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Jeudi 14 février 1918

Louis Guédet

Jeudi 14 février 1918                                   

1252ème et 1250ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie toute la nuit, beau temps maintenant. Travaillé à un bordereau, rangé et organisé mon bureau et mes dossiers ici. Quand je viendrai je pourrai suivre mes affaires.

5h soir  Eté cet après-midi avec Mimi (Maurice) voir dans les bois des Crétons un peuplier d’un de nos bois abattu par l’Armée. Il mesurait au moins 23 mètres de hauteur de tronc, puis de là, tout en jasant le Mimi m’a conduit dans les champs, le long du finage de Saint Martin et de Cheppes jusqu’au toit des trains de train où les troupes en cantonnement ont fait des tranchées d’exercices. Puis nous sommes revenus par le sommet des côtes à travers champs. Vu quantité de perdreaux déjà accouplés. La chasse !!… Que tout cela est loin !! Mes chers fusils !! brisés, volés par les allemands, et tous mes compagnons de chasse !! Combien aussi de disparus !! Que tout cela est loin, loin…  loin !!!

Rechasserai-je jamais ??!

Lettre de Robert qui annonce à sa mère qu’il est près de Jean, affecté à la 1e pièce, 2e Bie (batterie) et vient de se faire inscrire pour Fontainebleau. Il a retrouvé là le lieutenant Chenet qui l’aimait beaucoup. J’en suis heureux pour ces enfants.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 février 1918 – Réveil, à 5 h 3/4, par des sifflements continuels. Bombarde­ment violent, qui commence sur le quartier Fléchambault pour continuer sur le centre.

Obus rue Colbert (à « la Glaneuse »), aux halles, rue du Ca­dran-Saint-Pierre, rue de l’Arbalète (aux Galeries Rémoises), boule­vard Lundy, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 14 – + 7°. Temps couvert, puis soleil. Nuit avait été tranquille jusqu’à 5 h. 30 ou 5 h. 45. Alors violent bombardement allemand sur nos batteries du jardin Lorrain, jusque vers 6 h. 1/2. Vers 6 h. 45 canons français ripostent, mais faiblement, mollement. 5 obus à l’Enfant-Jésus. 8 h. 30 bombes allemandes sur batteries assez rapprochées. Au loin, canonnade française ? allemande ? Sur boulevard de la Paix – bombes rue Colbert. Une personne tuée dans son lit place St-Timothée, une femme blessée. Visite de M. le Curé de Gueux et d’un Capitaine cantonné à Gueux. Visite de M. le Curé de Saint-Antoine de Paris, avec M. Paulot (M. Fontaine). Départ de Mgr Neveux pour Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 14 février

Assez grande activité d’artillerie dans la région de Pinon et au nord-ouest de Reims.
Nous avons réussi plusieurs coups de main à l’est d’Auberive et dans les Vosges et ramené des prisonniers.
En Champagne, après une courte préparation d’artillerie, nous avons exécuté un large coup de main dans la région au sud-ouest de la butte du Mesnil. Sur un front de 1200 mètres environ, nos détachements ont pénétré dans la position allemande jusqu’à la troisième ligne, bouleversé les défenses de l’ennemi et détruit de nombreux abris. Le nombre des prisonniers que nous avons faits dépasse une centaine.
A l’est d’Emberménil, une tentative ennemie sur un de nos petits postes est restée sans succès.
Nancy a été bombardée par des avions. Il y a trois morts et cinq blessés dans la population civile.
Du 1er au 10, nos pilotes ont abattu vingt-huit avions allemands.
Les Anglais ont réussi un coup de main au sud-est d’Hargicourt et ramené onze prisonniers.
Combats heureux de patrouilles près de Lens.
En Macédoine, actions d’artillerie à l’embouchure de la Strouma, à l’ouest de Doiran et au nord de Monastir.
Les Italiens ont dispersé des patrouilles en marche dans le val Lagarina et fait des prisonniers au col Caprile.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 29 janvier 1918

Louis Guédet

Mardi 29 janvier 1918

1236ème et 1234ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Il a fortement gelé cette nuit. Nous allons avoir une belle journée. Si seulement nous n’étions pas bombardés, mais par un temps clair il faut s’attendre à tout.

Hier Monbrun me disait que pour ne pas aller jusque chez lui, rue des Capucins, tout au bout, il déjeunait souvent à la soupe populaire installée à la Mutualité, impasse des 2 anges. Il me disait le menu d’hier qu’il avait eu et le prix de revient :

Soupe : 0,10 ; bœuf : 0,25 ; haricots : 0,15 ; pain : 0,10 ; fromage : 0,15 ; café : 0,10 = 0,85 + bière : 0,02 ou cidre : 0,30 = soit 1,10 ou 1,15 pour son repas. Ce n’est pas cher.

Je vais finir mes ficelages et je n’aurai  plus qu’à attendre que mes colis partent pour Épernay. Souhaitons que ces précautions soient superflues et que nous n’ayons rien ici à Reims… ni ailleurs !!

6h soir  Tous mes colis sont prêts, reste l’expédition à Épernay. Peu de courrier auquel j’ai vite fait de répondre. Lettre de Maurice, je lui répondrai demain. Après-midi à 2h je vois Beauvais à la Poste et nous filons jusqu’à St Maurice voir Raïssac. Guichard nous reçoit à l’Hospice Général et nous dit que nous ne pouvons pas voir Raïssac, que son opération a réussi, etc… Bref il faut attendre 8 jours. Nous causons et l’on…

Le reste de la page a été découpé.

…Nous décidons avec Beauvais de payer mon pari de ruban que celui-ci a perdu, mais que je paie volontiers (quelques flûtes) samedi 2 février à 5h1/4 du soir chez le Papa Condreux à « L’Homme d’osier » rue de Vesle 72 – 76. Nous avons fixé ce jour-là à cause de Lenoir qui sera dans ce petit cercle ce jour-là. Y seront Beauvais, Lenoir député, Guichard Vice-président des Hospices, Dor charcutier, Happillon rhéteur de la bande, Lieutenant Migny évacuation, Capitaine Giraud sapeur pompier de Paris. Bref le petit clan où s’élaborent et se tissent les rubans des boutonnières !! Singulier milieu, curieux, intéressant. On peut y revivre les scènes des Comités Révolutionnaires de 1793 dans leur genre, sauf qu’on n’y coupe que les boutonnières jugées indignes de fleurir.

En revenant rencontrons le Maire qui nous cause de l’adoption de Chicago et de New-York. Il voudrait cette dernière, mais la démarche Lenoir – Chevrier – Mignot pour Chicago a été une faute qui risque de faire rater tout. Le Docteur Langlet est furieux. Il faudrait raccrocher cela, mais avec lui ce n’est guère commode, il est si entêté. Il me demande d’aller le voir à la Mairie où il a un renseignement de famille à me demander. Nous nous y mettons. J’y descends et Beauvais, tout en devisant m’accompagne jusqu’à la rue Libergier où il me quitte.

A la Ville vu Houlon et j’attends le Maire en donnant consultation sur consultation à un tas de gens qui, me voyant, profitent de l’occasion au lieu de pousser jusqu’à la rue des Capucins, 52. Bref je tiens mes assises, non sous un chêne, mais dans un cellier, au milieu du brouhaha et les allées et venues de ce qui forme le cœur de la Ville. Je cause avec le Docteur Langlet de son affaire, conseil de famille de son petit-fils, etc…  etc…

Je rentre ici à 5h1/2, fatigué. Demain actes et rendez-vous le matin. Après-midi je pousserai jusqu’à Courlancy voir mon expéditionnaire et ce qu’il a fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 janvier 1918 – Pendant une promenade, vu les travaux de défense en cours d’exécution dans la ville.

Les boulevards Gerbert et de la Paix, sont couverts, de cha­que côté, par des fils de fer barbelés. De distance en distance, des chevaux de frise s’y trouvent disposés, prêts à obstruer entièrement tout passage. Les rues Houzeau-Muiron et César-Poulain, peuvent de même être barrées. Le boulevard Lundy et l’avenue de Laon ont un côté également garni de fils de fer et des poilus sont occupés à en poser dans les Promenades.

A 19 h 3/4, commence un bombardement en ville, par des pièces dont nous reconnaissons les détonations sonores pour les avoir déjà entendues à différentes reprises. Les explosions d’arri­vées de leurs obus sont très fortes et se répercutent longuement dans le silence, par un beau temps de gelée.

Plusieurs séances semblables, au cours de la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

cote : BDIC_VAL_050_081 voir le montage sur ReimsAvant :


Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille. -1°. Beau temps. Bombardement violent sur batteries de 5 h. à 10 h., en réponse au tir de nos batteries (surtout de 7 h. à 10 h.). Toute la nuit une certaine activité.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 29 janvier

Nous avons réussi deux coups de main sur les tranchées allemandes en Champagne.
Nos détachements ont pénétré jusqu’à la troisième ligne ennemie et ramené des prisonniers, dont un officier et une mitrailleuse.
Canonnade réciproque assez vive en Alsace, dans la région de L’Hartmannswillerkopf.
Sur le front britannique, l’ennemi a effectué un coup de main sur un des postes avancés de nos alliés près de Langemark.

Une forte reconnaissance allemande a été repoussée au sud-est du Vergnier.
Activité de l’artillerie ennemie en différents points au sud-ouest de Cambrai, au nord de Lens et dans le secteur de Passchendaele.
Les aviateurs anglais de l’escadrille navale ont bombardé l’aérodrome d’Aertryke ainsi que le dépôt de munitions d’Engel. Les objectifs, obscurcis par les nuages ont empêché les aviateurs de se rendre compte exactement des résultats obtenus. Tous les aéroplanes sont rentrés indemnes.
Sur le front italien, rencontres de patrouilles dans le Vallarsa et dans la vallée de l’Astico. Actions efficaces de l’artillerie italienne, contre les positions ennemies dans le val Frenzela et le canal de Brenta.
Activité aérienne très vive sur tout le front. Un avion ennemi a été abattu par des aviateurs anglais. Un appareil ennemi est tombé sur les pentes méridionales du Montello. Les trois pilotes dont deux officiers, ont été capturés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 1 novembre 1917 – Toussaint

Louis Guédet

Jeudi 1er novembre 1917

1147ème et 1145ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, mal dormi à cause de la bataille. Ce matin du soleil, gare les avions et les bombes ! Messe à 7h1/2, dite par l’abbé Camu. Vu personne de connaissances que les braves dévots coutumiers, de Bruignac et autres sont en vacances. Je vais aller à la Poste.

