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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Lundi 29 janvier 1917

Plateau des Eparges

Louis Guédet

Lundi 29 janvier 1917

870ème et 868ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours un froid terrible avec une brise cinglante, mais un soleil merveilleux. Moins de canon qu’hier. Entendu siffler 2 obus. Ce matin mon vieil expéditionnaire est venu, il a encore la tête bandée, il s’était donné une vraie tape !! Travaillé le matin, pas sorti, un agent m’a remis 11 280 F d’or trouvé chez une vieille femme 82, rue de Strasbourg, dans un vieux fourneau ! J’ai immédiatement converti cet or en billets qui ont été versés à la Caisse des dépôts et consignations. Il parait qu’il doit y avoir encore de l’argent caché chez elle. J’ai envoyé mon greffier perquisitionner et apposer les scellés. Après-midi inventaire rue du Jard avec levée de scellés chez un vieux client, mais on n’a pas pu faire la prisée du mobilier et levée les scellés, Landréat était parti avec les clefs des autres scellés pour voir à sa vieille avare de la rue de Strasbourg !! Bref on lèvera les derniers scellés samedi. Que de temps perdu avec ces étourderies !!

Rentré chez moi vers 4h, puis sorti faire une course ou 2. Vu M. Lorin, qui a reçu 2 ou 3 obus près de son immeuble rue de Bétheny (rue Camille-Lenoir depuis 1932). M. Charles Demaison qui couchait en face dans le cellier de M. Lanson a eu un obus qui est tombé juste près de l’écran au-dessous duquel il a son lit. Il parait qu’il a eu une vraie frayeur !! Il y avait de quoi !! Heureusement pas d’accident. Rentré travailler. Quelques avions dans le ciel, reçu la visite de 2 ou 3 croquants qui viennent me voir pour tâcher de me « tirer les vers du nez » pour des procès qu’ils ont pendant devant ma barre ! Ils en sont pour leurs frais. « Devant juger, je ne puis rien vous dire et encore moins vous écouter !… » – « Vous vous expliquerez à l’audience ! » Çà les musèle du coup…  Je suis toujours aussi « délabré », surtout quand je songe à tous mes aimés dont je suis séparé et qui doivent souffrir par ce froid ! C’est dur, pénible, torturant !…

On critique beaucoup le Maire d’avoir consenti à être témoin à décharge dans l’affaire Goulden ! Je crois qu’il aurait mieux fait de s’abstenir et laisser son adjoint déposer seul. Lui comme 1er magistrat de la Ville il aurait dû se tenir au-dessus de cela. Son excuse était toute trouvée : « Comme Maire je n’ai pas à intervenir dans cette affaire plutôt…  délicate ! » Il doit s’en mordre les doigts, car le Président du Conseil de Guerre le Colonel Gille s’est plutôt conduit comme un soudard envers lui. Le contraire m’aurait étonné du reste. Reims et ses habitants sont si peu intéressants ! C’est surtout dans le peuple que la critique est plus acerbe. « Si c’avait été un pauvre ouvrier comme nous, il ne se serait pas dérangé, mais c’était « Borgeois ». Alors !! » « Vox populi, vox Dei ! » dit-on !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29-30 janvier 1917 – Tirs de l’artillerie. – Les journaux annoncent qu’il y a lieu de se faire inscrire dans les commissariats, pour l’établissement des cartes de sucre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Duel violent, bombes jusque vers 10 h. Reste de la matinée tranquille sauf quelques mitraillades. – 9°. Matinée de soleil, duel d’artillerie adverse, bombes sifflantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 29 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, combats à la grenade vers l’est de la cote 304. Sur la rive droite, nous avons effectué entre les Eparges et la tranchée de Calonne, un coup de main qui a pleinement réussi. Nous avons trouvé de nombreux cadavres dans les tranchées ennemies et ramené un important butin.
En Lorraine, action d’artillerie dans le secteur de la forêt de Bezange.
Dans la région de Moulainville, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.
Sur le front belge, vives actions d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Hetsas. Dans ce dernier secteur, lutte à coups de bombes.
Les Allemands ont attaqué les Russes à l’ouest de Riga. Ils ont été rejetés et ont dû refluer en désordre. Une nouvelle attaque de leur part a été également repoussée. Une autre offensive près de Kaltcen a été brisée.
Au sud de Brody, l’ennemi s’est jeté sur les avant-postes de nos alliés, mais il a dû rétrograder vers ses retranchements. Il a subi encore un échec au nord de Kirlibaba.
Les Russes, à leur tour, ont pris l’offensive des deux côtés de la chaussée Kimpolung-Jacobeni, est après un combat acharné, ils ont refoulé les lignes austro-allemandes de trois verstes. Ils ont fait des prisonniers.
La division grecque de Corfou a été envoyée en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Plateau des Eparges

