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Jeudi 15 mars 1917

Montfaucon

Louis Guédet

Jeudi 15 mars 1917

915ème et 913ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, froid, les jours allongent. J’écris sans lumière, mis mon retard à jour. Demain je verrai aux quelques actes à faire faire. Pas de nouvelles, si ce n’est la démission du général Lyautey, ministre de la Guerre. Où allons-nous ?? Quelle bande de Brutes que cette Chambre. Je reprends mon voyage à Épernay et St Martin. A Épernay le 7 mars j’ai donc déjeuné chez le Président du Tribunal avec M. Bouvier le Vice-Président, M. Fournier de la Maison Werlé et le nouveau Procureur M. Osmont de Courtisigny, ancien avocat Général à Caen. Il a été charmant avec moi. C’est un homme distingué, un peu froid, tenant ses distances, mais il m’a semblé foncièrement bon. L’apparence est celle d’un vrai Procureur, très froid, mais aussitôt qu’on cause avec lui, c’est la courtoisie même. Il a perdu sa femme récemment et en parait fort triste (leur fils Pierre avait été tué aux Éparges le 22 juin 1915, à l’âge de 20 ans). Il m’a complimenté de mon attitude durant cette Guerre. Le Président et le Vice-Président m’ont couvert de fleurs. Bref j’ai bonne presse. M. Bossu m’a présenté à lui comme un héros…  mettons plutôt, (comme le disait avec humour le bon M. Bouvier, vice-président) un vaillant. A la fin du déjeuner est arrivé le Commandant Lallier, qui était gêné avec moi. Je l’ai tenu à distance ce pierrot-là, en attendant que je lui dise son fait. Il venait chercher une recette de sauce poivrade pour un morceau de cerf que lui avait donné le Président. Il ne pense qu’à son ventre cet imbécile-là. Il nous a appris que son co-aliboron Girardot allait quitter Reims. Il croyait que j’allais marcher, il en a été pour ses frais. Donc j’ai mes sanctions pour mon Affaire de simple police, Colas et Girardot sont débarqués. Quand à Lallier, je m’en charge. Les Gendarmes d’ici exultent et me porteraient en triomphe. Il est vrai que je leur ai tiré une « rude épine du pied. »

Après déjeuner je suis allé voir mon cher Procureur Bossu que j’ai trouvé dans son lit mais très bien, nous avions tous deux les larmes aux yeux en nous revoyant. Causé nécessairement de son successeur, et avec son fin sourire ! il me dit : « Ce n’est pas un Procureur que M. de Courtisigny, c’est un clergyman, il est vrai qu’il est protestant !! »

J’avouais que j’avais eu la même pensée que lui sur son successeur. Nous en avons bien ri. Il m’a causé de lui comme étant un parfait magistrat. Il lui a fait mon éloge et il m’a parlé de ma proposition pour le ruban qui a reçu un avis très favorable d’Herbaux, et transmis au Garde des Sceaux. Il m’a conseillé d’en prévenir le Préfet de la Marne par Dagonet qui m’avait dit que j’étais déjà sur une liste. C’est fait. Je n’ai donc plus qu’à attendre.

En tout cas je serais enchanté d’être promu avant le jugement de Reims, sous les canons de l’Ennemi. Autrement cette décoration n’aurait plus la même valeur pour moi.

Après avoir longuement causé nous nous sommes quittés, et mon cher Procureur a voulu m’embrasser. Nous nous sommes donc donnés une accolade toute fraternelle. Je lui ai demandé d’être mon parrain s’il était encore à Épernay lors de ma nomination, si celle-ci allait vite. Il a accepté…  Nous reverrons-nous ?

Le soir je me suis rencontré à l’Hôtel de l’Europe, où j’étais descendu, avec M. de Courtisigny, qui m’a offert de dîner en face de lui. Nous avons encore causé très longuement de Caen, de Reims, des Rémois, et il m’a appris qu’il était allié aux Krug, bref il a été très aimable et m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me mettre à contribution pour tous renseignements, etc…  etc…  J’ai accepté, d’autant qu’ainsi je pourrais rendre bien des services à mes compatriotes et à mes confrères.

