Louis Guédet

Vendredi 26 avril 1918

1323ème et 1321ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, lourd, chaud, avec une pluie d’orage en ce moment. Le temps tente à vouloir se mettre au beau.

Pas ou peu dormi cette nuit, des insomnies et des cauchemars comme toujours !

Parti avec André à 5h1/2 du matin, pris le train à Vitry-la-Ville à 6h18. Voyagé avec M. Guérin, Procureur de la République de Châlons-sur-Marne. Charmant, on voit que le Docteur Langlet lui a parlé de moi, ce qu’il m’a dit du reste. Je lui ai conté un peu toutes les tristesses de notre vie à Reims. Il m’avoua qu’il s’en rendait bien compte maintenant qu’il était à Châlons, et que l’autorité militaire ne comptait plus ses maladresses et se rendait odieuse ! Il paraissait enchanté de ce que je lui contais à ce sujet, ce qui le confirmait dans son opinion là-dessus.

A Châlons M. Guérin me quitte, ainsi que M. Viéville de St Léonard qui est à Dormans ! L’officier Raux qui représente l’État pour les Réquisitions de Reims monte avec moi. Nous bavardons et il me conte de biens bonnes sur les gendarmes ! Qu’il taxe de parfait imbéciles !… Il me disait que Racine, avec qui j’ai débuté à Reims pour les Réquisitions, était un brave homme mais aussi un hurluberlu ! Il m’a demandé de m’enquérir auprès du Président Hù sur les raisons que celui-ci, alors Procureur de la République à Langres, en Haute-Marne, avait eu pour obliger ce brave Racine à démissionner de sa charge d’avoué de cette ville.

A Épernay je fais quelques courses. Remets mes valeurs à la Banque de France où je m’entends avec le Directeur pour l’évacuation de toutes mes valeurs dans une succursale de la Banque de France du Centre, telle que Moulins, Châteauroux, Potiers ou Orléans… Mesure de Prudence ! rien de plus. Car je crois que ces braves sparnaciens ont tous la « tremblote » ! J’ouvre mon audience à 9h1/2 jusqu’à 1h1/4. Je vois le Président qui m’invite à déjeuner au Parquet, causé de différentes affaires. Il a en profonde estime M. Legrand, juge de Paix à Ville-en-Tardenois, qu’il apprécie comme moi-même je l’estime. Il va le faire nommer à la classe supérieure. Il estime aussi Bruneteau mon collègue notaire à Fismes. J’en suis heureux pour mon aimable confrère.

Causé de Landréat et de Dondaine pour leur citation à l’ordre civil de la Reconnaissance Française. Il l’a déjà demandé pour Mérat le greffier du Tribunal de Commerce qui a eu une très belle attitude durant ces 43 mois. Si les archives du Tribunal de Commerce sont sauvées, c’est grâce à lui. Quant à son pleutre de Patron : Marche ! Le Procureur m’a avoué qu’il le dégoutait. Il m’a demandé de lui faire un rapport sur Dondaine et Landréat comme étant leur juge de Paix et de demander cette citation et cette médaille pour eux. Je le lui ai promis. Il doit l’appuyer très chaudement avec M. Hù.

J’en suis enchanté pour ces 2 braves garçons qui m’ont été si précieux durant les bombardements de Reims. Et s’ils ont cette médaille, je serai plus fier de porter mon ruban.

Déjeuné ensuite très aimablement ensemble. Le bon Président est toujours effarant !!… Quel type ! mais la bonté même. Il m’a remis ma croix de la Chancellerie.

Quittés pour reprendre mon train à 2h11, où j’ai retrouvé Raux. Rentré ici assez fatigué, et surtout chargé avec mes ballots de valeurs pour en détacher les coupons. Pris André en passant à Châlons. A Vitry-la-Ville vu Mme Abelé, Brimont, très aimable, et M. et Mme de Riocour qui ont beaucoup insisté pour que j’aille leur rendre visite un jour. C’est ce que je ferai.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Ecrit à Mgr l’Evêque de Poitiers. Via Crucis in Ecclesia. Visite aux concierges et jardiniers. Reçu lettre du Cardinal Gasparri ajournant le pélerinage à Rome des Veuves de Guerre, datée du 21 avril.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 avril

Entre la Somme et l’Avre, le bombardement ennemi a pris un caractère d’extrême violence sur le front franco-anglais, notamment dans la région Villers-Bretonneux- Hangard-en-Santerre. Notre artillerie a contrebattu énergiquement les batteries ennemies. Dans la région de l’Ailette et du bois d’ Avocourt, nos patrouilles ont ramené des prisonnbiers. Canonnade intermittente sur le reste du front. Nos alliés anglais ont exécuté d’heureuses opérations locales au nord d’Albert. Ils ont amélioré leurs positions et capturé soixante prisonniers. Ils en ont fait cent vingt dans un combat local à l’est de Robecq, tout en enlevant un certain nombre de mitrailleuses. Ils ont remporté un autre avantage à proximité de Meteren. Dans le voisinage de Fampoux, un détachement anglais est entré dans les tranchées ennemies, et a pénétré dans la ligne de soutien. Les aéroplanes alliés ont travaillé utilement. Plusieurs reconnaissances à longue distance ont été effectuées. Les avions de bombardement ont jeté dix-neuf tonnes de bombes sur plusieurs buts : gare de Thourout, dépôts de munitions d’Engel, Warneton, Armentières et Roulers. Sept avions ennemis ont été abattus, six autres contraints d’atterrir, désemparés. En outre, un avion ennemi a été abattu par les canons antiaériens. Nous avons forcé un avion triplace allemand à atterir près de Nogent-l’Artaud, à l’est de Meaux. Les forces franco-anglaises ont exécuté un raid naval contre les bases allemandes d’Ostende et de Zeebrugge. On a fait échouer cinq vieux croiseurs pour boucher les issues. Des troupes ont été débarquées sur le môle de Zeebrugge pour occuper temporairement l’attention de l’ennemi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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