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Lundi 11 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mars 1918 – Nuit épouvantable encore.

Un pilonnage du centre de la ville commençait à 20 h 1/2 et les obus tombaient régulièrement jusqu’à 23 h. A ce moment, nos 120 se mettant à tirer, faisaient taire les batteries ennemies ; puis, les sifflements ne tardaient pas à recommencer — et vers minuit et demie, tir contre des avions.

Après semblables nuits, je me vois dans l’obligation, ou d’en­visager l’abandon de mon domicile provisoire, 10, rue du Cloître, ou de redescendre à la cave, dans cette maison de mon beau-frère, qui a déjà reçu douze ou treize obus.

Quoique notre service de la « comptabilité » à la mairie, soit dé­signé pour être évacué de Reims sous peu, je trouve qu’il serait prudent, avec ces bombardements de plus en plus dangereux, de transporter sans tarder mon lit ailleurs, car installé au rez-de-chaussée, dans un ancien bureau vitré, prenant jour sous un passage également vitré ou étant censé l’être, il me faut essayer d’éviter les grands risques de la dure période que nous traversons.

Incendie, le matin, rue Werlé, au cours duquel un pompier de Paris est victime d’un accident mortel et bombardement, dans la journée. A 10 h, trois obus arrivent soudainement derrière l’Hôtel de ville. Pendant une partie de la journée, les projectiles tombent vers la place de la République.

Une grande affiche, datée du 8 mars et signée : « La commission mixte » a été placardée en ville ce matin ; je la remarque rue Colbert, en me rendant à la mairie. Sa lecture est assez émouvante et donne l’impression que de très graves événements sont attendus. Cependant, puisque des sursis sont encore accordés aux commerçants qui veulent enlever leurs marchandises ou aux déménageurs, on en déduirait facilement que c’est de notre part une initiative doit être prise… mais, on ne sait rien ; on parle beaucoup aussi de l’offensive allemande qui ne peut tarder à se déclencher.

Lorsque j’arrive au bureau, je trouve, sur notre table, des prospectus, dont la police a un stock à distribuer, reproduisant exactement les termes de la dite affiche, ce qui me permet de relire plus posément ce qui suit :

A la population.
Reims, le 8 mars 1918.

Il a paru nécessaire d’éloigner du front le plus grand nombre de personnes possible, non seulement pour les soustraire à un risque inutile, mais aussi afin de pouvoir mieux assurer la sécurité des habitants décidés à rester.

Départs :

Tous les malades et les vieillards, tous les enfants de moins de 16 ans, toutes les personnes dont la présence n’est pas essentielle doivent partir dès maintenant, soit qu’elles aient été touchées par un ordre de départ, soit que, par suite des difficultés du recensement elles ne l’aient pas encore reçu.

Autorisations :

Ne pourront être laissées à Reims, outre les services publics, que les personnes strictement indispensables pour :

  1. la garde et l’évacuation des usines et des caves ; les ré­parations urgentes du bâtiment et les évacuations de mobilier (déménagements, transports, emballages) ;
  2. la garde d’immeubles importants ou nombreux et pré­sentant une sécurité suffisante, à condition que l’état de santé de ces gardiens leur permette d’assurer une garde efficace ;
  3. l’alimentation et l’entretien des personnes autorisées à rester.

Des erreurs ayant pu se produire dans le recensement, les personnes qui croiraient rentrer dans ces diverses catégories pourront présenter leur demande à l’hôtel de ville.

Visa des cartes

Les personnes admises à rester devront faire apposer sur leur carte d’identité un « visa spécial d’autorisation »; celles qui n’auraient pas de cartes individuelles d’identité devront s’en procurer immédiatement.

Les cartes seront présentées au visa à l’hôtel de ville, pour les employés ou ouvriers par leurs directeurs ou patrons ; les per­sonnes isolées fourniront sur l’utilité de leur présence et leurs conditions d’habitation toutes justifications qui leur seront de­mandées.

Ces déclarations devront être terminées le 15 mars.

A partir du 15 mars, chaque habitant devra être cons­tamment porteur de sa carte d’identité et la présenter à toutes réquisitions des agents civils ou militaires, dans les rues et à domicile.

Précautions — Zones interdites…

Des mesures générales de protection tendront à assurer la sécurité des personnes que retiennent leurs intérêts ou leurs obli­gations.

L’habitation et la circulation seront interdites dans les zo­nes particulièrement dangereuses, le ravitaillement a été assuré de la manière la plus simple, en vue des circonstances difficiles ; de nouvelles dispositions seront prises pour combattre l’effet des gaz ; enfin chacun peut trouver un abri sûr contre le bombar­dement et en demander au besoin.

La zone interdite est limitée par : chemin de Saint-Brice, rues des Romains et Jolicœur, rues Jules-César et Gosset, rues Jacquart et Ruinart-de-Brimont, boulevards de Saint-Marceaux, Gerbert et Victor-Hugo, rues Saint-Sixte et Saint-Julien, place Saint-Remi, rue et faubourg Fléchambault, rue de la Maison- Blanche. Elle pourra être ultérieurement réduite.

Le personnel des établissements dépassant cette limite, rece­vra une carte d’autorisation spéciale.

D’ici au 15 mars, les habitants sont invités à faire vérifier l’état de leurs masques, dans les postes de secours voisins de leur habitation, dont la liste vient d’être publiée.

Les masques défectueux seront changés et un deuxième masque leur sera délivré. Les demander à l’hôtel de ville. Ils en porteront constamment un sur eux et laisseront l’autre chez eux, au sec, toujours à leur portée.

Pour les habitants vivant en groupe, les demandes en toiles et produits doivent être adressées à l’hôtel de ville dans le plus bref délai.

Là plupart des accidents causés par les obus à gaz, sont dus à l’inobservation des prescriptions gênantes, mais nécessai­res, qui ont été récemment affichées ; il importe de s’y conformer avec soin.

En prenant, chez soi et au dehors toutes les précautions suggérées par la prudence et l’expérience, il y a lieu d’espérer que le dernier bataillon des Rémois pourra traverser sans acci­dent la crise finale et accueillir les siens dans la cité dont son dévouement aura préparé le relèvement.

Évacuation éventuelle :

Il peut pourtant arriver que l’ennemi s’acharne un jour spécialement contre la ville ; rien ne servirait de s’ensevelir sous les ruines ou de se laisser prendre par lui, en pleine bataille ; il faudrait se retirer. Il est donc sage que chacun ait pensé à ce départ possible et préparé ce qu’il lui faudrait pour s’éloigner fa­cilement.

Si l’autorité militaire, en raison des renseignements qui lui parviennent, voit la nécessité de prendre une telle décision, elle en informera les habitants qui devront partir immédiatement, avant que l’attaque se produise.

En cas d’offensive subite, comme dans le cas de bombar­dement très violent par les gaz, prolongé pendant deux heures au moins, les habitants se rendront à l’extérieur de la ville, par des itinéraires indiqués par des écriteaux.

Des détachements militaires les recevront et les accompa­gneront.

Il leur est recommandé de marcher lentement, toujours munis de leur masque et de préférence par les voies étroites.

Ceux qui auront été intoxiqués, s’arrêteront dans les postes de secours, où des soins leur seront immédiatement donnés.

La commission mixte.

Ce suprême avertissement que nous donnent, sous le couvert de la « commission mixte », les officiers qui ont été chargés de diri­ger l’évacuation, prend, dans les circonstances actuelles, un carac­tère exceptionnel de gravité.

Pour ma part, après en avoir relu encore les termes que l’on s’est efforcé de ne pas rendre trop alarmants, et cherché à deviner ce qui se trouve entre les lignes, je comprends qu’il nous faut, dès à présent, nous tenir sur le qui-vive, nuit et jour, et nous attendre à déguerpir lestement, par ordre, d’un moment à l’autre. Je suis prêt.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 11 – + 2°. Nuit assez tranquille. Visite au Général Petit, pour savoir s’il faut vraiment dès maintenant quitter notre maison. Réponse : non. On nous avertira et on nous donnera des moyens d’évacuer : on a reçu des instructions à ce sujet. Visite du dessinateur qui a voulu dessiner mon portrait, et qui fera demain celui de Mgr Neveux. De 5 h. 30 à 6 h. 30, bombardement intense, dur, violent (sur batteries ?). Des obus ont dû tomber en ville ; des éclats tombent nombreux dans notre jardin. Vers 9 h. soir, violent bombardement ; nous descendons à la cave, nous en montons pour prière du soir. A 8 h. 30 et 9 h. nouvelle séance. De même à plusieurs reprises dans la nuit. Six bombes à l’Enfant-Jésus, au noviciat et dans les services. La Rév. Mère était là. Incendie aux Caves Werlé ; un pompier de Paris se tue en tombant du toit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 11 mars

Nous avons repoussé des coups de main au sud de Bétheny, sur la rive gauche de la Meuse et dans les Vosges. L’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers entre nos mains.
Nos détachements, pénétrant dans les lignes allemandes, à l’est d’Auberive et dans la région de Badonviller, ont opéré de nombreuses destructions et fait des prisonniers.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et dix autres, gravement endommagés, sont tombés dans leurs lignes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties: 14000 tonnes de projectiles ont été lancés sur les gares, cantonnements et terrains d’aviation de la zone ennemie. Plusieurs incendies ont été constatés.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main au nord-ouest de Saint-Quentin et au sud-est de Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et a laissé des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur d’Armentières, à l’est de Wytschaete et sur la route de Menin.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, les troupes britanniques ont exécuté avec succès plusieurs coups de main dans les lignes bulgares.
Dans la boucle de la Cerna, après une violente préparation d’artillerie, un détachement ennemi a tenté une attaque sur nos positions au nord d’Orchovo. Il a été repoussé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 29 janvier 1918

Louis Guédet

Mardi 29 janvier 1918

1236ème et 1234ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Il a fortement gelé cette nuit. Nous allons avoir une belle journée. Si seulement nous n’étions pas bombardés, mais par un temps clair il faut s’attendre à tout.

Hier Monbrun me disait que pour ne pas aller jusque chez lui, rue des Capucins, tout au bout, il déjeunait souvent à la soupe populaire installée à la Mutualité, impasse des 2 anges. Il me disait le menu d’hier qu’il avait eu et le prix de revient :

Soupe : 0,10 ; bœuf : 0,25 ; haricots : 0,15 ; pain : 0,10 ; fromage : 0,15 ; café : 0,10 = 0,85 + bière : 0,02 ou cidre : 0,30 = soit 1,10 ou 1,15 pour son repas. Ce n’est pas cher.

Je vais finir mes ficelages et je n’aurai  plus qu’à attendre que mes colis partent pour Épernay. Souhaitons que ces précautions soient superflues et que nous n’ayons rien ici à Reims… ni ailleurs !!

6h soir  Tous mes colis sont prêts, reste l’expédition à Épernay. Peu de courrier auquel j’ai vite fait de répondre. Lettre de Maurice, je lui répondrai demain. Après-midi à 2h je vois Beauvais à la Poste et nous filons jusqu’à St Maurice voir Raïssac. Guichard nous reçoit à l’Hospice Général et nous dit que nous ne pouvons pas voir Raïssac, que son opération a réussi, etc… Bref il faut attendre 8 jours. Nous causons et l’on…

Le reste de la page a été découpé.

…Nous décidons avec Beauvais de payer mon pari de ruban que celui-ci a perdu, mais que je paie volontiers (quelques flûtes) samedi 2 février à 5h1/4 du soir chez le Papa Condreux à « L’Homme d’osier » rue de Vesle 72 – 76. Nous avons fixé ce jour-là à cause de Lenoir qui sera dans ce petit cercle ce jour-là. Y seront Beauvais, Lenoir député, Guichard Vice-président des Hospices, Dor charcutier, Happillon rhéteur de la bande, Lieutenant Migny évacuation, Capitaine Giraud sapeur pompier de Paris. Bref le petit clan où s’élaborent et se tissent les rubans des boutonnières !! Singulier milieu, curieux, intéressant. On peut y revivre les scènes des Comités Révolutionnaires de 1793 dans leur genre, sauf qu’on n’y coupe que les boutonnières jugées indignes de fleurir.

En revenant rencontrons le Maire qui nous cause de l’adoption de Chicago et de New-York. Il voudrait cette dernière, mais la démarche Lenoir – Chevrier – Mignot pour Chicago a été une faute qui risque de faire rater tout. Le Docteur Langlet est furieux. Il faudrait raccrocher cela, mais avec lui ce n’est guère commode, il est si entêté. Il me demande d’aller le voir à la Mairie où il a un renseignement de famille à me demander. Nous nous y mettons. J’y descends et Beauvais, tout en devisant m’accompagne jusqu’à la rue Libergier où il me quitte.

A la Ville vu Houlon et j’attends le Maire en donnant consultation sur consultation à un tas de gens qui, me voyant, profitent de l’occasion au lieu de pousser jusqu’à la rue des Capucins, 52. Bref je tiens mes assises, non sous un chêne, mais dans un cellier, au milieu du brouhaha et les allées et venues de ce qui forme le cœur de la Ville. Je cause avec le Docteur Langlet de son affaire, conseil de famille de son petit-fils, etc…  etc…

Je rentre ici à 5h1/2, fatigué. Demain actes et rendez-vous le matin. Après-midi je pousserai jusqu’à Courlancy voir mon expéditionnaire et ce qu’il a fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 janvier 1918 – Pendant une promenade, vu les travaux de défense en cours d’exécution dans la ville.