Le lendemain matin je quittais Épernay par une neige épouvantable à 5h du matin, et arrivais à St Martin vers 8h. Trouvé ma chère femme bien accablée, amaigrie. Dieu sait ce qu’elle aura souffert cet hiver. Marie-Louise était au lit à la suite d’une chute sur la glace qui lui a provoqué un petit épanchement de synovie. Il n’y avait que Maurice d’à peu près valide. Le pauvre petit a souffert cruellement du froid, il parait qu’il pleurait parfois tellement il souffrait. Mon Père assez souffrant d’une bronchite, d’emphysème…  et de vieillesse, 82 ans demain !! Durant mon séjour Robert, voyant son tour pour aller au front approcher, nous a demandé de l’autoriser à devancer son tour et de partir comme volontaire. C’est fait le pauvre enfant !!! il voulait être affecté à la 42ème Division, ou est le fils de mon confrère Labitte, de Verzy (Lucien Labitte, notaire (1862-1951)), qui est attaché à l’État-major du colonel. Labitte doit le recommander à son fils (Pierre Labitte, polytechnicien (1896-1962)). Robert va sans doute venir pour 7 jours de congé à St Martin avant de partir. Pourrais-je aller l’embrasser une dernière fois ? Je ne sais !! Jean est très fatigué, il se classe 2ème et 3ème de sa brigade, mais il n’a plus que 15 jours à passer à Fontainebleau. Et puis lui aussi partira pour le front !! Deux enfants…  c’est beaucoup. Encore bien des souffrances et des angoisses pour ma pauvre femme !! Quand en verrons-nous la fin ?!!

André qui travaille près d’eux et a de bonnes places est venu passer près de nous la journée de dimanche dernier. Il se plait toujours bien à St Étienne de Châlons (c’était encore son avis plus de 50 ans après). Je suis rentré hier, assez désemparé. Que de tristesses je laisse derrière moi, ma femme, mes enfants…  c’est trop.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – Nuit tranquille ; + 4°. Visite à l’ambulance de Sainte-Gene­viève. Aéros allemands : tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 mars

Au cours de la journée, nous avons continué à progresser à la grenade dans la région de Maisons-de-Champagne, malgré un violent bombardement de l’ennemi qui a fait usage d’obus lacrymogènes.

Sur la rive gauche de la Meuse, l’artillerie française a exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies. Un observatoire a été détruit près de Montfaucon.

Sur le front belge, violente lutte de bombes dans la région de Steenstraete~Hetsas.

Les Anglais ont avancé leur ligne, au nord de l’Ancre, sur un front de 2500 mètres au sud-ouest et à l’ouest de Bapaume. Une nouvelle progression a été également réalisée sur un front d’environ 2 kilomètres au sud-ouest d’Achiet-Le-Petit. Les troupes britanniques ont pris possession d’environ 1000 mètres de tranchées au sud-ouest des Essarts {nord-ouest de Gommécourt).

Un raid ennemi au nord-est d’Arras n’a pu parvenir jusqu’à leurs lignes.

Nos alliés ont exécuté un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Armentières.

Le vapeur américain Algonquin a été torpillé par un sous-marin allemand. L’équipage a été sauvé.

La Chine a proclamé la rupture avec l’Allemagne.

Le général Lyautey, ministre de la Guerre, donne sa démission.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Montfaucon

Montfaucon

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Samedi 24 février 1917

Louis Guédet

Samedi 24 février 1917

896ème et 894ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 soir  Temps brumeux sans pluie. Le calme jusqu’à maintenant, mais depuis 7 heures moins 20 de vraies marmites de 5 minutes en 5 minutes, assez proches, en avant de nous vers le quartier du Barbâtre. Gare cette nuit, il y avait trop longtemps que nous étions tranquilles. Je souhaite que ce ne soit qu’une alerte car ma fidèle domestique est toujours souffrante, mais rien de grave, le médecin l’a vue ce matin (Dr Hoël (dont la fille Elisabeth avait épousé Jean-Louis Langlet, le fils du Maire de Reims)) et il a pensé que lundi elle pourra être sur pied, mais en attendant j’aimerais mieux que nous ne soyons pas obligés de descendre à la cave, pour elle et…  aussi un peu pour moi.

C’est extraordinaire l’impression pénible qu’on ressent dès qu’on entend siffler tout proche un obus, surtout la nuit, on est comme anéanti, annihilé. On attend la mort et on l’entend siffler. C’est douloureux et dans ces secondes on ne sait le monde de pensées qui vous assaillent nettement, clairement !

Les nôtres répondent, gare la mauvaise nuit.

