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Dimanche 20 janvier 1918

Rue Buirette

Louis Guédet

Dimanche 20 janvier 1918

1227ème et 1225ème jours de bataille et de bombardement

4H soir  Hôtel Lutetia. 3 journées fatigantes. A Épernay le 18, fait voyage avec Robinet de G.H. Mumm (Jules Henri Georges Robinet (1869-1953)), Charbonneaux, Sainsaulieu architecte. Déjeuné au buffet avec Robinet, fait voyage ensemble avec Sainsaulieu, qui me dit ce que la Société des Amis de la Cathédrale ont fait et veulent faire des fonds américains à avoir par M. Paul Léon des Beaux-Arts (Paul Léon, Directeur Général des Beaux-Arts (1874-1962)), etc… Samedi vu Leroux, Directeur du Personnel de la Justice, à 10h du matin, charmant, me conseille de demander Herbaux, conseiller cassation, mon ancien Procureur Général, comme parrain pour ma Légion d’Honneur. Il me donne l’explication du retard de ma promotion. Il parait que Mirman (Léon Mirman, préfet et homme politique (1865-1941)), préfet de Meurthe-et-Moselle à Nancy, ne voulait pas que les magistrats de Nancy fussent promus. Échanges de télégramme aigre-doux, bref, mise en demeure par Nail Garde de Sceaux à donner un avis favorable sous peine de faire passer une note à la Presse pour déclarer que le Préfet de Meurthe-et-Moselle ne veut pas que ses magistrats fussent décorés. Mirman s’est incliné et je passe avec les Nancéens.

L’après-midi Je quitte Leroux pour payer mes droits de Chancellerie à la Recette centrale, 16, place Vendôme en face du Ministère de la Justice.

Après-midi réunion des Amis de la Cathédrale de Reims, Lefèvre-Pontalis (Henri Lefèvre-Pontalis, historien (1862-1923)), Abelé, Sainsaulieu, Emile Charbonneaux, Jadart, Demaison, Faille grand pétrolier, Cochon, Paul Léon, Krafft (vieux Reims), Eugène Gosset. Je suis nommé d’acclamation trésorier. M. Paul Léon nous signale l’Amérique en causant d’emballement pour notre Cathédrale. Il promet de voir Hughes Le Roux (journaliste, homme politique (1860-1925)) pour faire des conférences en Amérique avec subvention du Ministère des Affaires Étrangères. Et ensuite pousser les milliardaires dans leurs emballements.

Dimanche matin Notre-Dame des Victoires messe, rendez-vous pour déjeuner chez Henry Heidsieck et dîné chez Thomas.

Demain lundi journée fatigante encore, après-demain aussi ici à Paris et départ mercredi matin pour mon tombeau. Que m’y attend-il ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 janvier 1918 –  Après une quinzaine de jours passés à revivre tranquillement, en repos, auprès de ma famille réfugiée dans une petite ville paisi­ble du centre, au milieu d’une population ignorante du chaos, des bouleversements et de toutes les horreurs apportés par la guerre dans nos régions, je reviens ce jour à Reims, à 17 h 1/2.

Les coups de canon perçus avant l’entrée en ville et surtout des éclatements d’obus entendus dès ma descente du car, place d’Erlon, me font retomber, sans transition, dans l’ambiance dangereuse. A la popote, les camarades m’apprennent qu’il n’y a rien de changé, que depuis mon départ, les bombardements ont été journaliers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille. + 9°. De 8 h. 30 à 9 h. 30 bombardement.

Tir sur avions et bombardement très violent, les obus tombent à peu de distance, drus ; des éclats tombent dans le jardin. Visite du Colonel demeurant Clinique Gosset rue Buirette, en face du cirque, et du Capitaine de Chevigné (ou Chavigné). Bombes sur batteries (?) à 5 h. Item vers 9 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue Buirette

Rue Buirette


Dimanche 20 janvier

Actions d’artillerie assez vives en Champagne, dans la région d’Auberive et sur la rive droite de la Meuse, au nord de Bezonvaux.
Sur le front britannique, activité d’artillerie en Artois et en Flandre.
Sur le front belge, lutte d’artillerie entre Nieuport et Dixmude.
L’artillerie de nos alliés a effectué des tirs de destruction sur des organisations défensives ennemies au sud de Dixmude.
Un avion allemand a été abattu par une batterie anti-aérienne au nord de Kyppe.
En Macédoine, actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir et dans la boucle de la Cerna, où nos tirs ont provoqué l’incendie d’un dépôt de munitions.
L’aviation britannique a exécuté plusieurs bombardements sur la voie ferrée de Doiran et dans la région Petric-Sérès.
Les Italiens ont refoulé des troupes autrichiennes qui les attaquaient sur la basse Piave.
Les grèves autrichiennes ont pris une très grande extension. Elles affectent spécialement les usines de guerre et visent à protester contre le rationnement alimentaire excessif et contre la prolongation de la lutte.
La Constituante russe s’est réunie et a élu président M. Tchernof, socialiste minimaliste.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 3 janvier 1918

Louis Guédet

Jeudi 3 janvier 1918

1210ème et 1208ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  La gelée. Soleil magnifique. C’est mon tueur de La Villette, soldat au 91e d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici qui a exécuté la bête. « Çà lui rappelle les Boches, dit-il !!… » Il est nettoyeur de tranchées, c’est tout dire. Mais pourvu qu’il ne se soit pas servi de son couteau de tranchée pour faire passer de vie à trépas le fameux cochon !! Ses grillades risqueraient de sentir le Prussien !!… Pouah !! Je songe à regagner Reims, avec sa vie douloureuse… Enfin, que cela cesse bientôt !!

Lettre-carte du Cabinet du Procureur général Bastia
Louis Bossu

Monsieur Guédet      Juge de paix de Reims
52, rue des Capucins     Reims   Marne

Bastia, le 3 janvier 1918

Allons, mon bon ami, un peu de courage. Vous touchez au port, il ne faut rien gâter. Le départ de l’ami Herbaux est loin d’être irréparable. Son œuvre reste et l’heure de la Justice est proche, croyez-le bien. Ne vous découragez pas.

Et puis, vous avez l’âme assez haute pour faire le devoir pour le devoir, que diable !

Je l’ai bien fait pendant 2 ans1/2, envers et contre tous, et sans le plus petit espoir de récompense autre que l’exil et ce serait à refaire que je le ferais encore. Et je n’avais même pas comme vous la récompense de l’estime de tous, car vous restez là, et tout le monde rendra justice à votre héroïsme, tandis que moi je ne fus à Reims qu’un passant dont le nom sera même oublié à la fin de la guerre, si ce n’est par la haine des Texier et autres Bouvier. Et puis, je ne suis qu’un parpaillot et vous un croyant. Allons sursum corda (Élevons notre cœur) ! Le devoir pour le devoir, s’il le faut. Retrouvez vous l’infernal tabellion et portez beau.

Elle n’était pas bien compromettante, mais votre lettre de découragement a été lue. Ne vous émotionnez pas et renvoyez moi l’enveloppe que je donne à cette affaire la suite que comporte cette ignoble curiosité, voilée sous les dehors de la nécessité militaire. Et surtout n’en parlez à personne.

Je vous serre la main de tout cœur. Amitiés aux enfants et respects à Madame Guédet.

Signé Louis Bossu

Je vous écris à St Martin où vous êtes, je pense. Ecrivez bien lisiblement mon titre. Vous n’écrivez pas comme un notaire.

(La remarque de Louis Bossu est tout à fait justifiée).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 janvier 1918 – Ma famille ayant dû quitter Épernay en août 1917, pour fuir les dangers des trop fréquents bombardements par avions subis dans cette ville, j’étais désireux de connaître sa nouvelle installa­tion, à La Châtre (Indre).

L’autorisation de m’absenter jusqu’au 20 janvier m’ayant été accordée par la mairie, je me mets en route, muni du sauf-conduit délivré par la place, et, ce matin, descendant la rue Carnot, je me dirigeais gaiement vers la place d’Erlon, emportant dans une mu­sette et un sac à main tout mon bagage, afin de prendre, à 7 h, l’autocar devant me conduire à Pargny, pour atteindre par le C.B.R. Dormans et la ligne de Paris. J’étais parti en avance, en vue de trouver place aisément.

A hauteur du palais de Justice, je ne suis pas sans remarquer, dans la rue de Vesle, deux gendarmes que leur équipement com­plet me désigne comme faisant partie de la prévôté ; il est venu un renfort de ce service spécial il y a quelque temps. L’arrivée à Reims et dans les environs, avec les troupes de l’une des nouvelles divi­sions d’occupation, d’une unité composée de « joyeux » a probable­ment nécessité leur présence. Nous les voyons journellement patrouiller dans les rues. Ces gendarmes barrent facilement la rue à deux, ne laissant avancer aucun passant sans l’arrêter pour le questionner. Les promeneurs (!) sont d’ailleurs très rares.

Lorsque j’arrive à leur proximité, celui de gauche s’avance vers moi, me disant :

« Vous avez vos papiers ?”

