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Correspondance 14-18 – Nous sommes toujours sur le qui-vive…

ob_dd8317_amicarte51-1009 juillet 1916

Cher Cousin,
Je profite ce soir de quelques instants de tranquillité pour vous donner un peu quelques nouvelles fraîches de nos tranchées. Tout d’abord, mon cher Anatole, je m’empresse de bien vous remercier de l’excellent pâté que vous avez offert à Jeanne pour votre serviteur qui s’est fait un bien grand plaisir de déguster vos excellents produits dont je vous remercie sincèrement.
Ici, c’est toujours du pareil au même, nous sommes toujours sur le qui-vive, et bien que nous soyons plutôt dans un secteur défensif, qu’offensif, je vous prie de croire que ce n’est pas le rêve d’être obligé de vivre caché. Vous ne pouvez guère vous figurer ce qu’est une guerre de tranchée, et quel cauchemar nous avons d’être toujours sous le coup des marmites boches. Et encore nous n’avons pas à nous plaindre en comparaison de ce qui se passe dans la Somme ou à Verdun. Si nous avons des pertes ici, qu’est-ce que cela doit-être pour tous ces valeureux poilus qui tiennent nos adversaires en échec depuis si longtemps. Avec cela, il fait un temps épouvantable. J’espère bien une meilleure saison à Issoudun et je désire bien pour vous dans la prospérité de votre Commerce tout le bonheur que vous pouvez désirer.
Rappelez-moi mon cher Anatole, au bon souvenir de ma tante et de Jean, et bien sincères amitiés à tous. Bien cordiale poignée de main de votre cousin tout dévoué.

E. Olivier ( ?)

Sur cette même carte, on trouve également un court texte, écrit par Auguste, une connaissance, un ami, un membre de la famille ou un voisin ? nous ne le saurons certainement jamais !

Bien le bonjour à toute ma petite famille que je désire savoir de même en parfaite santé. Au revoir et à bientôt. Auguste

Correspondance 14-18 - Nous sommes toujours sur le qui-vive…

Une carte fort bien écrite, à la plume, chaque centimètre carré est occupé, ce qui explique la longueur du texte, pour une seule carte. Notre poilu est bien au front, dans les tranchées… et nous conforte dans le fait, qu’il est difficile d’imaginer ce qu’est réellement cette vie enterrée, avec des conditions climatiques souvent difficile, à recevoir à longueur de journée, les projectiles de l’ennemi… les fameuses « marmites » !

Mais il relativise, comme souvent, pour ne pas trop faire peur à la famille… et c’est peut-être pire ailleurs. On peut penser que notre homme se trouve dans le secteur de la carte postale. Cette tranchée de Tourency, qui se trouve au lieu-dit Le Linguet, situé à la sortie nord-est de Reims, sur la D151 en direction de Witry-les-Reims, dont voici ci-après, quelques cartes postales complémentaires.

Correspondance 14-18 - Nous sommes toujours sur le qui-vive…
Correspondance 14-18 - Nous sommes toujours sur le qui-vive…
Correspondance 14-18 - Nous sommes toujours sur le qui-vive…
Correspondance 14-18 - Nous sommes toujours sur le qui-vive…
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Reims 14-18 – De ménouvelle…

ob_dd8317_amicarte51-10029 mai 1916
Mon cher Georges
je tenvoi cete carte par un camarade, il rentre chez lui il a 6 enfants, il éde la Dordogne.
Il étai aveque moi, il te donnera bien de ménouvelle.
Je suis toujours en bonne santée, nous somme toujour à Reims.
Il y a un moi que nous somela, nous feson une route, mais je travaille pour la compagnie come tailleur.
Hier, je sui sorti me promener jai vu la catédrale mes il ya baucout demaison de des moli.
Il y en a bien deux foit grand come Guéret de des moli ou de bruler.
Je ne sui pas restai lonten je navai cune permision de 2 heur.
Jai écri a la mament emmeme tan catoi.
Je termine en tenb
rassan de tou mon coeur.
Ton papas qui taime.
Louis.

CPA Coll. Pierre Cosnard

CPA Coll. Pierre Cosnard

Évidemment, j’aurais pu vous retranscrire ce courrier en corrigeant les fautes, mais je pense qu’il aurait perdu de sa fraîcheur et de sa spontanéité.

Louis n’est peut-être pas très fort en orthographe, mais ça ne l’empêche pas de donner des nouvelles à la famille… et c’est tant mieux !
Il est donc sur Reims, et fait certainement partie d’une compagnie du Génie, puisqu’il est affecté à la réfection d’une route.
Lors de sa rapide visite touristique de la ville, Louis compare les importantes destructions de la ville de Reims, à deux fois la superficie de la ville de Guéret, dans la Creuse, dont il est certainement originaire, ou proche.
Cette journée du 29 mai 1916 paraît relativement calme, en dehors de quelques obus tombés dans la matinée… quand même !

Le visuel de la carte est très intéressant, même s’il date un peu, puisqu’il s’agit d’une photo prise 20 mois auparavant, lors de la courte occupation de Reims par les troupes allemandes.
On voit ici un convoi de ravitaillement allemand passant à l’angle de la Place du Palais de Justice et de la Rue du Trésor, le 10 septembre 1914, soit deux jours, avant l’évacuation précipitée des troupes du Kronprinz.
Ils paraissent encore fiers, mais plus pour longtemps !

On n’en fera pas dire beaucoup plus à cette carte, j’en profite donc pour diffuser quelques cartes postales de Guéret, datant de cette période de conflit.

Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...

