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Lundi 30 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

30 NOVEMBRE – lundi –

Je suis rentré de Bétheny… Il reste une cinquantaine d’habitants, mais le pays presque entier n’est plus composé que de murailles écroulées, pantelantes, d’amas de décombres. Là, 5 vaches achèvent de mourir dans ce qui fut une étable ; ailleurs, des amas innombrables répandent une odeur nauséabonde. L’église? Quelle ruine ! Les murailles, les voûtes sont percées, des chapelles entières écroulées. Le toit ? Un tas de bois confus et il y a là-haut des observateurs en grande cagoule grise qui, très courageusement, malgré la pluie d’obus qui souvent les arrose, dominent la plaine et dirigent le tir. Je monte ; Je me glisse prudemment pour faire quelques photographies.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit calme.

A 7 heures, ce matin, départ à Bezannes de ma femme et des enfants. Par le CBR, ils gagneront Bouleuse et Dormans, pour revenir à Épernay par la ligne de l’Est. Éloignement qui s’est imposé par un impérieux besoin de calme pour toute la petite famille, et surtout devenu nécessaire et prudent en raison de la permanence du danger à Reims, où tous nos espoirs tenaces en la libération ont été et sont peut-être susceptibles encore d’être trop déçus.

Quoique la séparation nous coûte beaucoup à tous, car je dois rester à mon poste, j’éprouve un réel soulagement à voir les miens s’éloigner et échapper ainsi à la vie infernale qu’il faut mener dans notre ville ; à les savoir désormais en sécurité.

– Dès ce jour , je décide de mettre à profit l’offre aimable qui nous avait été faite après l’incendie du 19 septembre, où nous nous étions trouvés non seulement démunis de tout, mais sans mobilier et sans habitation.

Par l’intermédiaire d’un de leurs fils, M. l’abbé Marc Ricard, aumônier de l’école des Arts et de l’école Saint J.-B de la Salle, Mme Ricard et M. Ricard, ancien officier de cavalerie légère démissionnaire et lieutenant-colonel du services des Étapes, non appelé à la mobilisation, en raison de son âge, avaient mis très obligeamment et de la manière la plus délicate à la disposition de ma famille, une partie de la maison qui leur avait été louée rue bonhomme, 8, où ils demeuraient ; se réservant le rez-de-chaussée et le premier étage, ils nous avaient fait proposer de nous installer au second. Quelques jours après la destruction de notre quartier et l’incendie de la cathédrale, M., Mme Ricard et M. l’abbé s’étaient brusquement décidés à quitter Reims pour aller à Beauvais où ils possédaient une propriété de famille, sans que nous ayant donné suite à leur fort intéressante suggestion, puisque nous avions trouvé immédiatement le gîte chez mon beau-père, rue du Jard 57.

J’étais resté en relations, par correspondance, avec M. et Mme Ricard et je me savais autorisé à occuper leur maison, en cours de bail à Reims, quand il me plairait. Je savais, en outre, qu’au cas où je jugerais à propos d’aller m’y abriter ou y loger, j’y trouverais leur cuisinière, Mme Vve Martinet, bonne vieille personne des plus dévouées pour ses maîtres, qui demeurait rue du faubourg Cérès 71 et avait, depuis leur départ, pour consigne de venir chaque jour, si possible, rue Bonhomme, s’occuper à l’entretien de la maison en état de propreté, au nettoyage des meubles, à l’astiquage des ustensiles, etc.

Le bombardement, avec ses lubies, me paraissant moins fréquent qu’ailleurs de ce côté de la ville, actuellement du moins, je me rends donc sans attendre, rue Bonhomme 8. Mme Martinet avait reçu des instructions très précises, dans l’éventualité de mon arrivée.

Cette brave Mme Martinet mot tout son empressement à m’aider pour l’installation d’un lit-cage en un endroit que je choisis dans la salle à manger, face à un grand vitrage donnant sur le jardin. Elle m’explique qu’elle vient chaque matin vers 7 h, qu’elle me préparera mes repas, qu’elle déjeunera elle-même à la maison vers midi et qu’elle continuera à s’en retourner, chaque soir, chez elle à 18 heures.

Mon emménagement étant effectué, puisque j’ai apporté un petit sac à main et une musette contenant tout ce que je possède : un peu de linge etc., il est entendu, sans plus de formalités que j’élis domicile aujourd’hui, rue Bonhomme 8, que j’y prendra mes repas et qu’à partir de ce soir. J’y viendrai passer les nuits.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 30 – 2 heures du matin (2 h 45) bombes. Écrit au Cardinal Gasparri et envoyé vues photographiques de la Cathédrale. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

30/11/14 – Lundi. Temps couvert on découvre de très loin, sans pluie cependant. Toute la journée canonnades et bombardements. Un homme tiré rue de Betheny parait-il. Comme hier violente canonnade vers Berry-au-Bac ; à 5 h 15, le calme parait un peu rétabli, mais il ne faudrait cependant pas se réjouir de trop car la situation est vite changée.

Toujours violente canonnade vers Berry-au-Bac à une heure très avancée de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Juliette Breyer

Lundi 30 Novembre 1914. Encore une nouvelle que je serais heureuse de t’appendre si je savais où tu es. Je ne me rappelle pas si je t’ai dit que Gaston était au dépôt de son régiment à Vannes. Il devait y rester jusqu’à la fin de la guerre, mais il vient d’être réformé. Il voulait nous faire la surprise de revenir sans prévenir, mais Georges Langlet l’avait écrit à ses parents, et eux l’avaient dit chez vous. Donc hier j’étais à causer dans le couloir des tunnels et André s’amusait à courir quand tout à coup j’entends dire : « Eh bien, mon coco, on ne vient pas dire bonjour à parrain ? ». C’était Gaston. Comme il était venu par Bezannes, en passant et sachant que j’étais chez Pommery, il était venu me dire bonjour. Maman en le voyant s’est mise à pleurer. Elle pensait à ses deux garçons, comme elle dit. Mais Gaston tache de nous rendre un peu de courage.

Enfin il nous quitte et je le conduis à ton parrain dans son bureau. Ils repartent tous les deux. Je l’ai revu aujourd’hui. Il n’est pas décidé à rester à Reims. Il a entendu les boches qui nous bombardaient et il nous assure qu’il a plus peur là que sur le champ de bataille. Si comme nous il était là depuis trois mois ! Il se demande comment nous avons pu rester.

Mais encore une fois je te quitte, et toujours sans nouvelles. Ta petite femme, quoi qu’il arrive.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victime civile de ce jour à Reims

 

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L’ambulance Sainte-Marie (avenue de Laon)

Dès le mois d’août 1914 des hôpitaux militaires sont mis en place sur les zones de combats pour soigner les blessés. Parfois leur durée est éphémère selon qu’ils sont soit bombardés, soit qu’ils se retrouvent en zone occupée.

On distingue plusieurs types d’hôpitaux : permanents HP, temporaires HT, complémentaires HC, auxiliaires HA dit aussi « Ambulance »… pour plus de compléments suivre ce lien sur le Forum Pages 14-18

A Reims différents hôpitaux complémentaires ou auxiliaires vont être installés pour une brève période (Pages 14-18).

Voici une carte postale de l’ambulance de Sainte-Marie située dans les Etablissements Sainte-Marie Dupré et qui a fonctionné du 13 au 14 septembre 1914 !

Cette usine avait deux entrées, une au 270 avenue de Laon et l’autre au 10 rue Boudet.

Le 14 septembre deux obus allemands tuèrent 14 ou 16 soldats , 2 infirmières et 1 brancardier :
Melle Germaine Gosse
Mme Fontaine Faudier
Mr Léon Bobenrieh

Ils ont été inhumés à l’époque au cimetière, du Nord.

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Carte Postale : Collection Thomas Geffrelot.