5h soir  Peu de courrier. Vu un instant Beauvais qui tient toujours son pari pour le ruban prochainement. Déjeuné au Cercle, invité de Pierre Lelarge. Y étaient Mme André Lambert qui fume comme un russe. Raïssac et Mazzuchi consul d’Italie. Causé des événements de là-bas, les nouvelles sont bonnes. Effleuré un tas de souvenirs et de sujets. Mazzuchi nous contait avec humour une réflexion que lui avait faite un sergent allemand le 10 septembre 1914 qui voulait serrer trop fort la taille d’une ouvrière de leur maison. Comme il s’interposait, le soudard lui demandât qui il était ? « Je suis le consul d’Italie !! » – « Ach ! schoene schweine Italien !! » s’écria le Boche !! Mazzuchi en fut tellement surpris qu’il ne trouva rien à répondre. Lelarge nous a donné une recette pour guérir les engelures : Faire bouillir des marrons d’Inde coupés en 2 ou 4 morceaux et tremper ses mains dans cette eau aussi chaude que possible. On peut toujours essayer.

Nous nous sommes quittés vers 3h, acheté un journal, rencontré le Docteur Gosset (Docteur Adolphe Pol Gosset (1868-1942)) et Mme et Melle Gaube (Renée Gaube (1891-1981), épousera Charles Roland-Billecart (1888-1963)), celle-ci toujours fort gentille pour mes 2 grands, et rentré chez moi le cœur triste, gros, et les larmes aux yeux. Je suis dans mon tombeau !

Un peu de bombardement vers le Faubourg de Laon et Champ de Grève, boulevard de la Paix et Gerbert (Boulevard Pasteur depuis 1924). Température douce, ciel nuageux quoique clair. Le baromètre remonte.

6h  L’autre jour, en dînant chez le Docteur Guelliot (à Paris, 71, avenue des Champs-Elysées), celui-ci nous contait que médecin des Haënlé, fabricant de feutres à Fléchambault, il avait conseillé en juin 1914 à Haënlé d’aller faire une cure soit à Vichy ou à Royat pour son foie, mais qu’il n’avait jamais voulu, prétextant qu’il tenait à passer ses vacances en famille à Mannheim, et que de là il irait pour une saison dans une ville d’eau allemande. Le Boche savait déjà que la Guerre était décidée en Allemagne. Guelliot prétend qu’il devait être colonel. C’était une vraie brute allemande, il parait qu’il buvait 10 bouteilles de vin chaque jour. Je l’ai eu comme client. Quel butor c’était. En juillet il était allé conduire sa femme et ses enfants en Allemagne, et lui comme un imbécile est venu se faire prendre ici dans son usine au moment de la déclaration de Guerre. Il est actuellement dans un camp de concentration. Il y est bien, mais moi je l’aurais fusillé.

Il a chassé très longtemps à Nauroy où il avait étudié certainement toute la contrée du Mont Haut, Cornillet. Il avait même construit un petit pavillon de chasse aux Noëlles à droite de la route de Beine à Nauroy dans les bois de sapins que cette route traverse. J’ai visité souvent ce chalet qui était organisé et construit sur le modèle des chalets de chasse de la Forêt Noire. Il préparait là avec des officiers de l’État-major allemand la Guerre qui a ruiné notre ville et ses environs, et on ne fusille pas des gens comme cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Toussaint, 1er novembre 1917 – Après-midi, visite au cimetière du sud, en compagnie de P. Simon-Concé. Au retour, que nous effectuons par les boulevards Henri-Vasnier et de la Paix, nous voyons des obus tomber vers les quartiers de cavalerie.

Des troupes anglo-françaises partent, avec les généraux Foch et Robertson, au secours des Italiens qui ont été surpris par les Austro-Allemands et viennent d’éprouver un grave échec (les détails manquent ou, du moins, ne sont pas publiés). Après des pertes très importantes, ils auraient dû abandonner Udine et Geritzia pour se replier, précipitamment, au-delà du Tagliamento.

Le soir, à 20 h, bombardement sur le quartier Saint-Remi. Tir de notre artillerie ensuite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Toussaint – + 4°. Nuit tranquille. Messe de la Toussaint, 8 h. 30, cha­pelle du Couchant. Aéroplanes français. Vêpres à 2 h. Le soir, à 8 h., ca­nonnade française violente pendant 10 minutes. Riposte non moins vive pendant 10 minutes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 1er novembre

Au nord de L’Aisne, actions d’artillerie dans la région de Pinon. Le chiffre définitif des prisonniers et des canons que nous avons capturés au cours de notre offensive est le suivant : 11157 prisonniers, dont 237 officiers et 180 canons.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont tenté sur nos positions du secteur de Beaumont un coup de main que nous avons repoussé. Entre la Meuse et Bezonvaux, bombardement assez violent au cours de l’après-midi.
6 avions ont été descendus par nos pilotes, 4 autres sont tombés désemparés dans leurs lignes. Nous avons lancé 1100 kilos de projectiles et d’explosifs sur les gares de Thionville, Bettembourg, Maizières-les-Metz, Longueville-les-Metz, Woippy, Conflans, ainsi que sur celle de Luxembourg. Tous les objectifs ont été atteints.
Les Anglais ont exécuté avec succès une opération entre la voie ferrée Ypres-Roulers et la route Poelcapelle-Westroosebeke. Sur la droite, les troupes canadiennes ont atteint tous leurs objectifs sur la crête et se sont avancées jusqu’aux lisières de Passchendaele. Le combat a été acharné, surtout à l’éperon ouest du village.
Sur la gauche, nos alliés ont pris des fermes fortifiées et des points d’appui.
Sur le front italien, rencontres entre Udine et le Tagliamento, vers San Daniele, le long du canal de Sedra à Pasian et à Pozzuolo. L’attitude des détachements de protection et de la cavalerie a permis aux troupes de continuer leurs mouvements pour rejoindre leurs nouvelles positions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 4 octobre 2017

Louis Guédet

Jeudi 4 octobre 1917

1119ème et 1117ème jours de bataille et de bombardement

2h après-midi  Seconde lettre de Jean nous annonçant qu’il va bien et qu’il s’est rétabli plus vite qu’il n’osait l’espérer. Il a vu Robert et se sont expliqués tout cet imbroglio. Robert ne savait rien non plus et était bien tranquille sur le sort de Jean. Jean nous explique son intoxication du 24, et le 25, ne voyant plus clair, son obligation de se faire évacuer à l’échelon fut décidée. Il va bien et nous annonce que toute cette aventure lui vaut une 2ème citation, et il nous confirme la citation de Robert avec Croix de Guerre qui est officielle. Ils partent au repos. Dieu soit loué !!

En même temps lettre du Commandant Barot qui a téléphoné au Corps de Jean et nous apprend ce que nous savons. Je lui écris pour le remercier encore, ainsi que je l’avais déjà fait hier.

Bref les Gosses marchent bien, trop bien ! Jean 2 citations en un mois de temps, la première faits de Guerre du 19 – 20 août, et la 2ème du 24 septembre 1917. Et Robert, 1ère citation et la Croix de Guerre !! Ce qu’ils doivent être heureux, les chers Petits !! Et Robert surtout, il ne doit pas tenir en place !! Et leur cri du cœur, Jean : 2 jours + 2 jours de plus de permission (2 jours par citation) et Robert a 2 jours de plus : « Chouette alors ! » s’écrie-t-il ! Les chers petits ne voient que cela, ils ne pensent pas à leur Gloire, à leurs Lauriers si chèrement cueillis.

Leurs batteries ont perdues plus des 2/3 de leurs effectifs. Jean dit qu’on a été obligé de lui envoyer 12 Chasseurs à cheval avec chevaux pour leur permettre de pouvoir enlever leur matériel, tellement ils étaient décimés.

Causé hier avec le Capitaine Bruyère, du 6ème Chasseur à cheval au début de la Guerre, actuellement affecté à la Cie d’élite du 166ème d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici. Il me disait que le 12 septembre 1914 au soir il avait traversé Reims et avait poussé avec ses cavaliers jusqu’aux bords de la Suippe vers Orainville, Condé-sur-Suippe, Guignicourt, etc…  et que si les allemands étaient revenus sur leurs pas jusqu’aux portes de Reims, c’était de la faute de Franchet d’Espèrey, leur commandant de la Vème Armée, qui n’avait pas voulu pousser ses troupes au-delà de Reims, voulant faire son entrée triomphale (?) à Reims le 13 au matin…  mais il était trop tard, les allemands s’étaient ressaisis et ils sont encore à nos portes ! Franchet d’Espèrey devrait être fusillé. Et ce que me disait ce capitaine Bruyère me confirme bien ce que nous savions déjà à Reims, c’est que Reims aurait pu être dégagé dès le 12 septembre 1914. Des généraux comme cela sont des criminels ! Pantins galonnés ! rien de plus. J’espère bien que la Guerre finie on mettra ce galonnard en jugement !!… C’est pour cela que tous ces oiseaux le clament toujours : « Reims n’est pas intéressant !! » J’te crois, comme les assassins, ils voudraient bien que le cadavre disparaisse !! Mais nous vivons et nous sommes là pour les clouer au pilori.

