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Dimanche 3 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 3 juin 1917

995ème et 993ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de combat, assez mal dormi. Temps frais ce matin, soleil magnifique, le baromètre reste au beau fixe.

Hier en causant avec Dramas des pillages et délits commis par la troupe, celui-ci me disait que  nos officiers n’avaient rien à envier aux officiers allemands, car ils se conduisaient comme ces derniers dans les maisons qu’ils occupaient à Reims et les souillaient comme les prussiens, avec autant de bassesse et de sadisme. Il m’apprenait, ce que je savais déjà du reste, qu’il n’y avait pas une maison du faubourg de Laon abandonnée qui n’ait été visitée par les pillards militaires. Hanrot du reste me disait qu’avant-hier il était passé dans les rues Lesage, Landouzy, Neufchâtel, etc…  et qu’il y avait vu toutes les portes de toutes les habitations enfoncées. Nous avons le même spectacle sous les loges et rue de l’Étape, en un mot dans toutes les rues de Reims.

5h3/4 soir  Reçu un assez lourd courrier qui m’a un peu occupé. Porté des lettres. Reçu lettre de la nourrice de Robert qui me dit que son fils Louis, frère de lait de Robert, était au Chemin des Dames et qu’il avait été enseveli avec 3 ou 4 de ses camarades, et que seul il est sorti indemne de cette fosse. Je lui réponds. Visite de Charles Heidsieck qui repart demain à Paris, il me dit que ses 2 fils sont au repos, que son neveu Maurice Heidsieck (1896-1976) a eu une très belle citation comme soldat de liaison entre son capitaine et son colonel. Tandis qu’ils étaient entourés par les allemands qui ont été eux, faits prisonniers le lendemain seulement, et lui, son capitaine et sa compagnie délivrés du même coup, grâce aux renseignements qu’il avait portés au colonel. Il m’apprend que le dernier fils de M. et Mme de Baillencourt (son beau-frère et sa sœur) (Robert-Charles de Baillencourt (1883-1969)), qui sont toujours à Douai, a pu s’évader en Hollande, il a mis 5 mois pour réussir et va arriver en France incessamment…  Du coup le Père M. de Baillencourt a été mis en cellule avec cette aggravation qu’on a trouvé des notes de lui d’un journal qu’il tenait (comme moi pour celui-ci) au jour le jour. M. Dupont et sa fille, pris dans les mêmes conditions sont en Allemagne.

Nous nous quittons, lui pour aller voir le cardinal, et moi pour m’entendre avec le commissaire de Police du 1er canton pour ouvrir une maison de notre rue au 104, Melle Malezet, tuée le 6 avril 1917, pour voir si elle a des valeurs et argent, et décrire sommairement le mobilier. Je n’appose plus de scellés, à quoi bon, ce n’est pas cela qui empêche les pillards d’opérer, donc…  Je prends le plus pratique, si j’arrive à temps j’enlève la galette et les valeurs !…  que j’expédie comme je puis à Épernay à la Caisse des Dépôts et Consignations. Ce sera pour demain matin.

En sortant du commissariat je me heurte à Sainsaulieu (Max Sainsaulieu, architecte de la Cathédrale de Reims (1870-1953)) qui n’est pas encore bien remis de sa…  secousse…  d’avant-hier…  Il déménageait des livres chez Paul Rosey, avocat rue Warnier, 21, avec Fridblatt, déménageur (Joseph Fridblatt, menuisier (1880-1917)), ils étaient tous deux dans une profonde armoire, quand un obus arriva dedans la susdite et les abat. Lui perd connaissance, et quand il revient à lui il voit Fridblatt mort à ses côtés. Il était encore fort ému. Je rentre chez moi après avoir acheté l’Écho !! et pour quoi apprendre ? Hélas !!! Rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 juin 1917 – Poussé une pointe jusque sur la place Amélie-Doublié. Les obus tombent encore sur le haut de l’avenue de Laon.

Vers 11 h, un sous-officier vient annoncer, à la mairie, que deux femmes, Mme Machelart et sa petite-fille, viennent d’être tuées, rue de Cormicy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Amélie-Doublié (avant 1914)


Cardinal Luçon

Dimanche 3 – Fréquents aéroplanes. Fréquentes bombes sifflantes, sur batteries sans doute. Visite à M. le Curé de Saint-Jacques. Promenades par les rues. 2 tués avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 3 juin

Activité des deux artilleries dans la région au nord de Laffaux vers Hurtebise et sur le plateau de Californie et de Craonne.
Depuis le 16 avril, le nombre des prisonniers faits par les troupes franco-anglaises sur le front occidental dépasse 52.000 dont plus de 1000 officiers. Parmi l’énorme matériel pris sur l’ennemi pendant ce même laps de temps se trouvent 446 canons lourds et de campagne, un millier de mitrailleuses et un chiffre considérable de canons de tranchées.
Cinq avions allemands sont tombés en flammes ou se sont écrasés sur le sol à la suite de combats avec nos pilotes.
Sur le front d’Orient, dans la région de Lumnica, l’ennemi avait réussi à prendre pied momentanément dans un élément de nos tranchées : il en a été rejeté.
M. Isvolski, ambassadeur russe à Paris, a démissionné.

Source : La Guerre 1914-1918 au jour le jour

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Jeudi 3 mai 1917

Louis Guédet

Jeudi 3 mai 1917

964ème et 962ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Temps magnifique, chaud, très chaud, vent de « hâle » Nord-Est comme les jours précédents, desséchant. Nuit assez calme. Bombardement ce matin vers Buirette, Gare. Nos galonnards de la Place  ! Peut-être notre illustre commandant de Place le Lieutenant-colonel Frontil (?) est-il filé à Épernay ? Mais ce serait tomber de Charybde en Scylla ! Non, il est dans son abri blindé de la rue Jeanne d’Arc – Buirette avec tous ses écriteaux avertisseurs : « Défense aux voitures se stationner devant cette porte ! » – « Défense de sortir de la Place quand des avions survolent la ville !! » Défense !!… ! Le com Défense !!… !!… Le commandant de Place qui nous alerte et ses larbins (rayé). Vers 10h1/2 été à la Poste. Retiré mon courrier. (Rayé).Vu là M. Beauvais, causé longuement ensemble. Il me dit que Chézel est parti par suite de manque de ressources (je le savais) et non par peur. Nous avons les mêmes opinions sur lui ! Il me raconte la…  fuite éperdue de Melle Fouriaux, chevalier de la Légion d’Honneur, tout récemment. La Peur ! La sainte Peur !! Vers Pâques elle a abandonné tout ! tout ! tous ses services qui lui avaient valu le ruban, (rayé). (Rayé! Elle est à Épernay où elle…  fait briller sa Croix au soleil !! Beauvais ne me cachait pas son sentiment à ce sujet. Ce que le brave Docteur Langlet, notre Maire, doit la trouver amère !! Lui qui a fait l’impossible pour octroyer à l’une de ses fidèles de l’ordre de la Ligue de l’Enseignement !!…  ce ruban rouge tant couru !!…  Toutes ces gens-là sont toutes les mêmes !! Gloriole ! honneur ! Pose ! Blagues et Blagueurs ! mais à la condition qu’il n’y ait…  aucun danger pour ramasser les lauriers, mêmes cueillis par d’autres !…  Fantoches ! Pantins !!

Causé aussi avec Beauvais du nouveau commandant de Place Frontil, le successeur de Colas qu’il juge comme moi. C’est un violent, brutal… (rayé)

Avant-hier je causais avec Boudin au coin de la rue de Vesle et de la rue Chanzy (coin opposé au Théâtre) quand nous voyons déboucher de la rue Libergier un capitaine de chasseurs à pied, à cheval, savez-vous dans quel équipement !!!… ?!! Je vous le donne en 100, en 1000 ? En uniforme flambant neuf, béret de côté avec cor et n°7 en or tout neuf, gants blancs, cheval de selle avec surtout bleu à large bordure jaune vif et cors aux angles de même, et martingale blanche !!!!  Non !! C’était grotesque !! et il se cambrait ! se pavanait ! dans notre ville en ruines et en cendres !! C’était scandaleux. Boudin et moi avions envie de crier « A la chienlit !! » contre ce pantin, cette caricature !!…  Voilà bien nos officiers pillards.

4h1/4 soir  A 3h après-midi, comme je me reposais un peu, on me prévient que l’Hôtel de Ville, la Chambre des notaires, la Mission, Werlé, rue des Consuls brûlent depuis midi. J’y cours, c’est exact…  et terrifiant. Le fronton seul subsiste, avec la statue équestre de Louis XIII, c’est impressionnant de voir les flammes briller derrière. La maison de mon Beau-Père, 27, rue des Consuls (rue du Général Sarrail depuis 1929) est indemne, grâce à la présence d’esprit Bourelle, qui a rejeté des poutres en flammes qui tombaient sur le toit du billard de la maison de Mme Jolicoeur qui elle est anéantie. Je rentre très impressionné de ce spectacle devant lequel on reste muet.

La maison de M. Bataille peut échapper au cataclysme, étant maintenant isolée par les ruines des incendies antérieurs, et par celui de la maison Jolicoeur. Des pompiers veillent du reste à la maison. Les Galeries n’ont rien pour le moment, car on n’ose plus rien augurer ni espérer. J’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer.

9h du soir A 7h1/2 je vais faire un tour au sinistre. Tout de suite je me suis rappelé les sinistres journées des 17 – 18 – 19 septembre 1914.

L’Hôtel de Ville achève de se consumer. Je visite la Chambre des notaires qui est rasée, heureusement la cave me parait intacte. Je vois Bompas et lui donne les instructions nécessaires pour murer l’entrée de la cave et la combler de décombres. L’incendie a été mis par une 1ère bombe incendiaire à 11h40 du matin, tombée chez Douce. Cet incendie embrase tout le quadrilatère formé par les rues Prison – Marc – Cotta – Tambour et place de l’Hôtel de Ville. Guelliot (la maison du Docteur Guelliot), la Mission (Chapelle de la Mission qui était attenante à la Chambre des notaires) sont brûlés. Le coin de la rue de la Prison (rue de la Prison du Baillage depuis 1924) et de la Place avec les maisons Fournier et Delahaye sont brûlées. A 1h20, me disait Houlon, pendant qu’ils déménageaient la chapelle de la Mission, ils virent une bombe tomber près du Campanile, sur la bibliothèque, en quelques instants une lueur et l’embrasement de toute la toiture de la façade, aussi soudain que celui de la toiture de la Cathédrale, m’ajouta-t-il…

Rue Linguet tout le côté gauche et le côté en face jusqu’à la rue Andrieux et le rue derrière Charles Heidsieck brûlent. Rue des Consuls, à partir de la maison Bataille jusqu’au coin de la rue du Petit-Four, achève de se consumer…  Rue Thiers tout flambe, à droite coin rue des Consuls, rue de la Renfermerie et rue Thiers, maisons Cornel-Wirkel (à vérifier) Lee (ancien dentiste habitant au 2, rue Thiers), de Ayala, etc…  à gauche maison du Dr Pozzi (au 1, rue Thiers) et le coin formé par la rue Salin et la rue des Boucheries… En continuant le côté gauche rue Thiers jusqu’à la rue du Petit-Four, face maison veuve Collomb (Maison Polliart), rue des Boucheries les maisons Michaud, Hourelle, Harel, Lainé flambent. Rue du Carrouge, rue des Telliers jusqu’à la maison de Payer (à vérifier) brûlaient quand je suis passé.

Là un incident en présence du curé de St Jacques, de Reigneron tailleur et 2 ou 3 autres personnes qui me connaissent très bien. Comme le toit de la maison voisine de celle de Payer paraissait menacé par les flammes qui rougissaient la toiture de la maison précédente (côté gauche, en regardant les immeubles) je dis à un pompier qui était à une fenêtre de vouloir bien faire attention de ce côté et d’y faire donner une lance, à peine avais-je dit ces mots que bondit sur moi le Capitaine des Pompiers de Paris Bardenat, comme un fou me dit de partir, que je n’ai rien à faire là. Comme je lui répondais que si j’avais donné des indications au pompier, c’est que j’ignorais qu’il fut là…  qu’il n’avait pas à se fâcher. Alors, de plus en plus furieux : « Si vous voulez faire quelque chose, allez à gauche et en avant… » Je lui répondis que je sortais justement de ce côté. « Allez à gauche et en avant !! » continuait-il à hurler comme un fou. Je lui dis alors : « J’y vais en avant depuis 32 mois, maintenant je crois que vous perdez la tête », et comme il s’en allait : « Vous perdez la tête », lui répétais-je. Ce qui était Vrai. Il n’était plus à lui mais à la peur !! Cela me confirme ce que me disait de lui Beauvais ce matin.

Je m’en allais avec l’abbé Frézet et les témoins de cette scène qui en étaient tous scandalisés et tout attristés, surtout un brave homme qui n’en revenait pas, et qui me disait : « Cela fait mal de vous voir ainsi arrangé, vous qui donniez une indication très judicieuse et qui vous dévouez depuis si longtemps pour nous !!… » Je lui répondis que j’y étais habitué, et que cela ne m’étonnait pas de la part de ces soudards galonnés.

