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Samedi 9 mars 1918

Rue Buirette

Louis Guédet

Samedi 9 mars 1918                                                     

1275ème et 1273ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Gelée, temps magnifique. Beaucoup de courrier, que je n’aurai pas fini aujourd’hui. Pas de nouvelles des Grands, cela nous inquiète un peu. Lettre de mon vieil expéditionnaire le Papa Millet qui est arrivé à bon port à Dinan (C. du N.) (Côtes du Nord, actuellement Côtes d’Armor) chez sa fille. Son voyage d’évacuation s’est bien passé. Encore un fil de mon existence qui se brise. Pas de nouvelles de Reims. Cela me laisse presque indifférent maintenant. Je n’ai, je crois, plus la force de souffrir, de m’inquiéter !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 8 au 9 mars 1918 – Nuit encore très mouvementée. A partir de 18 h, tir par obus à gaz, sur le quartier allant de la rue de Vesle à la rue Buirette.

Incendie au coin de la rue de l’Arquebuse.

Deux soldats sont tués et trois autres blessés, à l’école de la rue des Poissonniers.

Reprises du même bombardement sur d’autres quartiers, pen­dant toute la nuit.

Marmites rue de Venise, rue du Barbâtre et tir sur avions, vers minuit et demie.

9 mars 1918 – Bombardement, jour et nuit.

Avant d’entrer, au bureau, nous remarquons un incendie qui semble important : il s’agit, paraît-il de l’entrepôt Mauroy, rue du Temple.

— Dans L’Éclaireur de ce jour, se trouvent ces différentes informations :

Pain.

En raison des frais de transport et de manutention que la ville doit subir, le prix du pain sera désormais de 0,70 la boule de 1 200grammes.

La classe 19

Elle serait incorporée vers le 15 avril.

Le Conseil des ministres a approuvé le projet de loi relatif à l’incorporation de la classe 1919-

L’an dernier, la classe 1918 avait été incorporée après les fêtes de Pâques. Il en sera de même cette année. On peut donc prévoir que la classe 1919 sera appelée aux environs de la deuxième semaine d’avril.

Secours en cas de bombardement par obus à gaz

A la liste des postes de secours indiquée récemment dans notre journal et sur l’affiche apposée en ville, il y a lieu d’ajouter, bien entendu, le poste permanent de la Croix-Rouge, où, depuis le début de la guerre, nos braves brancardiers sont toujours prêts à donner à nos concitoyens le concours de leur compétence et de leur dévouement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Samedi 9 – + 1°. Gelée blanche ; beau temps. Vers 2 à 4 h. nouveaux bombardements d’environ 1/4 d’heure chaque fois, violents, sur batteries ? Visite de M. René Bazin et de M. le Général Descoings, Chef du service des étapes. Visite à la Cathédrale avec eux. Toute la journée, les avions ronflent, et les obus sifflent : où vont-ils ? Vers 9 h. 1/2 comme hier soir, bombes ; sur batteries ? Sur les passages, sur les rues. Mgr Neveux prononce à Paris un discours, ou conférence, sur l’Héroïsme et le Martyre de Reims (voir Revue Reims-Ardennaise, p. 437, 25 avril-mai 1918).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 9 mars

Assez grande activité de l’artillerie ennemie devant la Pompelle et dans la région d’Avocourt.
En Lorraine, nous avons repoussé un fort coup de main ennemi sur Moncel. Les assaillants, qui ont subi des pertes sérieuses, ont laissé une dizaine de prisonniers, dont un officier entre nos mains.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie allemande vers Ribécourt et dans la vallée de la Scarpe.
Grande activité des deux artilleries dans le secteur d’Ypres, entre la route de Menin et la forêt d’Houthulst.
Dans le secteur de Neuve-Chapelle, des détachements ennemis, à la faveur de l’épais brouillard, ont attaqué quelques postes britanniques avancés au nord-ouest de la Bassée. Les assaillants ont réussi à pénétrer dans un des postes d’où quelques hommes ont disparu. Sur les autres points, ils ont été rejetés, laissant des prisonniers.
Un raid aérien a eu lieu sur Londres. On compte 11 morts et 56 blessés. L’attaque, pour la première fois, a eu lieu par une nuit sans lune.
L’Allemagne a signé un traité avec la Finlande.
Le cabinet espagnol, présidé par M. Garcia Prieto, a démissionné.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 20 janvier 1918

