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Lundi 4 février 1918

Louis Guédet

Lundi 4 février 1918

1242ème et 1240ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Le camion militaire sort d’ici et vient d’enlever mes 8 cartons et une valise d’archives !! Pour moi c’est encore un déchirement ! Est-ce le dernier de cette épouvantable vie que je mène !! Me voilà encore plus seul, plus de papiers, plus de documents ou si peu qu’en cas de départ précipité je pourrais enlever ce qui me reste dans un sac de voyage !! me voilà donc avec quelques notes, quelques papiers indispensables, une plume et un peu d’encre !! Rien ne m’aura été épargné durant cette Guerre. Mon Dieu ! avez-vous pitié de moi !! et de ma misère !

6h soir  4/5 obus à 11h55 dans notre quartier, au-dessus de la maison, vers Clovis, 1 chez Melle Payard 40, rue des Capucins, 1 au 75, et un sur le théâtre en face du greffe Villain.

Audience Réquisitions à 2h, peu de monde. Rentré ici à 5h. On dit dans les rues que le Général Pétain serait ici. Que vient-il y faire ? nous amener des pillards, cela ne m’étonnerait qu’à demi, car en ce moment les sauterelles marocaines encombrent nos rues et nos ruines…  plus ou moins abandonnées ! (Rayé). En rentrant je passe chez Melle Payard, très émotionnée ainsi que Melle Colin. La pauvre fille, la seule commode à laquelle elle tenait a été pulvérisée ! C’est la veine !! Je connais cela.

Rien d’autre de saillant. Je pars toujours mercredi 9h (6ct (courant)), inquiet de laisser mon abri, sans savoir ce qu’il y adviendra durant mon absence. Quelle triste vie, sans suite, sans consistance, sans pouvoir être sûr du lendemain. Je pars, je sors d’ici et ne sais si quelques jours après, quelques heures, quelques instants après je retrouverai mon refuge intact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 février 1918 – Sifflements et arrivées, dans le centre, à 12 h 1/2. Le premier obus tombe rue des Capucins ; le second rue Tronsson-Ducoudray, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 4 – Nuit tranquille. + 4°. Temps semi-couvert. Midi bombes sifflent. Sur batteries ? Rue des Capucins, sur la maison de Mlle Collin. Après midi, tir contre avions ou sur batteries. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 4 février

Activité marquée des deux artilleries sur le front au nord de l’Aisne et dans la région du Four-de-Paris.
Un de nos détachements a exécuté dans le secteur nord-ouest de Courtecon (région de l’Ailette) un coup de main sur un petit poste allemand qu’il a ramené tout entier dans nos lignes, faisant ainsi 13 prisonniers et capturant du matériel.
Des coups de main tentés par l’ennemi sur un de nos petits postes au sud de Lombaertzyde, sur la rive droite de la Meuse, au nord de la cote 344, en Lorraine, au nord de Bures et en Alsace, dans la région du canal du Rhône au Rhin, ont échoué.
Une tentative allemande dans le secteur de Poelcapelle a échoué sous le feu des mitrailleuses anglaises.
Des rencontres de patrouilles ont tourné à l’avantage de nos alliés dans la région de Méricourt, au sud de Lens.
Activité de l’artillerie allemande vers la Vacquerie et au sud de Lens.
Sur le front italien, action d’artillerie et activité aérienne.
En Macédoine, activité réciproque d’artillerie dans la région de Doiran et a l’ouest du Vardar.
Les avions navals britanniques ont bombardé l’aérodrome de Varssenaere, en Belgique. Un projectile a allumé un incendie.
La conférence interalliée de Versailles a clôturé ses travaux.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 17 janvier 1918

Louis Guédet

Jeudi 17 janvier 1918

1224ème et 1222ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie, calme, trop calme !! hélas !! Hier soir contrat de Melle Dor avec Landragin, aviateur. Dîner du contrat très gai ! Rentré à 10h du soir avec Beauvais qui m’apprend confidentiellement qu’il est probable qu’après la Guerre il sera nommé Directeur de l’École des Arts et métiers de Châlons, ou a été mon grand-père, berceau des 3 Écoles d’Arts et Métiers de France. Il en est enchanté. Ce sera une perte pour Reims. Ce matin dérangé continuellement, fait mon courrier, mis au point mon contrat (N° d’État, Répertoire, minutes, enregistrement, etc…) je pars porter mon courrier à la Poste. Dondaine m’arrête, arrivant à mon appel télégraphique d’hier pour apposition des scellés chez Godbillon – Sarton rue Buirette, 28. Je l’invite à déjeuner. Je file à la messe de mariage Dor. Vu le Sous-préfet, Lenoir très cordial, etc… Nous déjeunons avec Dondaine, prudent Lutta vient m’annoncer que Pétain ordonnera l’évacuation de Reims le cas échéant !! Çà nous fait toujours froid ! Je ne pipe pas. Je file rue Buirette, fait ouvrir la porte de Godbillon par le serrurier légal et entre, je laisse Dondaine instrumenter.