Les boulevards Gerbert et de la Paix, sont couverts, de cha­que côté, par des fils de fer barbelés. De distance en distance, des chevaux de frise s’y trouvent disposés, prêts à obstruer entièrement tout passage. Les rues Houzeau-Muiron et César-Poulain, peuvent de même être barrées. Le boulevard Lundy et l’avenue de Laon ont un côté également garni de fils de fer et des poilus sont occupés à en poser dans les Promenades.

A 19 h 3/4, commence un bombardement en ville, par des pièces dont nous reconnaissons les détonations sonores pour les avoir déjà entendues à différentes reprises. Les explosions d’arri­vées de leurs obus sont très fortes et se répercutent longuement dans le silence, par un beau temps de gelée.

Plusieurs séances semblables, au cours de la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

cote : BDIC_VAL_050_081 voir le montage sur ReimsAvant :


Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille. -1°. Beau temps. Bombardement violent sur batteries de 5 h. à 10 h., en réponse au tir de nos batteries (surtout de 7 h. à 10 h.). Toute la nuit une certaine activité.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 29 janvier

Nous avons réussi deux coups de main sur les tranchées allemandes en Champagne.
Nos détachements ont pénétré jusqu’à la troisième ligne ennemie et ramené des prisonniers, dont un officier et une mitrailleuse.
Canonnade réciproque assez vive en Alsace, dans la région de L’Hartmannswillerkopf.
Sur le front britannique, l’ennemi a effectué un coup de main sur un des postes avancés de nos alliés près de Langemark.

Une forte reconnaissance allemande a été repoussée au sud-est du Vergnier.
Activité de l’artillerie ennemie en différents points au sud-ouest de Cambrai, au nord de Lens et dans le secteur de Passchendaele.
Les aviateurs anglais de l’escadrille navale ont bombardé l’aérodrome d’Aertryke ainsi que le dépôt de munitions d’Engel. Les objectifs, obscurcis par les nuages ont empêché les aviateurs de se rendre compte exactement des résultats obtenus. Tous les aéroplanes sont rentrés indemnes.
Sur le front italien, rencontres de patrouilles dans le Vallarsa et dans la vallée de l’Astico. Actions efficaces de l’artillerie italienne, contre les positions ennemies dans le val Frenzela et le canal de Brenta.
Activité aérienne très vive sur tout le front. Un avion ennemi a été abattu par des aviateurs anglais. Un appareil ennemi est tombé sur les pentes méridionales du Montello. Les trois pilotes dont deux officiers, ont été capturés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 janvier 1918

Louis Guédet

Lundi 28 janvier 1918

1235ème et 1233ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Brouillard intense ce matin, beau soleil à partir de 10h. Lutte d’artillerie vers Pommery toute la journée. Ma bonne est partie ce matin et ne rentrera que jeudi ou vendredi. Peu de courrier, 3 lettres de ma chère femme, dont une ouverte par l’autorité militaire. Les voyous vont recommencer ? J’en préviens Madeleine. Le matin fait mes derniers cartons, je n’ai plus qu’à les consolider avec de la grosse ficelle qui est hors de prix : 3,75 une pelote qui naguère coutait 60 à 75 centimes. Réquisitions militaires à 2h. Toutes des conciliations sauf une affaire qui ne pouvait l’être. Sorti à 4h1/2 de l’audience. Acheté un journal, passé chez Camuset déposer 2 000 F et rentré chez moi. Rien à faire ou très peu de choses. Je vais traîner ainsi ma vie jusqu’au 6 – 7, date à laquelle je partirai pour St Martin. Rien appris de saillant.

7h1/2 soir  Je suis assez fatigué. Monbrun, employé de Mairie au Bureau Militaire, « Pons Ludon » comme je le nomme, c’est un type ! m’arrive à 6h1/2 casque en tête, pantalon en tire-bouchon, pardessus voltigeant comme une robe de cour, les poches pleines de paperasses émergentes d’une façon belliqueuse, masque en bandoulière !! Cet homme est terrible avec ses moustaches tirées à la Napoléon 3, moins la mouche !! Il m’amuse terriblement ce brave garçon, dévoué, bourreau de travail, esprit très primesautier et très paradoxal. C’est une figue Rémoise à garder et à dépeindre pour l’Histoire du siège de Reims. Esprit populaire, gouailleur au besoin, et avec un langage très pittoresque auquel il faut s’habituer, il vous donne une note très juste et vous « habille » quelqu’un de la belle façon ! Bref il venait me demander des légalisations pour l’État-civil. Ce que je lui octroie tout en causant. Il est en ce moment débordé par l’établissement des listes de conscriptions classe 19, et il est seul avec des seconds insuffisants !! Il est vrai que les 2 grands chefs de ce Bureau Militaire municipal ont foutu le camp comme un seul homme.

Le reste de la page a été découpé

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 janvier 1918 – Fort bombardement vers le boulevard Gerbert, de 13 à 14 h, puis une partie de l’après-midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Boulevards Gerbert et Victor Hugo


Cardinal Luçon

Lundi 28 – Nuit tranquille. 0°. Beau temps. Tir sur batteries du Parc Pommery. Avions. Visite au Colonel Henry.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 janvier

Activité de l’artillerie allemande vers Ribécourt, sud-ouest de Cambrai, sur le front anglais.
Canonnade réciproque assez vive dans la région à l’est de la route de Saint-Etienne à Saint-Souplet où nous avons exécuté des tirs de destructions efficaces. Deux coups de main ennemis ont échoué sur nos petits postes de la région de la Fave.
Sur le front italien, action d’artillerie dans la zone montagneuse et plus intense du Montello à la mer.
Les conditions atmosphériques favorables ont permis une grande activité aérienne des deux côtés.
Les avions italiens ont bombardé avec succès des baraquements ennemis et des voies ennemies à Cismon et à Primolano. Des hydravions de la marine royale ont efficacement battu des objectifs militaires entre Sila et la Piave.
Nos escadrilles et celles de nos alliés ont attaqué à plusieurs reprises de nombreux avions ennemis dont deux, dans la région du mont Zebio et dans le val Sugana, sont tombés désemparés sous les coups de nos aviateurs. Deux autres, à San Pietro di Feletto et à San Fioroni ont été abattus par des aviateurs anglais, qui ont, en outre, incendié deux ballons captifs ennemis près de Conegliano.
En Palestine, continuation des opérations aériennes.
Les escadrilles anglaises de bombardement ont surpris près de Hawara, au sud de Naplouse, sur la route de Naplouse à Jérusalem, un corps en formation de 2000 Turcs sur lequel ils ont jeté une demi-tonne de bombes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 28 septembre 1917

Louise Dény Pierson

Fin septembre je revins à Reims, pour les vendanges qui eurent lieu, tant bien que mal, les trous

d’obus rebouchés, les échalas remplacés, les fils retendus.
Mais cette période de vendanges, qui était une fête autrefois était devenue bien morose, pas de chanson, pas de longues conversations dans les « Hordons » chacun avait les nerfs tendus et les sens en alerte, attendant des projectiles qui, heureusement n’arrivèrent pas.
>> Note : l’image ci-dessus est un document publié sur le site de l’Union des Maisons de Champagne

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Vendredi 28 septembre 1917

1113ème et 1111ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit tranquille, ce matin brouillard intense, le calme nécessairement.

1h  Hier soir les Officiers généraux qui stationnaient devant la Cathédrale attendaient le Roi d’Italie, Poincaré, Painlevé, etc…  qui ont visité la Cathédrale avec le Cardinal Luçon et Émile Charbonneaux. Rien de saillant du reste. Ce matin visite du P. Desbuquois qui m’a appris la mort du bon petit Père Pottié, ancien professeur, aumônier de Jean et Robert qu’il affectionnait particulièrement, infirmier-aumônier au 217ème d’Artillerie, 22ème batterie. Il a été tué devant Douaumont par un éclat d’obus qui venait du haut, lui a traversé la clavicule gauche et transpercé le cœur. Il était très brave et même téméraire (Lucien-Albert Pottié est décédé le 21 septembre 1917 à La Chiffourne, dans la Meuse). Cette mort m’affecté, c’était un des professeurs des enfants que j’avais en profonde estime. Je suis sûr que cela peinera mes 2 grands. Reçu 2 lettres de Madeleine, me disant que Robert était auprès du fils Charpentier, neveu de l’abbé Camu, et lui causait quand il a été tué (Aspirant Louis Georges André Charpentier, 61ème RA, tué par éclats d’obus le 8 août 1917 à Verdun). Elle me propose de demander à Robert des détails sur sa mort pour les donner à l’abbé Camu que je vais voir tout à l’heure à ce sujet.

Le gardien de la Cathédrale (en blanc, non cité) à qui je causais de la visite du roi d’Italie hier, me disait qu’il le trouvait affreusement laid : « Est-y laid ! est-y laid ! » s’exclamait-il ! « Mais, à part moi je me disais : « Tu ne t’as donc pas regardé ? » Car le susdit est laid comme le péché !! Comme quoi on trouve toujours plus laid que soi !!

7h soir  Eté Poste 2h. Vu l’abbé Camu qui a accepté que je lui demande des détails de la mort de son neveu à Robert. Il parait (m’a-t-il dit) que le roi d’Italie a été très aimable avec le Cardinal, de même Poincaré qui insistait pour que Mgr Luçon fit les honneurs (?!) de la Cathédrale au roi. Il a même eu un mot aimable pour lui en lui rappelant sa décoration récente.

Passé au Palais pour prendre les mesures nécessaires pour emballer les livres de mon cher Procureur Général. Puis rentré ici travailler et finir mon courrier. Le calme. J’espère néanmoins à voir arriver lundi sans encombre. Un rien me fait tressaillir !… Je suis bien émotif, bien affaibli.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 28 – + 14°. Nuit tranquille. Visite aux Halles à 8 h. 1/2, et au Boulevard de la Paix et Gerbert. Via Crucis in Cathedrali à 6 h. soir. Jour­née tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 28 septembre

Sur le front de l’Aisne, les Allemands ont manifesté une particulière activité. Après un violent bombardement de nos positions, depuis les Vaux-Mérous jusqu’à l’ouest de Cerny, l’ennemi a attaqué au sud de l’arbre de Cerny, mais il a dû, sous nos feux, regagner ses lignes non sans avoir subi de lourdes pertes. Une seconde attaque, déclenchée entre le plateau des Casemates et le plateau de Californie, a été également refoulée.
Deux coups de main allemands : l’un sur la rive droite de la Meuse, dans la région de Beaumont; l’autre en Alsace, dans la région du Linge, ont complètement échoué.
L’attaque anglaise entre Tower-Hamlet et St-Julien a fort bien réussi. Nos alliés ont achevé la conquête de l’éperon de Tower-Hamlet et livré un combat victorieux au nord de la route d’Ypres à Reims. Ils ont chassé l’ennemi de ses positions. Plus au nord, les Australiens ont enlevé le reste du bois du Polygone. A leur gauche, les Anglais, Écossais et Gallois ont pénétré de 1600 mètres en profondeur dans les lignes allemandes et pris Zonnebecke. Entre St-Julien et Gravenftatel, l’avance a été de 2400 mètres. Toutes les contre-attaques allemandes ont été repoussées. Plus de 1000 prisonniers ont été faits. 17 aéroplanes ennemis ont été abattus.
Les Allemands ont tenté des reconnaissances dans le golfe de Riga.
Les Anglais continuent à bombarder journellement le littoral flamand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 16 juillet 1917

Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 15°. Nuit tranquille en ville. Vers 2 à 3 h., canonnade française – sur quel point ? A 6 h. 1/2 ou 7 h. Bombardement sur la ville. Des éclats tombent autour de mon perron ; un éclat brise un fleuron de la rampe. De 6 h. 30 à 10 h. 30, et de 11 h. 30 à 3 h. environ (……… ). A 5 h. soir j’ai parcouru les rues Vauthier Lenoir, Université, Barbâtre, Gerbert, jus­qu’au boulevard Gerbert, dévasté affreusement. Visité le couvent,……….. et chapelle du Carmel. De 2 h. à 4 h. quartier Saint-André ravagé. Souscrip­tion à l’occasion de nos dévastations. Lettres remerciement (Recueil, p. 112).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 16 Juillet

Les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions au sud de Courcy. Après un vif combat, nous avons repris à l’ennemi quelques éléments de tranchées où il avait pris pied, à l’exception d’un petit poste qui est resté entre ses mains.
Vive activité des deux artilleries en de nombreux points du front. A la cote 304 et dans les régions du Mont-Haut, du Casque et du Téton, le bombardement a atteint une grande violence.
Reims a reçu 2000 obus. Il y a eu 2 blessés.
L’artillerie allemande a violemment bombardé les tranchées belges et les voies de communication dans la région de Hetsas. Des avions ennemis ont jeté des bombes sur Furnes.
Sur le front de Macédoine, des patrouilles bulgares ont été repoussées dans la région de la Strouma. Activité moyenne d’artillerie dans la région du Vardar.
L’ennemi a lancé deux attaques pour déloger nos alliés de la région de Kalusz. Il a été repoussé.
Les Russes out occupé un nouveau village dans le même secteur.
Un détachement d’alpins italiens a surpris et enlevé un poste ennemi dans le val Camonica. Canonnade entre les vallées de l’Adige et de l’Astico.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 14 juillet 1917

Paul Hess

14 juillet 1917 – Bombardement terrible, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – + 16°. Nuit tranquille à partir de 11 h. soir. 6 h. 30, bombes sifflent ; des éclats tombent aux environs de nous pendant ma messe et mon action de grâces. Très violent bombardement près de chez nous. Les éclats pleuvent. Avions, tir contre eux. A la Visitation, vers 8 h., un obus défonce la porte, démolit le toit du parloir ; renverse et couvre de plâtras deux Sœurs et M. Lecomte, qui portait en main son déjeuner, ils se croient réciproque­ment tués. Pas de mal grave : des égratignures, pas d’autre mal pour les personnes. 4 obus dans le couvent. Trois incendies en ville ; blessés, rue Hincmar, rue Chanzy, rue des Capucins. De 6 h. 1/2 à huit sur le Faubourg de Laon. C’est un bombardement au hasard sur la ville. Et dire qu’on avoue n’y pouvoir rien(1) ! Quelle humiliation ! Après-midi, long et violent combat à l’est, au sud-est de Reims. En ville, canonnade presque continuelle de part et d’autre. Dégâts effroyables rue Vauthier Le Noir, rue de l’Univer­sité, au Séminaire, au Lycée, rue encombrée de débris. Le soir de 9 h. à 16 h., bombardement violent. Pendant la prière, éclats tombent dans la cour et sur les toits. A partir de 10 ou 11 h. fini pour la ville. La nuit projections direc­tion de Nogent sur la ville. Éclairs de canons. A 3 h., orage peu considéra­ble. Ravages au Boulevard Gerbert : 2000 obus (communiqué officiel).

