• Tag Archives: Général Rouquerol

Mardi 11 mai 1915

Paul Hess

A 4 heures, le réveil est donné pour toute la ville, par des détonations épouvantables et par une canonnade violente qui dure jusqu’à 6 heures. Une attaque allemande au Linguet, qui n’a pas réussi, en était la cause, paraît-il.

– Dans Le Courrier, nous lisons aujourd’hui :

Avis aux débitants.

Les cas d’ivresse des militaires devenant fréquents, le général commandant d’armes décide que tout débit qui, à partir de la publication de la présente note, se mettra en contravention – soit parce qu’il aura vendu de l’alcool, soit parce que des militaires y auront été recus en dehors des heures prescrites, soit parce que des militaires y seront entrés ou en seront sortis en état d’ivresse – sera fermé pour toute la durée de la guerre et l’expulsion de Reims sera prononcée contre son tenancier. Si malgré ces mesures, des cas d’ivresse se produisent encore, tous les débits seront immédiatement fermés et il n’en sera laissé ouverts que deux par canton, servant en même temps de restaurants.

Le général de corps d’armée : Rouquerol.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 11 mai – Nuit tranquille pour la ville. Dès 4 h matin, violent combat d’artillerie ; aéroplane, bombes, de 4 h à 7 h 1/2.

Répondu au Commandant de Beaucourt, pour rester (disparu) à la Maison-Blanche (1). Visite à Clairmarais. M. Abelé malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Phrase difficile à interpréter…


Renée Muller

le 11 nous prenons à Bétheny 1 cap. 3 off. et 200 hommes dans une de nos tranchées

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: septembre 1916 – janvier 1917 : 3e carnet de guerre de Renée MULLER


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Et pendant ce temps là Albert Thierry se retrouve à Arras : Les carnets d’Albert Thierry : le 11 mai 1915


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Lundi 26 avril 1915

Paul Hess

Bombardement dans la matinée, vers l’hôtel de ville

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille ; bombes dans la journée. Aéroplanes.

Visite au Général Rouquerol (nommé Général de Division), à sa casemate. Visite à M. le Curé de Sainte-Geneviève et à l’Ambulance, 17 blessés civils.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Lundi 26 Avril 1915.

Je suis allée aux caves. On évacue tous les réfugiés qui ne travaillent pas à la maison. On vient les chercher en autobus pour les conduire vers une destination inconnue ; ce n’est pas gai. Là j’ai appris la mort d’Émile Cathier et d’Henri Peffer, l’un tué au bois de la Grurie et le second aux Eparges. Que de victimes pour avancer si peu ! Et quand serons-nous libérés ?

Ton coco est de plus en plus gentil. Les ouvriers sont tous après lui. Je lui ai appris à ôter son béret pour dire bonjour. Il est comique. Tu en seras fier mon Charles. Ta petite Blanchette pousse à merveille ; c’est un ange. Quand elle rit, elle ferme ses yeux comme toi. Si seulement tu étais là.

Mais je reprends espoir. Bonne nuit et à toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 26 grondement au loin

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog :: Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


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Jeudi 15 avril 1915

Louis Guédet

215ème et 213ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée de soleil splendide, journée de Printemps hélas !! Nuit et journée calme. Les arbres du pauvre jardin fleurissent et verdoient !! Tout cela m’attriste beaucoup et j’ai bras et jambes coupés. Je m’affaiblis de plus en plus ! Vivrai-je jusqu’à notre délivrance ? Je n’en puis plus. Je m’occupe d’organiser mon voyage. C’est bien fatigant. Je n’ai plus la tête forte. Je me déprime de plus en plus !

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, mon Père, mes pauvres aimés !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a repris. Aujourd’hui, vers 7 heures, l’auto-mitrailleuse qui circule en ville tiraille ainsi que souvent le matin, sur un aéro. Celui-ci laisse tomber trois bombes que j’entends descendre et faire explosion. Il paraît que la première a causé des dégâts rue Warnier, la seconde, rue Andrieux et la troisième, rue de Pouilly. Un éclat est projeté jusque dans la cour de la maison rue Bonhomme 8.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 15 – De 11 h ½-minuit au matin, nuit tranquille.

Visite du Général Rouquerol, qui me renouvelle l’offre de son automobile, qu’il mettait bénévolement et spontanément à ma disposition. Par discrétion, je n’en ai jamais usé. Aéroplane.

Visite à Mencière et à la Haubette. Promis d’aller à Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, lundi à 2 h. Écrit à Madame Bergère à Maulévrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 Avril 1915.

