Louis Guédet

Vendredi 1er octobre 1915

384ème et 382ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit a été fort calme, le temps a l’air de se remettre au beau. La journée a été belle et ensoleillée l’après-midi, quoique froide. Le matin fait quelques courses, pris deux culots de 75 chez Bavard, cela fera 2 beaux porte-bouquets à mes petits. Reçu lettre de ma pauvre femme qui s’angoisse et trouve le temps long. Elle me dit que Robert veut bien essayer son Droit, elle me dit aussi que celui-ci a reçu un officier du 28ème bataillon de chasseurs à pied qui avait cantonné à St Martin et dont ces derniers temps leur bataillon avait été fort éprouvé. Le commandant, un capitaine, 6 ou 7 lieutenants ont été blessés, mais ils disent avoir bon espoir ! Je ne suis pas de leur avis et j’ai bien peur que l’offensive ait encore fait long-feu. On n’entend plus rien et si on avançait nous l’entendrions !

Reçu convocation pour assister demain à l’ouverture de l’année judiciaire 1915-1916, à 2h de l’après-midi, route de Paris, 23ter, où se tient le Tribunal…  assis. Il n’y a que le Procureur de la République et moi qui persistons à acter ou à tenir audience au Palais de Justice place du Palais de Justice, près du Théâtre !!!

Jésus, mon greffier des 2ème et 4ème cantons, qui m’avait si vilainement plaqué, lâché le 22-23 ( ?) juillet, est venu se présenter tout à l’heure (j’étais absent) pour revenir d’une disposition et reprendre son service, rappelé sur l’injonction du Procureur de la République. Je serais curieux de voir la tête de ce brave Jésus !! Ce qu’il doit la trouver mauvaise !! Encore un qui aura le Procureur dans le nez. Tas de Froussards !!

Ne sachant que faire vers 2h1/4 je suis allé faire un tour vers le cimetière du Sud. Tout le boulevard, les promenades, la butte St Nicaise ne sont qu’un enchevêtrement de tranchées et de fils de fers barbelés, etc…  etc…  Le cimetière du Sud est moins abîmé que le Nord, remonté par le boulevard Dieu Lumière, redescendu par les boulevards Vasnier (Henri-Vasnier) et de la Paix, ce n’est que tranchées et fils de fer, rentré chez moi vers 5h. Voilà ma journée qui ressemble à beaucoup d’autres en monotonie. Toujours le calme ! Que j’ai donné plus que nous en ayons encore pour l’hiver !

Je suis passé par St Remy dont c’est la fête ! Quel calme et quel désert. A pareille époque la place, les rues environnantes sont encombrées d’une vraie cohue de boutiques, de curieux, etc…  Cette année, comme l’an dernier du reste, c’est la tristesse, le désert !! Quelques pèlerins cependant dans l’église devant le tombeau qui est orné de fleurs ! Une 10/15aine (une dizaine/quinzaine) de personnes et c’est tout !!! Reverrons-nous jamais ces fêtes ? Mais par ce soleil que c’est triste !! cette solitude ! Quand on devrait se bousculer, s’écraser, et sur la place et dans les rues et dans l’église !! Pauvre St Remy, il est bien abandonné cette année. On ne dira pas beaucoup d’évangiles sur la tête des enfants, des tous petits…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 1er – Nuit tranquille. Journée tranquille Via Crucis. Visite d’un Intendant général cherchant de l’or (1), en me priant d’inviter les prêtres à en parler en chaire. Aéroplane vers 4 h, les batteries allemandes le tirent par erreur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

1 : Cet intendant « Chercheur d’or » et le signe ue dès 1915 le gouvernement cherche par tous les moyens à obtenir des particuliers qu’ils échangent l’or qu’ils ont pu thésauriser contre du papier monnaire, afin de pouvoir garantir les dettes contractées par la France auprès des neutres pour soutenir son effort de guerre et l’industrialisaiton croissante du conflit.


 Juliette Breyer

Vendredi 1er Octobre 1915.

Un nouveau mois qui commence. Nous troupes ont un peu arrêté leur élan. Nos avions ont bombardé les gares de Bazancourt, Warmeriville et toute la ligne. Il commence à faire froid. Il ferait si bon près d’un bon feu. Tu aimais tant ; tu te rappelles quand je mettais notre petite table près du feu pour manger. Il me semble que nous étions si heureux.

Si tu voyais tes deux beaux petits ! Ta fille, mon Charles, sera tout ton portrait ; elle aura les yeux noirs. Elle est toute câline. Mais ton coco, nous en ferons quelqu’un. Il est d’une intelligence. Il parle toujours de son papa. On serait si bien nous quatre. Oh vivement ! J’en serais folle de joie.

Je t’aime. Tout mon cœur à toi. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


1 octobre 1915 - Visite d'un Intendant général cherchant de l'or

Vendredi 1er octobre

En Belgique, notre artillerie lourde a appuyé l’action de la flotte britannique contre les batteries de la côte.
En Artois, pas d’action importante.
Activité ennemie aux environs de Roye. Une forte reconnaissance a été dispersée par notre feu.
Devant Beuvraignes, nous avons fait exploser plusieurs mines et bouleversé les tranchées allemandes.
En Champagne, nous avons pris pied sur plusieurs points de la seconde ligne allemande, à l’ouest de la butte de Tahure et à l’ouest de la ferme de Navarin. En ce dernier point, certains éléments de nos troupes ont franchi la ligne ennemie, mais ils n’ont pu maintenir leur progression devant les tirs de barrage. Une violente action s’est engagée pour la possession de l’ouvrage dit de la  » Défaite « .
A l’heure actuelle, 121 pièces de canons ont été prises par nous en Champagne.
Nos avions ont bombardé les gares de Cuignicourt, de Bazancourt, Warmériville, Pont-Faverger, Saint-Hilaire-le-Petit, ainsi qu’une colonne en marche vers Somme-Py.
Les Russes ont encore obtenu quelques succès sur l’ensemble du front.
M. Venizélos a prononcé un important discours à la rentrée de la Chambre hellénique; il y a déclaré que la situation était grave, et a évoqué indirectement
le traité qui lie la Grèce à la Serbie.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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