Rentré chez moi avec les yeux pleins de flammes, d’horreurs, de tristesses.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 mai 1917 – Dès le matin, alors que je suis déjà occupé à notre table de la « comptabilité », dans la cave du 6 de la rue de Mars, où fonction­nent provisoirement nos bureaux, un voisin de mon beau-frère Montier, M. Degoffe, vient me trouver.

Mobilisé comme G.V.C. et revenu passer une permission à Reims, il est employé temporairement, depuis deux ou trois jours, à des écritures à la mairie.

Degoffe m’explique avoir constaté que l’on s’est introduit par effraction dans les caves de la maison n° 8 place Amélie-Doublié, où il est rentré habiter au premier étage et manifeste le désir que je l’accompagne, dès que possible, afin de me rendre compte et surtout d’essayer de garantir du vol ce qui n’a pas été enlevé chez mon beau-frère, mobilisé aussi de son côté et dont l’appartement, au second de la même maison, est maintenant inoc­cupé.

En le remerciant de cet avertissement, je lui dis :

« Mais, ne pourrions-nous pas voir à cela tout de suite ? »
« Si vous voulez », me répond-il.

Nous prévenons donc de notre absence et nous partons en­semble.

Sur place, nous voyons qu’à l’aide d’une pince, la porte du n° 10 de la place a été forcée par une pesée brutale, qui en a fait éclater le bois, abîmé la serrure et fait sauter la gâche. C’est par là qu’on est entré pour visiter sans doute les caves et ensuite, par escalade, on a franchi facilement le mur de séparation des deux petites cours, pour passer dans la maison n° 8 et en faire autant. En dehors de quelques bouteilles et menus objets disparus, l’en­semble du dommage ne doit pas être très important, néanmoins, nous avons vite fait, l’un et l’autre, de remettre des cadenas en place, puis nous allons barricader, de l’intérieur, la porte du n° 10, en clouant sur le chambranle, des planches placées en travers, afin de ne pas laisser ouverte, à tout venant, cette maison voisine que nous savons vide d’habitants, dans un quartier où il n’y en a plus guère.

Nous nous sommes employés activement à ce travail et nous regagnons le 8 par escalade, de la même manière que les indésira­bles qui avaient, sans hésitation, marqué si bien leur passage et causé, pour entrer, des dégâts vraiment disproportionnés avec le montant du chapardage.

Il est à peu près 11 h, quand je quitte M. Degoffe, qui me dé­clare alors :

« A cette heure, je vais voir à déjeuner chez moi ; il est trop tard pour retourner au bureau ce matin. Veuillez avertir Raïssac, en lui disant que j’y serai à 14 h, pour l’après-midi. »
« – Entendu, lui dis-je et je pars.  »

Le bombardement, commencé depuis plus d’une heure n’a pas cessé. Dans la traversée de la place de la République, où je me hâte tant que je le puis, sentant que les obus ne tombent pas loin de la gare, je pense : « C’est le moment de rentrer à l’abri et vite ! ».

Passant par l’hôtel de ville, je dépose dans le local de notre ancien bureau de la « comptabilité » quelques vêtements m’apparte­nant, retrouvés chez mon beau-frère, puis je traverse la rue de Mars, pour aller signaler mon retour, dans la cave où nous tra­vaillons et voir en même temps s’il y a quelque travail à faire d’ur­gence. Rien ne pressant particulièrement, je me dispose à regagner nos popotes, et, remontant, j’arrive sous le chartil du 6, où je re­trouve M. Degoffe, s’abritant du bombardement.

Surpris, je lui dis :

« Tiens ! vous avez changé d’avis ; je pensais que vous ne deviez revenir par ici que cet après-midi.
« Oui, me répond-il, mais je n’avais pas de pain et comme il n’y a plus de boulangerie dans mon quartier, j’ai dû venir jusque chez d’Hesse, rue de Tambour. »

Nous causons encore un instant, puis je le quitte pour traver­ser à nouveau la rue de Mars en courant, entre deux sifflements.

Les obus tombent dru. Il est midi et les camarades se font at­tendre ; ils sont immobilisés dans la cave, de l’autre côté de la rue. Le cuistot m’offre de me servir :

« Ça peut durer longtemps, me dit-il, comme ces jours-ci. »

Je viens de m’attabler à peine, quand le premier de ceux qui ont pu franchir la rue de Mars, pour venir déjeuner à sa place, dans le sous-sol, descend l’escalier au bas duquel je suis installé. C’est le sous-inspecteur de la police Dumoulin. En passant auprès de moi, il s’arrête pour me dire :

« Il y a un homme qui vient d’être tué, là-haut, sous le chartil du 6 ; c’est un vieillard, il paraît que vous le connais­sez. »

Puis, cherchant le nom, il ajoute :

« C’est un nommé Degalle… Degaffe… »

Je ne lui donne pas le temps d’en dire davantage, car vive­ment, je lui demande :

« Ce ne serait pas Degoffe, par hasard ?
« Oui, c’est bien cela, me réplique-t-il, on a trouvé son livre militaire sur lui ; il était derrière la porte quand un obus est arrivé. »

Je me précipite et en effet, soulevant la couverture qu’on a étendue sur le cadavre, je reconnais le malheureux avec qui j’ai passé toute la matinée. Son corps est saupoudré de poussière de plâtre provenant du chartil, sa chevelure en est toute blanche, ce qui à première vue l’a fait prendre pour un vieillard.

— Le bombardement est devenu terrible et finit par se localiser vers l’hôtel de ville.

Du sous-sol du bâtiment principal que les collègues ont réussi à atteindre, les uns après les autres, malgré le pilonnage dangereux instituant un véritable barrage, nous ressentons les fortes secousses produites par les projectiles éclatant dans ses environs ; lors­qu’il nous est possible enfin de remonter un instant, dans une accalmie, nous allons jusque sur la place d’où nous constatons, en examinant sa façade, que celle-ci a été défoncée par un obus, à gauche, au premier étage.

Des incendies se sont allumés.

Vers 14 h, avant de regagner nos bureaux, dans la cave du 6 de la rue de Mars, nous retournons jeter un coup d’œil sur la place, du perron de l’hôtel de ville. A ce moment, nous voyons brûler à gauche, la Chambre des Notaires ainsi que la chapelle de la Mission, dont l’entrée est rue Cotta, mais qui sont attenantes. Nous nous apercevons que la maison Decarpenterie, 3, rue de la Prison, après avoir reçu des obus incendiaires, communique le feu, par son arrière, à l’immeuble où sont les bureaux de la société des Pompes funèbres, 6, place de l’hôtel de ville, lequel a reçu égale­ment des obus. Ce dernier incendie progressant très vite, gagne ensuite la grande maison faisant angle (nos 2 & 4 de la place de l’hôtel de ville et 1, rue de la Prison) occupée par le café Dalmand et enclavée alors dans le brasier.

L’ensemble est en pleine combustion lorsque nous nous reti­rons.

Dix minutes, à peu près se passent. Nous nous sommes ins­tallés devant nos tables de travail sous l’impression laissée par la vue de ces nouveaux désastres, faisant suite à la mort soudaine de M. Degoffe, quand une voix, venant du rez-de-chaussée, annonce tout à coup, dans le silence :

« Le feu est à l’hôtel de ville. »

Nous avons tous levé la tête et je reconnais le brigadier de police Donon qui, en scandant bien ses paroles, vient de lancer, par deux fois cet avertissement du haut de l’escalier qui descend dans notre cave.

Une pensée m’est venue instantanément « ILS y sont arrivés ; c’était fatal », mais sur le moment, le cri du brigadier n’a pas provo­qué une grande alarme. Il y a si peu de temps que nous venons de quitter l’hôtel de ville, sans avoir rien remarqué d’anormal, qu’il semble que cela ne doit pas être important. Par elle-même, la nou­velle n’a étonné personne non plus. Depuis le 6 avril, la vie est devenue tellement épouvantable, sous des bombardements pen­dant lesquels les Allemands suspendaient le danger comme à plai­sir, d’une façon permanente, que nous nous attendions à tout. Aujourd’hui, l’hôtel de ville a été particulièrement visé, plus long­temps que les jours précédents ; les obus recommencent à tomber dru dans le quartier, c’est devenu malheureusement presque de l’ordinaire.

Quelques agents ou employés se dirigent cependant vers l’es­calier ; je remonte avec eux, car je veux me rendre compte. Notre surprise est grande de voir l’incendie faire déjà des progrès effrayants dans une partie de la toiture du bâtiment principal, où le feu crépite et d’où les flammes jaillissent, par endroits, comme d’un foyer ardent. L’avis unanime est que le caractère présenté par le sinistre, qui se développe à vue d’œil est très inquiétant.

Avant de redescendre, je vais jusqu’à notre ancien bureau de la comptabilité, d’où je reviens tout de suite.

On s’inquiète, dans la cave, dès que l’on me voit arriver avec un chargement de documents en plus de mes vêtements et du peu de linge que j’avais en réserve dans une armoire à imprimés, car ceux qui ont vu comme moi, viennent de renouveler l’alerte, en représentant l’imminence du danger et la nécessité de procéder d’urgence à l’enlèvement de ce qui est resté dans les bureaux.

On me questionne encore :

« C’est sérieux ?
– Très grave, il n’y a pas une minute à perdre. »

Et je retourne chercher une brassée de dossiers.

A mon retour, Cullier pense alors au contenu du coffre-fort du bureau. Je lui dis qu’il faut aller le chercher sans tarder un seul instant. Ensemble, nous partons pour pénétrer dans l’hôtel de ville et courons à la « comptabilité ». Le coffre est ouvert, la caisse enle­vée rapidement, ainsi qu’un certain nombre de liasses de papiers divers demeurés sur place, dans les cartons où nous pouvions aller les consulter en cas de besoin. En revenant, nous rencontrons le secrétaire en chef, M. Raïssac qui veut aller jusque dans son cabinet ; nous l’en dissuadons, cela serait véritablement trop dange­reux.

L’incendie descend en ce moment et a gagné le premier étage, au-dessus de la salle des appariteurs. C’est de ce côté que le feu faisait rage tout à l’heure, dès qu’il s’est déclaré, entre le beffroi et le pavillon sur la rue des Consuls, où il a certainement commen­cé à la suite de l’arrivée insoupçonnée d’un obus incendiaire à travers la toiture, au cours du violent bombardement, de midi à 13 h 1/2. Il a causé ses ravages dans les énormes pièces de bois de la charpente et maintenant, toute la toiture et les combles sont en flammes.

Les pompiers sont arrivés, mais ils n’ont pas d’eau. Ils ne peuvent que s’efforcer d’enlever au feu les tableaux et objets jugés utiles ou précieux, ainsi que le font des sergents de ville ou bran­cardiers et des hommes de bonne volonté accourus aussi : MM. Sainsaulieu, Em. Lacourt, etc. Les uns et les autres courent, font la navette, entre le 6 de la rue de Mars et l’hôtel de ville, sous les sifflements, car les Boches, selon leur habitude, tirent sur l’in­cendie. A la deuxième course que je viens de faire au bureau de la « comptabilité », j’ai remarqué, sous une fenêtre de la cour, une forte brèche faite par un obus, qui n’existait pas quand j’ai fait la pre­mière.

Aussitôt un sifflement, un éclatement entendus, plusieurs s’élancent pour essayer de revenir en vitesse, les bras chargés, avant l’explosion suivante. Le grand chauffeur de la recette muni­cipale, Maurice Lamort, vêtu seulement de son pantalon dans ses leggins, la chemise entr’ouverte, en fait un jeu, en vrai risque-tout. Il est ruisselant de sueur et revient chaque fois en riant, avec les objets les plus divers. A le voir partir avec un pareil mépris du danger, pour aller chercher tout ce qui lui tombera sous la main, on croirait volontiers qu’il s’imagine prendre part simplement à une compétition et faire un concours de rapidité.

Du premier étage, pendant ce temps, on s’empresse de jeter par brassées, dans la rue de Mars, des livres de la bibliothèque ; le tout est déposé ensuite en tas, pêle-mêle, sur le pavé de la cour, me de Mars 6.

Je vais faire une apparition dans la cave du 6. Cullier et moi, nous récapitulons, nous cherchons à nous remémorer vivement ce qui pouvait avoir de l’importance parmi les pièces qui se trouvaient toujours dans notre ancien bureau, et, brusquement, il me revient que les comptes des cantonnements y sont restés. (comptes auxquels on travaille depuis longtemps, sur des fiches contenues dans une boîte, ont été établis et le sont encore, au fur et à mesure des renseignements obtenus de l’autorité militaire dans l’intérêt de ceux des habitants qui ont eu à loger ou cantonner des troupes. Il s’agit donc d’aller chercher le fichier.

Aussitôt, je repars. Cullier craint qu’il ne soit trop tard, car l’escalier que je monte lestement, je l’entends me crier :

« Non, Hess, non, n’y allez pas. »

Je ramène le fichier un instant après, mais, pendant voyage, j’ai senti, en passant et en repassant, la chaleur intense dégagée par des pièces de bois en feu tombées dans le gr escalier de la Bibliothèque, qu’elles obstruent jusqu’à hauteur de rampe.