Je cours à l’Hospice Noël – Caqué (il est 2h1/4) où le déjeuner des noces Dor a lieu, on est à la moitié du banquet ! On me place à côté de Lenoir, à qui je raconte ce que m’a dit Lutta. Il me le confirme tout en me disant que ce n’est pas…  immédiat, mais que cela peut-être. Nous nous donnons rendez-vous pour causer de tout cela au Palais Bourbon à la Questure le lundi 21 à 10h. Je quitte les banqueteurs à 4h, ayant un rendez-vous avec des soldats, qui se sont empressés de ne pas venir. Pas fâché, cela me permet de faire ma valise et de finir mon courrier en panne. Reçu lettre de ma chère Madeleine qui craint aussi une évacuation en cas d’avance des allemands vers Châlons. Je lui écrirai ou irai la voir au retour de Paris après que j’ai si ma conversation avec Lenoir m’y incite.

Mon Dieu, à la Grâce de Dieu.

Espérons qu’il nous évitera cette suprême et dernière épreuve de l’Évacuation, car adieu tout ce que l’on aura encore pu sauvegarder et pas pu sauver !! à Dieu vat !!

8h1/2 soir  Article très dur dans le Petit Rémois d’aujourd’hui 17, contre Fréville !! notre Receveur des Finances (rayé)!!

Extrait du Petit Rémois du jeudi 17 janvier 1918
Les réflexions d’un naïf. Une intolérable situation.
Texte du journal en pièce jointe

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – + 3° ; à midi + 10°. Temps très doux, très humide. Visite au médecin Major de l’hospice de la Charité, parti d’hier ; à M. Biaise, au Bon Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 17 janvier

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont attaqué nos positions du bois Le Chaume, sur un front de 200 mètres environ. L’attaque, brisée par nos feux, s’est dispersée. Quelques fractions ennemies, qui avaient réussi à prendre pied dans un élément avancé, en ont été rejetées aussitôt.
En Lorraine, nos troupes ont réussi une incursion dans les lignes ennemies de la région de Badonviller et ramené une quarantaine de prisonniers, dont un officier.
Canonnade assez vive en Alsace, entre la Thur et la Doller.
En Macédoine, actions d’artillerie assez vive de part et d’autre de la boucle de la Cerna. Patrouilles ennemies repoussées sur le front serbe.
Sur le front britannique, activité habituelle d’artillerie. La chute de neige a paralysé l’activité aérienne. Un appareil ennemi a été toutefois abattu.
En Palestine, l’aviation britannique a exécuté des raids réussi sur l’aérodrome ennemi de Jenin, au sud de Haïfa. Activité de patrouilles dans le secteur de Jérusalem.
Le bombardement que les Allemands ont fait du port de Yarmouth a coûté la vie à quatre personnes.
Lenine a lancé un ultimatum à la Roumanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Vendredi 4 janvier 1918

Louis Guédet

Vendredi 4 janvier 1918

1211ème et 1209ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Gelée très forte. 18 degrés au-dessous de zéro. Nous sommes glacés. On n’a l’idée de rien faire. Peu ou pas de courrier. Visite au curé de Cheppes par ce froid, mais il fait un soleil magnifique. Rentré à l’instant, la nuit tombe déjà. Robert nous dit qu’il va bientôt rentrer en ligne. Pauvres enfants ! André repart lundi à St Étienne de Châlons et moi-même il me faut songer aussi au retour, plus désespéré que jamais, surtout avec toutes ces craintes et menaces d’attaques !! Que Dieu nous garde, hélas !! Le fera-t-il ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 4 – 8°. Beau temps, très froid. Via Crucis in Cathedrali de 8 h. à 8 h. 1/2. Visite à M. Biaise ; à l’Enfant-Jésus, à Rœderer, au Général Leroux, au Capitaine du Génie 177 rue de Courlancy, aux Frères, au Major de la Garnison, au Colonel Cognard. Reçu visite de M. Sainsaulieu et du Général Baudemoulin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 janvier