8h05  Voilà les salves des nôtres qui commencent. Pourvu que la réponse ne soit pas de notre côté. J’ai donc perdu toute ma matinée avec cette pauvre Adèle. Enfin elle va mieux c’est le principal. J’ai déjà assez de soucis sans ajouter celui de mon service. J’ai déjà aussi si peu de temps pour arriver à ma tâche. Il est vrai que j’ai deux braves et bons secours de plus dans Jacques et Lise, mais ils ne sont pas à ma solde, mais à celui de Mme Mareschal qui me fait déjà l’aumône de son toit.

Après-midi sorti faire des courses, porter mon courrier et en passant rue de l’Étape devant le Casino j’aperçois une bande d’officiers plus guindés les uns que les autres, plus pommadés aussi et sur le seuil 2 soldats du 118ème Territorial, baïonnette au canon. Je puis à peine franchir cette foule galonnée qui est chez elle, et non moi, citoyen libre de Reims martyr. Je m’enquière et j’apprends que ces Messieurs donnent une après-midi de gala pour eux et leurs…  femelles ! actrices de choix, électricité à profusion, moi que ne connait plus ici cette lumière-là !! Bref, c’est choquant, c’est honteux ! et tous ceux à qui j’en ai parlé, ainsi qu’à l’Hôtel de Ville en sont outrés. Nous souffleter ainsi de cette veulerie, de cette fête de mauvais aloi, nous qui sommes dans les ruines, le sang, les larmes, le feu, le fer, les angoisses des bombardements comme en ce moment. Venir faire la fête, la noce, l’orgie en centre de la Ville ! C’est ignoble. Oh ! Messieurs les officiers, vous ne savez pas les rancunes et les rancœurs que vous accumulez dans le cœur de nos ouvriers, de nos habitants qui souffrent le martyr depuis 2 ans1/2 ! Ce sera terrible le retour après la Guerre et même la délivrance de Reims. Je crois que vous ferez bien de ne plus montrer vos galons !! Néanmoins, j’en avais les larmes aux yeux et la rage au cœur en voyant cela, je sentais le soufflet lancé à la face de tous les Rémois… (Rayé) que pendant (rayé) faire tâche pour cette (rayé) là. Comment avec ces gens-là pouvons-nous, après la victoire…  la délivrance ! même !

8h20  Allons ! bon ! voilà les torpilles qui s’en mêlent. En tout cas pour une marmite que nous envoie les allemands, les nôtres répondent par une salve de 8/10…  Qu’est-ce que tout cela peut bien préparer. Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! douze en salve, et allez-y donc !! Les nôtres y vont de bon cœur !! De l’autre côté on parait ne vouloir plus répondre, ni continuer la conversation ! Nous verrons cela ! Je crois que notre nuit va être fort compromise. Et cependant je dormirais si bien ! Après ma journée qui a été plutôt fatigante !… Ce sont des torpilles maintenant ! Il me faut pourtant essayer de me reposer, je suis fatigué, exténué. Quelle misérable vie que la mienne ! et toujours seul, abandonné de tous, loin de tous ceux que j’aime et qui ne s’en doutent pas ! Ils ne sauront jamais ce que j’ai souffert pour eux.

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit qu’ils retourneraient à Fontainebleau vers le 15 mars et qu’ils verraient mon Jean. On me demandait tout à l’heure qui visait l’article du Courrier de la Champagne d’il y a quelques jours « Suspect ». C’est de Chapuis fils qui va tous les mois voir sa femme malade à Leysin (Suisse). Tout de suite nos galonnards et embusqués qui nous gouvernent ont trouvé là une affaire d’espionnage. Bref on a filé mon Chapuis et on l’a même appelé ici à la Division. Ces gens-là, à force de ridicule deviennent grotesques. Bien entendu Girardot et Lallier étaient à la tête du mouvement ! Il ne manquait plus que Colas cet âne pour faire le brelan ! de cuistres ! avec Delautel en serre-file ! il parait que Chapuis l’a…  en…  enguirlandé dans les grands prix !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 24 – Idem. Soir : de 7 h. 1/2 à 8 h. 1/2 violente canonnade française et riposte allemande (pas bombes sifflantes) jusqu’à minuit. Je n’ai entendu siffler les bombes allemandes qu’entre 7 h. et 8 h. S’il y en a eu après, elles allaient tomber au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 24 février

Lutte d’artillerie en Lorraine et en Alsace.

