Louis Guédet

Dimanche 2 mars 1919 – Heure nouvelle

1633ème et 1631ème jours

6h 1/2  Temps gris brumeux, quelques légères ondées, chaudes et froides. Ce matin été à la messe de 8h rue du Couchant. Jean est venu m’y surprendre. Le pauvre grand, je lui ai fait passer une bien triste journée, car je suis dans un état de plus en plus lamentable de tristesse ! Nous avons fait un tour dans Reims puis été déjeuner à la soupe populaire américaine avenue de Laon 47 – 49, au coin de la rue du Mont d’Arène.

C’est excessivement propre. Déjeuner à 2 sous et à 3 sous (dit Touriste ce dernier) sans le vin. Les déjeuners à 2 sous sont dans une grande salle archicomble, et les déjeuners des touristes à 3 sous sont dans une salle à part par petites tables rondes ou carrées à 4 personnes. Voici notre menu : sardines, boudin ou bœuf aux petits pois, fromage, mandarine pour 3 sous, plus le vin, une bouteille 1,80.

Docteur Henri Henrot

Cailteaux y était, causé ensemble. Repassé à la maison, puis de là été à St Maurice pour le service d’enterrement du Docteur Henrot. Tous les services de la Municipalité, comme conseiller Houlon, et c’était tout. Le Maire conduisait le deuil. Un piquet du 148e d’Infanterie commandé par un lieutenant rendait les honneurs au Légionnaire (au titulaire de la Légion d’Honneur), quantité de fleurs et de couronnes ! L’abbé Camu a dit l’office et dit l’absoute. L’abbé Lassaux curé de St Maurice a conduit le corps au cimetière du Sud. Discours du Maire qui n’était pas mal, sauf une charge à fond contre le 2nd Empire ! Toujours 1848 notre brave Maire. Au sortir du cimetière salué Lenoir, de Mun, le sous-préfet, etc… De là reconduit à la Gare mon Jean tout en devisant avec Houlon qui nous a quitté rue de Venise. A la Gare cohue. Ayant peur que Jean ne puisse prendre son billet je le demandais directement au distributeur qui me connait, du reste tous ces braves employés de la Gare sont réellement charmants avec moi. Je passe sur le quai et nous faisons les 100 pas en attendant le départ du train.

Je rentre tout désemparé, pleurant. Je passe chez Dor acheter mon maigre dîner. Une tranche de jambon et 4 rouelles de saucisson. J’y rencontre à nouveau Dor, Lenoir, Bailliez le sous-préfet, Texier, Condreux et Mmes Lenoir et Dor.

Sortant de chez Dor je me cogne dans cet inénarrable juge de Paix de Bourgogne Lechenet, brave homme qu’il vaut mieux avoir pour ami que pour ennemi, avec sa langue ! Causé un peu. Je rentre enfin après avoir été encore raccroché 2 ou 3 fois. Arrivé je ravive mon feu et je finis de lire mon courrier, et…  je pleure à mon aise.

Je vais dîner et me coucher. Ma femme de ménage n’est pas venue, je lui avais dit que je ne déjeunerais pas, alors elle a cru que c’était inutile de venir. Enfin je coucherai dans mon lit pas refait, ce ne sera du reste pas la première fois ni la dernière hélas !!

Triste anniversaire de mon incendie !! Toujours des journées lugubres !! Quel cauchemar ! Quelle agonie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 2 – Visite de 2 Docteurs majors Brésiliens (2 médecins majors catholiques)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 2 mars

 

Le Comité des Dix s’est réuni pour entendre des rapports de la commission des Finances et de la commission économique. Le principe d’une section financière de la Ligue des Nations a été adopté.
Des froissements graves se sont produits à Laybach, entre Italiens et Yougoslaves.
Le prince régent de Serbie a quitté Paris.
Les commissions sénatoriales des Finances et des Affaires étrangères ont estimé nécessaire qu’on demande d’urgence une provision à l’ennemi, qu’on fit connaître le caractère privilégié de certaines créances et qu’on ajournât toute création d’impôt nouveau jusqu’au jour où auraient été fixées les bases sur lesquelles serait réglée la dette de l’ennemi.
Il a été décidé que les officiers ne seraient pas soumis à la révision des grades.
L’extrême gauche est, de nouveau, maîtresse de Munich. Des incidents graves se sont produits au comité des C.O.S.
La Hollande se refuse à désarmer.
Le gouvernement hongrois a décidé de convoquer une Constituante.
Des grèves ont éclaté à Madrid, Barcelone et Valence.
M. Wilson continue à défendre dans toutes ses conversations la Société des Nations. Il partira le 5 pour la France.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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