Plateau des Eparges

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Samedi 23 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 décembre 1916 

833ème et 831ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Tempête de vent toute la nuit et la journée, mais il fait chaud, c’est si bon. Je vais bien. Travaillé d’arrache-pied toute la matinée. Sorti après-midi, vu Albert Benoist dans son lit, dans sa cuisine, toujours très confiant. Il recevrait la Cathédrale sur la tête il trouverait que c’est encore très bien ! Passé à la Ville. Vu Houlon toujours gentil, Martin, on s’aime bien. Tout ce monde-là prend mon vent…  puisque je suis à la Hausse !…  C’est bien humain. Raïssac, c’est plus sûr. Entré dans le cabinet du Maire, causé avec lui et M. Charles Demaison (polytechnicien, naturaliste distingué (1854-1937)) qui est très changé, hélas 2 fils tués (en fait un seul, Alain, tué le 15 décembre 1916), un prisonnier en Pologne (Jacques, décédé en 1924) et pour comble de malheur sa fille Mme de Kerillis (Anne, décédée en 1954) qui vient d’avoir un bébé (Alain Calloc’h de Kerillis, dit Richard Skinner, parachutiste des Forces Françaises Libres, arrêté et fusillé par l’Abwehr le 18 juillet 1944) et a failli y rester. Heureusement elle va mieux. Comme j’étais installé à un bureau d’un adjoint pour donner une signature, voilà le brave Docteur Langlet qui survient. Alors, s’adressant avec son fin sourire à moi : « Tiens, un nouvel adjoint !!… » – « Ah ! non Docteur !! in partibus si vous voulez, mais ex cathedra jamais !… » – « Qu’en sait-on ? m’ajouta-t-il », puis nous nous mettons à causer. Il me dit voir le docteur Lévêque demain, qui a un anthrax ! Je l’ai prié de me rappeler à lui et lui ai dit que moi, ayant prévu d’aller à St Martin mardi ou mercredi, j’irai le voir (Tony-aux-Bœufs est à 5 kilomètres de distance de St Martin). Comme je lui disais que j’avais été assez souffrant et que j’étais à moitié mort, alors de sourire : « Allons !! vous n’en prenez pas le chemin d’après ce que je sais, vous êtes encore bien vivant et surtout vigoureux. La vigueur que nous vous connaissons et sur laquelle nous comptons ! En tout cas, en attendant que vous soyez mort, il faudra voir à notre commission d’enquête des dommages de Guerre, et nous comptons sur vous…  Nous avons bien besoin de vous ».

Je ne sais ce que diable je lui ai fait à ce brave Docteur Langlet, mais il est vraiment charmant avec moi. Jamais il ne m’accueille sans un sourire et un mot aimable. Attendons ! J’en saurais peut-être plus tard la raison. On parle de la Gaffe Wilson (note du Président américain Woodrow Wilson du 12 décembre 1916 à tous les belligérants, rédigée de façon plutôt impartiale et mal ressentie en France. Rejetée par les allemands, elle entrainera l’engagement des États-Unis auprès de la France peu de temps après). Sale Prussien, j’espère que les alliés vont leur foutre une tape pour qu’il n’y revienne plus. Si c’était moi elle serait pommée !!…  Sale américain, Boche. Demain je vais préparer mes malles, et nous verrons à partir…  Fais en rentrant une procuration, les gens sont inénarrables, mes types ne doutaient pas une seconde que tout partirait demain matin première heure, que je me « carapatais », c’est tout ce qu’ils voyaient là-dedans, tous des imbéciles, si on voulait on leur cirerait encore leurs chaussures !…  Non, j’sais !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 décembre 1916 – Les journaux annoncent que le président Wilson demande aux belligérants de définir leurs buts de guerre, en faisant savoir que ce n’est ni une proposition de paix, ni une médiation.