Je lui présente aussitôt la carte de circulation dans la zone des années que le commissariat central m’a fait délivrer le 9 août 1917, par le Général commandant la place de Reims, en remplacement de la simple carte d’identité, auparavant déjà obligatoire — carte portant autorisation limitée à Reims, Saint-Brice, Tinqueux, Courcelles, Bezannes et les communes de l’arrondissement de Reims — puis je lui déplie le sauf-conduit qui doit me permettre de voyager aujourd’hui, convaincu qu’il va me rendre l’une et l’autre pièce, sans me retenir autrement, dès qu’il en aura pris connaissance.

Il les lit en effet très attentivement, puis me demande :

« Vous avez un domicile ? »

Ma réponse est « non », mais je ne l’ai pas plus tôt exprimée, que je me ravise, en ajoutant :

« C’est-à-dire que je rien ai plus ; j’habitais rue de la Grue 7, avant la guerre — j’ai été incendié en septembre 1914. »

« Comment ! vous n’avez pas de domicile »,

me réplique-t-il sur un ton où ne perce pas seulement l’étonnement, mais une véritable stupéfaction.

Je pense à part moi :

« D’où vient-il, celui-là, pour être ébahi de la sorte ; il ne me paraît guère connaître la situation des gens de Reims ». Posément, je lui ajoute :

« Je loge où je peux. »

Le gendarme n’a pas l’air décidé à me lâcher et je vois déjà que s’il me fait manquer ma voiture, c’est le train aussi et mon voyage remis au plus tôt à demain. Il m’interroge :

« Depuis que vous avez été incendié, où habitez-vous ?

– Eh bien, voilà, lui dis-je, j’ai habité successivement rue du Jard 57, rue Bonhomme 8, place Amélie-Doublié 8 ; j’ai été hébergé trois ou quatre nuits dans les caves Abelé, j’ai couché après cela dans les sous-sols de l’hôtel de ville et maintenant,  je suis provisoirement 10, rue du Cloître, comme vous voyez et je lui indique du doigt ce que mentionne ma carte.

– Provisoirement ! » répète-t-il.

« A mon point de vue, oui. Vous comprenez, lui ajoutai- je, la maison a reçu déjà une douzaine d’obus ; si elle dégrin­gole un de ces jours ou si elle est incendiée, je serai bien obligé de chercher encore ailleurs. Dans tous les cas, ce n’est pas mon domicile. Au reste, lui dis-je — pour en finir — conduisez-moi à la mairie, puisque mes pièces vous disent que je fais partie des services communaux, le maire ou le secrétaire en chef me connaissent suffisamment ; je travaille auprès d’eux toute la journée. »

Je lui parle tranquillement, mais je bous intérieurement.

Il examine encore la carte de circulation où se trouve ma photo, puis il me la rend avec le sauf-conduit, sans rien dire de plus, tout en faisant signe à un autre citoyen qui approche, de s’arrêter, de ne pas aller plus loin.

Tout en remettant mes papiers en poche, je le vois enfin avec plaisir commencer à s’occuper de ce nouveau patient. Je me hâte naturellement de gagner la place d’Erlon où j’arrive, assez à temps pour voir la voiture commencer seulement à démarrer. En m’ins­tallant, je pousse un « ouf’ de satisfaction, tout en bénissant le gen­darme de la prévôté, qui a bien failli me la faire rater.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 3 – Nuit tranquille pour la ville. 8 aéroplanes allemands.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 3 janvier


Canonnade intermittente en quelques points du front. Nous avons réussi un coup de main dans la région au nord de Courtecon et ramené des prisonniers.
Rencontres de patrouilles au sud de Corbeny. Grande activité d’artillerie dans le secteur Beaumont-bois des Caurières.
Au cours de la journée; l’activité d’artillerie a été peu intense sur le front belge. Un détachement ennemi, protégé par de violents barrages, parvint à prendre pied dans un des postes alliés de la région de Merckem. Une énergique contre-attaque, prononcée immédiatement chassa du poste les Allemands qui laissèrent plusieurs prisonniers.
En Macédoine, activité d’artillerie dans la région de Guevgueli et sur les pentes orientales du Vetrenik. Calme sur le reste du front. Des avions ennemis ont bombardé des ambulances en arrière du front de Monastir.
En Italie, nombreux combats aériens. Des avions ennemis ont survolé Trevise et Mestre.
Les maximalistes russes ont envoyé une sommation à la Roumanie dont ils dénoncent l’accord avec Kaledine et les Cosaques.
Par contre, ils ont décidé de reconnaître, sous certaines conditions, l’indépendance finlandaise.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 4 août 1917

Louis Guédet

Samedi 4 août 1917

1057ème et 1055ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2  Nuit assez calme, 2 bombardements d’alerte à 10h1/2 et 11h1/2. Pluie torrentielle toute la nuit, le matin le calme. Hier anniversaire de la déclaration de Guerre, pas un obus n’est tombé sur la Ville !! Le fait est tellement extraordinaire que je ne puis m’empêcher de le signaler.

Hélas ! nous ne perdons certainement pas pour attendre ! Serons-nous jamais dégagés, serons-nous saufs les quelques rares têtes restées ici, quand même, pour ne pas laisser mourir notre cité.

Jusqu’à cette heure, rien de saillant.

4h1/2 soir  Rien, temps lourd fatiguant, de la pluie. Je suis tout désemparé, décomposé. Je crois que je tomberai bientôt malade. Je n’ai plus de forces ni de courage. Et puis à quoi bon ! Quand on est malheureux, on l’est pour toujours : on ne peut rien contre la Fatalité et la Malédiction.

Voilà 54 ans que je mène une vie d’honneur et de travail, et comme récompense la ruine, la misère et voir souffrir autour de moi tous ceux que j’aime, femme et enfants ! Alors comment ne pas désespérer, et douter de tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 août 1917 – Matinée très calme.

Après déjeuner, tandis que nous faisons une courte prome­nade, Cullier et moi et alors que nous passons place d’Erlon, un premier obus siffle brusquement pour aller éclater du côté de la gare. Il est suivi de quelques autres qui tombent sur le centre, rue du Petit-Four, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Source : Gallica


Cardinal Luçon

Samedi 4 – + 14°. Nuit tranquille. Pluie abondante, diluvienne à certains moments. A partir de minuit, nuit tranquille à Reims. Expédié Lettre aux Cardinaux Pro Codice. Journée assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 4 août

Situation sans changement en Belgique, sur le front français. Le mauvais temps continue. Journée relativement calme au nord de l’Aisne.
A l’est de Cerny, les Allemands ont tenté d’aborder nos lignes; arrêtée par nos feux, l’attaque ennemie a complètement échoué.
Sur les deux rives de la Meuse, activité intermittente des deux artilleries.
Les Anglais ont repris Saint-Julien, en Flandre, et progressé autour de Hollebecke.
Les Allemands les ont attaqués sur leurs positions de Infantery Hill, à l’est de Monchy-le-Preux. Ils sont parvenus, après un violent bombardement préparatoire, à prendre pied un moment dans quelques éléments de tranchées de première ligne. Mais nos Alliés, par des contre-attaques qui leur ont valu un certain nombre de prisonniers, ont repris une partie du terrain perdu. L’ennemi a, en outre, tenté des coups de main sur les tranchées au sud-est de Quéant et attaqué un poste au nord-ouest de Warneton. Il a été partout rejeté.
Les Autrichiens annoncent avoir repris Czernovitz, la capitale de la Bukovine. Ils reconnaissent toutefois que les Russes offrent plus de résistance qu’auparavant.
Le gouvernement provisoire russe a dissous la Diète de Finlande et provoqué de nouvelles élections.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 26 février 1917

Louis Guédet

Lundi 26 février 1917

898ème et 896ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris, brumeux, nuageux, moins froid qu’hier. Le calme et le silence. Il m’a été confirmé qu’un avion allemand avait été abattu hier dans nos lignes vers Champigny. Ce matin fort affairé et dérangé continuellement, vu le médecin qui me dit qu’Adèle serait remise dans 3/4 jours. En attendant elle est au lit. Après-midi 2h levée de scellés place Drouet d’Erlon, fait des courses, été chez l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, pour lui remettre diverses sommes pour nourrir sa fondation, culte, etc…  de la part de Madame Mareschal. Causé un instant avec Pierre Lelarge qui sortait de chez l’abbé, il me disait qu’il trouvait que j’avais vraiment de la vertu d’avoir pris la charge de juge de Paix. Je lui ai répondu que bien que peu courue il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour prendre la corvée. De là passé aux Galeries Rémoises pour des bas pour ma chère femme et rentré chez moi travailler. Journée monotone comme tant d’autres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille ; + 9°. Échange de coups de canons dans la journée. Visite de M. Favre pour fixer la messe de la Croix-Rouge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 26 février

Nos reconnaissances ont effectué avec succès deux coups de main sur des postes ennemis en forêt d’Apremont et au nord de . Notre artillerie s’est montrée active dans la région du Mort-Homme. Nos tirs de destruction ont donné de bons résultats. Canonnades intermittentes sur quelques points du front de Lorraine et des Vosges.