Merci aux contributeurs du Forum Pages 14-18

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Dimanche 29 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

29 NOVEMBRE – dimanche –

Le R.P. Dhalluin est venu m’apporter le laissez-passer ; J’irai donc à Bétheny demain. J’en ai à l’avance beaucoup de satisfaction. Il m’a raconté ce soir qu’avant-hier, les allemands étaient venus apporter une pancarte « Grande victoire des allemands sur les russes ; nous avons 200 bouteilles de Champagne à Witry ; venez les boire ! »

Les Français ont confectionné un mannequin qui est allé renir [renier ?] cette réponse en allemand ; « Ce sont les Russes qui ont battu les allemands ; on vous trompe abominablement ; nous avons 250.000 bouteilles à Bétheny ; venez nous y voir ; M…. pour Guillaume… »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 29 novembre 1914

78ème et 76ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La nuit a été tranquille, cette matinée aussi jusqu’à présent, mais je n’ai guère confiance en ces calmes qui nous ont toujours amené des tempêtes et des ouragans de fait ! Mon Dieu, quand donc serons-nous délivrés ?

5h1/2 soir  Journée tranquille. Vu Charles Heidsieck, l’abbé Andrieux qui m’apprend sa nomination comme aumônier des fusiliers marins et qui va prendre ses dispositions à Paris. Je lui confie une lettre pour ma chère Madeleine et sa chaine de montre en or avec perles. Je lui recommande surtout qu’il ne lui fasse pas connaître mon chagrin, ma peine, mon découragement. Dieu voudra peut-être qu’en même temps elle apprenne le recul des allemands et la délivrance de Reims. Alors le bonheur, la joie…  de se revoir !! Dieu exaucez-moi !

Absence des feuillets 173 à 176

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit et journée calmes

Vu, ces jours-ci, plusieurs enterrements que ce temps d’état de siège et de bombardement rend encore infiniment plus tristes que d’habitude. Quelques rares assistants suivaient les convois ; pour l’un, trois hommes et deux femmes, pour un autre, deux hommes et quatre femmes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – Nuit très calme. Écrit à Mgr de Nevers. Assisté à la grand’messe. Canons français. Visite aux Sœurs de l’Espérance au sujet des Fourneaux Économiques. nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

29/11. Dimanche. Beau temps pour la saison, à 7 h 1/4 du matin, moi et Lucie, nous partons faire un tour jusqu’à chez nous pour y chercher quelques effets ; rentrés à 10 h 1/4 sans encombre. A 11 h 1/2, le canon chez nous qui avait commencé à 9 h 1/2 fut sans doute la cause d’une riposte des Allemands qui ont envoyé un certain nombre d’obus sur la ville.

Je vais sur le Petit Parisien de ce jour 28 novembre, un nommé Lallemand Letellier de Séry ; Louis Dubois de Pargny Ressor ; Constant de Sault-les-Rethel ainsi que d’autres Ardennais sont prisonniers à Lossen près de Berlin. Il y a de Sévan, Floing, Chilly, Bouvellement, Séchebal, Suzannes. L’après-midi il fait un beau soleil et à 2 h 1/2, quand j’écris ces lignes, * au moins, ça parait assez calme mais vers 3 h ça recommence, canonnades et obus jusqu’à la nuit qui fut assez calme, on a pu dormir tranquille. Remarqué que toute la journée et toute la nuit il y avait une très forte canonnade vers le nord, sans doute à Berry-au-Bac

*illisible

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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28 novembre 1914

Abbé Remi Thinot

28 NOVEMBRE – samedi –

Minuit 1/4 ; J’ai été réveillé il y a une heure par des éclatements très rapprochés. Je suis sorti le feu prenait chez Balourdet. II était ardent déjà boulevard de la Paix. Enfin, les pompiers arrivent. Ces braves gens sont très exposés… On emmène une grand-mère impotente, un peu de mobilier. Les bombes passent ; on entasse les pauvres restes dans la pauvre cave. Heureusement, les pompiers arrivent à dominer le fléau.

Nous rentrons chez nous, M. le Curé et moi. Les obus claquent à proximité. Je suis à cette table quand il vient d’en tomber un chez Mme Pommery très probablement.

Ce qui reste à Reims en fait de gens est dans les caves ; les dégâts seront purement matériels mais les sifflements des obus pendant que l’incendie fait rage, apporte une particulière impression de la sauvagerie de ceux qui viennent déjà d’allumer l’incendie…

Je vais me reposer dans le fauteuil

1 heure du matin ; La séance continue ; pas moyen de dormir. Il est absolument authentique que les Russes ont infligé une grave défaite aux allemands…

Serait-ce la raison des bombardements de tous ces Jours-ci ?

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 28 novembre 1914

77ème et 75ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On a bombardé toute la nuit. Ce matin calme. Le calme des journées m’inquiète. Pourvu que les allemands ne fassent pas leurs derniers efforts sur Reims. Nous sommes déjà assez misérables comme cela. Mon Dieu quand cela finira-t-il ? je ne puis cependant croire que vous nous laisserez ainsi mourir de tourment, de misère si longtemps. Seigneur, délivrez-nous tout de suite !

6h soir  Je viens de passer, de 2h1/2 à 5h1/2 à la Clinique Mencière pour l’inventaire de tout le pauvre et sanglant mobilier  de Maurice Mareschal. Vêtements, objets personnels, argent, cantine, etc…  Quel calvaire. Quel martyr pour moi. Je suis anéanti. Je n’en puis plus. Mon Dieu, protégez-moi, sauvez-moi ! sauvez ma maison, tout. Que je revoie bientôt mes chers adorés et mon Père.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement au cours de la nuit. Nous devons nous relever deux fois, car les obus tombent de nouveau dans le quartier du Jard. Vers 1 h du matin, il en arrive un entre autres, qui éclate en face, à peu de distance de notre domicile actuel et le bruit sinistre, que nous connaissons bien, d’une maison qui s’est aussitôt effondrée, nous a mis en émoi.

Sur le matin, nous regagnons les chambres fatigués et, après nous être recouchés pour la seconde fois, nous commençons à sommeiller quand nous sommes encore réveillés par le cris : Au feu ! Il est environ 5 h. Des obus incendiaires ont explosé dans le chantier de bois Dravigny, au coin de la rue du Jard et de la chaussée du Port. Les pompiers occupés à la ferme Demaison, rue de Beine, en feu également et à la maison de commerce de tissus Duval, Hayem & Cie, rue d’Anjou (anciennement maison Soussillon) qui commence aussi à brûler, ne peuvent venir qu’à 6 h 1/2 ; heureusement, ils doivent tout de même combattre le foyer qui s’est bien développé.

Le bombardement a fait encore des victimes. un ouvrier tournant à bras la machine pour l’impression du journal L’Éclaireur, a été tué, paraît-il pendant son travail.

– Après toutes ces longues journées d’angoisses et cette terrible nuit, ma femme consent à me laisser demander un laissez-passer devant lui permettre de quitter Reims et de se diriger avec les enfants à Épernay, où nous avons des parents. Dès mon arrivée à l’hôtel de ville, je fais aussitôt le nécessaire auprès de M. Bochard, faisant fonctions de secrétaire du commissaire central.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 28 – Bombes la nuit, jusqu’à 5 h. Visite à la Cathédrale. Traces d’obus. Chute de l’enduit de plâtre en plusieurs -2- endroits. Éclats d’obus sur l’autel Saint-Nicaise, datant de quelques jours.

A 2 h, Absoute aux victimes du jeudi 16 + trois mortes des suites de leurs blessures, à S. Marcoul. Nuit très tranquille.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

28 – Samedi – Matinée calme à part quelques coups de canon des nôtres. C’est tout jusqu’à midi. Après-midi et nuit dans le calme absolu, on a pu dormir tranquille !

