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Mercredi 6 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 6 mars 1918
St Martin

1272ème et 1270ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique. La neige est presque entièrement fondue. Lettre de Jean qui croit peu à une attaque sérieuse sur Reims, mais, ajoute-t-il, on ne sait jamais et il me conseille de quitter Reims et ne pas insister.

Lettre de M. Carbonneaux, Maison Charles Heidsieck, qui me dit qu’il déménage mes vins au plus tôt, et qu’en attendant il les fera garder. Pourvu que ce soit fait ! J’attends mes bagages en souffrance à Reims, le voiturier les aura-t-il été prendre comme Genet me l’avait promis ?! A la Grâce de Dieu ! J’ai déjà tout perdu, à cela près !! Hélas !

Je vais comme une âme en peine. Je souffre, je suis anéanti. Ayant travaillé toute la matinée, sorti faire 2 kilomètres avec Marie-Louise vers 3h jusqu’en haut de la Voie des Vaches. Je suis revenu éreinté. Je n’ai plus de forces physiques et morales, c’est la mort, l’agonie. Quel martyre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1918 – Avant de rentrer au bureau, ce matin, passé prendre deux boules de pain pour la popote, à la succursale des Comptoirs fran­çais tenue par Mme Clément, rue Bertin. Un agent était de service à la porte, pour laisser entrer seulement à tour de rôle.

Nous apprenons la mort de notre malheureux collègue Monbrun, auxiliaire faisant fonctions de chef du bureau militaire à la mairie, intoxiqué chez lui, dans la nuit du 28 février, à la suite de l’arrivée d’un obus à gaz.

Violent bombardement par obus à gaz, à 13 h et fin de l’après-midi. 1 500 obus environ, aujourd’hui.

Nuit du 6 au 7 mars 1918

Nuit d’inquiétude atroce.

Vers 22 h, hier soir, nos 120 commençaient un feu serré au­quel les Boches ripostaient immédiatement, avant même qu’il eût cessé, par un furieux bombardement. Les obus arrivant en ville se suivaient sans interruption, en rafales venant éclater tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.

Des éclats étant tombés, à certain moment, sur le toit de la maison et sur ceux du voisinage, je jugeai bon d’allumer ma petite lampe, par précaution, afin de me mettre en avance, pour le cas où le rapprochement des projectiles m’obligerait à descendre vi­vement à la cave. Je restai couché cependant, mais le tir était si violent, si concentré sur les points où il aboutissait, qu’il m’a fallu me tenir bien prêt et constamment en éveil, jusqu’à l’instant où il finissait enfin, c’est-à-dire seulement ce matin, au jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille. Beau temps, soleil. Journée assez calme. Visite à Rœderer aux rescapés des Gaz asphyxiants, et aux Évacués de demain. A 9 h. 1/2, violente séance de bombardement, peu longue ; obus pas très loin. Toute la nuit de temps en temps, fréquemment, des obus. Incendie de la Maison Simon, peintre-verrier ; les cartons des vitraux de la Cathédrale sont saufs à Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rassemblement et classement des fragments de verrières sur le pavé de la cathédrale

Mercredi 6 mars

Au nord du Chemin des Dames et à l’est de Courcy, nous avons réussi des coups de main sur les tranchées ennemies et ramené une vingtaine de prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans la région des Caurières et du bois Le Chaume. Sur ce dernier point, les Allemands ont prononcé une attaque qui a été repoussée après un vif combat.
Une autre tentative ennemie au bois des Chevaliers, a subi un échec complet et nous a permis de faire des prisonniers.
En Lorraine, un coup de main allemand sur les tranchées tenues par les Américains, a été repoussé. Les patrouilles de nos alliés, opérant dans la même région, ont fait des prisonniers.
Dans les Vosges, l’ennemi a vainement tenté sur plusieurs points d’aborder nos lignes.
Sur le front britannique, au cours d’un coup de main exécuté avec succès près de Warneton, les Australiens ont fait un certain nombre de prisonniers et enlevé deux mitrailleuses.
Un détachement ennemi qui attaquait un poste anglais dans la même région a été rejeté après combat.
Les patrouilles anglaises ont fait des prisonniers aux alentours de Saint-Quentin.
L’activité combative s’est limitée, par suite du mauvais temps sur le front italien.
Canonnade dans le val Lagarina.
Le long de la Piave, les batteries ennemies ont été réduites au silence par des concentrations de feux.
Les Allemands annoncent que la signature de la paix est imminente entre les empires du Centre et la Roumanie.
Une protestation s’élève dans toute la Russie contre le traité humiliant conclu à Brest-Litowsk, par Trotski et Lenine. Elle est surtout vive à Moscou.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 24 décembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 décembre 1917

