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Mercredi 2 mai 2017

Louis Guédet

Mercredi 2 mai 1917

963ème et 961ème jours de bataille et de bombardement

2h soir  Temps magnifique, très chaud, mais avec vent Nord-Est vif. Nuit ordinaire, sommeil quelconque ! en cave on ne peut en avoir d’autre. Fatigué, très fatigué. Dormi un peu sur le matin. Fait toilette, et écrit quelques lettres, mais sans goût, sans entrain, comme las…  pour tuer le temps. Rien appris. Je vais aller à la Poste, apprendrais-je quelque chose…  pousserais-je jusqu’à la Ville, je ne sais. Je suis comme dans un cauchemar continuel. Je vis comme dans un rêve nébuleux, et je dors de même. L’esprit est constamment à l’état de veille ! C’est plus que pénible…  car on  n’a nul repos, ni d’esprit, ni de corps.

5h1/2 soir  Été à la Poste, reçu lettres affolées de ma pauvre chère femme, de Mme Jolivet, de mon vieil ami Narcisse Thomas, avoué à Paris, qui me supplient de quitter Reims !! Vraiment à recevoir de semblables lettres cela vous démonte un peu. Que Dieu m’éclaire et me protège, et surtout qu’il solutionne mes hésitations par notre délivrance immédiate, ce sera la meilleure manière de trancher cette question de rester ou non !! Ma volonté est de rester jusqu’au bout, et à la Grâce de Dieu !! Mais si une solution ne venait pas d’ici quelques jours j’irais tout de même me reposer un peu à St Martin. Je suis fort fatigué, et à bout de forces.

Été à l’Hôtel de Ville (Werlé). Causé un moment avec le Maire qui est assez affairé aussi. Laissé lettre pour ma chère femme. En sortant rencontré M. Bailliez notre nouveau sous-préfet, que j’ai parfaitement reconnu pour l’avoir vu maintes fois à Châlons-sur-Marne, quand il était secrétaire Général de la Marne, et à la Préfecture. Il doit venir du matin au soir de Châlons où il résidera, et son bureau sera installé dans celui du Maire, avec Martin et les rares employés restés à la sous-préfecture. Ce sera plus pratique, ces 2 services, Municipalité et sous-préfecture réunis dans le même local. J’aime mieux cela, je verrai ainsi les 2 ensembles. Repassé me faire couper les cheveux chez mon vieux coiffeur de la Place d’Erlon qui est venu se réfugier dans une bicoque au 9, impasse des Carmélites, installation plus que sommaire, mais on peut se faire couper les cheveux. Les Figaros ne courent pas les rues en ce moment. Y en a-t-il 3 de restés à Reims ? Je ne le crois pas !! En tout cas, il est bien courageux. Rentré chez moi écrire quelques lettres. Voilà encore une triste et douloureuse journée passée quoique radieuse de soleil !! Il fait une chaleur torride ! avec une brise desséchante !! si c’était la dernière ou une des dernières avant la délivrance !! Il serait grand temps enfin !!

A l’intérieur de ce double feuillet se trouve une petite feuille de calepin de notes relatant les évènements « pris sur le vif » concernant la journée du 3 mai. Ils sont intégralement repris et développés dans le journal quotidien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul hess

2 mai 1917 – Bombardement la nuit, par aéros.

Arrivées d’obus, au cours de l’après-midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 2 – Nuit tranquille à Reims, combats au nord. + 16°. Visite à l’église Saint-André et au quartier. Après-midi, visite à M. le Maire. Bom­bes sur Pommery. Violentes canonnades d’un gros canon français : riposte des allemands par bombes sifflantes pendant longtemps. Toute la nuit ba­taille autour de Reims ; en ville, nuit tranquille. Le combat paraît plus vio­lent de 3 h. 30 à 5 heures. J’ai pensé que c’était l’assaut du fort de Brimont ; je priai pour nos soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Collection Gérard Corré


Mercredi 2 mai

Au sud de l’Oise, nous avons repoussé une tentative allemande sur un de nos petits postes de la région de Barisis.
Sur le chemin des Dames, lutte d’artillerie assez violente dans le secteur Troyon-Hurtebise. Rencontres de patrouilles à l’est d’ Hurtebise. Une reconnaissance allemande, qui tentait d’aborder nos lignes, a été repoussée par nos feux.
En Champagne, la lutte d’artillerie a été violente au sud de Moronvilliers. Dans cette région l’ennemi a lancé à deux reprises de fortes contre-attaques sur les positions conquises par nous au nord-est du Mont-Haut. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont, par deux fois, brisé les vagues d’assaut et infligé de lourdes pertes à l’ennemi. Le chiffre de nos prisonniers dans cette dernière région et pour les dernières journées, est de 520. Nous avons également capturé 5 canons.
Canonnade intense sur le front belge, spécialement au nord de Dixmude.
Les Bulgares ont contre-attaqué les positions récemment conquises par les troupes britanniques de Macédoine, près du lac Doiran. Ils ont été repoussés avec de fortes pertes.
Une attaque ennemie à la grenade a été arrêtée par notre artillerie vers la cote 1050 (boucle de la Cerna).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 2 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 2 décembre 1916

812ème et 810ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de brouillard ce matin, s’élevant durant la journée, rebrouillard le soir. Hier on avait canonné 2 avions allemands vers midi, nous en avons descendu un vers les caves Pommery. Été ouvrir deux coffres-forts au Crédit Lyonnais. J’en suis à mon 57ème, on a été obligé de faire sauter la porte d’un. C’est extraordinaire combien de personnes ont oublié le mot ou le chiffre de leurs combinaisons ou encore perdu leurs clefs !! Coût pour chaque effraction : 55 F à 60 F !…  Mes 2…  cambriolages (!!) sont terminés à 10h1/2, heure à laquelle je rentre chez moi chargé de leurs dépouilles et contenus. Bijoux, valeurs, argenterie, cheveux, même des quenottes d’enfants, premières dents sans doute, épaves toujours tristes à manier, toucher. Tout cela prendra le chemin de Paris la semaine prochaine. Après-midi levée de scellés 142, rue du Barbâtre, pauvre mobilier d’ouvriers, et dire que par suite de la négligence, il y a plus de 700 F de garde de scellés depuis 2 ans qu’ils sont apposés !!!!! Quel gaspillage.

Repassé à la Ville où j’avais à faire vers 4h. Causé longuement avec M. Gustave Houlon conseiller municipal, administrateur des Hospices, de la reconstruction de la Ville, de la reconstruction des quartiers, éclairage, eaux, etc…  il s’effrayait, mais je lui disais qu’avec des têtes comme Charbonneaux, de Bruignac, de la volonté, on devait surmonter toutes les difficultés. Je lui signalais le pâté de maisons de la Place Royale, entre la rue Colbert et la rue Trudaine comme devant être l’emplacement de l’Hôtel des Postes, et au besoin si c’était trop grand ou seraient en outre centralisé diverses administrations ou autres. Il était de mon avis. Mais il s’effrayait surtout des difficultés pour arriver à la reconstruction des parties détruites entièrement de la Ville, alignement, percement de nouvelles rues, expropriation de terrains, lotissements et revente en cas de non-préemption d’anciens propriétaires. Je ne m’effraie pas autant que lui de tout cela. Je lui disais qu’avec de la volonté et de la poigne on doit facilement solutionner et rapidement tout cela.

Nous nous sommes quittés là-dessus…  car je n’ai rien à y voir, mais si j’avais à m’en occuper, je crois que j’arriverais à faire quelque chose. Une municipalité dans la situation où la nôtre se trouvera au dégagement de Reims devra tailler dans le vif sans s’inquiéter des individualités et des intérêts personnels de chacun. Elle devra voir grand et faire grand, sans s’inquiéter des détails. Ah ! si je pouvais m’occuper de cela, j’y arriverais…  mais avec mes ruines à relever. Oh si je n’avais pas à m’inquiéter de l’avenir et de la fortune de mes petits pour leur laisser si possible un morceau de pain, que j’aimerais à ma dévouer pour notre cité. Hélas ce ne me sera pas permis ! Je le regrette.

Une bien bonne que j’ai oublié de noter : hier, comme je faisais enregistrer des actes au Père Goffinet, receveur de l’Enregistrement. Il se lamentait d’être obligé de venir à Reims faire son service (15 jours toutes les 3 semaines !!) et il m’ajoutait naïvement, d’un air tragi-comique : « Mais M. Guédet, vous devriez faire enregistrer vos actes à Épernay, comme le font tous vos confrères, ainsi il n’y aurait plus de raisons pour que nous soyons obligés de venir ici, au risque de nous faire tuer !!!… » Je lui ai ri au nez ! C’était parti du cœur en tous cas !! Mais il m’a bien amusé avec sa boutade. Bref c’est encore moi qui serai le coupable dans tout cela. C’est dans l’ordre des choses de ces gens-là. Tas de froussards !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 2 – Nuit tranquille. Température 0°. Visite de M. Chaumont. Envoi de la lettre à M. René Bazin, Président des Publicistes chrétiens.(1)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Pour en savoir plus sur René Bazin


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René Bazin


Samedi 2 décembre

Sur notre front, activité moyenne d’artillerie et d’engins de tranchées.

Les usines de Thionville et les bivouacs, dans la région de Damvillers ont été bombardés par nos avions.

Action d’artillerie sur le front britannique.

Combats sur le front roumain en Moldavie et jusqu’à la vallée de Buzeu. Bombardement accompagné d’actions d’infanterie à Tabla-Butzi, Bratocea et dans la vallée de la Prahova. Les troupes roumaines qui se retirent de Campolung ont été attaquées : elles se replient par la vallée de Dambovitza vers Miklosani.

Sur le front à l’ouest de Bucarest, lutte dans la région de Cotesci, dans la vallée du Glavacioc et la vallée du Neajlov vers Comana. Les Roumains ont fait plusieurs centaines de prisonniers et capturé 10 mitrailleuses.

En Dobroudja, les Russo-Roumains ont attaqué sur tout le front.

En Transylvanie (région de Kirlibaba), l’offensive russe se développe en même temps qu’une contre-offensive austro-allemande. Nos alliés ont progressé sur un point, mais reculé sur un autre.

De sanglants combats ont eu lieu en Macédoine, sur la Cerna. Les Germano-Bulgares ont reconquis quelques tranchées.

L’artillerie marque une activité croissante sur le front italien.

En présence de l’attitude du cabinet grec, qui se refuse à nous livrer son matériel de guerre, nous avons débarqué de nouveaux contingents de fusiliers au Pirée.

Source : La guerre au jour le jour

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Dimanche 24 septembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 24 septembre 1916

740ème et 738ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps splendide même fort chaud. Dimanche comme tous les autres forts tristes pour moi, si seul. Messe de 8h où l’on annonce que le Cardinal Luçon, comme tous les évêques et archevêques de France, prononcera un vœu national au pèlerinage de Lourdes. Travaillé ensuite et mis ma correspondance à jour. A 3h posté mon courrier rue de Vesle et poussé jusqu’au Pont-de-Muire pour tuer le temps. Vers 1h une demi-douzaine de bombes sont allées tomber au vélodrome. Les allemands tiraient sans doute sur la saucisse qui était vers ces parages. Rentré vers 5h, et là…  souffert, pleuré…  en songeant à tous mes aimés. Je souffre le martyr, si seul, si abandonné, et puis quand je songe à l’avenir de tout ces malheureux, femme et enfants, Jean qui va peut-être partir sur le front !!…  Je suis sans courage, sans force. Certainement je mourrai de chagrin, de douleur et de souffrances morales. Non, c’est trop long et trop pour les mêmes épaules, pour le même, toujours le même et les mêmes. Pauvres aimés.