Au retour, j’ai vu, dans la cour, le capitaine Geoffroy, pompiers de Reims, qui m’a dit, lorsque nous nous croisions :

« On m’a demandé de sauver les copies de lettres ; je ne sais où elles sont !
– Le temps d’aller déposer cette boîte, lui ai-je répondu et je reviens vous les donner. »

Il est accompagné de trois pompiers de Paris ; nous allons dans le petit bureau contigu à la salle des appariteurs, où est la presse avec toute la collection des copies, rangée dans un rayonnage élevé, et, monté sur un lit, je leur passe à tous, par trois ou quatre, les grands registres, double format, que je savais trouver dans ce dortoir improvisé.

Le trajet, cette fois, devient tout à fait périlleux.

Le premier étage est entièrement en feu à ce moment ; faudrait pas s’attarder, la chaleur est insupportable et le chartil de la rue de Mars, lorsque nous repassons, est déjà partiellement encombré de matériaux enflammés qui se détachent du haut et le rendront bientôt inaccessible, car l’incendie, de ce côté, a attaqué la toiture du bâtiment au-dessus du commissariat central comme il a atteint, en face, celle de l’autre bâtiment latéral, longeant la rue des Consuls.

Les projectiles sifflent toujours éclatant souvent à proximité. Un schrapnell de 105 est tombé encore sur la cour arrière du 6 de la rue de Mars, où M. Degoffe a été tué à midi et l’hôtel de ville a été touché plusieurs fois depuis le début de l’incendie.

Les mêmes gens courageux qui allaient et venaient, malgré les risques, sont obligés de limiter leur activité ; il est véritablement navrant de voir que tous leurs efforts, tout ce dévouement, n’ont pu être utilisés qu’à l’enlèvement de ce qu’il était encore possible de sauver d’une destruction sûre.

Le feu dévore tout ce qu’il approche ; l’impuissance à com­battre cet effroyable sinistre est absolue. Il n’y a pas d’eau.

Sur la fin de l’après-midi, le maire, M. le Dr Langlet, M. de Bruignac, adjoint et M. Raïssac, secrétaire en chef, consternés, désolés, assistent un instant, du trottoir de la rue de Mars, près de la porte du 6, au désastre qui prend de plus en plus d’importance et d’étendue. Il continue à progresser toute la soirée et pendant la nuit, tandis que le tir de l’ennemi reprend très violemment sur la ville.

Le lendemain 4 mai, le bâtiment de la rue de la Grosse-Écritoire, que les flammes ont entamé des deux côtés à la fois, est consumé à son tour, et, du magnifique monument qu’était l’hôtel de ville de Reims, dans lequel nous avions vécu en familiers, sous les pires bombardements, il ne reste plus que les murs, entourant des débris fumants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Photographie ancienne : collection Gallica-BNF, photographie actuelle : Jean-Jacques Valette


Cardinal Luçon

Jeudi 3 – + 11°. Bombardement dans la matinée, dans le quartier de l’Hôtel de Ville. A 1 heure, incendie de l’Hôtel de Ville, de la Chambre des Notaires, de la Chapelle de la Mission, etc. Toute la nuit, bombarde­ment sur la ville, sur l’Hôtel de Ville, rue de Fusiliers, rue d’Anjou. Expé­dié pli à Bordeaux (archevêché).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 3 mai

Dans la région du chemin des Dames, grande activité des deux artilleries sur le front Cerny-Hurtebise-Craonne. L’ennemi a lancé, à plusieurs reprises sur nos tranchées et nos petits postes, des attaques partielles qui ont été repoussées par nos feux de mitrailleuses et par nos grenadiers.
En Champagne, violente lutte d’artillerie dans les secteurs du mont Cornillet et du Mont-Haut. Combats à la grenade dans les bois à l’ouest du mont Cornillet, au cours desquels nous avons sensiblement progressé.
Aux Eparges, nos détachements ont pénétré en différents points dans les lignes allemandes : des destructions ont été opérées et nous avons ramené du matériel.
Cinq de nos avions ont survolé la ville de Trèves, sur laquelle ils ont lancé de nombreux projectiles. Un incendie d’une grande violence, qui s’est rapidement développé, a éclaté au centre de la ville. Une tentative de raid allemand a échoué près de Fauquissart, dans le secteur de Laventie-la Bassée.
Canonnade accrue sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 27 avril 1917

Louis Guédet

Vendredi 27 avril 1917

958ème et 956ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Beau temps, soleil dans la brume laiteuse. Il fait chaud dehors. C’est si bon en sortant de la cave. Nuit de canon et de bataille, mais calme, du reste on n’y fait plus attention. Été porter lettres à la Poste. Causé longtemps avec M. Beauvais, Directeur de l’École Professionnelle.

Le bas de la page a été découpé.

  1. Beauvais est comme moi convaincu de notre échec devant Reims, et il en a aussi assez. Nous ne savons que penser.

Rentré pour répondre à quelques lettres. C’est calme, aussi suis-je monté dans mon cabinet pour écrire, fenêtres ouvertes, mais l’air m’étourdi un peu. Je suis comme grisé par trop d’air. C’est cependant si bon, après cette vie de cave. Quand donc pourrai-je coucher ici et y travailler en toute tranquillité. Il en est grand temps, car la vie que je mène depuis 1 mois est bien affaiblissante, anémiante !! Pour peu que cela continue je tomberai malade. Triste vie d’un agonisant, on n’a plus la force ni le courage de réunir 2 idées à la suite l’une de l’autre. Il est temps que cela finisse.

5h du soir  Été Poste à 2h, trouvé lettre désolée de ma femme, elle tombera malade !! Je le crains. Lettre de Charles Decès, des de Vroïl qui sont à Paris et croient être bientôt à Rocquincourt (Courcy). Je les désillusionne ! Car maintenant quand prendrons-nous Brimont ? Toute la population d’ici est très nerveuse à ce sujet et on ne se gêne pas pour dire que la ville est sacrifiée à plaisir et qu’on nous berne ! On est très monté ! Lettre de M. Bossu, Procureur Général à Bastia, qui part pour Jainvillotte (Vosges) jusque fin juin. Il me prie de voir à ses chers livres et il m’encourage gentiment (j’en ai besoin) et me dit qu’il va relancer Herbaux !! à ce sujet je lui réponds en plaisantant qu’il est à craindre que cette croix n’arrive qu’après la croix de bois, mais que cependant j’aimerais bien l’avoir un peu avant de passer le Styx.

Je passe à la Mairie (Caves Werlé), là Charbonneaux m’offre très aimablement de prendre une lettre pour ma chère Madeleine que j’encourage comme je…

Le bas de la page a été découpé, la première phrase suivante a été recopiée en haut de la page suivante au crayon de papier.

Madeleine me dit qu’à St Martin nous logeons un colonel qui a été au Mont-Haut, Moronvilliers, etc…  …et que celui-ci lui disait qu’ils avaient perdu beaucoup moins de monde que dans la bataille de la Somme, et que les allemands au contraire avaient perdu énormément de monde, que leurs soldats étaient en majeure partie très très très jeunes. C’est bon, mais cela ne solutionne pas notre situation d’ici.

Comme je l’écrivais à M. Bossu, si d’ici 8 jours nous n’avons pas une avance sérieuse devant Reims, j’irais à St Martin me reposer un peu. Cela me sera pénible de rentrer après, mais je ne puis tout de même pas m’éterniser ici sans voir de temps en temps les miens.

8h1/4 soir Toujours la même vie. Les aéros nous assomment à tourner autour des « saucisses », avec cela le sifflement des obus, les canons, etc…  on est assourdi. Je lis dans l’Écho de Paris que le Général Lanquetot, commandant la Division, et le Général Cadoux, commandant de Place, sont mis au cadre de Réserve. 2 vieilles badernes de moins. Surtout Cadoux qui n’a rien à faire ici. Je ne vois pas pourquoi on laisse un commandant de Place qui n’aura ses fonctions à exercer que lorsque Reims sera dégagé, mais cela leur fait toucher des appointements.

Ce soir canon, mais certainement pas d’attaque sérieuse pour nous dégager. La nuée de sauterelles des chasseurs alpins se promène dans les rues, donc pas d’attaque. En verrons-nous la fin, enfin ? J’arrive à ne plus y croire…  et encore bien moins à l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 avril 1917 – Bombardement par rafales, dès le matin, sur le centre, rue Pluche, rue Rogier, etc. ; un incendie se déclare au n° 3 de cette dernière rue.

  • Au cours d’une nouvelle tournée, du côté de la place Amélie-Doublié, je m’aperçois que la maison n° 81, rue Docteur- Thomas, est brûlée.
Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 3°. Matinée tranquille sauf tirs entre batteries. Visite du Général Cadoux. Crise de rhumatismes dès le matin. Aéroplanes toute la journée, tir des 2 artilleries l’une contre l’autre. Bombes sifflent pendant 1h. 30 (sur quoi ?). Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 avril

En Belgique, grande activité des deux artilleries dans le secteur de Westende.

Au sud de l’Ailette, nous avons pris sous nos feux et dispersé un rassemblement ennemi près de Vauxaillon.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, les Allemands, après leur sanglant échecs de la veille n’ont pas renouvelé leurs tentatives. La lutte d’artillerie a été violente dans les secteurs de Cerny et d’Hurtebise et n’a été suivie d’aucune action d’infanterie.

Sur la rive gauche de la Meuse, une forte reconnaissance ennemie qui tentait d’aborder nos lignes au bois d’Avocourt a été repoussé par nos grenadiers.

Les troupes britanniques ont attaqué à l’ouest du lac Doiran. Ils ont pris les tranchées ennemies sur un front de 1000 mètres et s’y sont maintenues après avoir repoussé quatre contre-attaques.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 26 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 26 avril 1917

957ème et 955ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris couvert, froid, on se croirait en novembre. Nuit tranquille, à part quelques bombes et la canonnade habituelle. Mal dormi cependant. On a malgré soi de terribles et douloureuses insomnies. Ce n’est plus une vie, c’est une agonie ! Dont on ne voit pas la fin ! Notre offensive (??) qui nous a valu toutes ces ruines, tous ces affres depuis  20 jours, est à l’eau, si jamais elle a existée. On nous a alléchés pour pouvoir durant ce temps piller à loisir pour nos galonnés et viveurs d’État-majors !! Nos soldats n’ont pas le temps de libérer Reims, il leur faut surtout trouver à ravitailler en liquides de toutes sortes, en objets de valeur, etc…  nos Galonnards divisionnaires ou autres et leurs femelles. Çà c’est le salut de la France !! Mais la France qui souffre, qui halète sous la botte allemande ne les intéresse nullement ! Verrons-nous ? Verrai-je ? un jour le châtiment de tous ces lâches embusqués ??

5h1/2 soir  Canonnade assez vive sans grand bombardement. Bataille violente vers Mont-Haut, Aubérive, Pompelle. Activité d’avions toute l’après-midi, qui devient radieuse de soleil. A 2h je vais à mon courrier rue Libergier. En passant rue Boulard j’aperçois la porte du 19 enfoncée par des pillards. Qui ont été déçus car elle est déménagée. En rentrant je trouve le Père Kuhn (à vérifier) qui vient pour une procuration, pendant que je la prépare, il va barricader la porte du 19. Quand il a fini je lui fais signer mon acte dans la cave, mon premier acte depuis le 6 est en cave. J’envoie le tout prêt à Dondaine qui fera enregistrer et légaliser, puis parvenir à Hussenot-Desenonges, notaire à Paris (Maurice Hussenot-Desenonges (1880-1969)). Le confrère aura un acte pas banal !! Aussitôt mes lettres prises à la Poste je vais porter un mot à ma chère femme place d’Erlon, chez Mazoyer. La foule qui vient chercher ses lettres à la Poste est de plus en plus houleuse et de plus en plus montée contre les pillards. Il est à craindre qu’il y ait des collisions et des tueries, si ce sont des pillards qui écopent ce ne sera que du pain bénit !

Été aux Galeries Rémoises prendre des nouvelles. Eux aussi en ont assez. J’irai peut-être déjeuner avec eux dimanche. Rentré chez moi où j’ai trouvé le papa Kuhn comme je l’ai dit plus haut.

A propos d’acte fait dans ces circonstances extraordinaires, il en est arrivé une assez curieuse à un certificat de vie authentique fait par moi pour le Dr Simon. J’avais donné cet acte à Lesage chez Ravaud pour qu’il le remette au docteur Simon qu’il voit tous les jours. Or cet après-midi là une bombe est tombée chez Degermann, en face de chez Ravaud, et toute l’officine de ce dernier fut brisée, dispersée et mon acte perdu dans le fouillis. Quelques jours plus tard le Dr Simon que j’avais prévenu de ce mécompte me dit triomphant : « On a retrouvé votre acte, mais dans quel état !! » En effet il était fortement lacéré…  mais encore très lisible. Je lui répondis que dans ces conditions il était inutile de le recommencer et qu’il était parfaitement valable. Ce sera encore un vrai document pour la compagnie d’assurances qui l’avait demandé. J’ai conservé la carte de visite qui y était jointe, ce sera un souvenir. La bataille continue, toujours formidable vers Cornillet, Mont-Haut. Si seulement nous touchions à la fin, on est si las ! Et ne pouvoir sortir qu’avec crainte par un soleil si radieux !! Quelle misère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 avril 1917 – Bombardement dans la matinée et reprise violente vers le boulevard de Saint-Marceaux, de 13 h à 14 h 1/2.