(1) Rare réaction coléreuse du Cardinal devant l’impuissance reconnue par notre armée à faire cesser les bombardements de Reims.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Boulevards Gerbert et Victor Hugo


Samedi 14 juillet

Lutte assez vive en Champagne et sur le front de l’Aisne dans le secteur du moulin de Laffaux. Des attaques ennemies au sud de Juvincourt ont été aisément repoussées.
Sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de la cote 304 et au nord de l’ouvrage d’Hardaumont, après un violent bombardement, les Allemands ont tenté plusieurs coups de main dont aucun n’a réussi.
Sur le front britannique, le feu de l’artillerie allemande, qui avait atteint une extrême intensité près de Nieuport, est en décroissance. L’artillerie anglaise continue à montrer de l’activité. A la suite d’une attaque ennemie exécutée sur un front de 800 mètres environ, plusieurs postes avancés anglais à l’est de Monchy-le-Preux ont dû rétrograder légèrement.
Échec d’une tentative allemande au nord-ouest de Lens. Échec d’un autre raid allemand près de Lombaertzyde. Combat sur le front belge vers la route de Dixmude à Woumer. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses.
Les Italiens ont infligé un échec aux Autrichiens, dans la vallée de Travignolo, à la deuxième cime du Colbricone.
En Macédoine, l’aviation britannique a bombardé la station de Dangista, à 20 kilomètres à l’est de Sérès.
Combats de patrouilles et canonnades sur le front du Vardar.
L’offensive russe a continué sur le Dniester et la Lomnitza. Après un combat acharné et sanglant, l’ennemi a été chassé de la ville de Kalusz.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

 

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Mercredi 4 juillet 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 juillet 1917

1026ème et 1024ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit lourde et orageuse. Assez calme, pas trop de bombardements, seulement des batailles un peu partout, surtout vers Pompelle, Mont-Haut. Quand les hommes se tiennent à peu près tranquilles les éléments s’en mêlent. Orage très violent vers 3h du matin. Ce matin temps lourd, humide, déprimant. Mes 2 bonnes ont été malades une partie de la nuit. Cerises cuites dans une casserole mal récurée. Çà les apprendra pour une autre fois, surtout Lise qui est plutôt sans soin. Tandis qu’Adèle est un peu molle et apathique. Assez mal dormi quand même. J’attends le courrier avec impatience pour savoir si Robert a oui ou non son congé, et surtout pour avoir des nouvelles des pauvres petits. Il parait que les combats vers Mort-Homme, Cote 304, Avocourt et Verdun sont très meurtriers. Que Dieu les protège !!

4h soir  Peu de lettres, rien de St Martin. Une lettre de mon confrère de Verzy, Labitte, qui a repris du service et est capitaine au 40ème d’Artillerie à Rennes. Il me blague au sujet de ma circulaire demandant, au nom du Procureur de la République à tous les notaires mobilisés de l’arrondissement de Reims leurs citations et décorations. Et pour terminer il me dit son étonnement de ne pas me voir encore décoré. C’est extraordinaire comme quantité de gens me décorent et me souhaitent ce fameux ruban. Et il n’y a que moi que cela laisse pour ainsi dire indifférent ! Il est vrai que cela musèlerait quelques mauvaises langues et quelques envieux ou poltrons. Ce serait la seule utilité pour moi, et j’en serais plutôt heureux pour ma chère femme et mes chers petits. En dehors de cette lettre, rien de saillant. Je tue ma journée comme je puis, et j’ai hâte de pouvoir aller me reposer un peu à St Martin, mais sans voir mes 2 grands hélas.

Il fait lourd, orageux, on est très fatigué de cette température chaude et humide qui s’éternise, et ajoutez à cela les nuits presque sans sommeil. C’est tuant.

6h1/2 soir  Bombardement lent depuis 4h soir vers Barbâtre.

8h1/4 soir  Après dîner, vers 7h3/4 je sors et, ne sachant ou diriger mes pas, je suis la rue des Capucins, sonne au 40 chez Melle Payard qui allait dîner. Je lui dis 2 mots, et la réflexion me vient de m’assurer si le cardinal (est au courant) a eu connaissance de l’article de Rodin, le sculpteur bien connu, reproduit par l’Éclaireur de l’Est de lundi dernier (avant-hier) 2 juillet 1917, au sujet de la désaffectation de la Cathédrale de Reims pour en faire une sorte de Panthéon, de nécropole des Morts de cette Guerre !!…

Je descends la rue Libergier et je sonne au 40, c’est l’abbé Lecomte, le secrétaire Général (que je voulais voir) qui m’ouvre, il cueillait des haricots avec une vieille sœur. Il quitte sa cueillette et me conduit près de l’escalier de l’entrée du bâtiment qu’il occupe, à droite en entrant au bout du jardin qui est sur la rue. La chapelle en ruines est à droite, à 6/8 mètres de l’endroit où nous étions assis. Nous nous asseyons, nous causons, il me tranquillise, il avait eu connaissance de l’article ainsi que Son Éminence qui avait eu presque aussitôt occasion de protester contre cette pensée auprès d’officiers (si on croit que cela m’étonne de la part de ces pierrots-là) qui avaient l’air de l’applaudir. J’te crois !! Nous conversons ensuite de la visite de Lenoir et Forgeot (Pierre Forgeot, député de la Marne, il fera partie de la commission chargée du projet de loi sur les réparations et dommages de guerre (1888-1956)) députés au Cardinal lundi dernier. Il parait que nos Édiles Bourbonnaises étaient assez émus…  « de la chaleur communicative des banquets »…  en fait cela s’est bien passé et je crois par Beauvais que nos députés sont revenus enchantés de l’accueil fait par le Cardinal. Au moment où nous entamions ce sujet un obus contre avions siffle très près. Je regarde où il peut tomber (nous nous étions levés tous deux de nos chaises), il était 8h05, et je le vois arriver sur le toit démoli de la chapelle, à un mètre à droite d’une chambrette

Le bas de la page a été découpé.

…voir dans la chapelle s’il y a des éclats. Rien, un peu de plâtras, des éclats de pierre brisés, quelques lattes et c’est tout, l’obus s’est brisé en éclats infinitésimaux. Nous nous quittons sur cette émotion. En sortant, causons de l’incident avec le Directeur des postes M. Colson et quelques pompiers de Paris.

Le schéma de la scène de la chute de l’obus est en pièce jointe.

Je rentre chez moi un peu émotionné. De peu de choses en somme, mais je suis heureux d’avoir pu constater (comme je l’ai déjà fait hélas nombre de fois) qu’on peut voir arriver un obus près de soi et éclater. C’est un éclair entre la vision et l’éclatement !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 au 7 juillet 1917 – Violents bombardements, principalement vers Ponsardin, Gerbert, Saint-Marceaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 4 – + 17 °. Nuit assez tranquille. De 5 à 6 h. orage. Baptême d’un soldat juif M. G. Schwab. Bombardement continu depuis 3 h. jusqu’à 7 h. Des éclats sont tombés nombreux chez nous. Nuit (du 4-5) tranquille en ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 4 juillet

Après une recrudescence du bombardement, les Allemands ont lancé une série d’attaques violentes sur les tranchées que nous avons reprises de part et d’autre de la route Ailles-Paissy. Une lutte très vive, qui a duré toute la nuit, s’est terminée par l’échec complet de l’ennemi. Nous avons maintenu toutes nos positions.
Plus à l’ouest, deux coups de main sur nos petits postes ont également échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, la lutte d’artillerie a augmenté d’intensité vers le milieu de la nuit dans le secteur cote 304-bois d’Avocourt. Les Allemands ont attaqué sur un front de 500 mètres à la corne sud-est de ce bois. Les vagues d’assaut, brisées par nos feux, n’ont pu aborder nos lignes. L’ennemi n’a pas renouvelé sa tentative.
A l’est de Coucy-le-Château, rencontres de patrouilles. Nous avons fait des prisonniers dont un officier.
Les Anglais, grâce à une série de coups de main à l’ouest d’Avrancourt et au nord de Nieuport, ont fait un certain nombre de prisonniers. Ils ont repoussé une attaque contre leurs postes avancés au sud de la Cojeul.
Les Russes ont poursuivi leur offensive avec succès en Galicie. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 13200.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 2 juillet 1917

Paul Hess

2 juillet 1917 –  Calme dans la journée.

A 20 h, un bombardement très violent commence et se conti­nue jusqu’à 21 h 1/4. Obus rue Buirette, place d’Erlon, chaussée Bocquaine et à la Haubette.

Dans la nuit, nouveau bombardement serré, vers les batteries Gerbert.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 15 °. 8 h. 30 matin, bombes sur batteries et au loin. Violents combats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 2 juillet

Violente attaque allemande dans le secteur Cerny-Ailles. Elle a occupé, sur un front de 500 mètres environ, de part et d’autre de la route Ailles-Paissy, une ligne d’éléments de tranchée nivelée par les projectiles et évacuée par nos troupes.
Une concentration de feux exécutée par nos batteries a causé de grands ravages dans les rangs de l’ennemi, qui n’a pu, malgré ses efforts, pousser plus avant son attaque. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active au cours de la journée, dans toute cette région. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses sans aucun résultats au cours de coups de main qu’ils avaient tentés à l’est de la Pompelle, au nord et au nord-est de Prunay.
Sur la rive gauche de la Meuse, lutte d’artillerie intense dans la région bois d’Avocourt-cote 304-Mort-Homme. Une attaque ennemie au réduit d’Avocourt a été brisée par nos feux.
Les troupes britanniques, poursuivant leurs succès au sud de Lens, ont attaqué sur la rive nord de la Souchez et se sont emparées des défenses ennemies sur un front de 800 mètres immédiatement au sud-ouest et à l’est de la ville.
Les communiqués allemands signalent une offensive russe sur un front de 30 kilomètres entre la Strypa et la Zlota-Lipa.
Les Bulgares prennent et reperdent une tranchée britannique près du lac Doiran.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 15 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 15 avril 1917

946ème et 944ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, nuageux, vent froid, un temps de 1er novembre. Toute la nuit combats, batailles, tirs de barrages dont les obus nous empêchent de dormir. Je suis assommé de sommeil. Toujours des avions tourbillonnant au-dessus de nous. On en est obsédé. Messe à 7h dite par l’abbé Camu, pour le repos de l’âme de mon pauvre Jacques. Il n’y a plus de messe chantée à 8h1/2 faute de chantres et d’organiste. La messe paroissiale est remplacée par une messe basse, où on chante juste le Credo. Jusqu’à présent nous sommes au calme, mais je désespère presque de voir cette grande offensive dont on nous a tant…  gargarisé depuis 15 jours. L’assaut devrait même être donné aujourd’hui au plus tard… !!! Ah ! là ! là ! nos officiers d’état-major aiment mieux se tenir à l’abri et boire notre Champagne pillé par leurs embusqués de secrétaires et autres.

6h soir  J’apprends la mort par gaz asphyxiants de Valicourt (Léon Valicourt, décédé par asphyxie au commissariat de la place Suzanne), sa femme et sa fille. Je l’avais connu dès les débuts de mon arrivée à Reims en 1887 – 88 par la Mère St Jean et Charles Decès. Il avait commis des détournements aux Hospices, fait de la prison. Il avait remboursé et vivait de quelques leçons, et de sa place de chantre à St Remy. Il s’était bien racheté. Une vieille physionomie rémoise encore disparue, le type du vieux professeur de français et de latin d’il y a 60 ans !! On me remet des fonds d’une autre victime des gaz, Delaitre, dit Noëllet, 6 rue du Réservoir. Bref tout le quartier St Remy a été fortement atteint par ces gaz. Une bombe de ce genre est tombée place Subé (place d’Erlon), on dirait la place peinte au minium (pigment de couleur rouge orangé indiquant la présence de gaz suffocants).

Le bombardement n’a pas cessé depuis 10h du matin, et la rue Courmeaux est entièrement détruite cette nuit. Nous sommes toujours séparés du monde, peu de lettres, pas ou point de journaux. Vu Féron, marchand de vins, rue Boulard, qui me disait qu’un soldat du 7ème Génie, cantonné à Dieu-Lumière lui avait avoué, à l’instant vers 9h, que ses camarades pilaient les caves de ce quartier, vins en bouteilles et même en cercle qu’ils revendaient à leurs camarades de cantonnement à 1 F le litre ou la bouteille !!