7h1/4 soir  A six heures nos canons tonnaient vers Pommery, ne sachant que faire je sortis et je vis 3 pompiers se diriger vers les caves Pommery. Rencontré Elloire, adjudant pompier qui me dit que c’est au château de Polignac. Peu de chose. Oui, ils ont la chance que les pompiers de Paris soient là, tandis que moi, le 1er mars 1915, il n’y avait personne pour me secourir !! J’étais seul à lutter contre le fléau qui a détruit ma maison, mes meubles, mes archives !! Je suis sans logis !!!

Il manque les feuillets 366 à368, le suivant se résume à une demie-page, recopiée par son épouse Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – Nuit tranquille. Beau temps ; + 7°. Lecture de la Lettre Collective du Vœu. Retraite du mois. Visite du Vicomte de Montois (voir Cahier du Conseil mardi 26 septembre). Visite de M. Abelé pour son projet de Comité. 4 h. à 6 h. aéroplanes français, tir continuel contre eux. Bombes sifflantes (32 + 10 dit le Courrier du 26) tombent à Saint-Benoît, à la biscuiterie, près la chapelle provisoire actuelle du culte, et rue de Pontgivart en face du presbytère et de la maison vicariale. Une d’elles près des Caves Pommery a blessé gravement un soldat et fait exploser un dépôt de munitions. Il y a eu 450 obus qui ont éclaté, et autant d’avariés qui n’ont pas éclaté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 24 septembre

Nos patrouilles, poussant jusqu’aux lisières sud du village de Combles, ont trouvé de nombreux cadavres d’Allemands. Elles ont fait 15 prisonniers.
Lutte d’artillerie assez vive dans la région de Bouchavesnes et dans le secteur Belloy-Berny. Pas d’action d’infanterie.
Dans les Vosges, l’ennemi a fait une tentative contre nos positions au sud du col de Sainte-Marie. Après un assez vif combat à la grenade, il a été rejeté dans ses tranchées.
Sur le front belge, combat à coup de bombes près de Boesinghe.
Au sud de l’Ancre, les Anglais ont réalisé une nouvelle avance à l’est de Courcelette. Ils se sont emparés d’un important système de tranchées ainsi que d’un certain nombre de prisonniers et ont avancé leurs lignes sur un front de 800 mètres.
Une attaque ennemie a été brisée avec fortes pertes à l’ouest de la ferme du Mouquet.
A l’est de Béthune, l’artillerie britannique a fait exploser un dépôt de munitions ennemi.
Les Russes ont refoulé une offensive allemande sur le Naroch.
Les Roumains ont progressé dans les Carpates septentrionales et infligé un nouvel échec en Dobroudja, sur le littoral, aux Germano-Bulgares.
Les Autrichiens ont fait trois vaines attaques sur le Carso.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 18 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 18 mai 1916

614ème et 612ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique. Bombardement intense ce matin sur les caves Pommery et le quartier Dieu-Lumière. Audience mensuelle de réquisitions militaires avec le sous-intendant militaire Racine. Causé de quantités de choses intéressantes, trop longues à rapporter ici. Racine se rend très bien compte de la situation d’ici, et des luttes et rancunes suscitées entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis, ceux qui restent et ceux qui voudraient partir, témoin notre magistrature assise…  etc…  Il les a jugés parfaitement. Il m’a dit qu’il avait pris ma défense parce qu’on avait dit que les tribunaux de Reims (Justice de Paix et Tribunal Civil) ne voulaient pas fonctionner. Il a protesté et dit que seul je m’étais occupé des réquisitions militaires, mais que j’étais souvent arrêté par le refus du tribunal civil de tenir des audiences civiles qui donneraient satisfaction aux protestations, et que j’étais le seul qui ait fonctionné régulièrement jusqu’à présent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 mai 1916 – Le tir contre avions, qu’en cette saison nous voyons pratiquer quotidiennement, doit être très difficile à régler efficacement si l’on en juge par l’extraordinaire consommation de munitions qu’il né­cessite de part et d’autre.

Les Allemands envoient parfois des centaines et des centaines de coups de canon sur un même appareil et reprennent souvent plusieurs fois par jour cet exercice. Pourtant, si la ligne des flocons d’éclatements se prolonge, les explosions se succèdent sans résultat — les aviateurs ne paraissent même pas s’en soucier.

Nos artilleurs tapent ferme aussi, sur les aéros boches qui ne circulent pas toujours à leur aise.

Nous suivons des yeux, du bureau ou de la maison, lorsque cela devient intéressant, l’arrivée des shrapnells les accompagnant quelquefois de près dans leurs déplacements, mais, dans ce genre de chasse, nous n’avons pas encore vu provoquer de chute.

Cependant, il est à constater que notre tir est généralement le meilleur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille, sauf grosses rafales canon vers 3 ou 4 h. + 13°. Aéroplane allemand : tir. Bombardement sur batteries. Bombes sif­flent notamment à 10 h. Très violent bombardement de 3 h. à 6 h. Envoyé 3000 f. à S. Germaine, Union Remo-Ardennaise, et 100 à Madame Lancereau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 18 mai

Dans la région de Verdun, grande activité des deux artilleries dans les secteurs d’Avocourt, de la cote 304 et entre Douaumont et Vaux.
Lutte de mines en Argonne. 13 de nos avions de bombardement on lancé 24 obus sur des bivouacs dans la région Damvillers-Ville-Devant-Chaumont, 11 sur la gare de Brieulles et Cléry, 14 sur des cantonnements à Nantillois et à Romagne; 21 sur la gare d’Apremont et sur Grand-Pré.
Un de nos Pilotes a abattu un taube au nord de Vic-sur-Aisne.
Une de nos escadrilles a lancé 20 obus sur les gares d’Ars et de Metz, 40 sur les hangars de Frescaty, 40 sur la gare d’Arnaville, 30 sur la voie ferrée et les gares entre Metz et Thionville; un autre a bombardé Metz-Sablons.
Un de nos pilotes, en combat singulier, a abattu un avion ennemi au nord-ouest de Rezonville. Un autre avion a été abattu au Ban-de-Sapt. Trois autres taubes ont été détruits dans la région de Verdun.
Il se confirme que l’offensive autrichienne annoncée a bien commencé sur le front italien.
Les contre-torpilleurs anglais ont mis en fuite des destroyers allemands sur la côte belge.
Un critique militaire hongrois reconnaît que les Français ont été victorieux à Verdun.
La conscription a été votée en troisième lecture aux communes anglaises.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 13 avril 1916

Louis Guédet

Jeudi 13 avril 1916

579ème et 577ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille, vent de tempête, pluie battante et froide. Reçu la visite d’un fils de M. Paul Henriot, sous-lieutenant au 82ème d’artillerie lourde, 3ème groupe, en ce moment cantonné ici chez Mme Pierre de la Morinerie, rue Werlé 7 et 9, pour une clef de garage d’une maison leur appartenant, dans laquelle se trouve l’auto de leur locataire, M. Thaon, officier tué au commencement de la Guerre. Nous causons de la situation de notre ville et de la conduite des officiers à l’endroit des Rémois, il la qualifiait de verte façon, disant que c’était honteux ! Entre autres choses il me dit que quand des officiers viennent à la Direction demander des billets de logement et de cantonnement on leur répond : « Comment ? Vous êtes encore là ? C’est inutile ! Quand on veut se loger on n’a qu’à choisir un immeuble qui parait devoir faire votre affaire et on enfonce les portes !! » Voilà la mentalité de ces galonnards-là !! C’est honteux !! Et le pillage !!…

6h soir  Été cet après-midi rue du faubourg Cérès (rue Jean-Jaurès depuis 1921) pour un inventaire pour Jolivet, de là poussé jusqu’à la brasserie Veith, boulevard Henri Vasnier, 4, pour causer avec M. et Mme Veith (Frédéric Veith (1844-1924) et Thérèse Veith (1866-1928)) de leurs intérêts qu’ils ont l’intention de le confier ! Il doit me remettre son testament ces jours-ci. Ceux-ci sont réfugiés dans leurs germoirs avec leurs ouvriers et bien à l’abri du bombardement. Durant que j’y étais cela bombardait pas mal, et ils sont aux premières loges, près de l’asile de nuit et des caves Pommery ! Je suis revenu par la rue du Barbâtre et le rue de Venise. Il y a pas mal de nouveaux dégâts. Le temps a l’air de vouloir se mettre au beau.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 13 – Nuit assez bruyante autour de Reims, mais tranquille en ville ; + 7°. Vers 8 h. 1/2 bombes sifflent tombant sur batteries. Item à 2 h. Lettre d’Amiens. Réunion provinciale fixée au 26 avril ; écrit pour cela à Beau­vais. Écrit au Card. Gasparri pour envoi d’argent à nos prêtres des Arden­nes par le Vatican et Mgr de Mauras.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Jeudi 13 Avril 1916. La bataille autour de Verdun s’étend et devient plus violente. Les boches ne gagnent pas malgré leurs gaz et leurs jets enflammés. Ils ne peuvent arriver à rompre notre front, mais que de pauvres soldats qui tombent ! C’est affreux une guerre pareille. Qui aurait pensé qu’il existerait de telles cruautés ? Te rappelles-tu ma chipette, il y a trois ans quand j’étais pour avoir André ? Etions nous heureux ! Je ne travaillais pas, je t’attendais ; Que de bonheur nous avions !

C’est que notre coco va avoir trois ans. Que dois-tu penser ? Tu dois le représenter fort et intelligent. Et notre fifille, 15 mois aujourd’hui et c’est ton portrait frappant. Oh si tu nous revenais, que notre vie serait belle ! J’espère toujours, mais le temps est long…

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 13 avril

Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont lancé une attaque avec emploi de liquides enflammés sur nos positions du bois des Caurettes entre le Mort-Homme et Cumières ; ils ont été refoulés.
Sur la rive droite, l’activité d’artillerie a été grande entre Douaumont et Vaux, mais l’ennemi n’a pas renouvelé ses attaques. On confirme qu’il a subi de très grosses pertes dans ce secteur, pendant les journées précédentes.
Sur le front britannique, combat de grenades à l’est de Saint-Eloi avec des alternatives diverses. Grande activité d’artillerie en face de Wytschaete. Un taube a été descendu.
Les Italiens ont appelé un certain nombre de contingents de diverses classes.
L’Autriche n’arrive pas à boucler son emprunt.
L’Allemagne a fait remettre sa réponse au cabinet de Washington, au sujet du Sussex.
Des manifestations de femmes affamées ont eu lieu à Athènes devant le Parlement.
L’Allemagne a institué le recensement du sucre.
Les parlementaires français ont visité les chantiers de la Clyde (Écosse).