Informé qu’un incendie s’est déclaré hier, à 19 h au n° 2 de la place Amélie-Doublié (angle de la rue Docteur-Thomas), je vais me rendre compte. Il ne reste que les murs de cette maison qui nous était bien connue et dans laquelle ma sœur et moi, nous sommes réfugiés longtemps pour y passer les nuits, quand nous habitions le quartier ; le feu progresse sur la rue Docteur-Thomas.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 26 – + 4°. Visite à la Cathédrale avec M. Sainsaulieu. Rapporté un demi-culot d’obus 305. Vu le cratère de l’obus non-éclaté. Il a enfoncé la voûte de la basse-nef sud, a disloqué le dallage, et disparu dans la terre du trou creusé par lui. Bombes à différentes heures. De 7 h. 30 à 8 h., bombes sifflantes (sur batteries ?). Nuit relativement tranquille ; rien entendu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 26 avril

Entre Somme et Oise, calme relatif.

Un commencement de bombardement de nos tranchées près de la Fère a été arrêté net par la riposte de notre artillerie.

Dans la région de l’Aisne, nous avons réalisé quelques progrès au sud-est de Cerny-en-Laonnois, et fait des prisonniers.

Au nord de Vauxaillon, une attaque allemande sur nos tranchées a été enrayée par nos feux d’artillerie et de mitrailleuses.

Les Allemands ont subi un sanglant échec dans une attaque sur la ferme Hurtebise. Arrêtés une première fois par nos feux, ils ont repris peu après leur assaut. Une contre-attaque vigoureuse les a rejetés sur leurs lignes. Notre artillerie a pris sous son feu et dispersé d’importants rassemblements au nord du plateau de Vauclec.

Les Anglais ont pris le hameau de Bithens, au nord-est de Trescault, à l’est du bois d’Avrincourt. Un combat s’est engagé sur toute l’étendue du front, entre le Cojeul et la Scarpe. Nos alliés ont progressé. Depuis le 23, ils ont fait 3029 prisonniers, dont 56 officiers.

Un croiseur russe a disparu en mer Noire.

Des aviateurs anglais ont coulé un contre-torpilleur allemand. Un de nos torpilleurs a coulé au cours d’un engagement au large de Dunkerque. On ignore les pertes allemandes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 8 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 8 avril 1917  Pâques

939ème et 937ème jours de bataille et de bombardement

4h3/4 soir, en cave  La nuit a été calme, relativement. Nous avons dormi étant en cave. Ce matin, temps brumeux gris froid. Triste jour de Pâques. Messe à 7h du matin, on avait dit qu’on n’en n’aurait pas. A tout hasard je suis allé à celle-là. Il y a eu messe de Paroisse à 8h1/2 comme d’ordinaire, mais on a juste chanté le Credo. Le cardinal y assistait. En rentrant, écrit quelques lettres dans ma chambre, que c’était bon d’écrire en plein jour. Reçu lettres à midi, 2 de ma pauvre Madeleine, résignée à ne pas me voir. Jean est arrivé d’hier pour jusqu’au 19. Aurais-je le bonheur de le voir, si la bourrasque était passée je pourrais peut-être courir le voir, les voir, j’en ai bien besoin, je suis si seul. Le temps devient très beau à 1h. Je sors pour m’inquiéter du sort de la dépouille de ce pauvre Jacques. Je ne puis rien savoir au Commissariat de Police, 1er canton, ou on parait affolé avec les départs. Le Brave Commissaire Carret me remet un lot de papiers (bons Défense Nationale, billets de banque, argent), trouvés sur une brave femme tuée, rue Martin Peller. Je l’emporte pour préparer une lettre au Receveur des Finances pour remettre le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations, sous un pli cacheté que le commissaire remettra demain à la Recette des Finances ou au Trésor Militaire. Je pousse jusqu’à l’Hôtel de Ville, personne autre que le Maire, fort démonté, et Raïssac, avec quelques rares appariteurs et employés de la Ville. C’est la panique. J’en reviens plutôt écœuré. Passé aux Galeries Rémoises, tous les employés sont partis, sauf 4 ou 5 dont Curt, Melles Claire Donneux et Lemoine…

La troupe parait enchantée de voir cette fuite éperdue. Il est vrai qu’il va y avoir des caves à vider et des appartements à piller. Passé au Palais de Justice. Vu le sous-préfet qui ne songe qu’à faire partir tout le monde et sans doute à filer lui aussi. Il rentrait dans la crypte avec un panier de provisions. En me quittant, il me recommande : « Surtout M. Guédet, conseillez de partir… !!… » Je lui répondis : « C’est ce que je fais (pour les) vis-à-vis des personnes qui n’ont rien qui les retiennent à Reims !… » Comprenne s’il veut !…

A l’Hôtel de Ville je ne puis rien savoir sur mon malheureux Jacques. Je laisse une note pour être remise à Moreau pour le prier de faire tout pour le mieux…  Les rues sont désertes ou presque, c’est sinistre.

Hier soir, l’incendie que nous avions vu, c’était le Grand séminaire qui brûlait. Quels souvenirs rougeoyants et sanglants aurai-je de toute cette existence désordonnée et tragique que je mène depuis 31 mois.

Je rentre à la maison, juste pour descendre à la cave. C’est une bataille, si c’était seulement la dernière. Mes 3 compagnes d’infortune sont courageuses et résignées.

Au Palais à la Poste ils sont aussi affolés, la moitié des employés filés, les autres baissent les bras, crient, s’interpellent et ne font rien, ou plutôt embrouillent tout. C’est, ce serait grotesque si ce n’était triste.

J’écris ces lignes dans ma cave où j’ai fait tout organiser pour la nuit et…  les suivantes. Hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques, 8 avril 1917 – Une petite  affiche intitulée : Le départ doit être immédiat est apposée en ville. Elle répète qu’à partir du 10 avril, ne devront tester à Reims que ceux des habitants qui sont retenus par une fonction, le gouvernement ayant décidé l’évacuation des autres.

La violence exceptionnelle des derniers bombardements ayant donné à craindre à M. Cullier, chef du bureau, la disposition des nombreux documents renfermés à la « comptabilité », il avait décidé de les descendre, sans tarder, dans l’un des sous-sols de rhôtel de ville, sous le bâtiment de la rue de la Grosse-Ecritoire.

A défaut d’autres aides — car le personnel est des plus res­treint à la mairie, depuis le 6 — nous nous étions donné rendez- vous ce matin, pour effectuer ce travail, et pendant le bombarde­ment qui a sévi sans discontinuer, nous avons passé toute la mati­née à transporter dans des bannettes lourdement chargées, les registres des différents postes : recettes, dépenses, traitements, etc., depuis l’année 1900, ainsi que les dossiers d’archives du service. La fatigue nous a arrêtés à 11 h 1/2 et nous avons remis la suite de l’importante opération à demain lundi.

Bombardement sauvage au cours de l’après-midi, sur le quartier rue Lesage, voies du chemin de fer, place Amélie-Doublié. La situation devenant tout de suite excessivement critique, nous nous empressons, ma sœur et moi de quitter son appartement au second étage du 8 de la place, pour nous réfugier au n° 2, en compagnie de voisins.

Nous n’avons pas le temps de descendre dans la cave de cette maison, avant qu’un obus vienne éclater dans sa toiture, ou­vrant le grenier. D’autres obus suivent celui-ci de bien près ; ils font explosion dans les immeubles en face ou sur la place et le bombardement continue jusque dans la soirée.

Canonnade effrayante vers Berry-au-Bac.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)


Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Pâques – + 6 °. Visite au Séminaire incendié vers 2 h. du matin. Vu le Supérieur excédé de fatigue dans le vestibule du Lycée. Trot­toirs couverts de mobilier retiré du Séminaire. Des voleurs rodent pour prendre ce qui leur convient (1). Messe basse, sans sermon, ni chants. On ne chantera pas l’Alleluia. Il n’y aura pas de Vêpres. Matinée tranquille. Pas de Vêpres. M. le Supérieur (Paulot) dîne chez nous. A 3 h. bombes sifflan­tes ; le chambard recommence. Canons français, canons allemands ; tir sur les batteries, tir sur la ville, tir sur les avions, incendies, nuages de fumée. L’église Saint-Benoît a sa grande porte brûlée, le linteau est endommagé gravement par un obus de gros calibre. Tout le faubourg Cérès est en flam­mes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le pillage fut réel à Reims et beaucoup plus imputable aux civils qu’aux militaires qui ne possédaient aucun bagage, et qui n’ont porté leur intérêt que sur la nourriture et…la boisson bien entendu.

Dimanche 8 avril

Actions d’artillerie assez vives au cours de la journée en divers points du front, notamment entre la Somme et l’Oise, au sud de 1’Ailette et dans la région au nord-ouest de Reims.

En Argonne, un coup de main ennemi sur nos tranchées de la vallée de 1’Aire a été repoussé après un vif combat.

D’après de nouveaux renseignements, les Allemands ont lançé en vingt-quatre heures 7500 obus sur Reims. Quinze personnes de la population civile ont été tuées et beaucoup d’autres blessées.

Sur le front belge, dans la région de Hetsas, les batteries belges ont exécuté des tirs réussis sur les travaux ennemis. Vive activité d’artillerie dans l’ensemble des secteurs.

Canonnade sur le front italien.

Le nombre des steamers allemands dont l’Amérique a pescrit la saisie est de 91. Leur valeur monte à 1500 millions.

Le cabinet de Washington fait arrêter un certain nombre d’Allemands qui étaient tenus pour dangereux.

La république de Cuba a proclamé l’état de guerre entre elle et l’empire germanique.

La situation est redevenue très troublée en Grèce, où l’on redoute de nouvelles échauffourrées sanglantes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 6 avril 1917

Paul Hess

Vendredi Saint 6 avril 1917 – Extrait des journaux de ce jour :

Sous sa rubrique « Le bombardement — 926e jour du siège« , Le Courrier de la Champagne avait imprimé un article dont la cen­sure a seulement laissé subsister ce qui suit : (“Mercredi, le nombre des obus a encore dépassé 2 000″ (le reste, soit une quinzaine de lignes, a été caviardé).

Le même journal dit encore ceci :

L’évacuation de Reims.

Le Petit Journal annonçait, dans son numéro d’hier, que Reims avait été évacuée.

Voilà une nouvelle que notre confrère aurait bien dû contrôler avant de la lancer aussi à la légère.

Il n’y a pas eu et il n’est pas question d’évacuation, au­trement dit de départ forcé.

L’exode, limité du reste, qui se produit en ce moment à Reims, a été conseillé et non imposé.

L’Éclaireur de l’Est donne une suite de communiqués de la mairie, le premier ajoutant une précision à ce qui a déjà été publié, au sujet des départs. Ils sont ainsi insérés :

Avis à la population.

La municipalité communique les notes suivantes :

Les départs.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bombar­dements, la municipalité engage tous ceux de ses concitoyens que ne retient pas une obligation formelle, à quitter Reims pendant quelque temps.

La simple carte d’identité, délivrée au commissariat cen­tral de police, permettra de gagner Épernay par la route.

Les évacués seront logés.

Certaines personnes, désireuses de quitter Reims en ce moment et n’ayant en dehors ni parents ni amis pouvant les recevoir, nous les informons que la préfecture s’est assuré, dès maintenant la possibilité de loger un certain nombre d’entre elles dans le département même de la Marne, à proximité de Châlons et d’Épernay. Ceux de nos concitoyens qui désirent profiter de ces facilités, sont priés de se faire inscrire aux commissariats de police.

Les vieillards, les enfants et les infirmes.

L’administration des hospices se met à la disposition des familles pour placer les vieillards, les infirmes et les enfants qui désirent être évacués.

Se faire inscrire d’urgence, 1, place Museux en présen­tant, selon l’état-civil, bulletin de mariage ou de naissance, ou livret de famille ainsi que la nouvelle carte d’identité et la carte de sucre.

Les évacués doivent partir avec des vêtements convena­bles et emporter des effets et des chaussures de rechange.

Les transports.

Un nombre limité de voitures automobiles sera mis à la disposition des vieillards ou des familles avec très jeunes en­fants, pour se rendre de Reims à Épernay.

Les autos militaires qui conduisent à Épernay nos con­citoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeu­nes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire à partir de cinq heures du soir, au commissariat central.

Il ne sera accepté comme bagages que les paquets pou­vant être tenus à la main.

Les abris

Dans l’éventualité de bombardements plus intenses ou plus prolongés, les habitants qui n’ont pas de bons abris, chez

eux ou dans leur voisinage, sont invités à en chercher dans les divers établissements qui ne sont pas occupés par les trou­pes et à donner leur nom avec le nombre de personnes de la famille aux propriétaires ou gardiens de ces établissements. Ils pourront d’abord s’adresser dans ce but aux commissariats de police.

Le conseil de faire, par prudence, une réserve de vivres pour quelques jours, dans chaque famille et une provision d’eau, tant pour boire que pour parer, au besoin, à un commencement d’in­cendie étant renouvelé, il est dit encore :

Les provisions d’eau.

…Les bombardements récents ayant multiplié les ruptu­res des canalisations et entravé les réparations, l’eau ne pourra être fournie qu’en très petite quantité et par des moyens de fortune ; elle n’arrivera, par suite, que dans certains points du réseau et sans pression.

Cette eau, puisée dans diverses usines, ne pourra, de même que celle des puits auxquels une partie de la ville sera obligée de recourir, être bue sans être préalablement bouillie.

