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Mardi 13 décembre 1915

Massige

Louis Guédet

Lundi 13 décembre 1915

457ème et 455ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rentré hier soir de Paris fort fatigué. Aujourd’hui très occupé par courrier en retard, repris une vie monotone. Vu à Paris nombre de personnes toutes fort affectueuses. Réunion de l’Académie de Reims vendredi 10, nous étions 11. Demaison président, Jadart secrétaire général, Docteur Pol Gosset secrétaire, Guédet trésorier, Krafft, Docteur Guelliot, Henrot, Mennesson-Dupont, Docteur Bagneris, Chavalliaud, Eugène Gosset au Pavillon de Marsan. (La réunion a eu lieu dans ce pavillon situé à l’Union centrale des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli à Paris, le vendredi 10 décembre1915, à partir de 2 heures et demie).

Mon rapport a été chaleureusement applaudi. Cela m’a émotionné, le succès m’émeut toujours !!… (Voir le livret « Travaux de l’Académie de Reims, Annexe année 1914-1915.  Séance tenue à Paris le 10 décembre 1915, imprimée en 1916 par Léon Michaud, libraire de l’Académie et Monce et Cie, imprimeurs de l’Académie ».)

A peine rentré, il me faut songer à mon voyage à St Martin pour Noël et le nouvel an ! Ensuite il me faudra songer à un voyage à Bâle et Genève pour des valeurs, et puis encore être au sacre de Mgr Landrieux à Dijon !!…  Avec tout cela ma vie est toujours fort triste et découragée…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 13 – Nuit tranquille. 11 h. 1/2 du matin, coups de canons français. Visite à l’ambulance Sainte-Geneviève et à l’ambulance Mencière. Quel­ques gros coups de canons l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume

Lundi 13 décembre

En Belgique, activité de nos canons de tranchées, qui ont imposé silence aux lance-bombes de l’ennemi.
Trois hydravions allemands ont tenté de couler un cargo-boat britannique, qui s’était échoué près de la côte belge. Des avions alliés les ont mis en fuite, pendant que des torpilleurs français renflouaient le cargo.
Canonnade en Champagne dans le secteur de Massiges. Nous avons bombardé les tranchées allemandes dans le secteur de la cote 193.
Canonnade aussi dans les Vosges, où la tempête de neige gêne les opérations.
Seize aéroplanes anglais ont bombardé un dépôt d’approvisionnement allemand à Miraumont; tous sont rentrés.
Les troupes britanniques ont pénétré dans les tranchées allemandes à Neuve-Chapelle.

Nos troupes ont continué leur mouvement de repli sur le Vardar et dans la région du lac Doiran : elles ont repoussé plusieurs fois l’ennemi.
Les corps grecs auraient reçu l’ordre de se retirer devant les Bulgares, dans le cas où ceux-ci passeraient la frontière.
Les commissions du Reichstag discutent âprement la question des vivres sans arriver à se mettre d’accord.
L’Autriche et la Bulgarie réclament respectivement la possession de Monastir.

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Jeudi 11 novembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 11 novembre 1915

Toujours le silence. Journée froide, glaciale. Audience de réquisitions militaires avec le sous-intendant Racine qui a causé avec M. de Bruignac, Dupont-Nouvion avocat, et le Président Hù qui venait avec le sous-préfet pour visiter la ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit silencieuse, journée tranquille. Aéroplanes français ; on ne tire pas sur eux. Visite à Mencière. Donné un chapelet à une infirmière qui m’en avait demandé un. Visite du nouveau Général Cartens, et de son Chef d’État-major. Visite à Sainte-Clotilde, à M. le curé de Sainte-Gene­viève. Visite de M. Parmentier, aumônier militaire. Retour de M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En Belgique, notre artillerie a exécuté sur les organisations allemandes de la région des Dunes et du secteur de Boesinghe, un bombardement systématique.
En Artois, nos tirs de barrage ont arrêté une attaque ennemie dans le bois de Givenchy.
En Champagne, après un violent bombardement, l’ennemi a tenté deux assauts contre nos positions de la butte de Tahure. Le premier, immédiatement arrêté, n’a pu aborder nos tranchées. Le second, après y avoir pénétré sur un point, a été rejeté par une contre-attaque.
Combats de bombes et de grenades en Argonne orientale (Vauquois, Malancourt).
Entre Meuse et Moselle, nos batteries ont riposté à la canonnade ennemie et dispersé une colonne d’infanterie en marche.
Les Russes progressent sensiblement en Courlande, aux alentours de Mitau.
Les Italiens ont poursuivi leur cheminement dans le haut Cordevole.
Les Serbes ont accentué leurs succès dans le massif de Babouna. La situation apparaît satisfaisante sur le front franco-anglais de Stroumitza.
Les sous-marins allemands ont fait de nouvelles victimes
en Méditerranée et dans la mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 29 octobre 1915

Clinique Mencière

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques rares coups de canons ; pen­dant la matinée silence complet. Via Crucis in Cathedrali.

Visite à la clinique Mencière et au Lieutenant-Colonel Colas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 29 Octobre 1915. J’ai eu ce matin une lettre, mon Charles, d’une dame de Paris qui avait écrit à un soldat du 354e. Il lui a répondu que tu avais été tué fin septembre 1914. À force de l’entendre dire je devrais pourtant le croire. Mais c’est plus fort que moi, je ne pourrai jamais m’habituer à cette chose atroce. Quelle situation que la mienne ! Voir deux beaux petits comme j’en ai et ne pas t’avoir. Ta fille te connaît déjà. On lui demande où est papa et elle envoie des baisers à ton portrait. Comme cela me peine, tu serais si heureux.

Juliette Couronne est repartie à Épernay. Pendant son séjour elle n’a entendu aucun bombardement ; elle aurait quand même voulu se rendre compte de ce que c’était. Mais le parrain aurait tremblé pour elle.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Vendredi 29 octobre

Actions d’artillerie intenses et prolongées en Belgique, sur le front, Hetsas-Steenstraete, au nord d’Arras, au Bois-en-Hache et dans la région de Roclincourt.
L’ennemi a bombardé violemment en Champagne, nos positions de Tahure et de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont riposté par des tirs de répression systématique sur les tranchées ennemies.
Une de nos reconnaissances dans les Vosges a détruit une tranchée allemande au Reichackerkopf. Une contre-attaque allemande a été facilement repoussée.
Les troupes allemandes au front oriental renouvellent vainement leurs attaques dans la région de Dwinsk. Le feu d’artillerie est d’une énorme intensité. L’ennemi a subi un échec grave dans la région du confluent du Strypa et du Dniester.
Les Serbes ont reculé sur leur front nord, à 60 kilomètres au sud du Danube et près de Kragoujevatz. En Macédoine, les communications sont rétablies entre Velès, qu’ils ont reprise, et Salonique. Le général Bryan Mahon a été placé à la tête des troupes britanniques qui opèreront dans les Balkans.
Les Italiens appellent de nouvelles classes sous les drapeaux.
Le Reichstag allemand a été convoqué pour le 9 décembre.
Les Russes ont bombardé Varna, le po
rt bulgare de la mer Noire.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 23 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à l’ambulance Mencière. Reçu par M. Augias, conduit par M. Dennal, 50 suffoqués au moins gravement at­teints. Colonel X m’a dit que dans la moitié de l’action la plus voisine de nous, il y avait eu 300 à 400 suffoqués, dont 27 décès. Dans l’autre moitié, 3000 atteints, et un nombre de décès que je n’ai pas retenu. M. Debreck nous a dit 250 décès en tout le combat et la 2e division ; du côté de l’en­nemi, au moins 1000 morts et 5000 gros blessés. Visite de 10 h. 1/2 à 11 h. 1/2 à l’ambulance Cama : 50 malades environ, plus graves qu’à Mencière. Ac­cueil excellent des deux côtés comme hier et remerciements chaleureux. Photographie à Cama. Un prisonnier allemand, à qui on disait : « Comment avez-vous osé vous servir de gaz asphyxiants ? C’est contre le Droit inter­national » – a répondu : « Ce sont les Anglais qui ont commencé. » Visite à M. le Curé de Saint-André.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques


Juliette Breyer

Samedi 23 Octobre 1915. Les boches essayent d’entrer dans Reims. Ils ont attaqué deux fois. Tout cet après-midi c’était épouvantable. Les fusils, les mitrailleuses, tout marchait. Un bruit d’enfer. Si seulement c’était notre délivrance. Les agents de liaison viennent de passer près de nous. Ils disent que c’est près de la Pompelle. Ils nous ont envoyé des gaz asphyxiants mais jusqu’ici ils n’ont pas avancé. Notre artillerie en a tué beaucoup. Ils sont à notre première tranchée mais ils n’ont pas pu y pénétrer. Peut-être cela finira-t-il tout de même.