Je suis découragée, désespérée. Mon Charles, je suis allée rue de Beine. Il est encore tombé une bombe chez Mme Dreyer et Mme Commeaux. Mais de me voir dans ma maison où tout est en désordre, le cauchemar m’est revenu.

Je suis triste à mourir, je pleure, je me dégoûte de tout et si je n’avais pas mes petits, je ne sais pas ce que je ferais. Je me demande s’il faut que j’espère encore. Pense donc, tit Lou, sept mois sans nouvelles. Si c’était vrai, mon Charles, je ne pourrais jamais vivre une longue vie sans toi. Il ne peut plus y avoir de bonheur pour moi sur terre. On a beau penser aux enfants, c’est une consolation, mais c’est justement en les voyant grandir que je verrai à quel point tu me manques.

J’arrête. Je souffre trop. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 15 avril

Nous avons enlevé une tranchée près de Berry-au-Bac, puis l’ennemi l’ayant reprise, nous nous sommes installés à proximité dans une tranchée nouvelle. En Champagne, notre feu a arrêté sur place (près de Perthes) un détachement d’infanterie qui tentait de sortir de ses lignes. Aux Eparges, notre artillerie a brisé une contre-attaque qui débouchait de Combres.
Progrès de nos troupes au bois d’Ailly et au bois de Mortmare: nous capturons des soldats, des fusils et des munitions.
Un zeppelin a jeté des bombes à Bailleul, tuant trois civils. Deux avions allemands ont atterri dans nos lignes, à Braine et près de Lunéville: les aviateurs ont été faits prisonniers. Un troisième avion a été abattu par le feu de nos avant-postes, à Ornes, au nord de Verdun.
Les Russes ont obtenu un succès près du col d’Uszok, dans les Carpathes, où ils ont fait 2.700 prisonniers, dont un très grand nombre d’officiers. Dans la région du Niémen, ils ont repoussé plusieurs attaques allemandes.
Un contre-torpilleur et un croiseur anglais sont entrés dans les Dardanelles, où ils ont repris un bombardement efficace. Un aviateur français a jeté des bombes sur les forts de Smyrne.
L’Italie poursuit avec vigueur ses préparatifs militaires.
Une révolte de femmes a eu lieu à Prague et des régiments tchèques se sont de nouveau révoltés en Hongrie.

 

 

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Mercredi 3 mars 1915

Paul Hess

Nous apprenons, à la mairie, qu’un détachement de trente pompiers de Paris, commandé par un capitaine et mis à la disposition de la municipalité, est arrivé à Reims, dans la nuit.

– Vers 10 heures et demis, bombardement autour de l’hôtel de ville ; accalmie, puis reprise à 11 h 1/2. A midi et demie, c’est fini, – nous pouvons seulement quitter la mairie et lorsque je travers la place des marchés pour regagner la rue Bonhomme, je remarque avec étonnement, des enfants jouant déjà devant les halles. A la maison, Mme Martinet m’attendait avec inquiétude.

A 14 h, nouveaux sifflements.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 3 – Nuit tranquille sur la ville.

Visite du Général Rouquerol.
Visite du Docteur Coyon, de l’Ambulance Cama.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 3 mars

Une attaque ennemi est repoussée près d’Ypres: plusieurs autres sont refoulées dans le secteur de Reims. Entre Souain et Beauséjour, notre poussée s’accentue. Nous prenons pied au delà de la crête déjà occupée par nous: nous maintenons nos gains à Vauquois et progressons dans les Vosges près de Celles.
Les russes ont pris l’avantage sur deux points importants, au-delà de Prasznisch.

 

