Louis Guédet

Jeudi 8 août 1918

1427ème et 1425ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Temps couvert sombre et froid. Des troupes nous sont arrivées dans la matinée vers 5h du matin, le 1er Bataillon du 52e d’Infanterie, Commandant Klein, que nous logeons. Comme toujours ils arrivent en disant qu’ils viennent au repos pour au moins 15 jours, mais 3/4 jours après ils filent. Après tout bon débarras.

La suite a été rayée et la phrase suivante recopiée par Madeleine.

Le bataillon que nous cantonnons a subi de lourdes pertes. Le Commandant Klein est le seul officier restant.

10h matin  Une partie de la toiture de la grange au-dessus de la cave où se trouvait le bucher vient de s’effondrer sur 8 mètres carrés, çà a fait un bruit formidable ! mais c’est un petit dégât, il s’agit de trouver les ouvriers qui pourront…

Le paragraphe suivant a été découpé.

Température lourde, orageuse, nous aurons avant ce soir de l’orage, sûrement. Beaucoup de lettres, plus ennuyeuses et plus fastidieuses les unes que les autres, auxquelles j’ai répondues, mais j’en suis las. Des gens qui ne comprennent pas la situation et les difficultés à vaincre. Et puis tout seul à satisfaire à tout cela m’épuise… Lettre de Gustave Houlon qui m’annonce le mariage de Guichard avec Melle Luigi à Montpellier ! La démission de l’Économe des Hospices de Reims, M. Malicet avec Guichard. Il fallait que cela arrive un jour ou l’autre, la situation était trop tendue entre eux. Guichard a eu des torts et M. Malicet a été découragé. Houlon parle d’un traité avec les Turcs qui ne marcheraient plus, de pourparlers de paix avec l’Autriche qui elle aussi ne veut plus marcher. Bref je n’y comprends rien. En tout cas il faut que nous allions en Allemagne et en Autriche si nous voulons faire entrer dans la caboche de ces gens-là que nous sommes victorieux et qu’ils sont battus. Il n’y a pas de milieu. Et puis cette Paix, le retour à Reims, la démobilisation, les suites de toute cette Guerre m’épouvantent ! Nous ne pouvons guère échapper à une révolution, il y a trop de haines, de rancunes accumulées à assouvir, trop d’appétits à satisfaire. Triste perspective, triste vieillesse pour mi, qui ne voit rien qui m’encourage et me montre que je verrai mes misères réparées, indemnisées. Et la fortune nécessaire pour l’établissement de tous mes enfants, (rayé) que…

Le paragraphe suivant a été découpé.

6h soir  Été à Vitry-la-Ville porter mes lettres. Communiqué insignifiant. Les journaux de même, çà se tasse, se stabilise. Les allemands vont-ils même continuer leur repli « stratégique » jusque sur l’Aisne et ne pas rester définitivement accrochés aux bords de la Vesle, qui de Braisne et Fismes à Reims offrent des positions formidables à défendre, quand ce ne serait que le massif de St Thierry. Rentré à 5h1/2, pas plus avancé qu’avant. Néanmoins le « Matin » fait allusion à la tension qui existerait entre les Empires du Centre et la Turquie et la Bulgarie. Il y aurait donc quelque chose de vrai dans ce que m’écrivait ce matin Houlon ! Attendons, si cela était, l’Allemagne serait en bien mauvaise posture. Et alors ce serait le vrai commencement de la fin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Jeudi 8 – Reçu lettre du Général Pellé, faisant appel à mon influence (prétendue) pour ramener en Vallée de Marne les ouvriers nécessaires aux moissons, aux vendanges. Leur procurer planches pour faire des baraques d’abri; et ravitaillement pour vivre. Visite de M. le Sénateur Delahaye pour son projet de referendum. Visite de M. Falize le bijoutier. Nouvelle offensive française par le Général Debeney

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 8 août

Sur tout le front de la Vesle, la situation reste sans changement.
Sur la rive nord, des combats locaux ont eu lieu entre nos éléments légers et les postes de l’ennemi.
Journée calme partout ailleurs. Les Anglais ont fait des prisonniers dans le voisinage de Neuville-Vitasse, au sud-est d’Arras. Ils ont légèrement avancé pendant la journée au bois Pacaud, à l’est de Robecq.
L’artillerie ennemie a été active devant la Bassée, au nord de Béthune et sur divers points, entre Hazebrouck et Ypres.
Les Italiens ont fait de nouveaux prisonniers sur le Dosso Alto, au sud de Nago.
D’après certains témoignages, le port de Zeebrugge est toujours obstrué.
Quatre aviateurs allemands réputés ont été descendus sur le front occidental.
Une déclaration américaine de M. Polk, suppléant de M. Lansing, corrobore la déclaration du Japon au sujet de l’intervention en Sibérie.
Les Allemands annoncent une mauvaise récolte en Roumanie. Or, l’on sait qu’ils comptaient beaucoup sur les céréales de ce pays.
Lloyd George a lancé un message au peuple britannique pour lui recommander de tenir bon.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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