Guéret est une commune française, préfecture du département de la Creuse dans la région Limousin.
Guéret, après avoir été la ville principale de la partie haute du comté de la Marche et le chef-lieu du nouveau département en 1790, est aujourd’hui la préfecture de la Creuse.
Ses habitants sont appelés les Guérétois – 13 563 hab. (2011).
Guéret est situé sur un vaste plateau entre la Creuse et la Gartempe, au pied du Puy de Gaudy et du Maupuy qui atteignent 651 et 689 m. La ville s’incline sur les pentes de la colline de Guéret Grancher ou l’altitude atteint 571 m. Elle marque la limite entre la prédominance du bocage marchois au nord de la Creuse et du domaine forestier au sud.
La ville de Guéret se situe au Centre-Ouest de la Creuse. Elle est bordée par la RN 145 qui traverse le département dans un axe Ouest – Nord-Est. Guéret est aux environs de 45 minutes de Limoges, de 1h30 de Clermont-Ferrand, de 2h de Poitiers et Vichy, de 2h30 d’Orléans, de 3h30 de Bordeaux, de Lyon, de Paris et de Toulouse. Guéret est également aux environs de : 35 minutes de Montluçon et d’Aubusson, 1h15 de Chateauroux, 1h45 de Brive et 1h50 de Tulle.

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Reims 14-18 – J’ai brûlé mon tricot…

ob_dd8317_amicarte51-100Le 25 mai 1916
Ma Chérie
Pas grand chose à te dire depuis ma dernière lettre.
Je suis toujours en bonne santé, sauf un peu enrhumé car nous avons quelques journées froides avec la pluie.
Heureusement que nous sommes à la belle saison, car l’autre jour, lorsque j’avais changé de position, j’ai brûlé mon tricot et mes deux couvertures.
Le feu s’est mis à la paille qui fermait la porte d’un escalier de la maison où nous logeons.
Heureusement qu’on l’a eu vite éteint, et je me suis servi des couvertures et mon tricot qui y était à travers y’a passé.
C’est un petit malheur et j’en apporterai un en revenant de permission, ainsi que des chaussettes de coton.
Ici toujours pareil et assez tranquille.
Mes amitiés à toute la famille.
Embrasse bien le petit Raymond pour moi.
Mille baisers de ton mari qui ne t’oublie pas
.
(signature illisible)

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Dès les premières lignes, l’auteur annonce la couleur… il n’a pas grand chose à dire !
Mais ne peut passer sous silence son aventure, qui lui aura coûté son tricot et les couvertures.
Il ne s’attarde pas sur l’origine du sinistre. S’il ne dit mot, c’est peut-être parce qu’il en est la cause, se serait-il endormi en fumant ?
nous ne le saurons jamais…
Il va donc falloir qu’il attende la prochaine permission, pour récupérer un nouveau tricot !

Quant aux faits de guerre, il faut tourner la carte et s’intéresser au visuel.
Encore une carte de la cathédrale… et comme c’est indiqué, « Reims dans sa deuxième année de bombardement 1914-15-16 ».
La photo nous propose une vue rapprochée des pilastres de la Tour Nord et du Petit Porche, mutilés lors des bombardements et de l’incendie du 19 septembre 1914.

La carte postale a été écrite le 25 mai 1916…
Ce jour-là, la ville de Reims est bombardée pendant l’après-midi.
On note la mort du Docteur Ernest Luton, décédé à Paris à l’âge de 47 ans.
Ancien interne des hôpitaux de Paris, chef des travaux anatomiques et histologiques à l’École de médecine de Reims et médecin des hôpitaux, il publia des travaux remarqués sur la tuberculose et les maladies des enfants.
Il était le fils du savant docteur Alfred Luton, ancien directeur de l’École de Médecine de Reims, qui a laissé son nom à la place Luton, lors de son inauguration en 1899.

Et puisque de la Cathédrale nous sommes passés sans nous en rendre compte à la Place Luton, profitons-en, avec cette carte postale de la place, à l’angle de la rue Danton et de la rue Roger Salengro (à l’époque Rue de Courcy), la guerre y a également laissé son empreinte :

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Et un petit montage… avec une photo d’aujourd’hui, le lieu est bien le même, mais les maisons ont été reconstruites :

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14-18 – Lettre du Curé Louis

ob_dd8317_amicarte51-100Poursuivons nos lectures des correspondances. Cette fois, c’est un curé qui donne de ses nouvelles.
Pas de faits de guerre, en revanche, cet homme d’église participe activement à améliorer le moral des troupes en s’occupant de leur foi.

Le temps est beau ces jours-ci. Le froid n’a pas encore fait son apparition.
Chaque dimanche, je vais dire la messe dans un camp voisin afin de permettre aux soldats qui y séjournent d’y assister.
Cette sortie me fait du bien et change un peu du travail matériel de tous les jours.
Vous donnerez le bonjour à tous les paroissiens qui vous demanderont de mes nouvelles.
Mes respectueux hommages à Monsieur le Curé de St Martin.
Que Dieu vous garde !
Je vous embrasse tendrement.
Louis.

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CPA Coll. Laurent ANTOINE LeMog

Il ne nous sera pas possible d’en faire dire beaucoup plus à cette lettre… la carte postale est une vue rémoise, envoyée au Curé de St Martin…
est-ce Saint-Martin sur le Pré dans la Marne ?
La photo nous montre la rue Cérès, en direction de l’Esplanade, avec sur la droite, ce qui reste de la façade du Comptoir de l’Industrie (10 & 12 rue Cérès, Fournitures générales pour l’industrie, Quincaillerie, Articles de Bâtiment, Machines-Outils et petit outillage, Spécialités pour l’Agriculture, Accessoires pour Automobile, etc)..
Cette photo a été prise certainement en 1917 ou 1918, la carte de 1916 ci-dessous nous permet de constater que la façade du Comptoir de l’Industrie est un peu moins détruite.