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Mercredi 12 avril 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 avril 1916

578ème et 576ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Toute la nuit bataille terrible toute proche. Pluie, vent en tempête, froid. En ce moment le canon tonne formidablement du côté de Berry-au-Bac. Journée monotone, occupée à préparer mes bagages qui seront fort encombrants et lourds. Et remuer toutes ces choses est fort pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Nuit tranquille, sauf quelques rafales violentes à rares intervalles. + 5°. A 9 h. 1/2 bombes sifflent. Visite caves Pommery empê­chée par bombardement sur batteries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 avril

Au nord de l’Aisne, notre artillerie a pris sous son feu une forte colonne allemande qui se déplaçait sur le chemin des Dunes. L’ennemi a subi des pertes sérieuses.
Activité de notre artillerie en Argonne.
A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur le front le Mort-Homme-Cumières. Pas d’action d’infanterie.
A l’est après une violente préparation d’artillerie, complétée par un envoi intensif d’obus lacrymogènes, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos tranchées entre Douaumont et Vaux. L’ennemi qui avait pris pied dans quelques éléments avancés de nos lignes en a été rejeté peu après par une contre-attaque de nos troupes, au cours de laquelle une centaine d’Allemands valides, dont un officier, ont été capturés.
Lutte d’artillerie en Woëvre ( Moulainville, Ronvaux et Châtillon).
Au nord-est de Saint-Mihiel, nos pièces à longue portée ont canonné avec succès un train arrêté au nord de la gare d’Heudicourt.
Une de nos escadrilles de bombardement a lancé en deux fois, 48 obus sur les gares de Nantillois et de Brieulles.
M. Asquith a prononcé un vibrant discours en réponse à celui du chancelier allemand.
Activité intense d’artillerie sur tout le front italien


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Jeudi 9 septembre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf gros coups de canons vers 9 h. 1/4 et à différentes reprises, notamment vers 3 h., pendant 1/4 d’heure environ cha­que fois. Journée tranquille. Aéros français vers 5 h. 1/2. Canonnade fran­çaise assez nourrie dans l’après-midi. Visite de M. Danel, de Lille, à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Jeudi 9 Septembre 1915. Si tu voyais les préparatifs, mon Charles, près des caves Pommery. Ce ne sont que tranchées et fils de fer barbelés. Oh vivement que ça finisse ! C’est que j’en serai malade ; je ne tiens plus, j’ai comme la tête vide, je ne dors plus et si je suis encore longtemps sans avoir de tes nouvelles je mourrai de chagrin. Mes petits sont pourtant gentils mais c’est l’incertitude qui me tue. J’envisageais un avenir si beau à te garder chez nous.

Qu’est-ce que sera l’avenir ? J’arrête, je n’en peux plus.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

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Établissements Pommery


Jeudi 9 septembre

Actions d’artillerie : en Belgique, au nord d’Ypres; en Artois, autour d’Arras; dans le secteur de Roye; entre Oise et Aisne; en Champagne, entre Reims et l’Argonne, et en Woëvre septentrionale.
Dans la partie occidentale de l’Argonne, les Allemands ont, après un bombardement intense, avec large emploi d’obus suffocants, prononcé contre nos positions une attaque menée par deux divisions. Ils ont, sur quelques points, pris pied dans nos tranchées avancées. Mais une violente contre-attaque de notre part a déterminé leur échec dans leur nouvelle tentative de rupture de notre front.
Pour riposter au raid des taubes au-dessus de Nancy, une escadrille française a lancé des obus sur les établissements militaires de Frescaty et sur la gare des Sablons, à Metz.
Trois zeppelins ont opéré au-dessus de la côte orientale de l’Angleterre: dix morts, quarante-trois blessés.
La situation demeure stationnaire sur le front russe. Le grand-duc Nicolas est chargé, par rescrit du tsar, du commandement de l’armée du Caucase.
Le sultan de Turquie a lancé un suprême appel à l’empereur d’Allemagne. La situation, en effet, devient de plus en plus précaire à Constantinople.
Les Italiens ont remporté un succès dans le secteur de Tolmino.
Plusieurs bâtiments français ont été coulés par un sous-marin allemand dans l’Atlantique (au large de la poin
te de la Coubre et de Belle-Isle).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 6 août 1915

Louis Guédet

Vendredi 6 août 1915

328ème et 326ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit calme, journée de même, à part le bruit formidable de quelques torpilles lancées cet après-midi ! Temps lourd et orageux, fort déprimant. Passé ma journée à écrire et à recevoir pas mal de monde pour actes et justice de Paix. Je suis fort triste…  et de plus en plus à cause de ma pauvre femme dont les lettres sont navrantes de tristesse. Pourrons-nous encore résister longtemps à ces épreuves, c’est trop pour les mêmes épaules !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Rœderer avec M. Camu. Reçu une lettre du Général d’Urbal (1). Visite du Père Dargentin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Général d’Urbal. Ce cavalier d’origine a commandé devant Arras en octobre 1914 n corps d’armée provisoire, puis le 33e Corps d’Armée, puis la VIIIE Armée devant Ypres en novembre, enfin il sera à la tête de la Xe Armée en Artois pendant le offensives de mai et de septembre 1915


 Juliette Breyer

Vendredi 6 Août 1915. On fait des travaux de défense tout autour de la ville. Si tu voyais, surtout chez Pommery… On y a installé aussi un poste téléphonique. Nous sommes entourés de canons. Le jour où l’attaque sur Reims va reprendre, qu’est-ce que nous entendrons !

Que ce soit vivement et que je te retrouve.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Collection : Michel Verdelet


Vendredi 6 août

Grandes séances à la Chambre et au Sénat français, où a été lu le message du Président de la République, pour l’anniversaire de la guerre. MM. Deschanel et Dubost ont également prononcé des discours.
Combats d’artillerie en Artois, autour de Souchez, et à Tracy-le-Val et Vailly (vallée de l’Aisne); fusillade et jets de bombes en Argonne; attaque allemande enrayée sur les Hauts-de-Meuse, au Bois Haut; bombardement en forêt d’Apremont. Combats acharnés dans les Vosges, le long de la Fecht (Lingekopf, Schratzmaennele, etc.). L’ennemi est chassé d’un de nos blockhaus dont il s’était momentanément emparé : il subit de grosses pertes.
Le bruit court que les Allemands sont entrés dans Varsovie, mais le communiqué russe ne fait pas mention de cette opération. Il signale, par contre, un très gros échec infligé aux ennemis sur la rive droite de la Wieprz.
D’éloquents discours ont été prononcés en Angleterre, à propos de l’anniversaire de la guerre, en particulier par M. Balfour, premier lord de l’amirauté.
Les Autrichiens sont encore une fois repoussés dans le Carso devant le Monte Sei Busi.
Des télégrammes sont échangés entre le roi d’Angleterre et M. Poinc
aré.

Source : La guerre au jour le jour

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Mercredi 23 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

23 SEPTEMBRE  – Le canon a tonné bien lourdement cette nuit ; il a dû y avoir un combat ardent vers la droite. Si nous étions délivrés !

A-t-on pensé aux habitants des tours et des toits de Notre-Dame? Tant de corbeaux, de corneilles, qui avaient là le gîte et le couvert, des pigeons encore, que l’incendie a jetés sur les pavés de l’air ! Ils ont fait du bruit la nuit, le matin et tout le jour qui a suivi l’incendie. Ils tournaient dans le vide et n’ont pas encore compris… Le vendredi, n’avais-je pas ramassé un bon gros pigeon atteint au cou et qui se traînait dans les chenaux ? Hier, à Pommery, c’était un pinson qui était comme frappé de paralysie ; une explosion avait dû le surprendre sur son arbre…

10 heures du soir ;

J’ai été le témoin d’une scène mémorable ; j’en ai été parmi les acteurs ; je voudrais en noter les détails.

Hier donc, vers 4 heures 1/4, c’est-à-dire une heure et demie après mon passage aux Caves Pommery, un obus, tombant dans un hangar, faisait 15 morts sur le coup, 3 blessés qui, à peine pansés à côté, mouraient et une vingtaine de blessés.

Ce soir, je montais aux Caves avec Poirier ; nous faisions rapidement les quelques photographies qu’il désirait conserver des dégâts occasionnés par les plus récents bombardements – celui d’hier et celui d’avant-hier en particulier –

On me dit qu’on est en train de creuser la fosse pour les 19 cadavres. Je monte au Moulin. Je vois, en effet, le long d’un mur, des soldats occupés à achever, dans la craie, un vaste trou rectangulaire. Arrive un petit capitaine trapu, très distingué, affairé avec calme et dignité. (J’ai su que c’était le capitaine Rant, faisant fonction de commandant du 1er bataillon du 53ème d’infanterie).

Il m’aborde, nous recommande de nous dissimuler très vite s’il survient un aéroplane. Nous l’accompagnons jusqu’au moulin où il échange quelques paroles avec les officiers qui y sont enfermés.

Arrive un sergent qui, raide, au port d’armes, vient avertir qu’il y a un mouvement de troupes ennemies sur tel point.

« Dans quel sens ? »

– En avant…

– C’est bien ; avertissez tel officier chargé des tirailleurs avancés ; c’est bien simple ; la consigne est de tenir, tenir, tenir

C’est grand ce colloque court et succinct !

Sous un mur voisin, le sergent va rejoindre son poste d’observation, veillant à ne dépasser les tuiles que du haut de la tête pour ne pas attirer 1’attention des ennemis.

Au bout d’un moment, je quitte le réduit et je vais vers les morts… il faut s’occuper de les porter jusqu’à la tombe maintenant. Mais, quand il s’agit de porter les camarades… presque aucun homme n’est disponible, disons n’est disposé à accomplir cette cruelle corvée. Il me faut les presser. Ils demandent qui, un verre, qui, sa pipe… Ils sont là, ceux qui ont creusé la tombe, terrés sous un tas de fagots, de sarments disposés en hutte… tristes, fixant la terre d’un œil morne, disant peu, se plaignant à l’occasion que le génie leur ait laissé faire ce travail, dur à la fois pour des hommes au ventre creux (le bloc de craie dans lequel ils ont creusé la tranchée était résistant), et pénible pour leur cœur. Mais encore, ils ont bien voulu creuser la tranchée, mais transporter les camarades horriblement hachés, défigurés pour la plupart… et déjà avancés dans la décomposition par tout le soleil de la journée dans ce hangar défoncé… non !

Les mouches s’agitent sur eux et l’odeur est prenante… Et ils les connaissent les camarades, ils sont tous de là-bas, dans l’Ouest ; ils ont fait leur service ensemble, tous du 63ème – 3ème compagnie. Ce sont tous réservistes, pères de famille pour la plupart, affectés par erreur au régiment d’active.

Mais enfin, il faut se décider ; arrive un sergent major chargé de présider l’opération funèbre – au fond, Je la commande et la dirige – Je vais au hangar fatal. Je charge les premiers sur une civière – la seule qu’on possède là – et sur une petite voiture à bras, réquisitionnée de Laurent et Carrée. Et nous allons vers la tranchée. Je descends et reçois ces pauvres corps, raidis, dans la position de la chute aussitôt reçu le feu meurtrier. Je les range la tête à la paroi de part et d’autre, les jambes s’entrecroisant…

Ce fut long, long, le transport. Le colonel Arlabosse, du 78ème[1], faisant fonction de général – le général Leblanc mis à pied – et commandant la 46ème Brigade passe et demande qu’on l’avise quand tout sera prêt.

Les braves gens avaient fait une croix, une croix bien simple avec, écrits au crayon-encre, les noms des camarades sur les bras, en haut ; 22 Septembre ; ici reposent les soldats – et, au milieu, en diagonale, – un touchant « Priez pour eux ».

Voici enfin les derniers corps ; tout le monde est présent… Les pauvres soldats ont reçu de Poirier le verre de vin, de M. Baudet le petit marc, d’un autre la pipe qui les a soutenus dans leur funèbre besogne.

Les hommes disponibles sont groupés devant cette large tombe. Arrivent le colonel et le capitaine. Parmi les autres officiers, il y avait là encore le lieutenant d’Aragon commandant la troisième compagnie, celle qui a été décimée… Tous les assistants se recueillent.

Je demande au colonel la permission de dire un mot ;

En substance :

  • Mes chers amis, devant cette tranchée ouverte, la tristesse étreint nos cœurs. C’est naturel ; je pleure avec vous… Ceux-là sont vos camarades, vos frères, pères de famille, tombés là, frappés par une mort rapide, mais cruelle… Je pleure avec vous…
  • Mais l’heure est aussi aux paroles de consolation, aux pensées d’espérance et de lumière.

1°) ils auront été, non pas abandonnés comme tant d’autres, dans l’oubli d’immense cohue de morts portés ensemble à la terre ; connus, leurs noms ont été recueillis ; ils seront portés à leurs familles, qui pourront venir là pleurer leurs morts et prendre des levons. St ils ont été ensevelis pieusement, par vos mains amies, sous le regard des chefs dans la bénédiction du prêtre.