La note n’est pas favorablement accueillie ; elle suscite des commentaires assez vifs et des protestations.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 10°. Nuit tranquille. Tempête vent et pluie. Visite de M. Farre me demandant Messe de Minuit Caves Mumm. Salut et allocution au 3e Bataillon du 403, École des Arts et Métiers, J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 23 décembre

Au cours de la journée, la lutte d’artillerie a été assez active dans la région de l’ouvrage d’Hardaumont, de Louvemont et des Chambrettes.

Plusieurs coups de main effectués par nous à l’est de Saint-Mihiel, dans le bois de Gerédiante, à la Chapelotte (nord de Celles) et dans la vallée de la Fave, nous ont permis de détruire de petits postes ennemis et de ramener des prisonniers.

Canonnade intermittente sur le reste du front.

Lutte de bombes et d’artillerie dans la partie sud du front belge. Les batteries belges de campagne et de tranchées ont réduit au silence les engins de l’ennemi. Les Allemands ont bombardé le front anglais au sud de l’Ancre. Ils ont échoué dans un coup de main en face de la redoute Hohenzollern. Grande activité d’artillerie dans les régions d’Ypres et de Messines.

Les troupes britanniques ont repris la ville égyptienne d’El-Arisch, occupée en 1914 par les Turcs.

L’infanterie italienne a progressé dans le Carso.

Le président Wilson a adressé une note aux belligérants pour les inviter à définir leurs conditions de paix.

Source : La guerre au jour le jour

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Dimanche 11 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 OCTOBRE – dimanche –

6 heures matin ; Pour sonner le révei1, un joli coup de canon. La journée va être splendide encore ; les quelques nuées humides d’hier sont chassées.

Anvers est aux mains des allemands. Alors ! Où vont aller les armées et les batteries qui l’assiégeaient ? Vers nous, probablement ; nous sommes loin de la fin.

3 heures 10 ; Dans la tour nord de la cathédrale … Mais, c’est affreux ! C’est la cathédrale qui est visée encore.. ! En voici un certain nombre, car le bombardement continue, qui éclatent immédiatement au-dessus, sinon dessus. Je ne puis me hasarder en ce moment, mais allons-nous recommencer à vivre les horreurs des 17, 18 et 19 Septembre ? Encore ! Apparemment, c’est toutes les 2 minutes.

8 heures soir ; De mes observations, il résulte qu’à 3 heures moins 1/4, un obus de gros calibre est tombé sur la cathédrale. Il a démoli, au chevet vers le nord, une partie importante de la galerie de pierres, une chimère et une gargouille… C’est là un des dégâts les plus importants qui aient été causés à la cathédrale.

Il y a des victimes cet après-midi. Un obus devant le Palais de Justice a fait deux morts et quelques blesses Et dire que beaucoup de gens se croyaient tranquilles après deux Jours de silence des allemands !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Hier soir, après une journée de bombardement, nous avions entendu, vers 22 h, une violente canonnade avec fusillade. Ce matin, à 5 h ½, c’es le roulement effrayant des départs de nos 120 qui nous a réveillés. L’ampleur du son de ces détonations ne ressemble en rien aux claquements de 75. On pourrait comparer le bruit de ces dernières pièces, au déchirement sec produit par l’arrivée soudaine de la foudre, au cours d’un orage, et celui occasionné parles autres avec le grondement de tonnerre précédant la décharge électrique.

– Hier, nous avons vu dans Le Courrier, l’appel suivant, s’adressant aux catholiques rémois :

Appel aux catholiques rémois. L’épreuve se prolonge pour notre ville de Reims. Beaucoup de familles sont déjà frappées dans leurs membres et dans leurs intérêts ; toutes ont passé par de cruelles angoisses, les dangers présents et l’inquiétude du lendemain.

La ville aussi est atteinte au vif, dans les souvenirs de son passé, dans ses fondations religieuses et communales, dans ses richesses artistiques, dans son industrie.

Il convient que la population catholique demeurée nombreuse, réveillée parla douleur, se tourne vers DIEU, maître des événements, trop souvent offensé ou délaissé, et le prie avec instance de ne pas prolonge la peine déjà lourde pour nos épaules.