Actions d’artillerie assez vives, notamment sur le front de l’Aisne, dans les régions de Landricourt et des Cavaliers-de-Courcy, ainsi que dans le secteur de Maisons-de-Champagne et sur la rive droite de la Meuse.
Deux coups de main ennemis, l’un au sud de l’Oise, l’autre au Cornillet, ont complètement échoué.
Au nord-est de la Pompelle, nous avons exécuté un raid et ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, l’ennemi a exécuté des coups de main dans la région d’Oppy, au sud et au sud-est de la Bassée. Ces coups de main ont échoué et nos alliés ont fait des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande à l’est d’Epéhy.
L’aviation britannique a jeté 200 bombes sur divers objectifs, notamment sur le champ d’aviation d’Ongelsmunster et un dépôt de munitions de la région de Courtray. Deux appareils allemands ont été abattus en combat aérien et deux autres, contraints d’atterrir, désemparés.
Sur le front britannique de Macédoine, activité d’artillerie réciproque.
Sur le front portugais, quelques actions d’artillerie. Une tentative ennemie sur la première ligne a aussitôt échoué.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 26 décembre 1917

Louis Guédet

26 décembre 1917

1h1/2  Pas de courrier ! par cette neige ce n’est nullement surprenant. Par suite rien à faire qu’à tâcher de tuer le temps, ayant préparé tout en vue de mon départ pour St Martin, départ suspendu par ces maudits mariés avec leur contrat, au Diable soient-ils ! Si cela ne tape pas trop fort, je vais tâcher d’aller voir ce que font…  mes aides-cambrioleurs… !!… Ils doivent commencer par le 9 de l’avenue de Laon ! Ayant déjà fait 4 immeubles, il ne m’en reste plus que 4 à vider…  en attendant le reste. Des dossiers 21 et des allocations militaires en appel, je vais les mettre au point, cela m’occupera toujours un peu.

5h1/2 soir  Nous avons déjoué 4 coffres-forts, il n’en reste plus qu’un que le serrurier ouvrira demain. C’est donc fini pour le faubourg de Laon. Vendredi à 1h nous procédions à la même opération faubourg Cérès… Trouvé peu de choses, quelques montres, quelques médailles, un lingot en forme de poire, des pièces de 5 F en argent fondues au feu. Quelques papiers calcinés, c’est tout. Je viens d’écrire mon rapport au Procureur de la République. D’ici quelques jours je lui enverrai mes procès-verbaux signés. Tout a été remis à Minet, gardien séquestre, qui en fera un inventaire détaillé.

Courrier à 3h1/2, rien de saillant, une lettre de Langlet, notaire à Fismes, mobilisé, qui refuse d’accepter Bruneteau comme suppléant. Il a tord. Je communique sa lettre au Procureur de la République. La neige a cessé de tomber, il ne fait pas très très froid. Triste journée quoiqu’occupée, mais cela ne m’empêche pas d’être d’une profonde et angoissante tristesse. Dondaine doit venir vendredi ou samedi, il déjeunera avec moi. Sa femme va mieux. J’en suis bien heureux pour lui.

Le calme…  le calme avant la tempête, si l’on peut croire les journaux qui sont loin d’être rassurants. Tout cela me décourage. Il n’y aura donc pas un coup de théâtre qui nous délivrera du cauchemar et nous donnera la Victoire sans cette nouvelle grande attaque allemande !! mes pauvres enfants !! Pauvre moi-même.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 décembre 1917 – Journée calme, par forte gelée sur la neige.

Au cours de la nuit très claire, entendu à diverses reprises, des avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 26 – 0°. Neige épaisse. Nuit silencieuse. Visite à M. Biaise avec Ephrem. Visite de M. Houlon. Expédié lettre à Mgr de Lourdes pour Neuvaine du 11 février. 2 h. soir, Avions boches.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 26 décembre