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Mardi 23 février 1915

Loiuis Guédet

Mardi 23 février 1915

164ème et 162ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Journée calme, quelques bombes, mais on n’y fait pas attention. Bonne journée, occupée. Je suis allé à la Ville (Mairie) pour fixer une séance d’allocation comme juge de Paix. Entendu pour le jeudi 29 à 9h, ce ne sera pas long m’a-t-on dit. Après-midi à 1h assisté jusqu’à 4h1/2 à l’audience de simple police du 3ème canton que je puis être appelé à présider le cas échéant, qui se trouvait dans les cryptes du Palais de Justice. On se serait cru au Moyen-âge, le canon en plus. Toute la bande de malheureux, les uns intéressants, les autres non, des tristes, des drôles, des brutes. Une affaire entre autres m’a amusé. Une femme, à bonne langue je vous prie de le croire, avait eu l’idée assez drôle en passant dans la rue de passer la main sur la pilosité d’un nommé Furet qui causait avec 2 militaires et de le traiter de : Lagardère ! D’où échange de propos aigres-doux qui du reste allaient jusqu’aux coups. Scène devant le juge assez drôle de tous ces gens, sous la coupole de cette crypte  moyenâgeuse, inculpés, prévenus, témoins, etc…   et le public se disputant, s’interpellant, s’injuriant. Bref, condamnation de la coupable qui avait voulu trop caresser l’épine dorsale tortueuse de Furet à 2 Fr d’amende. Alors, dans un mouvement de protestation, la condamnée de s’écrier : « Mais M’sieur le juge, il (le coupable) n’a qu’une bosse, ce n’est pas juste, ce ne devrait être que 20 sous !! Rire général et le canon tonnait comme il tonne en ce moment.

Notre martyre cessera-t-il enfin !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sitôt levé, j’inspecte les décombres de la cour, rue Bonhomme, parmi lesquels je retrouve les quatre parties dispersées d’un petit fourneau à alcool, déjà remonté de ma cave effondrée rue de la Grue 7, après les incendies du 19 septembre 1914. Quoique sérieusement endommagés, ces débris assemblés reconstituent complètement l’ustensile, qui pourra resservir à faire chauffer, chaque matin, mon déjeuner, dans une casserole ramassée d’un autre côté, fortement bosselée, mais qui malgré cela reste encore également utilisable.

– Ce matin, la curiosité me poussant, je quitte la maison de bonne heure car je voudrais, tout en allant au bureau, avoir un aperçu des dégâts occasionnés en ville par l’épouvantable bombardement de la nuit du 21 au 22 février et, en faisant une assez longue promenade, je puis me rendre compte qu’ils sont véritablement effroyables, ce n’est pas trop dire.

Place d’Erlon, la maison n°39 d’abord, puis celles comprises avec le n° 59 dans la largeur de trois arcades, sont entièrement abattues, de toue leur hauteur – contenant et contenu ; elles ne présentent à la vue, du fait de l’explosion de « gros calibres », que l’horreur d’une salade indéfinissable, dans laquelle tout ce qu’elles pouvaient renfermer – mobiliers, ustensiles – a été brutalement mélangé aux ruines des constructions disloquées, aussi bien planchers des différents étages, que charpente et escaliers.

Rue des Poissonniers, l’immeuble n°6 est démoli en grande partie. Rue Jeanne-d’Arc, plusieurs maisons ouvertes par le haut, n’ont plus, au-dessus du premier étage qu’un amoncellement semblable à ce qui existe ailleurs.

Ici, dans une maison écroulée, au mur de la façade dégringolé, on voit un fourneau de cuisine resté seul intact, dans un angle du fond, comme suspendu sur un bout de plancher, à hauteur du 2e étage. Là, une cheminée supportant une pendule et quelques tableaux encore accrochés à un mur, sont tout ce qui est demeuré sur place, quand tout le reste, matériaux et mobilier est en tas.

Mais le n°31 de la rue Clovis offre, sans conteste, l’aspect le plus bizarre, dans ce qu’il m’est permis de voir au cours de cette tournée. La maison s’est effondrée complètement sur elle-même, avec toute sa structure et l’ameublement des appartements. L’ensemble est recouvert, à un mètre cinquante à peine du sol, par la toiture demeurée entière, à laquelle sont restées attachées la plupart des ardoises. Je m’arrête un instant parce que j’aperçois derrière le pan de mur encore debout, sur rue, un piano dont c’était sans doute la place, au rez-de-chaussée. Comment n’a-t-il pas été écrasé ? Il paraît intact dans ce chaos ; sa partie haute dépasse ce qui subsiste de la maçonnerie et je pourrais la toucher en passant mon bras sous le toit. Curieux et terribles effets d’un 210, là aussi.

Les incendies allumés sur bien des ponts, en cette nuit tragique, ne semblent pas s’être propagés comme le 19 septembre 1914 et les jours suivants. Cette fois, ils ont dû être localisés. Il est à remarquer que bon nombre d’incendiaires dont les traces ont été reconnues, parmi la grande quantité d’obus tirés sur Reims, n’ont pas ajouté les ravages du feu aux dégâts du projectile.

La cathédrale, pendant cet accès de rage de l’ennemi, qui a duré près de six longues heures, a été de nouveau gravement mutilée. Sa voûte est crevée, la tour nord a été attente à mi-hauteur et l’abside encore abîmée ainsi que différentes parties du pourtour.

