Louis Guédet

Lundi 22 mai 1916

618ème et 616ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps, lourd et orageux. Rien de saillant. J’ai préparé et délayé mes notes sur ma visite au château de St Thierry pour en faire une communication à l’Académie de Reims le 2 juin. J’espère qu’elle intéressera mes collègues. En tout cas l’intention y sera. Fait 2 courses et c’est toute ma journée ! C’est plutôt monotone – 22 mai 1916 – aujourd’hui 29 ans que j’arrivais à Reims pour ne plus le quitter !!

Quelle destinée ! J’ai beau chercher, je ne vois pas beaucoup de jours heureux. J’y aurais donc toujours souffert ? Ah ! si j’avais su ! Je crois que jamais je ne serais venu ici. C’est trop souffrir et cela sans espoir de jours meilleurs ! Quelle triste destinée que la mienne. Assis sur le bord de la route de ma vie je me sens si las que je n’ai pas la force de secouer la poussière du passé qui alourdit mes pas ! Allons ! il faut se relever, il faut marcher, marcher, finir sa course…  sans espoir !! Lasciate ultima speranza !!

Mon Dieu ! aurez-vous pitié de moi, et de mes pauvres chers aimés : femme et enfants ! Que vous ai-je donc fait ! pour me faire tant souffrir et m’abandonner ainsi !! Pitié ! Pitié ! Mon Dieu. Je n’en puis plus !! Oh ! un peu de bonheur ! ce serait si bon ! j’en ai si soif, surtout pour mes aimés !! Pitié ! Pitié !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 22 – + 14°. Nuit comme la précédente. Gros canon de 3 h. à 4 h. ; 4 h., 9 aéroplanes, tir contre eux. Journée assez paisible. Aéroplanes dans l’après-midi. Visite de M. Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 22 mai

Les attaques allemandes ont continué sur nos positions du Mort-Homme.
Aux abords de la route d’Esnes-Haucourt, nous avons enlevé deux tranchées allemandes. L’ouvrage occupé le 18 par l’ennemi au sud de la cote 287 a été bouleversé par notre artillerie.
A l’est de la cote 304, nous avons brisé une attaque ennemie.
A l’ouest du Mort-Homme, où les Allemands ont occupé une de nos tranchées avancées, ils ont subit ensuite un échec complet. Un assaut tenté par une brigade a été arrêté par nos feux et nos contre-attaques ; nos batteries ont pris sous leurs feux des colonnes qui suivaient les premières vagues et les ont forcées à refluer en arrière.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons enlevé les carrières de Haudromont, pris 80 hommes et 4 mitrailleuses.
Les avions allemands, en deux fois, ont jeté 120 bombes sur Dunkerque et sa banlieue, faisant 7 morts et 35 blessés. Deux des avions ont été abattus. 53 de nos avions ont été jeter 250 obus sur les cantonnements allemands de Wywege et de Ghistelles. Belfort a reçu 15 bombes.
Les Italiens, sur le front du Trentin, résistent toujours solidement aux attaques autrichiennes.
Un aviateur belge, près de Steenstraete, a abattu un taube.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


no man's land entre Esnes et Haucourt photo officielle américaine

no man’s land entre Esnes et Haucourt photo officielle américaine

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