Une de nos escadrilles a bombardé efficacement les gares de Grandpré et de Romagne-sous-Montfaucon.

Sur le front belge, lutte à coups de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas. Actions d’artillerie sur divers points.

Les Turcs avouent un échec en Mésopotamie, à Fellahié.

Sur le front italien, activité d’artillerie dans la vallée de l’Astico, dans le val Travignolo, à la tête du Cordevole, dans la région de But, à l’est de Gorizia. Echecs autrichiens sur le haut plateau d’Asiago, au Pal Grande et à Studena Bassa, sur le torrent de Pontebbana.

Sur le front russe, dans la région de Semenki-Letscheniaty (sud du lac Wichnawski), les Allemands ont émis des gaz que le vent a retournés contre eux.

Un sous-marin allemand a torpillé sept navires hollandais au large de Falmouth, et alors que ces navires, par suite des négociations intervenues, se croyaient en sécurité. La colère est grande aux Pays-Bas.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

badonviller

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Jeudi 8 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 11 février 1917

883ème et 881ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Toujours le même temps, peut-être plus froid qu’hier. Pas encore sorti, traîné pour me lever et m’habiller, cela pour le temps, que faire ? J’attends la messe de 11h1/4 à St Jacques. Il n’y fera pas chaud, elle est à tous vents. Dehors 4° au-dessous et dans ma chambre 4° au-dessus…  par ce soleil et avec du feu. J’ai froid. J’ai froid. J’ai froid au cœur et à l’âme. Misérable vie, triste vie, souffrir toujours…  toujours, c’est trop !

5h soir  Vers deux heures le temps magnifique m’incite à sortir porter mes lettres rue de Vesle, puis désœuvré je vaque, j’erre par la Ville, avenue de Paris, chemin Passe-Demoiselles, rue de Courlancy, rue du Pont-Neuf (rue Léo Lagrange depuis 1946), les allées des Tilleuls en revenant sur le Pont de Vesle. Je pousse jusqu’au pont de bois militaire de l’avenue Brébant pour retomber à la Brasserie du XXème siècle (lieu de détente détruit quelques temps après et reconstruit à l’identique en 1920, actuellement locaux d’une entreprise de transports), où dans un terrain vague jouent au football des enfants de 12 à 15 ans. Des obus se mettent à siffler, ces gamins continuent à jouer et l’un d’eux de dire au 1er obus : « T’en fait pas, on les aura !!! » puis de courir après leur ballon sans plus. Je reprends le canal, passe boulevard Louis Roederer, Drouet d’Erlon et chez Michaud pour un journal. Au débouché de la rue du Clou dans le Fer, face au théâtre, je me heurte à Pierre Lelarge et mon Auguste Goulden !! Ils s’arrêtent et nous causons un instant comme si de rien n’était. Nulle allusion à son affaire ! Je demande des nouvelles des siens, etc…  Nous nous quittons et je rentre chez moi. Auguste Goulden reste ici maintenant. Singulière aventure. L’avenir dira peut-être la vérité sur tout cela, et sur les pressions qu’on aura faites pour obtenir presque son acquittement. Néanmoins, pour moi, il restera coupable. Ceci ne me regarde pas. Je n’ai qu’à être correct tout en restant fort réservé avec lui. J’en sais trop sur cette affaire.

Vu quelques patineurs sur la patinoire St Charles…  Cela m’a rappelé les temps heureux où je patinais avec passion à Châlons. Tout cela est passé, fini pour moi. Aurais-je jamais d’heureux jours ?! Je ne le crois pas. Tout est fini pour moi. J’ai trop souffert, je souffre trop. Je n’ai plus qu’à mourir…

Absence du feuillet 429.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 8 – 29ème anniversaire de ma Consécration. – 9°. Nuit tranquille ; visite d’un Capitaine attaché au Service du Prince de Monaco(1). Duel entre artilleries. Bombes sur batteries et tranchées. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le futur prince Louis II de Monaco qui montera sur le trône en 1922, fit ses études à St Cyr et servit comme général de brigade dans l’Armée française.

Jeudi 8 février

Rencontre de patrouilles au sud de la Somme, dans la région de Deniécourt, et à l’est de Soissons, près de Vailly.

En Argonne, un coup de main allemand sur une de nos tranchées vers Bourémelles n’a rapporté que des pertes à l’ennemi.

En Lorraine, après un vif bombardement de la région d’Emberménil-Voho, les Allemands ont attaqué en fin de journée, un saillant de nos lignes vers Emberménil. Contre-attaqué aussitôt, l’ennemi a été chassé des éléments avancés où il avait pris pied. Notre ligne est intégralement rétablie; nous avons fait des prisonniers.

En Haute-Alsace, une tentative de l’ennemi dans la région de Seppois a été arrêtée net par nos feux.

Sur le front belge, canonnade autour de Dixmude et de Steenstraete.

Combats sur le front russe, le long de la Bérézina et sur le front roumain, le long du Sereth.

L’armée anglaise a occupé le village de Grandcourt qu’elle a forcé les Allemands à évacuer.

La Suisse a accepté de représenter les intérêts allemands à Paris, en remplacement de l’Amérique.

L’Espagne publie le texte de la protestation très digne qu’elle a remise au gouvernement de Berlin et qui mentionne en même temps son désir de coopérer à la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Deniécourt

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Vendredi 13 octobre 1916

Louis Guédet

13 octobre 1916

…Autre son de cloche. Le chauffeur du commissaire Central (?) M. Honoré, comme je repassais tout (rayé) courut après moi place d’Erlon au coin de St Jacques et me dit : Ah ! M. Guédet, vous ne savez pas le raffut que font contre vous Colas et Girardot. Ils écrivent au Chef d’Armée, au ministère de la Guerre, au Ministre de la Justice. Colas ne décolère pas contre vous !! Mais si vous sauf mon avis, çà ne prendra pas et j’espère bien que ce sera ces 2 pierrots là qui seront déboulonnés. Je ne savais pas que j’avais déchainé une telle rage et une telle fureur. Mon Dieu, cela ne m’émotionne guère. J’ai pris cette charge de juge de Paix pour rendre service au Tribunal, si on me demande, on exige, ma démission, je m’exécuterai. Cela me sera dur, mais je n’aurais rien à me reprocher du moins.

De plus il m’a dit que Colas faisait courir le bruit qu’il avait donné l’ordre au Commissaire Central de me laver la tête et de m’attraper en m’éreintant et ils ajoutaient que Palliet m’a arrangé de la belle manière !! On voit ce que cela a été plus haut le 6 octobre, mais je suis enchanté de cela car Palliet m’a menti dans sa lettre en me disant que Colas ne l’avait par chargé de me faire des observations, etc…  Joli Monde ! En tout cas Colas lui a intimé l’ordre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 13 – Nuit tranquille. + 14°. A 8 h. des bombes sifflent sur batteries. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 13 octobre

Les Anglais ont attaqué les hauteurs qui séparent leur front de la route Bapaume-Péronne. L’opération, qui leur a valu de faire un certain nombre de prisonniers, a donné de très bons résultats. L’ennemi a bombardé les positions britanniques de le Sars et du nord de Courcelette. L’aviation anglaise a montré beaucoup d’activité. Des bombes ont été jetées sur les lignes de communication et les aérodromes ennemis, ainsi que sur plusieurs détachements d’infanterie en marche.
Sur le front d’Orient, la cavalerie britannique s’est avancée jusqu’aux abords de Sérès.
Les Russes ont repoussé trois attaques sur le front de la Duna.
Les Italiens ont repoussé une série d’offensives autrichiennes au Pasubio, avec de très grosses pertes pour l’ennemi. D’autres attaques ont été brisées dans les hautes Alpes. L’infanterie italienne a complété ses avantages de la veille du côté de Gorizia et sur le Carso. Elle a fait 1771 prisonniers nouveaux dont 35 officiers.
Le gouvernement grec a accepté toutes les conditions que l’amiral Dartige du Fournet avait réclamées au nom des Alliés : internement de la marine, démantèlement des forts, contrôle des voies ferrées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 27 août 1915

Paul Hess

Sifflements à 16 h 1/2.

Nous avons appris hier, à la mairie, que M. Guernier, conseiller municipal, a été blessé par un éclat d’obus, alors qu’il circulait à bicyclette, place d’Erlon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Nuit tranquille. Visite de M. l’abbé Thomas appelé sous les drapeaux, de Madame Gérard, directrice du Pensionnat de la rue du Trésor. 4 h. 1/2, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Vendredi 27 Août 1915. J’ai reçu une lettre de Charlotte. Elle a appris qu’à Paris il y avait une famille qui était nos cousins et dont le fils s’appelle Paul Deschamps, de Sainte Suzanne. Ce serait donc celui-là dont j’aurais reçu l’avis de la Croix rouge. Tu vois, on serait peiné pour quelqu’un qui ne serait pas des nôtres. Ils ont invité Charlotte à aller les voir et elle a été saisie en entrant. Il y avait une jeune fille qui était tout mon portrait.