1200ème et 1198ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 soir  Couché en bas, assez bien dormi. Quelques bombes et vers 5h du matin bataille. Temps horriblement froid. Des nuages de neige roulent dans le ciel, il fait glacial, je suis grelottant. Travaillé ! travaillé ! quand même. Courrier assez tard, rien à répondre rapidement, mon retard est rattrapé ou à peu près. Lettre de ma chère femme, bonnes nouvelles. Déjeuné en bas près de mes 2 bonnes, et remonté vite travailler. Je vais partir porter mon courrier et voir le papa Millet pour lui donner le reste de mon travail. Et puis j’attendrai le bon vouloir des jeunes mariés Dor ! Pourvu que le futur arrive bientôt, je pourrai ainsi partir à St Martin. (Mariage de Marie-Thérèse Dor (1895-1971) avec Marcel Ernest Charles Landragin (1896-1965))

Reçu lettre de Narcisse Thomas

6h soir  Journée glaciale, de la neige à demi-fondue mais qui reste tout de même, gare le verglas. Bonnes nouvelles de ma chère femme. Rien d’autre au courrier…  Bref je suis à jour d’aujourd’hui. J’ai donné tout le travail que j’avais à faire faire partir au Papa Millet. Je suis donc parti dès que mes futurs mariés auront signé leur contrat. Je souhaite que cela soit le plus tôt possible. Ecrit presque toutes mes lettres du 1er de l’an. Rien appris. Vu personne. Le Cardinal Luçon aurait eu un éclat d’obus dans son cabinet de travail pendant qu’il lisait. J’irais bien lui rendre visite ces jours-ci, et je saurai ce qu’il en est… Je me suis décidé à prendre mes repas dans le sous-sol près de mes 2 bonnes et de continuer à y coucher. J’y ai moins froid que dans ma chambre, et puis ayant quelqu’un près de moi j’ai une sensation de sécurité que je n’ai pas dans ma chambre, étant assez éloigné d’elles maintenant qu’elles sont au sous-sol. Tant qu’elles étaient dans la cuisine qui touche à la salle à manger où je suis installé cela allait, car je les entendais, je les sentais près de moi. C’est singulier comme ce sentiment de sentir quelqu’un près de soi vous tranquillise et vous donne une sensation de sécurité, tellement il est vrai que l’homme a besoin de société.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Froid, – 8°. Nuit tranquille, sauf vers 9 h. 1/2, et coups de canons, de fusils, de mitrailleuses fréquents. Vers 6 h. canonnades non loin de Reims. Visite à M. Biaise à Mencière et aux Sœurs de l’Orphelinat Rœderer avec M. Compant. M. Biaise ne sait plus où il est. Il a eu une attaque de congestion dans la rue devant la maison de M. Huart (École Professionnelle) et divague comme un homme en délire ou dément. Nuit tranquille du 24-25.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 24 décembre

Activité réciproque des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse et dans la région du Mort-Homme.
L’ennemi a tenté sans succès un coup de main au bois des Caurières.
Des avions ennemis ont lancé une Quarantaine de bombes sur Dunkerque et sa banlieue. Une personne de la population civile a été tuée, trois autres blessées, dont une femme et un enfant.
Canonnade sur le front belge.
Le général Guillaumat remplace à Salonique le général Sarrail qui recevra une autre affectation.
Sur le front italien, petites rencontres d’importance locale. Au nord de Pedescala, les occupants d’un petit poste ennemi ont été surpris et anéantis.
Sur la rive gauche de l’Assa, à l’ouest de Canove di Sotto, un détachement italien, après une courte mais efficace préparation d’artillerie, et après avoir dépassé avec un mordant magnifique les défenses accessoires adverses, a fait irruption dans un poste avancé et ramené 12 prisonniers avec du matériel.
Dans plusieurs secteurs, des patrouilles ennemies ont été repoussées avec des pertes.
A l’ouest d’Osteria di Lepre, capture de prisonniers.
Échec de tentatives autrichiennes au mont Solarolo et au sommet du val Calemo. Canonnade dans la plaine de la Piave.
Les pourparlers de paix russo-allemands s’ouvrent à Brest-Litowsk.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 22 août 1917