2°) Pensées d’espérance et de lumière ; ces enfants sont des martyrs. Dieu donne son ciel sans tarder ; cette tranchée qui baille vers le Ciel me fait penser à une fleur immense de laquelle, comme un parfum, est montée leur âme vers le Ciel.

3°) Pensées de consolation ; courage, continuez votre route sans plus vous arrêter à la tristesse su chemin. La France vous regarde avec tant d’amour et de confiance ; vos chefs sont si vaillants et, vous me le disiez tout à l’heure, vous avez tant confiance en eux ! St Dieu est avec vous, mes amis, Dieu n’est pas avec les barbares ; Dieu est avec vous !

Au milieu des larmes et des sanglots de tous, je m’agenouille pour dire de Profondis. Je bénis les corps, je jette l’eau bénite qu’on avait apportée et je passe le rameau au colonel, puis à tous les soldats…

Alors, le colonel Arlabosse s’avance au bord de la tombe immense. Rejeté en arrière, dans un geste d’acier, scandant ses paroles avec de larges repos, avec un geste de la tête sur le côté… – J’ai retenu mot à mot ses paroles –

« Ils auront leur récompense, oui, vous l’avez dit, Monsieur l’aumônier ; ils auront leur récompense… Nous avons eu déjà beaucoup de pertes… et des pertes qui m’ont été bien douloureuses… Nous en aurons bien davantage… mais qu’importe, ce qu’il faut voir, c’est la fin… et la fin, c’est le salut de la Patrie.. ! ”

Il me serre la main et retourne à son commandement. Le canon tonnait tout autour de nous ; les « 120 » au pied des Caves, les « 75 » vers le canal… d’autres, amis et ennemis, vers la Pompelle. L’heure, dans ce soir de septembre, était d’un solennel inouï. Sous les sifflements ininterrompus – ceux de nos obus – je serre la main à tous ces hommes ; les officiers sont chaleureux. Je me retire.

Je n’oublierai jamais la Tombe du Moulin de la Housse !

[1] Colonel ARLABOSSE du 2 août 1914 au 26 août 1914 (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 23 septembre 1914

12ème et 10ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  On s’est battu toute la nuit devant Reims. Avouerais-je que je n’ai rien entendu, c’est ma brave Adèle qui me l’a annoncé ce matin. Le matin, calme complet. Quelques coups de canon pour ne pas en perdre l’habitude.

Hier, comme j’allais au jardin je rencontrais sur la route d’Épernay, en face du jardin du séminaire, Rohart mon compagnon d’otage du 11 avec toute sa famille qui revenait en voiture d’Épernay où il s’était sauvé lors du bombardement du 19. (Le quart de la page suivante a été découpé aux ciseaux proprement).

10h1/2  Nos troupes seraient avancées jusqu’à Lassigny, à l’ouest de Noyon. On s’est battu avec acharnement à Craonne. Les allemands ont même faits des charges à la baïonnette. A Reims situation stationnaire, sauf la reprise de Beine, les allemands sont encore à Epoye. Nous occupons Souain, Mesnil-les-Hurlus, Massiges (canton de Vienne-le-Château (Marne)) dans la direction de Vouziers. Dans la Woëvre : Thiaucourt, Hattonchâtel.

Vu chez Fréville un obus, dégâts insignifiants. M. Fréville doit écrire à Mme Ferté qui est à Paris pour la prier de prévenir de l’incendie de leur maison Mme Jolivet qui, parait-il, aurait le désir de faire ses couches à Reims. J’aime mieux cela. Quant à moi j’écrirai un de ces jours à Jolivet.

Passé chez M. Français qui n’est pas chez lui, il doit retourner à Épernay aujourd’hui. Je passe chez M. Eugène Gosset 6 place Godinot, absent. J’y rencontre notre Cardinal Mgr Luçon, rentré de Rome et en auto de Paris hier matin. Il avait couché à Ville-Dommange la veille, accompagné de l’abbé Landrieux, archiprêtre de la Cathédrale, de l’abbé Camu, Vicaire général et de l’abbé Andrieux, Vicaire de la Cathédrale, qui visitent nos ruines.

Rentré chez moi. Heckel m’attend pour que je lui donne l’autorisation de se réfugier chez M. Georgin, 31 rue Hincmar en attendant qu’il se trouve un logement. Tout son mobilier est brûlé. Il s’était réfugié à Tinqueux chez M. Fayet, mon client, qui lui a mis 2 ou 3 pièces à sa disposition pour lui et les siens quand il a su que c’était mon caissier. Je lui en suis reconnaissant et l’en remercierai à l’occasion.

Je crois que le bombardement de Reims est surtout l’incendie de la Cathédrale de Reims auront produits un effet et un retentissement considérable dans le Monde entier. Les Allemands, par cet acte de sauvagerie auront subi une vraie défaite. C’est un Sedan moral pour eux dont ils ne se relèveront jamais.

Au point de vue Mondial, la Kultur allemande a fait faillite devant Reims.

5h1/2  Montaudon a été vu par M. Français, il est à Bezannes avec son régiment, le 137ème de ligne où il est sergent. Il voit l’incendie de son étude.

Je rencontre Loeillot, mon clerc, fils de mon confrère de Boult-sur-Suippe, je le prie de venir dîner avec moi. Il accepte s’il peut venir à 6h1/2. Canonnade depuis deux heures de l’après-midi, cela paraît assez sérieux. Toujours du côté de Bétheny et Cérès. Quand donc nous ne l’entendrons plus ? Il paraîtrait que nos troupes seraient à Moronvilliers, le Mont-Haut serait donc tourné, car pris de vive force, cela ne me parait guère possible. Enfin attendons et que Dieu nous protège.

6h  Je viens de porter ma lettre à Madeleine à M. Français, pourvu qu’elle lui parvienne.

En dehors du bonheur d’avoir trouvé une autre occasion d’écrire à ma chère femme, je puis dire que je viens de passer une journée des plus fastidieuse. Beau temps, si à Granville mes chers aimés ont aussi beau temps quelle belle et bonne journée ils ont passé et quel joli coucher de soleil ils ont dû avoir. Tant mieux, qu’ils en jouissent et qu’ils me reviennent florissants de santé tous.

Quelle assommante journée en dehors de cette joie de pouvoir écrire là-bas !

7h3/4  A 6h1/2 est arrivé mon clerc Henri Loeillot à qui j’avais dit de venir dîner avec moi. Il a mangé de bon appétit et raflé toutes les pommes de terre frites, depuis 8 jours il n’avait touché une pomme de terre. Vous voyez d’ici le régal !

Très entrain, calme, vraiment tous nos troupiers font leur devoir d’une façon très simple, très digne. Loeillot en est encore un exemple. Il va sur ses instances faire partie d’un nouveau corps d’armée en formation, composé de la Légion Étrangère et de Marocains. Il désirait du reste dès le début de la campagne aller sur le front et ne pas rester à l’arrière comme automobiliste. Son Père m’en avait parlé et s’opposait à cela avec la dernière énergie. Mais allez donc empêcher le jeune sang de France de ne pas mentir !

Il m’a chargé de dire à son Père qu’il y avait une lettre pour lui dans sa chambre rue Jeanne d’Arc, et que son frère Jean était passé à Reims le 18 en très bonne santé. Il croit qu’il est sous-lieutenant maintenant.

Je l’ai muni de cigares et cigarettes auxquels il a paru très sensible, et nous nous sommes quittés en échange il me donne une cartouche allemande et une française, celle-ci est sensiblement plus lourde et plus courte que celle-là ! en plus.

Nous nous quittons à 7h1/2 en souhaitant de nous revoir bientôt de clerc à Patron. Il paraissait enchanté des moments trop courts qu’il avait passé sous mon toit solitaire, mais il lui fallait regagner son cantonnement à l’École de la rue Martin-Peller le plus tôt possible. Allons ! mon petit soldat bonne chance ! bon courage ! soit digne de ton Patron qui te porte envie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le bombardement a recommencé chaque jour depuis le 19, ou plus exactement depuis le lundi 14. On parte de quatre cents victimes, jusqu’à ce jour, dans la population civile.

– Nous apprenons que S.E. le Cardinal Luçon, revenu de Rome après le Con clave, a pu rentrer à Reims hier. Sa première visite fut pour la cathédrale, devant laquelle il se prit à pleurer.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Cardinal Luçon

Dans la matinée, un peu de calme ; canonnade française, pas de bombes. Je vais avec M. Camus et M. Landrieux visiter la Cathédrale, incendiée le 19. Le pavé est encore couvert par endroits de paille brûlée. Un monceau de stalagmites de plomb de la toiture, filtre à travers les voûtes, au bas de l’escalier de la chaire. Nous visitons les quartiers bombardés ; et détruits par un incendie qui les 18 et 19 avait couvert 18 hectares d’immeuble bâtis, dont 14 d’un seul tenant au chevet de la Cathédrale. C’était le quartier de l’industrie lainière ; puis Place Royale, rue Saint-Jacques, etc. Sœurs de l’Espérance, rue Chanzy. Après-midi je reçois quelques visites ; mais la canonnade se fait si violente à partir de 4 h. qu’on ne peut sortir. A u jardin nous écoutons pendant 1 h. C’était effroyable, un vacarme d’enfer. on dit que nos soldats ont reçu l’ordre de reprendre Brimont (1). Nous rentrons à 9 h 1/2. Ca canonnade continue terrible, toute la nuit, avec un assez grand nombre de bombes (2), sur la ville, croit-on.

Cardinal Luçon dans Journal de la guerre 1914-1918

(1) La canonnade correspond  bien à la tentative de dégagement de Reims en particulier sur Courcy, Loivre, Brimont.

(2) Par « bombes » il faut entendre « obus ».


Gaston Dorigny

On s’est battu toute la nuit, au lever du jour on entend plus rien, lorsque vers onze heures les Allemands sont signalés à Witry-les-Reims et sur les hauteurs de Cernay. Reims est entourée de l’artillerie qui se met en action. Un furieux combat s’engage à nouveau, les Allemands tentent continuellement de descendre sur Reims, à nouveau le canon fait rage de tous les coins de la ville, la journée a encore été terrible.

A noter un arrêté du maire qui ordonne de fermer les cafés à sept heures du soir, interdit la circulation dans la ville entre huit heures du soir et cinq heures du matin et ordonne l’extinction des lumières chez les particuliers à neuf heures du soir.

A la suite du dernier bombardement au cours duquel des obus sont tombés dans l’usine à gaz, on a vidé les cuves et dès la nuit la ville est plongée dans l’obscurité la plus complète.

Cela n’empêche pas les Allemands d’envoyer encore à neuf heures du soir plusieurs obus sur la ville. Quand serons nous débarrassés de ce cauchemar ?

Gaston Dorigny

Juliette Breyer

Ce matin j’ai été faire un tour rue de Beine. Sur mon chemin, nouvelles ruines : la maison où habitait Levert et les caves à louer. En passant devant le remblai c’était une infection ; il y avait des chevaux morts que l’on s’apprêtait à enterrer. Au 22e il y a quelques  artilleurs qui y logent, ceux dont les batteries sont dans les champs ; il y en a tout du long, et hier il y a eu un général tué par un éclat d’obus en inspectant les batteries.

Arrivés tout en haut du boulevard, papa ne veut pas que j’approche, mais je veux voir quand même. C’est un pauvre artilleur qui est venu mourir là et l’on nous dit qu’il y a déjà trois jours. Et personne pour l’enterrer ; c’est effroyable. Pauvre garçon, 25 ans tout au plus, bien propre encore. Sa figure est reposée, il a les mains croisées et il est couché sur un matelas. Si jeune ! Pauvre garçon, comment est-il venu mourir là tout seul ? Quelles pensées tristes a-t-il dû avoir s’il s’est vu partir, loin des siens. Peut-être à cette heure-ci sont-ils dans l’attente de quelques nouvelles qui tardent à venir, et qui ne viendront plus. Je regarde toujours ; il a tes cheveux noirs,  une fine moustache, noire aussi, et devant mes yeux passe une image chère entre toutes, une image qui est toute ma vie, et c’est plus fort que moi, un sanglot me monte à la gorge. Je voudrais te voir, t’entendre, t’avoir près de moi.