Été porter lettre à Landréat. Vu à maisons Jacques et Gambart. Tout va bien, mes gardiens font bonne garde. Repassé rue de Talleyrand quand j’aperçois des soldats russes du régiment n°2 sortant de mon ancienne maison au n°37. Ils se sauvent, j’entre et me heurte à un qui n’avait pas eu le temps de filer. Je fais le geste de tirer mon revolver, il me met la main sur la mienne en disant : « Niet ! Niet ! » et faisant signe qu’il n’a rien pris, et pour assurer sa déclaration fait force de signes de croix !! Je le laisse partir et il prend ses jambes à son cou. Je crois que celui-là regardera à deux fois avant d’entrer dans une maison abandonnée. Je revisite ma pauvre demeure, c’est lamentable. C’est une ruine. Je tombe à genoux dans le jardin et je prie, demandant à Dieu de faire cesser mon martyr et d’être bientôt sain et sauf délivré des allemands, qui nous bombardent avec rage. J’y cueille une violette et quelques primevères que j’enverrai à ma pauvre femme.

Remis mon pli Delaitre au Commissaire de Police du 1er canton pour être remis à un automobiliste qui le déposera au Receveur des Finances de Reims à Épernay.

Je suis fatigué, fourbu, et très exténué…  abattu. Il parait que mon commissaire de police du 3ème canton Speneux a été incommodé par les gaz ce matin en procédant au sauvetage des victimes, et qu’il vient de partir à Épernay.

Mon Dieu faites que je sorte indemne de cet enfer bientôt, avec mes 3 malheureuses qui ne veulent pas me quitter ni m’abandonner. Mon Dieu, faites que Reims soit bientôt délivré !! Il a déjà suffisamment payé sa part aux malheurs et aux sévices.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Quasimodo -15 avril 1917 – Après une nuit épouvantable de bombardement avec obus asphyxiants sur le faubourg de Laon, le quartier de Saint-Marceaux, Gerbert et du Barbâtre, obus à gaz encore dans la matinée, même dans le centre. On signale une trentaine de victimes, intoxiquées, de tous côtés.

Dans la journée, bombardement ininterrompu en pleine ville ; les rues Courmeaux et Notre-Dame de l’Épine, notamment, sont fort éprouvées, comme dégâts.

Nous avons dû passer la journée entière dans les caves de l’hôtel de ville. Le soir, à 20 h en regagnant la cour du Chapitre, je m’arrête un court instant auprès de quelques personnes qui, de la place des Marchés, regardent le clocher de l’église Saint-André. Au quart de sa hauteur, à peu près, le trou d’entrée d’un obus laisse voir, au milieu des ardoises, un disque rouge décelant seul un incendie intérieur en train de dévorer la charpente.

Lorsque je repasse au même endroit, le lendemain matin, le clocher a totalement disparu.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Dimanche 15 Quasimodo – Nuit terrible, surpassant toutes les précé­dentes. Toute la nuit, canonnades et bombes, surtout de 6 h. à 11 h. et de 3 heures à 6 heures, par rafales. Dès le matin, avions en l’air. A 10 h., une quinzaine d’avions français paraissent à la fois en même temps dans l’air. Toute la journée, mais non par rafales, des obus tombent ici ou là, pendant que les avions français et allemands évoluent dans les airs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 15 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, nos batteries ont poursuivi leurs tirs de destruction. Nos troupes se sont organisées sur le terrain conquis.

L’ennemi a réagi, par son artillerie, sur nos premières lignes, notamment aux abords de la vallée de la Somme.

Au sud de l’Oise, nons avons réalisé des progrès sur le plateau au nord-est de Quincy-Basse. Notre artillerie s’est montrée particulièrement active sur les organisations allemandes de la forêt de Saint-Gobain et de la haute forêt de Coucy.

Au nord de 1’Aisne et dans la région de Reims, activité réciproque des deux artilleries.

En Champagne et dans les Vosges, canonnade assez violente dans divers secteurs. Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes au nord-est de Ville-sur-Tourbe a échoué.

Les Anglais ont enlevé le village de Fayet, au nord de Saint-Quentin, ainsi que les positions de la ferme de l’Ascension et de la ferme du Grand-Parel. Au nord de la Scarpe, après avoir occupé Angres, Givenchy-en-Gohelle, Vimy, ils se sont emparés de la fosse n° 6 et de la gare de Vimy. Le chiffre des pièces de canon prises par eux monte à 170. Le terrain conquis rejoint les positions saisies lors de la bataille de Loos.

Un navire hôpital anglais a coulé sur une mine; il y a 52 manquants. Un autre a été torpillé.

Le Brésil a saisi les navires allemands internés. La Bolivie a rompu avec le cabinet de Berlin.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 1 novembre 1916

Paul Hess

1er novembre 1916 – Ce jour de la Toussaint, la matinée ayant été calme, nous supposons, ma sœur et moi, pouvoir nous rendre au cimetière du Sud, en partant à 13 heures. Deux voisines de la place Amélie-Doublié se décident à nous accompagner.
Au cours du trajet, nous n’avons pas été sans remarquer les évolutions de deux aéros et lorsqu’après avoir suivi les boulevards Lundy, de la Paix et Gerbert, nous parvenons à hauteur du champ de Grève, nos pièces qui y sont en batterie commencent à tirer. La riposte pouvant ne pas se faire attendre, nous accélérons l’allure pour arriver… dès les premiers sifflements.
Dans ces conditions, nous ne prolongeons pas la visite aux tombes ; elle est très courte, d’autant encore que les 155 de la « Villageoise » se mettent, à leur tour, à tonner. Cette fois, nous n’attendons pas davantage la réponse qui va probablement être faite à notre artillerie, de ce côté également ; nous jugeons prudent de nous replier au plus vite, en biaisant par les rues Féry, Simon et du Ruisselet, pour gagner la rue des Capucins.
Peu après en effet, tandis que nous nous éloignons rapidement, des obus tombent sur le quartier Dieu-Lumière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue-ruisselet


 111

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Toussaint. + 8°. Nuit absolument tranquille. Matinée item. A 2 h. nous partons pour les Vêpres à Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent. A 1 h. deux aéroplanes français, tir des Allemands contre eux. Départ pour Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent ; d’autres aussi pendant l’office. 5 h. quelques obus allemands sifflent, 5 h. 1/2 les canons français tirent des bordées. Mitrailleuses jouent. Bombes dans le jardin de M. le Doyen, me dit-il.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1er novembre

Le calme règne sur l’ensemble du front où l’on ne signale que des luttes d’artillerie intermittentes assez vives dans la région de Sailly et du bois de Saint-Pierre-Vaast. Les troupes russes, dans la direction de Loutsk, ont détruit l’organisation de fils barbelés de l’ennemi ; elles se sont emparées de ses tranchées avancées et s’y sont établies. L’ennemi, qui contre-attaquait, a été repoussé. Au sud de Brzezany, les Austro-Allemands ont lancé une série d’attaques qui ont échoué. Ils ont perdu de nombreux prisonniers. Dans les Carpathes boisées, les éclaireurs russes ont effectué des reconnaissances. Nos alliés ont obtenu un succès sur le front du Caucase et un autre en Perse. Les Roumains dans les Alpes transylvaines, ont surpris les Austro-allemands. Ils ont occupé le mont Rosca. Dans la vallée de Prahova et dans la région de Dragoslavele, ils ont brisé plusieurs attaques. Le combat continue à l’est de la vallée de l’Olt. Dans la vallée du Jiul, la poursuite de l’ennemi est ininterrompue. Le bombardement s’est ralenti à Orsova. Violent combat d’artillerie sur le front italien (val Sugana). M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a donné sa démission pour raison de santé. il a été nommé ministre d’État.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 5 septembre 1915

Louise Dény Pierson

5 septembre 1915 ·

En septembre, notre école organise des vacances de repos pour les élèves.
Je fais partie du groupe et nous partons passer un mois à Châteauneuf-en-Thymerais, dans l’Eure-et-Loir, en bordure d’une magnifique forêt et en lisière des champs de la Beauce.
Repos bienvenu, qui nous remet de nos frayeurs journalières de la vie à Reims.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Paul Hess

Pendant le trajet que j’ai fait, au début de l’après-midi, pour me rendre à la maison de retraite par les boulevards de la Paix, Gerbert et Victor-Hugo, les explosions d’arrivées ne cessent pas de se faire entendre sur la gauche ; les obus tombent vraiment dru et j’ai lieu d’être étonné d’un spectacle donnant une impression frap­pante de calme, lorsque je pénètre dans l’établissement, rue Simon 26. De vieux pensionnaires que le vacarme des éclatements au dehors n’inquiète pas, font tranquillement leur partie de billard. C’est tout de même un curieux contraste.

Notre pauvre oncle Simon, soigné à l’infirmerie installée maintenant au sous-sol, a été sérieusement blessé aux deux jam­bes, d’après l’infirmière. Visiblement, il souffre, mais le brave homme se plaint à peine. Il tient à me dire tout le plaisir que lui font mes visites, aussi je suis heureux de pouvoir aujourd’hui lui consacrer plus de temps qu’en semaine.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Dimanche 5 – Nuit tranquille, quoique assez bruyante jusque vers 11 h. et troublée par la grosse artillerie de temps en temps. Retraite du mois. Expédié projet de Lettre aux Cardinaux pour souscription pour le relève­ment Franco-Belge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Vendredi 18 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 SEPTEMBRE – minuit – Je me réveille en sursaut… une canonnade lointaine, mais assez serrée me saisit et me décide à me lever et à me tenir prêt à toute éventualité. Il est trop évident que, de part et d’autre, l’action se serre, se serre… Je descends et vais m’installer sur mon fauteuil en bas ; j’achèverai là ma nuit.

Le carillon de Notre-Dame ne marche plus l’horloge non plus ; le chef sonneur Stengel a été blessé aux VI Cadrans. C’est le Grand Séminaire qui vient d’égrener minuit.

La nuit est si belle, si profonde ! Elle est majestueuse. Une jetée sobre d’étoiles sur l’infini en bleu sombre. Pourquoi couvre-t-elle des heures aussi tragiques? Il y a longtemps qu’à l’instar des jours de cet été, les nuits n’avaient été si belles… Étaient-elles jolies les journées d’Abondance, lors de la mobilisation générale ? Depuis mon arrivée, la montagne n’avait pas revêtu encore des lignes aussi élégantes, des couleurs aussi transparentes Mon Abondance ! coin béni des Alpes bienaimées, qui abrite ce que j’ai de plus cher au monde… Rapprochez-vous, montagnes bénies ; comme les bras d’une « aima mater », ne laissez pas arriver le bruit horrible des machines qui tuent, l’épouvante des journées de dévastation, la désolation effroyable des ruines fumantes qui s’entassent sur des ruines déjà entassées…

Mon Dieu, donnez le courage à ceux qui sont au combat, le courage à ceux qui souffrent, le courage à ceux qui meurent, le courage à ceux qui sont dans l’angoisse dans les attentes anxieuses, dans la cruelle incertitude.

Cette journée qui va venir sera-t-elle aussi cruelle que le jour qui vient de tomber? A tous, que votre bonté de Père donne la grâce du moment, la grâce proportionnée à l’épreuve, que sur tous s’étende votre miséricorde, votre bénignité, la consolation et l’apaisement.

Je suis entre Vos mains, mon Dieu ! Pardonnez-moi. Bénissez votre prêtre, votre ami… Bénissez-nous.

2 heures 25 matin ;

Je suis réveillé par la canonnade très rapprochée, le crépitement caractéristique des mitrailleuses. On se bat à proximité, dans la nuit… Je suis tout tremblant de mon réveil brutal d’une part et de l’horreur de la chose d’autre part… Nous sommes donc véritablement champ de bataille ? Confions-nous à Dieu.

Je me rends à la cathédrale.

4  heures ;

Arrivé sur le transept avant 3 heures, je suis dans l’attente de ce qui va se passer. Vont-ils continuer le bombardement d’hier ? Se sont-ils repliés ?

La canonnade était rude quand je suis arrivé ici. Tout s’est apaisé.

Et voici que les grondements viennent de reprendre, plus intenses avec, par instants, au moment où ma plume court, le crépitement des mitrailleuses. Il y a des corps à corps, un engagement sérieux dans la région. Et ce sont des grosses pièces qui tirent ; le grondement est terrible… on voit de rapides éclairs et la flamme des explosions.

Les incendies font rage tout autour – un rue de Nanteuil et un rue Cérès… la ferme des anglais donne encore des lueurs et chez Lelarge, c’est encore bien embrasé. Au loin, des incendies. Fallait-il donc voir ces horreurs de la guerre ailleurs que dans les images, dans l’œuvre des artistes?

La nuit est en ce moment si calme, sur la ville toute apaisée ou plutôt terrorisée, sans lumières !

Une chouette s’envole derrière moi ; une autre fait entendre un chuintement qui évoque le sinistre sifflement. J’ai une envie de dormir que je n’arrive pas à combattre ; je vais chercher un coin favorable – au fond de la grande nef, vers la façade, sur l’escalier près des réservoirs –

4 heures 1/2 soir ;

Dans la réserve, sur l’autel, après avoir refermé le tabernacle devant lequel avec M. le Curé, je viens de dire Matines et Landes pour demain…

La matinée a été effroyable ; où s’arrêtera cette progression?

