Louis Guédet

Jeudi 28 février 1918

1266ème et 1264ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Parti ce matin à Rilly par la pluie. J’ai un cheval qui rendrait des points à « Rossinante ». Va-t-il tomber en ficelle en route ? Je fais mes 17 kilomètres en 2h. Çà va encore ! Vu les Lepitre, déjeuné, réglé leurs affaires. Reparti à 3h, arrivé ici à 5h1/2 par une neige fondue glaciale. Je suis fourbu, de fatigue et d’émotions. Je vais tomber malade certainement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1918 – Même défilé de solliciteurs, qui doivent attendre de longues heures leur tour avant de pouvoir passer et être admis, quelques instants, à faire valoir l’objet de leur demande devant le capitaine La Montagne. Séance tenante, celle-ci est admise ou rejetée, sans appel ; nous entendons dire, le plus souvent : « Il faut partir ». Au­jourd’hui, la police a dû distribuer des numéros et faire suivre la file, au fur et à mesure, aux arrivants.

L’impression ressentie à la vue de nos pauvres concitoyens résolus à tenir jusqu’au bout à Reims et obligés de partir, après trois ans et demi passés sous les obus, en abandonnant ce qu’ils pouvaient posséder encore — maisons ou mobiliers — et qui en retenait la plupart, est profondément pénible, de même qu’est, on ne peut plus attristant le vide déjà constaté en ville, où l’on ne rencontre pour ainsi dire plus personne.

Accompagné Cullier, dont la famille est partie depuis quelque temps, jusque chez lui, à 13 h et remarqué, en dehors des fils de fer qui couvrent les rues Saint-Remi, Simon et Fléchambault, des abris pour mitrailleuses, construits rue Gambetta à hauteur de la rue Eugène-Wiet, ainsi qu’à la maison de retraite, derrière la grande porte.

Des avis déjà lus dans le journal ces jours-ci, sont repro­duits dans L’Éclaireur du 28 février.

Sous le titre « La circulation à Reims », le Général commandant d’armes, rappelant ce qui a été dit à ce sujet le 26, ajoute à son tour : Les insignes nominatifs pour les habitants autorisés à rester seront distribués à partir du 1er mars.

Ensuite, il est fait savoir ceci :

Le ravitaillement

Les boulangeries seront fermées à partir d’aujourd’hui, jeudi 28 février.

Le pain, fourni par les manutentions militaires, sera ven­du dans les maisons suivantes : Malfert, Haguenin, Clément, Montlaurent, Derlé.

Le prix sera celui habituel, soit 0,65 F la boule de 1 200 gr. environ.

Boucheries — Les boucheries suivantes seront ouvertes • Hamard et trois boucheries municipales fonctionneront à la maison Tailliet (le matin) et dans les deux locaux habituels.

On pourra prendre les adresses de ces établissements au commissariat central ou à L’Eclaireur de l’Est.

Avis aux Etrangers.

Tous les étrangers sont invités à se présenter d’urgence au commissariat central de police, porteurs de leur carnet d’étranger.

Le chef de famille peut se présenter seul, muni de tous les carnets de sa famille.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 28 – + 6°. Nuit tranquille. Visite de la Mission des Aumôniers belges (12) et d’un Capitaine d’État-major belge, accompagnés d’un Français. Visite à la Cathédrale avec eux. Photographies devant le monceau de pierres tombées des voûtes dans le sanctuaire. Visite de départ de Sœur Saint-Victor et des Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 28 février

Deux forts coups de main ennemis, au nord du Chemin des Dames, sont restés sans résultat.
En Champagne, après un violent bombardement, l’ennemi a tenté d’aborder nos lignes en deux points, sur nos nouvelles positions, au sud-ouest de la Butte du Mesnil. Nos feux ont arrêté les assaillants.
Actions d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Trois avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Nos escadrilles de bombardement ont lancé 4500 kilos d’explosifs, notamment sur les gares de Metz-lès-Sablons et de Warmeriville.
Sur le front britannique, des raids ennemis ont été repoussés au nord de Saint-Quentin, vers Bullecourt et à l’est de Vermelles.
Activité d’artillerie dans la région d’Ypres.
Sur le front d’Orient, un raid, exécuté par les troupes britanniques, dans la région du lac Butkova, a procuré des prisonniers. Des détachements de reconnaissance ennemis ont été repoussés par les troupes serbes, dans la région de Sokol.
Sur le front italien, activité de patrouilles ennemies qui ont été partout repoussées.
Près de Cismon, un dépôt de munitions a été atteint par les aviateurs italiens.
Les escadrilles de nos alliés ont également bombardé les voies ferrées de Bolzani et de Pergrus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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