Enfin je retourne aux caves et la journée se passe bien tristement. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Vues du quartier des laines


Jeudi 23 septembre

Canonnade à Boesinghe en Belgique. Grande activité d’artillerie, avec vives fusillades, au nord et au sud d’Arras, ainsi qu’entre Somme et Oise.
Bombardement violent, au nord de l’Aisne, dans la région de Ville-aux-Bois, où nous avons contraint l’ennemi à nous céder un poste fortifié.
Canonnade réciproque en Champagne. Nous détruisons une patrouille ennemie.
Action d’artillerie intense en Argonne, sur la lisière occidentale, et dans la région de la Haute-Chevauchée.
Sur les Hauts-de-Meuse, au nord-ouest du Bouchet, nos batteries ont provoqué une explosion dans les lignes ennemies. Canonnade en forêt d’Apremont, en Lorraine et dans les Vosges.
A titre de représailles, nos avions ont été bombarder Stuttgart, jetant une trentaine d’obus sur le palais royal et sur la gare. Ils ont pu revenir indemnes dans nos lignes.
Huit autres avions ont opéré au-dessus de la gare de Conflans, entre Verdun et Metz.
Les combats entre Allemands et Russes se poursuivent avec violence autour de Dwinsk. Nos alliés ont fait encore 2000 prisonniers de plus en Volhynie et en Galicie.
La négociation de l’emprunt franco-anglais, à New-York, paraît être en excellente voie.

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Jeudi 17 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 SEPTEMBRE : Il est 4 heures du matin ; l’explosion des bombes tombant assez près, sur le Boulevard, et à l’instant sur le Grand Séminaire vraisemblablement, m’a décidé à me lever et à descendre à la salie-à-manger, où je vais dire mob bréviaire – prêt à sortir s’il y a nécessité –

J’ai passé une très mauvaise nuit bien entendu, n’arrivant pas à trouver le sommeil. Sans cauchemar cependant, mais ces bombes s’écrasant avec un bruit d’enfer, fauchant, semant la mort horrible tout autour… Je les avais dans l’oreille.

Que sera aujourd’hui? Il s’annonce rude encore et sanglant ! Je prends mon bréviaire. Cependant, le carillon égrène placidement son chant saccadé… C’est 4 heures et demie.

5 heures 20 ; Les sinistres sifflements, la pluie de fer continue de minute en minute. Les allemands auront voulu balayer le terrain de bonne heure.

Les troupes étaient loin heureusement, et il est vraisemblable que les batteries étaient à couvert. J’entends le bruit sourd de notre artillerie… Les obus allemands se font plus rares… mais, Mon Dieu… que de ravages nous allons avoir à pleurer, le long du boulevard, dans toute la partie de la ville qui s’étend de nos quartiers à St. Jean-Baptiste ! Que de ruines vont s’accumuler.

Un souvenir rétrospectif – à propos des otages – rencontré avant hier M. de Juvigny qui se vantait de s’être échappé avec trois autres par les jardins du Grand Séminaire. Et si, pour autant, les autres avaient été passés par les armes? J’ai ce souvenir parce qu’il me monte à l’esprit que si l’ennemi revenait à Reims, je pourrais bien être à mon tour parmi les otages. Mon Dieu, je suis entre vos mains.

Horrible – un sifflement vient d’arriver jusqu’ici… la bombe a éclaté bien près…

(une page déchirée)

7  heures 1/2 ; Je vais monter au transept. Une maison brûle au coin de la rue Houzeau-Muiron et de la rue des Moissons ; des bombes défoncent les 2 bâtiments des dragons ; de nombreux shrapnells trouent d’une blancheur de ouate la fumée jaune qui s’échappe encore de la ferme des anglais, embrasée hier soir. Il semble que des batteries françaises ont été s’établir en avant de la ville, entre le faubourg Cérès et Witry ; elles tirent depuis cette audacieuse position. Où en sommes-nous d’une façon générale? Je n’en sais rien ; on ne peut pas induire quoi que ce soit des faits locaux…

Le bombardement s’était apaisé… il semble reprendre en ce moment é heures. Hélas, c’est bien une reprise, sauvage, impitoyable.

Une bombe vient de tomber place Royale ; il y avait des troupes. Je ne sais pas le résultat ; il doit être horrible !

Ce matin, place Belletour (encore !) mais pourquoi avoir encore placé des artilleurs là ? La leçon d’hier n’était-elle pas suffisante? Il y a eu 18 chevaux tués et 10 hommes ! Et les projectiles formidables tombent maintenant sur l’Hôtel de Ville ; la partie saccadée de notre pauvre Reims s’étend ! Et j’ai bien des amis dans ce quartier. Je suis assis près de la sacristie… la mitraille fait rage.

Midi ; Je rentre de la cathédrale où depuis la tour nord, j’ai vu saccager tout le quartier entre Notre-Dame et le boulevard de la République. Quelle tragique vision !

Vers 9 heures était arrivé l’ordre du général commandant le 1er Corps[1] de mettre des blessés allemands dans la cathédrale sous prétexte de la protéger contre les bombardements. Précaution inutile à mon avis ; il est évident que les allemands ont épargné la cathédrale et l’épargneront encore – et précaution dangereuse ; la cathédrale étant insalubre pour des blessés couchés ; mais il fallait s’incliner… La paille est donc répandue à nouveau et quand je rentre, il y a déjà environ 20 hommes.

Entre temps, nous nous sommes hâtés de confectionner un grand drapeau de Croix Rouge pour le hisser en haut des tours de la cathédrale (M. le Curé, très courageusement, est parti rue des Chapelains demander un de ces drapeaux ; il en avait rapporté un petit qu’il était monter installer sur la tour Nord) On déchire une aube ; on coupe les manches, dont on bouche les trous avec des épingles ; on déchire 2 soutanes rouges d’enfants de chœur, et on se remet à coudre… on cloue après la hampe et vite, c’est l’escalade de la tour nord.

Nous ajustons solidement le morceau avec des clous, auprès du tricolore lamentablement penché… puis, nous sommes au spectacle trois fois abominable de la ville dévastée. Des flammes semblent sortir de la Banque de France – assez vite éteintes – Mais deux autres foyers éclatent dans les obus répétés au même endroit ; rue de Sedan, je pense, puis, rue St.Symphorien ; d’un autre côté, les vieux anglais brûlent. Puis, c’est à intervalles rapprochés, les sifflements de mort et le fracas des obus qui entrent dans les maisons comme dans une croûte molle pour y accomplir leur diabolique destinée dans un épais nuage de fumée et de poussière. C’est ainsi que les volcans devaient s’ouvrir ! La pluie commençait à tomber.

Je viens de déjeuner rapidement, de donner à Poirier des outils ; il veut sculpter une inscription commémorative dans les caves de Mme Pommery. Je lui indique le verset l6 du VIe chapitre de l’épitre aux Ephésiens ; « In omnibus sumentes scutum fidei, in quo possitis orania tela, niquissimi ignea extinguee » « nequissimi » c’est l’allemand.

Et je vais sortir pour une tournée parmi les sinistrés. Dieu m’a gardé jusqu’ici ; je l’en bénis par mon bien aimé Pie X.

3  heures 1/4 ; J’ai commencé une tournée en ville parmi les endroits atteints, pour porter un peu de sympathie aux sinistrés – ou à ceux qui auraient pu l’être.

Et qui donc dans ce quartier du centre peut prétendre qu’il n’a pas été à deux doigts d’une catastrophe ? (suis une description de dégâts à travers la ville)… Une auto a brûlé place de l’Hôtel de Ville ; ce n’était pas la Banque de France… Je vais jusque chez Th. X. J’en sors une heure après n’ayant pas osé dire la vérité (on croyait là à quelques bombes alors que la matinée avait été effroyablement cruelle et que les incendies avaient éclaté çà et là. Je m’éloigne à peine que j’entends 3 éclatements successifs formidables dans le voisinage de St. André. Je ne sais pas ce qu’il en est ; je longe les murs ; je passe rue du Marc ; tout le pâté St. Symphorien est en ruines fumantes ; on arrose les décombres. Ainsi une école de garçons (rue de Sedan) et une école de filles (rue St. Symphorien) d’enseignement libre, appartenant à la paroisse de Notre-Dame ont été la proie des flammes ! Mystère cruel du dessein de Dieu.

Je reviens de la cathédrale… notre chère cathédrale vient d’être atteinte par un obus qui a éclaté rue du Cloître ; les vitraux des chapelles absidiales sont douloureusement lacérés. J’apprends qu’une bombe, le matin, est entrée dans le toit. J’irai voir demain ce qu’il en est.

J’apprends aussi qu’un correspondant du « Daily Mail » a passé l’après-midi à la cathédrale, a noté les méfaits des Boches (comme disent les ). Ainsi le monde entier saura qu’ils n’ont pas pris les précautions nécessaires pour sauvegarder un monument qui appartient à la Civilisation par sa richesse et ses souvenirs…

On installe sur les brûleurs des autels, à St. Antoine et autres, un éclairage de fortune pour les blessés et leurs gardiens. A ceux-ci, je fais apporter une provision de vin pour la nuit. Ils sont 5 et un sergent, étaient hier au feu et sont trop peu nombreux pour soigner un si grand nombre de prisonniers.

A 7 heures 1/2, quand je suis revenu – mot de passe ; Toulon – on amenait un blessé grièvement revenant de Bétheny, où on s’était battu avec succès. Poirier me dit aussi qu’il y a eu une contre-attaque sous l’octroi, route de Chalons, dans laquelle les allemands ont été repoussés.

En ce moment, après quelques coups tardifs envoyés par des batteries lointaines, tout est calme, ou plutôt tout est fiévreux dans les camps où l’on doit se recueillir et travailler, creuser des tranchées… La ville est plongée dans une obscurité complète.

D’ailleurs, une note du Maire, parue dans l’Eclaireur, demande que toute lumière, même chez les particuliers, soit éteinte à 8 heures, et avant de me coucher, je revois dans un sommeil qui vient, (l’autre nuit j’ai si peu dormi !) toutes les horreurs de la journée, les maisons crevées, les femmes affolées, ces familles entières terrées dans les caves au prix de mille dangers pour les santés… Et ces bombes ! ces engins de destruction et de mort semés partout en ville !…  Oui, la guerre est une chose inexprimablement méchante… Mon Dieu ! Quel châtiment plus amer pouviez-vous nous envoyer ? Mon Dieu ! Je vous remercie de m’avoir conservé ce jour encore. Demain encore est à VOUS seul… Je suis votre chose…

Les canons tonnent encore, sourdement, au loin. Je vais me reposer.

[1] Henry Victor Deligny https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Victor_Deligny (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

17 septembre 1914 ·
L’image contient peut-être : nuage et plein air

Dans notre quartier, ces combats si proches effrayent les habitants, et mes parents décident de s’en éloigner en allant demander asile aux beaux parents de ma sœur qui habitent rue Jean de la Fontaine.
Reçus à bras ouverts, nous y passons une nuit au calme alors que le bruit du canon semble s’éteindre. Au lever du jour, une animation remplit la rue, cris et interpellations : les Français sont là !
Nous sortons nous mêler à la foule de la rue de Cernay où des colonnes de soldats français se dirigent vers la sortie de la ville. Comme les autres nous les suivons, mais arrivés à la hauteur des premiers champs de la ferme des Anglais, un officier, commandant une batterie de 75 en position près de la route, nous ordonne de ne pas aller plus loin, l’ennemi tient encore Cernay.
A mon père qui l’interroge il dit : « Nos caissons sont vides, plus un obus ! Ah ! Si nous avions eu des munitions, nous aurions reconduit les Allemands jusqu’à la frontière ! »
Assez déçus, nous revenons chez nos amis où nous passons encore la nuit.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Jeudi 17 septembre 1914

6ème jour de bataille et de bombardement.