J’ai écrit à un employé de chez Mignot pour lui demander quelques conseils. Je voudrais tant retravailler. On trouve le temps encore plus long.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Samedi 23 octobre

Nous arrêtons net des tentatives d’attaque ennemies aux environs de Lombaertzyde, en Belgique.
Une attaque allemande a été repoussée devant les saillants du fortin de Givenchy, une autre dans la vallée de la Souchez.
Notre artillerie a bombardé les tranchées et cantonnements ennemis, entre l’Avre et l’Oise.
Canonnade violente en Champagne (ouest de Tahure, est de la butte du Mesnil, Ville-sur-Tourbe). Nous avons maîtrisé le feu de l’ennemi par celui de nos batteries.
Nos avions ont bombardé le parc d’aviation allemand de Cunel, entre Argonne et Meuse.
Les Russes ont capturé 148 officiers et 7500 hommes, près de Tarnopol (Galicie).
Les flottes alliées ont bombardé Dedeagatch et Porto-Lagos (côte bulgare de l’Égée).
La Grèce a refusé les offres conditionnelles que lui faisait la Quadruple Entente.
Un sous-marin allemand a attaqué un submersible suédois. La Suède a protesté à Berlin.
On signale des désordres graves en Bulgarie (Stara-Za
gora et Yamboli).

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 22 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons ; n’ai rien entendu. Journée tranquille. Après-midi, visite à Madame Sœur des Garets pour transport des envois charitables. Visite de l’Ambulance 17 où l’on a reçu 63 suffoqués par gaz asphyxiants(1). Il y a plusieurs aéroplanes (fran­çais ? allemands ?) survolant la ville. De trois à quatre cents suffoqués, quelques-uns morts sur le terrain, 25 morts à l’hôpital. Ambulance 17 re­çoit les moins malades. Il y en a à Mencière, à la Haubette, à Pargny, à Sacy. Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) C’est le 22 avril 1915 que les Allemands lancèrent pour la première fois une attaque pas les gaz de chlore dans les Flandres, à Langemark. La proximité d’Ypres a donné le nom de baptême de cette arme nouvelle, l’ypérite. La protection des yeux et des voies respiratoires fut lente à être mise au point jusqu’à l’adoption de masques complets couvrant la tête des hommes et des chevaux Mais la réplique des Alliés fut rapide et des obus à gaz firent partie de l’arsenal des deux camps jusqu’à la fin du conflit.


 

Vendredi 22 octobre

Les Allemands ont renouvelé leur attaque à l’est de Reims, sur un front de 8 à 9 kilomètres, entre la butte de tir et Prunay. En dépit de la violence de la canonnade et de l’usage de gaz suffocants très denses, ils ont essuyé un nouvel échec. A trois reprises leurs colonnes ont été fauchées par nos mitrailleuses; ils se sont arrêtés devant nos réseaux de fils de fer, sans pouvoir aborder nos tranchées.
Une autre attaque a été repoussée au bois de Givenchy, au nord-est de Souchez.
Un coup de main allemand a échoué en Lorraine, près de Moncel.
Sur le front belge, canonnade près de Steenstraete.
Les Russes, par un coup de main heureux, ont fait 4000 prisonniers, près de Baranovitchi, centre de chemin de fer important.
Les Bulgares ont occupé Velès sur la voie ferrée, entre Uskub et Salonique, coupant ainsi les communications directes entre ce port et l’armée serbe. Le corps diplomatique à Nisch s’est rendu à Kralievo (Haute-Morava de l’ouest).
Nos alliés ont fait de nouvelles propositions à la Grèce. L’Angleterre en particulier serait prête à lui céder l’île de Chypre. On parle également d’une cession éventuelle de la côte bulgare de l’Egée; en échange la Grèce devrait offrir son concours armé immédiat contre les Bulgares.
Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie approche
nt de Bagdad.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 9 septembre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf gros coups de canons vers 9 h. 1/4 et à différentes reprises, notamment vers 3 h., pendant 1/4 d’heure environ cha­que fois. Journée tranquille. Aéros français vers 5 h. 1/2. Canonnade fran­çaise assez nourrie dans l’après-midi. Visite de M. Danel, de Lille, à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Jeudi 9 Septembre 1915. Si tu voyais les préparatifs, mon Charles, près des caves Pommery. Ce ne sont que tranchées et fils de fer barbelés. Oh vivement que ça finisse ! C’est que j’en serai malade ; je ne tiens plus, j’ai comme la tête vide, je ne dors plus et si je suis encore longtemps sans avoir de tes nouvelles je mourrai de chagrin. Mes petits sont pourtant gentils mais c’est l’incertitude qui me tue. J’envisageais un avenir si beau à te garder chez nous.

Qu’est-ce que sera l’avenir ? J’arrête, je n’en peux plus.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

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Établissements Pommery


Jeudi 9 septembre

Actions d’artillerie : en Belgique, au nord d’Ypres; en Artois, autour d’Arras; dans le secteur de Roye; entre Oise et Aisne; en Champagne, entre Reims et l’Argonne, et en Woëvre septentrionale.
Dans la partie occidentale de l’Argonne, les Allemands ont, après un bombardement intense, avec large emploi d’obus suffocants, prononcé contre nos positions une attaque menée par deux divisions. Ils ont, sur quelques points, pris pied dans nos tranchées avancées. Mais une violente contre-attaque de notre part a déterminé leur échec dans leur nouvelle tentative de rupture de notre front.
Pour riposter au raid des taubes au-dessus de Nancy, une escadrille française a lancé des obus sur les établissements militaires de Frescaty et sur la gare des Sablons, à Metz.
Trois zeppelins ont opéré au-dessus de la côte orientale de l’Angleterre: dix morts, quarante-trois blessés.
La situation demeure stationnaire sur le front russe. Le grand-duc Nicolas est chargé, par rescrit du tsar, du commandement de l’armée du Caucase.
Le sultan de Turquie a lancé un suprême appel à l’empereur d’Allemagne. La situation, en effet, devient de plus en plus précaire à Constantinople.
Les Italiens ont remporté un succès dans le secteur de Tolmino.
Plusieurs bâtiments français ont été coulés par un sous-marin allemand dans l’Atlantique (au large de la poin
te de la Coubre et de Belle-Isle).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 28 août 1915

Paul Hess

Communiqué publié aujourd’hui, mentionne ainsi la canonnade du mercredi 25 :

Paris, 27 août – 7 heures… L’ennemi a assez violemment bombardé la ville de Reims. Nous avons, de notre côté, exécuté un tir efficace sur les tranchées allemandes devant Cemay-les- Reims…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 28 – Nuit tranquille ; matinée item. Visite au Général, non trouvé.

Visite à Mencière. Visite de M. Laluyaux et de M. Cailliau, vicaire à Saint-Thomas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Samedi 28 août

Canonnade au nord d’Arras. Nous y avons bouleversé des éléments de tranchées ennemies et détruit un dépôt de munitions.
Canonnade dans la région de Roye et entre Oise et Aisne. Nous avons atteint par nos obus les cantonnements allemands.
L’ennemi a tiré à longue distance sur la ville de Compiègne. Une ambulancière a été tuée et une autre grièvement blessée.
En Champagne, à Auberive-sur-Suippes, une reconnaissance offensive allemande a été repoussée.
Lutte de mines en Argonne.
Dans les Vosges, au sud de Sondernach, nous avons rectifié notre front et activé notre installation sur la crête, entre Sondernach et Landersbach, nous emparant de plusieurs tranchées. Nous avons repoussé une contre-attaque. Les Allemands ont canonné Thann.
Le Reichstag allemand a manifesté sa joie de l’occupation de Brest-Litovsk qui lui a été notifiée. C’est maintenant Bielostok et Vilna que visent les armées germaniques.
Le comte Bernstorff a déclaré au secrétaire d’Etat américain et le chancelier de Bethmann-Hollweg a affirmé à l’ambassadeur des États-Unis, M. Gérard, que le cabinet de Berlin modifierait sa politique navale. C’est une reculade sur toute la ligne.
Une nouvelle grève de mineurs a éclaté dans le pays de
Galles.

Source : La guerre au jour le jour


 

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Collection : Patrick Nerisson

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Jeudi 15 avril 1915

Louis Guédet

215ème et 213ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée de soleil splendide, journée de Printemps hélas !! Nuit et journée calme. Les arbres du pauvre jardin fleurissent et verdoient !! Tout cela m’attriste beaucoup et j’ai bras et jambes coupés. Je m’affaiblis de plus en plus ! Vivrai-je jusqu’à notre délivrance ? Je n’en puis plus. Je m’occupe d’organiser mon voyage. C’est bien fatigant. Je n’ai plus la tête forte. Je me déprime de plus en plus !