Les Rémois s’accordent à dire que les Allemands ont procédé à leur œuvre de destruction par un tir convergent, en bombardant de diverses directions.

Lorsque les projectiles sillonnaient l’espace, j’ai eu la sensation, par leurs sifflements provenant de sens très différents, souvent opposés, que des pièces de tous calibres devaient tirer – ainsi que nous les avions entendues déjà bien souvent – du côté de Brimont, de Fresne, comme de Witry, Berru ou Nogent et encore d’endroits éloignés situés plus au sud-est de notre ville et, c’est en somme l’avis général, sur cette triste séance, pendant laquelle notre artillerie ne s’est guère fait entendre.

– Le bombardement a continué encore aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 23 – J’assiste, sur l’invitation – par envoi – d’un aumônier du Général Rouquerol – à l’enterrement d’un Lieutenant-Colonel d’artillerie, d’un Lieutenant d’artillerie, d’un gendarme, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 La Haubette - Collection : Pierre Fréville

La Haubette – Collection : Pierre Fréville


Eugène Chausson

23/2 Mardi – Temps gris, toute la journée et la nuit, bombes de temps à autre.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 23 février

Un zeppelin a bombardé Calais. Il a lancé dix bombes et tué cinq civils. Nos batteries ont démoli une pièce lourde installée à Lombaertzyde; nous dispersons des rassemblements entre Lys et Aisne. Les Allemands ont jeté de nouveau des obus sur Reims, qui a souffert. Sur le front Souain-Beauséjour, nous réalisons des progrès, enlevons des tranchées et des bois, et repoussons des contre-attaques. Nous avons fait à l’ennemi de nombreux prisonniers et lui avons infligé de grosses pertes. Notre infanterie et notre artillerie ont pris l’avantage en divers points dans l’Argonne. Nous consolidons nos progrès aux bois de Cheppy, entre Argonne et Meuse, comme aux Eparges (sud de Verdun), où nous avons enlevé la majeure partie des positions ennemies.
En Alsace, où des colonnes allemandes remontant les deux rives de la Fecht (près de Munster) avaient repoussé nos avant-postes, nous avons repris l’offensive et infligé a l’ennemi des pertes considérables.
Un vapeur américain a été coulé par une mine, à proximité de la côte allemande. Le gouvernement des États-Unis a prescrit une enquête.
Le bulletin de l’état-major russe explique la retraite des corps qui opéraient en Prusse orientale et qui maintenant sont à leur poste le long de la ligne fortifiée de Pologne.
Un conflit a éclaté à Constantinople, entre Enver bey et Talaat bey.
Le journal Giolittien de Turin, la Stampa, envisage la possibilité de moyens extrêmes pour réaliser les aspirations nationales de l’Italie.

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Dimanche 3 janvier 1915

Abbé Louis Thinot

3 JANVIER – dimanche –

…à Châlons ; je me rends au Q.G. du général de Langle de Carry. J’apprends que je suis affecté au XVIIe corps… qui a fait un peu comme le XVe[1] ! et qui ne jouit point d’une excellente réputation. Mais il se bat bien maintenant, me dit le Commandant B…

[1] Le 15e corps constitué de combattants méridionaux, injustement soupçonnés de faiblesse. Millerand, ministre de la Guerre et Deschanel, Président de la Chambre, ont solennellement réhabilité le 15e corps d’armée à travers le sacrifice du jeune député-maire de Marseille Fréderic Chevillon S/Lt au 132e

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 3 janvier 1915

113ème et 111ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Le canon a tonné sans discontinuer. Les allemands ont peu répondu. Journée triste, je suis découragé. C’est réellement trop. Reçu lettre de mon grand Jean de St Martin. Il parait que mon Père va très bien, et qu’il a été très crâne pendant le passage des prussiens à St Martin. Resté presque seul comme conseiller municipal à 80 ans, il a fait tête à l’Ennemi. Il parait même qu’un officier allemand lui a dit qu’il était rudement patriote, quand mon pauvre Père lui disait qu’ils seraient battus et qu’ils seraient obligés de reculer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a repris vers midi, puis le soir, à 21 h. Aujourd’hui, nos grosses pièces ont commencé à tonner dès le matin. Un fort bombardement s’est déclenché à 15 heures.

