathédrale en feu. A 11 h. 1/2 des bombes sifflent sur batteries. Visite à M. Camuset ; à Mme Rogelet.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 14 octobre

Au sud de l’Ancre, violent bombardement ennemi au cours de la journée, particulièrement dans les secteurs de Gueudecourt et de Martinpuich et au nord de Courcelette.
Un détachement ennemi qui tentait un coup de main contre les tranchées anglaises, au nord-est de Wulverghen, a été rejeté. Au nord de la Somme, une attaque allemande avec lance-flammes a repris quelques éléments de tranchées à la lisière du bois Saint-Pierre-Vaast.
Activité d’artillerie intermittente de part et d’autre dans la région de Verdun.
Sur la Strouma, l’ennemi tient le front Sérès-Savgak-Barakli-Djousah-Senimah. Les forces britanniques sont en contact. Duel continu d’artillerie au centre et à gauche.
Les Roumains repoussent une série d’attaques austro-allemandes du nord au sud des Alpes transylvaines.
Les Italiens ont à nouveau progressé sur le Carso. Ils ont fait 400 prisonniers.
M. Venizelos organise le gouvernement de Salonique : il y aura un Triumvirat qui prendra la régence, et à côté de lui un ministère responsable.
40 avions français et anglais ont jeté 1340 kilos de projectiles sur la fabrique de fusils d’Oberndorf (Wurtemberg).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 10 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 10 octobre 1916

759ème et 757ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Beau temps chaud, du soleil, quelques obus. Ce matin répondu aux nombreuses lettres reçues depuis 6h jusqu’à midi. Écrit à Marie-Louise et à André. Envoyé à celle-ci des timbres de la Côte d’Ivoire reçus de M. Gentil, secrétaire du Gouverneur de Bingerville (Capitale de la Côte d’Ivoire de 1900 à 1934).

Cette après-midi l’affaire de mes procès de simple police du 3 me tracassant et voulant tenir le Président au courant de ce qui se disait et aussi de ce que j’avais écrit pour le transfert de mes justices de Paix à Épernay. J’ai poussé jusqu’au Parc de la Haubette où j’ai rencontré le Président Hù et M. Texier à qui j’ai conté mes on-dit. Quand je leur ai dit que Colas, le Proconsul Gouverneur de la Place, avait intimé l’ordre à Palliet, commissaire central, le mercredi 4 de me faire des observations sur ma manière de juger, le Brave Président en a tellement sursauté qu’il faillit en laisser tomber sa calotte et Texier de même bondit. Comment Palliet a osé vous dire cela à vous magistrat ? Je lui répondis que le Commissaire Central me l’avait dit vendredi dernier 6 octobre vers 9h rue de Vesle, en face de la rue St Jacques, et que Colas lui avait donné un coup de téléphone le mercredi soir même 4 octobre. Ils ne pouvaient en revenir. Alors le Président m’a donné l’ordre d’écrire à Palliet pour qu’il me donne les termes exacts des observations que Colas voulait qu’il me fasse. C’est fait, j’attends la réponse du Commissaire Central. On va s’amuser.

Le Président et M. Texier jubilaient d’avance de la lettre que j’aurais à écrire à ce sujet au Général de la Ve Armée. Ils m’ont remonté très gentiment, très affectueusement. J’en avais les larmes aux yeux.

Il parait que cet âne et cet imbécile de Colas aurait dit qu’il ne comprenait pas que j’ai osé indiquer les motifs pour lesquels j’avais acquitté ou condamné les inculpés de l’autre jour !! C’est phénoménal !!

Un galonné qui veut nous donner des leçons de droit. Ces gens-là ne doutent de rien. Cela les dépeint bien, ils n’admettent aucune critique. Bref me voilà d’aplomb et je suis soutenu et approuvé par mes Pairs. Jusqu’ici la gauche comme on dit (jusqu’à la garde, complètement). J’ai bien fait d’aller là-haut. Le Président Hù me disait que le Procureur Général ne pouvait même pas me faire d’observations sur la manière dont je jugeais et rendais mes jugements. Et il me l’a prouvé, codes et textes de lois en mains. Me voilà donc fixé sur la suite de cette affaire qui aura révolutionné bien du monde ici, et je n’ai qu’à attendre sous l’orme (attendre très longtemps, en vain). J’aime mieux ma place que celle de Colas, Girardot, Lallier et consorts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 octobre 1916 – Trois obus sifflent et vont éclater sur le Port-sec à 14 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 10 – + 14°. Nuit tranquille. Temps couvert. Quelques bombes sifflantes, probablement sur les batteries. Visite de M…, Directeur de la Banque de France à Reims, remerciant pour lettre sur l’emprunt. Bombes longuement sifflantes. Salut au 403e à la chapelle de l’École Professionnelle S.J.B. de la Salle. Allocution.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 octobre

Sur la Somme, activité soutenue de notre artillerie et riposte de l’ennemi, particulièrement vive dans la région sud-ouest de Barleux et dans celle de Belloy et de Deniécourt.