En Champagne, nos tirs d’artillerie ont allumé un important incendie dans les lignes allemandes, près de la Butte-du-Mesnil. Nous avons repoussé deux coups de mains de l’ennemi, l’un à l’est de Soissons, l’autre près de Bezonvaux. Nous avons réussi deux coups de main sur la Meuse.

Les Anglais ont amélioré leur position, au nord de Gueudecourt, en s’emparant d’un élément de tranchée, d’un mortier de tranchée et de plus de 30 prisonniers. Une avance a été également réalisée au sud du Petit-Miraumont, où un poste ennemi a été occupé.

Nos alliés ont exécuté avec succès un coup de main au sud-est de Souchez. Les Allemands ont eu des morts. Des raids ennemis ont été repoussés au sud d’Armentières et vers le bois de Ploegstaert. Ceux des assaillants qui avaient réussi à atteindre les tranchées britanniques ont été tués ou capturés. Activité de l’artillerie allemande vers la Somme au sud d’Arras.

Sur le front italien comme sur le front russe, simples opérations de détail.

Un paquebot, l’Athos, a été coulé en Méditerranée. 1450 passagers ont été sauvés.

M. Lloyd George annonce aux Communes anglaises d’importantes restrictions aux entrées de marchandises.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Gueudecourt

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Mardi 6 février 1917

Kut-el-Amara

Louis Guédet

Mardi 6 février 1917

878ème et 876ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Toujours froid terrible, pour la première fois mes brocs ont gelé contre mon poêle. Temps brumeux le matin, beau soleil chaud l’après-midi, à croire une détente, mais vers 5h1/2 le froid reprend de plus belle. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, il a craint le froid sans doute, car hier il ne pouvait travailler à cause du froid. Travaillé un peu, fait des courses. Après-midi sorti pour des courses aussi. A 4h1/2 des obus un peu partout à long intervalles, 5/7 minutes, rien dans mon quartier. Je suis rentré à 5h1/4 quand çà a cessé. A l’instant une volée des nôtres, 8/10 coups sans arrêter, et le silence. Reçu lettre de ma pauvre petite femme toujours bien courageuse, mais ce qu’elle doit souffrir du froid !! et Marie-Louise et Maurice !! J’en ai les larmes aux yeux. (Rayé) pour (rayé)!!

Rencontré un employé d’octroi que je connais depuis 25 ans qui est ami du Capitaine Théobald. Il m’a raconté comment mes attendus étaient passés, c’était bien comme on me l’avait déjà dit une farce faite par lui à la Bande Colas, Girardot et Lallier. Il m’a affirmé que (rayé) était franc-maçon, alors cela explique bien des choses…  et cela me confirme que cet imbécile-là a été de connivence avec les 2 autres aliborons !! Je suis donc bien fixé maintenant. Voilà ma journée. Demain Caisse d’Épargne où je suis de service de 9h1/2 à 11h1/2.

Nous sommes toujours sans eau, il faut aller en chercher chez les voisins. C’est bien gênant. J’ai à peine 5° au-dessus dans ma chambre et mon poêle brûle. Il est vrai que je ménage mon bois. Quelle vie de misère, toujours sur les mêmes !!

8h soir  Il fait très froid, il gèle déjà dans ma chambre. Avant de me coucher pour avoir chaud, il faut pourtant que je note qu’on m’a appris au Greffe Civil qu’Auguste Goulden était aujourd’hui à Reims !!! après son affaire ! c’est revenir bien vite ! et bien facilement. J’apprends cela aussi dans la Ville !! Bref cette réapparition prématurée fait plutôt mauvais effet, et a une mauvaise presse !! De différents côtés j’ai entendu me dire : « Oui on laisse rentrer Goulden et on refuse à des femmes et à des enfants l’autorisation de rentrer à Reims pour se soigner et même assister aux obsèques de leur père ou de leur mère ou de leur mari !!

Ce qui est exact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 6 – – 9°. Nuit tranquille en ville ; canons au loin ; mitraillade autour de Reims entre batteries. A 1 h. lourde canonnade française, les vitres tremblent. De 4 h. à 5 h. duel d’artillerie, bombes sifflantes. Deux femmes tuées à Saint-Remi et un enfant blessé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 6 février

Un coup de main sur les tranchées allemandes du Reichackerkopf (ouest de Munster) nous a permis de faire 16 prisonniers et de capturer une mitrailleuse.