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Ci-dessous, une vue d’avant-guerre, à droite, la devanture du Comptoir de l’Industrie.

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Reims 14-18 – Ces petits souvenirs…

ob_dd8317_amicarte51-100Le Dimanche 13 février 1916
Ma bien chère Jeannette, bien chère Maman.
Aujourd’hui, pas de lettre de ma petite femme chérie; mais en revanche une mignonne carte accompagnée d’une charmante lettre de Germaine.
Je t’envoie ci-joint les deux; mais il ne faudrait pas que Germaine se formalise, la pauvre enfant, si je te renvoie la carte.
C’est dans le but de pouvoir la conserver, car sur moi, avec tous les papiers et tous les carnets que je suis obligé de conserver dans une poche, dans un autre, tous ces petits souvenirs risqueraient fort de s’égarer.
Le temps qui s’était mis au froid vif ce matin a subitement changé et maintenant, nous voilà revenu à la pluie fine et persistante qui provoque l’humidité et nous procure dans les boyaux et les tranchées, de la boue
en quantité.

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Même si cette carte est bien rémoise, on ne peut pas du tout être certain qu’elle a été envoyée de notre région. La photo nous montre une patrouille allemande, au pas de parade, rue Cérès, pendant la courte occupation « boche » de septembre 1914, le courrier a été écrit un an et demi plus tard.

C’est encore une carte de l’éditeur Georges Dubois, vraiment très prolifique tout le long de cette période de grand trouble. Un éditeur-photographe qui se distingue souvent par la qualité de ses cadrages, nous proposant des vues très originales et soignées, même si quelques fois la qualité de la phototypie reste perfectible, mais ne l’oublions pas, il faut faire face à des tirages de masse… en temps de guerre !

Pour rappel, la cartoliste G. Dubois est parue dans le Bulletin n°13 de janvier 1992 d’AMICARTE51… hélas épuisé (mais nous pouvons fournir cette liste aux personnes intéressées). Il y a pour le moment des cartes répertoriées jusqu’au numéro 417 (+ des numéros Bis, et des cartes double-format).

Revenons maintenant au texte de cette carte qui, même s’il ne représente pas un intérêt capitale en ce qui concerne l’actualité guerrière, il évoque tout de même un aspect de la vie du poilu dont on ne parle pas souvent, et que j’oserais appeler : « l’entreposage de ses petites affaires ».

En effet, les tranchées ne sont pas une partie de plaisir, on est même bien loin du confort le plus spartiate soit-il. Alors, comment conserver ses effets personnels ? Quand on passe plusieurs semaines à demi-enterré, on ne peut bien évidemment pas se charger inutilement, il faut donc se contenter du strict nécessaire, des papiers les plus importants, on peut aussi imaginer quelques photos de ses proches, de quoi écrire les cartes, etc… tout ce qui peut tenir sans difficulté en poche, et qui aussi, ne présente pas trop de valeur en cas de perte ou de destruction.

Toujours est-il que notre bon père de famille est optimiste, puisqu’il renvoie « à la maison » la charmante carte écrite par Germaine, que l’on imagine être sa fille… afin de pouvoir la conserver une fois la guerre terminée, une fois rentré à la maison, sain et sauf, pour de bon.

On apprécie qu’il ait le moral ! C’est certainement très rassurant pour la famille… un espoir irremplaçable, qui permet de tenir bon, dans des conditions particulièrement difficiles. A la guerre et aux combats d’une barbarie ultime, il faut ajouter des conditions de vie éprouvantes, peut-on réellement s’imaginer rester des journées et des nuits entières, les pieds et les jambes dans la boue, le froid et l’humidité qui envahie chaque corps ?

C’est n’est hélas qu’un fragment de ce que les poilus ont dû endurer pendant ces effroyables années de guerre !

Pour en terminer avec cette carte postale, ci-dessous un montage avec une vue actuelle qui permet de mieux se repérer dans l’environnement de la Rue Cérès en 1914. La vue est prise en direction de la Place Royale, il est vrai que la topologie des lieux a bien changé, dans ce quartier du centre qui a énormément souffert des bombardements de l’ennemi.

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Les masques contre les gaz asphyxiants…

Reims le 16 janvier 1916
Mon cher André
Je suis heureux de savoir que tu as pu aller passer quelques jours de permission près de Maman et des Sœurs,
et de vous savoir tous en bonne santé.
Ici, la situation est toujours sans changement, l’on vient de nous distribuer les masques contre les gaz asphyxiants
mais il faut bien espérer qu’on aura pas à s’en servir.
Marie ainsi que les enfants se portent toujours bien et se joignent à moi pour t’embrasser de tout cœur.
Ton
frère Georges.

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Cette carte postale de Reims nous est proposée par notre ami et membre d’AMICARTE51, Jacki Pinon… elle nous montre une fois encore les destructions de la ville.
Cette carte est laconiquement légendée « Maison écroulée par un obus »… mais est-ce qu’un lecteur du blog saura localiser ce lieu dans Reims ? merci d’avance.

Quant à la correspondance au verso, encore une fois, on donne des nouvelles. Tout semble aller pour le mieux, que ce soit pour la famille qui se trouve « encore » à Reims, et le frère André, qui lui est soldat.
On apprend quand même que les masques à gaz ont été distribué !
Y a-t-il un rapport entre cette distribution est le fait que 10 jours plus tôt, le 6 janvier 1916, une unité de production de gaz asphyxiants ait été détruite près de Tahure, suite à l’explosion de plusieurs dépôts de munitions ?