Canonnade intermittente sur divers points du front.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes du bois des Caurières n’a donné aucun résultat.
Au sud de Juvincourt, nous avons réussi une attaque dans les lignes ennemies et ramené des prisonniers.
Les Belges ont bombardé Schoore, Leke et la route de Schoorbakke en représailles d’un tir ennemi à obus toxiques dirigé sur Ramscapelle.
La lutte d’artillerie a été légèrement intense dans la région de Bixschoote.
Des prisonniers ont été faits à l’ennemi dans la région de Merckem.
Une escadrille anglaise a bombardé, avec d’excellents résultats, Mannheim sur le Rhin. Une tonne d’explosifs a été jetée sur la ville et des explosions ont été observées à la gare centrale, dans les usines et dans la ville, où des incendies ont été provoqués. Un feu très violent a accueilli les aéroplanes de nos alliés; l’un d’eux a été contraint d’atterrir avec des avaries. Tous les autres sont rentrés indemnes.
La bataille continue, acharnée au front italien, sur le plateau d’Asiago.
Les contre-attaques entreprises par nos alliés ont réussi à arrêter l’ennemi et à ramener le combat sur les positions évacuées par eux précédemment. Au cours de la lutte, de nombreuses mitrailleuses ont été capturées.
L’aviation britannique a bombardé les aérodromes de Flandre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


3 mars 1916 – Gabio sur la Suippes – Dessin Delozannes

 

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Lundi 24 décembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 décembre 1917

1200ème et 1198ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 soir  Couché en bas, assez bien dormi. Quelques bombes et vers 5h du matin bataille. Temps horriblement froid. Des nuages de neige roulent dans le ciel, il fait glacial, je suis grelottant. Travaillé ! travaillé ! quand même. Courrier assez tard, rien à répondre rapidement, mon retard est rattrapé ou à peu près. Lettre de ma chère femme, bonnes nouvelles. Déjeuné en bas près de mes 2 bonnes, et remonté vite travailler. Je vais partir porter mon courrier et voir le papa Millet pour lui donner le reste de mon travail. Et puis j’attendrai le bon vouloir des jeunes mariés Dor ! Pourvu que le futur arrive bientôt, je pourrai ainsi partir à St Martin. (Mariage de Marie-Thérèse Dor (1895-1971) avec Marcel Ernest Charles Landragin (1896-1965))

Reçu lettre de Narcisse Thomas

6h soir  Journée glaciale, de la neige à demi-fondue mais qui reste tout de même, gare le verglas. Bonnes nouvelles de ma chère femme. Rien d’autre au courrier…  Bref je suis à jour d’aujourd’hui. J’ai donné tout le travail que j’avais à faire faire partir au Papa Millet. Je suis donc parti dès que mes futurs mariés auront signé leur contrat. Je souhaite que cela soit le plus tôt possible. Ecrit presque toutes mes lettres du 1er de l’an. Rien appris. Vu personne. Le Cardinal Luçon aurait eu un éclat d’obus dans son cabinet de travail pendant qu’il lisait. J’irais bien lui rendre visite ces jours-ci, et je saurai ce qu’il en est… Je me suis décidé à prendre mes repas dans le sous-sol près de mes 2 bonnes et de continuer à y coucher. J’y ai moins froid que dans ma chambre, et puis ayant quelqu’un près de moi j’ai une sensation de sécurité que je n’ai pas dans ma chambre, étant assez éloigné d’elles maintenant qu’elles sont au sous-sol. Tant qu’elles étaient dans la cuisine qui touche à la salle à manger où je suis installé cela allait, car je les entendais, je les sentais près de moi. C’est singulier comme ce sentiment de sentir quelqu’un près de soi vous tranquillise et vous donne une sensation de sécurité, tellement il est vrai que l’homme a besoin de société.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Froid, – 8°. Nuit tranquille, sauf vers 9 h. 1/2, et coups de canons, de fusils, de mitrailleuses fréquents. Vers 6 h. canonnades non loin de Reims. Visite à M. Biaise à Mencière et aux Sœurs de l’Orphelinat Rœderer avec M. Compant. M. Biaise ne sait plus où il est. Il a eu une attaque de congestion dans la rue devant la maison de M. Huart (École Professionnelle) et divague comme un homme en délire ou dément. Nuit tranquille du 24-25.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 24 décembre

Activité réciproque des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse et dans la région du Mort-Homme.
L’ennemi a tenté sans succès un coup de main au bois des Caurières.
Des avions ennemis ont lancé une Quarantaine de bombes sur Dunkerque et sa banlieue. Une personne de la population civile a été tuée, trois autres blessées, dont une femme et un enfant.
Canonnade sur le front belge.
Le général Guillaumat remplace à Salonique le général Sarrail qui recevra une autre affectation.
Sur le front italien, petites rencontres d’importance locale. Au nord de Pedescala, les occupants d’un petit poste ennemi ont été surpris et anéantis.
Sur la rive gauche de l’Assa, à l’ouest de Canove di Sotto, un détachement italien, après une courte mais efficace préparation d’artillerie, et après avoir dépassé avec un mordant magnifique les défenses accessoires adverses, a fait irruption dans un poste avancé et ramené 12 prisonniers avec du matériel.
Dans plusieurs secteurs, des patrouilles ennemies ont été repoussées avec des pertes.
A l’ouest d’Osteria di Lepre, capture de prisonniers.
Échec de tentatives autrichiennes au mont Solarolo et au sommet du val Calemo. Canonnade dans la plaine de la Piave.
Les pourparlers de paix russo-allemands s’ouvrent à Brest-Litowsk.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 28 mai 1917