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

Rue de Belfort, Henri Barbusse - Collection Gallica-BNF

Rue de Belfort, Henri Barbusse – Collection Gallica-BNF

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Vendredi 27 novembre 2014

Louis Guédet

Vendredi 27 novembre 1914

76ème et 74ème jours de bataille et de bombardement

5h40 soir  Nuit dernière tranquille. Journée de même jusqu’ici !! A déjeuner l’abbé Andrieux. Toujours bien gentil. Sorti pour répondre au Parquet à la dépêche du Garde des Sceaux au sujet des pensions militaires. De là je pousse chez Mareschal, son mur de jardin sur rue est crevé par des chocs, les 2 maisons en face, aux 89 et 91, sont fort abîmées ! Revenu voir M. Lamy (Pierre-Edouard Lamy, architecte, membre de l’Académie de Reims, décédé à Reims le 30 novembre 1914) à toute extrémité ! Je rentre chez moi, pas de clef de la porte d’entrée que j’ai oubliée sur l’armoire de Robert. Adèle est sortie. Je l’attends, et voici qu’elle me dit avoir aussi oublié ses clefs. Nous voilà dehors ! après bien des essais, je vais au Casino, je monte avec un domestique de la brasserie sur la terrasse et la véranda en verre près du vieil acacia. Il descend comme un chat et va ouvrir la porte à Adèle. En même temps le serrurier arrivait et ouvrait. Sauvé mon Dieu ! Mais quelle alerte ! Dans l’état d’esprit où nous sommes. Heureusement que les bombes ne se sont pas mises de la partie ! Mon Dieu ! Je vous en supplie, délivrez-nous ! des allemands, ayez pitié de nos misères !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Matinée tranquille, 1 h, bombes.

Répondu à M. Fernand Laudet : Œuvre du Vêtement des Combattants.

Nuit terrible. Bombes à partir de 9 heures. Je descends au sous-sol et me couche à 9h 1/2, mais à 10 h ou 11 h, le bombardement devient si violent, les obus tombent si près autour de nous, je les entends siffler au-dessus de nous et exploser tout près. Je me lève. Une bombe tombe dans la cour ; une autre dans le mur de la maison Meltat, qui fait angle droit avec mon bureau, à 4 mètres du sol et à 8 de ma fenêtre environ.

Incendie dans la maison Balourdet, cela dure jusqu’à 1 h 1/2. A 1 h 1/2 nous nous couchons. Mais le sabbat continue toute la nuit, avec quelques intervalles. Tout finit vers 5 ou 6 h du matin. L’église Saint-Thomas dévastée par les obus est fermée, le culte se fera dans la Chapelle du Patronage de la Paroisse.

Écrit à M. le Curé de Saint-Sulpice, (M. Letourneau).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La maison Balourdet

La maison Balourdet


Eugène Chausson

27 /n – Vendredi – Temps gris, brouillard. Toute la journée canonnade et bombardement n’occasionnent parait-il que des dégâts matériels. Vers 2 h du soir, un avion apparait et lance une bombe sans effet.

La nuit fut des plus terribles, pour le bombardement qui a commencé vers 9 h 3/4 du soir, 300 bombes seraient tombées parait-il, n’occasionnant que des dégâts matériels (4 incendies en ville).

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile de ce jour à Reims

  • LEDUNC Victor  – 37 ans, 11 rue du Cloître, marchand de journaux, demeurant à Reims, 36 rue de Metz
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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Mercredi 25 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 NOVEMBRE – mercredi – 9 heures soir ;

La matinée avait été calme. A 1 heure et demie, coup sur coup, deux gros éclatements à proximité.

Une grosse marmite au Grand Séminaire, une autre chez M. Chatain, c’est-à-dire chez M. le Curé.

Je me précipite. Au bout de la rue Vauthier des vagues de fumée et de poussière… On n’y peut rien voir. Finalement, je constate que la maison est ouverte du toit au rez-de-chaussée… et jusqu’à la deuxième cave, dont la voûte est défoncée. C’est horrible. Je me précipite. Je ne vois pas M. le Curé ; je crie, j’appelle. On me dit qu’il n’était pas là. Deo gratias !

Mais quel chantier !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 25 novembre 1914

74ème et 72ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Journée d’hier et nuit passent tranquille. Neige légère et fondue depuis ce matin. Ai pu mettre mon courrier au couvent. Vu l’abbé Andrieux qui m’a apporté ma pelisse et m’a donné des nouvelles de mes adorés. Tous vont bien, grâce à Dieu.

Il parait qu’un grand État-major est venu aujourd’hui à Reims (c’est exact) composé d’officiers français, anglais, belges. Alors mon Adèle qui vient d’apprendre cela de la bonne de Madame Janson rue Thiers me dit qu’elle lui a dit qu’il fallait se méfier cette nuit, car les Russes !, les anglais, les japonais, etc… étaient venus ici, et que l’on allait se battre terriblement, et que sa patronne avait dit que ces officiers lui avaient dit qu’ils ne répondaient plus de rien !! et allez donc !!

Ce que j’ai rabroué ma grosse bête d’Adèle ! Tout ce que je lui concéderais sera peut-être de se coucher de bonne heure, çà fera mon affaire si je puis dormir tranquille !!! Enfin que Dieu nous protège et nous délivre, c’est tout ce que je lui demande. Et il m’exaucera. Je serai sain et sauf, corps et bien !! Dieu ne peut me refuser cela, avec tout ce que j’ai souffert.

Toutefois je ne serais pas surpris qu’il manifestât quelque chose, car après l’ouragan des 21, 22 et 23 nous sommes trop tranquilles.

Si c’était seulement la reculade générale des allemands et notre délivrance. Que j’en sorte indemne ainsi que ma pauvre maison, c’est tout ce que je demande à Dieu. Il ne peut guère me refuser cela. J’ai tant souffert en silence et lui ai tant offert d’angoisses qu’il me doit bien cela. De sortir de cet enfer sain et sauf, et ma pauvre maison sans le moindre dégât. Après tout, ce n’est pas seulement mon bien que je demande à être sauvegardé, mais aussi ce que j’ai à mes clients. Mon Dieu ! Ayez pitié de moi. Protégez-moi, ainsi que ma pauvre maison. J’ai tant souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit assez calme.

L’Eclaireur de l’Est publie ce jour un avis du général commandant d’armes, indiquant les mesures à prendre chez soi et dans les rues, en raison du nouveau caractère de violence du bombardement. C’est, si l’on veut, une sorte de « manière de s’y prendre », afin de réduire, autant que possible, les risques courus par les habitants de Reims.

– Rencontré ce soir, à ma sortie du bureau, une longue colonne de fantassins revenant des tranchées. Les hommes étaient armés seulement de pelles ou de pioches que chacun d’eux portait sur l’épaule. Ils descendaient, en file indienne, la rue Carnot, se tenant sur les trottoirs et cherchant ainsi à éviter le plus possible les obus.

– Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 25 : Sainte Catherine. Anniversaire de mon installation à N. D. de Cholet par Mgr Freppel, de ma Préconisation à l’Évêché de Belley, de la réception du Billet m’annonçant ma promotion au Cardinalat. Nuit 24-25 tranquille, pour la ville du moins. Coucher au sous-sol, première nuit.

Nous couchâmes d’abord six ou sept nuits dans la cave, fin septembre.

Puis nous cédâmes la cave au sœurs ; et nous (Mgr Neveux et moi) nous installâmes dans les sous-sol, on descend l’escalier de la cuisine.

Légère chute de neige.

Visite à Gueux, Église, Curé,
Ambulance dans le château de Mme Roederer (je crois), aux sœurs de la Divine Providence à Rosnay, à l’Orphelinat de Bethléem réfugié au Château d’Aubilly. Et aux Carmélites de Reims réfugiées dans le même village, chez M. Massart, frère de la Sous-Prieure et Maire, et riche cultivateur d’Aubilly. Nous étions en automobile ambulance conduits par M. Glorieux lieutenant, parent de Mgr. Glorieux.

En repassant à Gueux, Salut et petite allocution à l’église.

De 2 h à 2 1/2, bombardements sur la ville. La maison de M. Chartin de Chactans, où habitait M. l’Archiprêtre (M. Landrieux) est dévastée par des obus qui descendent presque à la 2ème cave.