Les gaz utilisés lors de la première guerre mondiale ont été très nombreux, cela allait du gaz lacrymogène bénin à des composés particulièrement toxiques, comme le phosgène ou le gaz moutarde, qui attaquaient la peau, les yeux et les poumons, et produisaient des lésions très graves, et la mort.
Pour s’en prémunir, de nombreux modèles de masques à gaz ont été utilisés, avec des résultats plus ou moins convaincants.
On imagine bien que celui photographié sur la carte ci-dessous, ne devait pas offrir une très grande protection !

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Les hommes n’étaient pas les seuls à pouvoir disposer de masques à gaz, les chevaux et les mules, irremplaçables pour le transport, et même les chiens, qui assuraient des missions de messagerie.
Durant le premier conflit mondial, les pertes dues aux gaz asphyxiants ont été énormes, elles ont représenté 14% de la totalité de ces pertes, avec 88 498 morts et 1 240 583 blessés !

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Mais l’humour et la dérision restent des éléments très importants pour garder le moral, et permettent également de « faire passer le message » !

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Reims 14-18… nous buvons une coupe de champagne à ta santé

18 décembre 1915
Mon cher camarade,
tu excuseras mon retard pour te faire réponse. Depuis ton départ, nous n’avons pas eu une minute à nous.
Le bataillon, à sa sortie des tranchées était éparpillé un peu partout.
Un compagnie à Montchenot, deux à Verzenay, une à Rilly.
Moi et François avons passé 3 jours de suite à Mailly, impossible de te voir. Nous avons bien regretté.
Maintenant, tout le bataillon est ici.
A part çà, rien de nouveau, sauf que tous les matins, François ne peut plus dire « allons Minault lève-toi », et c’est moi qui supporte tout.
Malgré cela, de temps en temps, nous buvons une coupe de champagne à ta santé car il ne se passent pas de jours sans qu’il soit question de toi.
Au revoir, mon vieux camarade, et crois dans la sincérité d’un ami qui ne t’oubliera jamais.
(signature illisible)

PS: François t’écrira demain car aujourd’hui, il a « la gueule de bois », il te souhaite bien le bonjour, à

bientôt de tes nouvelles.

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Quant au visuel de la carte, encore et toujours des ravages.

Nous sommes ici Rue de l’Université, avec un commerce que nous connaissons bien à Reims, les Grands Magasins de Vêtements Gillet-Lafont qui, après la guerre, s’installeront rue de Talleyrand.

Une autre carte postale du même lieu nous apprend que ces destructions sont dues principalement aux bombardements du 18 septembre 1914, soit un peu plus d’un an avant l’envoi de ce courrier.

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Pour ceux qui ne reconnaîtraient pas la rue de l’Université, il s’agit ici de la partie qui arrivait Place Royale, dont on reconnaît l’architecture bien spécifique. Aujourd’hui, c’est la rue du Grand Credo, la rue de l’université a été raccourcie et s’arrête au niveau de la bibliothèque Carnegie.

Ci-dessous, une autre photo du magasin, prise depuis la Place Royale… dont il ne reste que la façade.

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Reims 14-18 – Ton grand soldat…

Reims 14-18 – Ton grand soldat….
1915 (sans date précise).
Bon baiser de ton grand soldat
toujours en bonne santé.
Signature il
lisible.

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Cette fois-ci, on a affaire à un courrier très court. En fait, il y a même plus à lire sur la légende de la carte que sur le message au verso !
A qui ce poilu s’adresse-t-il ? à sa maman ? à sa petite amie ? on peut imaginer et espérer qu’il écrivait un peu plus longuement à l’élue de son cœur.

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Il est plutôt rare de trouver des missives aussi courtes. On peut imaginer qu’il était en trop mauvaise posture pour en écrire plus, et même pour tenir la carte du bon côté.
N’épiloguons pas sur ce contenu très léger et passons au visuel de la carte elle-même.
Déjà, la légende « Campagne 1914-1915 », nous laisse à penser que le courrier à été envoyé courant 1915, la photo nous montre les bombardements subis par la Librairie Armand Lefèvre, au numéro 1 de la rue des Chapelains, le 1er mars 1915.

Voilà ce que l’on peut lire dans le Matot-Braine, quant à cette journée du 1er mars 1915 :
Reims – Canonnade peu nourrie dans la matinée et nul bombardement jusqu’à la nuit. A six heures moins un quart, les allemands font pleuvoir sur la ville une cinquantaine d’obus. Vers 9 heures un engagement a lieu entre les belligérants du côté de la Pompelle. L’ennemi, après avoir subi des pertes importantes et laissé des prisonniers entre nos mains, est refoulé dans ses tranchées. Furieux de cet échec, vers une heure et demie du matin, il lance à profusion ses bombes incendiaires sur la ville. On relève plus de vingt-cinq foyers d’incendie. Parmi les immeubles détruits on compte l’imprimerie Matot-Braine, rue du Cadran-Saint-Pierre, la maison de Confection à la Ville d’Elbeuf, rue de l’Arbalète, l’Hôtel de Bary ; boulevard Lundy, les Ecoles de la rue Courmeaux, etc. Trois morts, plusieurs blessés.

Ni la Librairie Armand Lefèvre, ni la rue des Chapelains ne sont cités, mais cette rue étant perpendiculaire à celle du Cadran-Saint-Pierre, nul doute sur le fait qu’elle a subit en même temps cette pluie de fer et de feu !