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, mon Père, mes pauvres aimés !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a repris. Aujourd’hui, vers 7 heures, l’auto-mitrailleuse qui circule en ville tiraille ainsi que souvent le matin, sur un aéro. Celui-ci laisse tomber trois bombes que j’entends descendre et faire explosion. Il paraît que la première a causé des dégâts rue Warnier, la seconde, rue Andrieux et la troisième, rue de Pouilly. Un éclat est projeté jusque dans la cour de la maison rue Bonhomme 8.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 15 – De 11 h ½-minuit au matin, nuit tranquille.

Visite du Général Rouquerol, qui me renouvelle l’offre de son automobile, qu’il mettait bénévolement et spontanément à ma disposition. Par discrétion, je n’en ai jamais usé. Aéroplane.

Visite à Mencière et à la Haubette. Promis d’aller à Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, lundi à 2 h. Écrit à Madame Bergère à Maulévrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 Avril 1915.

Je suis découragée, désespérée. Mon Charles, je suis allée rue de Beine. Il est encore tombé une bombe chez Mme Dreyer et Mme Commeaux. Mais de me voir dans ma maison où tout est en désordre, le cauchemar m’est revenu.

Je suis triste à mourir, je pleure, je me dégoûte de tout et si je n’avais pas mes petits, je ne sais pas ce que je ferais. Je me demande s’il faut que j’espère encore. Pense donc, tit Lou, sept mois sans nouvelles. Si c’était vrai, mon Charles, je ne pourrais jamais vivre une longue vie sans toi. Il ne peut plus y avoir de bonheur pour moi sur terre. On a beau penser aux enfants, c’est une consolation, mais c’est justement en les voyant grandir que je verrai à quel point tu me manques.

J’arrête. Je souffre trop. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 15 avril

Nous avons enlevé une tranchée près de Berry-au-Bac, puis l’ennemi l’ayant reprise, nous nous sommes installés à proximité dans une tranchée nouvelle. En Champagne, notre feu a arrêté sur place (près de Perthes) un détachement d’infanterie qui tentait de sortir de ses lignes. Aux Eparges, notre artillerie a brisé une contre-attaque qui débouchait de Combres.
Progrès de nos troupes au bois d’Ailly et au bois de Mortmare: nous capturons des soldats, des fusils et des munitions.
Un zeppelin a jeté des bombes à Bailleul, tuant trois civils. Deux avions allemands ont atterri dans nos lignes, à Braine et près de Lunéville: les aviateurs ont été faits prisonniers. Un troisième avion a été abattu par le feu de nos avant-postes, à Ornes, au nord de Verdun.
Les Russes ont obtenu un succès près du col d’Uszok, dans les Carpathes, où ils ont fait 2.700 prisonniers, dont un très grand nombre d’officiers. Dans la région du Niémen, ils ont repoussé plusieurs attaques allemandes.
Un contre-torpilleur et un croiseur anglais sont entrés dans les Dardanelles, où ils ont repris un bombardement efficace. Un aviateur français a jeté des bombes sur les forts de Smyrne.
L’Italie poursuit avec vigueur ses préparatifs militaires.
Une révolte de femmes a eu lieu à Prague et des régiments tchèques se sont de nouveau révoltés en Hongrie.

 

 

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Samedi 13 février 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Mencière et au Fourneau économique. Donné 20 F pour ustensiles à acheter.

Promis d’aller à la Haubette lundi à 2 h 1/2

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

13 – Samedi – Encore la pluie. quelques coups de canon de part et d’autre. A 10 h 1/2 du matin, j’en ai entendu quelques uns ; Après-midi bombes sur le 4e canton. La nuit calme, mais il fait un vent terrible.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Samedi 13 février

Luttes d’artillerie en Flandre et dans le Nord. Canonnade également sur l’Aisne et en Champagne. Elle est très active de notre côté dans le secteur de Soissons et autour de Reims. En Argonne, légère accalmie, les Allemands se bornant à faire exploser des mines, et à jeter des bombes auxquelles nous répondons d’ailleurs. En Woëvre, ils canonnent plusieurs localités. Nous bombardons les gares de Thiaucourt et d’Arnaville, repoussons une attaque à Arracourt (est de Nancy) et enlevons une côte importante dans le massif de Hartmannsweilerkopf (Haute-Alsace).
Les Russes se replient eu Prusse orientale pour adopter un dispositif nouveau. Il semble que von Hindenburg ait modifié tout son programme, et qu’écrasé en Pologne, il veuille reprendre la lutte à son aile gauche. Dans les Carpates, la bataille se poursuit sans interruption.
Le gouvernement américain publie le texte de la note qu’il a lancée à l’Allemagne au sujet de la destruction des navires neutres. Cette note revêt une allure nettement comminatoire. Au contraire, le memorandum remis à l’Angleterre au sujet du pavillon neutre est conçu dans une forme amicale.
Un sous-marin allemand a poursuivi le vapeur anglais Laertes, bien que celui-ci eût arboré le pavillon hollandais. Le gouvernement de La Haye a prescrit une enquête à ce propos.
L’Italie retient à nouveau plusieurs classes sous les drapeaux et constitue une escadre de dreadnoughts.
La Roumanie fait savoir que l’attitude ondoyante de la Bulgarie n’influe en rien sur la sienne, et qu’elle reste disposée à prêter son concours à la Triple Entente.

 

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Lundi 18 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

18 JANVIER – lundi –

Je fais un tour dans les ambulances. Pauvres martyrs ! Que d’horribles plaies !

A l’heure où j’écris, la fusillade est vive ; combien de victimes encore ! C’est horrible, la guerre.. !

Je découvre – il vient vers moi dans la rue – un brave soldat qui veut mettre en ordre sa conscience, reconnaître son enfant, apr afin d’être prêt à mourir.

Il n’a pas fait encore sa première communion. Je vais le préparer. Brave garçon ! Premiers prémices de mon ministère. D’autres m’arrêtent pour les confesser. Oh ! adorable mission du prêtre !

Les médecins deviennent aimables, très ; je crois que les sympathies s’éveillent…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Bombardement, les 15, 16 et 17.

Au cours de la nuit dernière, la fusillade s’est fait entendre, tandis que les projecteurs fonctionnaient et que les fusées éclairantes montaient au-dessus des lignes.

Vers 1 h, aujourd’hui, sifflements et arrivées de projectiles. Il y a des victimes à la maison de convalescence.

Le Courrier d’aujourd’hui reproduit cet article de L’Économiste Français :

À quand la grande poussée libératrice ?

Quand viendra le jour de la poussée d’ensemble et à fond, soit sur tout le front, soit sur des parties choisies pour rejeter vigoureusement l’Allemand hors de France et même hors de Belgique ? Les impatients s’étonnent que ce moment tarde tant à venir ; il paraît probable qu’il n’est pas encore tout proche. Ce serait, en effet, une témérité que d’effectuer une attaque générale à fond et soutenue qui, même triomphante, coûterait la vie à des dizaines de mille hommes, quand des événements en vue doivent, dans quelques semaines, augmenter considérablement la force du groupe de la Triple entente et de ses alliés.

Ces événements en vue, c’est d’abord l’entrée en ligne, à la fin de l’hiver ou au début du printemps, des six armées britanniques, en préparation depuis presque le début de la guerre dans la Grande-Bretagne. L’apport de 400 00 ou de 500 00 hommes de troupes fraîches et d’un bon âge (20 à 55 ans) doit singulièrement accroître, dans un délai assez bref la force des Alliés. Le second événement qui, sans être encore certain, paraît très probable, c’est l’entrée en campagne en février ou mars, de la Roumanie jetant 40 000 soldats d’excellentes troupes en Transylvanie et en Hongrie et pouvant forcer l’Allemagne à réduire ses effectifs sur le front occidental de la lutte. Quand on a vu, à assez bref délai des événements aussi favorables, il y aurait une coupable témérité à les devancer par l’engagement de grandes et générales batailles.

Il serait vraiment intéressant de savoir qui a autorisé la publication d’un article présentant une telle importance, que la Censure, cette fois, n’a probablement pu le laisser passer que par ordre.

C’est évidemment une manière officieuse de faire comprendre au public qu’il n’est pas encore tout proche, le moment de la libération. Lorsqu’on pense combien il l’a été pour nous, Rémois, le 13 septembre 1914, à la suite de la bataille de la Marne !

Quelles désillusions !

Il nous faudra bien attendre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 18 – Nuit tranquille en ville. Canons autour. Aéroplane à 10 heures et 1 heure. Visite dans la matinée à Mencière avec M. Dage.

Promis d’aller à l’usine Cama après-midi avec M. Dage.