– Le bruit se répandant en ville, du prochain départ des GVC* et de tous les services militaires, hôpitaux, intendance, une certaine inquiétude se manifeste chez beaucoup d’habitants.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* Service de la Garde des Voies de Communication


Cardinal Luçon

Dimanche 3 – Nuit tranquille. Canonnade française toute la journée. Bombes vers 2 1/2. Grand’messe rue du Couchant. Prières et vêpres à Ste Geneviève, en union avec les Anglais.

Visite au Général Rouquerol.

Réception de vêtements pour les soldats (Fernand Laudet) « Vêtements chauds pour les Combattants ».

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Groupe de GVC 99e RI Groupe F21 Territoriaux (collection Jean Post)

Groupe de GVC 99e RI Groupe F21 Territoriaux (collection Jean Post)


Couchant, rue du.

Ancienne rue des Jacobins ou des Frères-Prêcheurs, en 1924 elle reprit le nom de rue des Jacobins.

source : Jean-Yves Sureau dans la Vie Rémoise


Eugène Chausson

3 Dimanche. Toujours le même temps. Canonnade et bombes.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 3 janvier

Combat d’artillerie très vif sur les dunes à Nieuport et à Zonnebeke, en Flandre; combats d’artillerie également dans le Pas-de-Calais et la Somme, où nous bouleversons des tranchées ennemies; nous dispersons des rassemblements allemands au nord de l’Aisne et nous nous installons sur le plateau de Nouvron. Nous progressons en Champagne, au nord-est de Mesnil-les-Hurlus – et aussi dans le bois Le Prêtre en Woëvre. Dans les Vosges, nous repoussons les Allemands près de Badonvillers; nous réalisons une nouvelle avance à Steinbach en Alsace.
Le bulletin de l’état-major russe permet de constater l’amélioration continue de la situation de nos alliés, tant en Pologne qu’en Galicie.
Six nouvelles armées, avec dix-huit corps au total, sont en préparation en Angleterre.
Une crise ministérielle a éclaté en Bulgarie, où le parti austrophile réclame une participation au pouvoir.
Les Roumains se livrent à toute une série de manifestations en faveur de l’Italie, de la France et de la Russie.
L’anarchie s’aggrave en Albanie mais bien que sollicitée par les habitants de Durazzo d’occuper cette ville, comme elle a occupé Valona, l’Italie s’y refuse. Cette prudence n’empêche pas la presse de Vienne de proférer des menaces à l’adresse du cabinet de Rome.

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Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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Vendredi 11 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 DECEMBRE – jeudi –

Gare de l’Est – 9 heures soir – Je reprends mon train pour Reims par Dormans ; il part à minuit.

Je suis venu surtout pour préparer ma nomination d’aumônier militaire[1] ; j’ai été reçu hier soir à 5 heures, par M. Léon Bourgeois.

Réception cordiale, très bienveillante dans son palais, 3, rue Palatine.

Léon Bourgeois, dans son immense cabinet de travail, m’a demandé ce que je préférais ; ou bien une lettre jointe à ma demande au Ministre, ou bien une note sur ma demande. C’est à ce dernier parti que nous sommes arrêtés.

« J’appuie de toutes mes sympathies la demande de M. L’abbé Thinot, qui s’est signalé lors des bombardements et de l’incendie de la cathédrale ; sa nomination recevra l’approbation de tous à Reims »

Il paraît que son filleul, le sous-préfet de Reims, M. Dhommée, avait écrit très aimablement en ma faveur.

J’ai montré à Léon Bourgeois la lettre du Cardinal ; « Dites bien à l’archiprêtre de la cathédrale et au Cardinal que j’ai appuyé votre demande de mon mieux »

Cette dernière réflexion à propos de celle que je lui ai faite sur les bons rapports établis, pendant les douloureuses circonstances que nous avons traversées, entre le sous-préfet et M. Landrieux.

J’ai expliqué à M. le Président que je préférais partir comme aumônier militaire plutôt que d’aller grossir un dépôt n’importe où. « Mais cela se comprend, me dit-il ; d’ailleurs, vous ne demandez pas un poste moins périlleux, au contraire ».

Il m’a promis de remettre lui-même ma demande aujourd’hui au Ministère de la Guerre qu’il devait rencontrer dans une réunion. J’ai recommandé à la petite secrétaire de rafraîchir la mémoire du Président à cet endroit, au bon moment. L’aura-t-elle fait ?

Vu M. Eulart (conservateur du musée du Trocadéro. Il me dit que M. Margotin s’est montré à Reims au-dessous de tout, qu’on le sait, et que c’est Deneux très probablement qui sera chargé de la restauration.