Dans la nuit du 2 au 3 février et dans la nuit du 4 au 5, nos escadrilles ont bombardé le champ d’aviation de Colmar (Alsace), les usines militaires de Rombach, les gares de Chauny, Ham et Appilly. Un incendie a été constaté dans les bâtiments de cette dernière gare.

Sur le front belge, les Belges ont fait sauter un petit poste ennemi au nord de la Maison-du-Passeur. Activité d’artillerie soutenue.

Sur le front italien, activité moyenne d’artillerie dans le Trentin. Sur le haut Degano, un détachement ennemi a tenté de faire irruption sur les positions de nos alliés : il a été promptement repoussé.

Les Allemands ont éprouvé de nouveaux échecs sur le front russe, près de Kolncem et au nord-ouest de Friedrichstadt. Un avion allemand a atterri près de Postawy.

Avance anglaise dans les alentours de Kut-el-Amara. La cavalerie britannique a atteint sur la rive droite du Tigre un point situé à 25 milles à l’ouest de cette localité. A l’ouest de la jonction du Hai et du Tigre, nos alliés ont pris trois lignes successives de tranchées sur une étendue de 650 mètres et une profondeur de 400. Les pertes des Turcs ont été très lourdes.

La presse allemande réclame la guerre contre l’Amérique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Kut-el-Amara

Kut-el-Amara

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Mercredi 24 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 24 janvier 1917

865ème et 863ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps très froid, la brise est mordante, mais beau soleil. Toute la matinée canon et bombardement sur nos faubourgs et le boulevard de la Paix. Nos canons répondent avec supériorité. Allocations militaires à la Ville. Rien d’extraordinaire. En retournant chez moi avec M. Gustave Houlon qui allait aux Hospices, rencontré le Dr Simon qui m’apprend le départ du Lieutenant-colonel Colas de Reims. Première exécution en attendant celles de Girardot et de Lallier qui ne doivent pas tarder à suivre le mouvement. Il va au dépôt d’un régiment de cuirassiers en attendant une autre destination. Un peu de tranchées lui fera du bien à ce pierrot-là, ainsi qu’à ses 2 acolytes !! On peut dire qu’il aura tenu Reims sous sa botte. (Rayé).

Que va dire… !!  …quand sera-t-il aussi « débarqué ». Fini la noce, la fête !! Voilà enfin le commencement des sanctions sur la suite de mon affaire de simple police. Les lâches qui m’ont tiré dans le dos reçoivent enfin leur châtiment. Beaucoup seront enchantés de cette exécution. Après-midi, reçu prestation de serment de Mt Huc avocat, comme suppléant de Prudhomme, avoué à Reims. Causé longuement avec lui, il m’apprend qu’il n’y a pas encore eu d’audiences civiles depuis que le Tribunal est transféré à Épernay !! Il parait que Messieurs les avoués n’inscrivent aucune affaire au rôle !!! Ce n’est cependant pas la Peur des bombes qui doit les empêcher de vaquer à leurs fonctions maintenant ?!! non plus que le Tribunal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier 1917 – Sifflements et fortes canonnades. –  La gelée, qui a pris depuis quelques jours, continue et devient rude. La nuit passée, le thermomètre a marqué — 14°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille en ville. Mitrailleuses au loin. – 9°. La neige ne fond pas. Soleil. Aéroplanes ; tir contre avions français de 12 h. à 14 h. A partir de 13 h., bombes sifflent pendant 4 heures. Canons français répondent. Le soir, vers 10-11 heures, violentes canonnades françaises.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 24 janvier

Canonnade assez active en Champagne et en Argonne.
En Lorraine, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses, dans la région de Rechicourt. Une pièce ennemie à longue portée a lancé quelques obus dans la région de Frouard. En Alsace, dans le secteur d’Hirtzbach, rencontres de patrouilles. Lutte d’artillerie vers Largitzen.
Dans la matinée, des avions ennemis ont jeté 5 bombes sur Montdidier.
Un fokker a atterri dans nos lignes près de Fismes. Deux autres avions allemands ont été abattus près de Marchélepot et d’Amy (Oise).
Activité d’artillerie sur le front belge, particulièrement dans la région d’Hetsas, où la canonnade a été très violente. Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main dans la région de Neuville-Saint-Vaast, où ils ont fait de nombreux prisonniers. Leurs grenadiers ont été très actifs dans la région de Fauquissart. L’ennemi a tenté deux attaques entre Armentières et Ploegstaert. Les deux attaques ont été refoulées avec de grosses pertes pour les Allemands.
Canonnade sur l’ensemble du front. Un avion allemand a été capturé près d’Aubigny.
Sur le front italien, activité d’artillerie intense dans le Trentin et dans la région de Plava.
Sur le front russe, combats près de Riga et sur le Stokhod.
Combat naval en mer du Nord. Les Allemands auraient perdu plusieurs contre-torpilleurs et les Anglais un seul.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