J’étais heureux d’avoir la confirmation de ce point d’Histoire, par une bouche étrangère et impartiale. C’est un témoignage précieux.

Ce capitaine me confirmait l’état d’esprit de la troupe, il est convaincu qu’il y aura une ruée socialiste terrible après les hostilités. Il me confirmait que les soldats étaient très excités contre la riche bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et il est convaincu que les représailles contre ces froussards seront terrible…  Ce sera justice !

Il croit la paix prochaine, sans que nous allions en Allemagne, qui avec cette conjecture nous accordera tout ce que nous lui demandons, c’est-à-dire la Rive gauche du Rhin avec l’Alsace et la Loraine, et les réparations !… Sauf à elle à chercher à nous dominer par la suite sur le terrain économique… Ce serait bien malheureux en tout cas. J’espère mieux que cela, et un miracle est toujours possible !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1917 – Démonstration d’artillerie commencée à 19 h 1/12 qui se prolonge jusqu’à 21 h 1/2. Riposte boche, sous la forme de quel­ques obus asphyxiants.

— Depuis l’offensive manquée d’avril dernier, les déména­gements avaient repris, avec une activité qui se continue encore.

Afin de les faciliter, l’autorité militaire a créé un service d’éva­cuation spécial, sous les ordres du sous-lieutenant Migny, dont les bureaux installés précédemment 3, rue de Courlancy, se trouvent actuellement, 70 rue Libergier.

En suivant l’ordre des inscriptions, les équipes de se service, qui compte de 60 à 70 soldats-déménageurs, vont à domicile, en­lever les mobiliers préalablement préparés et emballés, pour les transporter gratuitement par camions automobiles, à la gare de Saint-Charles, où il est formé, chaque nuit, un train de vingt-cinq à trente wagons.

Les fourgons affectés aux déménagements, sont presque les seules voitures que l’on voit circuler dans les rues depuis long­temps, et il est infiniment triste de voir se vider ainsi une ville de l’importance de Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – + 14°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. du matin. A 4 h. combat pendant 30 ou 45 minutes. Visite à l’Ambulance du Chalet de Chigny, où l’on me fait voir cinq grands blessés qui reviennent du combat de ce matin. C’était une attaque allemande à La Pompelle. De notre côté, 2 tués et plu­sieurs blessés parmi lesquels le Capitaine de Montfrey qui a la colonne vertébrale brisée (c’est le neveu d’une Ursuline de Trévoux). On n’espère presque pas le sauver. Déjeuner aux Rozais, chez Mme Pommery. Visite à l’ouvroir de Rilly. De 2 h. à 3 h ; bombardement en règle du boulevard de la Paix, au Port sec Saint-André et Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 4 octobre

A l’est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l’artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l’ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d’artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d’Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d’Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d’assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d’attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 28 septembre 1917

Louise Dény Pierson

Fin septembre je revins à Reims, pour les vendanges qui eurent lieu, tant bien que mal, les trous

d’obus rebouchés, les échalas remplacés, les fils retendus.
Mais cette période de vendanges, qui était une fête autrefois était devenue bien morose, pas de chanson, pas de longues conversations dans les « Hordons » chacun avait les nerfs tendus et les sens en alerte, attendant des projectiles qui, heureusement n’arrivèrent pas.
>> Note : l’image ci-dessus est un document publié sur le site de l’Union des Maisons de Champagne

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Vendredi 28 septembre 1917

1113ème et 1111ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit tranquille, ce matin brouillard intense, le calme nécessairement.

1h  Hier soir les Officiers généraux qui stationnaient devant la Cathédrale attendaient le Roi d’Italie, Poincaré, Painlevé, etc…  qui ont visité la Cathédrale avec le Cardinal Luçon et Émile Charbonneaux. Rien de saillant du reste. Ce matin visite du P. Desbuquois qui m’a appris la mort du bon petit Père Pottié, ancien professeur, aumônier de Jean et Robert qu’il affectionnait particulièrement, infirmier-aumônier au 217ème d’Artillerie, 22ème batterie. Il a été tué devant Douaumont par un éclat d’obus qui venait du haut, lui a traversé la clavicule gauche et transpercé le cœur. Il était très brave et même téméraire (Lucien-Albert Pottié est décédé le 21 septembre 1917 à La Chiffourne, dans la Meuse). Cette mort m’affecté, c’était un des professeurs des enfants que j’avais en profonde estime. Je suis sûr que cela peinera mes 2 grands. Reçu 2 lettres de Madeleine, me disant que Robert était auprès du fils Charpentier, neveu de l’abbé Camu, et lui causait quand il a été tué (Aspirant Louis Georges André Charpentier, 61ème RA, tué par éclats d’obus le 8 août 1917 à Verdun). Elle me propose de demander à Robert des détails sur sa mort pour les donner à l’abbé Camu que je vais voir tout à l’heure à ce sujet.

Le gardien de la Cathédrale (en blanc, non cité) à qui je causais de la visite du roi d’Italie hier, me disait qu’il le trouvait affreusement laid : « Est-y laid ! est-y laid ! » s’exclamait-il ! « Mais, à part moi je me disais : « Tu ne t’as donc pas regardé ? » Car le susdit est laid comme le péché !! Comme quoi on trouve toujours plus laid que soi !!

7h soir  Eté Poste 2h. Vu l’abbé Camu qui a accepté que je lui demande des détails de la mort de son neveu à Robert. Il parait (m’a-t-il dit) que le roi d’Italie a été très aimable avec le Cardinal, de même Poincaré qui insistait pour que Mgr Luçon fit les honneurs (?!) de la Cathédrale au roi. Il a même eu un mot aimable pour lui en lui rappelant sa décoration récente.

Passé au Palais pour prendre les mesures nécessaires pour emballer les livres de mon cher Procureur Général. Puis rentré ici travailler et finir mon courrier. Le calme. J’espère néanmoins à voir arriver lundi sans encombre. Un rien me fait tressaillir !… Je suis bien émotif, bien affaibli.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 28 – + 14°. Nuit tranquille. Visite aux Halles à 8 h. 1/2, et au Boulevard de la Paix et Gerbert. Via Crucis in Cathedrali à 6 h. soir. Jour­née tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 28 septembre

Sur le front de l’Aisne, les Allemands ont manifesté une particulière activité. Après un violent bombardement de nos positions, depuis les Vaux-Mérous jusqu’à l’ouest de Cerny, l’ennemi a attaqué au sud de l’arbre de Cerny, mais il a dû, sous nos feux, regagner ses lignes non sans avoir subi de lourdes pertes. Une seconde attaque, déclenchée entre le plateau des Casemates et le plateau de Californie, a été également refoulée.
Deux coups de main allemands : l’un sur la rive droite de la Meuse, dans la région de Beaumont; l’autre en Alsace, dans la région du Linge, ont complètement échoué.
L’attaque anglaise entre Tower-Hamlet et St-Julien a fort bien réussi. Nos alliés ont achevé la conquête de l’éperon de Tower-Hamlet et livré un combat victorieux au nord de la route d’Ypres à Reims. Ils ont chassé l’ennemi de ses positions. Plus au nord, les Australiens ont enlevé le reste du bois du Polygone. A leur gauche, les Anglais, Écossais et Gallois ont pénétré de 1600 mètres en profondeur dans les lignes allemandes et pris Zonnebecke. Entre St-Julien et Gravenftatel, l’avance a été de 2400 mètres. Toutes les contre-attaques allemandes ont été repoussées. Plus de 1000 prisonniers ont été faits. 17 aéroplanes ennemis ont été abattus.
Les Allemands ont tenté des reconnaissances dans le golfe de Riga.
Les Anglais continuent à bombarder journellement le littoral flamand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 26 juin 1917

Paul Hess

26 juin 1917 – Sifflements ininterrompus dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 26 – + 15 °. Violent bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, rue Gerbert, et plus près de nous encore sur la ville. Beaucoup d’éclats tombent chez nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 26 juin

Activité continue et très vive des deux artilleries dans le secteur ferme de la Royère-ferme Froidmont, ainsi que vers Hurtebise et à l’est de Chevreux. Dans cette dernière région, deux coups de main sur nos tranchées ont valu des pertes à l’ennemi sans aucun résultat.

Deux autres tentatives allemandes sur nos petits postes, en Woëvre et dans la région de Saint-Mihiel, ont complètement échoué.

Sur le front britannique, l’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers, par suite de coups de main exécutés par nos alliés vers Epéhy, Bullecourt, Roeux, Loos et Hooge.

Au cours d’un raid à l’est de Vermelles, les Anglais, ont fait sauter des abris allemands et infligé de grosses pertes aux occupants. Ils ont avancé par des opérations de détail au sud-ouest de Lens et au nord-ouest de Warneton.

La tension s’est aggravée entre l’Allemagne et la Norvège, ce dernier pays ayant constaté que la destruction d’un certain nombre de ses navires était due à des attentats allemands.

Le congrès de tous les Soviets russes s’est prononcé en faveur de la dissolution de la Douma et du Conseil de l’Empire.

Le retour de M. Venizelos au pouvoir a été décidé dans une conférence entre le roi de Grèce Alexandre Ier et M. Zaïmis. L’ex-roi Constantin est parti de Thusis pour Bergun, autre station du canton des Grisons.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 24 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 24 janvier 1917

865ème et 863ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps très froid, la brise est mordante, mais beau soleil. Toute la matinée canon et bombardement sur nos faubourgs et le boulevard de la Paix. Nos canons répondent avec supériorité. Allocations militaires à la Ville. Rien d’extraordinaire. En retournant chez moi avec M. Gustave Houlon qui allait aux Hospices, rencontré le Dr Simon qui m’apprend le départ du Lieutenant-colonel Colas de Reims. Première exécution en attendant celles de Girardot et de Lallier qui ne doivent pas tarder à suivre le mouvement. Il va au dépôt d’un régiment de cuirassiers en attendant une autre destination. Un peu de tranchées lui fera du bien à ce pierrot-là, ainsi qu’à ses 2 acolytes !! On peut dire qu’il aura tenu Reims sous sa botte. (Rayé).