9 h, bombes sur la ville. Nuit tranquille.

Réception de paquets de l’œuvre du Vêtement des Combattants. (Mr Fernand Laudet).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

25/11 – Mercredi – Un peu de neige pendant la nuit et ce matin temps de brouillard et sur le soir le temps se décharge un peu et la lune brille par moment ce qui pourrait être la cause que l’on ne dormirait pas tranquille. Journée assez carme quelques coups de canon et bombes en ville. Les gendarmes sillonnent la ville pour faire dégager les rues, faire passer les piétons sur les trottoirs. Les gens du centre sont aussi invités à rester chez eux et principalement dans les cavez (L’Éclaireur de ce jour). Soirée et nuit assez calmes

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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Mardi 24 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

24 NOVEMBRE – mardi –

1  heure du matin ; Le bombardement continue. Déjà, à 10 heures 1/2, les sifflements et les éclatements se succédaient sans interruption. Il en passe tellement, et il en tombe dans un voisinage si immédiat, que je me lève et descends à la salie-à-manger.

J’entends une section de soldats qui reviennent des tranchées. 1 heure et demie ; les obus sifflent.

Je ravive le feu de la salle-à-manger ; je vais me reposer dans le fauteuil.

2  heures ; Ce sont de très grosses marmites qui passent… elles s’empressent, les ardentes porteuses de destruction et de mort, vers leur but ; leurs effiloches d’acier entrent dans la nuit épaisse comme dans la claire lumière du jour ; elles font dans l’air une déchirure bien plus large que leur odieux petit corps…

6 heures matin ; La nuit s’est poursuivie dans le même style. Ils ont joué le même morceau tout le temps. J’entends la « Coda” en ce moment.

Certains avaient prétendu que les allemands répondraient à chaque coup de nos canons, en réalité, on entend cette nuit admirablement les départs… Les batteries étaient- elles plus rapprochées ou le temps s’y prêtait-il? Que sais-je’

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 24 novembre 1914

73ème et 71ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Après-midi d’hier épouvantable, de 1h à 5h du soir bombardement partout, et cette nuit de 10h à 5h du matin. Ruines sur ruines. Je crois que je deviendrai fou. Je suis anéanti. Ce matin, enterrement de mon cher ami Maurice Mareschal à 9h1/2 dans l’usine Cama (bouchonnerie), à La Haubette et transport du corps dans la chapelle du Cimetière de l’Ouest en attendant le transfert dans le caveau du Cimetière du Nord. Les 4 cercueils ont été laissés là en attendant. Discours du Docteur Lardennois très bon, de trois élus, du Docteur Langlet comme Maire de la Ville de Reims, d’un délégué des pompiers pour Salaire, de M. Georget, Président du Tribunal de Commerce pour Maurice et d’un Médecin Militaire en chef, Commandeur de la Légion d’Honneur, médaille de 1870, très élevés, très dignes et avec le mot chrétien à la fin de « Au Revoir !! »

Je n’ai plus de courage, je suis anéanti.

5h soir  A 4h j’ai été au Cimetière du Nord assister à la descente du corps de mon pauvre Maurice dans le caveau de sa famille ! Je viens d’écrire à Mme Mareschal. Je suis anéanti, brisé, broyé. Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit passée a été épouvantable ; le bombardement commencé à 10 h du soir, n’a cessé qu’à 5 h 1/4 ce matin. Les obus arrivaient par rafales de trois, quatre, cinq et six, simultanément.

Un gros calibre – probablement 210 – est tombé sur l’hôtel de ville, à l’angle des rues des Consuls et de la Grosse-Écritoire. Son explosion a projeté des blocs de pierre de taille sur le trottoir de cette dernière rue et causé des dégâts considérables du haut en bas de l’édifice, jusqu’au rez-de-chaussée où se trouve le bureau des contributions.

Ce nouvel accès de sauvagerie des Allemands sur notre ville déjà si martyrisée, donne à craindre qu’elle soit définitivement sacrifiée avant qu’on ne tente quelque chose pour la délivrer.

– M. Villain, faisant fonction de chef de la comptabilité, à la mairie, nous fait ses adieux, M. Cullier, mobilisé comme GVC et pour qui l’administration municipale a demandé à l’autorité militaire le maintien dans ses fonctions civiles, ayant été placé à la disposition du maire et reprenant ce jour son poste de chef du bureau.

M. E. Cullier était rentré à Reims depuis plusieurs semaine ; il avait fait déjà quelques apparitions à l’hôtel de ville.

La sympathie qui lui es t témoignée d’abord par M. Raïssac, secrétaire en chef, par ses collègues des différents services, heureux de le retrouver à sa place et de lui serrer la main, par M. Vigogne, puis par M. Cochet, excellent camarade, revenu lui-même au bureau depuis la veille, à la suite d’une mise en sursis, me révèle la réelle affection qui l’entourait. Ces démonstrations spontanées d’amitié sincère, me paraissent de bon augure et j’estime n’avoir qu’à me féliciter d’être affecté au bureau de la comptabilité.

Ce bureau est par conséquent ainsi constitué comme personnel : M. Cullier, chef et MM. Vigogne, Cochet et Hess. Peu de jours après, M.A. Guérin, employé auxiliaire, est désigné pour y prendre place.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 24 – De 10 h à 3 h, bombes continuellement sur la ville. Une 3ème bombe tombe sur la maison dans la chambre au-dessus de la salle à manger, vers 10-11 h. à 9h 1/2 enterrement des 4 hommes tués par l’obus du dimanche soir 8 h. (M. Maréchal, Conseiller de Fabrique de la Cathédrale en était un), rue de la Porte de Paris. Je devais assister à la messe et donne l’absoute. Au dernier moment le Commandant de Place interdit la cérémonie par mesure de prudence. Journée et nuit tranquilles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Mardi – Temps comme hier. Le début de la journée est assez calme quoique cependant nos pièces tirent toujours ce qui semble tout indiqué que les autres répondront sans nul doute.

A 10 h 1/2 matin, Départ de l’ambulance de la Bouchonnerie, le convoi funéraire des trois officiers et du Capitaine des pompiers, spectacle émouvant et triste en même temps ; le convoi passe derrière notre maison, devant le parc et se dirige sur le cimetière de l’ouest, route de Bezannes (1).

Nuit assez tranquille quelques coups de canon seulement. Bon nombre des taxis chargés de * sont arrivés cet après-midi à Reims

(1) J’ai omis de dire que le convoi était conduit par l’archevêque.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Hortense Juliette Breyer

Mardi 24 Novembre 1914.

Cette fois-ci, mon Lou, je crois que je n’irai plus chez nous. Il est encore arrivé un malheur dans le quartier. J’en suis navrée : la pauvre mère Genteur a été tuée par un obus, ainsi que son petit garçon, vers trois heures de l’après-midi. Et dire qu’elle m’avait encore payé le café le matin même. Je n’en reviens pas. Elle était si bonne pour moi. C‘est elle qui soignait Black et chaque fois que j’étais chez nous et que ça bombardait, elle me faisait aller chez elle. La pauvre petite remise est en miette. C’est en arrivant ce matin chez nous que j’ai su cela.

J’étais avec Régina et en tournant le coin de la rue de Beine, Mme Decouleur (de la rue de Strasbourg) me dit : « Ah ma pauvre Mme Charles ! Si vous voyiez votre maison toute ouverte et la pauvre Mme Genteur et son petit garçon, tués ». Je n’avais plus assez de jambes pour courir. En effet les volets et les fenêtres étaient grands ouverts et les rideaux volaient. Mais c’était la secousse car la bombe était tombée chez Mme Genteur. Son petit garçon est mort sur le coup, tandis qu’elle est morte peu après.