Rue Buirette

Louis Guédet

Dimanche 20 janvier 1918

1227ème et 1225ème jours de bataille et de bombardement

4H soir  Hôtel Lutetia. 3 journées fatigantes. A Épernay le 18, fait voyage avec Robinet de G.H. Mumm (Jules Henri Georges Robinet (1869-1953)), Charbonneaux, Sainsaulieu architecte. Déjeuné au buffet avec Robinet, fait voyage ensemble avec Sainsaulieu, qui me dit ce que la Société des Amis de la Cathédrale ont fait et veulent faire des fonds américains à avoir par M. Paul Léon des Beaux-Arts (Paul Léon, Directeur Général des Beaux-Arts (1874-1962)), etc… Samedi vu Leroux, Directeur du Personnel de la Justice, à 10h du matin, charmant, me conseille de demander Herbaux, conseiller cassation, mon ancien Procureur Général, comme parrain pour ma Légion d’Honneur. Il me donne l’explication du retard de ma promotion. Il parait que Mirman (Léon Mirman, préfet et homme politique (1865-1941)), préfet de Meurthe-et-Moselle à Nancy, ne voulait pas que les magistrats de Nancy fussent promus. Échanges de télégramme aigre-doux, bref, mise en demeure par Nail Garde de Sceaux à donner un avis favorable sous peine de faire passer une note à la Presse pour déclarer que le Préfet de Meurthe-et-Moselle ne veut pas que ses magistrats fussent décorés. Mirman s’est incliné et je passe avec les Nancéens.

L’après-midi Je quitte Leroux pour payer mes droits de Chancellerie à la Recette centrale, 16, place Vendôme en face du Ministère de la Justice.

Après-midi réunion des Amis de la Cathédrale de Reims, Lefèvre-Pontalis (Henri Lefèvre-Pontalis, historien (1862-1923)), Abelé, Sainsaulieu, Emile Charbonneaux, Jadart, Demaison, Faille grand pétrolier, Cochon, Paul Léon, Krafft (vieux Reims), Eugène Gosset. Je suis nommé d’acclamation trésorier. M. Paul Léon nous signale l’Amérique en causant d’emballement pour notre Cathédrale. Il promet de voir Hughes Le Roux (journaliste, homme politique (1860-1925)) pour faire des conférences en Amérique avec subvention du Ministère des Affaires Étrangères. Et ensuite pousser les milliardaires dans leurs emballements.

Dimanche matin Notre-Dame des Victoires messe, rendez-vous pour déjeuner chez Henry Heidsieck et dîné chez Thomas.

Demain lundi journée fatigante encore, après-demain aussi ici à Paris et départ mercredi matin pour mon tombeau. Que m’y attend-il ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 janvier 1918 –  Après une quinzaine de jours passés à revivre tranquillement, en repos, auprès de ma famille réfugiée dans une petite ville paisi­ble du centre, au milieu d’une population ignorante du chaos, des bouleversements et de toutes les horreurs apportés par la guerre dans nos régions, je reviens ce jour à Reims, à 17 h 1/2.

Les coups de canon perçus avant l’entrée en ville et surtout des éclatements d’obus entendus dès ma descente du car, place d’Erlon, me font retomber, sans transition, dans l’ambiance dangereuse. A la popote, les camarades m’apprennent qu’il n’y a rien de changé, que depuis mon départ, les bombardements ont été journaliers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille. + 9°. De 8 h. 30 à 9 h. 30 bombardement.