Que va dire… !!  …quand sera-t-il aussi « débarqué ». Fini la noce, la fête !! Voilà enfin le commencement des sanctions sur la suite de mon affaire de simple police. Les lâches qui m’ont tiré dans le dos reçoivent enfin leur châtiment. Beaucoup seront enchantés de cette exécution. Après-midi, reçu prestation de serment de Mt Huc avocat, comme suppléant de Prudhomme, avoué à Reims. Causé longuement avec lui, il m’apprend qu’il n’y a pas encore eu d’audiences civiles depuis que le Tribunal est transféré à Épernay !! Il parait que Messieurs les avoués n’inscrivent aucune affaire au rôle !!! Ce n’est cependant pas la Peur des bombes qui doit les empêcher de vaquer à leurs fonctions maintenant ?!! non plus que le Tribunal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier 1917 – Sifflements et fortes canonnades. –  La gelée, qui a pris depuis quelques jours, continue et devient rude. La nuit passée, le thermomètre a marqué — 14°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille en ville. Mitrailleuses au loin. – 9°. La neige ne fond pas. Soleil. Aéroplanes ; tir contre avions français de 12 h. à 14 h. A partir de 13 h., bombes sifflent pendant 4 heures. Canons français répondent. Le soir, vers 10-11 heures, violentes canonnades françaises.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 24 janvier

Canonnade assez active en Champagne et en Argonne.
En Lorraine, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses, dans la région de Rechicourt. Une pièce ennemie à longue portée a lancé quelques obus dans la région de Frouard. En Alsace, dans le secteur d’Hirtzbach, rencontres de patrouilles. Lutte d’artillerie vers Largitzen.
Dans la matinée, des avions ennemis ont jeté 5 bombes sur Montdidier.
Un fokker a atterri dans nos lignes près de Fismes. Deux autres avions allemands ont été abattus près de Marchélepot et d’Amy (Oise).
Activité d’artillerie sur le front belge, particulièrement dans la région d’Hetsas, où la canonnade a été très violente. Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main dans la région de Neuville-Saint-Vaast, où ils ont fait de nombreux prisonniers. Leurs grenadiers ont été très actifs dans la région de Fauquissart. L’ennemi a tenté deux attaques entre Armentières et Ploegstaert. Les deux attaques ont été refoulées avec de grosses pertes pour les Allemands.
Canonnade sur l’ensemble du front. Un avion allemand a été capturé près d’Aubigny.
Sur le front italien, activité d’artillerie intense dans le Trentin et dans la région de Plava.
Sur le front russe, combats près de Riga et sur le Stokhod.
Combat naval en mer du Nord. Les Allemands auraient perdu plusieurs contre-torpilleurs et les Anglais un seul.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

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Mercredi 1 novembre 1916

Paul Hess

1er novembre 1916 – Ce jour de la Toussaint, la matinée ayant été calme, nous supposons, ma sœur et moi, pouvoir nous rendre au cimetière du Sud, en partant à 13 heures. Deux voisines de la place Amélie-Doublié se décident à nous accompagner.
Au cours du trajet, nous n’avons pas été sans remarquer les évolutions de deux aéros et lorsqu’après avoir suivi les boulevards Lundy, de la Paix et Gerbert, nous parvenons à hauteur du champ de Grève, nos pièces qui y sont en batterie commencent à tirer. La riposte pouvant ne pas se faire attendre, nous accélérons l’allure pour arriver… dès les premiers sifflements.
Dans ces conditions, nous ne prolongeons pas la visite aux tombes ; elle est très courte, d’autant encore que les 155 de la « Villageoise » se mettent, à leur tour, à tonner. Cette fois, nous n’attendons pas davantage la réponse qui va probablement être faite à notre artillerie, de ce côté également ; nous jugeons prudent de nous replier au plus vite, en biaisant par les rues Féry, Simon et du Ruisselet, pour gagner la rue des Capucins.
Peu après en effet, tandis que nous nous éloignons rapidement, des obus tombent sur le quartier Dieu-Lumière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue-ruisselet


 111

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Toussaint. + 8°. Nuit absolument tranquille. Matinée item. A 2 h. nous partons pour les Vêpres à Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent. A 1 h. deux aéroplanes français, tir des Allemands contre eux. Départ pour Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent ; d’autres aussi pendant l’office. 5 h. quelques obus allemands sifflent, 5 h. 1/2 les canons français tirent des bordées. Mitrailleuses jouent. Bombes dans le jardin de M. le Doyen, me dit-il.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1er novembre

Le calme règne sur l’ensemble du front où l’on ne signale que des luttes d’artillerie intermittentes assez vives dans la région de Sailly et du bois de Saint-Pierre-Vaast. Les troupes russes, dans la direction de Loutsk, ont détruit l’organisation de fils barbelés de l’ennemi ; elles se sont emparées de ses tranchées avancées et s’y sont établies. L’ennemi, qui contre-attaquait, a été repoussé. Au sud de Brzezany, les Austro-Allemands ont lancé une série d’attaques qui ont échoué. Ils ont perdu de nombreux prisonniers. Dans les Carpathes boisées, les éclaireurs russes ont effectué des reconnaissances. Nos alliés ont obtenu un succès sur le front du Caucase et un autre en Perse. Les Roumains dans les Alpes transylvaines, ont surpris les Austro-allemands. Ils ont occupé le mont Rosca. Dans la vallée de Prahova et dans la région de Dragoslavele, ils ont brisé plusieurs attaques. Le combat continue à l’est de la vallée de l’Olt. Dans la vallée du Jiul, la poursuite de l’ennemi est ininterrompue. Le bombardement s’est ralenti à Orsova. Violent combat d’artillerie sur le front italien (val Sugana). M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a donné sa démission pour raison de santé. il a été nommé ministre d’État.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 12 août 1916

Louis Guédet

Samedi 12 août 1916

700ème et 698ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, chaud et lourd. Quelques obus cet après-midi. Payen, le sous-intendant militaire était étonné de ce que nous les entendions venir de très loin durant notre audience de réquisitions militaires au Palais de Justice. Cela s’organise et cela marchera. Nouvelles des miens, bonnes nouvelles de Robert, lettre de Maurice le pauvre petit, je lui répondrai demain. Voilà toute ma journée, quand même fatigante. Vu ce matin M. et Mme Eugène Becker, celle-ci bien courageuse. (Leur Fils Maurice, lieutenant d’artillerie au 40ème RA, a été tué le 22 août 1914 à Pierrepont (54), sa fille posthume Élisabeth épousera un polytechnicien, aura 8 enfants et décèdera à l’âge de 101 ans).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit et journée tranquilles. Visite de M. Faire pour Prisonniers (Œuvre de secours). A 4 h. 1/2 aéroplane allemand ; tir contre lui des canons français ; tir des canons allemands ; bombes sifflantes contre nos batteries. Un éclat d’obus allemand tombe dans la cour. Aéroplanes français entrent en scène. Un éclat tombe dans le jardin, à 1 mètre du banc, le long de la bordure, devant mon bureau. Un soldat tué boulevard de la Paix ; un autre blessé très gravement rue du Barbâtre, je crois fils d’un boulanger. A 11 h. un aéroplane allemand laisse tomber des bombes près de la gare de la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 12 août

Au nord de la Somme, nous avons, au cours de la nuit, accompli des progrès dans la région du bois de Hem et porté à une centaine le nombre de nos prisonniers. Nous avons capturé 6 mitrailleuses.
Au sud de la Somme, une reconnaissance allemande, qui tentait d’aborder nos lignes en faisant usage de liquides enflammés, a été dispersée à l’ouest de Vermandovillers.
Sur la rive droite de la Meuse, bombardement intermittent de la région de Fleury et de Vaux-Chapitre.
Dans les Vosges, un coup de main ennemi, précédé d’un bombardement, sur un saillant de nos lignes au nord-ouest d’Altkirch, n’a eu aucun succès et a causé des pertes aux assaillants.
Nous avons abattu un avion allemand sur le front de la Somme; deux autres ont été contraints d’atterrir. Nos escadrilles ont jeté des obus sur le front de Lassigny-Combles, sur les gares de Digny, d’Apilly, de Bazincourt et de Spincourt.
Les Anglais ont poursuivi leur progression au nord-ouest de Pozières, exécuté un coup de main heureux au sud d’Arras et repoussé une tentative analogue de l’ennemi près d’Hulluch.
Les Russes, après leur grand succès de Tysmenitza, ont continué d’avancer vers Stanislau en faisant des prisonniers.
Les Italiens, maitres de toute la rive gauche de l’Isonzo, de Tolmino jusqu’à la mer, ont dirigé des raids de cavalerie sur les lignes ennemies. Les prisonniers continuent à affluer dans leurs centres de concentration; on en compte plus de 12.500.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


paix

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Lundi 28 février 1916

Louis Guédet

Lundi 28 février 1916

534ème et 532ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit calme. Beau temps, avion, canon, voilà toute la journée. On n’entend aucun bruit du côté de Verdun où l’on se bat toujours disent les journaux. C’est une grande bataille, mais le vent n’est pas favorable pour que nous puissions entendre quelque chose. Rendu visite au Cardinal Luçon avec lequel j’étais fort en retard. Il a été très bon comme toujours, très affectueux pour moi. Je suis resté presque une heure à causer avec lui. Et en me quittant : « Je vous ai gardé longtemps pour que vous veniez me voir plus souvent, et que vous voyez bien que je ne vous en veux pas. » Conversation sur les événements actuels et toujours en reposant le même point d’interrogation : quand serons-nous délivrés … ?