Enfin, le journal publie, à propos du ravitaillement, la note suivante :

Le ravitaillement

Nos concitoyens n’ont pas à s’alarmer au sujet du ravi­taillement ; les principales maisons de Reims s’efforcent de l’assurer. La plupart des succursales, notamment les Comptoirs français, resteront ouvertes ; il en est de même des boulange­ries, le Service des Eaux ayant fait l’impossible pour permettre la panification.

— Au sujet des opérations, le communiqué donné par les journaux, en date de Paris, 5 avril, 15 h, dit qu’au nord-ouest de Reims, les Allemands ont attaqué, sans succès, nos lignes entre Sapigneul et la ferme du Godât.

— Aujourd’hui, 6 avril, la matinée a été assez calme. De nombreuses saucisses sont en l’air des deux côtés et quelques sifflements se font entendre au début de l’après-midi.

La journée paraît donc devoir s’écouler assez normalement, lorsqu’à 16 h, tandis qu’à la « comptabilité » nous travaillons tran­quillement, un bombardement qui prend tout de suite de l’ampleur et un caractère de violence inouïe, se déclenche brusquement vers la gare, l’avenue de Laon, le faubourg Cérès, l’avenue de Paris puis se rapproche et oblige le personnel de la mairie à quitter vivement les bureaux. Suivant l’habitude prise en pareil cas, les uns se ren­dent tout de suite aux sous-sols, d’autres vont dans la salle des appariteurs.

Vers 16 h 45, alors que nous sommes réunis en ce dernier endroit, à quelques-uns, les projectiles qui s’abattent en rafales sur le quartier, nous contraignent à chercher un abri ailleurs et nous ne pouvons que nous réfugier dans un réduit à côté, servant de dortoir aux pompiers de service. Aussitôt, et dans un laps de temps très court, une dizaine d’obus tombent pour faire explosion sur les bâtiments de l’hôtel de ville, dans la cour, sur la place et le trottoir de la rue de la Grosse-Ecritoire.

Le monument est ébranlé par des secousses terribles ; c’est un vacarme effroyable, un bruit infernal de successions d’éclate­ments, de sifflements aigus, de vitres brisées, de matériaux arra­chés par les explosions dont nous sentons les formidables dépla­cements d’air, qui envoient tout d’un coup promener à travers la petite pièce où nous avons cru bon de nous retirer, cinq ou six fortes lampes à pétrole en cuivre, auparavant alignées sur le rebord de la fenêtre, dans le couloir.

Il nous faut rester là, assis sur les lits, bloqués dans une de­mi-obscurité. Nous pouvons seulement risquer un coup d’œil ra­pide, à distance de l’une des fenêtres de la salle des appariteurs, quand parmi les explosions qui ne cessent de se faire entendre au dehors, certaines s’annoncent encore toutes proches, de l’autre côté de la place.

Des employés de bureaux voisins, avec qui nous sommes réunis, entament entre eux une de ces discussions interminables, que nous avons entendues déjà fréquemment et qui, en particulier, ont le don de m’agacer au point que, le plus souvent, j’ai préféré les éviter en restant seul dans le bureau de la « comptabilité », lors de séances de bombardement précédentes.

L’éternelle question à résoudre pour eux et qu’ils débattent bruyamment, est toujours de chercher à établir où se trouvent les batteries ennemies qui nous canonnent. Aujourd’hui, l’un prétend que les obus partent de Berru, d’autres veulent démontrer qu’ils viennent de Nogent ou de Brimont. Que de paroles oiseuses. Dans les éclats de voix, on n’entend plus les sifflements des projectiles et cependant, le fait brutal le plus évident est qu’ils arrivent à profu­sion sur nous ; l’endroit des départs importe peu — pour l’instant ce sont surtout les points d’arrivées — et le bruit gênant des con­versations augmente encore, il devient même prodigieusement énervant.

N’y tenant plus, je crie fortement :

« Silence ! »

C’est fini, personne ne dit plus mot. Je ne suis pas le moins surpris du résultat de ma brève intervention et je regrette aussitôt d’avoir été obligé d’imposer de la sorte ma volonté à des camara­des, vis-à-vis de qui je n’étais nullement qualifié pour parler d’auto­rité.

Les heures s’écoulent, pour nous, dans la même situation ; les obus ne cessent de pleuvoir et de nombreux éclatements se produisent toujours sur l’hôtel de ville ou dans ses environs.

A 18 h 1/2, alors que je puis supposer que le bombardement, qui paraît s’apaiser va se terminer, je pense pouvoir regagner vi­vement la place Amélie-Doublié, car je suis très inquiet sur ce qui a pu s’y passer pendant cette épouvantable fin d’après-midi. Sans oublier deux sacs de riz, de cinq kilos chacun, que le service du ravitaillement a consenti à me céder et qui m’avaient été complai­samment apportés à la mairie, je me mets en route par la rue des Consuls. Malgré les décombres, j’avance rapidement, remarquant, en passant, que la maison de Tassigny, à gauche, avant le boule­vard, est en feu. Les sifflements se succèdent encore, et, en dehors du martèlement produit par les arrivées, un peu plus éloignées pour le moment, il règne un silence de mort. Il n’y a personne dehors et c’est pourquoi, chemin faisant, je trouve étrange et véri­tablement incompréhensible qu’une auto jaune, non couverte, sorte de petite camionnette, dans laquelle il n’est pas douteux que j’aperçois du monde, stationne sur le côté gauche de la porte Mars, ses deux roues d’avant touchant le trottoir qui contourne les pro­menades. Elle a attiré mon attention tandis que j’étais rue des Con­suls et tout en parcourant la courte distance qui m’en sépare, je me demande quelles peuvent être les raisons de son immobilité dan­gereuse, dans cette position, au milieu de ravages indescriptibles, donnant à cette partie de la ville, criblée de trous d’obus, l’aspect d’un champ de bataille.

Un coup d’œil en arrivant auprès de cette voiture, dont la roue arrière gauche est brisée, me fixe tout de suite sur le sort de ses voyageurs, trois femmes assises sur les deux banquettes dispo­sées en long et un soldat, tombé entre elles, la face contre le plan­cher et dont les jambes sortent par le portillon ouvert. Ces malheu­reux sont tous tués ; leur posture affaissée, des filets de sang coa­gulé sortis de leurs blessures apparentes, produites par les éclats d’obus, le teint déjà cadavéreux des corps disent assez l’affreuse réalité. Je ne puis leur être d’aucun secours. Sans m’arrêter lon­guement, je contourne le petit véhicule en montant sur le trottoir, pour mieux voir l’avant. Là, se trouve le chauffeur, muni de son masque à gaz et très droit, tenant toujours son volant des deux mains ; auprès de lui, un compagnon. Tous les deux immobiles, me paraissent également rigides, figés dans leur attitude. Je ne puis m’attarder, car le bombardement, qui n’a pas cessé, regagne à nouveau en intensité et rapidement dans les environs. Je m’éloi­gne, convaincu qu’il y a là six cadavres et que ces pauvres gens, en passant à cet endroit, après 16 heures, ont été tous tués par l’explosion d’un obus[1].

Je continue donc sous l’effroi de ce spectacle horrible, abso­lument inattendu et, la place de la République traversée, je suis tout à coup très hésitant, en m’engageant prudemment vers le trottoir droit de l’avenue de Laon, sur ce que je dois faire, car les obus recommencent à pleuvoir, comme en un tir de barrage qui m’interdit de me risquer plus loin. Revenir en arrière, il n’y faut plus compter ; je suis trop engagé dans mon parcours, l’hôtel de ville, maintenant est si éloigné que je ne l’atteindrais pas. Tout doucement, je marche encore, mais je me rends compte, de plus en plus, que je serai dans l’impossibilité de passer le pont. En m’approchant, j’ai entendu, entre deux obus, quelques éclats de voix qui m’ont paru venir du pan coupé de la rue Jolicœur — des soldats occupant probablement le rez-de-chaussée de l’immeuble — une porte s’est refermée et je n’entends plus rien que des détonations, je ne vois plus que des éclatements m’indiquant trop leur proximité, rue Lesage ou dans l’avenue.

Quelques mètres avant la grille précédant le pont, je ne puis que m’accroupir et me faire tout petit derrière le mur de la Petite Vitesse, illusion d’abri, je le sais bien, mais je n’ai pas le choix et quand je l’aurais, je ne pourrais pas bouger puisque cinq ou six explosions encore, dont je vois parfaitement les flammes, se pro­duisent, cette fois, auprès de la porte Mars et que d’autres projec­tiles viennent frapper, par devant moi, les maisons dont les pierres de taille voltigent, par morceaux, de tous côtés. [2]

Je suis seul, en ce moment, à la surface et bien seul ; je n’ai jamais connu à ce point le vide de l’isolement. La Mort rôde par ici ; il me semble positivement la sentir me frôler, alors que les éclats, après chacune des explosions, passent dans un sens ou l’autre ou retombent devant moi. Je me suis déjà trouvé dans des situations absolument critiques, ce qui me fait comprendre plus clairement que je n’ai pas encore été serré d’aussi près.

Je n’ai pas à me faire d’illusion sur les faibles chances qui me restent d’en sortir ; elles me paraissent bien minimes, à moins que le bombardement vienne à cesser brusquement, mais le temps passe et il s’aggrave de plus en plus. Dix minutes, environ, qui s’écoulent ainsi, me paraissent atrocement longues. Je réfléchis… et je me recueille.

Une voix, qui certainement s’adresse à moi, crie tout d’un coup, précipitamment :

« Monsieur, monsieur, ne restez pas là, venez avec nous dans la cave ! »

En levant la tête et tout en pensant instantanément : « Je ne demanderais pas mieux », j’ai eu le temps d’apercevoir, en face, une femme sur le seuil de la maison n° 6 rue Villeminot-Huart et, en lui faisant simplement signe de la tête que j’acquiesçais, la réflexion m’est venue également que pour cela, il faudrait pouvoir traverser l’avenue. C’est le salut entrevu au travers des pires dangers.

Remontée probablement pour voir, entre deux sifflements, l’état du dehors, la personne qui m’a proposé si vivement d’aller m’abriter est rentrée aussitôt. Cette fois, je ne dois pas rester là plus longtemps. Dans un court instant de réflexion, me rendant toute­fois parfaitement compte que je vais risquer gros, je décide de tenter l’aventure en deux temps.

Laissant passer encore deux ou trois éclatements, afin d’es­sayer de choisir un moment propice, je recommande mon âme à Dieu et, confiant, je pars en courant, avec mes sacs de cinq kilos à chaque main. Le trajet à faire n’est pas long… pourtant, je ne suis pas parvenu au milieu de l’avenue, qu’une explosion survenant je ne sais où, sur la droite, projette des éclats dont plusieurs me pas­sent devant la figure, dans un vrombissement rapide de frelons, en même temps que j’ai senti un fort déplacement d’air sur la nuque ; je ne me suis pas arrêté,… après quelques pas, je touche le but que je visais d’abord — les premières maisons de gauche de la rue Villeminot-Huart — et maintenant que le plus difficile est fait, j’oblique un peu et j’atteins cette fois la maison n° 6, où je puis enfin respirer, en fermant la porte de son couloir restée entr’ouverte.

Je trouve ensuite facilement l’issue de la cave profonde, où je descends par un escalier à pente rapide. De quinze à vingt per­sonnes y sont réunies, nullement épouvantées, il me semble, par le pilonnage furieux dont elles ressentent les secousses à chaque arrivée de projectiles de gros calibres sans se rendre compte des dégâts considérables subis aujourd’hui dans leur voisinage. Je me repose des minutes d’angoisse terrible vécues là-haut, dans cet abri qui pourrait devenir lui-même très dangereux, en raison de la hauteur de la maison, si malheureusement elle venait à être tou­chée sérieusement et à s’effondrer.

Les obus succèdent aux obus et toujours serré, le bombar­dement dure encore plus d’une heure. Ce n’est qu’à 20 h environ que je pense pouvoir remonter pour continuer mon chemin. Aupa­ravant, je prie la personne qui m’a appelé quand elle a vu quelle était ma situation sur le trottoir, de vouloir bien accepter un peu de riz en remerciement de sa précieuse hospitalité et, lui demandant de tendre son tablier, j’y vide l’un de mes sacs. Pendant que le riz se déverse, trop lentement à mon gré, elle me dit à plusieurs repri­ses :

« Oh, Monsieur, pas tant que cela, pas tant que cela. »

Brave femme, je ne sais comment la remercier de son mou­vement spontané, auquel elle n’attache que peu d’importance, tandis que j’ai lieu d’estimer qu’elle m’a probablement sauvé la vie.

Le calme me paraissant à peu près revenu, je quitte la cave le premier, mais alors quel triste spectacle apparaît à l’extérieur. L’avenue de Laon, jusqu’à la rue du Mont-d’Arène, est maintenant méconnaissable dans sa partie gauche. Les façades de ses maisons ont été criblées d’obus et plusieurs immeubles sont en feu. Pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Docteur-Thomas, il me faut, depuis le pont, enjamber d’un bout à l’autre du parcours, une suite d’obstacles constitués par toutes sortes de matériaux — par­ties de toitures avec ardoises, chevronnages, pierres de taille, pou­trelles, etc. L’aspect de démolition générale prend fin vers la place, demeurée relativement tranquille jusqu’alors, mais dont quelques maisons ont cependant reçu des obus, au cours de cette épouvan­table soirée de bombardement.