De toutes nos forces, demandons à Saint-Remi et à Jeanne d’Arc d’intercéder pour notre cité, pour sa prompte délivrance et pour le salut de notre Patrie.

J. de Bruignac, A. Benoist, H. Bataille, Ch. Demaison, Ch. Heidsieck, Gve Houlon, L. Mennesson-Dupont, H. Abelé, Pol Charbonneaux, R. Dargent, Félix Michel

– dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons d’abord ceci, en caractères gras :

Les ravages du bombardement. D’après de nouvelles instructions de l’autorité militaire, défense nous est faite de continuer cette rubrique.

Nous exprimons donc aux personnes qui nous avaient adressé des renseignements à y insérer, le regret de ne pouvoir leur donner satisfaction.

Les journaux ne nous donnaient déjà pas beaucoup d’indications sur les événements malheureux accablant notre pauvre ville de Reims. Désormais, nous ne serons probablement plus informés de rien ; l’autorité militaire en a décidé ainsi. Cela m’incite à continuer de prendre mes notes, à les tenir exactement au courant et à observer.

– Le journal parle ensuite du cours des denrées :

Sur les marchés. Le marché du samedi était assez bien approvisionné ; voici lecoursmoyen des denrées :

Pommes de erre longues, de 0.25 à 0.30 le kilo ; oignons 0.30 à 0.35 ke kilo, échalotes, 0.40 le kilo ; haricots, 0.25 le ½ kilo, beurre, de 2 F à 2.40 le kilo ; maroilles, de .50 à 1.60 la pièce.

Le lapin et la volaille, peu abondante, – prix variable.

À la criée municipale, le bœuf est vendu de 1.60 à 2.0 le kilo.

– Enfin, sous la rubrique « Dans Reims », nous lisons encore :

Depuis que le CBR a repris le service sur Fismes et Dormans, le nombre de nos concitoyens qui en ont profité pour évacuer notre ville, se chiffre par près de 6000.

Des trains supplémentaires durent être formés dans les premiers jours où ce service fut organisé, tant l’affluence était grande.

Depuis les trains réguliers seuls fonctionnent.

– Et faisant suite à l’information précédente, ce qui suit :

Dans les rues et les avenues pouvant être fréquentées sans danger, on ne peut guère poser les pieds sans écraser du verre pilé.

N’y aurait-il pas moyen de remédier à un tel état de choses.

En effet, depuis six semaines, les trottoirs de la plupart des rues passagères sont littéralement couverts de verre cassé provenant des glaces des devantures, ou des très nombreuses vitres brisées par le choc d’éclats ou la violence des déplacements d’air, produits lors des explosions d’obus.

– L’autorité militaire a fait insérer cet avis :

Avis de l’autorité militaire. Les habitants sont invités à recueillir les objets d’armement, équipement et harnachement trouvés sur les champs de bataille et à les remettre aux commandants d’Étapes d’Ay, Épernay, Oiry et Chalons.

Ils recevront immédiatement une prime s’élevant à : ·

  • 10 f pour un fusil ·

  • 8 f pour une selle, ·

  • 6 f pour une bride complète, ·

  • 3 f pour un licol, ·

  • 3 f pour un havre-sac, ·

  • 2 f pour un ceinturon, ·

  • 2 f pour une baïonnette avec fourreau, ·

  • 1 f pour une baïonnette sans fourreau, ·

  • 0.50 f pour une cartouchière,

ces objets étant en état suffisant pour être utilisés.

Au cas où d’autres objets seraient présentés, il serait attribué aux porteurs, une prime proportionnelle à leur valeur, d’après les bases du tarif ci-dessus.

Par contre, tout particulier qui sera trouvé possesseur d’objets appartenant à l’armée au-delà d’un délai de quinzaine, après le départ des commandants d’étapes de champ de bataille, sera passible de poursuites pour vol et recel.

Ceux qui, passé ce délai, découvriraient des objets abandonnés, devraient les déposer immédiatement à la mairie la plus voisine.

– Un lecteur du journal lui a adressé une nouvelle lettre, « à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis ».

– Dans l’Eclaireur de ce jour, nous trouvons un nouvel appel de la Croix-Rouge, ou de son président ; le voici :

La Croix-Rouge française. Société française de secours aux blessés militaires.