A la suite d’une opération secondaire, les Anglais ont progressé au nord de la redoute Stuff, en infligeant des pertes sérieuses à l’adversaire et en lui faisant plus de 200 prisonniers dont 6 officiers.

Les Serbes ont progressé entre Vardar et Cerna, faisant 100 prisonniers. Ils ont pris Skocino sur la rive gauche de la Cerna, capturant encore 200 ennemis.

Trois sous-marins allemands sont venus opérer sur les côtes américaines : ils ont torpillé neuf navires.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 5 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 5 octobre 1916

754ème et 752ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps gris qui s’est élevé dans l’après-midi. Le matin, été à La Haubette pour ouvrir un testament mystique (testament écrit en secret, transmis au notaire clos, cacheté et scellé) Faille (Marie Lidivine Faille, décédée le 23 septembre 1916 à Reims) chez le Président Hù pour Jolivet. Sur les 7 témoins convoqués, il s’en est trouvé un qui a répondu à…  l’appel…  ce qui n’est pas ordinaire par le temps qui court, il y a encore des témoins qui tiennent !! Le Président a procédé à l’ouverture dudit testament qui par ses cachets de cire était collé à une autre enveloppe dont la souscription était du côté dudit cachet. Nous croyions tous que ces 2 enveloppes étaient des testaments de la défunte, mais non !! l’un était bien le testament de la susdite, mais l’autre n’était purement et simplement que le testament de Léon Polliart (à vérifier). Les 2 testaments s’étaient collés par les cachets du testament de Mme Faille lors de l’incendie de ce pauvre ami Jolivet, qui dans son coffre dans le brasier avait fait fondre les cachets de cire et collé le tout. Le Président a donc rendu le testament Polliart que je vais tâcher de faire parvenir à Jolivet à Paris. Encore un incident de bombardement assez curieux pour nous notaires.

Rentré vers 11h1/2, et sur mon chemin rencontré un maréchal des logis de Gendarmerie qui, souriant, m’a causé de mon audience du 3. Ils sont (les gendarmes) enchantés, parait-il, que j’ai fait « Knock out » le Capitaine Girardot. Les pauvres Pandores ont compris que ce n’était pas contre eux (c’est le principal) que j’ai « tonné ». Çà va bien. Voilà les gendarmes devenus mes amis. « Tapez dessus et ils…  deviennent aussi doux comme des agneaux… » Méditez cela !!

A 2h réquisitions militaires jusqu’à 5h. Durant ce temps tirs sur un avion allemand, et encore un 75 qui est venu tomber sur le passage Poterlet (passage qui se trouvait au niveau du 26, rue de Vesle, et qui donnait dans le passage St Jacques). Bombardés par les allemands, bombardés par les français. Nous ne risquons que d’être bombardés.

Rentré à la maison fatigué et avec du retard qu’il faut que je rattrape.

Lettre de Madeleine. Robert enrhumé et fort fatigué, le pauvre petit, qui n’est pas fort. Pourvu qu’on ne l’éreinte pas et me le renvoie pas, malade sans espoir… !! Surmené avec des soucis. Quelle Vie…  que j’ai donc… !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 octobre 1916 – A 16 h, un aéro allemand passe au-dessus de la ville, se dirigeant vers le sud-ouest. Des arrivées d’obus se font entendre ensuite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 5 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Projection. + 14°.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Jeudi 5 octobre

Au nord de la Somme, nous avons complété la conquête de puissantes lignes de tranchées allemandes situées entre Morval et le bois de Saint-Pierre-Vaast; nous avons fait environ 200 prisonniers dont 10 officiers.

Les Anglais ont chassé l’ennemi d’Eaucourt-l’Abbaye. Le village est entièrement en leur possession.

Les forces serbes, françaises et russes de Macédoine poursuivent victorieusement leur avance. Elles ont atteint la ligne Petaleno, sur le versant occidental du Kajmackalan, la boucle de la Cerna, Kesali, et Negocani. Leur aile gauche tient Pitoderi, au pied du mont Cicevo.