Tir sur avions et bombardement très violent, les obus tombent à peu de distance, drus ; des éclats tombent dans le jardin. Visite du Colonel demeurant Clinique Gosset rue Buirette, en face du cirque, et du Capitaine de Chevigné (ou Chavigné). Bombes sur batteries (?) à 5 h. Item vers 9 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue Buirette

Rue Buirette


Dimanche 20 janvier

Actions d’artillerie assez vives en Champagne, dans la région d’Auberive et sur la rive droite de la Meuse, au nord de Bezonvaux.
Sur le front britannique, activité d’artillerie en Artois et en Flandre.
Sur le front belge, lutte d’artillerie entre Nieuport et Dixmude.
L’artillerie de nos alliés a effectué des tirs de destruction sur des organisations défensives ennemies au sud de Dixmude.
Un avion allemand a été abattu par une batterie anti-aérienne au nord de Kyppe.
En Macédoine, actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir et dans la boucle de la Cerna, où nos tirs ont provoqué l’incendie d’un dépôt de munitions.
L’aviation britannique a exécuté plusieurs bombardements sur la voie ferrée de Doiran et dans la région Petric-Sérès.
Les Italiens ont refoulé des troupes autrichiennes qui les attaquaient sur la basse Piave.
Les grèves autrichiennes ont pris une très grande extension. Elles affectent spécialement les usines de guerre et visent à protester contre le rationnement alimentaire excessif et contre la prolongation de la lutte.
La Constituante russe s’est réunie et a élu président M. Tchernof, socialiste minimaliste.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 3 juillet 1917

Louis Guédet

Mardi 3 juillet 1917

…disaient qu’ils étaient considérés par leurs officiers comme des imbéciles parce que trop honnêtes. Ils m’ont affirmé que des officiers ont fait piller des caves à leurs hommes et revendaient ce vin soit à de leurs collègues soit à des civils. Le maréchal des logis André Cottard, employé de commerce au Havre 38, rue du Docteur Cousture, le soldat Gaston Buquer, aussi employé de commerce à Petit-Couronne (Seine Inférieure) avenue Samson, me disaient qu’ils étaient chaque jour écœurés. Ils me disaient le plaisir que ces officiers avaient de molester la population civile, mais ils ajoutaient, notamment Cottard : « Ils ne savent pas les haines qu’ils accumulent contre eux de la part de tous, et il ne fera pas bon de porter des galons après la Guerre. Ce sera terrible comme représailles ». Ils me confirmaient (ce qu’on m’avait déjà dit) que les officiers de l’active s’étaient eux surtout embusqués ! Ils prétendent qu’ils sont là pour former les soldats et les autres officiers et non pour se battre !!

Néanmoins ces 2 jeunes gens très sérieux étaient découragés de tout cela et de tout ce qu’ils voyaient et entendaient. C’était un découragement concentré et résigné.

Acheté un journal. Zinc ! boum ! boum !! en avant le « bourrage de crâne ». La Grrrande offensive Russe !!! 8000 prisonniers, et patati et patata !! En avant la musique qui finira en couacs probablement ! Nous aura-t-on rasés avec cette Grrrrande offensive ! qui finit toujours par un pétard ! Mais quel découragement ! quelle lassitude ! Dans toutes les classes, sauf parmi les galonnards fêtards. La noce continue toujours et ils ne désirent qu’une chose, c’est que cela dure toujours. Il en est de même me dit Melle Payard, ma voisine, retour de Paris, des Parisiens qui ne songent qu’à jouir, s’amuser, à filer aux Bains de mer, etc… C’est comme un vent de folie de jouissances qui s’empare de tous ces gens-là. Comme à la veille d’un grand cataclysme, d’une immense catastrophe !! Gare le réveil !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 juillet 1917 – Bombardement très violent, la nuit, sur le quartier Ponsardin

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 16°. Bombes nombreuses sur rue Bacquenois, rue Buirette, etc. Visite à M. de Bruignac, trouvé chez lui ; à M. Charbonneaux Emile, non trouvé ; à M. Becker. Reçu visite d’un Aumônier de la nouvelle Divi­sion avec un Pasteur protestant et sept ou huit officiers du service de santé. Photographie prise dans la cour. Nuit tranquille ; orage de 5 à 6 h. Incendie rue Bacquenois, allumé par les obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 3 juillet