Mon pauvre tit Lou, Les jours passent quand même. Je me rappelle tous nos bons moments. Je nous revois encore avec le bocal de cerises que nous avions. Ta petite femme, tant qu’il n’a pas été vide, t’en donnait un petit verre tous les soirs et le dimanche matin nous nous levions à 10 heures et nous causions tous deux dans notre lit. Et quand j’ai été malade la première fois, tu ne pouvais pas manger. Tout cela, ce sont des souvenirs qui ne s’effacent pas et que l’on regrette. Notre bonheur a été trop court.

Aujourd’hui j’ai un peu d’espoir et je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Vendredi 27 août

Canonnade assez vive en Artois, autour de Souchez et de Neuville. Actions d’artillerie aussi dans la région de Roye et dans la vallée de l’Aisne, où nous avons visé les organisations allemandes au nord de Soissons.
L’ennemi bombarde Reims, tandis que nous exécutons un tir efficace sur ses tranchées à Cernay-les-Reims.
Lutte de grenades et de pétards en Argonne. Duels d’artillerie à Flirey, en Woëvre, à la Fontenelle, et à Lusse, dans les Vosges, dans la vallée de la Doller, en Alsace.
Grande activité de nos avions. L’un d’eux opère au-dessus de la gare d’Offenbourg (grand-duché de Bade); 62 au-dessus des hauts fourneaux de Dillingen, près de Sarrelouis; nos appareils bombardent des cantonnements à Pannes et à Baussant, en Woëvre, à Grandpré, Châtel, Cernay et Fléville, en Argonne; à Tergnier, la gare; à Vitry-en-Artois, le parc d’aviation; à Boisleux, la gare a reçu des obus. 60 avions français, anglais et belges ont allumé des incendies dans la forêt d’Houthulst. 127 obus ont été lancés par une escadrille sur la gare de Noyon.
Les italiens ont remporté un succès dans la région de Tonale.
Les Russes maintiennent les Austro-Allemands, qui tachent de converger vers Brest-Litovsk.
M. Pachitch, premier ministre serbe, s’est rendu auprès du régent de Serbie pour arrêter, d’accord avec lui, les termes de la note a remettre à la Quadruple Ent
ente.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 21 août 1915

Louis Guédet

Samedi 21 août 1915

343ème et 341ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Nuit calme, matinée de même. Vaqué à nos affaires, et attendu prudemment pour sortir l’après-midi. En effet à 2h sonnant la danse a recommencée, comme depuis 5 jours ! C’est notre quartier qui a écopé. Varin 2 obus, Pharmacie de Paris 1 obus, dans notre rue, rue du Clou dans le Fer 2/3 obus, rue de Vesle chez Madame Luzzani, près de Venot place d’Erlon (5/6 victimes), etc… Enfin nous étions aux premières loges. Passé cette heure angoissante dans la cave. Ils tiraient par rafales de 2 – 3 – 4 obus à la fois. Je tremblais pour mes pauvres épaves qui sont chez Martinet. Quelle misère et quelle vie. J’ai rencontré à nouveau cette espèce de métronisation du cœur quand les obus sifflaient bas au-dessus de ma tête, mon pouls battait plus vite et fort. J’étais et je suis fiévreux. Et j’ai aussi remarqué que cette émotion ? influait sur ma vue, une espèce de fatigue nerveuse, qui me gêne pendant quelques heures pour fixer les objets de loin dans la rue notamment, c’est assez singulier, mais c’est bien gênant, je suis obligé de faire un effort pour fixer et distinguer l’objet que je regarde. Hélas quand ce sera fini, je paierai certainement tout cela, c’est trop et trop long, à moins que je ne succombe avant la fin ! Je suis si las ! si découragé ! si désemparé !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 14 heures, le bombardement reprend comme les jours pré­cédents. Quelques sifflements isolés se perçoivent d’abord puis, rapidement, les obus arrivent aujourd’hui, par rafales de quatre.

Le personnel de l’hôtel de ville, qui vient de rentrer dans les bureaux, en sort pour se diriger vers les sous-sols ou se répandre dans les couloirs. Ceux-ci sont vraiment trop bruyants ; je préfère rester à la « comptabilité », d’où j’entendrai au moins les sifflements, tout en profitant de cette interruption forcée pour fumer quelques cigarettes. Ce bombardement assez violent, dure une heure envi­ron.

A 15 h 1/4, chacun a regagné sa place et repris ses occupa­tions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 21 – Nuit tranquille ; matinée item. 2 h. grosse bombe sifflante ; très violent bombardement sur la ville, bombes très lourdes, gros calibre. (Théâtre, Palais de Justice, maison Luzzani rue de Vesle (où avait couché Napoléon I), dit M. Compant. Visite de M. Claudin, du P. Lazariste de Roure (supérieur). On dit aux Petites Sœurs des Pauvres, à l’Hôtel de Ville, qu’il y a 15 victimes. Une derrière la maison de M. Compant (faux) 3 Maison Luzzani.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 21 Août 1915. Sur Le petit Parisien nous avons fait mettre nous deux Charlotte ton nom et celui de Paul avec toutes les explications que nous avons pu donner. Si seulement cela réussissait ! Depuis si longtemps, quand tous mes souvenirs me repassent par la tête, quelle souffrance j’endure. Et ce que je regrette le plus, vois-tu, c’est notre petit nid de la rue de Nogent. Qu’on y était bien ! Redeviendrons nous aussi heureux ? Reviendras-tu mon Charles ?

J’ai reçu la nouvelle que M. Commeaux est mort à Épernay. Encore un de moins. Mais sais-tu mon Charles, j’appréhende maintenant de rentrer chez moi. Mon commerce ne marchant plus, ils ne vont peut-être pas me le rendre. J’aime mieux ne pas y penser. Je ne sens plus ma pauvre tête. Je ne suis heureuse que quand je dors. Dormir toujours, que ce serait bon…

Je t’aime toujours mon Charles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Collection Gallica-BNF

Samedi 21 août

Bombardement réciproque à Bailly, sur les bords de l’Oise, au plateau Quennevieres; en Champagne, à Perthes-Beauséjour; entre Argonne et Meuse (région de Béthincourt-Haucourt).
En Artois, après une violente action d’artillerie et trois nouvelles contre-attaques, l’ennemi a réussi à reprendre pied dans les tranchées que nous lui avions enlevées sur le chemin d’Ablain à Angres. Il a subi des pertes sensibles.
Lutte de mines dans l’Argonne, à Vienne-le-Château; coups de pétards et de grenades dans le secteur de Saint-Hubert et de Marie-Thérèse.
Les pertes allemandes ont été très importantes au Lingekopf et au Schratzmaennele, en Alsace. On a trouvé un grand nombre de cadavres ennemis dans les 250 mètres de tranchées que nous avons conquis.
Aux Dardanelles, combats de patrouilles et lutte d’artillerie dans la zone sud. Dans la zone nord, l’aile gauche anglaise a réalisé des progrès dans la plaine d’Anasarta.
Les Allemands annoncent qu’ils ont pris Novo-Georgiewsk, où ils auraient capturé du matériel.
Un sous-marin avait torpillé, le 19, le steamer anglais Arabic. On apprend que six passagers, dont trois Américains et trente-huit marins ont péri. Cet acte de banditisme surexcite à nouveau les colères américaines.
M. de Bethmann-Hollweg a prononcé, au Reichstag, un discours où il essaie de justifier sa poli
tique.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 20 août 1915

Louis Guédet

Vendredi 20 août 1915

342ème et 340ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Même leitmotiv. Nuit calme. Présidé commission d’allocations militaires ce matin. Bombardement de 2h à 3h rues Buirette, de Thillois, place d’Erlon, descendu à la cave à cause d’un inspecteur d’enregistrement de Sézanne, M. (en blanc) qui entendait cela pour la première fois. Il y était encore quand je suis sorti pour faire mes courses !! Il n’en a pas l’habitude ! Je suis toujours fort las et découragé. L’abbé Andrieux me disait hier qu’il avait demandé à prendre ses 4 jours de permissions parce qu’il craignait une attaque générale due à l’initiative des allemands vers le 8 septembre, et qu’il désirait être là près de ses fusiliers marins lorsque la danse commencerait. Dieu l’entende et qu’enfin nous soyons enfin délivrés. Je ne tiens plus. Je n’ai même plus de volonté. Je me tiens à mon devoir que machinalement. Je suis usé. J’ai tellement souffert ! Que d’épreuves ! Je n’en puis plus !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

À 14 h 15, ainsi qu’hier, les sifflements suivis d’explosions à peu de distance de la mairie, recommencent à se faire entendre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille. Matin item. A 2 h. Visite aux blessés am­bulance n°17 ; blessés civils des derniers jours. Bombes nous obligent à retarder notre retour.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 20 Août 1915. Il y a des lettres que j’avais envoyées à des prisonniers qui me sont revenues avec la mention ‘inconnu’. Tiens, je n’avais pas pensé à te dire que l’oncle Edouard avait eu un accident. Il a été piétiné par ses chevaux à la gare Saint Charles où on expédie les marchandises. Transporté à l’hôpital, il y est mort aujourd’hui. Il n’a été que 10 jours malade.