Rentré chez moi pour travailler, mais je n’y avais pas le cœur, et puis je suis un peu inquiet, car je n’ai reçu aucune lettre de ma pauvre femme depuis samedi. Sa dernière lettre est datée du 25. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, ni à ses petits. Je suis si impressionnable en ce moment, qu’un rien, un doute me fait souffrir beaucoup. Pourvu que je reçoive une lettre demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1916 – Bombardement, de 16 à 17 heures, du côté des boulevards de Saint-Marceaux et Carteret.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 28 – Nuit tranquille sauf quelques grosses bordées de canon de temps à autre, spécialement vers 3 h. m. Température : + 3. Aéroplanes 7 h.1/2 ; tir acharné contre eux. 4 h. 1/2 terrible bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, dit-on, après passage d’un taube. Aéroplane. Visite de M. Guedet. Écrit au Cardinal Amette pour projet d’acte collectif.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 lévrier

Dans la région au nord de Verdun, nous avons continué à renforcer nos positions. Plusieurs attaques allemandes contre la ferme Haudromont (est de Poivre) et contre le bois d’Haudromont (est de Douaumont) ont échoué. Une autre attaque entre la hauteur de Douaumont et le plateau au nord de Vaux a également été repoussée. Les alentours de la position de Douaumont sont couverts de cadavres ennemis. Nos troupes enserrent des fractions allemandes qui ont pu y prendre pied et s’y maintiennent difficilement.
La cote du Talon rendue intenable par le bombardement des deux artilleries, n’appartient à personne. En Woëvre, prise de contact de l’ennemi avec nos avant-postes, vers Blanzée et Moranville.
Entre Soissons et Reims, nous opérons des tirs de destruction.
Dans les Vosges, nous brisons un assaut au sud-est de Celles (vallée de la Plaine); nous dispersons un rassemblement allemand près de Senones. Duel d’artillerie à l’Hartmannswillerkopf; nous bombardons les dépôts de ravitaillement de Stosswhir (vallée de la Fecht).
Canonnade sur le front italien. Essad pacha est arrivé à Rome.
De nouvelles séances tumultueuses ont eu lieu à la Chambre de Prusse.


En Champagne - Collection Patrick Nerisson

En Champagne – Collection Patrick Nerisson

 

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Dimanche 5 septembre 1915

Louise Dény Pierson

5 septembre 1915 ·

En septembre, notre école organise des vacances de repos pour les élèves.
Je fais partie du groupe et nous partons passer un mois à Châteauneuf-en-Thymerais, dans l’Eure-et-Loir, en bordure d’une magnifique forêt et en lisière des champs de la Beauce.
Repos bienvenu, qui nous remet de nos frayeurs journalières de la vie à Reims.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Paul Hess

Pendant le trajet que j’ai fait, au début de l’après-midi, pour me rendre à la maison de retraite par les boulevards de la Paix, Gerbert et Victor-Hugo, les explosions d’arrivées ne cessent pas de se faire entendre sur la gauche ; les obus tombent vraiment dru et j’ai lieu d’être étonné d’un spectacle donnant une impression frap­pante de calme, lorsque je pénètre dans l’établissement, rue Simon 26. De vieux pensionnaires que le vacarme des éclatements au dehors n’inquiète pas, font tranquillement leur partie de billard. C’est tout de même un curieux contraste.

Notre pauvre oncle Simon, soigné à l’infirmerie installée maintenant au sous-sol, a été sérieusement blessé aux deux jam­bes, d’après l’infirmière. Visiblement, il souffre, mais le brave homme se plaint à peine. Il tient à me dire tout le plaisir que lui font mes visites, aussi je suis heureux de pouvoir aujourd’hui lui consacrer plus de temps qu’en semaine.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Dimanche 5 – Nuit tranquille, quoique assez bruyante jusque vers 11 h. et troublée par la grosse artillerie de temps en temps. Retraite du mois. Expédié projet de Lettre aux Cardinaux pour souscription pour le relève­ment Franco-Belge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Jeudi 4 février 1915

Paul Hess

Canonnade au cours de la nuit.

Pendant midi, bombardement. En me promenant, après déjeuner, boulevard de la Paix, je remarque la brèche qu’un obus a faite il n’y a pas longtemps – car je suis passé par là ce matin – dans le mur de la propriété se trouvant à la gauche de la rue Piper.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 4 – Nuit tranquille pour la ville. De temps en temps gros coups de canons français. Aéroplanes toute l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

4 – Jeudi – Beau temps – comme hier.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Jeudi 4 février

Combat d’artillerie à Noulette près de Lens. Nos batteries prennent l’avantage. Des brûlots lancés par les Allemands sur la rivière l’Ancre, à Haveluy près d’Albert, sont arrêtés à temps par nos troupes; nous canonnons efficacement les positions allemandes dans la vallée de l’Aisne. Nous progressons et faisons des prisonniers à Perthes en Champagne; nous y repoussons ensuite plusieurs attaques. D’autres attaques en force sont repoussées par nous à Bagatelle dans l’Argonne. Nous nous organisons en Alsace, sur le terrain conquis à Ammertzwiller.
Les combats se poursuivent en Pologne, entre Allemands et russes, laissant toujours la supériorité à ces derniers. Ils continuent à infliger à l’ennemi de très grosses pertes.
Les avant-gardes turques qui avaient paru aux abords du canal de Suez ont été refoulées vigoureusement.
Le Parlement anglais a rouvert ses séances. M Asquith a demandé à tous les partis d’oublier une fois de plus leurs différends et de tout subordonner à la défense nationale. M. Bonar Law, le chef de l’opposition, a souscrit à ses paroles.
Un officier allemand tentait de faire sauter un pont au Canada. Il a été arrêté.

 

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Vendredi 23 octobre 1914

Louis Guédet

Vendredi 23 octobre 1914

41ème et 39ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  On s’est battu toute la nuit, ce matin silence complet. Il parait qu’hier il n’est pas tombé d’obus sur Reims. Depuis quelques jours du reste ils en envoyaient peu, et toujours sur l’extrémité du 2ème canton, vers le cimetière de l’Est, où un fossoyeur avant-hier a été tué en ouvrant une tombe !

6h3/4 soir  Ce matin vers 11h 2 bombes d’aéroplanes rue Marlot et rue du Couchant (Depuis 1924 rue des Jacobins). Déjeuné chez Fréville avec Charles, receveur de la Ville. M. Fréville a écrit à sa belle-sœur Mme Luneau à Versailles pour qu’elle verse à la Pension de Jean 500 Francs en consignation, et il est entendu que je les lui rembourserai que s’il me les réclame et si cette dame a pu faire cette avance.

  1. Luton, fondé de pouvoir de M. Mareschal, me disait tout à l’heure au pont de la rue Libergier vers 4h1/2, que la Chambre de Commerce de Reims évaluait les dégâts occasionnés dans la Ville par le bombardement à 250 millions au bas mot, non compris et sans compter les dégâts faits aux monuments publics.

Comme je le quittais au pont tournant, une bombe éclate place du Parvis, en face de nous, et jusqu’à ce que je sois rentré chez moi j’en ai compté une douzaine. Voilà que cela va recommencer ? Comme nos galonnards vont être heureux ! Reims est si peu intéressant !

En tout cas ce ne sont pas des « marmites », mais de simples obus (seulement des obus) de campagne.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le courant de la nuit, huit ou dix détonations de grosses pièces se sont fait entendre.

– Vers 11 h, ce matin, un Taube a laissé tomber plusieurs bombes, l’une rue de Venise, une deuxième sur la maison 21, rue Marlot et une autre sur la perception de la rue du Couchant. Cet aéro a jeté également deux banderoles qui, vues de la rue du Jard, descendaient dans la direction du canal.

Après-midi, vers 16 h 1/2, reprise du bombardement par pièces. Une vingtaine d’obus arrivent encore en ville et tombent sur l’usine des Vieux-Anglais, l’usine Collet et la lithographie Debar, boulevard de la Paix. A la même heure, un autre aéroplane jette encore une bombe qui tombe chaussé du Port.

L’inquiétude et l’appréhension se font de nouveau très vives pour beaucoup d’habitants.

– En revendant de mon travail, vers 18 h je suis très surpris de remarquer sur le parcours, deux ou trois magasins laissant voir, du dehors, une clarté à laquelle on n’est plus accoutumé ; l’électricité y a été réinstallée, ou l’usine fonctionne-t-elle à nouveau ? Au contraste, le reste des rues, où n’existe aucun autre éclairage, paraît encore plus sombre que d’habitude.

Dans L’Éclaireur de ce jour, on peut lire un court article portant ce titre, qui marquerait quelque impatience : « Qu’attend-on pour rétablir le mont-de-piété ? ».

La question ne nous laisse pas indifférent ; nous trouvons même qu’elle devrait attirer l’attention de qui-de-droit sur un établissement dont on ne parle plus et, si nous étions qualifiés pour cela, nous répondrions, en disant :

« Pour rétablir le mont-de-piété, il faudrait d’abord qu’une autorité prît l’initiative de battre le rappel :

  1. pour ses administrateurs, dont deux seulement, MM. P. Lelarge et Griessmann, sont encore à Reims (1) ;
  2. pour son directeur-caissier, parti le soir du 31 août, sans que personne n’ait encore pu savoir ce qu’il est devenu;
  3. pour son personnel. Ajoutons tout de suite que nous serions moralement certain de pouvoir le regrouper, quoique depuis son dispersement le 3 septembre, jour de l’arrivée des premiers allemands, nous n’en ayons eu guère de nouvelles. »

Avec un local et de nouveaux moyens, puisque rien ne subsiste de l’organisation antérieure au désastre du 19 septembre, le mont-de-piété pourrait être provisoirement reconstitué par son conseil d’administration.

Une autre question, cependant, vient subsidiairement d’elle-même à l’esprit. Le moment serait-il choisi pour faire de la rénovation ?

Un particulier énergique et entreprenant, qui aurait la volonté de se réinstaller, y parviendrait certes, avec une foi inébranlable et une persévérance tenace dans les idées – à moins qu’il ne lui arrivât malheur.