Abasourdi par tout ce que j’ai entendu pendant quatre heures entières, remué par ce que j’ai vu d’affreusement saisissant, je suis presque surpris d’être parvenu au terme de mon voyage si mou­vementé.

Ma sœur, dans son grand étonnement, m’a dit, en me voyant survenir :

« Comment, te voilà par un bombardement pareil ! »

Ce qui m’a fait lui répondre que j’avais bien failli rester en route. Après l’avoir mise au courant des péripéties de mon trajet, des risques courus, nous tombons d’accord pour reconnaître qu’en cas de séparation, il nous faudra, dorénavant, éviter de nous in­quiéter l’un de l’autre, cela devenant beaucoup trop dangereux — mais, comme elle paraissait même envisager la question de son départ, je l’ai engagée fortement à quitter notre ville au plus tôt.

… Le lendemain samedi 7, après une nuit affreuse — car il y a eu reprise du bombardement, dans des conditions identiques de sauvagerie, jusqu’à 5 h du matin — on évalue approximativement à huit mille, le nombre des projectiles avec mélange d’obus incen­diaires, tirés sur Reims par l’ennemi, depuis hier à 16 heures.

De nombreux incendies se sont déclarés — j’en avais vu sept ou huit lors de mon retour ; ils n’ont pas pu être combattus effica­cement puisqu’il n’y a pas d’eau. Pendant la nuit, cependant, deux pompiers de Paris ont été tués et d’autres ont été blessés, les Alle­mands ayant tiré par rafales sur les sinistres, à l’effet d’interdire tout secours.

Les dégâts fort considérables de cette longue séance, don­nent une impression des plus pénibles de dévastation. La partie haute du faubourg Cérès, à partir des boulevards Jamin et Carteret est en plein feu ; le quartier contournant l’emplacement de « Bethléem » (rues de Bétheny, Jacquart et Saint-André) a été pres­que entièrement détruit par les nombreux « gros calibres » qui l’ont pilonné ; l’avenue de Laon massacrée, la place de la République et les hautes Promenades criblées de trous d’obus et ces dernières saccagées en outre dans leur végétation, remplies de branches énormes arrachées aux arbres meurtris en grand nombre par les éclats ; le kiosque des Marronniers crevé et abîmé, etc.

L’hôtel de ville présente un aspect des plus lamentables avec toutes ses ouvertures béantes, ses bureaux encore une fois remplis de plâtras, de débris de pierres ou d’enduits, sa façade — dont le bas-relief équestre de Louis XIII a été mutilé — labourée par les éclats et sa statue de bronze de la cour (la « Vigne », de Saint- Marceaux) déséquilibrée sur son piédestal.

Les victimes seraient de quinze à vingt tués avec de nom­breux blessés, pour l’après-midi horriblement tragique, suivi d’une nuit atroce, de ce Vendredi Saint de l’année 1917.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

[1] La petite auto venait de la maison Pommery. Son chauffeur conduisait Mme Baudet, accompagnée de Mme et Melle Mercier. Elle s’était vraisemblablement trouvée prise dans l’explosion d’un ou de plusieurs projectiles, à l’instant où elle avait dû s’arrêter pour permettre à un soldat, isolé dans ces dangereux parages, d’y prendre place.
[2] Au cours d’une promenade faite à Montbré, près de Reims, en août 1936, M. l’abbé Cuillier, curé de la commune m’indi­que, au cimetière, la tombe de M. Arthur Poulain, 51 ans, décé­dé à Reims, le 6 avril 1917.
M. Poulain était, paraît-il, le chauffeur qui conduisait la petite auto de la maison Pommery, dans laquelle Mme Baudet, trois autres personnes et lui-même trouvèrent la mort, en cette terrible journée du Vendredi saint 1917, auprès de la porte Mars.
A ce propos, je dois mentionner une conversation tenue longtemps après la guerre, avec M. Edouard Cogniaux, qui coopéra, comme brancardier-volontaire, à l’enlèvement de ces victimes, dans la soirée du 6 avril 1917.
Cogniaux m’affirma que ses collègues brancardiers fu­rent profondément surpris, comme lui, de constater que le compagnon que j’avais vu assis à côté du chauffeur, à l’avant de la voiture, n’était ni mort ni blessé. Mais cet homme, le seul resté vivant, avait ressenti de si violentes commotions du fait des déplacements d’air produits par les nombreux obus venus éclater autour du véhicule, il en avait été accablé et stupéfié à tel point, qu’on dut lui prodiguer des soins pendant deux jours, pour arriver à lui faire reprendre peu à peu l’usage de ses sens.

(Note de P. Hess, nov. 1936)


près de la place de la République


Cardinal Luçon

Vendredi-Saint – Vendredi 6 – + 20°. Nuit très active ; visite au quartier Sainte-Geneviève, à pied depuis l’Archevêché, avenue (?) de Porte-Paris, rue de Courlancy, Hospice Rœderer. Via Crucis in Cathedrali de 7 h. 30 à 8 h. 30 matin. 4 h. soir Bombardement infernal : 7.750 obus ! 4 personnes tuées dans une automobile renversée par les obus. Madame Baudet, sœur de M. Dupuis, curé de Saint-Benoît, était allée aux Pompes Funèbres com­mander un cercueil avec la femme et la fille du sacristain de Saint-Remi. Au retour, entre le cimetière du Nord et le Boulevard de la République, en face et dans le prolongement de la rue Thiers (ou des Consuls) elle fait monter un soldat qui portait un blessé. Au même instant un obus tombe qui tue Madame Baudet, la fille et la femme du sacristain, le soldat et le chauf­feur : seul le blessé échappa à la mort. Rues dévastées. Le bombardement a duré jusque vers 8 h. soir violent ; après 8 h. il ne fut qu’intermittent. Cou­ché à la cave. Nuit plus tranquille, coups de canons et bombes seulement par intermittence. Obus sont tombés dans les ruines de la Maison Prieur, 7.750 obus, chiffre officiel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 6 avril

Entre Somme et Oise, l’artillerie allemande a violemment bombardé nos positions au nord d’Urvillers. Une vigoureuse riposte de nos batteries a fait cesser le tir de l’ennemi. Action intermittente d’artillerie sur la rive ouest de l’Oise et au sud de 1’Ailette.

Aux lisières ouest de l’Argonne, après un vif bombardement, les Allemands ont exécuté un coup de main sur une de nos tranchées au nord de Vienne-le-Château. L’ennemi, qui a fait usage de liquides enflammés, a été repoussé par nos barrages et a laissé des morts et des prisonniers entre nos mains.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande s’est développée sur un front de 2500 mètres entre Sapigneul et la ferme du Godat. L’ennemi avait reçu de nombreuses troupes d’assaut. L’attaque a complètement échoué sur la plus grande partie du front ou nous avons réoccupé presque immédiatement toutes nos tranchées de première ligne. Des contre-attaques de notre part sont encore en cours.

Notre artillerie a infligé de fortes pertes à une troupe allemande sur la rive gauche de la Meuse.

Les Russes avouent de lourdes pertes sur le Stokhod.

Le Sénat américain a voté, par 82 voix contre 6, la déclaration de belligérance.

Un cargo brésilien, le Parana, a été coulé par un submersible.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

 

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Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 3 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 3 avril 1917

934ème et 932ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tempête de vent et de pluie toute la nuit qui m’a réveillé vers 3h du matin, mais je n’ai pas entendu à 1h du matin les bombes qui seraient tombées à proximité. Je ne sais encore où. Il faut. J’étais exténué de fatigue et de manque de sommeil. Il parait que dimanche il serait tombé 2048 obus ! Hier avant midi on en comptait plus de 600. Finiront-ils ? Tout le monde part. C’est la panique habituelle conséquence de tels bombardements. Mais je crois qu’en 1914, nous n’en n’avions jamais reçus autant en une seule journée, si c’était leurs P.P.C. on oublierait bien volontiers…  mais !…

6h1/2 soir  Voici exactement le nombre d’obus lancés sur la ville hier. 3ème canton 1200, 2ème canton 623, 4ème canton 438 environ, soit environ 2200 à 2500 obus ? Aujourd’hui même sérénade, si cela continue ils ne laisseront rien de la ville. Des victimes. Vu Dondaine qui évacue sa femme et son fils à Épernay demain. 2 obus sont tombés dans une maison voisine de la leur, portant le n°97, rue Ste Geneviève, leur cassant tous leurs carreaux.

A 1h1/2 j’avais simple police, 7 nouvelles affaires, 5 anciennes. Speneux mon ministère public, commissaire de police du 3ème canton, est arrivé avec 1h de retard, nous avons donc ouvert la séance à 2h1/2  / 3h. 3 personnes sont venues (un gendarme comme témoin et une femme et son gamin, jet de pierre). La séance a été vite enlevée, d’autant que çà tapait dur et que Speneux était encore émotionné des 210 qui tombaient dans son quartier en venant. Il n’a pas voulu fixer de séance pour le 1er mai 1917 !!!

Ce qu’ils sont froussards !!!

J’apprends au Palais que la Grande Poste qui était au Pont de Muire et qui bombardée s’était réfugiée il y a 8 jours rue Martin Peller, aux Écoles, rebombardée, se réinstalle au Palais dans la salle de correctionnelle près du cabinet où se tenait M. Bossu, Procureur de la République. Le sous-préfet, lui, s’installe dans la crypte !! J’ai vu un des chefs de service de la Poste, il tremblait et était vert. Il a osé me dire : « Oh ! mais c’est la dernière fois que nous déménageons, et si nous sommes bombardés nous quitterons Reims ».

En sortant du Palais, je vais à l’Hôtel de Ville où je vois entrer derrière moi M. Chapron, le Préfet de la Marne (André Chapron est resté Préfet de la Marne de 1907 à 1919). Il y a réunion dans le cabinet du Maire avec le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, le Général Lanquetot, Régnier sous-préfet de Reims et Chapron. C’et pour s’entendre sur l’évacuation de la population inutile. J’irai demain à la Ville, et je saurai de quoi il retourne. Rentré sous le canon, il était temps que je quitte l’Hôtel de Ville, car il est tombé des obus tout proche quelques instants après que j’étais parti, rue Henri IV notamment, des victimes.

En rentrant, j’avais cette impression assez singulière…

Le bas de la page a été découpé.

Je suis à bout de nerfs. Je me sens bien délabré. Des avions français nous survolent en ce moment. Il y a au moins 15 jours/ 3 semaines que nous n’en avions vu un seul. Depuis ces 3/4 derniers jours de bombardement intensif nos canons n’ont pas répondu. Enfin les voilà qui tonnent, cela me réconforte un peu. Des obus allemands sifflent très haut…  en réponse. Mais que c’est triste d’être bombardé, de recevoir une pluie de mitraille sans entendre les nôtres répondre !!

Reçu lettre fort triste de ma pauvre femme et affolée aussi, elle me dit que des employés de la Préfecture de la Marne vont dans nos pays et environs de St Martin demander aux Maires des locaux pour loger 30 000 réfugiés !!…  Rémois !!!  et nous sommes ici 17 000 !!! Je lui réponds pour la tranquilliser. Robert a quitté le 29 ou le 30 mars Nanteuil-la-Fosse, en sorte que toute ma déconvenue d’hier est consolée un peu puisque je ne l’aurais plus trouvé là. Il serait remonté vers Berry-au-Bac. Pauvre Petit !! que Dieu le protège !! Jean pense quitter Fontainebleau le 6 ou 7 courant. Je vais donc partir ou samedi ou lundi à St Martin. Je vais écrire à mon Procureur de la République pour lui demander de me donner une réquisition me permettant de rentrer à Reims quand je voudrai, coûte que coûte. Je tiens à être là au moment de l’attaque, des dangers, au milieu de mes justiciables. C’est mon Devoir et mon Droit.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 avril 1917 – Nouveau bombardement furieux toute la journée.

Dans l’après-midi, à 16 h 1/4, nous devons interrompre le travail et quitter le bureau de la « comptabilité », des obus éclatant derrière l’hôtel de ville.

Lorsque les camarades se sont levés, pour aller s’abriter ailleurs, je les ai suivis jusqu’à la porte, puis, me ravisant je suis revenu à ma place, avec l’idée de les rejoindre tout à l’heure, la pensée m’étant venue que je pourrais essayer de profiter du mo­ment libre, pour mettre mes notes au point. Je les ai quelque peu négligées par les bombardements répétés et assez déprimants de ces jours derniers ; je ne voudrais pas rattraper mon retard en ins­crivant simplement à la fin de la semaine « Bombardements très violents », ce qui serait exact, certes, mais ne me donnerait satisfac­tion que s’il s’agissait d’en terminer, en mettant vite le point final au récit de nos misères. S’il m’est donné plus tard de revoir mes car­nets, je tiens à y retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous aura fallu traverser, car lorsqu’il m’arrive de jeter un coup d’œil sur leur contenu, je suis surpris moi-même, de revivre bien des instants de notre existence à Reims, qui seraient oubliés si je ne les y avais notés. Un obus chasse l’autre, et avec les distribu­tions qui nous sont prodiguées…

Je suis donc encore très absorbé quand j’entends, dans le couloir, la conversation de quelques employés qui réintègrent le secrétariat, maintenant que c’est fini. Je reconnais ensuite le pas de Guérin, revenant, lui aussi, d’une station de trois quarts d’heure ou une heure peut-être au sous-sol, car la séance, comme beaucoup d’autres déjà, a été sérieuse. Les Boches sont redevenus calmes encore une fois et je suis parvenu tout de même à faire ce que je voulais.