Au sud de Saint-Quentin, nous avons repoussé un coup de main ennemi sur nos petits postes, vers Gauchy.
Dans le secteur Cerny-Ailles, les deux artilleries continuent à se montrer particulièrement actives. En fin de journée, nos troupes ont contre-attaqué de part et d’autre de la route Ailles-Paissy. Cette action, vivement conduite, nous a permis de rejeter les Allemands au delà de la ligne de tranchée qu’ils avaient occupées. Le terrain reconquis, couvert de cadavres, témoigne de l’importance des pertes subies par l’ennemi au cours de son offensive.
Duel d’artillerie assez violent dans le secteur de la route de Laon à Reims.
En Woëvre, une forte reconnaissance allemande, qui tentait d’aborder nos lignes vers Flirey, a été dispersée par nos feux.
Les Russes ont pris l’offensive contre les positions austro-allemandes sur le front Koniuchy-Demeliki et ont enlevé trois lignes de tranchées, ainsi que le village fortifié de Koniuchy, puis se sont avancés jusqu’au ruisseau Koniuchy. Ils ont ramené 164 officiers et 8300 soldats prisonniers. Le dénombrement de ceux-ci se poursuit.
Au sud-ouest de Brzezany, après un bombardement régulier, les troupes russes ont attaqué les positions ennemies et se sont emparées d’une partie de ces positions.
L’empire a été restauré en Chine au profit de l’ancien empereur Pou Y.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 2 juillet 1917

Paul Hess

2 juillet 1917 –  Calme dans la journée.

A 20 h, un bombardement très violent commence et se conti­nue jusqu’à 21 h 1/4. Obus rue Buirette, place d’Erlon, chaussée Bocquaine et à la Haubette.

Dans la nuit, nouveau bombardement serré, vers les batteries Gerbert.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 15 °. 8 h. 30 matin, bombes sur batteries et au loin. Violents combats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 2 juillet

Violente attaque allemande dans le secteur Cerny-Ailles. Elle a occupé, sur un front de 500 mètres environ, de part et d’autre de la route Ailles-Paissy, une ligne d’éléments de tranchée nivelée par les projectiles et évacuée par nos troupes.
Une concentration de feux exécutée par nos batteries a causé de grands ravages dans les rangs de l’ennemi, qui n’a pu, malgré ses efforts, pousser plus avant son attaque. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active au cours de la journée, dans toute cette région. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses sans aucun résultats au cours de coups de main qu’ils avaient tentés à l’est de la Pompelle, au nord et au nord-est de Prunay.
Sur la rive gauche de la Meuse, lutte d’artillerie intense dans la région bois d’Avocourt-cote 304-Mort-Homme. Une attaque ennemie au réduit d’Avocourt a été brisée par nos feux.
Les troupes britanniques, poursuivant leurs succès au sud de Lens, ont attaqué sur la rive nord de la Souchez et se sont emparées des défenses ennemies sur un front de 800 mètres immédiatement au sud-ouest et à l’est de la ville.
Les communiqués allemands signalent une offensive russe sur un front de 30 kilomètres entre la Strypa et la Zlota-Lipa.
Les Bulgares prennent et reperdent une tranchée britannique près du lac Doiran.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 5 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 5 mars 1917