On ne réparait pas la toiture ; « Nous n’avons pas d’argent et nous ne trouverions pas de bois »

  1. Eulart est d’avis qu’on ne répare pas les statues du portail. On murerait le porche gauche et on mettrait une plaque commémorative pour que, à l’encontre de 1870, on se souvienne de 1914. Par ailleurs, on rendrait la cathédraleau culte au plus tôt.

Il prétend que, comme la cathédrale de l’Ile de Chypre, très abîmées par les Turcs en 15.., un simple toit plat pour l’écoulement des eaux suffirait à bien préserver 1Tédifice.

Vu M. Gastoné ; mardi à 5 heures, j’ai conduit le salut solennel de L’Immaculée Conception, chanté par la chorale du Collège Stanislas à Notre-Dame des Champs. Pauvre chorale ! des enfants qui sont sans zèle, sans attention…

L’O vos…. a été misérable, le reste à l’avenant.

[1] Circulaire ministérielle du 12 novembre 1914, signée par Millerand, sur les aumôniers militaires volontaires https://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%92uvre_des_aum%C3%B4niers_volontaires

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Vendredi 11 décembre 1914

90ème et 88ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Même nuit, même journée que la précédente : nos canons cependant tonnent fortement et les leurs ne paraissent pas répondre. En ce moment, pluie diluvienne. Tout à l’heure M. Auguste Bernaudat, négociant en grains, 2 rue Gambetta, actuellement lieutenant d’État-major au corps du service d’automobiles me disait qu’il croyait qu’il se préparait quelque chose. Il parait qu’il y a des quantités telles de troupes massées derrière Reims qu’il ne peut que supposer qu’on va faire un effort. Il le voit tous les jours et nous causons ! Il va même me faire viser par le général de son Corps d’Armée mon passeport pour aller à Paris. Probablement jeudi 17 décembre. Il est fort aimable et très intelligent. Je l’ai fait tomber de son haut quand je lui ai conté l’histoire des bidons de pétrole de la tour Nord de la Cathédrale, qui établit nettement la préméditation des allemands d’incendier la Cathédrale.

Pourvu qu’il n’arrive rien à la maison quand je serai parti ! Dieu protégez-la ! Protégez-moi et que mon voyage soit un voyage heureux, joyeux avec de très bonnes nouvelles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme.

Violente canonnade de notre part, dans la journée.

– Le soir, lorsque je retourne rue Bonhomme, l’obscurité est si complète que je ne puis apercevoir une voiture rencontrée rue Cérès – voiture de ravitaillement, sans doute, descendant du faubourg. Je l’entends s’approcher et le passage sur la chaussée était très limité, entre les tas de décombres existant depuis longtemps à droite et à gauche, je dois m’arrêter et chercher à me garer comme je le puis, sur le côté, afin de laisser passer. Elle s’éloigne. Je me suis rendu compte que le conducteur marchait à côté de son cheval, mais je suis resté invisible pour lui comme il l’a été pour moi ; cependant, en raison du peu de place disponible, je l’ai senti me frôler. Bon sang ! qu’il fait noir la nuit à Reims, en cette triste saison.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de la Gabelle qui donne dans la rue Cérès

La rue de la Gabelle qui donne dans la rue Cérès


Cardinal Luçon

Vendredi 11 – Nuit tranquille. Visite à Madame Kunkelmann, malade. Visite au Général de brigade Rouquerol.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

11 Vendredi. Comme la veille.

Peu de réponse.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 11 décembre

Nos troupes enlèvent de nouvelles tranchées allemandes dans le Santerre, dans l’Argonne et sur Hauts-de-Meuse. Nos aviateurs lancent une seconde fois, et avec succès, des bombes sur la gare et sur les hangars d’aviation de Fribourg-en-Brisgau.
L’escadre anglaise de l’amiral Sturdee détruit, dans l’Atlantique du Sud le croiseur Nurnberg, qui avait échappé à la première bataille. Elle poursuit toujours le Dresden.
On annonce que Guillaume II devrait renoncer à toute occupation et qu’il passerait au kronprinz le commandement suprême des forces allemandes.
L’armée anglo-indienne a occupé dans l’Asie turque, toute la ligne du Chatt-el-Arab, qui résulte du confluent du Tigre et de l’Euphrate. Des fusiliers marins britanniques ont pris terre à Moka, sur le littoral arabique de la mer Rouge.
L’état-major austro-hongrois avoue l’échec grave que les Serbes lui ont infligé du 4 au 7 décembre.