Les Roumains ont fait 800 prisonniers près de Fogaras, en Transsylvanie et plus d’un millier en Dobroudja.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Fogaras

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Mardi 3 octobre 1916

Louis Guédet

3 octobre 1916 (retranscription de l’orignal, voire plus loin)

Vu le Président Hù pour les réquisitions militaires. Le Procureur Général demandant qu’on lui indiquât le nombre de dossiers déjà jugés. Il y en a juste 405 depuis que j’ai réorganisé le service, le nombre restant à la Mairie est de 34 dossiers, et celui qui est à la commission de révision de Châlons 12 000. J’ai dit que j’étais à jour. Cela a paru lui faire plaisir de pouvoir dire cela à Herbaux. Nous avons parlé du transfert du Tribunal à Épernay qui aura lieu à la fin du mois probablement.

Je reste seul juge ici ; ce n’est pas banal. J’ai causé avec Bouvier Vice-président et Texier et qui sont réellement charmants pour moi.

A 1h1/4 suis allé au Palais pour mon audience de simple police, où il y avait foule et cohue. J’ai rendu les jugements que j’ai voulus, et mes attendus ont soulevé un murmure d’approbation.

Reprise de la rédaction par Louis Guédet.

…C’est vraiment fort aimable. Tous, je le crois, m’aiment et m’estiment. Le Président me retient pour me causer de « je ne sais quoi »…  mais l’audience traîne et vers 4h je lui demande la permission de m’en aller. Je dois aller le voir demain pour ce qu’il a à me dire (8h soir)

Avant l’audience je me suis trouvé avec le Procureur de la République de Bar-sur-Aube, M. Chonez, qui fait partie d’un conseil de Guerre divisionnaire comme sergent rapporteur, actuellement à Ventelay. Nous avons lié très gentiment connaissance et avons causé de Bar-sur-Aube et du vieux curé de St Maclou qui est encore existant. Il y a 22 ou 23 ans j’étais chez lui avec le P. Jenner, je lui ai rappelé la lutte des Pierrotins contre les Macloutins (St Pierre et St Maclou, les 2 paroisses ennemies). C’est lui qui a remplacé Thiénot fils quand il est parti à Verdun. Il m’a appris que Mandron, comme automobiliste, était attaché à leur Division, et qu’il a demandé à permuter pour aller dans l’État-major d’un Corps d’Armée !

Rentré par une pluie battante. J’ai mis au net et au point mon dossier de simple police pour demain, et mes considérants. Je suis, je crois, prêt et paré. Fatigué triste, sans nouvelles de mes aimés. C’est dur. Pourrais-je résister à la douleur, à la tristesse d’un 3ème hiver passé seul, tout seul

 Mardi 3 octobre 1916

752ème et 750ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Pluie battante toute la nuit, temps gris lourd toute la journée. Fais courses le matin, vu le Président Hù à 10h1/2 pour les réquisitions militaires. Le Procureur Général demandait qu’on lui indiquât le nombre de dossiers déjà jugés. Il y en a juste 405 depuis que j’ai réorganisé le service, le nombre restant à la Mairie : 34 dossiers, et celui qui est à la commission de révision à Châlons : 12 000…  et plus même. J’ai dit que j’étais à jour, çà a paru lui faire plaisir de pouvoir dire cela à Herbaux. Nous avons parlé du transfert du Tribunal à Épernay qui aura lieu fin du mois probablement. Ils ont parlé de moi, mais je leur ai répondu que cela ne faisait pas de doutes que je devais rester à Reims, attendu que je ne puis forcer les justiciables à venir de Reims à Épernay. Pour les autres cantons cela se concevait mieux à cause des difficultés que l’on a pour entrer à Reims. C’est ce qu’il va répondre au Procureur Général. Je resterai donc seul juge ici. Ce n’est pas banal. J’ai causé également avec Bouvier, Vice-président et Texier qui sont réellement charmants pour moi. Le Président écoute beaucoup de Bouvier, tout en protestant.

Rentré chez moi à 11h1/2, déjeuné rapidement, vu à mon courrier et couru au Palais à 1h1/4 pour mon audience de simple police où il y avait foule et cohue. J’ai rendu les jugements que j’ai voulus et mes attendus ont subi un murmure d’approbation générale.