905ème et 903ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin à 4h1/2 / 4h3/4 canonnade furieuse vers La Pompelle qui m’éveille, les éclairs des coups de canons flamboient et éclairent ma chambre. Je me lève, ouvre mes persiennes, et je vois le jardin couvert de neige qui continuera à tomber toute la matinée. Bataille furieuse et puis voilà les obus qui sifflent vers St Remy, 20 environ, rue Pasteur, Fléchambault, etc…  Une victime. Cela dure jusqu’à 6h du matin, puis cela cesse et je me rendors. Inventaire rue Buirette, dispute entre Hanrot (Edmond Hanrot (1864-1959)) notaire, toujours aussi pointu, Bruyant (Henri), notaire à Orbais, aussi pointu mais plus calme, et cette canaille de Lepage, ancien huissier, qui est doublé d’une brute. Je m’en suis amusé. Après-midi le vent tourne et dégel général, toute cette eau qui coule et tombe des toits sur les ruines me font mal et me rappelle mon martyre de la rue de Talleyrand. Ah ! cette pluie qui tombe, ruisselle sur les plafonds et les planchers à ciel ouvert !! Ce que c’est pénible. Fait des courses en pataugeant dans la neige fondue. Je rentre fourbu, mais il y a de l’ouvrage, lettres, circulaires pour la Chambre, etc…  Enfin je vais me coucher, j’en ai besoin, pourvu que je puisse dormir et qu’on me laisse dormir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1917 – A 4 h 45, Reims est réveillée en sursaut par une canonnade très nourrie, qui s’est déclenchée sur le secteur — et le vacarme effroyable et bien connu des démonstrations d’artillerie se pro­longe, sans la moindre interruption, pendant une heure et demie. Vers 6 h 1/4, pour terminer, les 75 dont les détonations résonnent si bien place Amélie-Doublié, mêlent aussi leurs voix au concert en envoyant, pour leur compte, en un quart d’heure au plus, un sup­plément de quatre cents projectiles environ.

Quelques obus arrivent rues Pasteur, Armonville et du Barbâtre

Le calme revient à 6 h 1/2 et le soir même, le communiqué annonce qu’à l’est de Reims, un coup de main ennemi a été faci­lement repoussé. Ceci s’était passé vers le Linguet.

— Dans le voisinage, où les habitants sont peu nombreux, on avait remarqué, hier soir, l’apparition d’un employé de chemin de fer domicilié dans les alentours de la rue Lesage, qui était reve­nu paraît-il, pour connaître l’état de la maison qu’il avait occupée jusqu’en août 1914 et pour procéder, si possible, à l’enlèvement de son mobilier. C’était la première fois qu’il rentrait chez lui, depuis la guerre ; naturellement, il y passait la nuit. Le réveil subitement brutal de ce matin — auquel nous ne nous attendions pas non plus avait eu pour effet de le méduser absolument dans son lit, où il attendait, en claquant des dents, la fin… d’il ne savait quel cata­clysme.

A 8 heures, à peine remis de ses émotions et tremblant en­core, le cheminot préférait repartir en abandonnant ses projets, malgré les bonnes paroles de gens qui cherchaient à le tranquilli­ser, en lui déclarant qu’on n’entendait pas tous les jours pareille profusion de coups de canon qui, d’ailleurs, n’avaient été dange­reux que pour les voisins d’en face ; la séance lui suffisait. Au reste, on s’accordait à reconnaître qu’il avait eu de quoi s’émouvoir mais se doutait-il seulement qu’il eût pu tomber encore beau­coup plus mal, au point de vue des risques ?

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Amélie-Doublié (avant 1914)

Place Amélie-Doublié (avant 1914)


 Cardinal Luçon

Lundi 5 – Vers 5 h. très violent combat au nord-est puis à l’est de Reims. Une épaisse couche de neige couvre la terre. 0°. Visite aux prêtres réunis au Séminaire. Un obus tombe dans les ruines de l’Hôtel Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 5 mars

Entre Oise et Aisne, nos détachements ont pénétré dans les positions adverses au sud de Nouvron jusqu’à la deuxième tranchée allemande et ont opéré d’importantes destructions.

Un coup de main ennemi dirigé plus à l’ouest, sur nos postes de la région de Haute-braye, a échoué sous nos feux.

Sur la rive gauche de la Meuse, nos batteries ont pris sous leurs feux et dispersé un détachement ennemi au nord de Regnéville.

A l’est de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans le secteur du bois des Caurières. Une attaque allemande, consécutive au bombardement intense signalé dans la région, au nord d’Eix, a été déclenchée sur nos positions de la Fieveterie. L’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans nos premiers éléments, en a été complètement rejeté par nos feux et nos contre-attaques. Notre ligne est entièrement rétablie.