Envoyé 2000 F à M. Paul Renaudin pour l’Union-Rémo-Ardennaise. Bombes sur l’église Saint Benoit, très endommagée : murs percés, plafond crevé en plusieurs endroits.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

18 Lundi – Le matin, temps clair, il gèle un peu aussi les aéros en profitent pour excursionner. Dès le matin, la canonnades est terrible ; toutes nos grosses pièces autour de Reims se font entendre d’une façon terrible, mélangée aux coups de fusil on se croirait encore au printemps dernier. Je ne sais à quoi a pu servir toute cette canonnade. Dans la soirée obus du coté de l’avenue de Laon et la Convalescence, parait-il.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Lundi 18 janvier

Nos troupes ont progressé dans la région de Nieuport et de Lombaertzyde et les Allemands ont dû évacuer plusieurs ouvrages qu’ils avaient construits dans les dunes.
Des combats d’artillerie ont eu lieu dans les régions d’Ypres, de la Bassée et de Lens.
A proximité d’Arras, à Blangy les Allemands s’étaient emparés d’une fonderie, mais une contre-attaque nous en a rendu maîtres à nouveau. Nous avons continué à démolir les tranchées ennemies près de la Boisselle. Aucun incident près de Soissons, mais entre Vailly et Craonne, nous avons refoulé deux offensives. Nos progrès se poursuivent avec méthode dans les régions de Perthes et de Beauséjour. L’attaque allemande quotidienne a été brisée au bois Le Prêtre, près de Pont-à-Mousson ; dans les Vosges, nous avons gagné du terrain à l’ouest d’Orbey, mais la neige tombe en abondance et ralentit les opérations.
La plus grande incertitude continue à régner sur le plan que les Allemands adopteront en Russie. Battront-ils en retraite ou von Hindenburg se bornera-t-il à modifier légèrement son dispositif d’attaque?
L’armée russe du Caucase a fait encore un millier de prisonniers aux Turcs dans la région de Karaourgan.
Les autorités militaires de Cuxhaven, le grand port militaire allemand de la mer du Nord, ont adopté des mesures extraordinaires pour protéger la ville contre les hydravions alliés.
Les aviateurs alliés, jetant des bombes sur Ostende, y ont endommagé la gare et les casernes.
Des troubles graves ont éclaté dans plusieurs villes d’Autriche.

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Comment le docteur Mencière évita l’amputation à un grand nombre de soldats blessés

ob_1b4f17_docteur-menciereLe Docteur Louis MENCIÈRE est né le 25 septembre 1870 à Saint-Genis-de-Saintonge.

Il a soutenu sa thèse en 1896 à Bordeaux puis vint à Paris oû il fut assistant dans les services des Professeurs Lannelongue et Broca.

Il vint s’installer à Reims en 1898.

Spécialisé dans l’orthopédie, il avait installé une Clinique à Reims, rue du Pont Neuf.

La renommée de cette clinique orthopédique, obligea le Docteur MENCIÈRE à s’établir, l’année suivante, en 1899, dans un immeuble plus vaste, rue Libergier pour aller ensuite au 38 rue de Courlancy à REIMS. Il fonde «la Clinique de Chirurgie Osseuse et Orthopédique de Reims». Il n’en existait aucune en France; il fut le pionnier de cette spécialité. Très vite par ses techniques et ses méthodes opératoires (phénolisation, phénopuncture des tuberculoses osseuses, traitement de la luxation congénitale de hanche, transplantations tendineuses, création des tendons artificiels, …) il eut une renommée internationale. Il fut aussi le précurseur de nombreux instruments opératoires ( pour la phénopuncture, ostéome révolver, levier de MENCIÈRE …)

Le 01 janvier 1905 le Dr Louis MENCIÈRE est Officier d’Académie.

Il préconisa qu’il fallait obligatoirement prendre en charge le patient dans sa totalité; ainsi après l’intervention qu’il a subit sa prise en charge devait se prolonger par des méthodes rééducatives à l’aide d’appareils de mécanothérapie et de physiothérapie qu’il avait lui-même conçus.

En 1907 le Pr LANDOUZY, doyen de la faculté de médecine de Paris, a tenu à faire visiter son établissement unique en France par les membres du congrès de l’Association de médecine qui s’est tenu le 1er Août 1907.

Mobilisé pendant la 1ère guerre mondiale, il entreprit dans ses laboratoires de la Clinique, dans les premiers mois de la guerre, ses études sur le pansement de guerre.

Attaché à la VIè armée, sous les ordres du médecin inspecteur général Nimier, comme chirurgien-chef à l’hôpital des Sablons à Compiègne et chirurgien consultant du Centre hospitalier. Ce Centre hospitalier recevait tous les blessés provenant de Quennevières, Tracy-le-val, Tracy-le-Mont et de tous les combats livrés sous Compiègne.

Il fût chargé de mission par le sous-secrétariat du Service de Santé pour étudier aux armées le pansement de guerre et le problème des évacuations.

En effet une victime était mis en attente, avant d’être évacué à l’arrière du front pour se faire soigner; mais souvent l’attente était longue, tellement longue que ces plaies avaient le temps de se surinfecter et étaient la cible favorite des bactéries responsables de la gangrène gazeuse. Devant une telle situation le seul recours était alors d’amputer le malade pour essayer de le sauver…

Il préconisa «son traitement de l’embaumement des plaies» par un liquide, dit « Liquide de MENCIÈRE ». Ce traitement porta le nom de «pansement MENCIÈRE ».

Immédiatement appliqué sur les plais délabrées, il avait pour effet d’empêcher toute infection secondaire, en éloignant ainsi toute menace de gangrène, et donc d’amputation.

Au cours des terribles batailles livrées sous Verdun et dans la Somme, les grandes évacuations de blessés ne devinrent possible que grâce à ce pansement.

En 1916 il fut chargé d’un service spécial de chirurgie osseuse au Grand Palais. Un médecin Major (M.M. Creignon) a été délégué auprès de lui pour «…étudier dans quelles conditions le pansement MENCIÈRE pourrait être utilisé aux évacuations.»

Adoptée par les armées françaises et alliées, la méthode MENCIÈRE fut appliquée dans une mesure de plus en plus large jusqu’à la fin des hostilités.

Par ailleurs avec le liquide de MENCIÈRE , les résultats sont si probants que la plupart des soldats peuvent être renvoyés sur le front!.

Puis il fut nommé chirurgien-chef de lhôpital militaire du Vésinet (en région Parisienne).

Promu médecin-major de première classe il a été nommé Chevalier de la légion d’Honneur en 1917 à titre militaire pour son traitement salvateur proposé pendant la guerre 14-18 et qui sauva plusieurs milliers de blessés de la gangrène et donc de l’amputation.

Démobilisé il poursuivit ses recherches. Les vertus stérilisantes, et en même temps favorables à la vitalité des tissus musculaires et osseux des principes actifs de la série aromatique utilisés dans la méthode, l’incitèrent à poursuivre ses recherches. Il constate que sa méthode, avec quelques variantes suivant les cas particuliers, parvenaient à amener la guérison radicale des tuberculoses osseuses et articulaires, des coxalgies, des tumeurs blanches, des ostéomyélites, des séquelles de guerre, des fistules osseuses.

C’est le 13 février 1939 que le Docteur Louis MENCIÈRE arrête officiellement d’exercer son métier confiant à son fils la poursuite de son œuvre, le Docteur Jean-Louis MENCIÈRE , qui en avait déjà pris le relais depuis 1935. Mais c’est malheureusement la guerre qui a mis fin à ses ambitions.

Le Docteur Marie François Louis Ernest MENCIÈRE est décédé le 5 octobre 1941 à OSSUN (Hautes Pyrénées )(en exode) dans sa 72e année.

Article : Docteur François Mencière, petit-fils du Docteur Louis Mencière

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L’établissement vue du coin de la rue de courlancy et de l’ancienne rue de mulhouse (Gal de Gaulle)

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Jeudi 17 décembre 1914

Louis Guédet

Jeudi 17 décembre 1914

96ème et 94ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Parti à Paris. Pris train à 8h50 matin à Bezannes et arrivé à Paris à 8h1/2 soir. Revu les miens, chez des étrangers. J’ai souffert de ce revoir chez d’autres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit assez mouvementée. Fusillade, canon.

Bombardement dans la matinée.

Après-midi, bombardement autour de l’hôtel de ville. Alors que nous sommes tranquillement occupés à travailler, un obus arrive à l’entrée de la rue de Pouilly, tout près de la maison Sevestre, en face des Galeries Rémoises. Son explosion a fait vibrer les vitres du bureau et cela nous fait sortir pour aller jeter un coup d’œil par la salle des appariteurs. Au moment où j’approche de l’une de ses fenêtres, un second projectile, tombant à peu près au même endroit, éclate en masquant derrière un fumée noire et épaisse le coin de la place où est la Banque de France ; des gens qui se trouvaient dans ces parages se sauvent de tous côtés pour chercher un abri.

