Paul Hess

6 mars 1918 – Avant de rentrer au bureau, ce matin, passé prendre deux boules de pain pour la popote, à la succursale des Comptoirs fran­çais tenue par Mme Clément, rue Bertin. Un agent était de service à la porte, pour laisser entrer seulement à tour de rôle.

Nous apprenons la mort de notre malheureux collègue Monbrun, auxiliaire faisant fonctions de chef du bureau militaire à la mairie, intoxiqué chez lui, dans la nuit du 28 février, à la suite de l’arrivée d’un obus à gaz.

Violent bombardement par obus à gaz, à 13 h et fin de l’après-midi. 1 500 obus environ, aujourd’hui.

Nuit du 6 au 7 mars 1918

Nuit d’inquiétude atroce.

Vers 22 h, hier soir, nos 120 commençaient un feu serré au­quel les Boches ripostaient immédiatement, avant même qu’il eût cessé, par un furieux bombardement. Les obus arrivant en ville se suivaient sans interruption, en rafales venant éclater tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.

Des éclats étant tombés, à certain moment, sur le toit de la maison et sur ceux du voisinage, je jugeai bon d’allumer ma petite lampe, par précaution, afin de me mettre en avance, pour le cas où le rapprochement des projectiles m’obligerait à descendre vi­vement à la cave. Je restai couché cependant, mais le tir était si violent, si concentré sur les points où il aboutissait, qu’il m’a fallu me tenir bien prêt et constamment en éveil, jusqu’à l’instant où il finissait enfin, c’est-à-dire seulement ce matin, au jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille. Beau temps, soleil. Journée assez calme. Visite à Rœderer aux rescapés des Gaz asphyxiants, et aux Évacués de demain. A 9 h. 1/2, violente séance de bombardement, peu longue ; obus pas très loin. Toute la nuit de temps en temps, fréquemment, des obus. Incendie de la Maison Simon, peintre-verrier ; les cartons des vitraux de la Cathédrale sont saufs à Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rassemblement et classement des fragments de verrières sur le pavé de la cathédrale

Mercredi 6 mars

Au nord du Chemin des Dames et à l’est de Courcy, nous avons réussi des coups de main sur les tranchées ennemies et ramené une vingtaine de prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans la région des Caurières et du bois Le Chaume. Sur ce dernier point, les Allemands ont prononcé une attaque qui a été repoussée après un vif combat.
Une autre tentative ennemie au bois des Chevaliers, a subi un échec complet et nous a permis de faire des prisonniers.
En Lorraine, un coup de main allemand sur les tranchées tenues par les Américains, a été repoussé. Les patrouilles de nos alliés, opérant dans la même région, ont fait des prisonniers.
Dans les Vosges, l’ennemi a vainement tenté sur plusieurs points d’aborder nos lignes.
Sur le front britannique, au cours d’un coup de main exécuté avec succès près de Warneton, les Australiens ont fait un certain nombre de prisonniers et enlevé deux mitrailleuses.
Un détachement ennemi qui attaquait un poste anglais dans la même région a été rejeté après combat.
Les patrouilles anglaises ont fait des prisonniers aux alentours de Saint-Quentin.
L’activité combative s’est limitée, par suite du mauvais temps sur le front italien.
Canonnade dans le val Lagarina.
Le long de la Piave, les batteries ennemies ont été réduites au silence par des concentrations de feux.
Les Allemands annoncent que la signature de la paix est imminente entre les empires du Centre et la Roumanie.
Une protestation s’élève dans toute la Russie contre le traité humiliant conclu à Brest-Litowsk, par Trotski et Lenine. Elle est surtout vive à Moscou.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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