Ci-dessous, un plan du quartier, afin de situer ces deux rues :

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Une autre carte postale de la Librairie Armand Lefèvre, après les bombardements :

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Ci-dessous, vue de l’entrée de la Rue des Chapelains (certainement prise à l’angle de la rue du Cadran-Saint-Pierre), en direction de la cathédrale :

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Également bombardée jours-là, la maison de Confection A la Ville d’Elbeuf, au coin de la rue de l’Arbalète et de la rue de la Clef :

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Et l’Hôtel de Bary, boulevard Lundy, qui était une magnifique maison de maître avant guerre, et là, on la retrouve en bien triste état. On note la date, qui est bien la même que dans le Matot-Braine, le 1er mars 1915 :

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Vendredi 26 novembre 1915

La cathédrale vue du quartier des laines
ob_e44576_amicarte51-100Ma chère Isabelle,
nous voilà dans les baraquements en planches où le froid ne s’y fait pas trop sentir malgré sa vivacité au dehors.
La santé est toujours excellente.
Reçu une lettre de cousine Jeanne où elle me dit qu’elle t’a écrit.
Je rentre, la neige tombe.
Recevez tous mes meilleures caresses avec deux toutes particul
ières pour toi et ma Raymonde.
Ton bien aimé.

ob_305c6f_quartier-des-laines-19-septembre-1914Un courrier assez court, qui ne nous en apprend pas beaucoup… en dehors du fait que son rédacteur a dû perdre sa maison pour cause de bombardements et d’incendie, puisqu’il est réfugié dans un baraquement en planche.
ob_3dd7e2_cachetsHeureusement, malgré le froid de ce mois de novembre, cela semble quand même « vivable » ! C’est d’un contraste certain avec le lieu où se trouve Isabelle, puisque l’adresse du destinataire est Ibrahimieh, un quartier d’Alexandrie en Egypte.

Cette carte a été postée le 27 novembre 1915 comme l’atteste le cachet de Reims, et a été tamponnée 13 jours plus tard, à Ibrahimieh, le 10 décembre 1915.

 

 

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Ibrahimieh (Alexandrie), en 1905.

La vue de cette carte rémoise envoyée en Égypte nous est assez familière, et nous présente encore une fois, la cathédrale meurtrie, sans toiture ni charpente… une photo prise depuis le quartier des Laines, avec en premier plan, les ruines de l’ancien Couvent Franciscain des Cordeliers. Le quartier avait été bombardé le 18 septembre 1914, la veille de l’incendie de la cathédrale de Reims.

Ci-dessous, une vue de la Maison Gaston Lainé, rue des Trois-Raisinets, qui utilisait avant guerre l’église comme entrepôt. Les ruines du couvent servent aujourd’hui de cadre à un parc très agréable.

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Correspondance 14-18 – A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées Le 21 octobre 1915

Ma chère Henriette,
je t’envoie une collection de la Bonne Presse, je pense que cela te fera plaisir.

Je te dirais que la mère de Paul va bien doucement.
Je suis encore à Bouzy jusqu’à jeudi prochain.
A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées, car cela a été terrible mardi, ils sont venus à 500 mètres de la gare de Wez Thuisy.
Enfin, espérons que cela arrêtera.
En attendant de tes nouvelles, toute la famille vous donne le bonjour, ta cousine qui t’e
mbrasse de tout cœur.
Berthe

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

2. Prêtre-Soldat bénissant une fosse commune
Collection Artistique de la Maison de la Bonne Presse, 5 Rue Bayard, Paris

Assurément, une carte régionale intéressante sur bien des points. Si on s’intéresse un peu à cette période d’octobre 1915, l’Almanach Matot-Braine nous apprend que le 19, entre le fort de la Pompelle et le village de Prosnes, les allemands s’emparent de quelques éléments de tranchées dans notre première ligne, mais qu’ils sont rejetés aussitôt par une vigoureuse contre-attaque de nos troupes. Il s’agit certainement de ces combats qui se sont rapprochés de la gare de Wez-Thuisy…
Quant à ce gaz asphyxiant dont Berthe fait référence, il est noté que le 20 octobre 1915 :
L’ennemi renouvelle ses attaques, cette fois entre la butte de tir de la garnison de Reims et le village de Prunay : malgré l’usage de gaz suffocants, il est arrêté par le feu de nos canons et de nos mitrailleuses.

Ci-dessous, la gare de Wez-Thuisy qui a déjà bien souffert :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

La gare temporaire, après guerre… et la gare d’origine, dont il ne reste plus grand chose :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Si on recherche aujourd’hui cette gare, il faut se tourner vers celle de Val-de-Vesle (anciennement gare de Wez – Thuisy). Cette commune a été créée en 1965 par la fusion des 3 villages indépendants : Courmelois, Wez et Thuisy.