D’autres obus arrivent encore faisant explosion autour de la mairie, l’un au coin de la rue Thiers et de la rue des Boucheries, un autre rue de la Prison. etc. M le Dr Langlet, MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac et Raïsac quittent le bureau de l’administration faisant suite, à droite de la grande salle et tout le personnel se répand, partie dans les couloirs ou la salle des Pas-Perdus, partie dans les sous-sols.

– A partir de 21 h, le bombardement reprend et dure toute la nuit. Impossible de dormir. Chaque fois que je commence à m’assoupir, une nouvelle explosion me ramène à la réalité des choses comme, de temps en temps, ne pluie de morceaux de tuiles ou d’ardoises dans la petite cour de la maison rue Bonhomme, m’indique qu’une immeuble assez proche vient d’être touché. Décidément, je ne puis guère compter me reposer pour le moment. J’écoute attentivement les sifflements qui se suivent, voulant croire, après chaque éclatement, que le bombardement pourrait cesser ; non, « ils » continuent toujours à tirer. Plusieurs fois, je me demande s’il ne me va pas falloir me relever. Descendre à la cave ou au sous-sol par un froid de loup ne me dit rien. J’attends donc… et vers 6 h du matin seulement, les derniers obus tombent – encore tout près. Le bruit sec d’un gros éclat frappant fortement le pavé, devant le vitrage de la salle-à-manger où je suis si bien installé, me fait lever cette fois, et, malgré un grand besoin de sommeil, je dois considérer ma nuit comme terminée.

Il a été envoyé plus de deux cents projectiles sur la ville, depuis hier soir et au cours d’une petite tournée que je tiens à faire avant de renter au bureau, je m’aperçois que les engins dont j’ai si bien entend les explosions sont tombés rue Cérès, rue des Coumeaux, rue Ponsardin aux caves Werlé (1), boulevard Lundy, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) rue de Mars


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Cardinal Luçon

Jeudi 17 – Nuit tranquille. Répondu à l’adresse de l’Archevêque de Captown au sujet de l’incendie de la Cathédrale (Recueil p. 17 et 23).

11 h 1/4 aéroplane ; 11 h 1/2 bombe ; un tué rue Folle Peine ; feu à la Maison de Retraite. Bombes à 2 heures.

Visite à la (Clinique) Ambulance Mencière, aux blessés et malades.

Visite à M. le Curé de Ste Geneviève.

4 à 5 h bombes sur la ville. Toute la nuit, Bombardements.

Je reçois presque tous les jours depuis mon retour du Conclave à Reims, des lettres de condoléances au sujet de l’incendie de la Cathédrale. Dames Polonaises écrivaient de Varsovie un long télégramme, Duc d’Orléans, Faculté Théologie de Montauban, Grand Rabbin de Paris, Pasteur et Rabbin de Reims, Archiprêtre du Chapitre de Captown, etc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Eugène Chausson

17/12 – Jeudi – Comme la veille mais la nuit, violent bombardement, on a compté 170 obus environ parait-il sur le faubourg Cérès.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Juliette Breyer

Jeudi 17 ( ?) Décembre 1914. Mon pauvre cahier, je l’ai délaissé pendant huit jours. C’est que vois-tu ; j’ai cru que je deviendrai folle. Mais mon Charles, je veux quand même continuer de m’adresser à toi malgré toutes les apparences. Il était dit que je passerai par toutes les angoisses et je suis même étonnée que j’aie pu surmonter encore cette nouvelle peine.

Figure toi, mon tit Lou, je t’avais dit que j’avais écrit au capitaine de ta compagnie. Eh bien c’est le lieutenant qui m’a répondu et voici sa réponse telle que je me la rappelle :

« Madame, j’ai le pénible honneur de vous annoncer la mort du caporal Breyer. Il fut tué glorieusement d’une balle au front à l’attaque du village d’Autrèches dans l’Oise. Ses camarades s’associent à moi pour vous envoyer leurs regrets afin qu’ ils puissent être un adoucissement à votre grande douleur. Il fut brave entre tous et a donné le plus bel exemple de courage ».

Te dire, mon Charles, le coup que cela m’a fait. Je venais de finir de dîner ; le jeune homme qui sert de facteur chez Pommery entre et me remet la lettre. Toute joyeuse, je me mets à lire ; sans doute de bonnes nouvelles, c’est une lettre militaire. Mais dès les premières lignes une suffocation me prit et je ne pus continuer à lire ; raide, je tombai sur les matelas qui se trouvaient là et je perdis notion de ce qui se passait. Mais cela dura peu de temps et quand je revins à moi ce fut pour voir devant moi tout le monde pleurer. Alors je me souvins et j’ai voulu lire la lettre jusqu’au bout. Les mots dansaient devant mes yeux, je croyais faire un mauvais rêve. Ce ne pouvait pas être moi Juliette, la petite femme de mon Charles, qui lisait sa mort.

En me reportant à la date du 23 septembre, je ne pouvais croire qu’il y eut déjà si longtemps que tu m’aies quittée. Folle, je croyais que j’allais le devenir. Maman, voyant sans doute ma figure égarée, me dit : « Remets toi et pense à tes deux petits. Aux deux petits de ton pauvre Charles, garde toi pour eux ». Ah oui les deux petits … J’en voyais déjà un là qui me faisait de grands yeux tristes. Avec frénésie je l’embrassai. Pauvre coco. Ce n’est pas possible que tu nous aies quittés. Et toi, l’autre pauvre petit, toi qui n’es pas encore au monde, il ne sera donc pas là, ton pauvre tout petit papa, pour te voir arriver.

Des sanglots me montent à la gorge et tout l’après-midi, mordant mon oreiller pour ne pas crier, je pleurai toutes les larmes de mon corps. En cet après-midi, vois-tu mon Charles, j’ai repassé toute ma vie, tout le bonheur que tu m’avais donné ; mais mes larmes redoublaient quand je pensais aux petites peines que je t’avais causées.

Le soir, d’avoir pleuré, il me semblait que ma tête allait éclater. Le besoin de dormir se faisant sentir, je ne voulus pas fermer les yeux sans adresser une prière au bon dieu. Je lui demandai de me faire voir dans un rêve si tu étais encore vivant. Que veux-tu, dans le malheur, c’est une consolation de prier, je l’ai ressenti. Le lendemain en me réveillant, le doute m’était venu car dans mes songes tu m’étais apparu vivant et bien vivant.

Malgré cela, en apercevant la lettre que j’avais laissée la veille, le chagrin me reprit et tristement, accompagnée de Charlotte, je me suis dirigée jusqu’aux Vieux Anglais où je devais montrer la triste nouvelle à ton père. Ah le pauvre homme ! Quel chagrin ! Comme un enfant il sanglotait. « Mon pauvre petit Charlot ; dire que je ne te verrai plus. C’est trop. Et pourtant ma pauvre Juliette, je le savais depuis longtemps, depuis le jour où je suis allé au café Gerbault. Mais je ne voulais pas vous le dire. Je vous voyais si confiante en son retour, et maintenant la réalité est là. Il n’y a pas de doute».

« Eh bien non ! A mon tour c’est moi qui vais vous rendre du courage. Quelque chose me dit que mon Charles vit encore. C’est fou mais je le sens. Reprenons espoir ».

Nous nous dirigeâmes rue de Metz et là, comme moi, ta maman ne voulut pas y croire. Mais ton pauvre papa, il est vieilli de dix ans ; il t’aimait, vois-tu. Si tu avais vu Marguerite et Charlotte pleurer ! Quelle haine aussi pour ces Prussiens, que le bruit de leurs canons m’est odieux. Ils en auront fait souffrir des femmes.

Mais le peu d’espérance que j’avais est encore augmenté. Quand je reçus cette triste nouvelle, ton parrain était à Paris où il était allé passer quatre jours près de sa femme. En rentrant, la première chose a été de lui montrer la lettre et il s’est empressé de me rassurer en me disant que tant que je n’aurai pas l’avis officiel, il ne fallait rien croire et qu’il fallait réécrire au lieutenant pour avoir plus de détails.

Mais c’est navrant quand même, d’autant plus que voilà toutes les lettres que je t’avais envoyées qui me reviennent. Oh le retour de ces pauvres lettres, comme cela me déchire le cœur ! Je veux toujours savoir plus loin. Je ne me rappelle plus si je t’ai dit que j’avais écrit à Blanchet et maintenant je redoute sa réponse.

Si tu voyais ta pauvre Juliette, tu verrais à quel point elle t’aime et qu’elle ne t’oubliera jamais. Je veux encore espérer que tu me reviendras et qu’alors nous aurons des jours plein de soleil, où je ne saurai quoi faire pour te rendre heureux. Pense donc, si ce malheur là arrivait, quelle serait ma vie. Ces deux pauvres petits… Rien que de les voir grandir, j’aurais le regret que tu ne sois pas là. Si je ne les avais pas, j’irais bientôt te rejoindre.

Mais je veux espérer toujours et quand même. J’arrête aujourd’hui, mon Charles tant aimé, et je t’envoie tous mes baisers.