6h1/2 matin  A 4h40 je suis réveillé par un coup de canon vers Cernay. Cela canonne à intervalles à peu près régulier toutes les 3/4 minutes jusqu’à 5h3/4. Pendant ce temps je somnole dans mon lit. Quand Adèle vient me dire de descendre à la cave, elle prétend avoir entendu siffler deux obus tout près de là. Je n’ai rien entendu. Je me lève, m’habille, prend tout mon fourniment de cave et de bombardement, (je commence à m’y habituer tout en restant agacé) et…  je descends, reprend notre refuge accoutumé. Vers 6h1/4 cela parait cesser, et j’entends crier L’Éclaireur de l’Est, je monte l’acheter et descend le lire à la cave. Il est toujours aussi insignifiant. Enfin vers 6h25 je remonte dans ma chambre.

Résultat, rien dans notre quartier. Dans la cave nous avons entendu un aéroplane qui m’apparait être un allemand. En voici encore un (6h37). Qu’est-il ? Français ou allemand ? C’est un allemand.

Voilà le chagrin des miens qui me reprend. Il m’étreint continuellement et à chaque instant la tristesse des choses qui me rappellent au loin de moi me serre le cœur et me fait pleurer. Si cela continue je ne sortirai plus de ma chambre et… j’y mourrai de douleur et de chagrin.

6h48  A ma fenêtre j’entends le sifflement d’un obus, loin. Faut-il fermer les persiennes ou les laisser ouvertes ?…  Non, plus loin.

Voilà le 6ème jour de la bataille autour de Reims, le 12 sur la Vesle, le 13 entrée des français à Reims et les 14, 15, 16 et 17 pour reprendre les hauteurs de Brimont, Fresne, Witry-les-Reims, Berru, Nogent et ce n’est pas encore fini. Quel cauchemar !

8h50  Les obus pleuvent du côté de la Cathédrale, à longs intervalles. J’………………………………………………

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

10h40  Je reprends le mot que j’avais commencé plus haut, il y a 3/4 d’heure, je voulais dire : « J’hésite à descendre ». Eh ! Bien ! Je suis descendu, car au moment où j’écrivais ce « J’ » fatidique, un coup formidable éclate près de la maison. Je ramasse mon fourniment de cave et je suis en bas à 8h55. 1 coup on entend le sifflement, non pas au-dessus de nos têtes, comme le 4 septembre, mais sur le côté, dans le sens sud-est vers le nord-ouest. Ainsi cela vient de Berru ou plutôt de Nogent.

9h20  Les coups frappent toujours vers la place des Marchés (place du Forum depuis 1932). Jusqu’ici il n’y en a que 2 ou 3 coups rapprochés. 2 surtout. On entend toujours l’aéroplane allemand bourdonner au-dessus de nous, il n’arrête pas de tourner au-dessus de notre quartier, et plus particulièrement vers la place des Marchés. Quelle audace !

10h1/4  Cela cesse de tomber de notre côté.

10h20  Çà recommence : 1 coup assez près, puis plus rien.

10h27  Rien.

10h1/2  2 coups assez loin.

10h35/36  Je remonte, nous remontons, et à peine près de la cuisine un coup assez proche.

C’est fini pour le moment, il est 10h52.

Si c’est la fin des fins pour nous, le dernier coup sur la ville est proche de chez moi, il a été entendu par moi à 10h35 ou 36 exactement. Au dehors, vers Berru et Nogent le canon parait s’éloigner, le nôtre progresse.

11h37  Plus rien. Je vais faire ma toilette et tâcher de manger un peu. Je n’ai guère faim surtout quand je songe que peut-être mes petits et ma pauvre femme n’ont rien à manger ! Quel supplice ! quelle torture !! Oh ! des nouvelles ! mon Dieu ! Je vous en prie !

5h3/4 soir  Le canon, le bombardement, la destruction de la Ville n’ont pas cessés jusqu’à cet instant ainsi que les incendies, et cela continue. Je vais tâcher (si j’en ai la force et le courage, car j’ai vu des choses terribles, sidérantes) de raconter ce que j’ai vu.

Vers 1h/1h1/4 je sors, je passe par la rue de l’Arbalète, il ne reste plus rien de la maison Monnot en face des Galeries Rémoises. Je continue place des Marchés. 6, place Royale mes yeux se jettent sur le sommet des tours de la Cathédrale, je vois à côté de mon drapeau un nouveau drapeau de la Croix-Rouge. Je regarde avec la lorgnette, c’est bien çà ! je cours vers la Cathédrale, j’entre et me dirige vers la grande nef. Là je vois des blessés allemands, une 30aine (trentaine), couchés là sur de la paille. Tout s’explique et je vois la raison du drapeau de la Croix-Rouge. C’est sur l’ordre du Général Franchet d’Espèrey que ces allemands ont été mis là, pour sauver la Cathédrale. Un petit sergent d’ambulance les garde, et c’est justement un confrère, Maître Julien Prigent, notaire à Ploudalmézeau (Finistère), nous causons. Un lieutenant du service sanitaire m’accoste et me demande qui je suis, échange de cartes, c’est justement le neveu ou petit-fils de M. Gruny-Boulenger qui a vendu à mon Père vers 1881, 1882 et 1889 le Pré Chaumont, le Pré aux Oies et autres (vente du 24 mars 1880 par Madame Lucie Pannetier, veuve Boulenger). Nous nous étonnons de cette rencontre.

Puis survient l’abbé Andrieux, escorté d’un reporter anglais qu’il me présente : M. George Ward Price, correspondant du Daily-Mail de Londres, 36, rue du Sentier à Paris. (George Ward Price fut ultérieurement très connu pour les nombreuses interviews qu’il fit d’Adolf Hitler, il rompit avec le nazisme lors de la crise des Sudètes en 1938).

L’abbé me dit qu’il retourne en automobile le soir et qu’il se charge de mettre des lettres à la Poste à Paris. J’ai deux cartes toutes prêtes. Je les donne à cet anglais qui s’en charge très gracieusement, puis la réflexion me vient de lui demander s’il se chargerait d’une dépêche à lancer de Paris à ma chère femme à Granville. Il accepte vraiment de grand cœur et il m’ajoute en lisant ma dépêche : « Je mettrai aussi que Mme Guédet réponde au Daily-Mail à Paris et je m’arrangerai pour vous faire parvenir la réponse. Quelle reconnaissance je lui dois !!

Nous causons des événements et comme nous écoutions la conversation d’un médecin militaire français avec un blessé allemand lui-même médecin (ce sont des blessés de Montmirail). Ce dernier, à un moment donné disait qu’il était surpris que les siens aient tiré sur la Cathédrale le matin malgré la Croix-Rouge arborée.

Je ne puis m’empêcher (il comprenait le français) de m’écrier ! « Oh ! cela ne nous surprend pas, nous les habitants de la Ville. Vous nous avez déjà bombardé le 4 et vous avez dis que c’était par erreur ! Non, ce n’était pas une erreur puisque maintenant vous tirez depuis 6 jours sur notre Ville qui est une Ville ouverte, une Ville dont les habitants sont calmes et ne coopèrent en aucune façon aux hostilités. Est-ce une erreur encore ? Non ! Vous tirez sur des non-combattants, voila tout, et comme citoyen de la Ville, votre otage il y a quelques jours, je proteste contre la conduite de vos Généraux ! »

Le reporter me saisit la main et me dit en la serrant : « Monsieur, vous avez bien fait de dire à cet allemand ce que vous venez de lui dire. Je signalerai votre protestation si énergique au nom de l’Humanité » – « Il n’y a pas de qualificatif à leur appliquer en voyant ce que je vois depuis 1h, et comment au front on brûle, on ruine votre ville ! Vous avez très bien fait ».

Sur ceci sur le désir de notre reporter nous montons, l’abbé Andrieux et moi avec lui dans les tours au bruit de la canonnade, de la fusillade et des sifflements des obus qui sillonnent l’air et sifflent aux alentours de la Cathédrale, surtout du côté sud. Arrivé au sommet de la première plateforme j’explique à notre anglais les phases de la lutte que l’on voit très bien. Je lui montre Brimont qui se défend mollement, je lui dis ce qui a été fait de ce côté hier.

Je lui désigne ensuite Berru et Nogent où l’on se bat en ce moment avec rage. Avec ma lorgnette il voit sur mes indications les lignes françaises, quant aux lignes allemandes ce sont les bois, comme toujours ce sont des fauves ces gens-là. Je lui nomme ensuite les incendies qui flambent à ce moment, la ferme Jonathan Holden (voisine des Vieux Anglais), je lui dis que cette usine appartenant à Madame Ch. Croupton Waterhouse, de Manchester, (une compatriote qui a été vue courir en fuite celle-ci), la ferme de Cernay, la caserne de Louvois du 16ème Dragon, bâtiment de gauche, l’usine Isaac Holden ou Lelarge, je ne suis pas bien sûr qui a commencée à prendre feu, l’École de la rue de Sedan (rue Albert Préville depuis 1929), l’étude de  Maître Jolivet notaire qui n’est plus qu’un monceau de cendres. Il ne peut retenir son indignation, et il s’écrie : « Ce n’est pas la Guerre cela ! cela n’a pas de nom ! mais ce qui me surprend, c’est votre calme au milieu de cet Enfer ! » Je lui réponds : « Nous avons peut-être moins de flegme que vous, mais nous avons aussi du sang-froid et du courage. » – « Double courage, me dit-il, car vous ne combattez pas et vous recevez les coups ! Je vous admire, je conterai tout cela au Daily-Mail ! Il faut qu’on sache tout ce que vous m’avez fait voir et m’avez dit. »

Pendant ce temps deux obus tombent sur la Cathédrale. Nous allons voir le trou qu’ils ont fait dans la toiture du transept nord, soit une ouverture dans les plafonds de 4/5 mètres de diamètre, pas de gros dégâts. Nous revenons sur nos pas pour observer encore un peu le combat du côté du transept sud sur la galerie au-dessus du sagittaire. Nous voyons encore deux autres obus éclater, l’un d’eux décapite complètement la maison Balourdet, pas d’incendie me semble-t-il, et nous redescendons au bruit du canon. Je m’offre de remettre ce reporter sur son chemin pour regagner son automobile qui l’attend au faubourg d’Épernay. Il me prie de l’attendre une seconde pour reprendre sa bicyclette qui lui a servi pour venir jusqu’ici à la Cathédrale…  plus de bicyclette ! un soldat nous dit qu’il a vu un artilleur la prendre. Mon anglais est un peu dérouté, puis : « Je ne me doutais pas qu’en venant ici je serais réquisitionné ! » Je ne peux m’empêcher de rire de sa boutade. Je lui promets de signaler ce fait à l’autorité militaire et municipale. Malheureusement il m’a été impossible de connaître le n° du régiment de cet artilleur indélicat.

J’ai fait quelques instants après ma déclaration à la Ville et à la Police et au Major de la Place en demandant que si on retrouve la machine ont doit me la confier. Je mets ce brave M. George Ward Price sur son chemin rue de Vesle et nous nous quittons comme de vieux amis et il me promet de revenir me voir et surtout il me dit que mes lettres et dépêches partiront ce soir de Paris. Merci. Que Dieu le conduise et que j’ai bientôt des nouvelles de mes miens.