En Alsace nous avons repoussé des partis ennemis, dans les secteurs d’Amertzwiller et de Burnhaupt.

Nos escadrilles de bombardement ont lancé des projectiles sur les hangars de Frescaty, la poudrerie de Bons, les hauts fourneaux de Woefling et la gare de Delme.

Les Anglais ont enlevé les premières lignes et lignes de soutien ennemies à l’est de Bouchavesnes. Ils ont fait 173 prisonniers. Ils ont réalisé une avance de 1100 mètres sur un front de 3200, à l’est de Gommécourt.

Un contre-torpilleur britannique a coulé en mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ponsardin


 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 6 mars 1916

Rue Buirette

Louis Guédet

Lundi 6 mars 1916

541ème et 539ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Le calme, de la neige pourtant ce matin au lever du soleil, vite fondue du reste, par le beau soleil qu’il a fait toute la journée. A 10h une bombe d’aéroplane est venue tomber au coin de la rue Buirette et de la rue Caqué avec une explosion formidable, gros dégâts. Quand j’ai entendu l’explosion j’ai cru que c’était un obus qui tombait à quelques mètres de la maison, et elle est tombée facilement à 7/800 mètres de là…  Couru les rues pour mes courses. Vu Melle Valentine Laignier toujours fort aimable, mais un peu plus nerveuse que de coutume, l’effet des bombardements des jours derniers, nous n’y étions plus habitués, et la nervosité que je constatais en septembre octobre 1914 nous est revenue. Question de psychologie et de physiologie assez curieuse. En tout cas je souffre beaucoup en ce moment. Je suis d’une tristesse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1916 – Un aéro boche laisse tomber une bombe, vers 9 h, sur la maison 56, rue Buirette, qui est disloquée jusqu’au 1er étage ; celle qui lui est voisine, où est installée une succursale des Comptoirs Français (angle de la rue Caqué) a elle-même sa toiture fortement endommagée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Buirette

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Lundi 6 – Nuit tranquille. + 2, neige abondante, mais fondante. Vent nord. Quelques gros coups de canon. Un aéro laisse tomber une bombe sur la maison où logeait M. Pérot, vicaire de St. Jacques. 4 h. 1/2 canonnade. Combiamento.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 6 mars

Au nord de Soissons, nous opérons des tirs sur des ouvrages ennemi . En Argonne, notre artillerie a canonné le nord de la Harazée et la Haute-Chevauchée. Au nord de Verdun, violent bombardement entre Haudremont et Douaumont. Les Allemands ont vainement attaqué nos positions à l’est de Vacherauville. Bombardement en Woëvre, dans la région de Fresnes et à l’est d’Haudremont. Un de nos avions a bombardé la gare de Conflans, en Lorraine. M. Filipesco, qui avait été envoyé en mission auprès du tsar, est rentré à Bucarest. Le prince Henri de Prusse a pris le commandement de la flotte allemande.

 

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Vendredi 20 août 1915

Louis Guédet

Vendredi 20 août 1915

342ème et 340ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Même leitmotiv. Nuit calme. Présidé commission d’allocations militaires ce matin. Bombardement de 2h à 3h rues Buirette, de Thillois, place d’Erlon, descendu à la cave à cause d’un inspecteur d’enregistrement de Sézanne, M. (en blanc) qui entendait cela pour la première fois. Il y était encore quand je suis sorti pour faire mes courses !! Il n’en a pas l’habitude ! Je suis toujours fort las et découragé. L’abbé Andrieux me disait hier qu’il avait demandé à prendre ses 4 jours de permissions parce qu’il craignait une attaque générale due à l’initiative des allemands vers le 8 septembre, et qu’il désirait être là près de ses fusiliers marins lorsque la danse commencerait. Dieu l’entende et qu’enfin nous soyons enfin délivrés. Je ne tiens plus. Je n’ai même plus de volonté. Je me tiens à mon devoir que machinalement. Je suis usé. J’ai tellement souffert ! Que d’épreuves ! Je n’en puis plus !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