Vers 9 heures, nous causions à plusieurs dans la sacristie ; un coup épouvantable sème la terreur… en même temps que les morceaux de vitres de tous les côtés ! Un deuxième coup ; nous fuyons dans la cathédrale. Un autre coup terrible ; les vitraux s’effondrent dans la nef sud… M. le Curé qui – héroïque comme il l’a été tous ces jours – s’inquiète des blessés, court après la clef de la tour Nord pour les y faire entrer. Pan ! un autre coup terrifiant qui tue un gendarme net dans la basse nef près du troisième pilier (à partir du portail) (la paille est restée rouge de sang) et un blessé sous les blocs énormes de la rosace du troisième vitrail et les gros fers qui le bâtissent – vitrail complètement vidé par ce coup.

Je me précipite avec M. le Curé. J’avais la clef de la tour. On fait monter les blessés… ceux qui peuvent se traîner du moins… et la plupart gémissent lamentablement, traînant qui, une jambe brisée, qui, un pied broyé. Alors, c’est l’heure horrible dans cette tour ; les bombes se succèdent sur la cathédrale et dans le voisinage immédiat. Les résonances sont fantastiques, lugubres. La colonne d’air qui est rendue toute vibrante dans la tour par le fait des explosions, ms donne l’impression que toute cette masse si homogène de pierres taillées frémit, tremble…

L’effroi est parmi les blessés ; l’infirmière protestante est terrorisée. L’aumônier catholique -(un vicaire du diocèse de Munster) dit le chapelet à ma demande. Les deux religieuses lui répondent avec les quelques catholiques qui sont dans le groupe. Ce sont des « Mein Gott, mein Gott !” » à n’en pas finir.

Et les coups se succédaient ! Oh ! que le temps est affreusement long en de semblables occurrences !

On se hasarde à descendre les quelques marche ! Nous étions à peine entrés dans la confiance qu’un peu de répit nous était accordé, qu’une bombe arrive devant la porte du chantier. M. le Curé, qui tournait le coin de 1’archevêché, a pu se garer,… mais on dit qu’il y a un blessé.

J’y vais ; nous ramenons un civil, un homme d’âge mur, frappé au côté et à la cuisse… On le rentre ; je coupe les vêtements ; on le panse… Un peu plus loin, dans la basse nef nord, un allemand se meurt auprès d’un autre atrocement atteint par les éclats entrés dans la cathédrale ; j’appelle l’Abbé Schimberg qui vient le soigner moralement. Sur les entrefaites, le Docteur Major a eu l’idée d’envoyer un parlementaire dire aux ennemis, à ses frères, que la cathédrale est atteinte et que les blessés allemands y sont en souffrance.

« Ich bitte als Parlementar abgeschickt zu werden, um dem deutschen Heere mitteilen zu können dass D00 deutsche verwundete in der Kathedrale liegen und diese im aller heftigssen artillerie feuer liegt. Ich hoffe damit eine weitere Zerstörnung der herrlichen Kathedrale und eine weitere Zerstörung der Stadt, zu werhindern ? Dr.Pfluszmeiste »[1]

Cette note ne put être portée ; la chose était impossible. J’ai appris d’un soldat français un peu plus tard que le major avait voulu envoyer vers ses frères un prisonnier prussien pour dire ce qu’il advenait de la cathédrale. Aucun n’a voulu partir. Moi-même, dans la tour, n’ai-je pas dû me fâcher pour obtenir que les premiers entrés montent plus haut pour faire de la place à leurs camarades et pour laisser un chemin au cas où une alerte nous obligerait, moi et M. le Curé, à descendre dans la cathédrale ? Ils n’osaient pas tellement était terrible le vent de mort qui soufflait… !

Un des lustres est tombé, coupé par la mitraille (le deuxième à partir du petit orgue) La cathédrale est semée de vitraux en mille pièces… des morceaux entiers d’architecture ont été projetés dans la cathédrale. La lampe qui brûle devant la Réserve a été broyée ; l’huile est épandue à terre. Oh ! le douloureux pèlerinage que j’ai fait ensuite par le chemin de ronde ! Mes yeux s’ouvraient les premiers sur ce désastre… ils auraient dû se fermer…

Hier matin, deux bombes avaient atteint le vaisseau, l’une… l’autre sur la galerie de l’abside, côté Nord, faisant des dégâts incommensurables ; la galerie est broyée ; deux chimères sont décapitées, une gargouille abattue. Et tous ces débris sont venus s’abattre sur les combles des basses nefs, crevant les plombs… Sous ces deux projectiles, les poutres énormes ont volé en éclats, déchiquetées et projetées à distance. Comment le feu n’a-t-il pas pris dans ce vieux bois?

Je mets de côté parmi de petits crochets dont je ramasse toute une famille, la tête d’un aigle décapité, le premier en partant du côté Nord de l’abside.

Je vais déjeuner rapidement et craintivement (au troisième étage) chez les demoiselles Mathieu et j’apprends en retrouvant M. le Curé (qui vient de voir un général) que le gros des forces allemandes est là devant Reims – 500.000 hommes – Nous en avons autant à leur opposer. La bataille décisive de la guerre est engagée sur nous. Reims est sacrifiée !

Et les allemands se sont très solidement fortifiés sur leur ligne de retraite. La lutte est dure, dure ; on ne recule pas, mais l’avance est très rude. C’est ce que venait de me dire par ailleurs un officier… lequel me laissait entendre des jours entiers à vivre dans cet horrible cauchemar. Car personne ne peut prévoir la tournure de ce duel… 0n a beau vouloir faire son devoir, la perspective est austère… !

Rencontré l’Abbé Heintz[2], en rentrant à la cathédrale vers 1 heure ¾ ; je le conduis vers M. le Curé  qui va annoncer à Mgr Neveux[3] la mort de 4 religieuses de l’Enfant Jésus…

Je quittais l’Abbé Heintz, que j’avais conduit chez moi boire une flute, et j’enfilais la rue de l’Ecole-de-Médecine quand un sifflement amène une bombe à proximité. Pan ! Je me couche… les éclats pleuvent… C’est Prieur qui a enregistré le projectile. Je me hâte vers la cathédrale… j’y rejoins à peine M. le Curé… nouvel éclat ; nous rentrons dans la tour nord avec les blessés. Deux, trois coups nouveaux ; encore notre pauvre cathédrale ! C’est affreux !

Nous sortons vers 3 heures 3/4 pour aller à la Réserve et où, après un long recueillement, j’ai demandé une absolution à M. le Curé. Je vais chercher mon bréviaire à la sacristie… une nouvelle bombe s’écrase tout près de la cathédrale. Oh ! l’Office récité ainsi dans de telles circonstances ! C’était l’Office de St. Janvier – Matines et Landes de demain – que d’allusions directes à nos misères !

8  heures 3/4 ;

Elle avait à demi-raison cette fille qui, à midi, gourmandait sa compagne ; « Je te dis que non ; Je te dis que l’après-midi, çà ne porte pas malheur, au contraire ! » Il s’agissait d’une vieille ineptie « le curé, çà porte malheur ».

Nous sommes allés avec M. le Curé au bureau du commandant de la Place, pour demander qu’enfin on pense aux blessés allemands ; des pauvres diables qui, depuis hier soir, n’ont à peu près rien pris !… Quand Je repasse par la cathédrale, on a enfin rapporté les quartiers de cheval que les Petites Sœurs de l’Assomption avaient bien voulu faire cuire, mais on attendait encore le pain.

10 heures 1/4 ;

Je vais me coucher, m’étendre sur le matelas que J’ai déposé dans ma salle-à-manger. J’ai très sommeil.

Le canon tonne toujours ; des troupiers sont passés, qui se sont battus route de Cernay. Le feu diminue et est circonscrit rue de l’Université (Fourmont, la Préfecture, M. Nouvion) Mais quel brasier !

[1] Je vous demande d’être envoyé en parlementaire pour informer l’armée allemande que vous avez blessé des blessés allemands dans la cathédrale, et que c’est dans le feu d’artillerie le plus violent. J’espère que cela détruira plus loin la magnifique cathédrale et détruira plus loin la ville? Dr.Pfluszmeiste
[2] Joseph-Jean Heintz, Prêtre du diocèse de Reims (1910-1933) https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Jean_Heintz
[3]
Ernest Neveux
(notes de Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

18 septembre 1914 ·

·

Le lendemain nous décidons de rentrer chez nous dans notre quartier Sainte-Anne, maintenant plus éloigné de la ligne de feu, dont l’existence se manifeste par une fusillade peu nourrie et quelques obus sur la ville.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Vendredi 18 septembre 1914

7ème jour de bataille et de bombardement

6h20 matin  A 2h10 du matin attaque de nuit vers le faubourg Cérès qui a durée jusque vers 4 heures. Impossible de dormir ou mal, on a la fièvre. A 5h1/2 on entend des sifflements d’obus, je m’habille et descend à la cave jusqu’à 6h. En ce moment le canon fait rage vers Brimont, peu de choses sur Cérès. Quand donc ce sera fini ! Je commence à n’avoir plus de courage ! Je vais tâcher de me coucher et de dormir un peu, car depuis 2h du matin je n’ai pour ainsi dire pas dormi. Mais les allemands me laisseront-ils tranquille ? Temps nuageux d’automne, le vent chaud du sud qui soufflait hier en tempête est tombé.

8h1/2  Je vais voir à déposer à la sûreté de ce qui reste de l’étude de mon pauvre ami Jolivet, et parer au plus pressé.

8h40  Une bombe éclate (derrière moi), place du Parvis comme j’entrais rue des 2 Anges.

Je suis allé m……..

10h20  Je réparerai ma plume coupée par un obus tout proche tout à l’heure.

Je suis donc descendu à 8h50 dans la cave avec mon équipement. 8h58 un obus tombe tout proche de la maison, c’est chez Coyart (à vérifier), contre Bellevoye, avec de gros dégâts. Le Roy bijoutier ainsi qu’au Petit-Paris et chez le coiffeur en face, un autre presque aussi près dans la rue du Cadran St Pierre en face des sœurs de la Charité et de Lapochée. Devantures en miettes. Dieu et la Vierge nous a encore protégé, 2 éraflures sur l’angle de pierre du bas de la fenêtre du cabinet de toilette. Soyez béni et remercié mon Dieu, et continuez à nous protéger ainsi que mes chers adorés, ma femme et mon pauvre Père !! Quand je suis dans cette cave je ne puis exprimer ce que je souffre en songeant à eux. C’est une obsession…  C’est terrible comme torture morale.

Nous remontons à 10h et quelques minutes, soit 1h de bombardement environ.

Je reprends ma plume interrompue par cet obus destructeur :

Je suis allé, disais-je, voir Bompas notre appariteur pour le prier de m’envoyer un clerc de chez Jolivet afin de prendre les mesures nécessaires pour garder les ruines de la maison du pauvre ami, de savoir s’il y a des minutes dans la cave, ou si tout est brûlé, où sont les testaments, etc… Je repasse devant cette pauvre maison qui fume encore. Le salon seul est à peu près intact, comme le mobilier de la salle à manger également sur la rue de la Belle Image, mais il ne reste plus rien de l’Étude, du premier étage et du vestibule et du petit salon. Il y a un agent de police qui garde.

Je vais au Palais de Justice voir le Procureur de la République lui dire ce que j’ai pris sur moi de faire. Il me reçoit très aimablement et approuve ce que j’ai fait. Comme Peltereau-Villeneuve est souffrant et incapable de s’occuper de quoi que ce soit, il me donne un mot pour lui, ci-dessous :

R.F. Parquet en la Cour d’assise de la Marne

et du Tribunal de 1ère Instance de Reims

                                                                              Reims, le 18 septembre 1914

                                                                              Le Procureur de la République près la cour d’assises etc…

                                                                              à M. le Président de la Chambre des notaires

j’ai l’honneur de vous prier de prendre toutes les mesures nécessaires pour la conservation des minutes de Maître Jolivet s’il en reste encore dans les caves de sa maison incendiée hier. Il y aurait intérêt à les transporter à la Chambre des Notaires.

Je vous serai obligé de me rendre compte de vos diligences et de l’état des minutes le plus tôt possible.

                                                                                              Le Procureur de la République

                                                                                              Louis Bossu

et de me prier de faire le nécessaire après entente avec lui. Je cours chez Peltereau-Villeneuve qui est dans sa cave, il a reçu hier deux obus, dégâts relativement insignifiants. Il accepte que je m’occupe de Jolivet et avouant lui-même qu’il est sans force et encore sous le coup de la terreur d’hier. Sa petite femme est encore toute tremblante et fort nerveuse, elle me supplie de venir les voir de temps en temps. Je lui promets car elle me fait pitié. Je traverse la place du Parvis et la rue du Trésor avec l’idée d’aller dire à Bompas ce qui a été entendu et à faire, quand au coin de la rue des 2 Anges, au moment où je me demandais à un clerc de chez M (non mentionné) nommé Fossier s’il connaissait les noms et adresses des clercs de Jolivet…  au moment où il me disait qu’il les ignorait…

Bing ! un obus près de la Cathédrale, débandade. Un habitant de la rue des Deux Anges, au 11 ou au 13, ancienne étude Minet, m’offre très obligeamment l’hospitalité dans sa cave. Je l’en remercie en lui disant que je préfère rentrer chez moi. J’enfile la rue des Élus, la rue des Chapelains et cela pétarade un peu partout, rue du Cadran St Pierre je passe devant les sœurs de la Charité et de Lapochée bien tranquilles, alors je rentre. A peine descendu dans ma cave les 2 obus saccageaient le coin de la rue de Talleyrand, Cadran St Pierre et Étape. A 5 minutes près « j’étais frit », comme dirait l’abbé Andrieux !