Ta Juliette, à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 17 décembre

En Flandre, l’escadre anglaise bombarde Westende (nord-est de Lombaertzyde); les Belges repoussent une attaque sur Saint-Georges et s’avancent sur L’Yser; nos troupes progressent au sud-est d’Ypres et aux alentours de la Bassée. Nous refoulons encore des attaques en Woëvre (bois de Mortmart) et en Haute-Alsace (ouest de Cernay).
Une escadre de croiseurs allemands a opéré un bombardement sur la côte anglaise, entre les embouchures de la Tyne et de l’Humber, à Hartlepool, Whitby et Scarborough; repoussée, elle est repartie dans la direction du nord-est. Cette canonnade a provoqué des pertes importantes.
La progression serbe s’accentue en Bosnie. Au total, 60 000 Autrichiens ont été capturés par les armées du général Putnik, avec un formidable matériel.
Les Russes ont arrêté la marche des colonnes autrichiennes qui essayaient de franchir les Carpates pour redescendre dans la plaine galicienne. Ils ont repoussé en Prusse les Allemands qui se trouvaient dans la région de Mlava. Une grande bataille se prépare dans les environs de Cracovie, où les adversaires concentrent d’énormes effectifs.
On signale de nouvelles mutineries des contingents tchèques dans l’armée autrichienne.
Le total des pertes prussiennes, bavaroises, saxonnes et wurtembourgeoises est évalué maintenant à 1.200.000 hommes.

 

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23 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 23 novembre 1914

72ème et 70ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Ce matin à 7h1/2 Adèle m’appelle à la cave pour me dire que M. Jacques Charbonneaux m’attend pour me voir. Je m’habille à la hâte, je monte à la cuisine. Et là je trouve M. Jacques Charbonneaux avec Jacques Wagener, le chauffeur de Mareschal, et en quelques mots il m’apprend que mon cher Maurice est mort, tué hier soir, (coupé en 2 par un obus) vers 8h du soir, en face de chez  Monnereaux (à vérifier), avenue de Paris, comme il revenait de dîner à sa popote de la rue de Vesle, en rentrant avec ses collègues coucher à l’Hôpital Mencière. Maurice Mareschal, Salaire, Soudain, Guyon ces autres tués et le Docteur Barillet a le pied droit enlevé !!

Mon pauvre et cher Maurice ! Mon seul, mon vrai, mon premier ami !! mort ! tué !! Je suis atterré !! Quelle épreuve, Mon Dieu !! Mon Dieu, recevez-le en votre paradis. Protégez-nous. Protégez-moi et que je sorte sain et sauf de la tourmente, car voilà un nouveau devoir, sacré celui-là qui m’incombe, sa pauvre petite femme, ses 2 enfants !!

Mon Dieu ! Mon Dieu !! Mon Dieu !!

5h soir  J’ai vu une dernière fois mon cher Maurice. Il semblait dormir, sa figure était calme !! Quelle déchirure pour moi !! Oh ! sa pauvre Jeanne (Jeanne Mareschal, née Cousin, 1873-1929), ses pauvres enfants (René et Henry Mareschal) !!

On l’enterre demain mardi 24 novembre 1914, le service aura lieu à 9h1/2 à Ste Geneviève, et de là on le conduira au Cimetière de l’Ouest pour le transporter ensuite dans la journée au Cimetière du Nord. Encore une dure et cruelle journée pour moi ! Si c’était seulement la dernière avant la délivrance de Reims. Dieu ! Aura-t-il pitié de nous devant la mort de cette innocente victime !! Mon Dieu ! protégez-nous ! ayez pitié de nous, de nos misères ! Délivrez-nous de l’Ennemi. Qu’il s’éloigne tout de suite ! et n’ait plus le temps de nous faire du Mal. Dieu, vous devez bien cela à cette pauvre Ville de Reims ! Dieu ayez pitié de moi. Protégez-moi ! afin que je remplisse tous les devoirs dont mon cher Maurice m’avait chargé. Il m’a confié ses enfants ! Faites que j’en fasse des hommes, comme mes enfants ! Sauvez-moi ! Faites que je revoie bientôt mes chers aimés ! J’ai assez souffert pour que vous m’accordiez ce bonheur, ce grand bonheur de les revoir, moi sain et sauf et sains et saufs eux-mêmes : Femme, Enfants et Père ! J’ai confiance. Mon Dieu ! Vous ne pouvez me refuser ce grand bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Violent bombardement l’après-midi, de 13 h 1/4 à 14 h 1/2. Je dois retarder mon départ pour le bureau et lorsque je passe rue de Vesle, les obus tombent toujours. Au moment où j’approche de la permanence de la Croix-Rouge, sise au n°18 de cette rue, des pompiers y apportent, sur un brancard, une pauvre femme blessée, qu’ils viennent de ramasser auprès de la cathédrale. Triste tableau de la guerre, au milieu de la population civile.

A l’hôtel de ville, en arrivant, je croise un jeune employé du 1er bureau du secrétariat, qui me montre un morceau énorme du culot d’un 210, qu’il vient de ramasser rue de la Tirelire. Rue Thiers, boulevard de la République et dans le faubourg de Laon, des maisons touchées par ces gros projectiles ont encore été démolies. Des obus de tous genres sont tombés sur la gare, dans les promenades et du côté de Saint-Remi. Le soir, l’éclairage électrique, rétabli depuis quelques jours seulement dans les bureaux de la mairie, fait défaut, d’importants dégâts ayant été occasionnés également à l’usine d’électricité.

Tout le monde, à Reims, trouve la situation atrocement douloureuse, presque intenable, les ruines s’ajoutant tous les jours aux ruines.

Dans la famille, nous avons envisagé depuis hier, devant la recrudescence du bombardement dans le quartier, l’éventualité de l’écroulement de la maison de mon beau-père, où nous sommes à l’abri, afin de trouver, en ce cas le moyen offrant le plus de chances de sortir des décombres, si cela pouvait se faire. Nous croyons bon de continuer à nous grouper tous dans l’angle de la salle à manger contigu à la pièce voisine, de manière à garder la possibilité de produire sur le même point un plus gros effort, solution qu’à tort ou à raison nous croyons préférable à la descente à la cave. D’ailleurs, depuis que nous sommes rue du Jard, nous n’avons pas pu nous résoudra à aller nous y mettre en sécurité. L’expérience acquise à la suite de l’effondrement, le 20 septembre, de la nôtre, rue de la Grue 7, qui offrait indiscutablement d’autres garanties de solidité, quand nous nous y tenions à vingt-deux personnes encore la veille 19, nous ayant pleinement éclairés à ce sujet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Lundi 23 – Matinée assez tranquille. 9 h matin, visite aux victimes d’hier puis à Mencière. Effroyable bombardement de 1 h à 2 h. Une bombe est tombée dans la chambre des Soeurs de la rue de l’Ecole de Médecine, où elle a tout brisé ; une autre dans la maison neuve de Mme de la Morinerie (mur mitoyen avec nous), une autre sur le Mont-de-Piété, qui nous joint. Un homme est tué près de la maison Peltreau Villeneuve, bombes sur la Cathédrale. Visite aux victimes tuées hier à Mencière.

Le même jour 23 et à la même heure, une bombe dans le jardin de M. Colas, une devant la porte de Mme Pommery, deux chez M. Chatin. Tout porte à croire qu’on visait hier l’Archevêché, pour punir la rectification faite au communiqué de M. Bethmanne Holweg. Jamais ils n’avaient tiré avec une pareille rage : un coup n’attendait pas l’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

23/11 – Lundi.Temps gris qui semble couver la neige. Brouillard. La matinée fut assez calme du côté des Allemands. De notre part, nombreux coups de canon mais à midi 1/2, les Allemands commencent à nous envoyer bon nombre de bombes ce qui occasionne encore une panique momentanée ; les gens de la ville affluent encore à la Haubette. Cela dura un peu moins fort cependant jusqu’au soir et enfin on peut se coucher avec l’espoir de dormir tranquille après une aussi cruelle journée pendant laquelle la ville reçut environ 300 obus. Mais hélas, illusion, car aussitôt au lit, nos pièces commencent à tirer, ce à quoi, vers minuit les Allemands répondent en envoyant bon nombre d’obus sur la ville, occasionnant toujours des dégâts considérables et un nombre toujours trop élevé de victimes, rue Talleyrand, maison neuve, Gorget, Directeur des Docks Rémois et beaucoup d’autres semblables.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile ce jour à Reims

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Dimanche 22 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 NOVEMBRE – dimanche –

Matinée terrible. Pendant ma messe, les sifflements étaient ininterrompus…

Et quelle raison, pour justifier une semblable sauvagerie ? quelle raison militaire? La nervosité des personnes qui ont résisté jusqu’ici est à son comble… On compte plus de 20 blessés et 5 morts.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Ce matin, vers 8 h 1/4, bombardement extrêmement violent. Les obus arrivent soudain dans le quartier.