Il est 9h1/2. Je rentre à la maison sous la canonnade. Je rassure Adèle qui était inquiète sur mon sort, et je repars à la Ville pour la bicyclette de mon anglais. De là je passe voir la maison de Jolivet : c’est navrant. C’est un monceau de cendres et cela brûle encore et cela depuis 11h du matin. Il n’y a rien à faire qu’à laisser brûler, tout est noir. Mon pauvre ami ! Quel déroute pour vous si bon confrère, mon pauvre Jolivet. J’en ai pleuré. En face le docteur Guelliot a reçu 2 obus, dégâts même pas !!! (Arrêté à 5h30, Bompas repris 8h3/4) graves, des carreaux, vitraux cassés, salle à manger sens dessus dessous, son cabinet peu endommagé, la fenêtre sur la cour cassée, son bureau noir gris de poussière, sa lampe projetée sous son bureau et, pensif et songeur, le Penseur de Michel-Ange. Pense toujours !! Intact, rien de sérieux. Je m’en réjouis pour mon cher docteur qui comme moi on vit et on aime tant son chez soi. Ses objets familiers, ses livres aimés, ses pastels de Valbonne. Seule sa salle à manger a souffert, la Baigneuse de sa cheminée est décapitée, on dirait que la guillotine est passée par là. Pauvre Baigneuse ! Le cher docteur pourra recoller ta tête, mais je lui défends bien de te rendre… la vie !!

Je me permets de donner des ordres pour que l’on bouche la baie faite par un des obus sur la rue Cotta. Je dis au gardien de prendre une porte enlevée par la poussée de l’explosion et de la coller contre ce trou, de l’accoler ainsi que la petite porte à côté.

Mon cher Docteur vous n’avez reçu que 51 éclaboussures après d’autres jusqu’ici. J’en suis heureux. Demain je ferai un petit tour et je ferai remettre tout en ordre. J’aime trop les vieilles belles choses pour que je ne fasse l’impossible pour remettre chez vous tout en place et…  ce sera facile ! Je m’estime votre Ange Gardien !

Je retourne voir mon beau-père. Il est installé au sous-sol (la suite du passage a été rayée).

En revenant, çà claque ! (Passage suivant rayé illisible) Je rencontre M. Pierre Lelarge qui m’arrête et nous causons. Il me dit sale affaire, çà brûle, puis je lui dis ce que j’ai vu des hauts de la Cathédrale. Et lui : « Voulez-vous voir mon observatoire ? » me dit-il. « Lequel ? » – « Mais celui de l’Hôtel de Ville. » – « Venez donc, nous allons vous montrer çà ! » – « Volontiers ! » M. Lelarge prend la clef et nous grimpons, arrivés sur la couronne de l’horloge, je revois la scène que j’ai vue 1h auparavant, mais çà flambe bien plus du côté des Vieux Anglais ! ou chez Lelarge. Des flammes hautes de 10-20 mètres. La vue de la ville sur tout le front est lugubre, si mon anglais était là il dirait que c’est terrifiant. Non on se cuirasse malgré soi. Je vois cela plutôt d’un cœur froid, calme, en me disant que dans quelques instants, quelques heures, demain, après… Ce sera peut-être mon tour !

Nous redescendons, je repasse avec lui devant Jolivet et Guelliot, il parait que Douce a reçu quelques éclaboussures ! et je le quitte vers la rue Colbert en passant par la rue Cotta. Après avoir fait mon tour chez ce cher Docteur, je rentre à l’Hôtel de Ville, rencontre Robert Lewthwaite, plutôt aplati, nous causons et j’allais le reconduire jusqu’à chez lui, quand patatras une bombe ! « M. Guédet il vaut mieux nous quitter ! » dit-il. En même temps Jallade au galop se précipite à l’Hôtel de Ville en nous criant : « Lelarge brûle ! » (son usine). Il nous avait semblés avec Pierre Lelarge que c’était les Vieux Anglais qui brûlaient et non lui.

Bing ! un autre oiseau ! Je me dirige vite rue de Pouillon, Carrouge, St Pierre et Talleyrand pendant que çà claquait plutôt…  sec ! J’arrive à la maison. Adèle est déjà dans la cave ! Je descends, ce doit être la 3ème ou la 4ème fois de la journée. Il est 5h10. Zut, il est 5h30, je remonte. J’en ai assez. Plus rien. Je vais dans ma chambre et je commence à écrire mes notes commencées à 5h3/4, et que je continue.

Quand à 6h50 j’entends un coup de sonnette : c’est Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline qui vient de nous dire que déjà des rôdeurs viennent tourner autour des ruines de la maison de Jolivet. Je ne fais qu’un bond avec lui à la Mairie et je signifie au commissaire Central de pourvoir à la sécurité des ruines de la maison de Jolivet. Nous nous entendons et je vais voir par moi-même avec ce dévoué Bompas (je lui ferai passer le plan) si les ordres sont exécutés. Je préviens le gardien de la maison du docteur Guelliot que peut-être on le sonnera pour lui demander aide dans la nuit pour surveiller les ruines de mon pauvre Jolivet. Je rentre par un vent de tempête. Je dîne et me voilà devant ma petite table à écrire. La table de ma chère aimée !! Où tant de fois couché je la voyais paperasser, crayonner, muser, réfléchir… (La suite a été barrée puis rayée) …qui fléchissent maintenant. Ce n’est plus de la bravache maintenant, c’est du cœur, c’est peut-être fort contre le malheur ! Et mon Dieu ! Je crois que sous ce rapport je le suis ! Je fais face pour les absents, et si je me tue à réconforter, à parer aux désastres, c’est pour vous revoir mes aimés !!

10h soir  J’ouvre mes fenêtres, et toutes lumières éteintes je regarde dans la rue ! Nuit étoilée mais sans lune. Il fait noir comme dans un four. A droite rue de Vesle j’entends un bruit de cahotage de voitures ou de fourgons d’artillerie. Même question que je me posais il y a 8 jours environ : « Remontent-ils ou descendent-ils…! » Un falot, un autre falot.

Bonheur ! Ils remontent. Donc nous ne reculons pas !! Du reste un artilleur m’a dit tout à l’heure au commissariat de Police qu’ils avaient pris 7 grosses pièces. Allons ! Espérons !! Et que jamais plus je n’entende grogner le canon !!

Il faut cependant se coucher, car demain on ne sait qu’est-ce qui nous attend !! Quelle vie Seigneur Dieu ! Oh si je savais les chéris à l’abri, sans un coup, que je me moquerai des bombes, obus, schrapnels du diable allemand. Que de choses je verrais et écrirais encore !!! Je m’imposerais peut-être trop, mais ce serait intéressant !! pour l’avenir et l’histoire de notre Ville !! Enfin que je les revoie, c’est tout ce que je désire.

Je suis fourbu. Il faut que je cesse d’écrire !! Mon Dieu que je revoie tous mes petits et grands, leur Mère, mon Père, et Dieu m’aura tout conservé !!

10h10 soir  Je me couche. Bonsoir Momo !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 4 heures du matin, le bombardement reprend brusquement. Nous devons nous lever rapidement, nous habiller en toute hâte et descendre encore à la cave ; il n’y fait pas chaud. Hier, le tir n’étant pas continuellement dirigé de notre côté, nous avons pu lire un peu et j’ai fumé beaucoup, pour tuer le temps, mais l’inaction me pesait. Aujourd’hui, je ne pouvais pas recommencer à tendre le dos à rien faire. L’idée me vient de profiter de mon séjour forcé auprès d’un fût de bière, rentré pendant l’occupation allemande, pour en faire le tirage et, comme d’habitude, les enfants sont heureux de me rendre service en m’aidant dans ce travail, l’un en remplissant les bouteilles, les autres, en les transportant après que je les ai bouchées et ficelées ; l’opération se fait tandis que les obus sifflent sans arrêt. Le tir est mené très serré pendant trois heures durant, jusqu’à 7 heures. Il devient un peu plus espacé ensuite, sans toutefois cesser.

Dans les courts moments de répit que nous donne ce bombardement ininterrompu, nous remontons ensuite, prendre chez moi ce qui devient de plus en plus nécessaire pour demeurer en bas ; la cave se garnit ainsi insensiblement des objets les plus divers, d’abord de quelques chaises. Une lampe à pétrole, achetée spécialement, pour éviter éventuellement – pendant les quelques jours encore que nous supposons que pourrait durer la malheureuse situation de notre ville – la gêne éprouvée les premiers jours de bombardement, devient tout de suite d’une grande utilité. Nous descendons les provisions, la vaisselle indispensable, pour le cas probable où nous ne pourrions pas aller prendre nos repas dans l’appartement. Le concierge, ce matin, était arrivé à côté de nous, accompagné, ainsi que les jours précédents par sa femme, sa petite-fille et la toute jeune enfant de cette dernière ; il va, lui aussi, chercher entre les sifflements, les ustensiles dont les siens auront besoin. Aujourd’hui, précisément, les ménagères se trouvent dans l’obligation de cuisiner sur place ; il nous faut encore aller quérir une table, ce qui nous permet, à midi, de nous installer tant bien que mal, pour faire, en commun, un frugal repas que partagent M. et Mme Robiolle, venus des Bains et lavoir publics, rue Ponsardin, voir la famille Guilloteaux et que l’intensité du bombardement a mis dans l’impossibilité de retourner chez eux.

A partir de 13 heures, un terrible duel d’artillerie s’engage et les détonations de nos pièces de gros calibre placées au sortir de la ville, s’ajoutent encore au vacarme épouvantable des explosions d’obus, ce qui n’empêche pas les enfants de rire de bon cœur, absorbés qu’ils sont par la partie qu’ils ont mise en train, avec l’un des jeux que nous avons eu la bonne inspiration de leur descendre. J’entretiens le plus possible leur gaieté, en me réjouissant intérieurement de ce qu’ils ne s’effraient pas plus que ma femme, et pourtant !

Dans le courant de l’après-midi, Mlle Bredaux, sage-femme, qui habite rue Cérès 9, a réussi à venir faire visite, comme elle le fait chaque jour, à la petite-fille du concierge, M. Guilloteaux, qui, mariée au fils de M. Robiolle, mobilisé, est depuis quelques jours mère d’une jeune enfant, inscrite dans les naissances du 10 septembre 1914, comme suit : Gisèle – Georgette Robiolle, rue de la Grue 9.

Mlle Bredaux est accompagnée de sa sœur et ces personnes attendent, auprès de nous, une accalmie pour retourner chez elles. Plusieurs fois, à la suite d’arrivées qui me paraissaient assez rapprochées, je suis remonté afin de me rendre compte, du seuil de la porte, de ce qui se passe dehors.

Voici encore une nouvelle explosion proche qui m’attire au rez-de-chaussée, d’où je m’aperçois aussitôt que, cette fois, c’est un obus incendiaire qui a dû éclater dans l’appartement situé en haut de la maison, rue Cérès, où se trouve un magasin de la teinturerie Renaud-Gaultier ; je vois parfaitement les progrès rapides de l’incendie, puisque l’immeuble est exactement dans le prolongement de la rue de la Grue.

En redescendant, je fais part de mes constatations, disant que le feu vient d’être mis, par un obus, à cette maison, dont j’ai regardé un moment les fenêtres et les volets brûler, au second étage. Mlle Bredeaux, en apprenant cette nouvelle, me fait préciser à nouveau, puis dit simplement :

« C’est chez moi ».

Immédiatement, nous remontons ensemble et, dès due la porte sur la rue est ouverte, elle me répète tristement :

« Oui, C’est bien Chez moi ».

Les obus sifflent toujours, il serait très dangereux de rester là ; elle doit revenir se mettre à l’abri avec nous, qui cherchons à la consoler, elle et sa jeune sœur, comme nous le pouvons. Toutes deux restent muettes et réfléchissent ; elle se représentent que, du fait, elles se trouvent démunies brutalement de tout ce que renfermait leur appartement. Ces pauvres personnes qui ne possèdent plus là, auprès de nous, que ce qu’elles ont sur le dos, ne se laissent pas abattre ; elles décident d’aller demander l’hospitalité de la nuit dans une maison amie.