J’étais navrée et je cours refermer tout. Au même moment voilà le bombardement qui reprend. Régina m’appelle car elle a peur des bombes et je t’assure que ce sont des vraies marmites qu’ils envoient. Elle ne vit plus ; elle tourne dans la boutique comme une souris prise au piège. C’est vrai qu’ils n’arrêtent pas. En voici une qui est tombée tout prés. C’est chez le boulanger où nous allions chercher nos petits gâteaux le dimanche, en face de la succursale. Ainsi une grosse maison comme cela, elle est démolie complètement. Il n’y avait personne dedans heureusement.

Nous nous sauvons et nous rencontrons M. Dreyer qui, sachant que nous étions chez nous, venait voir s’il nous était arrivé quelque chose. Mais que le quartier est triste ! Quand tu reviendras, tu seras saisi. Je ne sais pas si je reviendrai encore chez nous. La mort de Mme Genteur m’a découragée. Je ne vois plus que tristesse autour de moi.

On m’apprend que Charles Speltz aurait été tué au début de la guerre, dans les Vosges. D’autre part Vincent Andreux, et lui c’est sur, car elle a eu la note officielle, est enterré près de Verdun. Gustave Marchand, et combien d’autres …

Mais toi, mon Charles, je suis toujours incertaine. De toi je rêve toujours et chose bizarre, je te vois et tu as chaque fois une figure sans expression. On croirait dans mes rêves que tu ne me reconnais pas. C’est ma tête sans doute qui travaille trop. Je m’en rappellerai mais quand tu reviendras, quelles gâteries je vais te faire. Je m’emploierai ma vie entière à te rendre heureux et si quelque fois je t’ai fait de la peine, je me promets de ne jamais plus t’en faire.

Ton coco aussi t’aimera. Si tu voyais comme il est beau, et ton papa vient le voir souvent. Il en est fou et André a une si belle petite manière pour lui dire « Bonjour pépère Breyer ». C’est qu’il cause bien et si peu qu’il dise, c’est toujours franc.

Encore une triste journée de passée. Combien d’autres encore avant que ce ne soit fini ? Maudite guerre. Le jour de l’An approche et nous en sommes toujours au même point. Il me semble pourtant que si j’avais de tes nouvelles, le temps me paraîtrait moins long. Mais je veux reprendre courage.

Je te quitte mon Charles. Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

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Reims 14-18 – Chère Camille…

Reims 14-18 - Chère Camille... Jeudi 17 janvier 1918
Ma chère Camille,
Hier, je n’ai rien reçu. Avant-hier, je recevais en même temps ta lettre de samedi et ta carte de dimanche, continues donc comme tu fais de mettre au train.
Tous les jours je t’écris, tu dois recevoir de mes nouvelles.
Je doute que tu les reçoives toutes comme celles envoyées au service …(illisible) et qui n’ont pas dû les rendre car je ne reçois pas beaucoup de réponses.
Aussi, il fait mauvais temps, la pluie tombe, mais il vaut mieux çà que des marmites.
Ce qui me fait voir que tu ne reçois pas toutes mes lettres, c’est que je te demande souvent quelque chose et jamais tu ne me réponds.
Dans le journal, il est question de nous donner (… ? fr.) par jour d’indemnité, on sera forcé de rengager une fois la guerre finie.
Je n’ai rien besoin pour le moment, j’ai ce qu’il me faut.
Je pense bien à vous tous les trois et t’embrasse de tout cœur pour toi et les enfants.
Bons baisers. Je t’envoie l’églis
e de mon quartier.

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Ce courrier n’a pas besoin d’être étudier à la loupe pour comprendre que toujours, la correspondance est ce lien fort et incontournable qui relie les familles aux poilus sur le front.

Deux petites informations sont données, mais le sujet principal de ces quelques lignes, c’est bien ces échanges de courriers, qui doivent accaparer l’esprit des soldats et de leurs familles, à longueur de journée.

On comprend la crainte de part et d’autre, quand le silence se fait, et que les courriers n’arrivent pas, ou plus.

On peut le comprendre, mais difficile de se mettre à leur place, et de ressentir ce qu’ils pouvaient vivre et endurer.

Et là encore, la carte postale n’aura jamais été plus utile, comme un trait d’union familial.

En ce qui concerne le visuel de cette carte, représentant l’intérieur de l’Eglise Saint-André bombardée, on est sûr, grâce à la dernière phrase de la carte, qu’elle correspond bien au lieu où se trouve le soldat.
L’Église Saint-André aura eu à souffrir très tôt du premier conflit mondial.

En effet, elle connu ses premiers bombardements dès le 14 septembre 1914… et comme si cela ne suffisait pas, il y eu un important incendie en 1917.

Elle sera totalement restaurée après guerre.

Le clocher, dont il ne restait rien, a été totalement reconstruit, avec une pointe culminant à 83 mètres, devenant ainsi l’édifice le plus haut de la ville.

Les travaux se sont achevés en 1927.
Ci-dessous, l’Eglise Saint-André dans son état avant guerre, en 1912.

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Et pour terminer, ci-dessous l’Eglise Saint-André dans son état d’après guerre, restaurée. On peut voir que le clocher n’est plus le même (carte des années 60′).

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23 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 23 novembre 1914

72ème et 70ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Ce matin à 7h1/2 Adèle m’appelle à la cave pour me dire que M. Jacques Charbonneaux m’attend pour me voir. Je m’habille à la hâte, je monte à la cuisine. Et là je trouve M. Jacques Charbonneaux avec Jacques Wagener, le chauffeur de Mareschal, et en quelques mots il m’apprend que mon cher Maurice est mort, tué hier soir, (coupé en 2 par un obus) vers 8h du soir, en face de chez  Monnereaux (à vérifier), avenue de Paris, comme il revenait de dîner à sa popote de la rue de Vesle, en rentrant avec ses collègues coucher à l’Hôpital Mencière. Maurice Mareschal, Salaire, Soudain, Guyon ces autres tués et le Docteur Barillet a le pied droit enlevé !!

Mon pauvre et cher Maurice ! Mon seul, mon vrai, mon premier ami !! mort ! tué !! Je suis atterré !! Quelle épreuve, Mon Dieu !! Mon Dieu, recevez-le en votre paradis. Protégez-nous. Protégez-moi et que je sorte sain et sauf de la tourmente, car voilà un nouveau devoir, sacré celui-là qui m’incombe, sa pauvre petite femme, ses 2 enfants !!

Mon Dieu ! Mon Dieu !! Mon Dieu !!

5h soir  J’ai vu une dernière fois mon cher Maurice. Il semblait dormir, sa figure était calme !! Quelle déchirure pour moi !! Oh ! sa pauvre Jeanne (Jeanne Mareschal, née Cousin, 1873-1929), ses pauvres enfants (René et Henry Mareschal) !!

On l’enterre demain mardi 24 novembre 1914, le service aura lieu à 9h1/2 à Ste Geneviève, et de là on le conduira au Cimetière de l’Ouest pour le transporter ensuite dans la journée au Cimetière du Nord. Encore une dure et cruelle journée pour moi ! Si c’était seulement la dernière avant la délivrance de Reims. Dieu ! Aura-t-il pitié de nous devant la mort de cette innocente victime !! Mon Dieu ! protégez-nous ! ayez pitié de nous, de nos misères ! Délivrez-nous de l’Ennemi. Qu’il s’éloigne tout de suite ! et n’ait plus le temps de nous faire du Mal. Dieu, vous devez bien cela à cette pauvre Ville de Reims ! Dieu ayez pitié de moi. Protégez-moi ! afin que je remplisse tous les devoirs dont mon cher Maurice m’avait chargé. Il m’a confié ses enfants ! Faites que j’en fasse des hommes, comme mes enfants ! Sauvez-moi ! Faites que je revoie bientôt mes chers aimés ! J’ai assez souffert pour que vous m’accordiez ce bonheur, ce grand bonheur de les revoir, moi sain et sauf et sains et saufs eux-mêmes : Femme, Enfants et Père ! J’ai confiance. Mon Dieu ! Vous ne pouvez me refuser ce grand bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Violent bombardement l’après-midi, de 13 h 1/4 à 14 h 1/2. Je dois retarder mon départ pour le bureau et lorsque je passe rue de Vesle, les obus tombent toujours. Au moment où j’approche de la permanence de la Croix-Rouge, sise au n°18 de cette rue, des pompiers y apportent, sur un brancard, une pauvre femme blessée, qu’ils viennent de ramasser auprès de la cathédrale. Triste tableau de la guerre, au milieu de la population civile.