9h40  A 1h1/4 je vais m’entendre avec Bompas pour mettre à l’abri le mobilier (ce qui en reste) de Jolivet, et je donne l’ordre de boucher toutes les issues car il y a trois coffres-forts sous les décombres. Son clerc le contacte, mais il n’a indiqué que l’endroit à vider et m’a déclaré qu’il n’y avait aucune minute dans la cave et que par suite tout a brûlé, c’est le désastre ! Je fais monter une partie du mobilier à la Chambre des Notaires et le reste sous clef dans la salle à manger qui est encore assez préservée. Nous verrons plus tard, ainsi qu’à l’enlèvement des coffres-forts.

Je vais voir le Procureur, à qui je signale ce que j’ai appris et fait pour cette étude ; il me laisse carte blanche et m’a dit qu’il me couvrait ! En allant au Parquet j’ai relevé 1 obus qui a brisé un arc-boutant de la nef de la Cathédrale, 2 rue Robert de Coucy, 3 devant l’Avenir (le journal) au coin de la rue Libergier, 1 devant le Grand Hôtel qui a broyé la pharmacie Boncourt, 1 chez Daubresse, huissier, et chez le marchand d’antiquités il ne reste rien, rue Tronsson-Ducoudray.

Je vois le Procureur de la République, qui ne veut rien faire, il me parait (rayé) fort ennuyé d’être revenu ici, il a peur, malgré qu’il nie le contraire. Faux brave.

Un soldat du 17ème d’artillerie me dit que chaque fois qu’ils découvrent ou repèrent une batterie allemande elle est aussitôt muselée en 5 minutes.

  1. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin, m’apprends que notre secrétaire de la Chambre M. Varenne et sa femme ont été tués par un obus ce matin. La femme a été coupée en 2 et on n’a pas pu encore retrouver les jambes. Je donne les indications nécessaires pour que M. Millet pourvoie à ses obsèques.

Je veux aller voir mon beau-père quand à 3h1/2 j’entends éclater un obus près de l’Hôtel de Ville. Je suis place de la Caisse d’Épargne. Je rebrousse chemin vers la rue de la Renfermerie et reste à la maison et de là me prépare à descendre à la cave.

Quand un coup de sonnette. C’est M. Charles de Granrut de Loivre qui arrive harassé en me demandant à boire. Je le fais descendre avec nous à la cave et là je lui donne une bouteille de Mesnil 1906 Ch. Heidsieck avec de l’eau. Il mourrait de soif. Il me raconte qu’il arrive de Loivre dont il ne reste presque plus rien. Son château est occupé par les troupes françaises et est le pivot de tout notre front pour réduire le fort de Brimont, en sorte que sa pauvre propriété a été un vrai nid à bombes, il estime qu’il en a reçu au moins 200, ou 2000 (?) dans son parc depuis 3-4 jours. Ce parc est jonché de cadavres français, et le fossé qui borde le mur de son château sur la route qui conduit à la gare est rempli de cadavres. C’est effrayant à voir parait-il. Il estime qu’il a au moins pour 300 000 francs de dégâts, il affirme que depuis 6 jours le fort de Brimont a bien reçu 20 000 obus. Nous remontons de la cave et il me quitte quelques instants après demander l’hospitalité à Charles Heidsieck. Il est très énervé, il y a de quoi devant cette ruine, et il a passé quatre jours et nuits dans sa cave en entendant tous les obus qui lui passer par-dessus la tête. « C’est à rendre fou ! » me disait-il.

8h3/4 soir  Vers 6h je vais m’assurer si tout est bien fermé chez mon malheureux confrère Jolivet, et si tous mes ordres ont bien été exécutés. Bompas vient de tout terminer : le plus pressé est paré. Autant j’ai trouvé notre Procureur (rayé) en dessous de tout, autant chez ce brave Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline des notaires de Reims j’ai trouvé de dévouement, de courage et de netteté dans l’exécution de mes ordres. Demain, il s’occupera de recruter des ouvriers chez Bouche, ou Dubois-Oudin pour enlever les coffres-forts et les déposer à la Chambre des Notaires. Je suis  sûr qu’il trouvera et que tout sera bien fait. Je m’assure aussi à la Police Centrale que l’on veillera à faire des rondes de nuit autour des ruines.

En rentrant chez moi je vois une immense lueur d’incendie. Les flammes s’élevaient à 20 mètres au dessus des maisons de la place des Marchés. Dans la direction de la rue de l’Université, en effet la sous-préfecture, les maisons Fourmon, Benoist et Cie rue des Cordeliers, l’ancien Lycée de filles transformé en ambulance ajoute-t-on brûlent. Une bombe incendiaire. Que nous donnera la nuit, Demain.

Oh que je suis las et que je souffre d’inquiétudes pour les miens. Je crois que je ne résisterai pas longtemps. Quel Enfer !! Et quel Martyr !! Mon Dieu, auriez-vous pitié de moi et de mes chers aimés, femme, enfants, Père !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Aujourd’hui, c’est à 2 h 1/2 du matin, que nous sommes arrachés brutalement à notre sommeil par les détonations épouvantables des grosses pièces et qu’il nous faut encore faire, avec les enfants, une descente immédiate à la cave ; elle est particulièrement pénible.

La famille des concierges, augmentée depuis hier de deux personnes, et les Robiolle, restés avec eux pour la nuit, viennent nous rejoindre tout de suite ; nous sommes réunis au nombre de quatorze et tous, nous éprouvons le besoin de dormir encore. Nous cherchons à prendre, les uns sur des chaises, d’autres allongés sur un tapis, des positions dans lesquelles nous pourrions nous assoupir et reposer quelques instants ; c’est impossible.

Nous causions des tristes événements de cette période terrible que nous vivons ; des ravages causés par le bombardement, pour ainsi dire ininterrompu depuis lundi 14 ; des véritables massacres qui en sont résultés ; des victimes que nous connaissions ; de la situation tragique de la ville de Reims, qu’on ne peut, nous semble-t-il laisser abîmer plus longtemps, ce qui nous donne l’espoir que la poursuite de l’ennemi, si malheureusement arrêtée, sera vraisemblablement reprise dès que possible.

Mme Guilloteaux, assise dans un fauteuil qu’on est allé lui chercher, afin de lui donner le moyen d’installer mieux la petite Gisèle, âgée d’une semaine à peine, qu’elle tient enveloppée dans un duvet, exhale ses plaintes, la pauvre femme, après chacune des explosions formidables que nous entendons. Elle répète ce qu’elle disait souvent hier et tous ces jours derniers :

« Eh, mon Dieu ! on n’arrivera donc point à les déloger de là ».

Le ton larmoyant de cette demande bien vague, faite à la cantonade, avec une prononciation ardennaise fortement accentuée, porterait à rire en toute autre circonstance ; on n’y pense pas. Nous comprenons trop bien les angoisses terribles de la bonne aïeule voulant protéger de tout danger, même du froid, le frêle petit être qu’elle garde précieusement sur ses genoux et personne ne lui répond aujourd’hui, parce que, sincèrement, on ne peut plus rien lui dire, car à la longue, nous finirions aussi par nous demander si on y parviendra, à « les » déloger.

Nous ne sommes pas initiés – loin de là – mais il est devenu évident que nos troupes ont trouvé le 13, au sortir de Reims venant de les fêter, une résistance opiniâtre qui semble devenir, de jour en jour, plus difficile à briser.

Le communiqué de 14 h 30, en date du 14, publié par nos journaux locaux le 16, nous a bien appris que les Allemands avaient organisé, en arrière de Reims, une position défensive sur laquelle ils n’ont pu tenir, mais celui du même jour – 23 h 15, disait : …Au centre, l’ennemi semble également vouloir résister sur les hauteurs du nord-ouest et au nord de Reims, etc. La deuxième dépêche de ce lundi dernier 14, n’était donc pas longtemps sans venir contredire la première. D’ailleurs, nous sommes bien placés – quelle dérision d’employer pareil terme ! – pour savoir que l’ennemi ne semble pas seulement vouloir résister, et pour avoir la certitude qu’il résiste vigoureusement. Nous ne nous sommes même aucunement aperçus d’un ralentissement du bombardement commencé le 14, dans la matinée ; il n’a fait, au contraire, qu’augmenter d’intensité.

Comment les Allemands sont-ils parvenus à s’accrocher aussi solidement aux hauteurs qui dominent notre ville, à si peu de distance ? Seraient-ils donc parvenus à opérer, à leur tour, une volte-face, un redressement qui serait, toutes proportions gardées peut-être, une réplique de celui qui fut si bien réussi par nos armées, il y a une quinzaine de jours, lorsqu’elles ont arrêté net la marche sur Paris ? Après les avoir vus traverser Reims dans une complète retraite, bien près de se transformer en déroute, nous aurions du mal de comprendre cela.

Il serait fort intéressant de connaître ce que pense de pareille situation l’autorité militaire, mais, bien entendu, nous ne savons absolument rien et ce n’en est pas plus rassurant.

Après avoir vu le flux de l’armée allemande et son reflux en des déploiements formidables, allons-nous être de nouveau envahis ? Malgré tout, je veux espérer que non !

Toutes ces pensées me traversent l’esprit, après chacune des lamentations de Mme Guilloteaux.

A 3 h 1/4, la canonnade paraissant cesser, je retourne au premier étage, m’étendre sur un lit, tout habillé et deux heures après, toute la famille est remontée. Quelques minutes seulement se passent ensuite. A 5 h 20, le sifflement de plus en plus fort d’un obus qui arrive, nous fait craindre, l’espace de quelques secondes, avant son explosion, qu’il soit pour nous. Il éclate tout près et nous oblige à réintégrer la cave que nous ne pouvons plus quitter, après un semblant d’accalmie, le bombardement vient de reprendre avec violence et il nous faut, cette fois encore, y passer toute la journée.

M. Robiolle avait quitté hier l’établissement des Bains et lavoir publics qu’il dirige, rue Ponsardin ; il désire savoir ce qui a pu se passer de ce côté, et s’en va, suivi de sa femme, se proposant de revenir aussitôt mais nous ne les revoyons pas. Les explosions continuelles des obus qui se sont mis littéralement à pleuvoir dans ces parages, peu de temps après leur départ, rend leur retour impossible.

Le boulevard de la Paix, dans toute sa longueur, de même que les boulevards Gerbert et Victor-Hugo sont complètement hachés. Les batteries d’artillerie du malheureux groupe que j’avais remarqué, bivouaquant là, depuis le 15, ont bien été repérées, malgré l’abri que pouvaient leur donner les gros arbres, qui, pour la plupart, sont ébranchés ou mis en pièces. Des hommes et nombre de chevaux sont tués en ces endroits. La caserne Colbert a été touchée plusieurs fois.

La cathédrale l’a été également.

Le soir, des obus incendiaires qui hier, avaient fait leur première apparition, sont encore envoyés sur la ville. Un incendie allumé par ces projectiles à la sous-préfecture, rue de l’Université, se propage aux maisons voisines jusqu’à la rue des Cordeliers, après avoir gagné la maison Fourmon, en angle, puis progresse ensuite jusqu’à la moitié de cette dernière rue.

L’usine Lelarge, boulevard Saint-Marceaux, est en feu depuis hier.

A la nuit de cette nouvelle et longue journée d’épouvante, nous sommes exténués.

Paul Hess, dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Gaston Dorigny

Le canon tonne au loin, on dirait que nos troupes ont pris l’avantage à partir de dix heures du matin, on ne tire plus dans nos parages. Un calme relatif règne jusque vers quatre heures du soir, d’autre part les renseignements recueillis à diverses sources sont rassurants, on dit que les Allemands sont cernés et vont être contraints de quitter la région.

On reprend espoir pendant un instant, hélas, il faut en revenir.

Aussitôt quatre heures du soir un combat d’artillerie recommence, combat qui doit durer toute la nuit, que cela peut-il bien cacher ?

Gaston Dorigny

Victimes des bombardements à Reims ce jour là :


Samedi 18 septembre

Lutte de bombes et de grenades entre Angres et Souchez et dans le secteur de Neuville; tirs efficaces de nos batteries sur les ouvrages allemands.
Bombardement réciproque au sud d’Arras. Combat de mousqueterie, de tranchée à tranchée, dans la région de Roye.
Du confluent de la Vesle et de l’Aisne jusqu’au canal de l’Aisne à la Marne, canonnade très vigoureuse. Entre Aisne et Argonne, à la Fontaine-aux-Charmes et aux Courtes-Chausses, nos batteries ont endommagé sur plusieurs points les positions ennemies.
En Woëvre et sur le front de Lorraine, notre artillerie a également exécuté des tirs efficaces.
Les Allemands ont bombardé dans les Vosges, l’Hilsenfirst et la cote 425, au sud de Steinbach.
Nous avons opéré un tir de destruction sur l’usine électrique de Turckheim.
Les troupes de Hindenburg, au front oriental, ont réussi, au nord-est de Wilna, à franchir la Wilia. Elles ont abouti aussi à repousser nos alliés dans la région de Pinsk, mais les Russes ont brisé toutes les contre-attaques près de Derajno et dans le secteur de Galicie, où ils ont encore fait quelques centaines de prisonniers. Sur la Strypa, les combats se poursuivent, très violents. Les journaux de Berlin reconnaissent d’ailleurs la retraite des Austro-Allemands dans cette région.
Les alpins italiens ont recueilli quelques succès dans les montagnes de Carnie, à de hautes altitudes.