À 14 h 15, ainsi qu’hier, les sifflements suivis d’explosions à peu de distance de la mairie, recommencent à se faire entendre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille. Matin item. A 2 h. Visite aux blessés am­bulance n°17 ; blessés civils des derniers jours. Bombes nous obligent à retarder notre retour.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 20 Août 1915. Il y a des lettres que j’avais envoyées à des prisonniers qui me sont revenues avec la mention ‘inconnu’. Tiens, je n’avais pas pensé à te dire que l’oncle Edouard avait eu un accident. Il a été piétiné par ses chevaux à la gare Saint Charles où on expédie les marchandises. Transporté à l’hôpital, il y est mort aujourd’hui. Il n’a été que 10 jours malade.

En même temps que lui on enterre une jeune dame Courte du faubourg Céres qui a été tuée par le bombardement. Elle laisse trois petits enfants et son mari est au feu. C’est que c’est une drôle de vie à Reims. Tous les jours en ce moment on compte une dizaine de victimes. Les nôtres tirent aussi beaucoup. Les 75 qui se trouvent caserne Jeanne d’Arc ont fait feu à volonté pendant une heure. A ce qu’il paraît, ils auraient détruit un ouvrage boche au Linguet. Mais ça n’avance pas vite.

J’ai vu Reppel et le cousin Émile Rollin aujourd’hui. Ils sont en permission et ils ont poussé jusqu’à Reims. Ils sont saisis de voir la ville comme cela et encore plus d’entendre le bombardement. Ils ne sont pas au feu ; ils sont à Troyes.

Enfin encore une journée. Je te quitte mon chipot. A toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 20 août

Grande activité sur le front en Artois. Nous avons pris le carrefour de la route Béthune-Arras et du chemin d’Ablain-Angres, où la position allemande faisait saillant dans notre avant-ligne. Nous avons capturé cinq mitrailleuses et un certain nombre de prisonniers.
Au nord de Carleul, l’ennemi qui avait bombardé nos positions à courte distance a ensuite tenté des attaques que nous avons repoussées. Fusillade dans la région Berles-Adinfer.
Canonnade entre Oise et Aisne, dans le secteur de Vailly, ainsi qu’à Quennevières et à Nouvron.
En Argonne, notre artillerie manifeste sa supériorité à la Fontaine-aux-Charmes et à Marie-Thérèse.
Lutte dans les Vosges, sur le sommet du Linge. Nous prenons une tranchée au Schratzmaennele.
Les Allemands sont entrés dans Kovno, où ils prétendent avoir saisi un matériel important.
Les Italiens ont démoli un fort au Tonale et en ont occupé l’emplacement. Sur toute la ligne de l’Isonzo, ils demeurent inébranlables dans leurs positions, malgré les offensives réitérées des Autrichiens.
M. Pachitch a convoqué la Chambre serbe en séance secrète pour lui communiquer les proposition de la Quadruple Entente.
Les journaux italiens réclament de nouveau la rupture avec la T
urquie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mardi 11 août 1914

Louis Guédet

Mardi 11 août 1914

9h1/2 matin  Je suis parti le 7 courant vendredi à 3h de Reims pour retrouver les miens à St Martin. Route longue en chemin de fer, je suis arrivé à Vitry-la-Ville vers 7h et de là à pied pour St Martin…  Je suis arrêté dans Cheppes devant un barrage de voitures, il faut montrer mon sauf-conduit. A la sortie de Cheppes, au petit passage du sémaphore, vieille route, même cérémonie ainsi qu’à la barrière de St Martin. Je trouve tous les miens en bonne santé, mais sans grande nouvelle.

Les journées des 8 et 9 se passent, on pêche un peu mais le 10 au matin on nous averti qu’il faudra retirer de la Rivière la barque et la rentrer chez mon Père. Cela m’ennuie, car c’était une distraction pour mes enfants qui en sont un peu marris.