A l’hôtel de ville, en arrivant, je croise un jeune employé du 1er bureau du secrétariat, qui me montre un morceau énorme du culot d’un 210, qu’il vient de ramasser rue de la Tirelire. Rue Thiers, boulevard de la République et dans le faubourg de Laon, des maisons touchées par ces gros projectiles ont encore été démolies. Des obus de tous genres sont tombés sur la gare, dans les promenades et du côté de Saint-Remi. Le soir, l’éclairage électrique, rétabli depuis quelques jours seulement dans les bureaux de la mairie, fait défaut, d’importants dégâts ayant été occasionnés également à l’usine d’électricité.

Tout le monde, à Reims, trouve la situation atrocement douloureuse, presque intenable, les ruines s’ajoutant tous les jours aux ruines.

Dans la famille, nous avons envisagé depuis hier, devant la recrudescence du bombardement dans le quartier, l’éventualité de l’écroulement de la maison de mon beau-père, où nous sommes à l’abri, afin de trouver, en ce cas le moyen offrant le plus de chances de sortir des décombres, si cela pouvait se faire. Nous croyons bon de continuer à nous grouper tous dans l’angle de la salle à manger contigu à la pièce voisine, de manière à garder la possibilité de produire sur le même point un plus gros effort, solution qu’à tort ou à raison nous croyons préférable à la descente à la cave. D’ailleurs, depuis que nous sommes rue du Jard, nous n’avons pas pu nous résoudra à aller nous y mettre en sécurité. L’expérience acquise à la suite de l’effondrement, le 20 septembre, de la nôtre, rue de la Grue 7, qui offrait indiscutablement d’autres garanties de solidité, quand nous nous y tenions à vingt-deux personnes encore la veille 19, nous ayant pleinement éclairés à ce sujet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Lundi 23 – Matinée assez tranquille. 9 h matin, visite aux victimes d’hier puis à Mencière. Effroyable bombardement de 1 h à 2 h. Une bombe est tombée dans la chambre des Soeurs de la rue de l’Ecole de Médecine, où elle a tout brisé ; une autre dans la maison neuve de Mme de la Morinerie (mur mitoyen avec nous), une autre sur le Mont-de-Piété, qui nous joint. Un homme est tué près de la maison Peltreau Villeneuve, bombes sur la Cathédrale. Visite aux victimes tuées hier à Mencière.

Le même jour 23 et à la même heure, une bombe dans le jardin de M. Colas, une devant la porte de Mme Pommery, deux chez M. Chatin. Tout porte à croire qu’on visait hier l’Archevêché, pour punir la rectification faite au communiqué de M. Bethmanne Holweg. Jamais ils n’avaient tiré avec une pareille rage : un coup n’attendait pas l’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

23/11 – Lundi.Temps gris qui semble couver la neige. Brouillard. La matinée fut assez calme du côté des Allemands. De notre part, nombreux coups de canon mais à midi 1/2, les Allemands commencent à nous envoyer bon nombre de bombes ce qui occasionne encore une panique momentanée ; les gens de la ville affluent encore à la Haubette. Cela dura un peu moins fort cependant jusqu’au soir et enfin on peut se coucher avec l’espoir de dormir tranquille après une aussi cruelle journée pendant laquelle la ville reçut environ 300 obus. Mais hélas, illusion, car aussitôt au lit, nos pièces commencent à tirer, ce à quoi, vers minuit les Allemands répondent en envoyant bon nombre d’obus sur la ville, occasionnant toujours des dégâts considérables et un nombre toujours trop élevé de victimes, rue Talleyrand, maison neuve, Gorget, Directeur des Docks Rémois et beaucoup d’autres semblables.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile ce jour à Reims

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Dimanche 22 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 NOVEMBRE – dimanche –

Matinée terrible. Pendant ma messe, les sifflements étaient ininterrompus…

Et quelle raison, pour justifier une semblable sauvagerie ? quelle raison militaire? La nervosité des personnes qui ont résisté jusqu’ici est à son comble… On compte plus de 20 blessés et 5 morts.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Ce matin, vers 8 h 1/4, bombardement extrêmement violent. Les obus arrivent soudain dans le quartier.

Ma femme et ma fille Madeleine se trouvent, à cette heure, dans la chapelle de la rue du Couchant : ne pouvant songer à revenir, elles veulent aller se mettre à l’abri des caves de la maison des Œuvres, rue Brûlée, mais n’y sont pas arrivées qu’une explosion se produisant à courte distance, chez le Dr Colleville, rue Chanzy, brise les vitres sur leur passage, par son déplacement d’air. D’autres obus tombent ensuite, encore rue Chanzy, puis au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard, où une maison neuve est entièrement disloquée ; il en tombe un autre, qui fait d’important dégâts et décapite une femme de service au 63 de la rue des Capucins (maison Jannelle) ; les suivants s’éloignant, vont s’éclater plus loin.

Au cours d’une rapide promenade faite l’après-midi, je vois les ravages effrayants causés par les 210, pendant le bombardement de la matinée, dans la rue de Talleyrand ; les maisons Clause n° 6 et Bellevoye, bijouterie au n° 27, sont démolies presque complètement.

Le bombardement reprend, dans la soirée, sur le faubourg de Paris. Un obus faisant explosion dans le bas de la rue de Vesle, tout près d’un groupe d’officiers d’administration, de médecins ou pharmaciens de réserve, dont plusieurs affectés à l’hôpital temporaire n°8, fonctionnant à la clinique Mencière, tue quatre de ces malheureux qui se promenaient tranquillement, sur la fin de ce dimanche ; MM. Soudain, Guyon, Mareschal, négociant en vins de champagne en notre ville, et Salaire, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers de Reims – et il en blesse trois autres : M. Barillet, grièvement et MM. Bouchette et Goderin.

On compte en ville, paraît-il, une vingtaine de blessés

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Nuit du 21-22 tranquille pour la ville. Dès le matin 8 h, canonnade violente de part et d’autre. Bombes incessantes. Une d’elles traverse une cheminée de la maison (entre mon cabinet et le grand salon) vers 10 h. Toute la journée, bataille ; aéroplanes toute l’après-midi. Bombes à 8 h du soir qui tuent M. Maréchal et trois autres officiers d’administration (un peu du côté de la Porte de Paris) ; Meru, M. le Dr Bariller er M. Bouchette. qui avaient leur bureau à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22 – Dimanche – Forte gelée, temps clair. A 6 h matin, violente canonnade et bombardement terrible, à 7 h 1/2 matin, de nombreux obus tombent en ville jusqu’au canal, 300 obus d’après l’Éclaireur du 23. Beaucoup de monde afflue à La Haubette. Vers 9 h 1/2, un peu de calme semble-t-il, mais peut-être pas pour longtemps ; en effet, car l’après-midi, le tapage recommence moins fort que le matin cependant. Le soir à 5 h 1/2 un peu d’accalmie. A 8 heures un obus tombe sur la pharmacie, près du Pont d’Osier (train) en face de l’État-major visé depuis si longtemps, 4 officiers furent tués et d’autres blessés. Parmi les trois figure le capitaine des pompiers Salors. De ce coup, le transfert du dit État-major eut lieu tout de suite, il fut transféré tout au bout de La Haubette, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour ce quartier.

A 10 h soir, d’autres obus tombent en ville, ce qui pour la journée, toutes ces bombes ont fait des dégâts matériels considérables et de nombreuses victimes tuées ou blessées.(lel du 23 novembre*).