 

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Mercredi 16 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

16 Septembre ; 11 heures – Nous sommes canardés ici depuis 9 heures réponses des allemands aux batteries qui sont placées chez Lelarge et au Champ de grève.

Vers 10 heures, d ou 3 projectiles sont tombés tout près ; un m’a paru avoir saccagé le Lycée où il y a encore 50 à 70 blessés {à deux d’entre eux, logés au dortoir en face de ma maison, j’ai fait hier une distribution par une musette tendue au bout de quelques cravates liées bout à bout). Je suis sorti vivement ; la bombe était tombée au Grand Séminaire, dans le jardin, démolissant toutes les vitres etc… Elle avait creuse un trou énorme. Je ramasse dans la Salle des Exercices, un morceau tout brûlant encore ; je le donne à M. le Supérieur, réfugié aux Caves avec quelques confrères, entre autres le chanoine Seller etc… Les obus continuent à siffler, mais tous n’ont pas l’importance de celui-là. J’ajoute qu’il y a eu une victime ce matin – j’oubliais ?… – un bon gros rat qui se promenait et qui a eu l’artère carotide tranchée. Je l’ai retrouvé baignant dans son sang, parmi les décombres…

Toute la population est terrée à nouveau ce sont d’austères IV temps de Septembre !

Midi 1/2 ; J’ai senti trop profondément jusqu’ici la protection de notre vénéré Pie X, dont j’ai établi le buste dans mon bureau depuis le commencement des évènements. Aujourd’hui autant en témoignage de reconnaissance qu’en demande d’une sauvegarde continue.

Je fais le vœu, si je ne suis en rien atteint dans ma personne et dans mes biens, si ma mère également est sauve, de toujours avoir une image de Pie X dans mon bureau, et de la vénérer comme celle d’un Saint.

8 heures-soir ;

Oh ! l’atroce journée ! J’écris les mains rouges de sang et rempli de sang des pieds à la tête. J’ai assisté les artilleurs sur le boulevard de la Paix et le boulevard Gerbert. J’ai vu des choses atroces.

La position de ces troupes – caissons et matériel – sous les arbres, à proximité en somme des batteries des Coutures et de chez Lelarge, a été repérée par 1’ennemi à l’aide de signaux. C’est indiscutable ; on changeait de place… et vivement arrivaient les projectiles.

A heures, j’étais à l’angle du Boulevard Gerbert et du Boulevard de St. Marceaux ; les bombes arrivaient de l’autre côté du Boulevard de St. Marceaux. Pan ! Pan ! 2 obus en plein boulevard, saccageant 6 chevaux. Pas d’hommes, criai-je ?

– Si ; un blessé au bras qu’on enlève… Spectacle lugubre ! Ces pauvres bêtes abattues jetant un suprême gémissement.

Vite, on sépare les vivants des morts… Je demande à un lieutenant qu’on achève une pauvre bête qui avait la jambe brisée et un éclat dans la cuisse… Pauvre fier animal ! Il fallut 3 coups de revolver ; il dressait la tête, se détournant du canon braqué sur son cerveau… j’étais retourné.. !

Nous nous étions géré de ces bombes en nous jetant brutalement du côté du boulevard Gerbert, le long de la maison du dentiste. Pan ! Dans notre dos en plein… on se jette par terre… on y est jeté plutôt ! On se relève blanc comme Pierrot. Un homme gémit, se traîne ; je me précipite ; il avait une blessure à la tête ; on le panse sommairement ; je l’emmène chez moi ; je lui fais avaler une coupe de Champagne. Je lui demande d’où il est, s’il est marié. Il fond en larmes

Il est, marié depuis quelques mois et a un petit garçon… Il me montre les lettres de sa jeune femme… C’est Remi Crinquette, de Merville (Nord) Je le conduis au lycée.

Je retourne aux artilleurs – après avoir fait la connaissance du lieutenant, du sous-lieutenant et du sergent-major, à qui j’apportais cigares et Champagne.

On avait fait reculer toutes les batteries aussitôt cet évènement. Le lieutenant, ému, vient me serrer la main ? Je les avais touchés tous, paraît-il (vraiment, je n’avais pensé à rien) en m’occupant du blessé dans la poussière…

Je suis allé aux Caves Lanson rassurer entre autres habitants innombrables de ces catacombes, Th.W. Je reviens à mes artilleurs.

D’autres bombas sur le boulevard les forçaient à reculer toujours. Puis, vient l’affreux moment.

La batterie de l’extrémité des Coutures vient de recevoir un obus en pleine batterie ; on amène des blessés – deux très gravement atteints sont à l’ambulance St.-Marceaux. On les soigne au bout du boulevard, presque à l’Esplanade. Et j’étais avec un blessé qui était atteint des pieds à la tête – qu’on avait fait entrer dans la grande maison du coin, avec véranda, pour le déshabiller – quand un, deux coups effroyables retentissent. C’est en plein boulevard, en haut de la place Belletour que deux obus de gros calibre sont tombés… Vite, l’ordre est donné de reculer encore, puis c’est l’atroce spectacle.

On amène vers moi, qui étais accouru vers l’endroit fatal, des hommes horriblement blessés. Ce sont des infirmiers qui ramenaient 1es blessés de la batterie. Ils sont fracassés ! On coupe les vêtements… ils sont en sang partout, les pauvres amis… et quelles horribles blessures font les éclats d’obus !

On commençait le pansement Esplanade Cérès, pan ! un obus ; on enlève le blessé jusqu’à la rue de Bétheny.

Il y en a d’autres, dit-on, et des mourants place Belletour.

Je retourne avec les infirmiers. Et oui, il y avait là quatre cadavres abominablement atteints ; un était vidé complètement ; nous soignons un cinquième qui avait l’épaule enlevée et qui avait, en dehors, 10 blessures graves… on le panse… Combien paisiblement !… Puis il entre en agonie. Je l’assiste. Il meurt pendant qu’on enlevait 20 mètres plus loin, près du Courrier, 3 autres blessés, à l’un desquels je donne l’absolution.

Combien j’ai été touché alors de ces réflexions des artilleurs qui m’entouraient. « M. le Curé, vous venez avec nous ; vous allez nous accompagner toujours ? »

« – Hélas, mes pauvres amis, je suis de Reims et je dois rester ici »

Entre temps était passé le lieutenant Sorent[1], polytechnicien très courageux, qui portait sans sourciller une grosse blessure à la hanche ; son carnet de poche était troué par un éclat qui avait piqué la peau. Brave et braves garçons…

Ce soir, je fais faire à Poirier le pèlerinage des VI Cadrans {mais la ville est tellement plongée dans l’obscurité qu’on ne distingue rien ; il y a eu là pourtant 6 ou 8 victimes)

Pèlerinage encore aux deux trous de la place Belletour, là où sont tombées les bombes qui ont massacré les infirmiers et tué 5 hommes et 4 chevaux.

Je fouille les trous ; j’en extrais des éclats affreux ; les hommes ont été enlevés ; les chevaux seuls restent.

Pèlerinage enfin aux bombes du boulevard de St. Marceaux ; nous rencontrons les Hommes qui emmènent deux cadavres de chez Lelarge. Là, tout près, est tombé mon blessé qui est au lycée. Je songe aux deux chargeurs prussiens que ce brave garçon m’a sorti de dessous sa tunique pour me témoigner sa reconnaissance.

La ville est dans un morne silence… les lumières filtrent partout sous les portes et par les ais des fenêtres, le long des rues élargies par la plus étrange obscurité. Des chiens, des chats errent. Il en grouillait sous le feuillage des arbres fauchés par la mitraille, auprès des cadavres des bêtes… Beaucoup de chiens et de chats dont les maîtres étaient partis erraient dans la ville.

Mon Dieu, gardez tous ceux que j’aime ; donnez la contrition à tous ceux que vous voulez rappeler, à tous, confiance et encouragement !

[1] Ne figure pas à l’annuaire de polytechnique

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 16 septembre 1914

6h1/2 matin  La canonnade a repris à 5h1/2. A 6h1/2 un coup plus fort. Est-ce que nous allons recevoir des obus encore ?

9h10  la canonnade a cessé vers 8h1/2 – 8h3/4.

Le fort de Brimont serait enfin tombé dans nos mains. Il n’y a plus que les forts de Berru et de Nogent l’Abbesse. Le Général Franchet d’Espèrey aurait dit que ce serait fini pour 4h, et que nous n’aurions plus d’allemands autour de la Ville.

Hier les faubourgs de Laon et Cérès ont été assez flagellés par un 3ème bombardement, mais il n’a touché ces 2 quartiers sur lesquels nos troupes s’appuyaient, du reste ce n’était que des shrapnels et non des obus de siège brisants comme ceux des 2 premiers bombardements. Le bombardement d’hier ne peut donc pas être considéré à proprement parler comme un bombardement voulu comme les 2 premiers, mais plutôt un accident de combat.

Voilà donc les allemands partis de Reims définitivement, et je crois que je puis dire non pas : Finis Gallia ! mais bien : Finis Germanica ! Ce sont les mêmes initiales, mais aussi la même terminaison finale ! Dieu en soit béni !

11h  Eté faire un tour à la Mairie, rien de nouveau. On disait qu’un service postal était organisé, il n’en n’est malheureusement rien. On n’a que des occasions comme celle d’hier, qui a fait naître ce faux bruit : un automobiliste du service des Postes Militaires s’était chargé hier jusqu’à 5h de prendre quelques lettres pour les remettre à la Poste, c’est tout. Que je regrette de n’avoir pas connu cette occasion.

Je viens de passer à la Grande Poste : c’est exact. Je passe jusqu’au Courrier de la Champagne, où je me heurte à un poste d’artillerie qui me demande où je vais. « Au Courrier » – « Passez ! » M. Gobert est très étonné de me voir et me reçoit en me disant : « Comment, vous n’avez pas peur de venir ici ? » – « Pourquoi ? » – « Mais il n’y a pas une demi-heure que nous recevions encore des schrapnels ! » Nous bavardons, nous causons de choses et d’autres.

Un officier m’a dit qu’un fermier des environs avait été fusillé hier pour avoir donné des indications aux allemands. De même un instituteur de Bethon (Ardennes) (lieu inconnu, c’est peut-être Baâlons) aurait subi le même sort pour la même raison. Hier encore, 2 personnes, un homme et une femme.

L’armée de droite et la nôtre auraient fait leur liaison. En sommes peu de nouvelles. Berru et Nogent tiennent toujours et il parait que nos troupes ne peuvent les réduire rapidement, parce qu’il faudrait qu’elles tirent de Reims, et alors les allemands tireraient sur la Ville. Je vais préparer des cartes pour tâcher de les envoyer encore aujourd’hui !

6h3/4  A 1h12 je vais au jardin de la route d’Épernay. Arrivé à l’école de la rue de Courlancy on m’en fait faire le tour pour aller rejoindre le passage à niveau. Au jardin à 2h je trouve 2 trous d’obus, français certainement, un dans l’allée y conduisant et un dans le gazon à gauche en allant au chalet. On a cambriolé le chalet, bu le vin et enlevé des objets insignifiants, quelques cuillères en métal, etc… Calme absolu, tristesse pour moi, car la dernière fois que j’y étais allé j’étais avec tous mes aimés. Çà me serrait le cœur, quand les reverrai-je ? J’abats quelques noix que je rapporte dans le tablier d’André, tandis que le canon tonne sur Brimont. Peu de choses sur Berru. Je suis la progression de notre artillerie sur Brimont. J’apprends en revenant que nos 155 courts ont fait de bonne besogne. Brimont est pris, et on a canonné éperdument sur les colonnes allemandes qui se retiraient. Trois incendies s’allument, on me dit que c’est la ferme Holden de Cernay, les casernes Neuchâtel et une usine. Des aéroplanes français et allemands sillonnent les nuées, ces derniers jusqu’au-dessus de moi, route d’Épernay.

Je reste calme dans l’avenue de Paris. Je m’inquiète. On tire des schrapnels sur les aéros allemands sans effet. Avant d’arriver avenue de Paris, chemin Passe-demoiselles, je suis accosté par un agent de la police secrète, Boudet, qui me force à décliner mes noms et qualités. Il n’a pas l’œil américain celui-là ! Avant d’arriver chez moi, devant le Petit Paris, je rencontre un officier des hussards, je lui demande, en ce moment, où sont nos affaires avec les 4 forts.

« Brimont est maîtrisé par un gros canon, pris, et les allemands l’évacuent en colonnes serrées, c’est ce qui vous explique la canonnade affolée en ce moment (il est 5h1/2), nous tirons sur ces masses à boulets rouges ! Nous les poursuivrons et allons de l’avant vers Berry-au-Bac. Quant aux forts de Berru et de Nogent, vous avez du remarquer qu’on avait tiré très peu de ce côté, je crois qu’ils les ont évacués ou qu’ils vont les évacuer, en tout cas nous laissons 50 000 hommes ici pour les maintenir, vous protéger et les poursuivre !!… » Je puis vous affirmer ce que je vous dis. Nous nous quittons et je rentre fort satisfait et surtout un peu tranquillisé.

Le petit caporal allemand saxon qui m’avait reçu à l’Hôtel du Lion d’Or quand j’étais otage se nommait Matthieu ou Matheleux et était un arrière petit-fils de protestants chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes.