J’ai quitté St Martin à 3h pour prendre le train à Vitry-la-Ville à 4h.

Nous apprenons les combats de Liège et d’Altkirch et l’entrée des Français à Mulhouse. J’arrive à Châlons à  4h1/2 et là on m’apprend que je n’aurai pas de train avant 7h13. Je fais les 100 pas sur le quai et là je rencontre M. de Quatrebarbes, de Reims qui file à St Mihiel. Lapique m’accoste et là je bavarde avec lui, M. Raynald (ancien clerc de Duval) avocat à Paris et un avoué de Bar-le-Duc, M. (en blanc, non cité), tous trois membres du Conseil de Guerre à Châlons. Ils m’apprennent qu’ils ont vu une dizaine de Uhlans prisonniers qui paraissaient assez ahuris, tous parlent parfaitement le français, sauf un vieux territorial (landwehr sans doute), qui devait être un magistrat allemand car il ne cessait de réclamer : « Un interrogeoir !! » sans doute il demandait qu’on l’interroge et qu’on le relâche ensuite. Comptes-y : Assassin !! Vandale !

En rentrant on m’apprend que je loge un officier trésorier payeur. Je ne sais pas combien de temps je l’aurai. Je ne l’ai pas encore vu.

Tout le boulevard de la République est bondé, côté des trottoirs d’automobiles (camions) de toutes marques de tous genres depuis hier soir. Les camions automobiles sont toujours là, alignés comme pour une revue face au centre de la voie, adossés (callés) contre le trottoir depuis la Porte Mars jusqu’au Cirque.

4h35 soir  Je rentre de Bazancourt où j’étais appelé par Mt Loeillot mon confrère de Boult-sur-Suippes pour une levée de scellés à l’effet de représenter des absents. Le juge de Paix de Witry-les-Reims n’étant pas arrivé, je n’ai pas quitté la gare de Bazancourt et j’ai fait les cent pas avec Loeillot en attendant mon train de retour de 3h29 (j’avais quitté Reims à 2h1/4) Là je fis connaissance d’un avoué de Paris, Mt Chain, 4, avenue de l’Opéra, qui comme capitaine, assure le service des étapes (Henri Chain, avocat à la Cour d’Appel de Paris (1865-1923)). Il s’embête à mourir en attendant impatiemment l’heure où il partira pour faire son service d’étapes du côté de Coblentz, Cologne, Mayence ou autre bonne Ville de la…  noble ! de la douce !! Allemagne !! Nous avons causé de Narcisse Thomas son ex-collègue, de Parmantier gendre et successeur d’y celui.

En revenant notre train a croisé 3 ou 4 trains de troupes avec des canons : 155 long, genre grosses pièces, tous neufs.

En descendant sur le quai de la gare de Reims, comme cela m’avait intrigué, j’aborde M. Desplas notre commissaire de surveillance traction qui m’a avoué qu’on livrait une grande bataille sur la frontière. Que Dieu protège nos soldats et leur donne la victoire sans coup férir. Nous avons tous confiance, espoir. J’ai confiance !! en la Victoire !

Demain nous le dira !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La mobilisation se poursuit très régulièrement. Chacun se plaît à reconnaître que le mécanisme compliqué de ce formidable brande-bas a été merveilleusement prévu, d’après ce qu’on peut en juger à Reims, où il ne cesse de passer des troupes de toutes catégories. L’ensemble continue à marcher sans arrêt, comme un machine bien réglée dont le déclenchement opéré le 1er août, aurait provoqué la mise en action automatiquement. Nous en sommes au 10e jour et il ne s’est produit aucun à-coup. Tout roule à souhait. Des camions, chariots, voitures automobiles, poids lourds de toute formes, dont beaucoup d’autobus parisiens, sillonnent notre ville et se rangent pour la nuit aux endroits où se trouvent d’assez grands emplacements : place d’Erlon, rue Buirette, boulevard de la République, boulevard Pommery, etc. Les chauffeurs de ces véhicules portent l’uniforme du train.

 Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé
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