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

* je n’ai pas réussi à déchiffrer complètement cette petite phrase


Victimes civiles décédées ce jour à Reims

  • MARESCHAL Charles Joseph Maurice   – 44 ans, Rue de Vesle, Prénom usuel : Maurice – Mort lors du bombardement de la rue de Vesle – Négociant en vins de Champagne, Juge de commerce – Élève à Saint-Joseph Reims de 1881 à 1888, promotion 1888 (9e)
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Samedi 21 novembre 1914

Paul Hess

Nuit médiocre. Hier soir, à 10 h 1/2, un obus est revenu éclater rue des Capucins 25 et à 4 h, ce matin, les sifflements recommençaient à se faire entendre.

– Des dégâts causés ces jours derniers se constatent autour du musée, rue Chanzy. Au théâtre, un nouveau trou, énorme, a été fait par un gros calibre, qui a dû éclater à l’intérieur. En face le Palais de Justice, une maison a été fort éprouvée, à l’arrière.

– Dès le matin, les détonations régulières de nos grosses pièces se font entendre, comme la veille et cela donne à penser que les effets de leurs coups, lorsqu’ils portent sur les objectifs, doivent aussi être terribles.

Depuis près de deux mois et demi que dure le duel auprès de Reims et sans doute ailleurs, sur le front, quelle consommation de munitions ont dû faire les deux artilleries !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Bosco Djoukanovitch

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Cardinal Luçon

Samedi 21 – A 4 h matin, bombes sur la ville. Canonnade. Bombes de temps en temps en ville.

M. le Curé de St-André me dit que le samedi (7 ou 14 ?) il a compté 57 bombes tombées en une heure, de 9 h à 10 h soir dans le quartier de St-André. Il m’apporte des nouvelles de M. Porcau.

Visite de l’abbé Vaucher, nommé sous-lieutenant sur le champ de bataille, avec M. Mandron.

Visite de M. Claude Garnier, neveu de M. le Curé de St-Sulpice ; est à l’État-major de Jonchery, qui m’offre de faire passer à Paris mes lettres ou envois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

La journée d’hier se serait passée sans fait notoire si dans ses dernières heures une courte, mais vive alerte, ne nous avait révolutionnés.

À 22H10, en effet, 2 bombes passent à une seconde d’intervalle au-dessus de nous pour aller tomber sur le théâtre et devant le Palais de Justice.

Je me lève en vitesse pour inspecter nos environs qui n’accusent rien d’alarmant ; Père reste donc au lit, et peu après je m’y remets aussi.

À 4 heures, même vive secousse et les deux projectiles vont rue des Capucins, devant le Commissariat de police du 1er Canton, et rue Chanzy, devant l’ancien Grand séminaire ; nous ne bougeons pas, et nous avons raison puisque tout s’arrête là.

Plusieurs fois dans la journée, le même fait se reproduit, mais dans des directions plus éloignées, et c’est ainsi entraînés qu’à 20H30 nous arrivons à l’obus final, qui vient anéantir les immeubles Bellevoye et Gomet (nos voisins), en brisant la plupart de nos vitres.

Nous étions tranquilles en cuisine, lisant ou écrivant, et n’ayant rien entendu du sifflement précurseur, aussi la formidable détonation nous a-t-elle fortement émus, et c’est en toute hâte que nous nous précipitons au dehors.

La cour est remplie d’une fumée âcre et suffocante qui nous arrête un instant ; puis trouvant la loge du concierge sans lumière, j’appelle anxieusement Hénin que je crains blessé. Heureusement, il n’en est rien et c’est tout placidement que, sortant du sous-sol de l’emballage, où avec les siens il était allé préparer l’installation de nuit, il répond à mes cris : n’ayant perçu qu’une détonation atténuée, il ne se doutait pas du désastre d’à côté.

Avec lui, nous sortons enfin, et éclairés de nos seules lampes Pigeon nous aidons 3 voisins, déjà sur les lieux, dans le sauvetage des habitants pris dans les décombres ; c’est ainsi qu’en sont tirés indemnes Mr et Mme Bellevoye et les gardiens de chez Gomet avec un bébé qui ne s’est même pas réveillé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Fin du journal de Paul Dupuy

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Eugène Chausson

21/11 – Samedi – Beau temps, forte gelée. Continuation de la canonnade et comme toujours, les grands canons font rage, on se croirait au jugement dernier comme dit hier, il en fut ainsi toute le journée. La nuit fut assez tranquille à part quelques coups de canon de temps en temps

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

 

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Vendredi 20 novembre 1914

Paul Hess

Nuit assez calme, Canonnade au loin. Fortes détonations de nos pièces, dans la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille ; quelques coups de canon.

Toute la journée, canonnade et bombes, mais non sur la ville.

Après-midi, visite à l’Ambulance des Trois-Fontaines – Bombes à 10 h et 4 h sur la ville. Gros canons.

M. Compant nous quitte pour aller demeurer au Séminaire ; où la cuisinière sera utile.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

A sa visite du matin, Félicie, se faisant l’écho des canons de ses voisins, exprime sa crainte que pour des raisons d’ordre militaire l’évacuation du quartier soit prescrite à
brève échéance.

En prévision et pour laisser le moins de butin possible aux pillards qui ne manqueraient pas, dans cette éventualité, de pénétrer dans les immeubles déserts, j’envoie Hénin qui avec sa brouette, et en deux voyages, rapporte conserves, fruits et vins.

Il continuera demain.

Et s’il lui faut s’en aller, je dis à Félicie de venir se réfugier rue de Talleyrand.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Collection Pierre Fréville

Collection Pierre Fréville


Eugène Chausson

20/11 – Vendredi – Temps superbe, gelée. Violente canonnade toute la journée et la nuit. Les grosses pièces font rage car elles font trembler les maisons. La nuit, quelques bombes en ville dont une à 4 h du matin sur le théâtre parait-il.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

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Jeudi 19 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 NOVEMBRE – jeudi –

7 heures soir ; Je l’ai échappé belle tout à 1’heure paraît-il ! On voulait me tirer dessus depuis les rues voisines de la cathédrale ! J’étais un espion en train de photographier ; de fait, je n’ai pas été prudent. Voyant une brume épaisse du côté de Brimont, je me suis avancé sur le mur de la galerie, au niveau des voûtes. Et comme les gens sont très excités, très énervés, d’en bas, on m’a maudit, dénoncé à la police. Un commissaire est arrivé chez M. le Curé, qui m’a couvert. Le général commandant la Place va transmettre une observation demain très probablement.

Autre chose… J’ai découvert un obus de « 150 » non éclaté sur les voûtes. Ce sont des oiseaux à n’approcher qu’avec respect et à ne toucher que de loin ; de tragiques leçons ont été données ces jours-ci à des imprudents.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit très calme.

– Ce jour, à 7 h, mon beau-père, M. Simon-Gardan, fatigué par plus de deux mois de bombardements ininterrompus, quitte Reims à regret, pour se rendre à Paris.

– A partir d’aujourd’hui, les voyageurs doivent aller prendre le CBR à Bezannes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Matinée tranquille. Visite à la Maison de Retraite et à l’église Saint-Remi, où la chapelle absidiale, du S. Sacrement et de la Sainte Vierge a eu sa voûte enfoncée par une bombe. nuit tranquille en ville.

Lettre de l’Archevêque anglican de Capetown (Cap de Bo

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

19- Pas de trouble-sommeil pendant la nuit écoulée.

8H Lettre d’Henri (16 9bre) signalant l’humidité et le froid qui règnent à Limoges, et carte de Marcel (12 9bre) accusant réception de mes pages des 22 et 28 8bre, et de l’envoi chocolat du 3 9bre ; sa santé est bonne.

12H La journée d’hier, notée ci-dessus comme calme, a été au dire de Mme Jacquesson, angoissante à l’excès pour l’extrémité du faubourg Cérès, qui a reçu quantité d’obus de bataille. Ils étaient destinés, sans doute, à nos batteries établies en avant, mais beaucoup s’égaraient en ville, ce qui a forcé notre amie à passer en cave une grande partie de la journée.