Louis Guédet

Lundi 28 mai 1917

989ème et 987ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps. Je pars à Rilly à 8h, par Cormontreuil, Varsovie (ferme de Varsovie), Mont Ferré, Moulin de Montbré et Rilly. Des canons, des tranchées, des tombes le long de la route. Arrivé là je trouve Maurice Lepitre, sa jeune femme et Edith Lepitre (Maurice Lepitre (né en 1877), son épouse, née Hélène Louise Juget (1882-1966) et leur fille Edith (1910-1985) qui épousera Henri Le Bourgeois), charmants, très sensibles à mon empressement à venir pour le affaire de Son (succession). Rilly est comblé de troupes. Nous déjeunons, causons, causons, causons, il y avait 3 ans presque que nous nous étions vus, la dernière fois le 23 juillet 1914, à l’enterrement de M. Lepitre Père !!! Tous comme moi en ont assez ! et même état d’esprit à l’égard des officiers, quels qu’ils soient, et même mauvaise impression que moi-même !! Maurice Lepitre me dit (ce que je savais déjà) que les troupes en ont assez et sont très montées contre tous ces officiers incapables et noceurs. Il est aussi convaincu qu’après la Guerre on le leur fera sentir cruellement.

Ils me contaient qu’ils avaient eu pendant plusieurs mois chez eux à Rilly le Général Mazel, commandant la Vème Armée (une vieille connaissance à moi !!) et certes leur impression à son endroit était plutôt désastreuse !! sans compter ses caprices sardanapalesques (vie luxueuse et débauchée) et digne des rois fainéants…  un exemple du Sire entre cent. Dans le jardin des Lepitre il y a un bassin avec jet d’eau où, (lorsque ce galonnard était là) une malintentionnée grenouille avait élu domicile et avait l’impudence de chanter à la lune et de troubler le sommeil du (rayé). Savez-vous ce qu’il a trouvé ? Eh bien ! à l’exemple d’un roi ou satrape célèbre dans l’antiquité, et dont tous avons appris les excentricités au collège, il faisait battre l’eau du bassin par un soldat pour empêcher de chanter la malheureuse grenouille. Mais comme la damoiselle continuait à croasser, il eut l’idée lumineuse de faire vider par le susdit soldat le bassin, qui mis à sec força la grenouille à choisir un domicile plus humide et convenable à son tempérament aquatique. Plus de chanson. Le général Mazel exulta et put dormir tranquille… !! au bout de quelques jours, le hanneton ou l’araignée qui habitait dans la sa cervelle, découvrit que puisque la grenouille avait fui, on pouvait remplir le bassin d’eau, ce qui était plus charmant à l’œil. Qui fut dit fut fait, mais la satanée grenouille sentant…  l’eau fraîche, revint rejoindre son ancien domicile, et se remit à…  chanter !! Colère du satrape !…  et regaulage de l’eau du bassin par le pauvre soldat, qui mélancoliquement disait aux maîtres de céans, tout en gaulant sa grenouille : « Je ne me doutais guère que mes parents m’avaient fait faire toutes mes études, et même ma licence en droit pour aboutir à ces nobles fonctions que j’exerce en ce moment : battre l’eau avec une perche pour empêcher de croasser aux grenouilles de venir de croasser pour permettre à mon Général d’Armée de dormir en paix. Vraiment, ils auraient pu employer mieux leur argent !!… » Et voilà comment au XXème siècle un Général d’Armée qui fait tuer chaque jour des centaines et des milliers d’hommes emploie ceux-ci à satisfaire ses…  imbécilités ses excentricités dignes d’un tyran de l’antiquité !!

Hier soir j’ai eu 54 ans !! Triste et douloureux anniversaire, qui en guise de cloche de joyeux anniversaire, avait  le glas du canon ennemi pour sonnerie de gai événement…  seul…  loin de tous mes aimés. Je suis entré dans ma 55ème année au son du canon et du sifflement des obus fusants, incendiaires, lacrymogènes ennemis !! Du jardin sur une terrasse j’ai contemplé à la jumelle le Mont Haut, Mont Cornillet, Nogent, etc…  tout blancs tout bouleversés, et dans tout ce désert de grandes fumées s’levant au loin. C’était la bataille que je voyais, bataille que j’entends depuis 33 mois !! Cela tombait surtout sur Puisieulx, Sillery, Mont Cornillet, Mont Haut.