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Samedi 26 août 1916

Louis Guédet

Samedi 26 août 1916

714ème et 712ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Orage toute la nuit dernière, temps orageux avec ondées. Aujourd’hui du soleil, la température s’est un peu rafraîchie. Rien. Caisse d’Épargne ce matin, ouverture de mon 53ème coffre-fort, cette fois au Crédit Lyonnais, et il…  n’y avait rien dedans !!!

Têtes des héritiers et du clerc de Mt Faupin avoué qui avait fait une vraie procédure pour arriver à ce résultat. C’est plutôt amusant.

Lundi je recommence sur le 54ème cambriolage de coffre, encore au Crédit Lyonnais. Espérons que cette fois nous trouverons quelque chose dedans ! Après-midi écrit et fait quelques courses. Quelques obus vers 4/5 h du soir. Vu le Commandant Lallier qui est convaincu que nous passerons encore l’hiver sous les bombes !! Que le Diable l’emporte ce prophète de malheur, on dirait vraiment que cela leur ferait plaisir… !!…

Tout à l’heure je causais au Greffe civil avec Jonval, secrétaire du juge d’Instruction attaché au Parquet, il était d’avis que tous les Rémois qui avaient une situation prépondérante ou officielle auraient dû rester à Reims. En cela j’étais nécessairement de son avis puisque j’avais agis en conséquence et je lui ajoutais, après avoir parlé des dangers que j’avais courus et notamment comme otage. « Peu importe qu’un homme, une individualité disparaisse ou soit fusillée. Du jour où cet Homme ou cette individualité a rendu service à la collectivité ou l’a sauvé d’un malheur ou d’un désastre, il a rempli son devoir et a payé sa dette à la Patrie. Ceux qui ne pensent et n’agissent pas ainsi manquent à tous leurs devoirs et commettent une lâcheté, une trahison, une félonerie ! Alors de me répondre : « Oui, vous avez fait cela, mais eux…  ils n’ont pensé qu’à sauver leur peau ! » – « J’aime mieux ma place devant l’opinion publique que la leur » lui ai-je répondu. Nous nous sommes quittés sur ces mots en nous serrant la main. Il m’avait compris. Nous nous comprenons…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 26 – Nuit tranquille à Reims ; canonnade lourde très au loin. Projections allemandes toute la nuit. A 8 h. canon français extraordinairement puissant. Visite du Général de la Division. Gros canons français vers 6 h. 1/2, pas de réponse allemande.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 26 août

Sur le front de la Somme, nous avons poursuivi nos tirs d’artillerie sur les organisations allemandes. Le chiffre de nos prisonniers atteint maintenant 600. Huit nouvelles mitrailleuses ont été retrouvées dans la partie de Maurepas que nous avons enlevée.
Au sud-est de Saint-Mihiel, une tentative allemande sur la croix Saint-Jean, a été arrêtée par nos feux. Une autre attaque sur nos positions du bois d’Ailly a également échoué.
Les troupes anglaises sont arrivées à la hauteur de celles des nôtres qui ont réalisé l’avance sur le village de Maurepas. A la suite d’un violent combat, elles ont progressé de part et d’autre de la route de Longueval-Flers. Cette opération leur a valu 187 prisonniers dont 8 officiers. Elles ont également avancé dans le secteur de Thiepval, faisant 105 prisonniers. Elles ont réussi des coups de main heureux au nord de Neuville-Saint-Vaast, près d’Hulluch et d’Aubers.
Sur le front d’Orient, des détachements anglais ont remonté la rivière Augista et fait sauter des ponts. Cavalla et Doiran n’ont pas été attaquées par les Bulgares.
Fusillade sur la Strouma. Les troupes serbes ont progressé dans la région de Kukurus. Elles ont fait plusieurs centaines de prisonniers au nord-ouest du lac d’Ostrovo.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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