8h30 soir  Vers 7h15 j’entendais encore quelques coups de canons et les derniers sifflements des obus allemands, et, mon Dieu ! je croyais que c’était fini. Il parait que non ! Voila 3 coups qui viennent de tonner vers Bétheny. A 8h1/2, comme je me préparais à écrire, j’entends un bruit de…… bottes ! Les Prussiens ? même martellement et deux battements (2 hommes), je regarde à la fenêtre, mais inutile le battement de pied est moins lourd, il est plus vif, plus français, mais j’en ai eu une émotion. Que l’on devient nerveux et impressionnable avec cette insupportable canonnade qui dure depuis 5 jours. Combien sont-ils depuis le samedi 12 septembre 1914 (1), le dimanche 13 entre les français et les allemands à Reims (2), lundi 14 (3), mardi 15 (4), mercredi 16 (5). Quelles batailles aurons-nous à l’ouest pour reprendre nos malheureux forts de Brimont, Fresnes, Witry, Berru, Nogent que l’on disait ne pouvoir résister plus d’une heure, une demi-heure même !!

Les allemands nous prouvent bien le contraire. Il est vrai que pour Reims c’est une chance que l’on n’ait pas cherché à les défendre, mais le tord c’est d’avoir fait faire autant en vue de leur défense avant le 4 septembre. Les allemands ont bien su les utiliser.

8h32  La musique recommence : 1 coup de canon vers Bétheny.

8h36 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

8h41 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

8h44 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

A chaque fois 5 secondes de différence.

En chronométrant ainsi je pense à mon cher Robert, avec sa manie de chronométrer avec mon Grand Jean !

Mais ceci est plus sérieux car ceci tue, et ce n’est plus du jeu, de l’amusement.

8h51 : 1 coup, réponse après 5 secondes

Je remarque, fenêtre ouverte pour mieux entendre que ce que j’appelle réponse à 5 secondes n’est que l’éclatement de l’obus. Donc 1 coup part, l’obus éclate 5 secondes de plus. Je me trompais en croyant que c’était la réponse du berger à la bergère !

Enfin cela m’occupe et… mon Dieu m’amuse car je sens bien que les allemands sont brisés et que bientôt nous n’entendrons plus le grognement de leurs gros canons (grognement de cochon lâche et en colère) sifflement d’obus et éclatement. Tout cela est bien différent du français.

8h55 : 1 coup

8h55’10’’ : 1 coup

A toi Robert !

A toi Jean ! Calcule les distances.

Zut ! Après tout vont-ils me faire passer la nuit ainsi à noter leurs coups. Non, nous les poursuivons et c’est la débâcle. Je le sens.

9h  Toutes lumières éteintes dans les rues, il fait noir comme dans un four ! C’est lugubre, juste une lumière au cercle de la rue Noël, chez moi, chez Le Roy bijoutier, chez Bellevoye et chez Bahé, Cochard, rue Libergier, 19, qui fait le fond de notre rue, avec le Cercle par rapport à ma maison.

Je ne comprends pas comment, par une nuit noire comme celle-ci on pense à canonner encore.

Allons ! allons nous coucher ! Préparons bougie, allumettes, veilleuses, rat-de-cave, clef de cave au cas où je serais encore obligé d’y descendre ! J’espère bien que cette préparation de tous les soirs va bientôt cesser. Je commence à trouver que c’est une scie. Il est vrai que si j’écoutais Adèle on coucherait tous les soirs dans la cave !! Je lui réponds invariablement  qu’en se couchant avec la clef près de soi cela suffit. Non, elle ne comprend pas cela ! il est regrettable que cette pauvre fille ne soit pas dans un pays de mines. Je suis sûr qu’elle serait déjà depuis 12 jours au fond, au tréfonds d’une mine. Et encore serait-elle bien sûre qu’un obus ne reviendrait pas la chercher par un puit d’aération !!

9h20  Il faut se coucher, mes aimés, où êtes-vous ???!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans les communiqués officiels des opérations publiés par Le Courrier de la Champagne de ce jour, nous trouvons ceci, pour ce qui nous intéresse directement :

 » 13 septembre – 15 heures

A notre aile gauche, l’ennemi continue son mouvement de retraite.

Il a évacué Amiens se repliant vers l’est.

Entre Soissons et Reims, les Allemands se sont retirés au nord de la Vesle. Ils n’ont pas défendu la Marne au sud-est de Reims.

Même jour, 23 heures

Aucune communication n’est arrivée ce soir, au Grand Quartier Général. Les communiqués d’hier et de cet après-midi ont montré la vigueur avec laquelle nos troupes poursuivent les Allemands en retraite. Il est naturel que dans ces conditions le Grand Quartier Général ne puisse, deux fois par jour, envoyer des détails sur les incidents de cette poursuite. Tout ce que nous savons, c’est que la marche en avant des armées alliées se continue sur tout le front et que le contact avec l’ennemi est maintenu.

A notre aile gauche, nous avons franchi l’Aisne. »

puis, sous le titre, en très gros caractères : « L’ennemi bat en retraite » sur toute la ligne, nous lisons :

 » 14 septembre – 14 h 30 soir- 1°…………………….

2° Au centre, les Allemands avaient organisé, en arrière de Reims, une position défensive sur laquelle ils n’ont pu tenir.

14 septembre – 23 h 15 – A notre aile gauche, nous avons partout rejoint les arrières-gardes et même les gros de l’ennemi ; nos troupes sont rentrées à Amiens, abandonné par les forces allemandes. l’ennemi semble faire tête sur le front jalonné sur l’Aisne.

Au centre, il semble également vouloir résister sur les hauteurs du nord-ouest et au nord de Reims ; etc. »

Ce matin, à 5 h, le canon a annoncé que les Allemands sont toujours bien près de la ville, puisque des obus sont venus encore siffler dans les environs de notre quartier. Nous pouvons en conclure que si l’ennemi, ainsi que le dit le communiqué du 14 (14 h 30), a dû abandonner la position défensive qu’il avait organisée en arrière de Reims, ce n’a pas été pour longtemps.

Nous avons dû passer une partie de la matinée dans la cave ; le bombardement étant redevenu très intense ensuite, il nous a fallu y redescendre et y rester l’après-midi tout entier.

Vers 14 h, un obus explosant sur le pavé, rue Chanzy, aux Six-Cadrans, entre le kiosque et les maisons des Loges-Coquault, cause la mort de neuf personnes, par ses éclats :

Mme Froment-Hardy, fille du succursaliste des Etablissements Economiques, place des Loges-Coquault (inscrite dans les décès, à l’état civil, le 17 septembre) ; Mlle M. Legras, 16 ans, demeurant 82, rue Gambetta (état-civil du 17 septembre) ; M. E. Breton, instituteur retraité, 72 ans, 117, rue Chanzy (état-civil du 21 septembre) ; M. Champrigaud, rue de Contrai 3 (état-civil du 21 septembre) ; Mlle Thérèse Gruy, 12 ans, domiciliée 14, rue du Jard (état-civil du 21 septembre) ; M. Font, Antoine, 3, rue Gambetta (état-civil du 22 septembre).

Enfin, mon ancien condisciple Ch. Destouches; 47 ans, domicilié rue Croix-Saint-Marc 96, qui passait, avec sa famille, au moment où l’obus vint éclater à cet endroit, a été tué ainsi que sa femme, 30 ans et son fils Pierre, 8 ans, tandis que sa fille Juliette, 12 ans, était mortellement blessée. Les décès des trois premiers sont inscrits sous les n° 2.478 à 2.480, à l’état civil, le 22 septembre et celui de la fillette, le 23 septembre (n° 2.537).

Le même obus frappait encore mortellement M. Stengel, maître-sonneur à la cathédrale, demeurant 14, rue du Jard, dont le décès est mentionné à l’état civil le 2 octobre et M. Desogere, adjudant du 132e d’infanterie en retraite, comptable aux Hospices civils, porté dans les décès, sous le n° 2.609, le 23 septembre. En outre quelques personnes avaient été atteintes plus ou moins grièvement, entre autres, Mlle Antoinette Font, dont le père avait été tué.

– Sous le titre « Choses vues », Le Courrier d’aujourd’hui mentionne le dévouement des gens du quartier Saint-Remi (vieillards, femmes et tout jeunes gens) qui, dimanche matin, faisant office de brancardiers et de brancardières de bonne volonté, sont allés spontanément à l’étonnement des officiers et des hommes du 41e, sur lesquels s’abattaient les obus, vers l’octroi de la route de Châlons et à proximité du Parc Pommery, chercher avec des charrettes à bras des soldats blessés qu’ils transportaient avec des précautions infinies, tandis que les gamins, toute la matinée, se chargeaient d’aller faire remplir les bidons de nos troupiers.

Dans le même journal, nous trouvons les avis suivants :

«  Postes, télégraphes, téléphones.

Le maire a fait placarder hier, dans l’après-midi, l’avis que voici :

Mairie de Reims Avis, Les lettres mises à la poste, rue Cérès, aujourd’hui

15 septembre, avant six heures, seront expédiées ce soir. »

Reims, le 15 septembre 1914.

Ce service de correspondance est limité à la journée du 15 septembre et a été effectué par des autos postes.

Jusqu’à nouvel ordre, les Postes, télégraphes et téléphones sont exclusivement réservés aux communications militaires ou gouvernementales dans la zone des opérations militaires.

Il faut donc attendre la réorganisation de ces services pour les communications privées.

Avis en sera donné en temps opportun.

Chemins de fer

Des trains étant venus de Paris sur Reims et vice-versa, le public s’est demandé si les trains de voyageurs, dans la direction de Paris seraient bientôt réorganisés.

Là aussi, l’autorité militaire s’est réservée le service exclusif des chemins de fer pour le transport des troupes et leur ravitaillement.

Il en est de même pour le C.B.R.

Nos lecteurs seront informés de la reprise du service public par l’avis officiel qui nous sera communiqué le cas échéant, et que nous publierons aussitôt.

Société française des secours aux blessés militaires Comité de Reims

La situation, jusqu’ici, ne nous avait pas permis l’organisation définitive d’un assez grand nombre de nos hôpitaux.

Aujourd’hui que les choses se modifient favorablement, nous faisons à nouveau appel aux hommes de bonne volonté pour notre service de brancardiers auxiliaires.

Se faire inscrire à notre permanence, 18, rue de Vesle. »

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918


Gaston Dorigny

Le canon a tonné toute la nuit. Au petit jour, à cinq heures du matin, le combat reprend. On entend la grosse artillerie qui entre en action.

Nos troupes paraissent prendre du terrain vers les hauteurs de Brimont.

A six heures ½ nous allons avec papa Noll chez Thierry.

Familles Noll & Dorigny lors d’une pause au jeu de croquet

Familles Noll & Dorigny lors d’une pause au jeu de croquet

L’artillerie fait rage, les obus passent sur nos têtes. Nous rentrons heureusement chez nous et partons chez mon père où nous arrivons à neuf heures du matin.

On est à peu près tranquille jusqu’à 10 heures mais à ce moment là on entend à nouveau le canon et cela doit durer jusqu’au soir. Quelle affreuse journée jamais encore depuis le commencement de la bataille de Reims cela n’a été aussi terrible. Des champs avoisinant le boulevard Charles Arnoult on aperçoit les batteries d’artillerie qui font rage. On est inquiet et on se demande quel sera le résultat de la journée. .. … Il a malheureusement encore été négatif.

Entre temps la ville a encore été bombardée à plusieurs reprises. On nous signale encore de nombreuses victimes. Le soir nous retournons chez nous pour coucher, mais en arrivant chez nous quel effroi et quelle vision d’horreur. Au milieu des divers incendies qui éclairent sinistrement le quartier, on entend le canon et les mitrailleuses : On perçoit également le bruit d’un aéroplane qui sillonne la nuit. Il est huit heures du soir et au milieu de ces choses effrayantes, nous décidons de retourner coucher chez mon père. Bien nous en prend car, paraît-il, la nuit a été terrible dans notre quartier. A signaler un obus tombé dans la droguerie, le fils Ritter est blessé assez grièvement. Notre maison a été écornée et les vitres sont brisées chez Mr Guerbet.

Gaston Dorigny

Victimes des bombardements de ce jour :


Jeudi 16 septembre

Les luttes d’artillerie se sont poursuivies avec intensité au nord et au sud d’Arras, ainsi que dans la région de Roye.
Lutte à coups de bombes et de grenades sur le plateau de Quennevières, dans la région de Lihons, et au bois de Saint-Mard.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, l’activité des deux artilleries s’est concentrée sur le front de Berry-au-Bac à la Neuville, où l’ennemi attaque la tête de pont de Sapigneul. Canonnade un peu ralentie au nord du camp de Châlons.
Lutte de mines dans l’Argonne. Une batterie ennemie a été détruite sur les Hauts-de-Meuse. Actions d’artillerie en forêt d’Apremont, au bois Le Prêtre et dans la région de Saint-Dié.
La poussée allemande continue, plus ou moins retardée, sur le front oriental, dans la région de la Dvina. Mais plus au sud, les ennemis ont été à peu près partout refoulés, particulièrement près de Wisnewietz et en Galicie. Au total, ils ont perdu 12000 hommes en un jour, et leurs pertes en prisonniers, dans les deux dernières semaines, ont atteint 40000.
Les Italiens ont repoussé des attaques autrichiennes en Carnie et sur l’Isonzo. Ils ont forcé à la fuite une escadrille d’avions qui venait sur Udine.

 

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