Mais franchement la mentalité du gendarme est extraordinaire. Ainsi Péroni (à vérifier), qui avait fait les procès Hentz et Simon. Celui du Docteur Simon pouvait encore se soutenir parce qu’il était près de Tinqueux sans laissez-passer, et que ce n’est qu’une tolérance si on permet d’aller jusqu’aux portes des villages ; mais quand à celui de Hentz, fait sur Reims même, il ne pouvait être fait puisque la contravention n’avait pas été encore commise. Il n’a jamais voulu en démordre, le fait qu’il était encore sur Reims Hentz. « Mais il m’a dit qu’il allait à Cormontreuil, bien qu’il soit encore à 1 kilomètre de la limite du territoire, je devais faire mon procès-verbal quand même, mon poste faisant la limite justicière ». C’est idiot, impossible de le convaincre, je n’ai pas insisté. Quelles brutes cela fait. Son collègue Noël avait compris.

Bref, rentré à 6h1/2 éreinté et nous verrons demain ce que dirons les journalistes dans les journaux, et ensuite la tête de Girardot et de Colas. Ils vont être furieux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 3 – Nuit tranquille ; projections. Pluie presque toute la nuit. + 10°. A 9 h. canons français tirent 5 coups rapides. Visite du Colonel Cadet. A M. Georges Houlon, à la Supérieure de l’Assomption, à M. Prévoteau. Reçu visite du Comte de Bruc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 3 octobre

Nous avons réalisé des progrès à la grenade à l’est de Bouchavesnes. Une quarantaine de prisonniers et 6 mitrailleuses sont restés entre nos mains. Un détachement allemand pris sous notre feu vers l’Epine de Malassise s’est dispersé en laissant une cinquantaine d’hommes sur le terrain.
Au sud de la Somme, une petite attaque allemande a été repoussée près de Vermando-Villers.
Les Anglais, après avoir pris Eaucourt-l’Abbaye, au sud de l’Ancre, ont consolidé leurs positions. Ils se sont étendus dans la direction de la tranchée de Hesse. Ils ont exécuté des coups de main heureux au nord de Neuville-Saint-Vaast et à l’est de Laventie.
Sur le front d’Orient, les Serbes ont gagné 2 kilomètres au nord du Kajmackalan.
Canonnade intermittente à notre aile gauche.
Le quarantième raid de zeppelins a eu lieu près de Londres. Un dirigeable a été abattu.
Les Roumains ont battu Mackensen en Dobroudja et franchi le Danube près de Routschouk.
Les Russes ont fait 1600 prisonniers sur la Zlota-Lipa.
Le gouvernement provisoire de la Canée s’est adjoint le général Danglis et a décidé de convoquer l’avant-dernière chambre grecque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


bouchavest

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Mardi 29 août 1916

Louis Guédet

Mardi 29 août 1916

717ème et 715ème jours de bataille et de bombardement

6H soir  Beau temps, lourd, nuageux, de l’orage en ce moment. Été voir le Président du Tribunal Hù ce matin pour savoir ce qui avait été dit au ministère de la Justice et au Parquet Général à propos de mes greffiers. C’est conforme à la communication d’une lettre du Procureur Général qui demande un rapport, ce que je vais faire. En allant à La Haubette où demeure le Président un obus allemand lancé sur un de nos avions est venu tomber près de l’Hôtel des Trois-Poissons (L’auberge des Trois-Poissons se trouvait le long du canal, entre le Palais des Congrès et le pont de Vesle) tandis que je traversais le Pont Neuf au bout de la rue Libergier. Vraiment c’est à désespérer de rester dans les rues et de vaquer à ses occupations. Président toujours nerveux, braillard, etc…  Quel type ! (rayé).

Cet après-midi audiences pour les réquisitions militaires, beaucoup de conciliations. Rentré pour travailler un peu vers 5h du soir.

La Roumanie a déclaré la Guerre à l’Autriche. L’Allemagne vient de la déclarer à la Roumanie !! La Raquette quoi !! Cela nous donnera-t-il un résultat ? Je n’ose plus rien espérer ni supposer, nous sommes ici si malheureux ! Trente et une déclarations de Guerre, treize états d’Europe en Guerre et un en Asie, le Japon ! En Europe il ne reste plus que la Suisse, l’Espagne, la Hollande, la Suède et la Norvège en état de Paix. C’est formidable. Que sortira-t-il de tout cela. Je ne sais, mais on est bien las…  las…  découragé…  2 ans sous les bombes, c’est trop long, jamais je ne me remettrais de cela…  quelle mort lente, quel martyr.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 août 1916 – Bombardement à 7 h 1/2 du matin.