Ma femme et ma fille Madeleine se trouvent, à cette heure, dans la chapelle de la rue du Couchant : ne pouvant songer à revenir, elles veulent aller se mettre à l’abri des caves de la maison des Œuvres, rue Brûlée, mais n’y sont pas arrivées qu’une explosion se produisant à courte distance, chez le Dr Colleville, rue Chanzy, brise les vitres sur leur passage, par son déplacement d’air. D’autres obus tombent ensuite, encore rue Chanzy, puis au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard, où une maison neuve est entièrement disloquée ; il en tombe un autre, qui fait d’important dégâts et décapite une femme de service au 63 de la rue des Capucins (maison Jannelle) ; les suivants s’éloignant, vont s’éclater plus loin.

Au cours d’une rapide promenade faite l’après-midi, je vois les ravages effrayants causés par les 210, pendant le bombardement de la matinée, dans la rue de Talleyrand ; les maisons Clause n° 6 et Bellevoye, bijouterie au n° 27, sont démolies presque complètement.

Le bombardement reprend, dans la soirée, sur le faubourg de Paris. Un obus faisant explosion dans le bas de la rue de Vesle, tout près d’un groupe d’officiers d’administration, de médecins ou pharmaciens de réserve, dont plusieurs affectés à l’hôpital temporaire n°8, fonctionnant à la clinique Mencière, tue quatre de ces malheureux qui se promenaient tranquillement, sur la fin de ce dimanche ; MM. Soudain, Guyon, Mareschal, négociant en vins de champagne en notre ville, et Salaire, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers de Reims – et il en blesse trois autres : M. Barillet, grièvement et MM. Bouchette et Goderin.

On compte en ville, paraît-il, une vingtaine de blessés

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Nuit du 21-22 tranquille pour la ville. Dès le matin 8 h, canonnade violente de part et d’autre. Bombes incessantes. Une d’elles traverse une cheminée de la maison (entre mon cabinet et le grand salon) vers 10 h. Toute la journée, bataille ; aéroplanes toute l’après-midi. Bombes à 8 h du soir qui tuent M. Maréchal et trois autres officiers d’administration (un peu du côté de la Porte de Paris) ; Meru, M. le Dr Bariller er M. Bouchette. qui avaient leur bureau à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22 – Dimanche – Forte gelée, temps clair. A 6 h matin, violente canonnade et bombardement terrible, à 7 h 1/2 matin, de nombreux obus tombent en ville jusqu’au canal, 300 obus d’après l’Éclaireur du 23. Beaucoup de monde afflue à La Haubette. Vers 9 h 1/2, un peu de calme semble-t-il, mais peut-être pas pour longtemps ; en effet, car l’après-midi, le tapage recommence moins fort que le matin cependant. Le soir à 5 h 1/2 un peu d’accalmie. A 8 heures un obus tombe sur la pharmacie, près du Pont d’Osier (train) en face de l’État-major visé depuis si longtemps, 4 officiers furent tués et d’autres blessés. Parmi les trois figure le capitaine des pompiers Salors. De ce coup, le transfert du dit État-major eut lieu tout de suite, il fut transféré tout au bout de La Haubette, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour ce quartier.

A 10 h soir, d’autres obus tombent en ville, ce qui pour la journée, toutes ces bombes ont fait des dégâts matériels considérables et de nombreuses victimes tuées ou blessées.(lel du 23 novembre*).

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

* je n’ai pas réussi à déchiffrer complètement cette petite phrase


Victimes civiles décédées ce jour à Reims

  • MARESCHAL Charles Joseph Maurice   – 44 ans, Rue de Vesle, Prénom usuel : Maurice – Mort lors du bombardement de la rue de Vesle – Négociant en vins de Champagne, Juge de commerce – Élève à Saint-Joseph Reims de 1881 à 1888, promotion 1888 (9e)
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Jeudi 12 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

12 NOVEMBRE – jeudi –

4 heures 1/2 soir ; C’était mon tour aujourd’hui ; j’ai ma bombe, un Shrapnell à l’angle de ma chambre à plaques et dans le mur qui la sépare de ma chambre à coucher ; ma bibliothèque est dévastée, mon lit saccagé, toute ma chambre à coucher bouleversée ; mon réveil était à terre, poursuivant son tic tac consciencieux…

Il était 1 heure moins un quart ; Launois, que j’avais envoyé prendre mon appareil resté à la cathédrale, me dit que dans la cour sud-est, il a vu des pierres récemment tombées… j’y vais.

Les obus sifflaient ; dès l’entrée de la rue du Cloître, je vois le malheur et j’en suis très impressionné. C’est un contrefort de l’abside qui a reçu le projectile. Exactement au niveau de la tête de l’Ange, tout est saccagé ; colonnes supportant le pinacle, moulures, fleurons, la tête, le buste, les ailes de l’ange. Et tout autour, une auréole satanique ; le flux noir et blanc de la déflagration.

J’entre dans la cathédrale ; des éclatements s’étaient fait entendre dans le voisinage. Nous avancions dans le croisillon… zzziii… pan ! Devant nous, à droite de l’autel, coté épitre, un jaillissement de fumée, suivi d’un cliquetis de pierres agitées. Un obus dans la cathédrale ! Dans la cathédrale ! Là, presque sur l’autel, Sacrilège ! Un instant, j’ai cru que l’autel était renversé… J’envoie Launois me chercher mon appareil… Je fais la photo, renvoie Launois chercher un nouveau châssis et prévenir M. le Curé. Il revient en hâte pour m’annoncer qu’une bombe était tombée chez moi…

Cet attentat nouveau à la cathédrale m’a bouleversé. Je n’ai eu aucune hâte à revenir voir chez moi les dégâts ; la cathédrale me tenait… chère cathédrale… Il était exactement 1 heure quand cette bombe s’est écrasée sur les dalles du sanctuaire à Notre-Dame. C’était chez moi à peu près à la même heure. Singulière coïncidence ! Mon Dieu, je suis entre vos mains.

8 heures 1/4 ; Au loin, le bruit comme d’une mêlée intense…

10 heures 1/2 ; J’étais couché ; je dormais profondément. Je suis réveillé par de formidables éclatements à proximité immédiate ; des éclats rejaillissent sur le toit.

Je me lève ; je m’habille ; je descends… le bruit le plus confus que jamais d’une bataille très importante à proximité ; salves, mitrailleuses… les chiens hurlent au loin.

Brisé de besoin de sommeil, je me recouche. A la grâce de Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 12 novembre 1914

61ème et 59ème jours de bataille et de bombardement

… ce matin de Roucy faire un tour à Reims. Elle me disait qu’ils étaient absolument sur la ligne de feu comme nous et que parfois elle était obligée de descendre dans leurs caves (des creuttes (carrières et habitations troglodytes dans le département de l’Aisne)), elle est chez sa sœur, et n’a aucune nouvelle de son père ni de sa mère qui sont à Craonne ou Craonnelle, à quelques kilomètres de là ! En tout cas elle ne parait pas se faire beaucoup de bile ! Heureux caractère ou égoïsme ? Je ne sais.

8h soir  Faut-il se recoucher ? ou non ? Ah ! dormir ! J’irais jusqu’à dire toujours ! Quelle souffrance de se dire tous les soirs : dormirai-je ? ou ne dormirai-je pas ? et cela pendant 2 mois. Et quand nous conterons cela à nos amis, à nos connaissances, à nos parents qui vous portent tant d’intérêt, ils se moqueront de vous ! Eux étaient si bien, si à l’abri des coups ! « Comment, vous ne dormiez pas ? Oh que c’est drôle ! »

Le demi-feuillet suivant a été découpé

10h soir  A 9h1/2 comme d’ordinaire canonnade, sifflement de 2 ou 3 obus. Voilà Adèle qui déboule dans ma chambre en me disant : « M’sieur, n’entendez donc pas, moi je descends ! » Je me lève et m’habille sans grande conviction, je descends, et au moment d’ouvrir la lumière de la première cave je trouve l’électricité ouvert !! C’était mon Adèle que j’avais envoyé chercher une bouteille d’eau de Contrexéville à 7h qui l’avait laissé allumé. La grosse bête !! Nous sommes juste restés 10 minutes, et nous voilà remontés. Elle n’est ni figue ni raisin ! Cette grosse imbécile la…  En tout cas, çà m’a donné l’occasion de faire des économies de lumière, en me faisant trouver cette lampe allumée qui aurait pu brûler des heures et des nuits et des jours !! Elle ne pouvait pas nier que c’était elle ! C’est ce qui l’embête le plus ! Fiez-vous aux domestiques !! Enfin, çà a été un mal pour un bien !!

Allons-nous pouvoir dormir tranquille ? Cette fois !