Pourquoi la présence, de l’autre côté de la cloison, du bon type qui ne se presse pas pour rentrer dans notre bureau de la « comptabilité » me reporte-t-elle, d’un saut, à une trentaine d’années en arrière, à l’époque où nous étions condisciples ? Les réminiscen­ces qui me traversent rapidement l’esprit me font me ressouvenir de la fin des récréations, quand chacun regagnait la classe ! Diver­tissement et âge à part, j’ai saisi sans doute, dans un rapproche­ment inconscient et assez bizarre, qu’il y a encore un peu de cela, à cette minute.

Notre camarade ouvre la porte et m’apostrophe aussitôt en disant :

« Ah, te voilà ! mais nous cherchions après toi »,

puis, fixé sur mes occupations, il se tourne vers MM. Cullier et Vigogne qui s’approchent, en leur annonçant :

« Il est là »,

ajoutant, du ton qu’il a le talent de rendre si parfaitement ironi­que :

« Il est en train de prendre ses notes ! »

Il faut entendre l’air de pitié, de commisération qu’il prend, l’animal, pour dire cela aux collègues, mais Guérin, avec son ca­ractère finement spirituel, sa philosophie, sa rondeur joviale est si serviable pour tous, que l’on ne saurait se formaliser de ses sorties. Je me contente de sourire. Arrivé auprès de ma table, il s’arrête pour me tancer, car il est mon aîné, en me disant de la manière pseudo paternelle qu’il croit devoir prendre de temps en temps vis- à-vis de moi :

« Mais, mon Paul, tu te feras tuer, avec tes notes. »

Il a déjà eu l’occasion de me rappeler que je lui dois le res­pect, cependant, comme je le sens disposé de plus à me sermon­ner, maintenant que chacun est retourné à son pupitre, je ne lui en laisse pas le temps et, à brûle-pourpoint, j’aiguille ses idées ailleurs en lui demandant :

« Alors ! tu n’es pas tout à fait mort ? »

Un peu suffoqué, il me répond en souriant :

« Euh, euh ! non, tu vois. »

« Eh bien » lui dis-je, « tu ne ferais pas mal de nous offrir quelque chose pour nous remettre de nos émotions. »

Alors, il s’exclame :

« Oh ! tu as rudement raison. »

Nous avons en effet à la cave commune qui se trouve dans la fausse cheminée de l’annexe du bureau, une variété de bouteilles dont Guérin assume la garde en sa qualité de cuistot, qu’il cumule avec celle d’employé auxiliaire — de même que nous avons dans pupitres ou nos tiroirs, des vivres en réserve (corned-beef, thon, sardines) au cas où nous nous trouverions dans l’impossibilité de quitter l’hôtel de ville pour nous ravitailler.

L’inspiration lui a paru excellente : elle a reçu tout de suite l’approbation qu’il a sollicitée et pendant dix minutes à peu près — temps de fumer une pipe à la caisse des incendiés — nous 20ns nos impressions sur la séance de bombardement qui a* de s’ajouter à toutes celles qui l’ont précédée.

Notre vive irritation, notre indignation croissante à propos des procédés sauvages, de la barbarie cruelle de l’ennemi vis-à-vis de notre pauvre cité et de ses habitants, se traduisent par quelques ¡¡•»pressions énergiques à l’adresse des Boches, que l’un de nous résume simplement, en disant :

« Ah ! les cochons. »

L’ami Guérin, occupé à remplir les verres, a dû trouver le mot insuffisamment adéquat ; il voudrait certainement en accentuer le sens à moins qu’il ne le désire mieux approprié, puisqu’il se re­tourne, la bouteille à la main, pour déclarer :

« Moi, je dis que ce sont des vaches ! »

A la nuance près, nous reconnaissons en riant qu’il y a una­nimité de sentiments.

Oui, Guérin a été compris, dans sa manière d’exhaler son mépris pour ceux qui font la guerre en s’en prenant si facilement aux civils avec leur artillerie. Son qualificatif contient la somme de nos révoltes platoniques, de nos rancœurs de Rémois à l’égard de tortionnaires férocement haineux et dépourvus de toute humanité.

Après avoir constaté que les Allemands deviennent de plus en plus furieux, nous regagnons nos places pour reprendre nos écritures ou nous replonger dans les chiffres jusqu’à 18 heures.

— Le bombardement redouble de violence, avec gros cali­bres, le soir, de 18 h 1/2 à 20 h, particulièrement vers le Port-Sec et ses environs.

Sorti de la mairie comme d’habitude, à la fermeture des bu­reaux, je suis à peine en route, que je dois revenir en arrière et me réfugier au poste des brancardiers-volontaires de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Ecritoire. M. Guichard, vice-président de la Com­mission des hospices, qui vient à passer, avec son auto, s’y arrête un instant, et sachant que j’habite le même quartier que lui, m’offre de m’emmener.

Nous partons alors à toute vitesse, tandis que les obus tom­bent ; nous en voyons les explosions à droite et à gauche, au cours de notre trajet qui se termine dans la cour de la maison rue Lesage 21, où M. Guichard s’empresse de rentrer sa voiture. Là, il nous faut descendre à la cave avec les gardiens de l’immeuble et une heure après, seulement, il m’est possible de quitter cet endroit, peu éloigné de mon but cependant, pour rentrer place Amélie-Doublié.

La rue Lesage est couverte d’éclats de toutes tailles.

Dans cette journée, Reims a reçu plus de deux mille obus. Il y a eu peu de riposte de notre part.

Les conduites d’eau ont été rompues en quatorze endroits, par les gros projectiles ; il est impossible de les réparer, sous le tir effrayant de l’ennemi.

La semaine passée, la mairie avait demandé que la déclara­tion des puits existant en ville fût faite au Bureau d’Hygiène, par leurs propriétaires ; ceci peut déjà servir d’indication, car au man­que d’eau actuel dans les quartiers hauts, succédera fatalement la disette totale, quand les conduites seront vidées. Si l’on peut s’ali­menter à peu près en eau potable par des moyens de fortune, il est assez inquiétant de penser qu’en cas d’incendies considérables, nous en serions réduits à la terrible situation de septembre 1914.

— La municipalité fait inviter, par les journaux, les habitants (vieillards, femmes, enfants) ou ceux n’ayant aucune obligation de rester à Reims, de quitter la ville. L’autorité militaire autorise le départ sur Epernay par la route, sans laissez-passer, avec la seule carte d’identité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 2°. Nuit tranquille ; non couché à la cave. Vers 1 h. du matin, bombes. A 2 h. 50, bombes sifflent ; bombardements intermittents dans la matinée. A 2 h. il reprend avec acharnement sur batteries (?). Les obus sifflent et tombent sans aucune interruption pendant une heure, et toute l’après-midi. De 10 h. soir à minuit (je crois) bombardement violent sur Clairmarais, la chapelle a été touchée. De 5 h. à 8h., bombardement violent sur paroisse Saint-André. Les quatre Sœurs de Saint-Vincent (de la rue de Betheny), M. le Curé de Saint-André, M. Grandjean son vicaire, rentraient du Salut. Ils se jetèrent dans la cave de la maison des Sœurs. Plusieurs obus, 10, 25 peut-être dont quelques-uns au moins de 310(1) ont dévasté la maison et l’orphelinat est détruit. C’est épouvantable ! quel vacarme ! Elles entendaient les obus pleuvoir ; les éclairs pénétraient dans la cave. A 7 h. M. le Curé, inquiet de rester seul à la maison, veut sortir. Un obus tombe dans la rue. Il se jette le long du mur pour l’éviter. Il se frôle contre le mur qui l’écorche un peu ; un éclat le blesse au petit doigt. Il en est quitte pour cette blessure. La rue Saint-André est jonchée de débris. Le Petit Séminaire est affreusement ravagé ; les toitures sont criblées.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Sainte Geneviève, voyant le quartier battu par les obus, se réfugient avec leurs orphelines dans les ca­ves de M. Walfard. On aménage un caveau où je leur ai permis d’avoir le Saint-Sacrement et la Messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) 210 mm allemand ou 305 mm autrichien…


Mardi 3 avril

Dans la région de Saint-Quentin, nos patrouilles ont poussé au nord-est de Dallon et au nord de Castres jusqu’aux lignes ennemies qu’elles ont trouvées fortement occupées.

Dans le secteur au sud de l’Oise, fusillade assez vive aux avant-postes.

Au nord de l’Ailette, nous avons progressé dans la région de Landricourt. Au sud de l’Ailette, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont rejeté les Allemands au delà de Vauxaillon. Des patrouilles ennemies ont été prises sous notre feu et dispersées. Le chiffre de nos prisonniers atteint 120.

En Champagne, plusieurs contre-attaques ennemies sur les positions que nous avons reconquises à l’ouest de Maisons-de-Champagne ont été arrêtées par nos feux. Des tentatives contre nos petits postes à l’est d’Auberive et à l’ouest de la ferme Navarin, ont complètement échoué.

En Alsace, nous avons réussi un coup de main au bois de Carspach et ramené des prisonniers.

Les Anglais ont pris Francilly, Selency, Holnon, le bois de Saint-Quentin, Villecholles, Bihecourt et les positions avancées de l’ennemi entre la route Bapaume-Cambrai et Arras.

On signale de nouveaux désordres à Berlin, à Dusseldorf et à Cologne.

Le Congrès américain s’est réuni en session extraordinaire de guerre pour entendre les propositions du président Wilson.

Un navire armé américain a été coulé par un submersible allemand.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 28 mars 1917

Louis Guédet

Au mercredi 28 mars 1917 928ème et 926ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nous sommes tout de même partis à 8h avec une voiture de la Cie, par un soleil splendide. A partir de Montchenot, route au pas jusqu’à Épernay à cause de l’artillerie de toute sorte que nous avons côtoyée et croisée (crapouillots, 75, 105, 150, 370, tracteurs et autres), à Épernay, déjeuné au buffet, et ensuite attendu le train. 2 – 3 passent, combles ! enfin le 4ème nous est permis, c’est celui qui aurait dû passer à Épernay à 10h ! Il était 4h1/2 du soir !! Une brouette qui nous dépose enfin à Paris à 8h1/2. Plus de voitures, métro heureusement.

Le lendemain dimanche, messe à St Sulpice, et à Passy 22 boulevard Flandrin, chez M. et Mme Boulingre (Paul Boulingre (1868-1921) et son épouse Laure Minelle (1866-1929), leur fille Suzanne épousera en 1923 Robert Guédet), où je trouve tout mon monde : Mme Minelle et Pierre et Jacques Simon. (J’avais rencontré à la gare d’Épernay Maurice Simon qui rentrait à Aÿ où il est son cantonnement). Causé toute la matinée, déjeuné chez Narcisse Thomas où je trouve son fils, lieutenant au 36ème d’Infanterie mitrailleur. D’après ce que celui-ci me dit il doit revenir vers Reims fin avril pour le grand coup. Nous verrons…  Du reste il doit me prévenir. Dîné le soir avec Mt Jolivet qui m’apprend que (rayé) quand on lui (rayé) ?? Enfin il y a (rayé) qui arrive (rayé)! Vu cet après-midi de dimanche 100, rue des Martyrs, Madame Lorquin-Gillot, une vieille cliente, retour du Thurel (Aisne), où elle avait été surprise par l’Invasion allemande. Tout ce qu’elle m’a dit confirme tout ce qu’on a pu écrire sur les agissements des allemands : pillages organisés, sévérité, dureté, sévices, menaces, fusillades, etc…

Elle me disait des choses assez surprenantes que je me réserve de communiquer au Procureur de la République…  sur la mentalité de ces allemands, notamment :

On a affiché dès les premiers jours de l’occupation, et à titre permanent aux 4 coins du village, (elle en sait quelque chose, puisqu’on l’a obligé à coller en remplacement une de ces affiches) cet avertissement : « Le droit de propriété n’existe plus dans les régions envahies !! »

Dans une de ses conversations avec la « Kommandantur » et un médecin supérieur : « Vous serez enfin gouvernés, et vous serez heureux d’être avec nous et sous notre gouvernement du reste. » – « Nous avons besoin de vous pour exploiter et mettre en pratique ce que votre intelligence de latins découvre, crée et imagine ! »

Toujours la même chanson. C’est comme un « leitmotive » incrusté dans ces cervelles de brutes teutonnes ! Ils parlaient de la même façon durant l’occupation de Reims, nous en avions les oreilles battues et rabattues !…

Lundi passé la matinée en courses, rendez-vous avec les Simon, après-midi déjeuné chez les Boulingre-Minelle. Où j’apprends (rayé), mais le (rayé). Vu ensuite Mme Mareschal (née Jeanne Cousin (1873-1929)) que j’avais déjà vu la veille à l’Hôtel avec son fils René et les Paul Cousin. Le soir, dîné chez les Français. Manqué une correspondance nord-sud de la rue St Didier 30, Boissière à Pantin, filé à Raspail, et à pied parcouru tout le boulevard pour rentrer à l’Hôtel, 49, boulevard Raspail, fourbu (Hôtel Lutetia). Le lendemain matin levé à 5h, parti au train de 6h55. Retard, bref, manqué la correspondance du C.B.R. à Dormans de 20 minutes. L’autorité militaire ayant décidé de ne pas attendre le 1er train de Paris, et de faire partir le train de 11h49 sur Pargny-Reims à peu près vide. Enfin, après démarches de ma part pour les Rémois en panne auprès de nos Dieux Militaires, on daigne faire un train bis qui nous amène à Pargny à 7h1/2 soir. Pas de voiture, si une seule où nous nous encaquons à 7 !! A chaque instant j’avais la sensation que notre guimbarde allait crever et nous semer sur la route. Enfin j’arrive moulu, rompu, fourbu à 8h3/4 du soir. Trouvé un monceau de lettres, ouvertes avant de me coucher…

Ce matin déblayé, répondu à la majeure partie. Reçu lettre de mon pauvre enfant Robert qui était il y a quelques jours au Mesnil-sur-Oger où il me réclamait. Je joue de malheur avec cet enfant, je ne puis le voir avant son départ au front. Jean m’écrit aussi, et il compte sortir dans les 150 premiers…  de Fontainebleau. Il est 6ème de sa brigade sur 30. Le verrai-je avant son départ au front qui aura lieu milieu avril ?? Après-midi première séance de Commission d’appel d’allocations militaires de l’arrondissement, avec M. Benoist, M. Georget étant souffrant ?…  du bombardement ??…  à Paris !!! Jamais M. Benoist n’avait vu autant de monde ! 30 intéressés, déblayés facilement les premiers et ensuite les 40 dossiers restant. J’ai la main forte. Çà va bien…  et çà ira. J’ai pris le dessus de suite. Albert Benoist était surpris de ma maîtrise et de ma mise…  au point…  me voilà à jour avec ces affaires, çà va bien. Bref, peu de travail et surtout moins de séances. Une tous les mois devrait suffire…  Demain matin je mettrai au point ces dossiers qui seront remis à la Sous-Préfecture le soir même.