En même temps que lui on enterre une jeune dame Courte du faubourg Céres qui a été tuée par le bombardement. Elle laisse trois petits enfants et son mari est au feu. C’est que c’est une drôle de vie à Reims. Tous les jours en ce moment on compte une dizaine de victimes. Les nôtres tirent aussi beaucoup. Les 75 qui se trouvent caserne Jeanne d’Arc ont fait feu à volonté pendant une heure. A ce qu’il paraît, ils auraient détruit un ouvrage boche au Linguet. Mais ça n’avance pas vite.

J’ai vu Reppel et le cousin Émile Rollin aujourd’hui. Ils sont en permission et ils ont poussé jusqu’à Reims. Ils sont saisis de voir la ville comme cela et encore plus d’entendre le bombardement. Ils ne sont pas au feu ; ils sont à Troyes.

Enfin encore une journée. Je te quitte mon chipot. A toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 20 août

Grande activité sur le front en Artois. Nous avons pris le carrefour de la route Béthune-Arras et du chemin d’Ablain-Angres, où la position allemande faisait saillant dans notre avant-ligne. Nous avons capturé cinq mitrailleuses et un certain nombre de prisonniers.
Au nord de Carleul, l’ennemi qui avait bombardé nos positions à courte distance a ensuite tenté des attaques que nous avons repoussées. Fusillade dans la région Berles-Adinfer.
Canonnade entre Oise et Aisne, dans le secteur de Vailly, ainsi qu’à Quennevières et à Nouvron.
En Argonne, notre artillerie manifeste sa supériorité à la Fontaine-aux-Charmes et à Marie-Thérèse.
Lutte dans les Vosges, sur le sommet du Linge. Nous prenons une tranchée au Schratzmaennele.
Les Allemands sont entrés dans Kovno, où ils prétendent avoir saisi un matériel important.
Les Italiens ont démoli un fort au Tonale et en ont occupé l’emplacement. Sur toute la ligne de l’Isonzo, ils demeurent inébranlables dans leurs positions, malgré les offensives réitérées des Autrichiens.
M. Pachitch a convoqué la Chambre serbe en séance secrète pour lui communiquer les proposition de la Quadruple Entente.
Les journaux italiens réclament de nouveau la rupture avec la T
urquie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mardi 20 juillet 1915

Paul Hess

A 11 heures, un violent bombardement commence, alors que nous sommes à travailler tranquillement, au bureau. Personnellement, je suis occupé, à ce moment, avec trois ou quatre boulangers et commerçants qui m’entourent, attendant des bons de livraison de farine, essence, etc.

Au premier sifflement, en succèdent d’autres très rapprochés et avant qu’il m’ait été possible d’établir les pièces pur tout ce qui m’a été demandé, un shrapnell de 105 vient éclater sur la partie du bâtiment de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Écritoire, au 1er étage.

L’explosion nous a fait quitter le bureau ; le personnel des différents services s’était déjà répandu, partie dans les couloirs, partie dans les sous-sols – et le tir continue, venant de plusieurs côtés. il est très serré jusqu’à midi. Trois cent cinquante à quatre cents projectiles sont ainsi envoyés sur la ville, ajoutant de nouveaux dégâts considérables dans le quartier de la cathédrale, touchée elle-même encore plusieurs fois, le Barbâtre, la rue de Vesle, la place d’Erlon, la rue des Moulins, la rue Petit-Roland, etc.

On signale neuf tués et une vingtaine de blessés.

A midi dix, le calme paraissant revenu, M. Vigogne et moi pouvons quitter la mairie pour aller déjeuner.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Rue de la Grosse Ecritoire – Photographie : Gallica-BNF fond Valois


Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon contre les avions allemands. Vers 4 h 1/2 à 5h du soir. De 11 heures à midi, Conseil. Bombardement terrible : n tué, trois blessés mortellement à Saint-Marcoul ; A « L’Homme d’Osier », 2 jeunes filles tuées, une coupée en deux ; 30 blessés.

Visite au Bon-Pasteur : 1 bombe dans la salle de bains. A la Visitation, 4 bombes.

A la Cathédrale, la fenêtre de la Chapelle Saint-Joseph perd son meneau, un obus frappe et meurtrit un contrefort.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 20 juillet

L’ennemi bombarde, en Belgique, nos tranchées de Saint-Georges, ainsi que le village et l’église de Boesinghe.
En Artois, attaque d’infanterie repoussée sur un front de 1200 mètres, près de Souchez.
En Argonne, à Saint-Hubert, une offensive allemande est rejetée.
Sur les Hauts-de-Meuse, près de Sonvaux, deux offensives ennemies ont été brisées; une série d’attaques secondaires sont enrayées avec de fortes pertes pour nos adversaires.
Combats d’avant-postes, en Lorraine, près de Manhoué, sur la Seille, et près de Parroy.
La lutte a atteint à son maximum d’acuité sur le front oriental. L’ennemi a remporté quelques avantages sur la Wieprz et dans la région de Prasnych, mais partout ailleurs il a été battu et a laissé de nombreux morts sur le terrain. Les Russes ont fait 500 prisonniers en Courlande, près de Chavli, et plus de 2000 sur le Dniester, où ils ont aussi capturé des mitrailleuses.
La flotte italienne a bombardé les forts de Cattaro qu’elle a endommagés. Au retour, le croiseur Guiseppe Garibaldi a été torpillé par un sous-marin autrichien. L’armée italienne a remporté une victoire sur le plateau de Carso, près de Gorizia, et fait 2000 prisonn
iers.

Source : La guerre au jour le jour

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« L’Eclaireur de l’Est » du mardi 1er mai 1917

« L’Eclaireur de l’Est » est un petit journal très populaire à Reims avant et pendant la Première Guerre Mondiale. Paul Hess dans son livre « La Vie à Reims pendant la Guerre 1914-1918 » (éditions Anthropos) y fait souvent référence, car c’est un des rares moyens qu’ont les Rémois pour se tenir informés sur la situation locale et nationale.

Voici l’édition du 1er mai 1917 :

Document de Vincent Piniarski

"L'Eclaireur de l'Est" du mardi 1er mai 1917
"L'Eclaireur de l'Est" du mardi 1er mai 1917

En 1911, Paul Marchandeau (ancien maire de Reims) fait ses débuts à L’Eclaireur de l’Est, il deviendra rapidement rédacteur en chef puis directeur de la publication.

A la reconstruction de Reims le journal s’installe dans de nouveaux locaux situés aux 87-91 place d’Erlon.

Après la Seconde Guerre Mondiale, L’Eclaireur de l’Est devient L’Union Champenoise puis L’Union.

Aujourd’hui le journal L’Union est installé dans le quartier Clairmarais mais les locaux historiques de la place d’Erlon sont toujours visibles.

 

"L'Eclaireur de l'Est" du mardi 1er mai 1917
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Mercredi 24 mars 1915

Paul Hess

Nous avons encore été bombardés dans la matinée hier, simple canonnade.

– Après avoir obtenu, à la mairie, la permission de me rendre, pour la première fois, dans ma famille à Épernay, j’avais eu d’idée, en vue d’éviter la perte d’une journée pour le voyage (1), non pas de solliciter le laissez-passer exigé, mais de demander au général commandant la 5e armée, qui seul pouvait l’accorder, l’autorisation de prendre la place qui m’avait été offerte, dans l’une des voitures automobiles affectées au service municipal de ravitaillement, puisqu’elles font journellement le trajet Reims-Épernay. J’aurais eu ainsi pour trois quarts d’heure en plus de parcours.

La réponse suivante a été faite à ma demande :

Ve Armée – État-major – 2e Bureau
Q.G. le 21 mars 1915
Le général commandant la Ve armée,

à Monsieur Paul Émile Hess, 8, rue Bonhomme, à Reims.

Je vous autorise à vous rendre par chemin de fer et voiture à Épernay (aller et retour).

Il n’est pas possible de vous accorder un permis de circuler en automobile pour effectuer ce déplacement.

L’autorisation qui vous est accordée est valable jusqu’au trente et un mars 1915.

P.O. le chef du 2e Bureau
Signé : E. Girard

Donc, le 25, après avoir annoncé mon voyage depuis plusieurs jours, je me mets en route, muni de ce laissez-passer et impatient dès le départ, d’arriver à Épernay auprès des miens – puis, nous avons tous la grande joie de pouvoir, pendant quatre jours, revivre en famille, dans l’atmosphère qui nous fait si complètement défaut de part et d’autre. Mon beau-père, rencontré par un heureux hasard à Dormans, à l’aller, peut même venir passer avec nous la journée du dimanche 28, fête des Rameaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Pour le voyage Reims-Epernay, il fallait prendre, sur la place d’Erlon, à 7 h 1/2, une voiture transportant les voyageurs à Pargny-les-Reims tête de ligne du CBR qui conduisait à Dormans pour midi et demie. On ne trouvait ensuite un train de la Cie de l’Est, Paris-Dormans-Epernay qu’à 16 h 1/2, avec arrivée à 17 heures.


Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille. Visite au Bon-Pasteur, à l’Enfant-Jésus. Visite à Sainte-Clotilde et de Saint-Remi accompagné de M. Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Réfugiée à Epernay

ob_dd8317_amicarte51-100Épernay, le 26 février 1915
Mademoiselle,
le bombardement du 21 m’a forcé de quitter Reims.
Je suis réfugiée à Épernay avec ma famille depuis le 24.
Je vous écrirai une plus longue lettre ces jours-ci.
Mes respects à votre famille
.
(signature illisible)

Encore un courrier expédié d’Épernay… par une personne ayant fui Reims bombardée, et certainement hébergée dans de la famille.
Un courrier un peu court pour en dire plus, Épernay reste effectivement une ville relativement tranquille et préservée.

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En revanche, ces bombardements du 21 février sont restés tristement célèbres, comme on peut le lire dans le Matot-Braine de 1915-1917.
Reims. – La nuit du 21 au 22 février marquera dans les annales de notre cité et pourra s’appeler la Nuit terrible. De 9 heures du soir à 2 heures et demie du matin, ce fut une averse ininterrompue d’obus et de bombes incendiaires sur le 4e canton.
Nombre de maisons ne sont plus que des ruines. Incendies Esplanade Cérès, rue Pluche, rue Saint-Crépin, rue du Grenier-à-Sel, Place des Marchés, derrière les Halles; impasse Saint-Jacques.
Effondrements place Drouet-d’Erlon, rues Caqué, des Poissonnuers, Cérès, Clovis, Andrieux, rues de Vesles, Gambetta (en face de l’église Saint-Maurice), rues Pasteur et du Carrouge, etc.
La librairie catholique d’Armand Lefèvre, rue du Clou-dans-le-Fer, est aussi incendiée. La cathédrale a également souffert, sa voûte intérieure qui avait résisté jusqu’ici est crevée.
On compte une vingtaine de tués parmi la population civile et de n
ombreux blessés.

On ne peut que le constater, une bien triste hécatombe.

Quant à la carte envoyée, elle représente le Temple protestant, au 13 du boulevard Lundy (orthographié Lundi sur la carte) à Reims, qui lui non plus, n’a pas été épargné, et bombardé le 19 septembre 1914.
Un nouveau Temple protestant a été reconstruit en lieu et place, par l’architecte Ch. Letrosne à partir de 1921, et consacré le 24 juin 1923.

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Le Temple Protestant, avant 1914… et le Temple reconstruit en 1921.

Petite étrangeté cependant, une vignette de la Grande Semaine d’Aviation de la Champagne en juillet 1910 a été collée sur le recto de la carte postale… ??? pour décorer ?

Ci-dessous quelques cartes des destructions, suite aux bombardements de Reims du 21 février 1915.

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Mardi 23 février 1915

Loiuis Guédet

Mardi 23 février 1915

164ème et 162ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Journée calme, quelques bombes, mais on n’y fait pas attention. Bonne journée, occupée. Je suis allé à la Ville (Mairie) pour fixer une séance d’allocation comme juge de Paix. Entendu pour le jeudi 29 à 9h, ce ne sera pas long m’a-t-on dit. Après-midi à 1h assisté jusqu’à 4h1/2 à l’audience de simple police du 3ème canton que je puis être appelé à présider le cas échéant, qui se trouvait dans les cryptes du Palais de Justice. On se serait cru au Moyen-âge, le canon en plus. Toute la bande de malheureux, les uns intéressants, les autres non, des tristes, des drôles, des brutes. Une affaire entre autres m’a amusé. Une femme, à bonne langue je vous prie de le croire, avait eu l’idée assez drôle en passant dans la rue de passer la main sur la pilosité d’un nommé Furet qui causait avec 2 militaires et de le traiter de : Lagardère ! D’où échange de propos aigres-doux qui du reste allaient jusqu’aux coups. Scène devant le juge assez drôle de tous ces gens, sous la coupole de cette crypte  moyenâgeuse, inculpés, prévenus, témoins, etc…   et le public se disputant, s’interpellant, s’injuriant. Bref, condamnation de la coupable qui avait voulu trop caresser l’épine dorsale tortueuse de Furet à 2 Fr d’amende. Alors, dans un mouvement de protestation, la condamnée de s’écrier : « Mais M’sieur le juge, il (le coupable) n’a qu’une bosse, ce n’est pas juste, ce ne devrait être que 20 sous !! Rire général et le canon tonnait comme il tonne en ce moment.

Notre martyre cessera-t-il enfin !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sitôt levé, j’inspecte les décombres de la cour, rue Bonhomme, parmi lesquels je retrouve les quatre parties dispersées d’un petit fourneau à alcool, déjà remonté de ma cave effondrée rue de la Grue 7, après les incendies du 19 septembre 1914. Quoique sérieusement endommagés, ces débris assemblés reconstituent complètement l’ustensile, qui pourra resservir à faire chauffer, chaque matin, mon déjeuner, dans une casserole ramassée d’un autre côté, fortement bosselée, mais qui malgré cela reste encore également utilisable.

– Ce matin, la curiosité me poussant, je quitte la maison de bonne heure car je voudrais, tout en allant au bureau, avoir un aperçu des dégâts occasionnés en ville par l’épouvantable bombardement de la nuit du 21 au 22 février et, en faisant une assez longue promenade, je puis me rendre compte qu’ils sont véritablement effroyables, ce n’est pas trop dire.

Place d’Erlon, la maison n°39 d’abord, puis celles comprises avec le n° 59 dans la largeur de trois arcades, sont entièrement abattues, de toue leur hauteur – contenant et contenu ; elles ne présentent à la vue, du fait de l’explosion de « gros calibres », que l’horreur d’une salade indéfinissable, dans laquelle tout ce qu’elles pouvaient renfermer – mobiliers, ustensiles – a été brutalement mélangé aux ruines des constructions disloquées, aussi bien planchers des différents étages, que charpente et escaliers.

Rue des Poissonniers, l’immeuble n°6 est démoli en grande partie. Rue Jeanne-d’Arc, plusieurs maisons ouvertes par le haut, n’ont plus, au-dessus du premier étage qu’un amoncellement semblable à ce qui existe ailleurs.

Ici, dans une maison écroulée, au mur de la façade dégringolé, on voit un fourneau de cuisine resté seul intact, dans un angle du fond, comme suspendu sur un bout de plancher, à hauteur du 2e étage. Là, une cheminée supportant une pendule et quelques tableaux encore accrochés à un mur, sont tout ce qui est demeuré sur place, quand tout le reste, matériaux et mobilier est en tas.

Mais le n°31 de la rue Clovis offre, sans conteste, l’aspect le plus bizarre, dans ce qu’il m’est permis de voir au cours de cette tournée. La maison s’est effondrée complètement sur elle-même, avec toute sa structure et l’ameublement des appartements. L’ensemble est recouvert, à un mètre cinquante à peine du sol, par la toiture demeurée entière, à laquelle sont restées attachées la plupart des ardoises. Je m’arrête un instant parce que j’aperçois derrière le pan de mur encore debout, sur rue, un piano dont c’était sans doute la place, au rez-de-chaussée. Comment n’a-t-il pas été écrasé ? Il paraît intact dans ce chaos ; sa partie haute dépasse ce qui subsiste de la maçonnerie et je pourrais la toucher en passant mon bras sous le toit. Curieux et terribles effets d’un 210, là aussi.

Les incendies allumés sur bien des ponts, en cette nuit tragique, ne semblent pas s’être propagés comme le 19 septembre 1914 et les jours suivants. Cette fois, ils ont dû être localisés. Il est à remarquer que bon nombre d’incendiaires dont les traces ont été reconnues, parmi la grande quantité d’obus tirés sur Reims, n’ont pas ajouté les ravages du feu aux dégâts du projectile.

La cathédrale, pendant cet accès de rage de l’ennemi, qui a duré près de six longues heures, a été de nouveau gravement mutilée. Sa voûte est crevée, la tour nord a été attente à mi-hauteur et l’abside encore abîmée ainsi que différentes parties du pourtour.

Les Rémois s’accordent à dire que les Allemands ont procédé à leur œuvre de destruction par un tir convergent, en bombardant de diverses directions.

Lorsque les projectiles sillonnaient l’espace, j’ai eu la sensation, par leurs sifflements provenant de sens très différents, souvent opposés, que des pièces de tous calibres devaient tirer – ainsi que nous les avions entendues déjà bien souvent – du côté de Brimont, de Fresne, comme de Witry, Berru ou Nogent et encore d’endroits éloignés situés plus au sud-est de notre ville et, c’est en somme l’avis général, sur cette triste séance, pendant laquelle notre artillerie ne s’est guère fait entendre.