11h10  A 11h encore un obus, tout près celui-là. Je m’habille et je descends, jusqu’à l’entrée de la cave seulement. Ma grosse bête est là, assise, elle n’était pas remontée. Un obus seulement. Je remonte. Vais-je faire cette comédie toute la nuit ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Coups de canon la nuit. Bombardement violent toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 12 – 4 h du matin, bombes, presque toute la nuit, mais lointaines.

Bombes vers 1 heure sur la maison Boquillon rue de l’École de Médecine, chez M. Thinot l’Abbé. On semble nous viser.

Visite de la Maison S. J.-B. de la Salle, et familles Becker, Camuset et Rome avec M. Landrieux. Rencontré M. Jacques Simon, verrier, dans la rue.

Visite à la Clinique Mencière. Vu le Commandant, frère du Préfet des Vosges, qui ne veut pas d’obsèques religieuses.

Réception de nombreuses lettres recommandées, parmi lesquelles une du Duc d’Orléans (2 octobre), celle du Pape (7 octobre).

De 8 h 1/2 à 9 h bombes ; de 9 h 1/4 à 9 h 1/2 silence ; de 9 1/2 à 11 h, terrible bombardement autour et auprès de nous. Descendu à la cave à 9 h, à 10 h jusqu’à 11 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Rue de l'Ecole de médecine - ReimsAvant - Montage : Véronique Valette

Rue de l’Ecole de médecine – ReimsAvant – Montage : Véronique Valette


Paul Dupuy

Sans interruption, le canon s’est fait entendre de 6 à 22 heures, et comme d’usage les bombes ont été partagées entre les différents quartiers.

À 13H1/2, lettre de Marie-Thérèse (8 9bre) demandant que j’envoie copies des pages d’André des 28 août et 5 7bre. Je les prépare ; bien souvent mes yeux se mouillent pendant ce travail, et c’est bien péniblement que j’arrive à le terminer.

En les envoyant demain à Limoges, je prierai qu’on m’autorise à y adresser aussi les originaux, que je trouve trop exposés ici.

À 22 heures, descente forcée en cave avec séjour jusque minuit.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Dimanche 25 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 OCTOBRE – dimanche –

Je prêche ce matin à Abondance… Je fais mes adieux à mes Rémois… et je prends l’auto pour Evian avec une joyeuse bande de conscrits 1914-15.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 25 octobre 1914

43ème et 41ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Nuit tranquille, matinée idem, déjeuné chez M. Charles Heidsieck, 8, rue St Hilaire, où il occupe la maison de son fils Robert depuis que la sienne rue Andrieux…

Les feuillets 144 à 146 ont disparu, le feuillet 147 se résume à une petite feuille de 13cm sur 17cm. Ils concernaient les journées des 26 et 27 octobre 1914.

… Le siège de Paris m’a été utile dans un sens, parce que je connaissais déjà le bruit du canon, le sifflement des obus qui n’a guère changé depuis 44 ans et le fracas de l’éclatement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit et la matinée se sont bien passées dans le calme. Aussi, voulant profiter du temps superbe de cette journée de dimanche, je décide, l’après-midi, d’aller faire visite à Mme Marteaux, veuve de mon cordonnier tué le 4 courant devant son domicile, rue de Berru et, mon fils Jean m’accompagnant, nous partons pour cette assez longue promenade. Après avoir suivi les rues du Jard, Gambetta, des Orphelins et Gerbert, nous cheminons sur le boulevard Saint-Marceaux, lorsqu’à hauteur de l’avenue de la Suippe, un obus vient soudain siffler au-dessus de nous ; il éclate vers la caserne Colbert. Jean, qi s’était jeté à terre, se relève et nous continuons notre marche en causant de cette brusque surprise, mais alors que nous passons devant la rue de Bétheniville, où nous remarquons une batterie de 75 en contre-bas, là, tout près à notre droite, d’autres sifflements au-dessus encore, suivis d’explosions dans le quartier, nous obligent à accélérer le pas afin d’essayer de nous éloigner de la ligne de tir, et, dans ce but, après être passés au 5 de la rue de Berru où nous ne trouvons personne, (Mme Marteaux étant partie affolée le lendemain de la mort de son mari – me dit un voisin) nous longeons le boulevard Carteret mais, par une véritable fatalité, les obus arrivent toujours et leurs sifflements paraissent nous suivre.

Traversant le faubourg Cérès, nous gagnons vivement la rue Saint-André – toujours des obus – puis un éclatement subit et assez rapproché sur la droite et, lorsque nous passons derrière l’église, nous apercevons un soldat conduisant un de ses camarades, blessé. Au moment où nous nous engageons dans la rue Clicquot-Blervache, une autre explosion plus forte se fait entendre derrière nous ; en même temps, des éclats qui nous ont dépassés tombent sur le pavé. Un projectile arrivé dans la cour de l’immeuble où sont les caves de la maison Olry-Roederer, rue Savoye, vient d’y tuer cinq personnes et d’en blesser neuf.

Nous allongeons encore le pas et n’entendons plus rien tandis qu nous descendons la rue Cérès et traversons la place Royale pour aller nous reposer un instant chez mon beau-frère Simon-Concé, 10, rue du Cloître. A peine sommes-nous là depuis cinq minutes, qu’une nouvelle explosion s’entend tout près, suivie d’une autre, probablement sur la cathédrale. Tout le monde descend à la cave ; nous suivons et un quart d’heure après, nous pouvons remonter, puis sortir par la cour du Chapitre, pour regagner la rue du Jard, où nous rentrons à 15 h, après cette promenade mouvementée et dangereuse, qu’au départ, nous avions quelques raisons de penser faire tranquille et agréable.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Bombes. 12 victimes, dont 4 au moins tuées. Place Godinot une bombe a lancé des éclats jusque dans la Cathédrale, dans notre jardin, et sur le perron de la salle à manger. Nuit du 25 au 26 tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

De Marie-Thérèse, lettre du 21 admirable de résignation chrétienne et de courage presque surhumain ; dans le culte de son cher André, qui de Là-haut veillera sur elle et n’aura jamais rien à lui reprocher, elle vivra pour ses enfants, pour ses beaux-parents, n’ayant comme seul guide que le sentiment du devoir.

La matinée de ce dimanche avait été peu bruyante, et laissait entrevoir la possibilité d’une promenade tranquille pour l’après-midi.

Erreur, dès 14 heures des obus nous sont envoyés qui tombent un peu partout et conseillent aux gens prudents de rester chez eux.

Félicien, qui depuis son retour à Reims vient de temps à autre partager notre diner ; nous arrive ce soir-là tout émotionné par la vue de plusieurs des victimes de ce bombardement, qui ont été amenées à l’Hôpital Mencière avec d’affreuses blessures et dans un état lamentable.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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 Victime civile de la journée :
  • THIBOUT Georges Fernand – 6 ans, 74 rue Savoye, Tué sous un bombardement avec sa mère – domicilié 1 rue Saint Bruno à Reims
Dimanche 25 octobre


Notre ligne du côté du Nord forme un zigzag, car si nous avons reculé vers Dixmude et la Bassée, nous avons progressé vers Nieuport, Armentières, etc. Au total, nous tenons bon et les Allemands ont subi de grosses pertes. Dans la Woëvre, notre cheminement a été marqué comme dans l’Argonne, entre Sainte-Menehould et l’Aisne.
Les Russes ont maintenant repoussé les Allemands à 160 kilomètres à l’ouest de Varsovie, et à 50 kilomètres d’Ivangorod. Les Autrichiens, battus sur le San, plus au sud, ont laissé entre les mains des soldats du tsar, des milliers de prisonniers.
La situation économique est devenue très grave en Autriche. La classe ouvrière gronde contre le chômage croissant et réclame des secours en argent qui ne sont pas dispensés. Les vivres atteignent, à Vienne, des prix exorbitants. L’état-major, d’autre part, pour combler les vides qui se sont creusés dans une armée décimée, recrute jusqu’aux infirmes. Il est vrai que L’état-major allemand à fait de même : on trouve dans l’armée teutonne jusqu’à des bossus.
L’amirauté anglaise annonce que 70 croiseurs français, anglais, japonais sont dans les mers à la recherche des sept ou huit croiseurs allemands qui s’y trouvent encore. Mais elle reconnaît que le sous-marin E3 doit être perdu.
33.000 soldats canadiens sont prêts à rejoindre le front, et 70.000 autres s’apprêtent à traverser l’Atlantique.
Le tsar a offert à l’Italie, par l’intermédiaire de l’ambassadeur à Rome, M.Kroupenski de lui rendre les soldats autrichiens de langue italienne capturés par ses armées. M.Salandra a fait mettre la question à l’étude, en remerciant l’ambassadeur.
Le Landtag prussien s’est réuni et a voté un nouvel emprunt de guerre de 1625 millions.

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