Après avoir passé une journée triste et effrayante, en raison de la violence du bombardement conduit par des grosses pièces tirant sur toute la ville, nous ne pouvons quitter la cave qu’au déclin du jour, vers 19 h.

– Le journal L’Eclaireur de l’Est, du jeudi 17 septembre 1914, dit qu’hier, le nombre des victimes a été considérable. Il ajoute que, malheureusement, malgré le retour de MM. les commissaires de police (Partis, ainsi que d’autres services administratifs (sous-préfecture, etc.) avant l’arrivée des Allemands.), il est aujourd’hui impossible de fournir les noms des victimes.

Ce numéro du journal L’Eclaireur, publie les divers avis suivants :

 » Pas de lumière après 9 heures.

Les habitants de la ville sont prévenus que par ordre de l’Autorité militaire, toutes les lumières doivent être éteintes, même dans les appartements privés, à partir de neuf heures du soir.

Toute infraction à cette prescription exposerait le contrevenant à être arrêté comme suspect et inculpé d’espionnage. Plusieurs personnes, convaincues d’avoir correspondu

par signaux optiques avec l’ennemi, ont été passées par les armes.

Reims, le 16 septembre 1914,
Le Maire, Dr Langlet

Précautions urgentes.

L’Administration municipale recommande expressément aux habitants de sortir le moins possible pendant tout le temps où l’on entend le canon à peu de distance de la ville, et de se tenir dans les maisons dès que les éclatements se produisent dans certains quartiers.

La plupart des accidents auraient été évités par ces précautions.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

Interdiction des attroupements

M. le maire de Reims a l’honneur d’informer ses concitoyens que les rassemblements, attroupements, stationnements sur les places publiques ou dans les rues, sont rigoureusement interdits pendant le séjour des troupes.

Les cafés seront fermés à huit heures du soir et la circulation supprimée à partir de la même heure, sauf le cas de nécessité absolue.

Les trottoirs devront être laissés entièrement libres. Les Etalages et les terrasses de cafés sont interdits.

Les sanctions les plus sévères seront prises contre les contrevenants.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

les armes et munitions allemandes Avis important

Le maire de Reims ordonne aux personnes qui se sont appropriées des armes ou des munitions abandonnées par des soldats allemands, de les remettre immédiatement au commissariat de police de leur arrondissement.

Les détenteurs d’armes ou d’objets ayant appartenu à des soldats allemands, s’exposent à des poursuites rigoureuses.

Pour le Maire de Reims
L’adjoint délégué : Louis Rousseau

Conseils de prudence

Avec la meilleure intention, le public accueille les bruits les moins fondés sur certaines personnes suspectes de relations avec l’ennemi, ce qui provoque des incidents et pourrait amener des faits très regrettables.

Dans aucun cas et sous aucune forme, les particuliers ne doivent prendre de mesure d’exécution.

Ils doivent uniquement faire connaître à l’hôtel de ville les indications qu’ils pourraient posséder à ce sujet, afin que l’administration prenne, après examen, les sanctions nécessaires ; c’est le seul moyen de faire œuvre utile éventuellement.

La Goutte de lait

Les mamans qui craignent les meurtriers obus allemands dont la tragique pluie s’abat chaque jour sur la ville, sont informées qu’elles peuvent se rendre, sans encombrement, à la « Goutte de lait’; chaque matin, de très bonne heure, ou le soir, vers six heures, lorsque le tir vient de cesser.

Les mères de famille sont priées de rapporter les biberons et les paniers à chaque livraison.

On réclame du tabac

Nombre de nos lecteurs nous écrivent pour s’étonner que les communications étant normalement rétablies à l’heure actuelle, l’Administration ne se préoccupe pas de renouveler la provision de tabac, cigares et cigarettes des débitants et buralistes de la ville.

L’un de ces derniers nous affirme qu’il faut attendre pour cela le retour de M. l’entrepositaire. Nous le souhaitons, en ce cas, très prochain. »

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Gaston Dorigny

Dès cinq heures du matin, une furieuse canonnade recommence, les Allemands ont parait-il réussi à établir des tranchés vers la Husselle. De nouveau plusieurs obus sont lancés sur la ville. On est encore en proie à la frayeur, qu’allons nous encore avoir à souffrir aujourd’hui ?

Journée terrible, plus les jours se succèdent, plus le combat devient acharné. On se bat en désespérés de tous les points de la ville. La mitraille s’abat sur la ville presque toute la journée sans interruption. Les victimes ne se comptent plus. Les obus tombent dans la rue Lesage ou il y a des dégâts assez importants -chez nous il y a des vitres brisées- Rantz est blessé d’un éclat d’obus.

Nous retournons chez nous à huit heures du soir, la nuit est sinistre, après nous être approvisionnés nous retournons coucher chez mon père.

Vers une heure ½ du matin nos grosses pièces entrent en action, la journée semble devoir être décisive.

Gaston Dorigny

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Juliette Breyer

Jeudi 17 – Quelle journée ! C’est de pire en pire. Il n’y a pas de mots assez laids pour dénommer la barbarie de ces Prussiens. Qui nous aurait dit il y a deux mois que nous aurions à passer ces tristes choses. Ah mon Charles, vois tu, que tu ne saches pas ce qu’ils nous ont fait tant que la guerre ne sera pas finie.

D’abord ce matin, à quatre heures, réveil au son du canon, et tu sais, comme bombes, ils envoyaient quelque chose sur notre quartier. On boit du café chaud et on descend à la cave. Toute la journée cela tomba sans arrêt. Deux soldats qui viennent à la marchandise (car je n’ouvre plus qu’aux militaires) étaient en train de parler. Pan ! Il venait d’en tomber une sur le pas de la porte. Malgré que les volets étaient mis, les carreaux volent en éclat. Les cliches des portes sautent dans le milieu de la boutique. Cette fois-ci une deuxième … j’entends quelque chose tomber en haut, encore plus de bruit qu’à la première, et les soldats se fourrent sous le comptoir. Je redescends à la cave. André me réclame ; il a eu peur. Papa reste avec les soldats. Enfin comme cela n’arrête plus, ils descendent aussi à la cave. Comme ils sont attendus impatiemment à la caserne, ils se décident quand même à repartir.

Est-ce l’odeur du soufre, mais André dort toujours. Paulette aussi car elle est restée chez nous avec Charlotte. Pas une minute d’accalmie. Les 75 qui sont devant chez nous tirent jusqu’à 21 coups sans arrêt. Arrive 5 heures ; le lieutenant d’artillerie fait un tour dans le quartier et voyant de la lumière chez nous, il frappe. « Comment, dit-il, vous êtes encore là ? Il n’y a plus personne par ici, que vous. Il faut partir car le quartier a été repéré et il pourrait vous arriver malheur ».

Ou aller ? les rues sont barrées et en sortant dans la rue je me rends compte que nous ne pouvons rester. C’est un spectacle terrible. Les casernes des dragons sont en feu. L’usine Lelarge, la rue de Cernay, tout est rouge. Je vois aussi du côté de la rue Baron et je le fais voir à papa. Il me semble que boulevard Pommery un nouvel incendie s’est déclaré, mais on ne peut distinguer à quel endroit au juste ça brûle. Malgré cela, papa va jusqu’au bout du 16e et le soldat qui l’avait conduit la veille lui dit : « Rassurez-vous, ce n’est pas chez vous, c’est avant l’épicier ».

Nous soupons et nous prenons la décision de partir jusque chez maman. On y passera toujours la nuit ; on verra demain. Je prends avec moi mes affaires les plus chères et nous voilà partis. Arrivés aux dragons, comme c’était défendu de passer, il a fallu que nous attendions qu’il vienne un soldat avec nous, mais nous n’avions pas le droit de revenir sur nos pas. Le boulevard était dans un triste état. Une quantité d’arbres fauchés par les obus barraient la route. Les casernes en feu nous éclairaient.

Nous arrivons donc près des maisons et au fur et à mesure que nous approchons, mon cœur se resserre car j’ai peur de voir. Maman marche derrière nous et je voudrais qu’elle n’avance plus car ce que je vois me glace : la maison qui brûle, c’est la nôtre. J’entends déjà maman qui pleure Je me retourne, maman a vu. Elle chancelle. Charlotte la soutient, mais elle veut voir et ce qu’elle dit nous désole encore plus. « Ma pauvre maison ! Mes pauvres souvenirs qui me rappelaient toute ma vie ! Plus rien ! Je voudrais être morte ; je ne pourrai jamais supporter cela. C’est trop ».

Si tu voyais mon Charles. Tant que je vivrai, j’aurai toujours devant les yeux ce triste spectacle. Les volets sont brûlés, les fenêtres aussi. Les flammes sortent du haut, du bas, partout, un vrai brasier. On ne voit même plus trace de meubles. On aperçoit un trou là où était ma chambre de jeune fille, là où j’ai rêvé de toi. C’est là que l’on trouve bons les souvenirs et qu’ils vous font verser des larmes. La plus à plaindre est ma pauvre maman. Elle veut entrer dans le brasier voir si elle peut sauver quelque chose. Mais ces bandits savent bien ce qu’ils font avec leurs bombes incendiaires. Le feu ne peut s’éteindre et se communique partout en même temps. La maison de Mme Dumay est brûlée complètement aussi. Pour ma pauvre maman, n’avoir plus que ce qu’elle a sur le dos, c’est épouvantable.

Il est huit heures du soir, où aller ? On ne peut retourner en arrière. Partons chez Pommery. Là, accueillis et logés le mieux possible pour la nuit. Quelle triste journée et quelle triste nuit sans pouvoir fermer l’œil. Marguerite est courageuse car maman qui se désole aussi pour son trousseau et sa chambre lui dit : « Bah, je suis jeune, je travaillerai ; la vie est longue. Bah, prends courage, du moment que nos soldats reviennent, c’est le principal ».

Ah mon Charles, si  seulement j’avais une bonne lettre ; cela arrivera peut-être bientôt. En attendant je t’envoie tout mon cœur, tous mes baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victime de bombardement ce jour :

  • POUSSEUR Arthur Marcel Félix   – 18 ans, 53 rue Simon, Garçon de salle – domicilié 8 rue Saint-Jean Césarée à Reims – Attribution Mort pour la France en date du 19/07/1916 – Victime de bombardement

Vendredi 17 septembre

Tirs efficaces de notre artillerie lourde en Belgique, dans le secteur de Nieuport.
Autour d’Arras (Roclincourt, Neuville), action énergique de nos batteries en riposte au bombardement ennemi.
Lutte de mines à Frise (Somme), canonnade autour de Roye et de Lassigny, et autour de Sapigneul, sur le canal de l’Aisne à la Marne, ainsi qu’au nord du camp de Châlons.
Bombardement réciproque entre Aisne et Argonne. Lutte de bombes et canonnade à Saint-Hubert et au bois Le Prêtre, où les Allemands usent surtout de leurs lance-mines.
En Lorraine (vallées de la Seille et de la Loutre), nous effectuons des tirs de destruction sur les retranchements allemands.
Les Italiens ont arrêté toute une série d’attaques autrichiennes dans le Trentin et en Carnie.
Les Russes, reculant pas à pas vers Wilna, ont poursuivi leurs avantages sur le secteur sud du front oriental, où le chiffre des prisonniers faits quotidiennement par eux demeure très élevé.
Les Anglais avouent la perte d’un sous-marin aux Dardanelles.
La Douma russe a été prorogée au mois de novembre.
Les ministres de la Quadruple Entente ont remis une nouvelle note à la Bulgarie, afin de déterminer son intervention aux côtés des Alliés.

 

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