Elle nous apporte des œufs que Mme Legros lui a dit d’enlever de chez elle, et nous les partageons fraternellement, mais l’usage qu’on essaie d’en faire dès le soir révèle qu’ils ne sont plus bons.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

19 – Forte gelée, temps gris. Le canon se repose dans doute un peu car jusqu’à 2 h 1/2, heure à laquelle j’écris ces lignes, on n’entend que rarement le canon.

Les jours se suivent et se ressemblent car c’est toujours à peu près la même chose, plus ou moins fort.

Enfin la fin viendra peut-être un jour, oui, pas encore cependant comme on a pu le constater par la suite. MM. Hiennet (illisible) et de Tassigny qui avaient été pris comme otages par suite de la disparition des deux officiers allemands disparus le 4 septembre (voir à cette date) sont de retour à Reims.(l’Éclaireur du 19 septembre 1914).

Comme toujours, la nuit, canonnade et obus. Un obus français tombe sur un magasin de munitions allemand aux abords de Reims et l’ayant fait sauter, leur fureur (illisible) donc que la ville qui immédiatement reçut quelques bombes. (Courrier de la Champagne du 20 novembre)

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

Lien :  12 septembre 1914: Les Allemands désignent 81 otages rémois « qui seront pendus à la moindre tentative de désordre »


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Mercredi 18 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 NOVEMBRE – mercredi –

Conduit, de 3 heures à 4 heures 1/2, le Cardinal qui voulait faire un tour dans la cathédrale. Il voulait voir les revers brûlés. Je l’ai fait monter au grand orgue… Il a paru très intéressé.

J’ai besoin de la revoir de temps en temps. Personne n’a de raisons comme moi pour désirer la revoir ! Je m’ennuie quand il y a quelque temps que je ne l’ai pas revue…

Lui ai causé de la lettre du Pape. Il proclame qu’elle est remarquablement insignifiante… Le Cardinal Casquet, qui a été la route d’envoi s’en excusait en l’adressant. Le Pape n’a pas voulu se compromettre. Le Cardinal désirerait lui faire adresser quelques photographies bien caractéristiques des ruines accumulées par cet incendie. Il pense que quand Benoit XV tiendra notre rapport, il changera d’avis.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Vers 10 h, la nuit dernière, un éclair précédant le sifflement et l’éclatement d’un obus tombé bien près, nous avait inquiétés. A 3 h du matin, la détonation sourde d’un autre départ, au loin, se faisait entendre et quelques secondes après, arrivait, en sifflant fortement, un nouveau projectile qui, s’enfonçant probablement dans la terre d’un jardin à côté, n’éclatait pas.

Comparativement à la précédente, la nuit a été, à part cela assez bonne.

– Température le matin, 4° au-dessous de zéro.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 18 – Aéroplane, bombes, canonnades active.

Réception des épreuves de la Lettre collective des Cardinaux aux Évêques pour Prières publiques.

Nuit tranquille (17-18). Visite à la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Mercredi 18 La nuit passée a été d’une absolue tranquillité et a permis de bien reposer, compensant ainsi l’insomnie de la précédente.

Il est heureux qu’on n’ait pas été obligé de la couper par une descente au sous-sol, car l’épaisse couche de givre qui, au réveil, couvre les toits prouve qu’elle a été très froide.

À 8 heures, nos gros canons donnent avec une violence et une sonorité non encore entendues ; les détonations sont tellement fortes que la maison en est toute secouée et on se demande si les vitres pourraient supporter longtemps un pareil ébranlement.

Heureusement, cela dure peu, et dans son ensemble la journée est assez paisible.

À 17H3/4, au lieu de Félicien attendu c’est M. Jacques Charbonneaux que j’introduis en cuisine. Un mot du gendre l’accrédite près de moi et lui donne qualité pour recevoir les titres et coupons qu’on me dit de lui confier ; le tout est pour remettre à sa tante Mme Jules Benoist qui, retournant demain à Épernay, veut bien se charger de les porter à C. Lallement.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

18 – Mercredi – Temps superbe, forte gelée. Ce jour, révision au Pont de Muire de la classe 1915. A cet effet s’attache peut-être le tapage infernal qui a eu lieu dès le matin. Canonnade et aéro tout est en marche avec fureur. Enfin, vers 9 h matin, un peu de calme relatif et non complet car on tire toujours un peu le canon et quelques aéros. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien


Victime civile de ce jour à Reims

  • CRUPEAUX André Edmond   – 28 ans, Soldat – 132e R.I. [Infanterie] Mort des suites de maladie contractée en service, rémois d’origine
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Mardi 17 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 NOVEMBRE – mardi –

Toute la nuit, jusqu’à 4 heures 1/2 du matin, méthodiquement, toutes les demi-heures, les allemands ont arrosé la ville. C’est colossalement bête et çà a quel but militaire ? Lequel, détruire des maisons..?

3 heures 1/ 2 ; Les obus de cette nuit ont causé des dégâts effroyables… mais, la grosse misère, c’est St. Remi, frappé un peu avant minuit ; un gros obus est tombé en plein sur une des chapelles rayonnantes de l’abside, celle du fond, plus profonde que les autres, qui est dédiée à la S.S. Vierge. Le projectile a crevé le toit, la voûte, abattu la clef de voûte. La belle statue de Notre Dame de l’Usine et de l’atelier a été projetée sur le pavé… elle n’a rien… un doigt seulement de l’Enfant Jésus a été brisé… mais c’est un amas de pierres, de plâtras indescriptible. Et le trou est immense.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Triste nuit, au cours de laquelle il nous a fallu encore nous relever vers 10 h 1/2, les obus tombant assez près, et nous tenir une seconde fois en alerte à 3 h du matin. Bombardement violent. Un obus a troué la voûte d’une chapelle, à la basilique Saint-Remi.

Les journaux disent qu’environ deux cents projectiles ont été envoyés par les Allemands.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Véronique Valette

CPA : collection Véronique Valette


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Toute la nuit jusqu’à 4 h bombes, avec intermittences ; idem dans la matinée, dans l’après-midi un obus dévaste la Chapelle de la Sainte Vierge à Saint-Remi. La statue est retrouvée intacte.

Réponse aux Évêques de Bretagne et au Cardinal de Paris pour Prières Nationales. Bombes dans la matinée. Bombardement très violent vers 2 h.

Transfert de mon lit de mon bureau-travail (dans le corridor de mon bureau où il se trouvait juste dans la ligne de tir d’une batterie) dans l’anti-chambre, ou corridor communiquant de mon bureau avec la cour d’entrée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Pas d’alerte dans la journée ; cela nous est réservé pour la nuit, car les obus s’annoncent à 22H pour continuer lentement jusqu’à minuit, puis encore de 2 à 4H ; comme ils ne paraissent pas être pour un quartier, nous hésitons à nous lever et finissons par ne pas quitter nos lits.

Néanmoins, nous n’avons guère dormi.

Au cours de ces séances, l’esplanade Cérès, la place et la rue Clovis, la rue Hincmar, la rue Polonceaux ont été particulièrement éprouvées. Dans la journée, ce sont les environs de la gare qui, par aéroplanes et canons, ont été surtout visés.

Lettre Charles Coche (16 9bre) annonçant qu’il a quitté Villeneuve pour revenir à Oiry ; sa santé et celle de Madame laissent à désirer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

17/11 mardi – Soleil radieux, d’où le matin, continuation d l’odyssée de la nuit (canonnade et bombes) et cela dura toute la journée et encore (moins fort cependant) toute la nuit suivante. Un aéro a encore survolé Reims l’après-midi, n’a occasionné que des dégâts matériels. « Courrier de la Champagne » du 18 novembre

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien


Victime civile ce jour à Reims

  •  DEGRELLE Lucien   – 17 ans, 85 rue de Beine, victime de bombardement – journalier, décédé en son domicile
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