Les communiqués parlent encore un peu d’attaques ou de bombardements autour de Verdun, mais les efforts des Allemands paraissent avoir diminué considérablement d’intensité.

L’action commencée sur cette place vers le 20 février, a déjà duré plus de six mois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille. + 15°. 8 h. bombes sifflantes tombant pas loin d’ici ; tir des gros canons français. Orage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 29 août

La Roumanie a déclaré la guerre à l’Autriche-Hongrie, et les premiers combats sont engagés à la frontière.
Sur le front de la Somme, vive activité d’artillerie dans la région d’Estrées, de Belloy-en-Santerre et de Lihons.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont dirigé sur nos positions à l’est de Fleury, une attaque qui n’a obtenu aucun résultat. L’artillerie allemande, contrebattue par la nôtre, a bombardé nos tranchées du bois de Vaux-Chapitre.
L’artillerie anglaise à longue portée a pris sous son feu les troupes et les convois allemands entre Bapeaume et Miréavucourt. Elle s’est montrée également très active en face de Calonne et de Neufchâtel, entre Auchy et la redoute de Hohenzollern. Nos alliés ont fait 137 prisonniers.
Sur le front d’Orient, combat d’artillerie de la Strouma à Lionnica. A l’est de la Cerna, les Serbes ont réalisé de sérieux progrès du côté de Vetrenik.
Trois attaques bulgares sur la route de Banica à Ostrovo ont été repoussées avec des pertes importantes pour l’ennemi.
L’Allemagne a déclaré la guerre à la Roumanie où le roi a proclamé la mobilisation générale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mercredi 23 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 23 août 1916

711ème et 709ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps gris clair d’automne, lourd et chaud. Heureusement que les nuits sont fraîches. Le calme, sauf vers 11h du matin quelques obus faubourg de Laon tandis que j’étais à l’Hôtel de Ville présider des Allocations militaires qui m’ont tenu jusqu’à midi 1/2. J’y étais depuis 9h1/2 et depuis 9h j’étais à la Caisse d’Épargne de service (et samedi). Je suis obligé de me dédoubler. Déjeuné à la hâte et parti à 1h pour un inventaire pour Jolivet sur la route de Pargny, « à la Carcanerie » (mot du patois régional, lieu où on abat les chevaux hors service), voyage de boucher (voyage apparemment pénible), tous les clients n’étant pas venus, ce sera pour demain probablement. Il y a des gens qui ne se gênent pas. Vu là un maréchal des logis du 25ème d’artillerie (le régiment de Jean) qui me disait qu’il y avait 10% de tués dans leur arme contre 90% dans l’Infanterie à égalité de risques…

En rentrant ici été à la Ville pour m’entendre avec le Maire et le secrétaire général afin de m’assurer d’un greffier pour les litiges des réquisitions militaires. Faupin,  m’ayant signifié qu’il avait donné l’ordre à son clerc Landréat qui me servait de greffier de Paix des 2ème, 3ème et 4ème cantons et m’assurait le service des réquisitions, de se refuser à construire ce service…  En toute éventualité je me suis assuré de quelqu’un à l’Hôtel de Ville. Valot greffier des prudhommes et de simple police, probablement. De là passé prévenir le parquet.

Reçu lettre du Président du Tribunal Hù qui en a parlé au Parquet Général : on vient de mettre en demeure Jésus, greffier des 2ème et 4ème cantons, qui pour se sauver des bombes n’avait pas trouvé mieux que de s’engager et de se…  faire embarquer dans un bureau militaire de l‘intérieur !! Çà ce n’est pas banal, s’engager pour se sauver des bombes !! à avoir à assurer son service. Je vais avoir incessamment mon adjoint militaire…  bref tout le monde m’aidant, j’arriverai envers et contre tous à mener la justice de Paix, malgré tous les pleutres qui sont jaloux de me voir conduire des services écrasants et qui seraient enchantés de me voir n’aboutir à rien…  J’y succomberai probablement…  mais en tout cas j’aurais le droit de leur clouer le bec si jamais ils veulent me discréditer…  J’aurai le droit de leur dire leur fait…  qu’ils sont des lâches.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 août 1916 – Bombardement dans la matinée, vers 10 h, quartier du Champ-de-Mars.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 23 – Projections allemandes. Dons et circulaire pour Prisonniers de guerre. Vers 9 h. 1/2 et 9 à 11 h. sifflent. Visite au Fourneau Économique de Porte Paris. Bombes à l’Hôtel-Dieu, rue Gambetta. Visite du Général Mazel de Jonchery, 5e Armée ; du Colonel Papillon-Bourrot, du P. d’Herlugon Jésuite avec le Père auteur au sujet des Otages. Lettre du Cardinal Gasparri répondant à une lettre de moi au sujet des otages (Recueil,).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 23 août