 

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Mardi 8 décembre 1914

Louis Guédet

Mardi 8 décembre 1914

87ème et 85ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours même tranquillité relative. Je mets à peu près ma correspondance à jour. Renvoyé les objets réclamés par ma chère femme à Madame Léon de Tassigny qui a bien voulu s’en charger. Je suis toujours las ! et désespérant presque de la délivrance prochaine. On insiste beaucoup pour que j’aille à Paris mais j’hésite toujours, à laisser ma maison à l’abandon. Si seulement on apprenait qu’ils se retirent, je partirais aussitôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Détonations des grosses pièces le matin. L’après-midi et le soir, sifflements et obus.

Le Courrier proteste tous les jours contre la censure. Aujourd’hui, il donne d’abord cet avertissement :

Lecteurs Rémois.

Lorsque vous remarquerez des blancs dans nos articles et que ces articles se rapportent à des questions étrangères aux opérations militaires, sachez bien que ces coupures nous sont imposées par la censure civile, parce que nous défendons trop énergiquement à son gré : Vos droits, Vos intérêts, Vos libertés.

Et plus loin, on peut lire cet article, censuré lui-même :

La Presse au banc des prévenus

C’est à M. le Commissaire spécial de la police qu’est dévolue présentement l’illégale censure des journaux rémois.

……………….(supprimé)…………………

Nous entretenons de bons rapports avec la police rémoise et nous collaborons volontiers avec elle dans la chasse aux malfaiteurs de droit commun.

Par contre, il ne nous convient pas du tout d’être placé sous sa coupe, encore moins d’être déféré à ses chefs en attitude de prévenu.

Second point de vue. Une censure policière est forcément une guillotine sèche. Par métier, un commissaire, si équitable soit-il, est disposé à trouve partout matière à incrimination. Alors il ne peut que s’en donner à coeur joie à caviarder, à tailler, à sabrer dans notre modeste prose, qu’il épluche comme il ferait de pièces à conviction.

Troisième point de vue…

Restons-en là pour aujourd’hui et concluons.

Quels que puissent être les mérites de M. le commissaire, nous récusons absolument ce grand inquisiteur civil. Contraint et forcé, nous devrons continuer à lui soumettre nos morasses. Mais nous protestons hautement contre cette double violation de la loi et des convenances.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 8 – Nuit tranquille; Visite du Commandant de corps d’Armée (la 5e armée), Général Franchet d’Esperey (23).

On m’avait demandé (le Dr d’Halluin, sollicité par deux officiers et des soldats rémois) d’aller visiter les tranchées. Le Général Sibert avait dit que si j’allais dire la messe, il y viendrait. Général Rouquerol permettait (n’osant sans doute refuser), le Général Franchet d’Esperey refusa net ; craignant la responsabilité, en cas d’accident, d’avoir accordé une permission contraire aux règlements.? On n’y est jamais sans danger. Général Rouquerol a insisté près du Général Franchet d’Esperey pour la Croix à décerner au Dr d’Halluin.

Nuit tranquille sauf quelques coups de canons, ou bombe, vers 10 ou 11 h du soir.

Je couche dans l’antichambre ou corridor de mon bureau sur cour d’entrée?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 8 décembre

Victoire navale britannique aux îles Falkland

Source : La grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 2 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

2 DECEMBRE – mercredi-

8 heures 1/2 soir ; Je rentre d’une promenade au clair de lune dans les ruines. Clair de lune magnifique.

Je prends M. le Curé et nous partons par Place Royale, rue Cérès, de la Grue, St. Symphorien, des Filles-Dieu, des Trois-Raisinets… Godinot, St.Pierre-les-Dames…

Les échappées, la fuite des plans, l’étagement des pans et des ouvertures, les perspectives plantées de cheminées solitaires sont fantastiques.

Nous n’avons rencontré personne, personne ! à peine deviné quelques lumières à un soupirail. Un chat noir a remué entre deux pierres, rue des Filles-Dieu, quelle désolation !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 2 décembre 1914

81ème et 79ème jours de bataille et de bombardement

…Ensuite signature des certificats de Vie à la Mairie. Après-midi correspondance pour les messes pour Maurice Mareschal, 100 Fr à l’abbé Landrieux curé de la Cathédrale, 200 Fr au chanoine Colas, ancien curé de Trigny, et rentré pour écrire à ma chère femme que je désespère presque de revoir ainsi que mes enfants et mon pauvre Père. Je n’en puis plus ! J’ai peur de tomber malade et de mourir de chagrin, d’ennui. Je ne peux plus !!