Les membres de la commission exécutive, ainsi que le personnel des hôpitaux (médecins, pharmaciens, administrateurs, comptables, infirmières et brancardiers) demeurés à ce jour à Reims et susceptibles de continuer leurs fonctions, sont instamment priés de se faire inscrire rue de Vesle 18, à la permanence, dans la matinée de neuf à onze heures.

Le président : M. Fabre

– Le même journal publie plus loin ceci :

Les « on-dit ». Parmi les « on-dit » qui circulent suivant la fantaisie des uns et des autres, il en est un qu’il nous est permis de démentir officiellement, c’est celui qui vise l’évacuation de la ville, qui n’a d’ailleurs jamais été envisagée par la municipalité.

– Dans les derniers numéros de L’Éclaireur, nous avons trouvé des en-têtes en lettres énormes, pour annoncer :

Le 5 octobre : « La situation est généralement favorable. Notre aile gauche a repoussé un violent effort de l’ennemi. L’armée du Kroprinz a été de nouveau refoulée. »

Le 7 octobre : « …La grande victoire russe sur les allemands. »

Le 8 octobre : « Situation de plus en plus favorable. Les Allemands tentent un mouvement débordant sur notre aile gauche. Nous continuons à gagner du terrain sur Soissons et Berry-au-Bac. »

Le 11 octobre : « La bataille se poursuit à notre avantage, etc. Les Russes et les Serbes continuent à avancer. »

et tout ceci est simplement la reproduction d’extraits du communiqué, dont les journaux, ainsi que leurs lecteurs doivent se contenter.

Comme nous nous souvenons trop bien que « l’informateur de Reims » nous apprenait déjà, en gros caractères, le 1er septembre : « Les Français continuent de supporter le choc des Allemands et leurs infligent des pertes considérables, » alors que les éclaireurs ennemis entraient dans Reims, le surlendemain, nous ne pouvons véritablement pas nous emballer, aussi, préférons-nous attendre pour nous réjouir.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Pas de bombes. Canonnade presque continue des Français. Nuit, pas de bombes sur la ville. Violente canonnade de temps en temps. Prise d’Anvers par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Ce dimanche, en sortant de la grand’messe de St Jacques, Mme Henri Bertrand me présente ses condoléances émues et me dit avoir entendu parler depuis 3 semaines déjà du décès d’André ; elle n’en avait parlé à personne, craignant de se faire l’écho du fausse nouvelle, et c’est seulement à l’église qu’elle y a cru réellement en voyant mon accablement.

Son mari est en bonne santé, mais c’est à peine si elle peut me le dire, tant l’impressionne l’infortune de Marie-Thérèse.

Au déjeuner de midi, nous avons Mme Jacquesson qui vient d’apprendre l’hospitalisation de son fils à St Brieuc : à Dammartin, il a reçu une balle qui, traversant la cuisse gauche, s’est arrêtée dans la droite sans occasionner de fracture.

Il n’a pas beaucoup souffert de sa blessure, et escompte un prompt rétablissement.
– M. Cohen, du petit Paris, m’apprend la mort de son fils, ainsi que celle de Robert Denoncin ; lui aussi connaissait avant moi celle d’André, c’est pour quoi la crainte de me rencontrer l’éloignait depuis quelques temps de la maison.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Dimanche 11 octobre

Les Allemands sont entrés dans Anvers, dont quelques forts tiennent encore, mais l’armée belge est sortie de la ville avant l’occupation, et la victoire de l’ennemi s’en trouve d’autant diminuée.
Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c’est là un succès pour nous, eu présence de la violence des attaques germaniques. Autour de Lille, à la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent. Une grande action se déploie au nord, au sud et à l’est d’Arras; nous avons progressé au nord de l’Oise et prés de Saint-Mihiel.
Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essayaient de se défendre à la frontière de la Prusse orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d’Augustovo.
Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d’été, à l’âge de soixante-quinze ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique européenne, car deux partis se heurtaient à Bucarest : un parti populaire, soutenu par l’opinion politique et qui réclamait l’entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente; un parti de cour qui se groupait autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.
Le gouvernement italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d’État, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l’état-major réclamant de grosses dépenses. Il se pourrait que le ministre des Affaires étrangères, M di San Giuliano, rentrât dans la vie privée.

 

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