Mais un établissement public en tutelle ! entravé par des réglementations très prévoyantes, mais qui n’ont pas prévu l’état de guerre – ni la désorganisation, ni les dévastations, les situations inextricables en résultant – se trouvant même, malgré tout cela, dans l’impossibilité de se soustraire aux formalités obligatoires, n’en sortirait pas aussi vite. Il devrait, avant toutes choses, faire prendre par une majorité à réunir en conseil des décisions rapides et, dans les conjonctures actuelles, il y aurait des responsabilités probablement très graves à endosser ?

Nous croyons que, sauf exceptions, on n’est  généralement pas entraîné à ce genre de sport, en administration. Il faudra évidemment le temps de s’y mettre.

Le correspondant  du journal n’aurait-il pas, par hasard, un plan à lui, en dehors des lois, décrets et règlements concernant la comptabilité publique dont il lui est permis d’ignorer l’existence ? En ce cas, il ne pourrait le faire prévaloir, car un mont-de-piété ne peut pas fonctionner sur la simple idée d’ouvrir un bureau au public.

Dans tous les cas, puisque nous restons attachés à l’établissement par le contrat qui nous lie à son conseil d’administration depuis vingt-huit ans, tenons-nous prêt, attendons les événements et la suite pouvant être amenée par cette question.

Mais, nous serions surpris qu’elle puisse recevoir une réponse immédiate, sous forme de réalisation

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Le vice-président, seul mobilisa le du conseil d’administration, a été appelé comme médecin-major de réserve.


Cardinal Luçon

vendredi 23 – A 2h. nuit, canonnade gros canons français ; pas de réponse. Matin tranquille. Après-midi, à 1 heure, bombes jetées par un aéroplace, rue Hincmar (1). À 4 h, bombes lancées après le passage de deux aéroplanes, l’un français, l’autre allemand en deux directions différentes : l’un du Nord-Ouest au Sud-Est, l’autre obliquement de l’Est à l’Ouest, me semble-t-il. Des bombes sont tombées rue Marlot, rue du Couchant à vue à Mencière.

Vers cette époque, peut-être ce jour-là même un canon allemand lança des fléchettes (2), avec des banderoles sur lesquelles on lisait ces paroles : Anvers est tombée ! Rien ne nous résiste. Rémois, rendez-vous, sans quoi votre ville sera détruite. Je n’en ai pas vu. On me l’a raconté.

Bombes de 11 h à minuit

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il s’agit de tout petits projectiles d’artillerie lancés à la main par les aviateurs, et peut-être tout simplement de fléchettes d’acier, vite abandonnées

(2) Ces fléchettes sont des projectiles aériens. Anvers est tombé le 9 octobre.


Paul Dupuy

Réception d’affectueuses condoléances de Monsieur et de Madame Dechéry qui, en termes émus s’unissent à nous pour pleurer le cher disparu.

À 11 h ½ deux bombes d’aéroplane tombent avec grand fracas, rue Marlot et rue du Couchant ; et à 14H c’est une lutte d’avions, au-dessus même de la ville, qui se termine sans que personne ait paru en tirer avantage.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Le Mont de Piété à Reims

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Lundi 19 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 OCTOBRE – lundi –

Ce matin, je pars à 8 heures par la « diligence Pingot ». C’est la voiture du laitier Rêve, qui fait le service Épernay-Reims, et qui part de chez Pingot, angle de la rue de Tambour. « Où court-il ainsi? Chez Pingot, chercher des tripes ! » C’est une affiche qui a couru Reims.

  1. Saintsaulieu, qui m’a servi la messe ce matin, prend un instantané du départ. Et alors, superbement, au galop de deux pur-sang attelés à la guimbarde – nous sommes serrés comme oncques le furent les grands pots de lait – nous enfilons la rue Colbert, Place Royale- un virage magnifique – puis la rue Carnot. Rue de Vesle, tout en haut, avant la Porte Paris, collision ; un de nos coursiers glisse, se relève, et va escalader un sapin, landau découvert… On continue ; la diligence enfile la route vers Montchenot, fait escale aux postes nombreux qui exigent les laissez-passer, entre dans le beurre qui emplit les bas-côtés de la route pour faire place aux convois.

Ah ! les convois interminables qui défilent au pas sans sourciller… A peine un écart quand arrivent en trombe les voitures militaires, les grands autobus « garde-manger ». Le Cadran ; des émigrés occupent toutes les maisons. Champillon ; Épernay.

Je déjeune au buffet avec le commandant Magnain, commissaire de gare. Nous partons à 1 heure 37 ; il n’y a pas une foule excessive… Nous précédait un train porteur de jolis « 75 » avec les chevaux et les munitions.

Le voyage avec des gens de Montmirail et de la région. On parle du passage des Prussiens de la grande bataille, des ponts sautés que nous franchissons sur des échafaudages d’occasion très curieusement établis. Avant Meaux, sur la Marne, sur des péniches ; un pont de planches pour voitures et piétons…

9  heures ; Hôtel Terminus. Je prendrai l’express pour Lyon demain soir à 8 heures 05. Le train arrive à 5 heures du matin à Lyon et aussitôt, il y a un train pour Evian. C’est le seul express de la journée. Deo gratias.

Paris n’est pas très animée, mais comme on voit, comme on sent que ces gens sont loin des opérations ! Ils vivent des dire de la Presse ! et des conclusions de leur jugeote !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 19 octobre 1914

38ème et 36ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Contrairement à ce que je craignais la nuit a été tranquille. Reçu ce matin une lettre de Madeleine qui restera à Granville jusqu’à la fin de ce mois et qui me dit que Jean trouve son cours un peu fort. Cela m’inquiète. Je n’ai pourtant pas besoin de ce souci. Ma pauvre femme me dit qu’elle va écrire à Mativet (le directeur de Ste Geneviève à Versailles) pour voir à cela ! Mon Dieu je n’ai pourtant pas besoin de cela ! Je n’en sortirai donc jamais de mes misères. Je n’ai cependant plus la force d’y résister. A sa liste était jointe une lettre fort gentille d’André. Aurais-je la force, le courage d’y répondre, ainsi qu’à Marie-Louise !! Je ne sais. Cela me fera trop de peine, je souffrirai trop. Oh ! non ! je n’y résisterai pas. Reverrai-je mes aimés ? Je crois bien que non ! Je suis à bout de forces.

5h soir  Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux et Maurice Mareschal. Idées peu gaies. Attendu tout ce que nous avons souffert et que nous souffrons, sans parler de ce qui peut nous attendre. Reçu à 2 heures lettre de ma pauvre femme, qui ne m’égaie pas, loin de là. Je ne cesserai d’avoir des inquiétudes à droite et à gauche que quand je serai mort. Oh mon Dieu ! Je n’en suis pas loin peut-être, car tout à l’heure, en allant porter des lettres à la Poste, j’ai eu comme des étourdissements et mes jambes flageolaient. (Rayé) … ne doit pas compter… Le passage suivant a été rayé entièrement.

Je me sens la tête vide ! J’ai peur de perdre la raison !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne, nous lisons aujourd’hui un article reproduit de l’Écho de Paris, dont voici le texte :

Dupes ou Dupeurs

Nous lisons dans l’Écho de Paris :

Il n’est sans doute pas éloigné, le jour où Reims, sur notre centre, comme Lille sur notre gauche, sera dégagé, si l’on tient compte de nos progrès dans la direction de Craonne et au nord de Prunay.

Il est vrai que Reims continue à recevoir ses obus quotidiens, surtout dirigés contre la cathédrale.Quand on s’est engagé ans une voie sacrilège, on y persiste, comme c’est le cas de l’armée de Bulow. L’univers civilisé ayant protesté contre ce procédé que ne justifie aucun besoin stratégique, le communiqué allemand du 14 courant, en disant « qu’il n’y a rien à signaler sur le reste du front du côté français (sauf la prise de Lille) », ajoute textuellement :

« Les Français ont installé deux batteries d’artillerie lourde tout près de la cathédrale de Reims. On a constaté en outre que sur une des tours de cet édifice on faisait des signaux lumineux. Il est bien entendu que nos troupes devront prendre les mesures nécessaires pour assurer leur défense sans se préoccuper de la cathédrale. Les Français seront donc responsables, aujourd’hui comme avant, d’un nouveau bombardement de la cathédrale. »

Et allez donc !… On sait en quels termes énergiques, le Général Joffre a déjà, lors du premier bombardement, fait justice de ces puériles insinuations de l’état-major allemand. Il persiste.

Attendons l’heure – elle n’est pas éloignée – où la cathédrale sera loin de la portée de leurs obusiers (1). »

Nous n’ajouterons qu’un mot à la note de notre confrère.

Pour nous, qui savons où sont installés nos pièces d’artillerie, pour nous qui ne cessons de jeter des regards désolés sur les tours de notre cathédrale, notre impression ne peut être que cette-ci :

Ou les Allemands se font duper et voler par leurs espions.

Ou ce qui est plus vraisemblable, ils continuent à vouloir duper le monde civilisé.

Les mensonges, chez eux, sont devenus un moyen de guerre que forgent leurs états-majors comme Krupp leur fabrique des canons.

Après la réoccupation de la ville par nos troupes, le Rémois auraient pu supposer que l’installation faite aussitôt par les soldats du génie, sur la tour nord de la cathédrale, était destinée à l’observation ou à la signalisation, mais, lorsque le 15 septembre, ils virent enlever les fils qui descendaient sur la place du Parvis par les mêmes soldats et disparaître tout le matériel amené, il leur apparut que l’on avait seulement procédé à un essai.

Les signaux lumineux dont le prétexte est invoqué par les Allemands, n’existaient certainement pas le 19 septembre, ni le trois ou quatre jours précédents, pas plus d’ailleurs qu’il n’existaient le 4 et, pour notre part nous croyons que l’on peut avoir pour conviction personnelle que ce jour de bombardement d’intimidation, la cathédrale, si elle ne fut pas atteinte, avait déjà été visée.

