Louis Guédet

Jeudi 15 novembre 1917

1161ème et 1159ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le temps parait vouloir se mettre au beau. J’aimerais mieux le contraire, car ainsi nos voisins ne nous tirent pas dessus par temps sombre ou brumeux. Le calme.

Mis au point mon questionnaire L.D.H. (Légion d’Honneur) avec Beauvais. Causé longuement avec lui et le capitaine des Pompiers de Paris qui est déjà venu ici, et est un charmant homme. Rentré et reçu la visite d’un confrère de Lamballe (C. du N.) (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor depuis 1990) sous-lieutenant Lissilour (Pierre Joseph Lissilour, notaire (1876-1939)), officier d’ordonnance du Général Commandant le 34ème Corps d’Armée à Gueux. Il venait demander si je connaissais une cave à vendre. Je lui a répondu que je le regrettais, mais que je n’en connaissais pas, et que du reste il y avait peu d’espoir qu’il en trouve, attendu les pillages qui avaient été faits par la troupe ! Il n’a pas insisté, mais en causant j’ai remarqué ce phénomène qui m’a déjà frappé, c’est que le confrère admettait ces pillages dans une large mesure !! Quelle mentalité la Guerre aura donné à tous ces officiers (civils). Ainsi ce notaire qui a travaillé toute sa vie à empêcher le vol, les fraudes, admet maintenant le pillage !! Il fait partie du 80ème d’Infanterie.

Cet après-midi à la Poste Beauvais me présente au préfet, M. Chapron, qui était là avec Guichard, Lelarge, Charles, receveur municipal, Bailliez, sous-préfet, pour la décoration de Colson. La cérémonie eut lieu dans la salle des Postes où l’on nous distribue les lettres. Le Directeur de Châlons, M. Dorlhac de Borne (Alexandre Dorlhac de Borne (1862-1952)), prononça un discours de présentation et le Préfet fit de même en affirmant que tout allait pour le mieux ? etc…  Puis la remise du ruban à Colson, fort émotionné, eut lieu avec la remise de quelques médailles M.P.T.et T. (Médaille d’honneur des Postes, des Télégraphes et des Téléphones) à 5 ou 6 facteurs. Puis tous se dirigèrent vers une autre salle pour boire une flute de Champagne. Je me défilais, ayant autre chose à faire.

J’ai déjà le nom d’un officier qui ouvre les lettres à Châlons, Lieutenant Forgeron, contrôle 56. Je vais m’enquérir des autres noms, ensuite je verrai à connaitre le voyou qui ouvre continuellement les lettres que ma pauvre femme m’adresse !! Comme s’il allait découvrir une conspiration contre la République. On parle d’un ministère Clemenceau. Du moins ce sera un ministère à poigne, c’est ce qu’il nous faut…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – + 6°. Nuit tranquille. Brouillard épais. Visite de Mme la Du­chesse de Plaisance (de la Jumellière, Maine-et-Loire) et de Mme la Com­tesse d’Haussonville, sa mère ; de M. Henri Abelé. Expédition de la Lettre collective aux Évêques.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 novembre

Grande activité des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse.
Nos détachements ont réussi divers coups de main sur les lignes ennemies, notamment au sud-est de Saint-Quentin à l’est de Sapigneul, au bois Le Chaume, et ont ramené une dizaine de prisonniers.
A la suite d’une recrudescence de canonnade, l’ennemi a attaqué les positions occupées par les troupes britanniques sur les hauteurs au nord de Passcchendaele.
Les Autrichiens ont tenté un coup de main violent sur les positions italiennes, du lac de Ledro au lac de Garde. L’attaque a complètement échoué et l’ennemi s’est retiré.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Sapigneul

 

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