– Le bombardement a continué encore aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 23 – J’assiste, sur l’invitation – par envoi – d’un aumônier du Général Rouquerol – à l’enterrement d’un Lieutenant-Colonel d’artillerie, d’un Lieutenant d’artillerie, d’un gendarme, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 La Haubette - Collection : Pierre Fréville

La Haubette – Collection : Pierre Fréville


Eugène Chausson

23/2 Mardi – Temps gris, toute la journée et la nuit, bombes de temps à autre.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 23 février

Un zeppelin a bombardé Calais. Il a lancé dix bombes et tué cinq civils. Nos batteries ont démoli une pièce lourde installée à Lombaertzyde; nous dispersons des rassemblements entre Lys et Aisne. Les Allemands ont jeté de nouveau des obus sur Reims, qui a souffert. Sur le front Souain-Beauséjour, nous réalisons des progrès, enlevons des tranchées et des bois, et repoussons des contre-attaques. Nous avons fait à l’ennemi de nombreux prisonniers et lui avons infligé de grosses pertes. Notre infanterie et notre artillerie ont pris l’avantage en divers points dans l’Argonne. Nous consolidons nos progrès aux bois de Cheppy, entre Argonne et Meuse, comme aux Eparges (sud de Verdun), où nous avons enlevé la majeure partie des positions ennemies.
En Alsace, où des colonnes allemandes remontant les deux rives de la Fecht (près de Munster) avaient repoussé nos avant-postes, nous avons repris l’offensive et infligé a l’ennemi des pertes considérables.
Un vapeur américain a été coulé par une mine, à proximité de la côte allemande. Le gouvernement des États-Unis a prescrit une enquête.
Le bulletin de l’état-major russe explique la retraite des corps qui opéraient en Prusse orientale et qui maintenant sont à leur poste le long de la ligne fortifiée de Pologne.
Un conflit a éclaté à Constantinople, entre Enver bey et Talaat bey.
Le journal Giolittien de Turin, la Stampa, envisage la possibilité de moyens extrêmes pour réaliser les aspirations nationales de l’Italie.

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Dimanche 21 février 1915

Abbé Rémi Thinot

21 FEVRIER – dimanche –

Je monte à « 204 »[1], puis à Maison forestière, aujourd’hui, J’irai faire dimanche avec les troupiers.

Je vois les nouveaux cimetières que le 4ème Corps vient d’ouvrir, sur la gauche, dans le ravin. Il y a plusieurs corps qui attendent. Un troupier vient me demander, les larmes aux yeux, si je veux dire la prière des morts pour leur camarade. Je dis un De profondis.

Je cherche les dégâts de la veille. Heureusement, l’obus est tombé entre la maison et le puits.

La paroi de bois de la chambre est criblée ; la cervelle entière de l’infirmier a grêlé le plafond…

Dans les tranchées, c’est 30, 40, 50 centimètres d’eau, de boue visqueuse blanchâtre ; c’est inqualifiable… Je repasse par le grand entonnoir ; Je vais au-delà… Je distribue des médailles de la Ste Vierge ; Je cause avec les hommes… ils ne sont pas trop démolis…

Les obus tombent surtout vers la Corne du Bois… mêmes horreurs, cadavres accumulés etc…

Et nos obus passent, rageurs, et les marmites boches éclatent en face, en gerbes énormes.

[1] La cote 204

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La nuit a été calme.

En me rendant, ainsi que chaque semaine, place Amélie-Doublié, chez mon beau-frère Montier, je puis examiner en passant, un obus de 150 se trouvant à l’entrée gauche de la rue Lesage. Cet engin, entouré d’une petite barrière protectrice a roulé là, contre le trottoir, le vendredi 19 dans la matinée, après avoir défoncé, sans éclater, la façade de l’immeuble n° 1, à hauteur du premier étage.

– Canonnade toute la journée.

– A 21 heures, un bombardement commence ; son intensité lui donne tout de suite un caractère très dangereux. Je me lève donc sans tarder, afin de me rendre, ainsi qu’il a été convenu, dans le sous-sol de la maison d’à côté (n°10), où doivent se trouver la personne et son fils qui gardent cet immeuble. Peu de temps après mon arrivée, les deux voisines, mère et fille, demeurées en face, au n° 5, accourent à leur tour se réfugier là, comme elles en ont déjà l’habitude, pour ne pas rester seules de leur côté, de sorte que tous les habitants de la rue Bonhomme, d’accord en vue de se grouper dans pareille circonstance, sont réunis en cet endroit, au nombre de cinq.

C’est par rafales que les obus arrivent cette nuit ; à certains moments, il sont si rapprochés que nous en comptons jusqu’à dix et plus à la minute.

Nous entendons avec épouvante des explosions nombreuses dans le voisinage, mêlées toujours aux sifflements de nouvelles arrivées se croisant en tous sens, d’où nous pouvons déduire facilement que l’ennemi tire à volonté, de différents côté sur le centre de la ville et que de nombreuses batteries sont en action, de Brimont jusqu’à l’est de Reims.

Pour nous réchauffer, nous avons pris du café, que Mme Bauchard a pu préparer tout de même et nous sommes là, comme hébétés par la quantité considérable d’obus que nous entendons éclater sans arrêt pendant de longues heures, quand les douze coups de minuit somment à l’horloge de la mairie.

Nous ne cousions plus ; l’esprit tendu, nous retenions toute notre attention sur la perception des sifflements, mais à cet instant, une pensée commune a transformé les physionomies sur lesquelles s’esquisse même un sourire lorsque je dis :

« Tiens, le beffroi de l’hôtel de ville est encore debout ! »

C’est en effet une surprise, tant nous pouvions être persuadés de ne plus voir que des ruines lorsque nous sortirions de notre abri, car, cette fois, c’est la démolition en grand, à coups de canon de tous calibres.

Et la séance continue, sans aucun ralentissement dans cette pluie ininterrompue de projectiles, dont un certain nombre tombent dans nos environs immédiats, sans qu’on entende le moindre cri. Vacarme effroyable, coupé à de très courts intervalles par un silence de mort.

Une demi-heure environ s’est passée encore. Tout à coup, au milieu des autres, un sifflement sinistre qui s’accentue rapidement, nous donne nettement la notion d’un danger inévitable, car nous baissons tous la tête, et, en même temps que m’est venue la pensée : « C’est pour nous », le choc formidable auquel nous nous attendions, ainsi qu’une explosion terrible ébranlent la maison, alors qu’au-dessus nous entendons le fracas de matériaux projetés violemment et de vitres brisées. Je regarde l’heure : minuit 40.

Craignant les effets d’un obus incendiaire, car l’immeuble a été touché, ce n’est pas douteux, j’ouvre la porte du sous-sol pour aller immédiatement me rendre compte de ce qui est arrivé, mais un épais nuage de fumée toute noire l’a déjà envahi et cache complètement à ma vue l’escalier vers lequel je voulais me diriger. A tâtons, je m’y retrouve enfin et remontant lentement, je me dirige vers la cour après avoir jeté, en passant, un rapide coup d’œil dans le vestibule et, de là, j’aperçois tout de suite l’énorme brèche faite par l’obus dans le mur mitoyen avec la maison où je reçois l’hospitalité de la part de M. et Mme Ricard depuis le 30 novembre.

Fixé sur ce qu’il en est à la maison n°10, je sors pour aller au n°8 et j’ai la douleur de voir que le projectile, démolissant une grande partie de la cuisine, a éclaté après avoir, de ce côté, troué le mur de 0.60 de celle-ci et causé d’importants dégâts dans les deux propriétés.

Le bombardement est toujours aussi serré. Tandis que je suis remonté « chez moi », je m’avise cependant d’aller ouvrir la petite porte en fer du jardin, donnant sur la rue du Petit-Arsenal, afin de jeter simplement un coup d’œil sur les environs ; je reconnais vite qu’il ne ferait aps bon s’attarder là ou ailleurs. Les sifflements et les arrivées toutes proches continuent si bien, qu’au moment où je juge prudent de rentrer et de refermer vivement cette porte, des éclats viennent s’y heurter avec force. Je redescends donc au sous-sol de l’immeuble n°10, faire part de mes constatations.

Les sinistres qui ont été allumés par des obus incendiaires, vers la rue Courmeaux et l’esplanade Cérès, paraissent progresser ; j’ai remarqué leurs fortes lueurs au cours de mon inspection rapide.

A 1 h 50, nouvelle secousse. Un projectile vient d’entrer avec fracas dans la maison n°3 de la rue Bonhomme, éclatant à l’intérieur après avoir pénétré dans la maçonnerie, au-dessus de la porte sur rue. Nous entendons encore le bruit des vitres brisées, des éclats, des pierres retombant lourdement sur le pavé à la suite de leur projection en l’air, par l’explosion.

Vers 2 h 1/2, le tir se ralentit enfin. Il a duré cinq heures et demie sans discontinuité, à une moyenne de quatre à cinq coups à la minute. Tous, nous goûtons le calme attendu si longtemps, au cours de cette nuit infernale et nous avons grand besoin de repos.