Comme on a pu le constater, ces communes se trouvaient au cœur des combats, comme l’attestent les cartes postales ci-dessous :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Et pour terminer, quelques mots sur la carte postale elle-même.
Déjà, elle n’a pas été choisie par hasard, mais pour faire plaisir.
Même en temps de guerre, les plaisirs simples sont toujours les bienvenus, alors pourquoi se priver de joindre l’utile à l’agréable ?
Il semble que Berthe collectionne les cartes, et tout particulièrement celles éditées par La Maison de la Bonne Presse.
Pour beaucoup d’entre nous, ce nom ne nous dit plus grand chose. Cette société a été créée en 1873 par le père Emmanuel d’Alzon, fondateur de la communauté des Augustins.
Cette communauté religieuse va utiliser la presse pour communiquer et lance le premier hebdomadaire en couleur : Le Pélerin.
La Maison de la Bonne Presse va éditer un nombre impressionnant d’ouvrages, d’objets, et de cartes postales religieuses.
En 1969, changement de nom, le groupe devient Bayard Presse, que nous connaissons toujours aujourd’hui.
Cette carte, présentant des prêtres en pleine action pendant la guerre, fait partie d’une grande série illustrée d’acte de foi et d’assistance. Quelques exemples ci-dessous :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
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Correspondance 14-18 – La Cathédrale à 17h25…

Correspondance 14-18 - La Cathédrale à 17h25... Maintenant, je vais mieux mais je souffre toujours beaucoup de l’estomac.
Vois-tu, ce qui nous faudrait, c’est la fin de la guerre, enfin, il faut espérer que nous en approchons, car je t’assure qu’il me tarde de te revoir ainsi que toute la famille.
Prenons patience, ce grand jour, espérons-le, sera vite-là.
Embrasse, chère Maman, toute la famille pour moi.
Reçois chère Maman, de ton fils qui t’aime, ses plus affectueux baisers.
H. Janisson

Correspondance 14-18 - La Cathédrale à 17h25...

Hélas, une lettre non datée, mais le titre de la photo nous laisse à penser que nous sommes en 1915 (Reims dans sa deuxième année de bombardement 1914-15)… malgré l’espoir d’une fin proche, la guerre va encore durer longtemps, de quoi user le moral de nos soldats.

Le recto de la carte nous ramène à l’incendie de la Cathédrale de Reims, suite aux bombardements allemands du 19 septembre 1914…
…le moment est très précis, comme l’indique la légende au bas de la carte :
« On remarque qu’une des deux toitures au bras septentrional n’est pas encore consumée (17h25)
à 17h30 tout était détruit »

Il faut effectivement de bons yeux pour apercevoir un semblant de charpente en train de terminer sa vie dans les flammes. Mais on croit aisément le photographe.

« A cinq heures et demie, la toiture achève de se consumer. On aperçoit, à travers les vitraux de la grande nef, des lueurs rouges faisant supposer qu’à l’intérieur tout brûle.
On s’arrache à grand’peine de ce spectacle terrifiant qui ne sortira jamais de notre mémoire. »
M. Aubert (Reims, un siècle d’événements, par D. Pellus).

Finalement, aucune photo n&b de l’époque ne sait rendre fidèlement, ce que fut réellement ce spectacle d’horreur et de désolation, comme si Notre-Dame de Reims se faisait dévorer toute entière par les flammes de l’Enfer ! …on ne peut que l’imaginer.

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Correspondance 14-18 – De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée…

Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée... Vendredi 1er octobre 1915
Chers parents
Je suis arrivé à bon port à 11h à Lyon, je suis allé me présenter à St Irénée et j’y suis resté.
Ils m’ont versé à la 2e Compagnie au Fort de Loyasse.
Demain, je vais passer la visite et je compte bien être inapte 4 mois ou deux.
Je vous réécrirai demain et je vous donnerai mon adress
e.
Votre fils François.

Guerre 1914/15 - A Somepy (Marne) interrogatoire d'un prisonnier allemand

Guerre 1914/15 – A Somepy (Marne) interrogatoire d’un prisonnier allemand

Voilà une carte plutôt intéressante, tant au niveau du visuel avec cet interrogatoire d’un prisonnier allemand à Somepy, que du texte. Même s’il paraît un peu difficile, pour le moment, de faire un rapprochement géographique entre Somepy dans la Marne et cette arrivée à Lyon, finalement très proche de Vareilles en Saône-et-Loire, où habitent ses parents.

Soit François a été mobilisé et s’est rendu directement de Vareilles à Lyon, dans ce cas, on peut se demander pourquoi envoie-t-il une carte de Somepy.
Soit il a déjà combattu dans la Marne, puis s’est retrouvé à Lyon après avoir été blessé au combat. Convalescent, cela pourrait expliquer le fait qu’il pense pouvoir être déclaré inapte pour deux à quatre mois.
Affaire à suivre !

Quelques mots sur les deux forts où s’est rendu François.

Fort St-Irénée, vu du ciel.

Fort St-Irénée, vu du ciel.

Le Fort de St-Irénée a été construit de 1832 à 1842 et fait partie de la première ceinture fortifée de Lyon (composée de 19 ouvrages dont 10 forts).
Pouvant abriter une garnison de 800 hommes, sa réserve de poudre était de 42 tonnes (en 1880), de quoi alimenter 60 canons.

Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...
Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...

Ci-dessous, une photo d’après-guerre, rendu à la vie civile, le fort abrite de 1920 à 1946 l’institut-Franco-Chinois.

Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...

Le Fort de Loyasse fait également partie de la première ceinture de Lyon. Construit de 1836 à 1840, il a été réalisé à la manière d’un fort de montagne, avec des glacis très inclinés entourant le fort.
Il était constitué de deux plates-formes superposées le long de la pente. En partie basse, un front d’attaque constitué de trois bastion. En partie haute, deux bastions et un cavalier permettant de place des pièces d’artillerie en hauteur.

Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...

Deux casernes, magasins, puits, latrines et poudrières se trouvaient entre ces deux parties.
Pendant la première guerre mondiale, ce fort a servi principalement de dépôt de prisonniers, doit-on voir un rapport avec le prisonnier de la photo ?

Terminons avec quelques cartes postales de Vareilles, petite commune de Saône-et-Loire d’un peu plus de 400 habitants avant 1914 (243 aujourd’hui), à 60 kilomètres de Mâcon, d’où François semble originaire.

Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...
Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...
Correspondance 14-18 - De Vareilles à Loyasse, en passant par Somepy et Lyon St-Irénée...
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C’est si doux la bonne vie !

C'est si doux la bonne vie ! Le 11 septembre 1915
Cher ami,
voilà bien longtemps que je n’ai plus de vos nouvelles.
J’espère que votre santé va assez bien.
Je rentre de permission, j’ai passé 8 bons jours au milieu de ma famille ce qui m’a fait un grand plaisir car c’est si doux la bonne vie au lieu de la triste que l’on mène dans nos tranchées.
Mais aussi, c’est bien court, le plus cruel est de laisser sa femme et ses enfants, mais il faut prendre courage, peut-être sommes-nous près de la fin.
J’ai trouvé mes trois garçons bien grandis et ma femme bien fatiguée.
Ils me chargent tous de vous souhaiter le bonjour en attendant de vos bonnes nouvelles.
Je v
ous envoie une cordiale poignée de main.
Just L.

C'est si doux la bonne vie !

 

Et oui, comme Just l’écrit, c’est si doux la bonne vie ! On ne peut qu’être d’accord avec sa réflexion. Quel contraste ensuite, de repartir au combat.
Il est au coeur de l’action, dans les tranchées… comment « pouvoir » repartir après chaque permission, vers l’enfer.
Pour son épouse, pour ses enfants, comment « pouvoir » supporter de le voir repartir, sans savoir que cet au revoir ne se transformera pas en adieu !
Ces 8 jours de permission devait être appréciés comme un impensable rayon de soleil dans leur cœur, hélas, trop court, mais indispensable au soldat pour tenir moralement dans les tranchées !
L’espoir est aussi toujours une très grande motivation, mais notre pauvre Just est bien loin de se douter que cette satanée guerre n’est pas près de se terminer !

Quant aux photos de la carte multivues, elles datent un peu par rapport à la date du courrier… enfin, 1 an, lors des premiers bombardement rémois… du 4 septembre 1914, quelques jours avant la tragédie de la cathédrale, et son triste incendie du 19.
Ce n’est hélas que le commencement !

Ci-dessous, les photos N&B de cette carte, combinées avec des vues actuelles…

ÉcoleProfessionnelle Libergier.
C’est actuellement le Lycée Hugues Libergier que nous connaissons tous à Reims.
Pendant la guerre, le Lycée servira également de caserne.
Parfaitement restauré, il fait partie des plus belles constructions de la ville.

C'est si doux la bonne vie !

Rue d’Avenay.
Une petite rue peu connue à Reims, entre la rue de la Gabelle et la rue des Marmouzets.
La maison de la vue a bien souffert, mais a été réparée et semble être encore aujourd’hui, dans un état proche de celui d’avant-guerre.

C'est si doux la bonne vie !

Rue Legendre et rue Cérès.
Ici, la topologie des lieux a bien changé. La vue est prise en venant de la Place Royale, en direction de la place Cérès.
Des maisons de la reconstruction sont aujourd’hui présentes, avec à l’angle une supérette d’une enseigne bien connue.

C'est si doux la bonne vie !

L’Eglise Saint-André.
Une de ces églises rémoises, qui ont bien souffert…
Toutes les traces ont été aujourd’hui effacées. Le temps ne semble pas avoir eu d’effet malgré quelques stigmates encore bien visibles.
Pourtant, quelques mois de guerre en plus… et les dégâts seront bien pire encore, comme l’atteste la carte ci-dessous, cette fois-ci datée de 1915,
avec une vue similaire, prise depuis la rue du Cardinal Gousset.

C'est si doux la bonne vie !
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Nous sommes en première ligne, depuis mardi matin, pour 21 jours

Le 10 septembre 1915
Mon cher maître,
merci beaucoup de votre carte et aussi ces bonnes et douces paroles que vous m’adressez.
Vous m’excuserez si j’ai tardé à faire réponse, il y a un mois nous étions, c’est-à-dire la compagnie, en réserve du bataillon car le régiment prend les tranchées par bataillon.
Nous sommes en première ligne, depuis mardi matin, pour 21 jours.
Le secteur de ma section n’est pas bien beau, mais en revanche, nous sommes en pleine forêt, et les boches aussi.
Nos tranchées sont éloignées de 900 à 1000 mètres, devant nous, nous ne sommes pas pour se voir tout de suite, on n’en cherche pas le moyen !
Nous nous fortifions sur place, réseau de fils de fer barbelés, « Bloc Hausse », faisant face de tous côtés en cas d’attaque.
Car c’est toujours à craindre.
La nuit et le jour, nous prenons la garde au poste « écoute » qui est placé à 150 mètres en avant de la tranchée de tir, on
est toujours en sentinelle double…

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Le courrier se termine ainsi, il y avait certainement une suite, qui ne nous est pas parvenue.
Au moins, nous avons quelques précisions quant à cette vie de soldat dans les tranchées, et en premières lignes.
On le comprend bien, il n’est pas désireux de voir les « boches » de plus près ! Même si ce doit-être très pesant, de savoir l’ennemi, finalement aussi proche.
Difficile d’imaginer réellement ce que fut leur vie, ou plutôt leur survie, dans la boue, le froid, l’humidité… l’enfer !
…et on s’amuse de l’orthographe du « Blockhaus »… qui s’est retrouvée francisée de manière très arbitraire.
Même si la carte envoyée est bien de Reims, on ne peut pas vraiment savoir d’où notre soldat écrit !
Le visuel représente la place Royale en 1915, prise en direction de la Rue Colbert.
Légèrement colorisée, mais ce n’est pas cela qui ajoute un soupçon de gaieté à l’ensemble.
Les destructions sont passées par là ! et c’est hélas, loin d’être terminé. Nous ne sommes qu’en 1915 !!