Paul Hess

22 août 1917 – Bombardement en ville, à partir de 15 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 22 – Vers 9 h. à 10 h. soir : coups de canon, chute d’obus assez près ; éclats nombreux chez nous. Reste de la nuit tranquille, + 19°. A 11 h. bombes sur la ville, autour de la Cathédrale. Bombes à h. A 3 h.- 4 h. Visite du Colonel Du Lac, 295e (butte de tir Cemay(1)). Vers 9 à ll h. soir, obus allemands, sur la ville ? A 10 h. 1/2 un obus à Rœderer, au-dessus du lit de Sœur Germaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 295′ est le régiment de réserve de Bourges. La « butte de tir» était celle de l’ancien champ de tir de la garnison aujourd’hui situé à proximité de la Faculté des Sciences, de l’autre côté de la voie ferrée Reims-Châlons.

Mercredi 22 août

Assez grande activité des deux artilleries dans la région au nord de Vauxaillon et sur les plateaux de Cerny et de Craonne.
En Champagne, nos tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de Saint-Hilaire ont provoqué l’explosion de réservoirs à gaz : nos reconnaissances ont trouvé peu après les tranchées ennemies évacuées et pleines de cadavres.
Sur le front de Verdun, la bataille a continué sur plusieurs points et s’est déroulée partout à notre avantage. Sur la rive gauche, nos troupes ont enlevé la côte de l’Oie, que nous occupons en entier, ainsi que le village de Régnéville. Sur la rive droite, au cours d’un attaque brillamment conduite, nous avons conquis Samogneux et tout un système de tranchées fortifié qui relie ce village aux organisations de la côte 344. Les contre-attaques déclenchées par les Allemands ont été repoussées par nos feux. Nous avons fait de nouveaux prisonniers qui n’ont pu être encore dénombrés.
Dans les Vosges, un coup de main ennemi sur nos petits postes de l’Hartmannswillerkopf n’a pas donné de résultat.
Les Anglais ont continué leur encerclement de Lens à l’ouest et au nord-ouest.
Les Italiens ont porté à 10400 le nombre de leurs prisonniers sur le Carso.
Les Russo-Roumains, après avoir subi un recul en Moldavie, ont repris l’offensive et regagné du terrain.
Le chancelier allemand Michaëlis a fait une déclaration devant la commission principale du Reichstag. Il a rendu hommage à l’initiative du Saint-Siège, tout en réservant sa réponse sur le fond; il a avoué que l’accord initial n’est pas établi là-dessus entre l’Allemagne et ses alliés.
Mr Venizelos songe à constituer une haute Cour pour juger les hommes politiques qui ont trahi la cause grecque depuis 1914 et dont le Livre Blanc signale les actes déshonorants.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Cerny-les-Bucy

 

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Jeudi 31 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 31 août 1916

719ème et 717ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La tempête a cessé cette nuit, beau temps chaud avec brise. Le calme. Journée monotone. Déjeuné en cave chez M. Henry Abelé, 48, rue de la Justice, avec l’abbé Pierre Abelé en civil, actuellement aux armées, à (?!), de Bruignac adjoint au maire, Abbé Camu Vicaire Général, M. Lartilleux et Marcel Heidsieck. Rien d’intéressant. Rentré chez moi après avoir passé à la Ville, sur mon chemin tout triste tout désemparé, de plus en plus. Il y a 2 ans je prenais le chemin de ce calvaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Pluie continuelle. Mitrailleuses au loin. Journée tranquille. Bombes dans la matinée sur batteries. Visite aux Frères à Courlancy et à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 31 août

Sur le front de la Somme, activité moyenne d’artillerie. Le mauvais temps continue.
En Lorraine, dans le secteur de Reillon, des détachements ennemis ont, par deux fois, tenté d’approcher nos lignes; nos tirs de barrage les ont repoussés.
L’artillerie tonne sans discontinuer sur tout le front de Macédoine où l’on ne signale, toutefois, aucune opération importante.
les Italiens, au cours d’avances partielles sur le Haut-Boite et dans les Alpes de Fassa, ont capturé un certain nombre de prisonniers.
Les Russes ont progressé dans les Carpates boisées, à la frontière hongroise, et fait plusieurs centaines de prisonniers en Asie Mineure.
L’avance roumaine est générale à l’ouest des Alpes transylvaines et sur le bas Danube.
Les ministres de l’Entente ont fait une démarche à Athènes, auprès de M. Zaïmis.
Un meeting sur l’entrée en guerre de la Grèce a eu lieu à Salonique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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