9h1/2 soir  Je n’y puis résister. Je souffre trop de coucher à la cave, dans cette atmosphère humide qui me pénètre jusqu’à la moelle des os. La nuit et le matin, quand je me réveille, j’ai de l’eau sur la figure et mes draps près de ma tête sont comme trempés de brouillard. Non ! Je n’en puis plus. Je couche ce soir ici dans le lit de Jean. Je reprends ma triste vie mais je suis seul, chez moi, et je n’ai plus cette promiscuité avec cette pauvre Adèle qui est une brave fille, mais non ! J’ai un autre sang dans les veines, et la brave fille ne saura jamais ce qu’elle m’aura fait souffrir, et cependant…  elle n’était pas gênante.

Désormais si je redescends à la cave où est mon lit de réserve ce ne sera que si je ne puis faire autrement.

Mon Dieu, quelle vie atroce !! Si seulement déjà je pouvais dormir loin d’ici en attendant la délivrance ! Espérons toujours, et à la Grâce de Dieu ou du Diable…  J’en ai assez. Mon Dieu protégez-moi ! mais il n’est pas permis d’abuser des forces humaines comme cela !! Vous devez nous délivrer de suite de ce cauchemar allemand, et enfin nous accorder la paix, la tranquillité, la joie et le bonheur de revoir bientôt ma femme, mes enfants…  et mon Père ! Et reprendre notre vie commune ici dans notre maison indemne, saine et sauve. Pour retravailler et continuer moi à faire du bien et à me dévouer pour les autres.

Bénissez-moi mon Dieu ! et que comme Turenne ou Napoléon je dorme tranquille, calme, à la veille de la victoire, de la délivrance et du retour de tous mes aimés ! Bientôt, demain, tout de suite.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Entendu, au milieu de la nuit, une très forte détonation qui m’a réveillé en sursaut. Ma première impression a été qu’un « gros calibre » était tombé tout près. N’entendant plus rien et ne sachant quoi penser, je me suis rendormi m’imaginant cette fois que probablement le vent avait fait tomber un mur, dans les ruines d’à coté. Mais ce matin, tout le monde parle de l’explosion formidable qui a fait vibrer jusqu’aux extrémités de la ville. Il en est qui affirment que c’est un parc à munitions allemand, installé à l’usine SCAR de Witry-les-Reims, qui a sauté ; d’autres disent que c’est le fort de Brimont. On parle aussi de tranchées minées – et personne ne sait rien.

– canonnade et obus.

Le Courrier de ce jour, publie ceci en gros caractères :

Avis aux familles qui désirent quitter notre ville

Un assez grand nombre de familles seraient désireuses de quitter Reims en raison de la situation actuelle de la ville, mais elles n’ont pas le moyens d’effectuer le voyage.

L’administration municipale s’est préoccupée de cette situation et a décidé d’aider effectivement les familles qui se trouvent dans ce cas, en prenant à sa charge leur transport.

Les demandes doivent être faites à l’hôtel de ville, en présentant les laissez-passer obtenu de l’autorité militaire, indiquant la voie à prendre.

– Plus loin, le journal parle ainsi du bombardement :

Le Bombardement (78e jour de siège)
Les obus ont été envoyés hier matin et dans l’après-midi sur notre ville, avec une régularité méthodique.

Ils ont occasionné des dégâts sur l’importance desquels il ne nous est pas loisible de renseigner nos lecteurs.

Qu’il nous soit permis d’espérer que, grâce aux précautions recommandées à notre population, il n’y aura à déplorer aucune victime.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le CBR

Le CBR

Cardinal Luçon

Mercredi 2 – 8 h visite du Général Rouquerol (1), venu pour répondre à ma lettre relative aux obsèques des 4 officiers, dont M. Maréchal, et qu’il n’a connu qu’hier. Il reviendra me voir. Il fa proposé le Dr d’Halluin pour la Légion d’Honneur. Vers 4 h aéroplane. Nuit très tranquille.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Général Rouquerol. A sauvé la situation du 3e Corps d’Armée de la Ve armée (Lauzerac puis F. d’Esperey) sur la Sambre le 22 août 1914 alors que le général commandant le corps d’armée et ses généraux de division sont introuvables sur le champ de bataille.


Eugène Chausson

2/12 – Mercredi – Assez beau temps, violente canonnade et très peu de réponse des Allemands (calme complet jour et nuit). Le temps est très beau, le soir a changé, la nuit car le matin, il avait tombé de l’eau.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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