Lutte d’artillerie sur les deux rives de la Somme et à Verdun (région de Fleury).
Grâce à un coup de main heureux, près de Maurepas, nous avons fait quelques prisonniers. Nous avons repoussé des attaques à la grenade sur un de nos ouvrages dans le bois de Vaux-Chapitre.
Les Anglais ont marqué une avance sensible, sur un front de 800 mètres, dans le voisinage de Pozières, s’établissant à la croisée des chemins en bordure de la ferme de Moquet. Ils ont ensuite progressé sur la droite de la route Pozières-Miraumont. Ils ont gagné 100 mètres de tranchées entre Martinpuich et Bazentin et ont fait un coup de main heureux au sud de Guillemont, ramenant une mitrailleuse. Au saillant de Leipzig, ils ont accentué leurs gains et ont porté leurs positions à un kilomètre de Thiepval. Ils ont capturé 164 ennemis.
Sur le front d’Orient, la lutte est acharnée. Les Franco-Anglais ont bombardé les positions bulgares du lac Doiran et occupe les contreforts méridionaux des monts Belès. Sur la droite du Vardar, les troupes françaises se sont installées sur une ligne de hauteurs près de Ljumnica; l’armée serbe a progressé entre Cerna et Moglenica. L’infanterie a partout atteint ses objectifs.
Aux deux ailes, à l’ouest de Sérès, et sur le lac d’Ostrovo, l’ennemi a refoulé nos détachements avancés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 10 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 10 août 1916

698ème et 696ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie le matin et temps lourd et orageux ensuite. Calme. Déjeuné chez le Président Hù, 79, avenue de Paris. Il y avait Payen, sous-intendant militaire, Mathieu, substitut du Procureur de la République, Dupont-Nouvion avocat, Robert Lewthwaite et Léon de Tassigny. Conversation quelconque, émaillée d’histoires plus ou moins graves.

A 2h, Audience de conciliations de réquisitions militaires, nous marchons. Je vais avoir un soldat affecté spécialement à ce service, au courant des réquisitions. Été à la Ville pour faire passer une note dans les journaux pour prévenir les prestataires de se pointer exactement sinon le dossier sera classé pour après la Guerre. Causé avec le Maire, de Bruignac et Raïssac, secrétaire en chef. Rentré chez moi fort fatigué. Demain audience civile le matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Nuit et journée tranquilles. Écrit au Cardinal Gasparri : Prisonniers transférés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Photo : Louis Corré, Collection Gérard Corré


Jeudi 10 août

Nous avons réalisé quelques gains au nord de la Somme où nous nous sommes emparés d’un petit bois et d’une tranchée fortement organisée par l’ennemi au nord du bois de Hem. Nous avons conquis, dans cette région, depuis le 7, toute une ligne de tranchées sur un front de 5 kilomètres.
Des détachements ennemis ont été dispersés par notre feu en Champagne.
Violent combat sur la rive droite de la Meuse dans le secteur Fleury-Thiaumont. L’ennemi avait pris pied dans quelques tranchées et dans l’ouvrage de Thiaumont. Nos contre-attaques nous ont permis de reprendre les tranchées et de rentrer dans l’ouvrage.
De même, nous avons enlevé des tranchées allemandes dans le secteur le Chapitre-le-Chenois, faisant 200 prisonniers.
Un taube a bombardé Nancy : 5 blessés.
Les Russes, avançant sur le Sereth, ont porté à 8500 le nombre de leurs prisonniers.
Au sud du Dniester, ils ont progressé sur un large front, enlevant la ville de Thonacz. De ce côté, ils ont capturé 2000 Allemands et plusieurs canons lourds.
Les Italiens, qui ont pris l’offensive dans le Carso, près de Monfalcone, ont remporté un brillant succès. Ils ont capturé la tête de pont de Goritz dans la même région, faisant 8000 prisonniers, dont 200 officiers : 11 canons sont tombés entre leurs mains.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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