Je quitte mes amis vers 5h1/2 et rentre à Reims vers 6h3/4. Rilly n’a pas souffert du bombardement. Quelques murs crevés, quelques toitures enfoncées, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mai 1917 — Bombardement, ainsi que chaque jour.

– A 16 h 1/2, après avoir profité de la liberté de ce lundi de Pentecôte, pour mettre en ordre différentes choses dans l’immeu­ble de mon beau-frère, rue du Cloître 10, je pense à sortir quel­ques minutes, si possible, pour faire une courte promenade.

A l’instant précis où je fermais la porte de la maison, un obus venant soudain au-dessus de moi, éclate sur sa corniche, me clouant sur place. C’était un 88 autrichien.

Avec d’autres obus, on n’a déjà généralement pas le temps de se garer, mais avec ces maudits projectiles, que l’ennemi nous envoie depuis quelque temps et que nous connaissons malheureu­sement trop bien, cela devient absolument impossible, car on en­tend en même temps le coup du départ, le sifflement et l’explosion d’arrivée ; on serait tué sans avoir eu le temps de s’apercevoir du danger.

Je venais d’allumer avec plaisir un cigare, rapporté dernière­ment d’Épernay, où j’étais allé en congé quelques jours ; je conti­nue à le fumer tout de même, non sans une certaine émotion, car il est bien évident que je viens, encore une fois de l’échapper belle, avant d’aller prendre un peu l’air, au dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 28 – + 15°. Toute la nuit combat à Test. A 5 h. quelques bombes ; Vers 1 h. 45, quelques bombes très fortes et très près de nous. J’ai tremblé pour la Cathédrale. Visite rue Chanzy où est tombé un obus. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 mai

Une tentative des Allemands sur nos tranchées, au nord du moulin de Laffaux, a échoué sous nos feux. Dans ce secteur, ainsi que sur le plateau de Californie et dans la région des crêtes au sud de Nauroy et de Moronvilliers, la lutte d’artillerie a été assez violente au cours de la nuit.
Une attaqne locale a permis aux Anglais d’effectuer une nouvelle progression vers Fontaines-les-Croisilles. Des engagements de patrouilles vers le Cojeul, leur ont valu un certain nombre de prisonniers.
Ils ont abattu trois avions allemands en combat aérien, huit autres avions ont été contraints d’atterrir, désemparés. Quatre avions anglais ne sont pas rentrés.
Les Italiens ont continué leur progression sur le Carso en s’emparant de nouveaux points fortifiés. Ils ont fait des prisonniers en plusieurs endroits: 1150 au total.
Le général américain Pershing a fait un discours éloquent pour affirmer que ses troupes viendraient prochainement collaborer à la libération du front occidental.
On dément officiellement à Vienne que l’archiduc Joseph doive succéder à M. Tisza à la tête du cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 10 mars 1917

Cardinal Luçon

Samedi 10 – Nuit tranquille. Neige fond lentement ; + 2°. Réponse à M. de Monicault. Visite au Major et à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 10 mars

Dans la région de Crapeaumesnil (sud de Roye) et près d’Auberive, nos détachements ont pénétré sur plusieurs points dans les tranchées adverses où des destructions importantes ont été effectuées. Au cours de ces actions, nous avons fait une vingtaine de prisonniers.

Dans le secteur de Maisons-de-Champagne, les Allemands ont à trois reprises lancé des contre-attaques violentes sur les positions reconquises par nous. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé partout les efforts de l’adversaire qui a dû se retirer, laissant un grand nombre de cadavres sur le terrain. De notre côté, nous avons réalisé des progrès au cours de la journée et enlevé de nouvelles tranchées au nord de la route qui va de la Butte-du-Menil à Maisons-de-Champagne. Le chiffre total des prisonniers faits par nous dans cette région s’élève à 170 dont 4 officiers.

Les Russes, dans la région d’Olay, ont infligé un échec aux Allemands.

En Arménie, dans la direction de Suvai, les éclaireurs russes ont attaqué les Turcs et se sont emparés de leur tranchée. Nos alliés ont également progressé au sud du lac d’Ourmia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Crapeaumesnil

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