Je remonte un peu plus tard, les sifflements ayant complètement cessé et, par précaution, avant de rentrer pour me coucher, je vais regarder où en est l’incendie de la rue Courmeaux, m’assurer de l’importance des autres sinistres du quartier, de la direction du vent et à 3 h, je suis allongé dans mon lit où je sommeille jusqu’à 6 heures.

La nuit tragique du 21 au 22 février fera époque pour les malheureux Rémois, qui en sont à se demander ce qui leur a valu un bombardement aussi férocement destructeur. Pour les témoins de ce vandalisme exacerbé, il était manifeste que les Allemands assouvissaient leur rage sur la cité de Reims et sur ses habitants – les civils.

Pourquoi ? Oh ! l’épouvantable fléau de la guerre.

Pendant ce bombardement atroce, une vingtaine de maisons ont brûlés, rue Courmeaux, esplanade Cérès, rue des Trois-Raisinets, rue du Marc, impasse Saint-Jacques, place des Marchés, rue des Capucins, etc. Quantité d’autres ont été démolies ; nombreuses sont celles qui ne l’ont été qu’en partie.

Une vingtaine de personnes ont été tuées – hommes, femmes surtout, et enfants – la plupart dans leur lit.

A ajouter, parait-il, aux victimes, le colonel du 42e d’artillerie, atteint, avec un autre officier, auprès du pont, avenue de Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Dimanche 21 – Nuit tranquille. Aéroplane, canons, bombes (?)

Nuit terrible : de 9 h à 2 h. bombes. Une chez nous ; 18 incendies flambent en ville. On parle de 1500, 1800 ou 2000 obus. Nos canons sont muets ou à peu près.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

21 – Dimanche. Temps gris. A 8 h du matin, tout est encore dans le calme le plus complet, l’après-midi, violente canonnade et bombes à 8 h 1/2 du soir, j’étais déjà au lit et j’étais même endormi lorsque le bombardement le plus terrible depuis le commencement du siège se déclenchait. Obus, bombes incendiaires de toutes sortes jusqu’à 10 h du soir. C’était terrible. Un obus par seconde ; de 10 à 11 h, un peu moins et alors ça recommence mais moins fort jusqu’à 1 h 3/4 du matin. 3100 obus environ sont tombés en ville causant des dégâts considérables. 5 incendies impasse Saint-Jacques, rue Buirette, place d’Erlon, des tués et des blessés. De 8 h 1/2 du soir à 2h 1/2 du matin, nous sommes restés dans la cave tenant sur les genoux les enfants que l’on avait pris aux lits. Un obus au n°94 de l’avenue de Paris. Le reste de la nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Rue Courmeaux, Collection Gallica-BNF autochrome


Dimanche 21 février

Les Allemands bombardent Nieuport et les Dunes, mais nous contrebattons efficacement leurs batteries. Ils ont subi de grosses pertes dans leur attaque contre nos tranchées à l’est d’Ypres, leurs réserves ayant été prises sous le feu de notre artillerie. Combats d’artillerie de la Lys à l’Oise et sur l’Aisne.
Notre action continue en Champagne, et nous occupons, au nord de Perthes, un bois que nos adversaires avaient fortement organisé. Aux Eparges (Hauts-de-Meuse, sud de Verdun) nous avons repoussé une série de contre-attaques, puis, à notre tour, prononcé une attaque grâce à laquelle nous avons élargi le terrain conquis par nous. Nous avons enlevé trois mitrailleuses, deux lance-bombes et fait 200 prisonniers. Combats dans les Vosges, près de Lusse et à l’ouest de Munster.
La flotte franco-anglaise, sous les ordres de l’amiral Carden, a bombardé les forts de l’entrée des Dardanelles. Ceux de la côte d’Europe, vigoureusement canonnés, ont été réduits au silence. Des hydravions, par leurs reconnaissances, ont contribué à l’efficacité de notre tir.
On croit qu’un troisième zeppelin s’est perdu au large de la côte danoise.
Un steamer anglais a été coulé par un sous-marin dans la mer d’Irlande. Un charbonnier norvégien a heurté une mine et a sombré sur la côte d’Écosse. Le chancelier de Bethmann-Hollweg est venu conférer à Vienne avec le baron Burian, ministre des Affaires étrangères.

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Mardi 11 août 1914

Louis Guédet

Mardi 11 août 1914

9h1/2 matin  Je suis parti le 7 courant vendredi à 3h de Reims pour retrouver les miens à St Martin. Route longue en chemin de fer, je suis arrivé à Vitry-la-Ville vers 7h et de là à pied pour St Martin…  Je suis arrêté dans Cheppes devant un barrage de voitures, il faut montrer mon sauf-conduit. A la sortie de Cheppes, au petit passage du sémaphore, vieille route, même cérémonie ainsi qu’à la barrière de St Martin. Je trouve tous les miens en bonne santé, mais sans grande nouvelle.

Les journées des 8 et 9 se passent, on pêche un peu mais le 10 au matin on nous averti qu’il faudra retirer de la Rivière la barque et la rentrer chez mon Père. Cela m’ennuie, car c’était une distraction pour mes enfants qui en sont un peu marris.

J’ai quitté St Martin à 3h pour prendre le train à Vitry-la-Ville à 4h.

Nous apprenons les combats de Liège et d’Altkirch et l’entrée des Français à Mulhouse. J’arrive à Châlons à  4h1/2 et là on m’apprend que je n’aurai pas de train avant 7h13. Je fais les 100 pas sur le quai et là je rencontre M. de Quatrebarbes, de Reims qui file à St Mihiel. Lapique m’accoste et là je bavarde avec lui, M. Raynald (ancien clerc de Duval) avocat à Paris et un avoué de Bar-le-Duc, M. (en blanc, non cité), tous trois membres du Conseil de Guerre à Châlons. Ils m’apprennent qu’ils ont vu une dizaine de Uhlans prisonniers qui paraissaient assez ahuris, tous parlent parfaitement le français, sauf un vieux territorial (landwehr sans doute), qui devait être un magistrat allemand car il ne cessait de réclamer : « Un interrogeoir !! » sans doute il demandait qu’on l’interroge et qu’on le relâche ensuite. Comptes-y : Assassin !! Vandale !

En rentrant on m’apprend que je loge un officier trésorier payeur. Je ne sais pas combien de temps je l’aurai. Je ne l’ai pas encore vu.

Tout le boulevard de la République est bondé, côté des trottoirs d’automobiles (camions) de toutes marques de tous genres depuis hier soir. Les camions automobiles sont toujours là, alignés comme pour une revue face au centre de la voie, adossés (callés) contre le trottoir depuis la Porte Mars jusqu’au Cirque.

4h35 soir  Je rentre de Bazancourt où j’étais appelé par Mt Loeillot mon confrère de Boult-sur-Suippes pour une levée de scellés à l’effet de représenter des absents. Le juge de Paix de Witry-les-Reims n’étant pas arrivé, je n’ai pas quitté la gare de Bazancourt et j’ai fait les cent pas avec Loeillot en attendant mon train de retour de 3h29 (j’avais quitté Reims à 2h1/4) Là je fis connaissance d’un avoué de Paris, Mt Chain, 4, avenue de l’Opéra, qui comme capitaine, assure le service des étapes (Henri Chain, avocat à la Cour d’Appel de Paris (1865-1923)). Il s’embête à mourir en attendant impatiemment l’heure où il partira pour faire son service d’étapes du côté de Coblentz, Cologne, Mayence ou autre bonne Ville de la…  noble ! de la douce !! Allemagne !! Nous avons causé de Narcisse Thomas son ex-collègue, de Parmantier gendre et successeur d’y celui.

En revenant notre train a croisé 3 ou 4 trains de troupes avec des canons : 155 long, genre grosses pièces, tous neufs.

En descendant sur le quai de la gare de Reims, comme cela m’avait intrigué, j’aborde M. Desplas notre commissaire de surveillance traction qui m’a avoué qu’on livrait une grande bataille sur la frontière. Que Dieu protège nos soldats et leur donne la victoire sans coup férir. Nous avons tous confiance, espoir. J’ai confiance !! en la Victoire !

Demain nous le dira !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La mobilisation se poursuit très régulièrement. Chacun se plaît à reconnaître que le mécanisme compliqué de ce formidable brande-bas a été merveilleusement prévu, d’après ce qu’on peut en juger à Reims, où il ne cesse de passer des troupes de toutes catégories. L’ensemble continue à marcher sans arrêt, comme un machine bien réglée dont le déclenchement opéré le 1er août, aurait provoqué la mise en action automatiquement. Nous en sommes au 10e jour et il ne s’est produit aucun à-coup. Tout roule à souhait. Des camions, chariots, voitures automobiles, poids lourds de toute formes, dont beaucoup d’autobus parisiens, sillonnent notre ville et se rangent pour la nuit aux endroits où se trouvent d’assez grands emplacements : place d’Erlon, rue Buirette, boulevard de la République, boulevard Pommery, etc. Les chauffeurs de ces véhicules portent l’uniforme du train.

 Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé
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