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Lettre au Papa

Pendant que tu défends la France,
Je t’envoie la Fleur de l’espérance !

 

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Pour changer, une carte qui n’est pas une vue de Reims, mais un visuel faisant appel aux sentiments patriotiques des français… avec une petite fille qui pense bien fort à son Papa, sur le front, défendant la chère patrie.
Cette carte, proposée par Michel Thibault a encore une fois, un texte bien émouvant, que je vous laisse découvrir ci-dessous.

Charenton, le 21 août 1915
Maurice, mon cher Maurice,
pourquoi ne m’écris-tu pas, est-ce que tu serais malade et que Georges n’est pas près de toi ?
Mais ce n’est pas raisonnable, tu sais cependant bien comme je trouve le temps long sans lettre et tu sais que cela fait le 14ème jour sans recevoir de lettre.
Je n’ose même plus aller demander puisque chaque fois on me répond il n’y a rien pour vous aujourd’hui, et je ne sais plus qu’imaginer.
Allons mon cher Maurice, écris-moi un petit mot, quant ce ne serai que ta signature.
Kléber se joint à moi pour t’embrasser bien fort, sans oublier le Georges, et le bonjour à tous les camarades et Sarassin et Boquet, je leur avais écris, et le père Michel aussi, et personne n’a de réponse.
On trouve cela bien drôle et on s’ennuie.
Je t’embrasse, ta femme qu
i t’aime.
Nanni.

Encore une fois, ce qui importe le plus, c’est de recevoir des nouvelles, et c’est valable dans un sens, comme dans l’autre. On attend fébrilement chaque jour des nouvelles des proches qui se trouvent « à la guerre »…
et les soldats reçoivent avec impatience les courriers de la famille, qui leur remonte le moral et leur donne l’espoir de vivre et de vaincre.
Cette lettre nous montre combien il devait être difficile d’attendre d’hypothétiques courriers. Tous les jours, on court à la poste avec espoir.
On imagine bien qu’une journée sans courriers, sous nouvelles, et c’est l’esprit qui galope, les craintes s’installent.
Pourquoi n’a-t-elle pas reçu de courrier ? les raisons peuvent être diverses, impossibilité d’écrire, problèmes d’acheminement du courrier, etc, et on pense forcément au pire… l’attente devient rapidement interminable.
Là, cela fait 14 jours que Nanni n’a pas reçu de courrier de Maurice… tout peut arriver en 14 jours !
Postérieurement, nous adressons à Nanni et Maurice une petite pensée émue, en espérant qu’ils aient pu passer l’épreuve de la guerre, et se soient enfin retrouvés.

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Reims14-18… Une bague-souvenir en métal boche

Reims14-18... Une bague-souvenir en métal boche Torcy, le 20 juillet 1915
Ma chère Marie,
j’ai reçu hier par la poste ton petit colis, merci.
Quand tu auras un autre colis à envoyer, il est préférable de l’expédier en colis postal par la gare de Torcy qui te permet de mettre 3 kilos et ne te coûtera que 0F60 au lieu de 1F35 par la poste.
Ma chère Marie, cette semaine va me paraître très longue, il est fort heureux que vos lettres ne soient pas arrêtées et nous parviennent le surlendemain, mais malgré cela, le temps va me paraître long.
Aujourd’hui, j’envoie par le même courrier dans une boîte à cirage 2 petites bagues faites suivant les mesures envoyées.
Il est bien certains que les bagues seront arrivées bien avant cette carte.
J’ai reçu une lettre de Mlle Marlore, je vais lui répondre pour la remercier.
J’espère que quand cette lettre te parviendra, Marie Ciboi sera encore avec toi si parfois cela lui ferait plaisir d’avoir une bague-souvenir en métal boche,
qu’elle envoie la mesure, je ferai mon possible pour lui en faire une.
Embrassez-vous bien pour moi, et surtout
mon petit Robert.
20 000 baisers…
Albert

Un courrier qui pourrait paraître un peu étrange, mais il faut penser qu’à cette époque, les correspondances, c’est un peu comme les SMS aujourd’hui, presque aussi simple qu’un coup de téléphone, et qu’au jour le jour, les courriers se suivent.

Nous avons affaire à un soldat habile de ses mains, qui semble s’être fait une spécialité dans ce que l’on nomme aujourd’hui « artisanat de tranchée », et plus particulièrement dans les bagues souvenir « sur mesure », réalisées en métal issu des douilles d’obus allemands… cela permet d’occuper les longues journées d’attentes, dans les tranchées.

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La carte est rémoise, et nous montre la rue du Cardinal de Lorraine, à l’angle de la Rue de l’Université. C’est une vue assez courante, que l’on retrouve avec des cadrages similaires chez de nombreux éditeurs (ex. ci-dessous).

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L’expéditeur, le soldat Albert se trouve à Torcy. Des Torcy, il y en a beaucoup en France, Torcy-le-Petit, Torcy-le-Grand, Torcy-en-Brie etc… mais il y a fort à parier qu’il s’agissent ici de Torcy-en-Valois, en Picardie, à 65 km de Reims. Cette commune était fin 1914 au cœur de la zone des combats, mais derrière la ligne de front à la date où a été écrite cette carte postale, le 20 juillet 1915.

Cette commune de l’Aisne, comme beaucoup d’autres, a énormément souffert de la guerre, comme le prouvent les quelques cartes ci-dessous.

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