A propos de ces explications tendancieuses de l’ennemi, Le Courrier de la Champagne du 1er octobre avait déjà publié l’entrefilet suivant :

Le témoignage du Général Joffre, Bordeaux, 27 septembre

Le gouvernement allemand ayant déclaré officiellement à divers gouvernements que le bombardement de la cathédrale de Reims n’avait eu lieu qu’en raison de l’établissement d’un poste d’observation sur la basilique, le gouvernement français en a informé le général commandant en chef des armées d’opérations.

Le Général Joffre a immédiatement répondu au Ministre de la guerre dans les termes les plus nets. Le commandant militaire à Reims n’a fait placer, en aucun moment, un poste d’observation dans la cathédrale. Le bombardement systématique commença le 19 septembre à 3 heures de l’après-midi.

Quant aux batteries d’artillerie signalées dans le voisinage immédiat de la cathédrale – suivant le communiqué allemand – elles n’existaient pas non plus, ou alors, peut-on supposer qu’il vise celles que nous avions vues le 15 septembre, depuis le terminus de la rue Eugène Desteuque, sur les boulevards de la Paix, Gerbert et Victor Hugo. Mais, à ces emplacements, elles se trouvaient à une distance, à vol d’oiseau de 4 à 500 mètres au moins de la cathédrale.

Au surplus, elles n’étaient nullement en action – l’endroit ne le permettait pas. Elles étaient là au repos, paraissant avoir été mises sous les arbres, à l’abri des Tauben, en attendant des ordres. Leurs cuisines roulantes étaient groupées place Belle-Tour. Enfin, le vendredi 18 septembre, elles avaient été si effroyablement pilonnées par les obus, que le lendemain il ne restait, sur les lieux qu’elles avaient occupés, que de nombreux chevaux tués.

Il est donc évident que l’ennemi veut se disculper aux yeux de l’étranger, en nous faisant de tous côtés la guerre d’une autre manière, à coups de nouvelles fausses ou tout au moins inexactes – ce qui n’est peut-être pas le moins dangereux – lorsqu’elles sont propagées sur le ton d’affirmation qu’il emploie en pareil cas.

– La journée a été assez calme.

L’après-midi et le soir, nos grosses pièces ont fait entendre leurs détonations.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Le communiqué allemand du 13 octobre 1914 – comme plus tard – après avoir annoncé l’occupation de Lille, disait exactement ceci : « Deux batteries lourdes françaises étaient signalées dans le voisinage immédiat de la cathédrale de Reims. d’autre part, on a observé des signaux lumineux partant d’une des tours du monument. Il va sans dire que toutes les mesures militaires prises par l’ennemi pour nuire à nos troupes seront réprimées sans égard à la conservation de la cathédrale. Les Français sont donc eux-mêmes coupables et, aujourd’hui encore, l’admirable monument est de nouveau victime de la guerre. »


Paul Dupuy

Lundi 19

Paix. Visite à l’Ambulance de Courlancy, toutes les salles. Fusillade pendant la nuit (du 18 au 19)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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De Limoges 16 8bre on m’accuse réception de mes lettres des 8, 9 et 10.

Henri ne s’étend pas sur la désolation qu’elles ont causée ; je la sens, je la partage et c’est pourquoi mes larmes coulent à flots dans un double sentiment de douleur qui m’associe à sa pensée, et d’admiration pour le sublime courage dont il fait preuve.

Que personne ne se laisse abattre, dit-il ; face à l’adversité, et haut les cœurs !

– Rien à signaler dans notre triste vu rémoise, si ce n’est l’inquiétude qui la mine
quand nous songeons à Marcel, dont aucune nouvelle n’est parvenue depuis le 4 8bre.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Et pendant ce temps là…

Lundi 19 octobre

Armentières a été réoccupée par nous dans le Nord, tandis que tout notre front avançait dans cette région. Il avançait également au nord d’Arras, en sorte que nous acquérions de ce côté une position de plus en plus forte. Vainement, les Allemands tentaient un peu plus loin de rompre le cordon de soldats belges, assez serré par ailleurs, qui défendait le cours de la rivière Yser. Ils étaient chaque fois refoulés avec une extrême vigueur.
Les échecs qu’ils n’avaient cessé de subir depuis le début des opérations à Saint-Dié (Vosges), sur la haute-Meurthe, ne les avaient pas encore découragés. Ils ont encore renouvelé leurs agressions, et par deux points différents sur cette ville, mais ils ont cruellement expié leur audace.
Dans les pays neutres, et en Suisse en particulier, la presse commente ironiquement les communiqués allemands qui ne célèbrent plus la progression des troupes impériales en France.
Aucune nouvelle n’est venue encore de Petrograd sur les phases de la longue bataille qui se développe en Pologne. Mais on sait que les Autrichiens ont été rejetés sur le fleuve San, en Galicie, et que les Russes ont capturé de nombreux ennemis au sud de Przemysl.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg qui vient de parcourir la partie de la Belgique occupée par l’invasion teutonne, et Anvers en particulier, est allé faire un rapport a Guillaume II sur la situation.
Plusieurs États neutres, la Suède et la Norvège spécialement, viennent de renforcer leurs prescriptions contre toute contrebande de guerre éventuelle. Ils veulent que leur impartialité ne puisse être, à aucun moment, mise en cause.

Source : La grande guerre au jour le jour

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Lundi 28 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

28 SEPTEMBRE :

Bonnes nouvelles ce matin. Et de très officielles. Les allemands, qui avaient pris l’offensive générale ont été repoussés sur toute la ligne. On leur a même pris plusieurs canons et un drapeau.

10 heures 1/2 ; Vive fusillade avec mitrailleuses et canon du côté du faubourg de Laon ; les choses ont eu l’allure d’une alerte, d’une excursion teutonne allégrement repoussée par nos armes. Je saurai demain…

Je viens de mettre les pieds dehors ! Mon Dieu, les feuilles tombent ; déjà, elles choient dans la nuit avec un triste frifillis le long des branches et des feuilles encore solides sur leurs attaches.

Effectivement, c’est Octobre demain ; c’est l’automne. L’harmonie des choses est deux fois admirable dans le désordre fabuleux parmi lequel le vieux monde se débat en ce moment… L’Automne doit être grave à Abondance, ô ma chère montagne, mes rochers, les sapins, ma petite maison de bois… !

Encore cet après-midi, des obus sont tombés sur le faubourg Cérès, vers 4 heures. Il y a eu des morts et des blessés.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 28 septembre 1914

17ème et 15ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Près de Reims la nuit a été calme, mais vers 1h du matin on bataillait fort vers le nord, vers Berry-au-Bac m’a-t-il semblé. Ce matin vers les 6h quelques coups de canons jusqu’à maintenant sur notre front Est, mais des coups qui ne semblent pas très près. Que se passe-t-il ? On ne sait, on ne peut le savoir. C’est ce qui est le plus décourageant, le plus déprimant.

11h1/4  Comme je sortais et fermais ma porte pour aller aux nouvelles à l’Hôtel de Ville, M. Émile Charbonneaux passait à bicyclette devant ma porte, il me crie : « Les nouvelles sont très bonnes sur toute la ligne et nous avançons. Reims qui est toujours sur le pivot sera délivré d’ici 1 jour ou 2. » – « Merci ! » lui dis-je, il est exactement 9h1/4.

Je filai à la Mairie, personne, chez Charles Heidsieck, personne, chez le docteur Guelliot, où je voie que l’on nettoie et exécute mes ordres. Je pousse sur le boulevard Lundy, entre chez M. Lorin. Madame Lorin m’annonce que Marcel son fils est ici et qu’il est aux tranchées Holden (aux Nouveaux Anglais), et que Fernand Laval est de passage et qu’il se charge des lettres. Elle me donne du papier et j’écris un mot au crayon pour ma chère femme. Cette lettre sera remise à la Poste à Langres (Haute-Marne).

Je continue ma promenade à travers les ruines du quartier Cérès. M. Soullié, qui regarde les ruines de la Maison Lelarge et Cie me confirme ce que m’a dit M. Émile Charbonneaux. Je rentre pour consigner ces quelques lignes et toujours aussi impressionné des désastres que j’ai vus, et revus déjà 10 fois.

Si nous allions en Prusse, nous devrions non pas détruire leurs monuments, leurs musées, leurs œuvres d’Art comme ils savent si bien le faire, mais les leurs enlever, choisir celles qui nous conviendraient pour remplacer ce qu’ils ont brûlé, bombardé, et le reste le vendre aux enchères aux milliardaires américains et employer le produit à restaurer nos monuments et nos maisons.

Pour mon compte je réclamerais les vitraux de notre Cathédrale, enlevés et vendus sur l’ordre du chanoine Godinot, et qui ornent maintenant soit la Cathédrale de Mayence, de Cologne, d’Aix-la-Chapelle ou de Nuremberg, je ne sais au juste laquelle, et ces vitraux viendraient reprendre leur place d’origine qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

5h soir  Journée calme. Toutefois le canon recommence à tonner un peu. Les nouvelles sont rassurantes, et je crois que l’on peut espérer voir bientôt la fin de nos misères, c’est-à-dire l’éloignement de l’ennemi. Quel soulagement ce sera.

Hier, je ne puis m’empêcher de noter cela, quand M. Charles Heidsieck et moi étions à causer avec Maurice Mareschal devant la clinique Mencière, ce dernier, chaque fois qu’il entendait un coup de canon rapproché ne pouvait s’empêcher de nous dire : « Mais vous n’entendez pas, on tire sur nous ! » Nous de sourire et de lui répondre : « Mais non ! mais non ! c’est loin cela !! » Il n’était qu’à moitié convaincu ! Cela m’a amusé il y a quelques jours de voir un officier s’inquiéter du canon quand nous, simples pékins, nous n’y prêtions aucune attention…  Tellement il est vrai qu’on s’habitue à tout ! C’était la première fois qu’il l’entendait, tandis que nous connaissions ce cantique et bien d’autres depuis 25 jours.