Demain Réquisitions militaires à 2h1/2. Madame Lorquin me disait qu’elle n’avait pas mangé de viande depuis 16 mois, et que la première côtelette que sa sœur Mme Gentil lui avait servie lui avait semblée délicieuse… !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1917 – Journée fortement mouvementée.

Dans la matinée, des obus tombent encore à la Haubette. Deux soldats y sont tués, ainsi qu’un charretier et son cheval, chez M. Fievet. Ce malheureux charretier procédait au chargement de trois stères de bois pour lesquels j’avais eu à délivrer un bon de livraison, la veille, à son patron, M. H. rue Carnot.

Le troisième canton, surtout, est cruellement éprouvé ce jour ; la rue Goïot, ses alentours, les environs de la brasserie Veith offrent, paraît-il, un spectacle lamentable. L’asile de nuit est en partie détruit. Il est tombé plusieurs centaines d’obus de ce côté de la ville.

— Le soir, en revenant du bureau, place Amélie-Doublié, je puis compter, tout en montant la rue Lesage, cinq saucisses bo­ches, encore occupées à observer.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La brasserie Veith


Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Nuit bruyante entre les deux artilleries, mais non sur la ville. 0°. Beau soleil, vent nord. Matinée aéroplane : tir contre eux. Duel assez actif entre batteries ; bombes sifflantes sur les nôtres. Des éclats nom­breux sont tombés dans le jardin ; j’en ai entendu un siffler à mes oreilles et tomber dans le jardin (obus autrichiens éclatant dans l’air, fusant (1)), très violent bombardement dans l’après-midi. Brasserie Veith détruite, Asile de nuit dévasté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Mortier autrichien de 305 mm Skoda

Mercredi 28 mars

Entre Somme et Oise, l’artillerie ennemie violemment contrebattue par la nôtre a bombardé nos positions sur le front Roupy-Essigny-Benay. Toutes les tentatives d’attaques des Allemands ont été arrêtées net par nos feux.

Au sud de l’Oise, nos troupes ont poursuivi leur progression. Elles ont d’abord enlevé au cours d’une brillante opération Coucy-le-Château, puis toute la basse forêt de Coucy, ainsi que les villages de Petit-Parisis, de Verneuil, de Coucy-la-Ville ont été occupés par elles. Nos éléments avancés ont atteint, en quelques points, les lisières ouest de la forêt de Saint-Gobain et la haute forêt de Coucy. Nos pertes ont été légères dans l’ensemble.

Au nord de Soissons, nous avons enlevé une ferme au nord-ouest de Margival, puis réalisé des progrès au delà de Neuville-sur-Margival et de Leuilly.

En Argonne, nous avons réussi deux coups de main dans les secteurs du Four-de-Paris et de Bolante.

Canonnade violente sur les deux rives de la Meuse au nord de Verdun.

Les Anglais ont occupé les villages de Longavesnes, Liéramont et Equancourt; ils ont fait des prisonniers. Ils ont infligé un échec à l’ennemi près de Beaumetz-lès-Cambrai.

Les Russes ont reculé sur la Chava au sud-est de Baranovitchi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 5 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 5 mars 1917

905ème et 903ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin à 4h1/2 / 4h3/4 canonnade furieuse vers La Pompelle qui m’éveille, les éclairs des coups de canons flamboient et éclairent ma chambre. Je me lève, ouvre mes persiennes, et je vois le jardin couvert de neige qui continuera à tomber toute la matinée. Bataille furieuse et puis voilà les obus qui sifflent vers St Remy, 20 environ, rue Pasteur, Fléchambault, etc…  Une victime. Cela dure jusqu’à 6h du matin, puis cela cesse et je me rendors. Inventaire rue Buirette, dispute entre Hanrot (Edmond Hanrot (1864-1959)) notaire, toujours aussi pointu, Bruyant (Henri), notaire à Orbais, aussi pointu mais plus calme, et cette canaille de Lepage, ancien huissier, qui est doublé d’une brute. Je m’en suis amusé. Après-midi le vent tourne et dégel général, toute cette eau qui coule et tombe des toits sur les ruines me font mal et me rappelle mon martyre de la rue de Talleyrand. Ah ! cette pluie qui tombe, ruisselle sur les plafonds et les planchers à ciel ouvert !! Ce que c’est pénible. Fait des courses en pataugeant dans la neige fondue. Je rentre fourbu, mais il y a de l’ouvrage, lettres, circulaires pour la Chambre, etc…  Enfin je vais me coucher, j’en ai besoin, pourvu que je puisse dormir et qu’on me laisse dormir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1917 – A 4 h 45, Reims est réveillée en sursaut par une canonnade très nourrie, qui s’est déclenchée sur le secteur — et le vacarme effroyable et bien connu des démonstrations d’artillerie se pro­longe, sans la moindre interruption, pendant une heure et demie. Vers 6 h 1/4, pour terminer, les 75 dont les détonations résonnent si bien place Amélie-Doublié, mêlent aussi leurs voix au concert en envoyant, pour leur compte, en un quart d’heure au plus, un sup­plément de quatre cents projectiles environ.

Quelques obus arrivent rues Pasteur, Armonville et du Barbâtre

Le calme revient à 6 h 1/2 et le soir même, le communiqué annonce qu’à l’est de Reims, un coup de main ennemi a été faci­lement repoussé. Ceci s’était passé vers le Linguet.

— Dans le voisinage, où les habitants sont peu nombreux, on avait remarqué, hier soir, l’apparition d’un employé de chemin de fer domicilié dans les alentours de la rue Lesage, qui était reve­nu paraît-il, pour connaître l’état de la maison qu’il avait occupée jusqu’en août 1914 et pour procéder, si possible, à l’enlèvement de son mobilier. C’était la première fois qu’il rentrait chez lui, depuis la guerre ; naturellement, il y passait la nuit. Le réveil subitement brutal de ce matin — auquel nous ne nous attendions pas non plus avait eu pour effet de le méduser absolument dans son lit, où il attendait, en claquant des dents, la fin… d’il ne savait quel cata­clysme.

A 8 heures, à peine remis de ses émotions et tremblant en­core, le cheminot préférait repartir en abandonnant ses projets, malgré les bonnes paroles de gens qui cherchaient à le tranquilli­ser, en lui déclarant qu’on n’entendait pas tous les jours pareille profusion de coups de canon qui, d’ailleurs, n’avaient été dange­reux que pour les voisins d’en face ; la séance lui suffisait. Au reste, on s’accordait à reconnaître qu’il avait eu de quoi s’émouvoir mais se doutait-il seulement qu’il eût pu tomber encore beau­coup plus mal, au point de vue des risques ?

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Amélie-Doublié (avant 1914)

Place Amélie-Doublié (avant 1914)


 Cardinal Luçon

Lundi 5 – Vers 5 h. très violent combat au nord-est puis à l’est de Reims. Une épaisse couche de neige couvre la terre. 0°. Visite aux prêtres réunis au Séminaire. Un obus tombe dans les ruines de l’Hôtel Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 5 mars

Entre Oise et Aisne, nos détachements ont pénétré dans les positions adverses au sud de Nouvron jusqu’à la deuxième tranchée allemande et ont opéré d’importantes destructions.

Un coup de main ennemi dirigé plus à l’ouest, sur nos postes de la région de Haute-braye, a échoué sous nos feux.

Sur la rive gauche de la Meuse, nos batteries ont pris sous leurs feux et dispersé un détachement ennemi au nord de Regnéville.

A l’est de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans le secteur du bois des Caurières. Une attaque allemande, consécutive au bombardement intense signalé dans la région, au nord d’Eix, a été déclenchée sur nos positions de la Fieveterie. L’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans nos premiers éléments, en a été complètement rejeté par nos feux et nos contre-attaques. Notre ligne est entièrement rétablie.

En Alsace nous avons repoussé des partis ennemis, dans les secteurs d’Amertzwiller et de Burnhaupt.

Nos escadrilles de bombardement ont lancé des projectiles sur les hangars de Frescaty, la poudrerie de Bons, les hauts fourneaux de Woefling et la gare de Delme.

Les Anglais ont enlevé les premières lignes et lignes de soutien ennemies à l’est de Bouchavesnes. Ils ont fait 173 prisonniers. Ils ont réalisé une avance de 1100 mètres sur un front de 3200, à l’est de Gommécourt.

Un contre-torpilleur britannique a coulé en mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 1 novembre 1916

Paul Hess

1er novembre 1916 – Ce jour de la Toussaint, la matinée ayant été calme, nous supposons, ma sœur et moi, pouvoir nous rendre au cimetière du Sud, en partant à 13 heures. Deux voisines de la place Amélie-Doublié se décident à nous accompagner.
Au cours du trajet, nous n’avons pas été sans remarquer les évolutions de deux aéros et lorsqu’après avoir suivi les boulevards Lundy, de la Paix et Gerbert, nous parvenons à hauteur du champ de Grève, nos pièces qui y sont en batterie commencent à tirer. La riposte pouvant ne pas se faire attendre, nous accélérons l’allure pour arriver… dès les premiers sifflements.
Dans ces conditions, nous ne prolongeons pas la visite aux tombes ; elle est très courte, d’autant encore que les 155 de la « Villageoise » se mettent, à leur tour, à tonner. Cette fois, nous n’attendons pas davantage la réponse qui va probablement être faite à notre artillerie, de ce côté également ; nous jugeons prudent de nous replier au plus vite, en biaisant par les rues Féry, Simon et du Ruisselet, pour gagner la rue des Capucins.
Peu après en effet, tandis que nous nous éloignons rapidement, des obus tombent sur le quartier Dieu-Lumière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue-ruisselet


 111

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Toussaint. + 8°. Nuit absolument tranquille. Matinée item. A 2 h. nous partons pour les Vêpres à Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent. A 1 h. deux aéroplanes français, tir des Allemands contre eux. Départ pour Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent ; d’autres aussi pendant l’office. 5 h. quelques obus allemands sifflent, 5 h. 1/2 les canons français tirent des bordées. Mitrailleuses jouent. Bombes dans le jardin de M. le Doyen, me dit-il.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1er novembre

Le calme règne sur l’ensemble du front où l’on ne signale que des luttes d’artillerie intermittentes assez vives dans la région de Sailly et du bois de Saint-Pierre-Vaast. Les troupes russes, dans la direction de Loutsk, ont détruit l’organisation de fils barbelés de l’ennemi ; elles se sont emparées de ses tranchées avancées et s’y sont établies. L’ennemi, qui contre-attaquait, a été repoussé. Au sud de Brzezany, les Austro-Allemands ont lancé une série d’attaques qui ont échoué. Ils ont perdu de nombreux prisonniers. Dans les Carpathes boisées, les éclaireurs russes ont effectué des reconnaissances. Nos alliés ont obtenu un succès sur le front du Caucase et un autre en Perse. Les Roumains dans les Alpes transylvaines, ont surpris les Austro-allemands. Ils ont occupé le mont Rosca. Dans la vallée de Prahova et dans la région de Dragoslavele, ils ont brisé plusieurs attaques. Le combat continue à l’est de la vallée de l’Olt. Dans la vallée du Jiul, la poursuite de l’ennemi est ininterrompue. Le bombardement s’est ralenti à Orsova. Violent combat d’artillerie sur le front italien (val Sugana). M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a donné sa démission pour raison de santé. il a été nommé ministre d’État.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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