Louis Guédet

Jeudi 14 novembre 1918

1525ème et 1523ème jours

8h1/2 matin  Temps magnifique comme hier. Il a gelé et il fait un soleil splendide ! L’armistice fait le fond des journaux. C’est le 1561ème jour de la Guerre qu’il a été signé, le lundi 11 novembre 1918, St Martin, à 5h du matin pour entrer en vigueur à 11h le jour même.

Hébert me disait que son frère était allé à Mézières et qu’il avait vu le désastre commis quelques heures avant la fin de la Guerre, juste 2 heures avant l’entrée en vigueur de l’armistice, par les allemands qui ont bombardé et saccagé Mézières !! Ce n’est pas étonnant de ces sauvages !! Il regrettait de savoir que leur maison et leur usine étaient intactes jusqu’au dernier moment !! Rien d’autre de saillant ! si ce n’est ma lassitude complète !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 


 Cardinal Luçon

Jeudi 14 – Visite de l’Abbé d’Orgeval. Retour de M. Compant, arrivée de M. Lecomte. Visite du Médecin-Chef, capitaine à 3 galons du 95′, apportant photographies de la Cathédrale, prises le 4 octobre, dernier jour du bombardement. Visite de l’Archiprêtre d’Épernay

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Jeudi 14 novembre

Le maréral Pétain a adressé un ordre du jour à ses troupes pour célébrer la victoire et leur recommander la dignité de l’attitude pendant l’occupation prévue en Allemagne.

Le gouvernement allemand a prié le gouvernement français d’inviter au calme les populations d’Alsace-Lorraine, qui se montrent hostiles à l’égard des soldats allemands.
Le docteur Solf, secrétaire d’État aux Affaires étrangères de Berlin, a pressé les Alliés, par un message au secrétaire d’État américain Lansing, de hâter l’ouverture des préliminaires de paix. Il invoque la famine qui pèse sur l’Allemagne.
Guillaume II est arrivé au château d’Amerongen, chez le comte Bentink, en Hollande. Il sera traité comme un officier supérieur interné. Contrairement aux bruits qui avaient couru, le kronprinz n’a pas été assassiné. Lui aussi est arrivé en Hollande. Le grand-duc de Bade a été sommé d’abdiquer.
Charles 1er a renoncé à sa couronne: il se retire en Suisse. L’Autriche allemande devient république. Victor Adler, le chef de la social démocratie d’Autriche, qui était devenu ministre des Affaires étrangères à Vienne, est mort subitement.
M. Wilson, qui avait été sollicité par l’Allemagne de lui venir en aide pour la préserver de la famine, lui a répondu qu’il pourvoirait à son ravitaillement, mais à la condition que les vivres seraient répartis équitablement et que l’ordre serait maintenu.
Un accord est intervenu entre le gouvernement de la Sibérie occidentale et le directoire russe d’Orefa.
Des mutineries ont éclaté un peu partout dans l’armée allemande cantonnée en Belgique. Il y a eu des soulèvements à Bruxelles, au camp de Beverloo, à Anvers et à Liège. Des scènes sanglantes se sont produites.
Le cabinet de guerre impérial anglais est convoqué. Les premiers ministres des colonies vont venir y siéger, afin d’examiner les problèmes de l’après-guerre et de leur donner des solutions aussi rapidement que possible.
Le recrutement a été arrêté aux États-Unis: plus de trois millions et demi d’hommes avaient déjà été appelés sous les drapeaux. M. Hoover, ministre du Ravitaillement américain, a recommandé la plus stricte économie. Il a rappelé que l’Amérique aurait à pourvoir aux besoins, non seulement de sa propre population, mais encore des Alliés et même des Empires centraux, en proie à la disette.
Les présidents du Conseil d’Angleterre et d’Italie sont attendus à Paris, MM. Sonnino et Balfour sont déjà arrivés pour participer aux conférences qui vont avoir lieu à Versailles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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