8h05 soir  Nous n’avons pas eu de bombardement de la journée, à moins que ce soir ?? !!

A 7h1/2 vient de commencer une canonnade et une fusillade intense, semblables aux plus fortes que j’ai entendues depuis 15 jours ! Remonté dans ma chambre. Je regarde, toutes lumières éteintes, vers le fracas de la lutte. Le combat a lieu dans le prolongement de la rue de Talleyrand, vers le nord. C’est donc vers le faubourg de Laon, La Neuvillette, la ferme Pierquin, le Champ d’aviation. Les éclairs de la canonnade fulgurent à l’horizon comme pendant un orage des plus violents. C’est un roulement continu.

8h12  Cela se ralentit. La fusillade continue, crépite mais semble s’éloigner, il y a 10 minutes elle paraissait si près !! Le canon tonne, mais ce n’est plus le roulement, le tonnerre, la grêle de tout à l’heure. A peine une demi-heure de combat mais quel affect les allemands ont du faire pour arriver à se faire fusiller, canonner de si près. Ils me paraissent lutter en désespérés, du reste cela me confirme ce que l’on m’avait dit hier d’un radiotélégramme intercepté qui ordonnait à toutes les forces allemandes de vaincre ou de mourir ! Attaque générale sur toute la ligne…

On se bat furieusement vers La Neuvillette, Bétheny, à Nogent et à Brimont. Les bruits des combats sont trop rapprochés de Reims…  Berru et Nogent se taisent.

Mais quelle journée calme aujourd’hui ! pas de bombardement, pas de sifflement d’obus au-dessus de nos têtes. On pouvait aller et venir sans entendre siffler ces fifres de la Mort. On vivait au calme. Et, faut-il l’avouer ?…  il me manquait quelque chose…  le bruit du canon !!

Pardonnez-moi ! mais je commençais à m’y habituer ! Il est vrai qu’en ce moment ils ont l’air de se rattraper, mais combien peu. Le canon se meurt en ce moment, par contre (il est 8h25), la mousqueterie fait rage. Ils veulent des corps à corps, mais nos troupes ne les craignent pas, et vraiment ils luttent en désespérés ! en fous !

Allons ! Messieurs les Prussiens ! Bon voyage et je vous donne rendez-vous à Berlin ! cette fois !!…  Le Dieu de la Justice, Saint Michel, l’archange de France, est devant vous avec son épée justicière…  Il est temps que vous expiez vos crimes, vos massacres, vos incendies, vos vandalismes. Finis Germanicae !! il le faut !! ou ce serait la Fin du Monde !!

8h35  Voilà nos grosses pièces qui se mêlent à la…  conversation !! On distingue du reste très facilement les détonations de nos pièces d’avec celles des allemands, ainsi que le sifflement des obus, leur éclatement et leur fumée. Le coup de nos pièces est sec, net, franc ! Le leur est lourd, sourd. De même l’éclatement, le sifflement du nôtre est comme celui d’une pièce d’artifice plutôt aigu, celui des allemand plus frou-sourd, quant à la fumée, la nôtre est blanche, légère. La leur noire jaunâtre, on croirait la fumée d’une locomotive, d’une cheminée d’usine pendant qu’on la recharge. C’est sale ! noirâtre !! jaunâtre !!

8h50  La fusillade cesse, par contre notre artillerie a l’air d’y aller de bon cœur, c’est une large éolienne continue produite par nos obus qui chantent, qui chantent à plaisir.

Une colonne d’artillerie et leurs caissons arrive du Théâtre et tourne vers la rue de l’Étape et la place Drouet d’Erlon.

C’est une vraie bataille, mais plus un coup de fusil.

Le combat s’éloigne…  Attention à la contre-attaque, mais le canon allemand ne me parait pas très causeur, très fourni. C’est nous qui tenons…  le crachoir en ce moment, et j’espère bien que cela continuera…

Une auto. Vraiment, çà chauffe vers le faubourg de Laon.

Ces animaux-là (les Prussiens) vont-ils me laisser dormir tranquille ? si cela ne m’intéressait pas : oui ! Je me coucherais et dormirais sans plus m’inquiéter de leur tapage, mais j’aimerais voir !

9h10  Toujours rien du côté de Berru et de Nogent !! Cela parait se ralentir. Allons nous coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous sortons au cours de la matinée, mon fils Jean et moi et, tandis que nous sommes dehors, nous allons jusque dans le champ de Grève où nous voyons toujours en position, à gauche de l’avenue de la Suippe et un peu en contre-bas, deux batteries d’artillerie dont les pièces – des 75 – sont dissimulées avec des branchages. Pour le moment, elles ne tirent pas ; les hommes se divertissent entre eux

Notre attention est attirée, de loin, par une quantité d terrassiers, occupés à creuser des tranchées dans un champ longeant le haut de la rue de Sillery. A distance, nous voyons un grand nombre d’animaux étalés l’un auprès de l’autre, sur le talus limitant les propriétés où avait lieu, en juillet, le concours international de gymnastique. Nous nous approchons et nous pouvons compter soixante chevaux et un bœuf, dont on prépare l’enfouissement.

Ces animaux ont tous été tués par les obus, en ville, ces jours derniers.

Partout où l’ennemi avait repéré de la troupe, on avait eu, dans Reims, à côté des dégâts effrayants du bombardement et de l’incendie, de tristes visions de champ de bataille. C’est ainsi qu’en dehors des nombreux cadavres d’animaux restés sur les boulevards de la Paix et Gerbert, aperçus le 20, au petit jour, j’avais vu, le 21 en allant annoncer notre malheur chez mon beau-frère Montier, un groupe de sept à huit chevaux morts, rue Duquenelle, après en avoir vu déjà rue Lesage.

L’administration municipale avait dû aviser rapidement et un organisme, spécialement mis sur pied, fonctionnait pour l’enlèvement de ces cadavres d’animaux, sous la surveillance de M. Lepage Julien, inspecteur au Bureau d’Hygiène. Son important service provisoire était à l’œuvre, ce matin, en cet endroit.

– L’après-midi s’annonçant calme, nous croyons pouvoir profiter du beau temps, vers 16 h, pour faire une promenade en deux groupes devant se rejoindre chez ma belle-sœur, Mlle Simon-Concé, rue du Cloître. Toute la famille s’y est à peine rencontrée, que les obus recommencent à pleuvoir et nous obligent à renter précipitamment rue du Jard.

– Le soir, une violente canonnade, entendue de tout près, nous contraint à retarder l’heure du coucher.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Un cheval mort, place Godinot

Un cheval mort, place Godinot


Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente et pas très rapprochée ; matinée assez tranquille. Après-midi, comme le matin. On parle de bombes lancées sur la ville, quartier Saint André, et Petit Séminaire. Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption ; aux Pères Jésuites et aux Petites sœurs des Pauvres, au Collège St Joseph, visite aux Chanoines rue Libergier. Vive canonnade et à 8 heures mais pas très longue. Coucher au sous-sol. Nuit assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

La journée a été assez calme bien que l’on ait entendu le canon sans arrêt. Vers le soir on met en batterie les grosses pièces vers Saint Brice. A sept heures ¾ du soir nos troupes se livrent à une attaque dans les parages de Courey à la Neuvillette. Les mitrailleuses et les fusils crépitent pendant environ une heure ½ dans les environs de chez mon père, puis s’éloignent soutenus par les canons. Le combat dure toute la nuit et au petit jour on entend encore les canons. Nos troupes on repris leur position.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Je quitte Sacy à 7H du matin, après avoir fait mes adieux aux 2 familles Perardel qui vont partir dans l’inconnu, et à celles qui, sans homme, pour les guider, décident de rester encore dans les environs de Reims.

Au moment de la séparation, l’émotion me gagne, et c’est sans mot dire, mais le cœur saignant et les yeux pleins de larmes que s’échangent les dernières effusions.

A peine rentré, j’accueille le Capitaine de Marcel et son Maréchal des logis Chef venus en ravitaillement ; on me donne l’assurance qu’à la première sortie mon cher fils sera du voyage.

Dans la nuit du 28 au 29, la bataille s’engage avec une violence extrême, les Allemands s’obstinant à essayer de rentrer en ville. On ne dort pas, le bruit des mitrailleuses et des fusils se faisant entendre de trop près pour qu’il soit possible de reposer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Mardi 28 septembre

La situation ne s’est guère modifiée, au nord d’Arras, où l’ennemi ne réagit que peu contre les positions nouvelles occupées par nos troupes. Nous avons fait 1500 prisonniers.
Le chiffre des prisonniers capturés par les Anglais dans le secteur au sud de la Bassée est de 2600.
En Champagne, la lutte continue. Nous sommes devant le front de seconde ligne allemand jalonné par la cote 185, à l’ouest de Navarrin, la butte de Souain, la cote 193, le village de Tahure.
Le nombre des canons de campagne et d’artillerie lourde pris à l’ennemi est de 80, dont 23 enlevés par l’armée britannique.
Une offensive allemande en Argonne, à la Fille-Morte, a été quatre fois enrayée. Nos adversaires ont subi de très lourdes pertes.
Des avions alliés ont bombardé Bruges.
Les Russes ont livré toute une série de combats au cours desquels ils ont fait de nombreux prisonniers. Leur offensive se poursuit en Galicie et dans la région de Pinsk. Ils ont reconquis depuis quinze jours environ 110 kilomètres.Le roi de Grèce s’est mis d’accord avec son premier ministre M. Venizelos, sur la politique à suivre vis-à-vis de la Bulgarie.
La Roumanie a pris des précautions sur sa frontière du sud.

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